Tag: amiante

  • Pays de Sorgues : le collectif amiante change de tête

    Pays de Sorgues : le collectif amiante change de tête

    C’est assurément une page qui se tourne au sein du collectif amiante Pays des Sorgues 84. Après 14 ans comme président, Christian Arena a passé la main à Guy de Zordi, jeudi dernier lors d’une assemblée générale au parc de la SEPR. « L’amiante n’est pas seulement un scandale du passé, c’est une injustice qui continue de tuer tous les jours », a rappelé le président sur le départ, après avoir fait respecter une minute de silence en hommage aux disparus. Le collectif continue d’alerter sur l’ampleur du fléau : près de 90 000 personnes meurent chaque année dans le monde de maladies liées à l’amiante, tandis que 125 millions de travailleurs restent exposés, dont 2 millions en France, où plus de 300 000 tonnes de déchets amiantés sont encore traitées chaque année. Face à cette situation, les associations de victimes réunies notamment au sein de la Cavam (coordination des associations de victimes de l’amiante et des maladies professionnelles), poursuivent leur mobilisation. Présent, Alain Guéret, président de la Cavam, a redéfendu la création d’un pôle public dédié à l’élimination de l’amiante, ainsi qu’une évolution des méthodes de traitement.

    Le Caps 84 est aussi soutenu par la Ville de Sorgues. « Depuis de nombreuses années, votre collectif agit avec constance, courage et détermination, vous êtes de véritables sentinelles de la santé publique », a salué Jean-François Laporte, adjoint à l’urbanisme, au nom du maire LR Thierry Lagneau, en assurant l’association « du soutien financier ou institutionnel » de la municipalité.

  • Deux ans après son décès, la lutte contre l’amiante continue

    Deux ans après son décès, la lutte contre l’amiante continue

    Il y a deux ans, Marie Josée de la Cruz, professeur d’école à Marseille, nous quittait après cinq années d’une lutte acharnée contre un cancer de l’amiante. Le lien avec l’école de la Savine, où elle a exercé pendant 14 ans, ne faisait aucun doute : le Dossier Technique Amiante (DTA) et le délabrement des locaux témoignaient de la dangerosité des lieux lorsqu’elle y travaillait.

    Dès l’annonce de sa maladie, sa priorité fut les autres : ses collègues, les personnels et, par-dessus tout, les enfants. C’est avec cette volonté qu’elle a co-fondé l’association AVALÉ 13 (Association des Victimes de l’Amiante dans les Locaux de l’Éducation du 13). Elle s’est battue contre la maladie, mais aussi contre l’inconséquence des pouvoirs publics qui laissent, aujourd’hui encore, des vies exposées au danger. Après de très longues et fastidieuses démarches, elle a gagné sa bataille pour sa reconnaissance en tant que victime du travail, mais elle est partie sans un mot de condoléances de l’éducation nationale (qui doit protéger ses agents) ni de la Ville (pourtant propriétaire donc responsable des locaux).

    Aujourd’hui nous n’oublions pas. Nous réclamons toujours l’accès aux Dossiers Techniques Amiante qui permettent de savoir où, et dans quel état, se trouvent les matériaux amiantés qui envahissent encore tant d’établissements scolaires.

    Nous attendons toujours la sécurisation réelle des bâtiments avec le retrait des matériaux amiantés, partout où ils se trouvent, alors que ce matériau est interdit depuis bientôt 30 ans.

    Nous attendons toujours qu’une véritable politique de prévention soit faite auprès de tous les agents afin qu’à l’avenir plus aucun ne risque sa vie au travail. Nous attendons toujours une révision des seuils de tolérance d’empoussièrement : 5 fibres d’amiante tolérées par litre d’air est un seuil inacceptable quand une seule fibre peut tuer. Il est inacceptable que ce « seuil de tolérance » serve d’excuse à l’inaction.

    Pour Marie Josée de la Cruz, pour les personnels et pour les enfants : nous ne lâcherons rien. Plus que jamais, son combat reste vivant.

  • La CGT d’Arcelor s’organise face aux décisions de l’État

    La CGT d’Arcelor s’organise face aux décisions de l’État

    La lutte pour pérenniser les outils et les emplois industriels du bassin de Fos-sur-Mer est loin d’être terminée. Le refus du ministère du Travail, à la mi-mars, de classer ArcelorMittal comme site amianté constitue une nouvelle déception pour les travailleurs, qui n’auront pas accès à l’Allocation de cessation anticipée d’activité des travailleurs de l’amiante (Acaata). Et ce, malgré les 600 salariés soumis à un suivi médical renforcé en raison de leur exposition, selon le syndicat CGT de l’usine aux 2 500 salariés et 1 200 sous-traitants.

    C’est entre autres pour cette raison que la CGT appelle à une assemblée générale le 29 avril à la Maison de la Mer de Fos-sur-Mer. Il s’agira d’aborder la question de l’amiante, de la transition écologique et de l’avenir industriel du site, en présence de juristes, parlementaires, acteurs locaux et associations engagés dans cette lutte des travailleurs. Car « ArcelorMittal représente un enjeu national sur les deux plus gros bassins industriels du pays », développe Stéphane Martins de Araujo, secrétaire général du syndicat CGT du site de Fos.

    Court-termisme

    À l’heure où plusieurs grands projets industriels promettent la création de milliers d’emplois dans le bassin de Fos-sur-Mer, la situation a de quoi surprendre. Le redémarrage du haut-fourneau n°1 incendié à l’automne, promis pour juin, est « une bonne nouvelle » pour Stéphane Martins de Araujo, mais « à très court terme, sur trois ans », dans des installations jugées « vétustes ». Avec aussi l’idée qu’un four électrique envisagé pour décarboner la production « prend 3 ans à être monté », selon le syndicaliste. Et après ? Le responsable explique que « la CGT a construit un projet alternatif concret pour pousser Mittal à décarboner », donc à investir, ou « l’état à nationaliser pour pérenniser l’emploi, l’outil et sécuriser les travailleurs comme les populations ».

    La défiance demeure. « Le Président a remercié Mittal pour la décarbonation de Dunkerque, mais ils ne respectent pas leurs engagements et ont déjà repoussé le chantier », fustige Stéphane Martins de Araujo. Dans le même temps, le syndicat pointe « une décision inacceptable et injuste » dans son communiqué du 1er avril, à propos du ministre du Travail Jean-Pierre Farandou, à qui il est reproché d’« ignorer les preuves et témoignages et passer outre les avis favorables » de l’inspection du travail et de la caisse des maladies professionnelles.

    Pour la CGT, cette décision relève d’« une volonté politique ». Le syndicat annonce son intention de la contester devant le tribunal administratif.

  • [Entretien] Christiane de Félice : « Les malades d’aujourd’hui sont les salariés d’hier »

    [Entretien] Christiane de Félice : « Les malades d’aujourd’hui sont les salariés d’hier »

    La Marseillaise : Quel est le bilan de l’Adevimap pour 2025 ?

    Christiane de Félice : Cette année, 18 adhérents sont décédés des suites de leur maladie professionnelle. Depuis 2002, on a connaissance de 506 victimes décédées. On a ouvert 431 dossiers, dont 226 pour des cancers, un record en un an. On a permis à 60 victimes et 35 ayants droit d’être indemnisés à hauteur de 2,88 millions d’euros environ. On a de plus en plus de dossiers, ça explose. Cette année, une dizaine de bénévoles ont donné 5 239 heures. On passe un appel au renfort.

    Ces chiffres montrent-ils que les maladies professionnelles progressent ou qu’elles sont mieux reconnues ?

    C.D.F. : Les troubles musculo-squelettiques sont sous-déclarés. Officiellement, entre 29 700 et 57 400 cas par an passent sous les radars. Pour les cancers, on oscille entre 66 900 et 99 400 cas. En octobre 2025, la Cour des comptes a estimé que ça représentait entre 2 et 3,6 milliards d’euros. Ce qui est grave, c’est que cette sous-déclaration ponctionne la branche Assurance maladie au profit de la caisse d’Accident de travail-maladie professionnelle (ATMP), abondée uniquement par le patronat. (…) C’est un manque à gagner énorme, alors que la branche ATMP est toujours excédentaire et que le patronat cherche toujours à faire diminuer ses cotisations.

    Quels sont les freins à la reconnaissance des maladies professionnelles et environnementales ?

    C.D.F. : La grande majorité du corps médical a des difficultés à mettre en lien les pathologies avec les conditions de travail et de vie. C’est pour ça que nous nous sommes rapprochés de la Communauté professionnelle territoriale de santé de Martigues en signant une convention, il y a deux ans, pour faire de la sensibilisation sur ces questions-là et dire aux soignants qu’il faut chercher une origine professionnelle ou environnementale aux pathologies, surtout dans nos bassins d’emplois.

    La CGT demande à ce que le site fosséen d’ArcelorMittal soit reconnu comme amianté. Suivez-vous ce dossier ?

    C.D.F. : Bien sûr. Arcelor fait partie de ceux qui nous apportent le plus de dossiers de cancers, avec Naphtachimie. Comme ce sont des maladies latentes qui se déclarent des décennies après l’exposition, c’est invisible dans les entreprises. Les malades d’aujourd’hui sont les salariés d’hier. Pour l’amiante, c’est la troisième demande déposée par les syndicats. Il y a tous les ingrédients. On a fait condamner Arcelor je sais pas combien de fois en faute inexcusable. Il y a un passif, une réalité, tout le monde le reconnaît, c’est simplement une question politique. Sans oublier qu’il y a aussi tous les préjudices d’anxiété déposés par les intérimaires et les sous-traitants par rapport au benzène, suite à un rapport de l’inspecteur du travail.

  • Amiante à ArcelorMittal : la CGT maintient la pression à Fos-sur-Mer

    Amiante à ArcelorMittal : la CGT maintient la pression à Fos-sur-Mer

    Zidane Mirabet, responsable CGT au pôle juridique, l’affirme : « C’est la dernière ligne droite avant la réponse officielle du ministre du Travail, il ne faut rien lâcher. » Après avoir engagé une procédure pour faire classer l’usine fosséenne d’ArcelorMittal comme site amianté en mars 2025, la CGT attend désormais une décision.

    Sans rester dans l’inaction pour autant. Ce jeudi 12 février, le syndicat a invité les travailleurs du site à un rassemblement d’information en présence du cabinet d’avocats TTLA et des députés insoumis Alma Dufour et Louis Boyard pour maintenir « une pression politique », assume ce dernier.

    « Notre objectif est clair : faire reconnaître une réalité industrielle et sanitaire que les salariés vivent depuis des décennies », assène Stéphane Martins De Araujo, représentant CGT. Pour étayer sa requête, l’organisation syndicale met en avant le suivi médical renforcé de plus de 600 travailleurs en lien avec l’amiante et les nombreuses procédures de danger grave et imminent.

    Maitre Julie Andreu, du cabinet d’avocats TTLA en charge du dossier, affirme que les éléments produits par la CGT « apportent la preuve d’une exposition significative à des calorifuges en amiante ». « Arcelor n’a pas fait de cartographie des risques alors qu’elle en avait l’obligation. Arcelor devrait, avant chaques travaux, faire des repérages pour savoir s’ils vous exposaient ou pas. Arcelor ne le fait pas systématiquement. Nous avons donc estimé et démontré au ministère qu’il y avait non seulement une présence importante d’amiante après 30 ans d’interdiction, mais aussi une réelle négligence dans le cadre de l’information et donc une contamination qui risque de provoquer des maladies professionnelles. »

    Des conclusions suivies par l’Inspection du travail, qui a émis avis favorable au classement en juillet 2025, tout comme la Commission des accidents du travail et des maladies professionnelles. « Ces avis ne sont pas militants, ils sont administratifs, techniques, officiels », affirme Stéphane Martins De Araujo, qui estime qu’« il n’y a plus de débat sur les faits, il ne reste qu’un choix, et ce choix il est politique ». Maitre Julie Andreu prévient : « Si le ministre refusait l’inscription, on irait devant le tribunal administratif et on pourrait même envisager d’autres procédures devant le Conseil des Prud’hommes. » Pour Louis Boyard, « ArcelorMittal doit des comptes à la France ». « Il y a des centaines de millions d’euros d’argent public qui ont été donnés à cette entreprise, c’est pas pour qu’elle soit incapable d’assurer la sécurité des travailleurs. »

  • Amiante dans des écoles : le livre noir de FO en Vaucluse

    Amiante dans des écoles : le livre noir de FO en Vaucluse

    Dans les locaux vauclusiens de Force ouvrière, à Avignon, les responsables syndicaux de l’éducation diffusent, sur un mur, deux images d’un même escalier abîmé d’une école primaire de la Cité des Papes : l’une prise en 2020 et l’autre il y a quelques jours. « Une entreprise a identifié que la colle utilisée pour coller les carreaux contient de l’amiante et nécessite une intervention car des poussières toxiques peuvent en émaner. Et six ans après, rien n’a été fait », souffle Blaise Laurent, co-secrétaire départemental du Snudi-FO éducation dans le premier degré.

    Une illustration afin d’alerter sur une problématique plus globale dans le département. En se plongeant dans les dossiers de chaque établissement scolaire du Vaucluse, les représentants syndicaux ont identifié 308 écoles, collèges ou lycées « dans lesquels la situation n’est pas vérifiable par les élus du personnel ». Avec précisément 190 où « il n’y a rien dans la base de données » et 118 où « le dossier technique est incomplet car les dossiers sont antérieurs à 2013, donc pas conformes à la loi qui a été durcie en 2012 », précise FO. Et même 30 établissements où des travaux ont été préconisés par les services, mais dont la mise en règle ne peut être vérifiée.

    Pour y répondre, FO demande, par la voix de son secrétaire général Étienne Raoul, « un vrai plan de désamiantage, la mise à jour des dossiers techniques des établissements, un vrai suivi du personnel actif et des retraités et une reconnaissance de possible contamination facilitée ». Contactée, la Direction académique de Vaucluse n’a pas répondu à notre sollicitation.

    Poussière toxique

    L’élément déclencheur a été un cas d’exposition à des poussières amiantées, en 2024, dans le lycée professionnel de l’Argensol, à Orange. Charles Boulanger, enseignant dans l’établissement et représentant syndical FO, témoigne de « travaux sur les éclairages qui ont dégagé énormément de poussières, respirées par les élèves et le personnel ». Conscient d’une potentielle présence d’amiante sur le site, le responsable syndical demande un droit de retrait. Des analyses ont finalement confirmé un taux 20 fois supérieur à la limite tolérée. « On cherche maintenant à faire reconnaître cette exposition, mais c’est un combat », poursuit le professeur.

    « On ne fait que nous dire que le désamiantage, ça coûte très cher. Mais on s’en fout, la santé des personnels et des enfants devrait être la priorité. L’employeur a des devoirs. On ne nous fera pas pleurer pour les coûts, mais bien pour les collègues qui meurent », clame Jacques Fassié, ex-instituteur et représentant des retraités chez FO.

  • [Entretien] Marc Crégut : « Faire payer les patrons qui jouent avec nos vies »

    [Entretien] Marc Crégut : « Faire payer les patrons qui jouent avec nos vies »

    La Marseillaise : En quoi l’action de la CGT Total La Mède fait écho à vos actions autour de l’amiante ?

    Marc Crégut : L’amiante et l’exposition à divers produits nocifs font que les travailleurs vivent avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête en permanence. On pense toujours que le développement d’une maladie peut arriver à tout moment et nous emporter rapidement. Récemment, nous avons eu un membre de l’association qui était à la retraite depuis 20 ans, on lui a décelé un mésothéliome [cancer de la plèvre Ndlr] en juin dernier et il est décédé en janvier… Du jour au lendemain, on sait qu’on peut mourir, l’anxiété est donc là, à des niveaux d’intensité différents selon chacun. Reconnaître un préjudice d’anxiété c’est donc reconnaître cette épée de Damoclès. Sur cette question du préjudice d’anxiété, il faut avoir en tête que nous n’avons gagné qu’une infime partie des procédures lancées, notamment faute de payeur car les chantiers navals de l’époque n’existent plus. Je pense que ce n’est pas une histoire d’argent mais une question de principe. Mon père travaillait sur les chantiers, comme moi, il est mort de l’amiante. J’ai touché l’indemnité du préjudice d’anxiété, 3 500 euros. Je leur rendrais au centuple s’ils me rendaient mon père.

    À quels obstacles faites-vous face pour la reconnaissance des maladies en lien avec l’amiante ?

    M.C. : La première difficulté est la complication, la « paperasse ». Pour reconnaître que la maladie est liée à l’amiante, il faut retrouver des témoignages de collègues, des documents qui certifient que la personne a bien travaillé sur un site amianté. Mais on parle de personnes qui sont âgées, parfois décédées, à la retraite depuis des dizaines d’années… C’est parfois difficile de retrouver les preuves. Ensuite il y a la complication juridique, car il faut être bien accompagné pour mener les procédures. À l’association, nous avons la chance de compter sur le cabinet d’avocats TTLA qui gère les dossiers depuis des années et nos adhérents n’ont pas besoin de sortir un seul centime de leur poche.

    Quelle évolution de la prise en charge et de l’indemnisation ?

    M.C. : Nous avons 90 procédures en cours actuellement pour reconnaître les maladies en lien avec l’amiante. Mais on constate que par tous les moyens, les gouvernements successifs et les différentes juridictions essaient de réduire les indemnisations avec le temps. Par exemple, pour les chantiers navals, il y a défaut de payeur comme je le mentionnais précédemment. Et l’État n’a pas voulu prendre le relais, on attaque donc la sécurité sociale pour manquement à son devoir. Ils paient car il y a des fonds d’indemnisations mais c’est un long chemin.

    Quel message envoyez-vous aux travailleurs actuels ?

    M.C. : L’amiante est toujours d’actualité mais il y a tout un tas d’autres produits qui continuent à tuer. Il faut faire payer les patrons qui sont au courant et qui jouent avec nos vies. On travaille d’ailleurs avec l’oncologue marseillais Anthony Gonçalves à l’Institut Paoli-Calmette pour de nouvelles démarches. On veut faire reconnaître le cancer du sein comme maladie professionnelle dans certains cas et certaines conditions.

  • Les vies avant les profits

    Les vies avant les profits

    C’est une bataille qui a fait beaucoup trop de morts. La lutte pour la reconnaissance des maladies professionnelles causées par l’exposition à l’amiante et à d’autres substances toxiques progresse. D’importantes victoires ont été remportées dans notre région sur ce sujet, grâce à la mobilisation collective et à l’opiniâtreté de travailleurs qui ont été confrontés à ces fléaux et qui ont fait admettre le « préjudice d’anxiété ».

    Cette notion, reconnue par la justice depuis une quinzaine d’années, permet de dédommager des travailleurs qui ont été exposés à des matières nocives et qui vivent dans l’angoisse de développer une maladie grave comme nombre de leurs collègues disparus.

    Démarche collective

    C’est le sens de la démarche collective menée par 180 travailleurs de la pétrochimie. Dans une France où les Comités d’hygiène, de sécurité et conditions de travail (CHSCT) ont été supprimés pour complaire au patronat, cette action a le mérite de remettre au cœur de l’actualité la santé au travail.

    Alors que l’industrie doit profondément changer pour répondre à l’exigence de décarbonation, elle pose aussi une série de questions de fond : produire pour quoi, pour qui, dans quelles conditions ?

    La protection des travailleurs ne peut s’entendre qu’à l’échelle globale. Elle percute le dogme libéral du moins-disant social et environnemental.

    Oui, les vies doivent être placées avant les profits. C’est une bataille qui ne peut se mener que sur le terrain judiciaire.

    C’est une prise de conscience profonde de la nécessité de changer de mode de production.

  • Benzène, amiante… Le combat continue

    Benzène, amiante… Le combat continue

    « On a vu beaucoup de copains mourir de maladie, et on en voit encore aujourd’hui. » Devant l’entrée du conseil de prud’hommes de Martigues, Julien Granato, secrétaire général adjoint du syndicat CGT de la plateforme TotalEnergies de La Mède, illustre par ces mots le combat mené par les travailleurs de ce site pétrochimique pour faire reconnaître l’angoisse suscitée par la perte de ses collègues de travail. Mercredi matin, 180 salariés et sous-traitants ont déposé leur requête individuelle avec le cabinet d’avocats TTLA et associés, représentant syndicats et travailleurs anciens comme actuels.

    Car sur cette plateforme industrielle ayant abrité une raffinerie de pétrole pendant 80 ans, l’exposition à des substances toxiques comme l’amiante et le benzène est quotidienne, selon le syndicaliste. « Quand je rentre chez moi je sens encore le pétrole », détaille Julien Granato, qui souhaite « obtenir la même reconnaissance que les mineurs et les travailleurs de l’amiante », par cette procédure collective aux Prud’hommes pour faire reconnaître un préjudice d’anxiété (lire ci-dessous). À défaut de pouvoir solutionner en interne : « la situation est dénoncée à chaque fois en CSE et il n’y a pas un jour sans incident », tance le responsable.

    « Pour tous les travailleurs »

    Les interrogations ne sont pas qu’internes. « L’actualité récente fait encore parler de nous avec de fortes odeurs sur le site », reprend Julien Granato, pour qui cette procédure « est importante pour tous les travailleurs, car elle bénéficiera aussi aux intérimaires et sous traitants qui sont les premiers exposés et qui ne le font souvent pas reconnaître ». L’Union locale CGT ainsi que la Fédération nationale des industries chimiques (Fnic-CGT) sont associées à la procédure comme équivalent de parties civiles.

    La procédure prud’homale découle de la plainte déposée au pénal par le syndicat début février 2025 en raison de l’exposition avancée par le syndicat au benzène, réputé cancérigène, mutagène et reprotoxique (CMR) et ce en dépit du démantèlement des anciennes installations de raffinage en 2019. « L’inspection du travail a relevé de nombreux manquements de Total dans la protection individuelle et collective des travailleurs » ainsi que « dans la mise en œuvre des règles de prévention en matière d’exposition aux CMR », argue le syndicat dans son communiqué de lundi. La maladie, elle, sévit souvent plus tard. « L’exposition à l’amiante génère une maladie souvent 20 ou 30 ans après, et il est parfois déjà trop tard » indique Me Jean-Eudes Mesland-Althoffer, du cabinet TTLA. Alors qu’« avec 15,2 milliards d’euros de bénéfice net en 2024, Total a largement les moyens de protéger les salariés. [On] protégera l’environnement en même temps », affirmait Fabien Cros, secrétaire du syndicat CGT de la Mède à ce propos en février 2025.

    Contactée, la direction de TotalEnergies n’a pas répondu à nos sollicitations dans nos délais. Les requêtes passeront en Bureau de conciliation et d’orientation prud’homal dans entre six mois et un an, selon les avocats.

    Le préjudice : « l’angoisse de développer une maladie grave »

    Me Jean-Eudes Mesland-Althoffer, avocat du cabinet TTLA associés, explique le principe juridique du préjudice d’anxiété. « Lorsqu’on a été exposé à des substances nocives, associées à un risque élevé de développer une pathologie, on a le droit de solliciter une indemnisation par peur de la développer. » Il s’agit d’une « jurisprudence, issue d’un arrêt de la Cour de cassation de 2010 », reconnaissant le préjudice des travailleurs de l’amiante au départ, puis étendue substances nocives autres que l’amiante par un arrêt du 11 septembre 2019. Selon l’avocat, la notion est restrictive : « Si l’on connaît la substance, il faut démontrer une exposition importante en intensité et en durée. » De même pour « caractériser l’anxiété des requérants », les travailleurs.

    Et aussi

    L’amiante dans le bâti scolaire visé

    Le collectif « Stop amiante éducation », qui réunit une dizaine d’organisations, syndicats, associations de parents d’élèves et de victimes de l’amiante, a déposé une plainte contre X pour mise en danger d’autrui en novembre dernier. Et pointe notamment le « scandale sanitaire » de la présence « de l’amiante dans le bâti scolaire », écoles comme collèges et lycées dans le département.

    Alerte dans l’éducation

    Ce jeudi 12 février, les organisations syndicales FO de l’enseignement du Vaucluse font une conférence de presse, également sur la présence d’amiante dans les établissements scolaires. Et expliquent que, comme dans les Bouches-du-Rhône, « des milliers d’élèves de Vaucluse continuent d’être exposés quotidiennement ! ».

    25 ans de combat ouvrier

    Le Comité amiante « prévenir et réparer » (Caper 04) et sa cheville ouvrière, René Villard (PCF), devenu maire de la ville Château-Arnoux-Saint-Auban, s’est mobilisé pour l’indemnisation des travailleurs face à l’exposition à l’amiante. Et a notamment obtenu celle de 650 salariés d’Arkema.

    L’État jugé coupable

    Comme pour les chantiers navals de La Ciotat, l’État a été jugé coupable de ne pas avoir contrôlé ceux de la Seyne-sur-Mer dans le Var. Dans un arrêt d’avril 2019, la Cour de Cassation a permis l’indemnisation du préjudice d’anxiété pour les travailleurs, sous certaines conditions. Et notamment suite à une procédure d’un ancien contremaître de la Normed (Société des chantiers du Nord de la Méditerranée) qui y a travaillé de 1964 à 1987.

  • La réponse à l’amiante en milieu scolaire à la peine

    La réponse à l’amiante en milieu scolaire à la peine

    Une plainte contre X pour mise en danger de la vie d’autrui et manquement à la réglementation a été déposée le 19 novembre 2025 par le collectif. Si l’enquête est en cours, le collectif alerte sur « l’absence de réponse concrète » des communes, du Département, de la Région et de l’Éducation nationale. « Cette plainte a eu le mérite de provoquer de l’émoi, du débat », se félicitent les membres du collectif qui réunit les organisations syndicales départementales CGT Éduc’action, FSU-SNUipp, Snuidi-FO, SUD Éducation, Snes-FSU Aix-Marseille, rejointes par CNT-SO, la Fédération des parents d’élèves et l’association Avalé. Pour autant, ils déplorent que la prise de conscience ne soit pas suivie d’actes.

    Pour un plan national

    Il y a le temps des procédures, qui n’est pas celui de la fibre léthale. « Les bâtiments concernés datent des années 70. Il y a urgence à travaux. Le risque lié à l’amiante est exponentiel au fil du temps », rappelle Tristan Navailh-Hamza de SUD éducation. Or, à Fonscolombes à Marseille la situation reste sensible, à Cuges-les-Pins les enseignants de l’école Pierre-Cornille ont fait valoir un droit de retrait, à Marignane, à Eyguières… dans « 80 des 132 collèges », « partout, les diagnostics sont difficiles à obtenir », témoigne un parent. Un livret pour former les personnels face au risque sur lequel ils travaillent depuis 2022, validé par l’inspection académique, « n’est toujours pas publié », dénonce Sébastien Fournier (FSU-SNUipp 13).

    Une lenteur qui laisse personnel éducatif, agents territoriaux et élèves potentiellement exposés au poison. L’exposition passive est difficile à faire reconnaître, mais l’amiante tue encore « 60 personnes par an », relève Monia Haddaoui de la CGT Éduc’action. Localement ce sont « 6 cas avérés depuis 2019 », précise Nathalie Laclau, responsable d’Avalé 13, qui préconise un plan national, « les communes n’ont pas à porter cette charge qui devrait être un budget de l’État ».