Tag: amiante

  • À Montpellier, la friche Chaptal fait monter la colère des voisins

    À Montpellier, la friche Chaptal fait monter la colère des voisins

    À dix minutes de la Comédie, les trois hectares autrefois occupés par la MSA, Groupama et les finances publiques ont été progressivement désertés. Après des mois de squats et de dégradations dénoncés par les voisins, le site s’apprête à changer de visage : un permis d’aménager a été délivré en mars. Les promoteurs Cogedim et Nexity projettent quelque 500 logements dans dix immeubles pouvant atteindre huit étages. S’y ajouteraient un hôtel, une crèche, une salle de sport, un parc de 3 600m² et une esplanade.

    Depuis son balcon du boulevard Renouvier, Delphine Jaoul contemple les anciens bureaux des impôts. Demain, un nouvel immeuble pourrait lui faire face. « On se sent complètement zappés, oubliés », lâche cette architecte, membre d’ACRe, l’Association Chaptal-Renouvier. Créé au printemps, le collectif approche désormais la centaine d’adhérents. À l’origine de cette mobilisation, les nuisances liées à l’abandon du site. « Au début, c’étaient des gens sans logement », raconte Delphine Jaoul. Puis seraient venus les trafics, les agressions et les dégradations. Selon elle, l’ancien bâtiment des impôts a été dépouillé de ses fenêtres, tuyaux et câbles de cuivre, malgré la présence d’amiante. « Ce site n’était pas du tout surveillé », dénonce-t-elle, pointant les risques sanitaires.

    Mais c’est la découverte du projet immobilier qui a fait grandir la colère : « On s’est rendu compte de l’existence du projet par pur hasard », déplore D. Jaoul, regrettant le manque d’information. Depuis, malgré plusieurs réunions publiques et échanges avec la mairie, elle ne constate que « de toutes petites améliorations ». De son côté, la municipalité défend une « opération de renouvellement urbain permettant de créer des logements sans artificialiser de nouveaux terrains ». Son cadre d’aménagement prévoit notamment « 40% de pleine terre, des cheminements piétons et la conservation d’une partie du bâti ». Des garanties insuffisantes pour le collectif, qui dénonce une concertation tardive.

    Une aberration écologique

    L’association conteste surtout la démolition de près de 60% du bâti existant, selon ses estimations. « Je ne peux pas imaginer qu’à l’heure actuelle, on détruise un bâtiment qui soit en bon état », insiste D. Jaoul. Architecte spécialisée dans la réhabilitation, elle dénonce le « coût carbone considérable des démolitions, entre matériaux détruits, déchets produits et nouvelles constructions ». L’abattage de vieux micocouliers, la hauteur des immeubles et les risques d’engorgement du quartier nourrissent également la contestation. Enfin, malgré l’esplanade publique annoncée, ACRe déplore que le futur parc risque d’être réservé aux seuls résidents.

    Les premiers permis de construire pourraient être délivrés dès fin octobre. « Au final, c’est aussi un acte manqué pour la municipalité : il y avait tous les ingrédients pour faire un projet emblématique », regrette l’architecte. À Chaptal, la question n’est plus seulement de bâtir un quartier. Mais de savoir avec qui.

  • La décharge oubliée du Gard depuis 12 ans

    La décharge oubliée du Gard depuis 12 ans

    À l’image des déchets désormais recouverts, certains n’ont pas vraiment intérêt à ce que le sujet de la décharge de Saint-Martin-de-Valgalgues ressorte de terre. En 2014, ce dossier avait pourtant connu un tournant qui semblait décisif. De l’amiante avait été découvert sur les parcelles jouxtant cette décharge et l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (Oclaesp) avait alors ouvert une enquête. Mais depuis, la justice n’a donné aucune information sur la moindre avancée dans ce dossier.

    France nature environnement, qui a organisé du 7 septembre au 7 octobre une grande campagne nationale pour recenser les décharges sauvages oubliées sur tout le territoire national, a mis celle de Saint-Martin, au nord d’Alès, en lumière. « Avec 500 000 m3, elle est hors norme », prévient Rémy Coulet de la FNE-Ocmed. « En plus, elle n’a jamais été reconnue en tant que décharge, puisqu’elle a été réalisée au motif fallacieux de constituer le merlon. On a accumulé là tous les déchets de façon irrégulière, en contradiction avec toutes les règles concernant le stockage des déchets. »

    Sujet explosif pour Alès agglomération

    En réalité, ce sujet inquiète depuis les années 2000. Devant les nuisances sonores du pôle mécanique ouvert en 1999, un merlon, présenté comme un mur anti-bruit, est proposé. En 2002, les premiers dépôts commencent et vont s’accélérer à partir de 2005. Les déchets provenant de l’ancien hôpital, de la maison de retraite d’Alès ou des tribunes de l’ancien stade Pibarot sont par exemple déposés ici. « Toutes les ruines des travaux qui étaient faits aux alentours d’Alès étaient déposées dans ce mur anti-bruit », rappelle Alain Martin, ancien employé municipal de Saint-Martin et membre de l’association Clarté et Démocratie, qui avait alerté dès 2007, avec plusieurs riverains, sur la nature des matériaux déposés.

    L’Oclaesp diligente alors une enquête : sur « les 13 prélèvements, 10 fois ils sont tombés sur de l’amiante à 50cm de profondeur ». Une phase d’enfouissement est alors déclenchée pour recouvrir tous les matériaux laissés pendant plusieurs années à l’air libre. En 2013, malgré l’avis défavorable du commissaire enquêteur, le maire UMP de l’époque Alain Marrot, a tout de même fait voter une modification du plan local d’urbanisme permettant de valider a posteriori la création de ce mur anti-bruit. Sauf que l’année d’après, le tribunal administratif de Nîmes a invalidé cette délibération et condamné la municipalité à verser 1 200 euros aux plaignants. Pour le nouveau maire Claude Cerpédès (PCF) et les riverains, cette décision confirme le caractère illégal de la décharge. Sauf qu’après cette décision, la justice n’a plus jamais communiqué sur les suites du dossier.

    « Ce dossier est en train de s’enliser », regrette Rémy Coulet. « Lucie Pialat, une riveraine qui a été par la suite première adjointe, a déposé plainte. La mairie s’était aussi constituée partie civile. S’il n’y a pas de procès et pas de condamnation, c’est révoltant et c’est la place à l’impunité parce que les protagonistes sont parfaitement identifiés. Suite à notre campagne, Lucie Pialat a demandé au tribunal d’Alès la communication du dossier d’enquête et a aussi relancé la procureure générale de la cour d’appel de Nîmes. »

    Et Alain Martin d’abonder : « C’est un scandale écologique et financier. Tout ça était organisé par l’Agglomération. L’enquête devra identifier tous les responsables mais on connaît aussi les transporteurs qui sont venus déverser ici. »

  • Vaucluse : les victimes de l’amiante lassées de la passivité des élus

    Vaucluse : les victimes de l’amiante lassées de la passivité des élus

    Mi-septembre, une des filiales de la SNCF a été condamnée à indemniser 39 salariés en Paca pour ne pas avoir assez assuré leur sécurité contre l’exposition à l’amiante, notamment en gare d’Avignon. Une décision qui renvoie à l’inlassable combat de la Cavam (Coordination des associations de victimes de l’amiante), qui s’est réunie il y a une semaine à Paris.

    L’association, qui regroupe 22 associations – dont le Caps 84 (Collectif amiante Pays des Sorgues) –, s’agace d’une inaction générale pour éradiquer ce fléau. « Le gouvernement et trop d’élus de terrain restent passifs, voire indifférents, déplore la Cavam dans un communiqué. Partout, le même scénario se répète. Nous sommes reçus, écoutés, parfois même encouragés, mais les suites sérieuses ne viennent pas et pendant ce temps, le nombre de décès provoqués par l’amiante ne cesse d’augmenter. »

    Diagnostic dans les écoles, départements totalement démunis de déchetteries capables d’accueillir l’amiante ou « projets industriels alternatifs qui s’enlisent faute de financement, de terrain ou de volonté politique », les griefs demeurent. La Cavam martèle une « revendication centrale : la création d’un pôle public d’éradication de l’amiante ». Elle « appelle le gouvernement, les élus, les collectivités et les employeurs à passer enfin des paroles aux actes ».

  • Au Cap Janet, le désamiantage inquiète

    Au Cap Janet, le désamiantage inquiète

    L’association de défense des locataires du Cap Janet a adressé, jeudi dernier, une mise en demeure à leur bailleur Erilia, avec constat d’huissier, exigeant que les habitants de cette résidence installée sur les hauteurs de la Calade (15e), en surplomb du port, soient mieux protégés et informés contre le risque amiante. En cause, les travaux de réhabilitation de la cité engagés le 5 août (notre édition du 06/08), sans protection suffisante des appartements contre l’empoussièrement, dénoncent les locataires.

    Réunions d’information

    Les travaux prévoient une isolation complète des façades et des toitures, la modernisation du système de chauffage, la rénovation des salles d’eau. Un chantier à 15,61 millions d’euros, prévu pour être livré en mars 2028. Mais le bras de fer des habitants avec leur bailleur avait commencé dès son installation, sur fond de manque de stationnement. Et de fait, lorsque les places sont immobilisées pour les besoins du chantier, ils se mobilisent pour réclamer qu’en contrepartie, les voitures épaves qui bloquent, selon les habitants, une soixantaine de places soient retirées. Jusqu’à bloquer les entrées du chantier, le 19 août, pour obtenir gain de cause.

    Ce même jour, un locataire de la tour C remarque, sur la passerelle située à la hauteur de son balcon, les premiers panneaux signalisant la présence d’amiante. Et de filmer la fenêtre ouverte de sa cuisine donnant directement sur la coursive où circulent les ouvriers en combinaison intégrale, sans que son appartement ne soit protégé des poussières. « Nous ne sommes pas considérés, sommes des animaux », s’émeut-il. Dans une seconde vidéo, il va à la rencontre des ouvriers et leur demande d’arrêter le travail tant que les habitants ne sont pas abrités. « Il n’y a pas d’amiante », lui répond la gestionnaire de la résidence.

    Dans les jours qui suivent, la signalisation « danger amiante » est installée sur les palissades, indiquant aux ouvriers les précautions à prendre en fonction de l’empoussièrement, selon qu’il y ait moins de cinq fibres d’amiante par litre… ou moins de 100 fibres. « Quand ils ont installé le rail [de l’échafaudage, Ndlr], il n’y avait aucune signalisation, témoigne le président de l’association. Ils ont cassé les plaques de la façade sans avertir les gens qu’il y avait de l’amiante ! » En contrebas, les déchets du chantier sont entreposés sous des bâches sur le terrain de foot, derrière des grilles barrées d’une rubalise signalant le « danger amiante ». « Quand il y aura moins de soleil, les enfants vont retourner s’y amuser », s’inquiète Mohamed Aimeche, qui a aussi alerté la municipalité. Sollicité, le bailleur promet que « le chantier de réhabilitation de Cap Janet est conduit dans le strict respect de la réglementation ». Le plan de retrait des matériaux concernés a été transmis aux services de l’État avant le début des travaux, leur dépose réalisée par une entreprise spécialisée et certifiée pour être placés dans des contenants étanches dans une zone dédiée avant leur traitement, énumère le maître d’œuvre. Avec « un balisage et une sécurisation adaptés à l’avancement du chantier », et une attention spécifique sur les espaces extérieurs fréquentés par les enfants. « La santé et la sécurité des locataires, des riverains et des intervenants sont une priorité pour Erilia », promet-il. Et de préciser qu’« une information détaillée sera adressée aux locataires pour leur apporter toutes les précisions utiles sur le déroulement et la sécurisation de ces opérations ». Le bailleur a annoncé la tenue de permanences d’information le lundi.

  • Dans le Vaucluse, un collectif dénonce la baisse des indemnisations des malades

    Dans le Vaucluse, un collectif dénonce la baisse des indemnisations des malades

    Face aux réductions demandées par l’État sur les accidents du travail et les maladies professionnelles, le Collectif Amiante Pays de Sorgues (Caps) 84 se mobilise. L’association assure en effet que le gouvernement a demandé aux partenaires sociaux de trouver 800 millions d’euros d’économies sur ces branches, « pile le montant des recettes supprimées pendant la réforme des retraites de 2023 », regrette Guy de Zordi, président de la structure.

    « Dites aux victimes de l’amiante, aux familles endeuillées, que l’on veut réduire les dépenses sur leur dos. Que les malades coûtent trop cher. Alors que ce sont parfois des ouvriers exposés à des substances cancérigènes depuis des années. Ce sont des attaques contre le monde du travail », poursuit-il, excédé. « On a déjà les personnes qui sont touchées par la maladie, et là, elles vont être touchées encore deux fois parce qu’on va refuser les indemnités », abonde Michel Solbès, secrétaire de la Caps.

    Une politique qui influe sur le travail des membres de la Caps, qui s’occupent des dossiers de familles touchées par l’amiante. « Avant, on avait une réponse en trois mois. Maintenant, on attend souvent pas moins d’un an et demi », illustre Édouard, membre actif. Pour le président de la Caps, « ça passera forcément par le portefeuille des Français ». Et il constate avec ses compères qu’il y a « de plus en plus d’entraves », avec « de plus en plus de justificatifs » demandés aux victimes.

    La Caps alerte les élus

    Face à cette possibilité, la structure tente de se mettre en relation avec les personnalités politiques locales. Après des discussions prévues avec plusieurs parlementaires, tels que le sénateur Lucien Stanzione (PS) ou le député Raphaël Arnault (LFI-NFP), des échanges sont également mis en place avec les maires du département. Le maire de Sorgues, Thierry Lagneau (LR), dans un courrier que La Marseillaise a pu consulter, a demandé le soutien de l’Association des maires de Vaucluse (AMV84). Il y « tient à souligner l’importance du travail accompli » par les bénévoles de la structure, « tant dans l’accompagnement des victimes de l’exposition à l’amiante que dans les actions d’information, de prévention et de sensibilisation menées auprès des collectivités et du grand public ».

    À travers cette aide de l’AMV84, la Caps pourrait sensibiliser l’ensemble des édiles vauclusiens sur ces questions. « On estime qu’il y a 70 % des écoles qui n’ont pas encore été diagnostiquées alors que c’est censé être obligatoire », précise Michel Solbès. Le collectif sera aussi présent au forum des associations de Sorgues, le samedi 5 septembre. « Il faut penser à renouveler les membres pour cette bataille », glissent les responsables. Mais pas question de stopper la mobilisation. D’autres actions sont envisagées dans les mois à venir afin d’alerter sur la problématique.

  • Retraite et santé en entreprise, les priorités de la Carsat

    Retraite et santé en entreprise, les priorités de la Carsat

    « Une année 2025 de transformation, de proximité… et de célébration. » Dans son bilan annuel publié ce mardi 16 juin, le directeur général de la Caisses d’assurance retraite et de la santé au travail (Carsat) Sud-Est, Vincent Verlhac, rappelle l’importance de cette composante essentielle de la Sécurité sociale, alors que cette dernière a fêté ses 80 ans. Tandis que le Conseil d’orientation des retraites a publié le jeudi 11 juin son treizième rapport annuel remettant sous le feu de l’actualité un conquis social sans cesse attaqué, le patron de la Carsat Sud-Est met en avant son rôle d’accompagnement des pensionnés et son action au sein des entreprises pour prévenir les risques professionnels.

    Avec pas moins de 13,3 milliards euros de prestations d’Assurance vieillesse versés pour l’année contre 12,8 en 2024 et 1 315 703 retraités payés tous les mois en France et à l’étranger, la caisse de notre région reste un des poids lourds nationaux. Ses 1 617 salariés assurent le calcul du montant des pensions et garantit l’exactitude de leurs droits. En 2025, quelque 59 253 carrières ont été rectifiées, dont 20 067 en coproduction et 10 862 dans le cadre de la convention France Travail, « contribuant directement à la fluidité du traitement des futures demandes de retraite » estime la Carsat Sud-Est.

    Plus d’indemnisation amiante

    La caisse prend également en charge l’ensemble des étapes liées au calcul et à la liquidation des pensions. En 2025, l’organisme considère avoir « réalisé un saut de performance » pour « absorber l’augmentation des demandes tout en réduisant les délais ». Le temps de traitement d’un dossier atteignant 63 jours. La Carsat Sud-Est exerçant également un rôle de caisse référente pour les dossiers internationaux, avec 2 982 pensions de réversion pour le Maroc et 14 autres pour Monaco.

    Dans une optique de « simplification des démarches », notamment dans les demandes d’aide d’autonomie, la Carsat Sud-Est a mis en place un plan « Oscar », avec un formulaire unique permettant de recueillir 2 104 demandes en ligne et 16 398 demandes papier en 2025. « La reconnaissance mutuelle des évaluations, actuellement déployée dans 6 départements sur 7, sera généralisée à l’ensemble du territoire en 2027 », promet-elle.

    Un chantier qui risque de prendre de l’ampleur, vue l’évolution démographique de notre région. Une étude de l’Insee, publiée le 2 juin, prévoit 54 400 seniors de plus en perte d’autonomie à l’horizon 2050, soit 31% de plus qu’en 2021. Près de six sur dix d’entre eux, étant âgés de 85 ans ou plus.

    Côté entreprises, l’organisme entend renforcer le suivi des risques psychosociaux avec le ciblage de 40 établissements supplémentaires en 2026 et 2027. Le dispositif amiante progresse assure aussi la Carsat avec 138 nouveaux allocataires. En 2025, 69,2 millions d’euros d’allocations ont été versés à 1 965 travailleurs exposés pour un montant moyen de 2 933,78 euros précise-t-elle.

  • [Entretien] Maître Marie-Julie Conciatori : « Dans l’énergie, l’amiante reste un énorme chantier »

    [Entretien] Maître Marie-Julie Conciatori : « Dans l’énergie, l’amiante reste un énorme chantier »

    Le 18 juin, c’est une enquête de l’inspection du travail qui concernera Enedis. La CGT Énergie dénonce, par voie de justice, l’inertie de l’entrepreneur sur plus de 4 400 postes de distribution d’électricité susceptibles d’exposer les salariés à l’amiante.

    La Marseillaise : Le combat pour
    la reconnaissance du préjudice d’anxiété d’exposition à l’amiante des salariés d’Enedis remonte
    à 2012. Qu’est-ce qui a changé
     ?

    Marie-Julie Conciatori : Cette étape concernait principalement les retraités et un actif. Il y a eu plusieurs étapes procédurales qui ont suivi. Car on obtenait difficilement les justificatifs parce que rien n’était vraiment mis à disposition des agents, rien n’est accessible, il faut investiguer sur tous les points et arriver à collecter les informations. C’est la même procédure mais certaines juridictions ont été plus rapides que d’autres. Sur celles qui sont passées au stade de l’appel et de la cassation, on a gagné des petites victoires, qui cumulées font une belle victoire, puisqu’aujourd’hui on a obtenu la reconnaissance du préjudice d’anxiété ce qui était totalement refusé par la partie adverse depuis le début. Cette fois, on travaille sur la question de la salubrité qui concerne les actifs. C’est une procédure interne au statut mais qui est tue par la direction, rien n’est mis en place.

    Des techniciens sont aujourd’hui encore exposés au risque d’amiante ?

    M.-J.C. : Les électriciens restent concernés par l’exposition à l’amiante et aux substances CMR dans le cadre de leurs missions et interventions aujourd’hui encore. Il y a eu des malades déclarés, des agents décédés et il y a des agents actifs toujours exposés aujourd’hui. Dans une procédure qui concernait principalement les retraités, sur une soixantaine de dossiers, il y a eu 8 décès et 15 malades. Aujourd’hui encore les informations de l’employeur sont insuffisantes et les agents sont donc contraints de travailler alors qu’ils savent qu’ils risquent leur vie.

    L’employeur manque-t-il à ses obligations de prévention,
    de formation
     ?

    M.-J.C. : Il y a des formations qui commencent à être dispensées mais elles sont stéréotypées et généralistes. Elles donnent la connaissance de la dangerosité mais ne sont pas spécifiques ni adaptées à la prestation au travail. Les fiches d’exposition sont une obligation de l’employeur mais elle n’est pas respectée car elles sont toujours délivrées avec du retard et avec des manquements, notamment sur la mesure de l’exposition. Les moyens de protections individuelles et collectives ne sont toujours pas délivrés, ni en nombre suffisant, ni fournies aux agents et il y a un problème de gestion des déchets usés.

    Les sous-traitants d’Enedis sont donc aussi exposés…

    M.-J.C. : Tous sont exposés. Pour exemple sur un chantier où il y a eu un problème important, une équipe est intervenue, a enlevé les plaques et les a jetées dans la voiture. Eux-mêmes ne sont pas informés. C’est un chantier énorme, l’amiante dans l’énergie. Il y a un prestataire qui s’est désengagé. Ils font valoir leurs droits sur les interventions et ce devrait être une alerte mais ça ne semble pas arrêter les donneurs d’ordre. Il y a les entreprises qui sont listées amiante et qui sont reconnues et il y a celles hors liste, c’est un vrai combat. La réalité est une prévention obligatoire et incontournable, mais il y a une inertie par recherche de la rentabilité. Un salarié a expliqué que pour gérer un chantier, il lui fallait à la fois se protéger de l’amiante et de l’électrification. Ces équipements sont très chers.

  • Les rames amiantées freinent l’ouverture à la concurrence

    Les rames amiantées freinent l’ouverture à la concurrence

    Une régulation européenne peut en cacher une autre. Tandis que la Région Sud avait accouru pour être la première en France à ouvrir ses lignes de train régionales à la concurrence imposée par l’Union européenne, c’est un règlement adopté en 2006 qui freine l’attribution du 4e et dernier lot « Ouest Provence », comme le pointe un rapport sénatorial, rendu public le 19 mai.

    Baptisé Reach (pour l’enregistrement, l’évaluation et l’autorisation des substances chimiques), ce règlement interdit de transférer ou de mettre à disposition des rames de train suspectées de contenir de l’amiante. « En pratique, cette situation est ainsi parfaitement incompatible avec toute mise en concurrence des liaisons sur lesquelles ces rames sont utilisées », explique le rapport, cosigné par la sénatrice (LR) de Paris Marie-Claire Carrère-Gée et le sénateur (Les Centristes) de l’Eure Hervé Maurey. Une difficulté « qui n’avait pas été anticipée », déplorent les deux parlementaires. Les régions concernées l’ont en effet découvert au moment de demander à la SNCF le transfert des rames concernées. Tandis que d’autres pays, comme l’Allemagne, avait activé une dérogation pour les services ferroviaires pour éviter ce problème, la France ne l’a pas fait. « Or, désormais, il est trop tard pour le faire », pointe le rapport.

    Aux côtés des Hauts-de-France, du Grand Est, d’Auvergne-Rhône-Alpes et de l’Île-de-France, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur fait partie des régions coincées avec ce matériel ferroviaire pourtant encore loin d’être vétuste. « Cela concerne une vingtaine de rames, auxquelles il reste entre six et dix années de vie », répond le vice-président (Ren.) de la Région chargé des transports, Jean-Pierre Serrus, en précisant que cette présence potentielle d’amiante ne présente aucun risque pour les passagers.

    Pendant qu’elle subventionnait l’achat de nouveaux équipements flambant neufs pour les lignes déjà ouvertes à la concurrence, la Région Sud a, en urgence, fait basculer toutes ces rames amiantées sur le dernier lot non attribué, le lot « Ouest Provence », qui réunit les liaisons Marseille-Miramas, Marseille-Avignon, Marseille-Avignon-Valence-Lyon et Marseille-Nîmes-Montpellier, « en espérant qu’une solution sera trouvée d’ici là », note le rapport sénatorial. Tandis que l’hémicycle régional a approuvé, le 17 octobre dernier, le troisième lot des lignes des Alpes à la SNCF à partir de 2029, ces rames bloquent donc l’attribution du dernier morceau du réseau ferré régional. « Nous ne pouvons pas organiser le 4e lot, reconnaît Jean-Pierre Serrus. Mais je vais être optimiste, nous avons jusqu’en 2032. Le ministre connaît le sujet, il l’a pris en main, il n’y a pas matière à inquiétude. »

    Concurrence à 300 millions

    D’ores et déjà, le Sénat a adopté un amendement pour autoriser le transfert, une solution « très fragile juridiquement du point de vue du droit de l’Union européenne », alerte le rapport, qui prône une révision du règlement européen, « bien que complexe ». Le cas échéant, la Région devrait acheter de nouvelles rames puisque l’Europe impose une ouverture à la concurrence avant 2033. « Alors que ces rames pourraient encore être utilisées plusieurs années, si la Région était obligée de les remplacer à la date à laquelle le lot doit être mis en concurrence, la perte financière qui en résulterait pour elle représenterait entre 50 et 60 millions d’euros », alertent les deux sénateurs.

    Cette potentielle facture s’ajoute au coût déjà lourd de l’ouverture à la concurrence. Si la Région met en avant une augmentation significative des dessertes pour un coût constant, il lui a fallu acquérir les sites de maintenance existants, avec 64 millions d’euros à terme, et en construire de nouveaux pour chaque lot, pour un coût de plus de 200 millions d’euros. Face à la fragmentation de l’offre, il faut aussi mettre en place un nouveau système d’information et de billettique, pour 40 millions d’euros. Le tout avec un réseau désormais divisé entre les régions, une « balkanisation » du système ferroviaire, s’alarment les sénateurs. Que les syndicats dénonçaient depuis le départ.

  • Dans le Gard, la Conf’ paysanne alerte sur l’extension d’un abattoir à volailles

    Dans le Gard, la Conf’ paysanne alerte sur l’extension d’un abattoir à volailles

    À Saint-Bauzély, l’abattoir de volailles Duc ne fait plus seulement débat dans le village. Si l’abattoir fait vivre la commune de 700 habitants depuis 40 ans, le projet d’extension du site, qui prévoit une montée en puissance considérable de l’activité, suscite désormais l’opposition frontale de la Confédération paysanne du Gard. Dans un communiqué publié le 22 avril, le syndicat dénonce une opération qui incarnerait, selon lui, « une fuite en avant industrielle, incompatible avec les enjeux sociaux, environnementaux et paysans actuels ».

    Le dossier prévoit de faire passer la capacité actuelle d’environ 75 tonnes de volailles par jour à près de 200 tonnes à l’issue du programme d’investissement, selon les éléments présentés lors de l’enquête publique. La Confédération paysanne évoque, elle, une perspective de 250 tonnes : cela représenterait environ 250 000 volailles abattues chaque semaine. Une échelle qui, pour le syndicat, dit tout du modèle défendu : celui d’un élevage intensif, tourné vers les volumes. « Derrière ces outils industriels se cachent des cadences élevées, une pénibilité accrue et une déshumanisation du travail », insiste le syndicat.

    Un village face aux risques

    Les inquiétudes traversent déjà une partie du village situé entre Nîmes et Alès : odeurs, bruit, circulation de poids lourds, risques d’incendie ou pollution des eaux nourrissent la contestation. Le collectif Non aux plumes et au goudron dénonçait le 19 janvier un « dossier incomplet et peu clair » et relève de « nombreuses zones d’ombre ». Il s’alarmait aussi de l’ancien abattoir incendié, toujours pas sécurisé, dont la démolition ne figurait pas dans le dossier malgré la présence d’amiante. S’ajoute un avis du Sdis 30, cité par la Mission régionale d’autorité environnementale, estimant qu’« un feu généralisé est probable » et que les secours pourraient être confrontés à une « impossibilité opérationnelle » pour en limiter la propagation, alors que l’usine se situe à 80 mètres des premières habitations et à 150 mètres d’une école.

    La question de l’eau concentre aussi les critiques. La Confédération paysanne dénonce une consommation qui passerait de 403 à 800 m³ par jour, avec des pointes pouvant atteindre 900 m³. Dans un département déjà régulièrement frappé par les sécheresses et les restrictions, le syndicat y voit « un non-sens écologique ». Plus de production, martèle-t-il, c’est « plus de pollution, des rejets d’eaux usées, une consommation d’eau exorbitante, une circulation de poids lourds incessante. À l’heure de l’urgence climatique et de la relocalisation alimentaire, ce projet fait exactement l’inverse ! ».

    Un refus du chantage

    à l’emploi

    Le débat local n’est pas nouveau. Lors de la réunion publique de janvier, la direction de Duc avait mis en avant la nécessité de répondre à une demande croissante de volaille en France et de lutter contre les importations étrangères, présentées comme moins-disantes sur les normes. Des créations d’emplois ont également été avancées : jusqu’à 100 salariés supplémentaires. Là encore, Reporterre soulignait les écarts entre les annonces publiques et le dossier déposé en préfecture, qui mentionnerait 26 créations de postes directs. D’autant que ces emplois risquent surtout d’être des postes pénibles et précaires.

    Mais pour le syndicat, la promesse d’emplois ne peut pas servir de blanc-seing à l’agro-industrie : « Soutenir ce projet revient à tourner le dos à une agriculture paysanne, locale et durable au mépris des populations environnantes », affirme-t-il. Face à ce modèle, la Conf’ met en avant d’autres choix : développement des circuits courts, abattoirs de proximité à taille humaine, soutien à l’installation paysanne. Le syndicat demande donc aux pouvoirs publics de refuser le projet, aux élus locaux de « prendre leurs responsabilités » et aux citoyens de se mobiliser. Son exigence est claire : « l’abandon du projet d’extension », « l’arrêt du soutien public à l’agro-industrie » et des « investissements massifs dans l’agriculture paysanne et les circuits courts ». La décision finale appartient désormais au préfet du Gard.

  • La CGT porte plainte contre ArcelorMittal pour délit d’entrave

    La CGT porte plainte contre ArcelorMittal pour délit d’entrave

    « Arcelor va s’expliquer devant les juges pour ses mensonges et ses entraves au CSE et à la CSSCT », lance Zidane Mérabet, récemment élu délégué syndical central CGT à l’assemblée générale du syndicat CGT de l’aciérie de Fos-sur-Mer, qui s’est tenue mercredi à la Maison de la mer et du sport. Le syndicat CGT a annoncé à cette occasion lancer une procédure judiciaire pénale en citation directe au tribunal correctionnel à l’encontre de l’entreprise et de quatre dirigeants du site.

    En cause selon Me Julie Andreu du cabinet TTLA, avocate de la CGT, « un délit d’entrave de la commission santé, sécurité et conditions de travail (CSSCT) ». Plus précisément, la direction est accusée d’avoir « caché un prélèvement positif et délibérément menti en réunion » à ce propos. « Les agissements de la direction sont révélateurs de cette infraction, d’où la citation directe devant le tribunal correctionnel car nous estimons avoir tous les éléments pour se dispenser d’une enquête préliminaire », affirme l’avocate.

    « Des documents modifiés »

    Le secrétaire général du syndicat CGT de l’usine Stéphane Martins de Araujo, resitue le contexte de cette démarche. « Nous avons lancé une procédure de danger grave et imminent [DGI, Ndlr.] sur un calorifuge situé au finissage », une procédure liée à la présence d’amiante pour demander une action et permettre d’exercer un droit de retrait. « Nous avons forcé la direction à faire un prélèvement de contrôle et à accompagner le préleveur. Les deux chefs présents étaient très confiants pour nous dire que ce serait forcément négatif. Le lendemain, en même temps qu’on avait réunion, nos camarades nous ont avertis qu’ils avaient vu le préleveur revenir », raconte le responsable. Les syndicalistes ont alors contacté le préleveur pour connaître la raison de son retour, qui doit normalement faire l’objet d’une information auprès des dépositaires de la procédure DGI, en l’occurrence la CGT. « Sa réponse a été “on m’a demandé de revenir car les prélèvements étaient amiantés” », affirme Stéphane Martins de Araujo.

    « Le jour d’après la direction nous a présenté le rapport : aucun prélèvement n’était amianté. Ils nous ont demandé de lever le DGI, nous leur avons dit que c’était inacceptable et qu’ils avaient modifié des documents agréés Cofrac », tonne le syndicaliste, visiblement en colère. « Ils ont mis la pression aux autres syndicats pour faire lever le DGI. Quand on vous dit qu’ils nous envoient à la mort c’est réel ! » conclut le responsable. Zidane Mérabet abonde en ce sens. « Ce combat dépasse la boîte, quand on voit les déchets amiantés transportés par camions parfois non bâchés et traités comme des déchets industriels banals, cela met en danger tout le monde. » La première audience de citation directe est programmée au 7 juillet.

    Préjudice d’anxiété

    Outre cette procédure, le syndicat est en campagne sur le préjudice d’anxiété lié à l’amiante et aux produits cancérigènes ouverte à tous les salariés et sous-traitants. « Les expositions diffuses et étalées dans le temps n’ont jamais été limitées à une seule substance. L’amiante reste présent partout malgré son interdiction en 1997 », détaille Zidane Mérabet, faisant état de « 600 salariés en suivi médical renforcé amiante dans l’entreprise », et 200 de plus l’ayant quitté. Rendez-vous le 28 mai au conseil de prud’hommes de Martigues.

    De son côté, ArcelorMittal « n’entend pas commenter une procédure en cours ». Plus largement, elle rappelle ses engagements : « La santé et la sécurité au travail sont une priorité absolue pour ArcelorMittal. Sur le site de Fos-sur-Mer, les évolutions en matière de santé et de sécurité reposent sur des investissements permettant d’améliorer la protection collective, mais aussi sur un dispositif de prévention complet, associant formation, amélioration continue des pratiques et suivi médical de tous les salariés », assure-t-elle. « Ces sujets de santé et de sécurité sont au cœur des échanges réguliers avec les instances représentatives du personnel », affirme l’entreprise.