Tag: Aménagement du territoire

  • [EQDD Le Télégramme] Anne Roué-Le Gall : « L’aménagement et l’urbanisme sont des leviers puissants d’amélioration de la santé »

    [EQDD Le Télégramme] Anne Roué-Le Gall : « L’aménagement et l’urbanisme sont des leviers puissants d’amélioration de la santé »

    Depuis une quinzaine d’années, avec le collectif d’enseignants-chercheurs UrbaSEPT, vous travaillez autour du concept d’Urbanisme favorable à la santé, avec l’ambition d’irriguer les politiques publiques d’aménagement. En quoi consiste cette approche ?

    C’est une approche par les déterminants de la santé. On en a retenu quinze. Par exemple, on regarde les polluants de l’air, de l’eau, des sols, l’exposition à des produits chimiques, à des perturbateurs endocriniens. On les croise avec des déterminants de cadre de vie comme l’exposition à la lumière, au bruit, mais aussi avec des déterminants sociaux-économiques comme les interactions sociales, les accès aux transports, aux espaces verts, aux commerces et services, à l’emploi. Enfin, il y a des déterminants plus individuels comme les habitudes de vie, d’alimentation, d’activité physique au quotidien.

    Il s’agit d’encourager des choix de politiques publiques d’aménagement qui, d’une part, minimisent l’exposition des populations à des facteurs de risque (comme les pollutions de l’air ou la sédentarité). Et qui, d’autre part, maximisent leur exposition à des facteurs de protection (comme les aménagements cyclables ou les parcs publics). Évidemment, il faut mettre les impacts sur la santé humaine en cohérence avec les impacts sur l’environnement et le climat, dans le contexte du changement climatique. L’urbanisme favorable à la santé, c’est aussi une façon de lutter contre les inégalités, l’isolement social… Il y a des co-bénéfices à aller chercher.

    Un exemple, pour bien comprendre ?

    J’aime bien donner l’exemple de l’activité physique, parce qu’on sait tous à peu près bien que l’activité physique, c’est bon pour notre santé. Mais notre façon de pratiquer l’activité physique ne repose pas uniquement sur notre bonne volonté. Si on veut garder une régularité dans l’activité physique, on a tout intérêt à s’appuyer sur des mobilités actives, notamment lors de déplacements domicile-travail. À condition de disposer d’infrastructures appropriées, comme des pistes cyclables sécurisées et continues, des circulations piétonnes, des connexions avec des transports en commun, etc. Ça passe donc par des aménagements urbains, périurbains ou ruraux qui permettent de faire de l’activité physique un facteur de protection, et donc de limiter au maximum ce facteur de risque pour la santé qu’est la sédentarité.

    Comment aidez-vous
    les collectivités et aménageurs
    à progresser
     ?

    D’abord, nous essayons de les convaincre qu’ils sont, eux-mêmes, des acteurs de santé publique et que l’aménagement et l’urbanisme sont des leviers puissants d’amélioration de la santé. La santé, ce n’est pas que le soin, même si c’est un axe prioritaire et primordial. La santé, c’est le bien-être physique et mental et il dépend beaucoup de notre cadre de vie. Par exemple, on les amène à regarder et donc à organiser des espaces verts urbains comme des lieux de protection des populations face aux pollutions, au bruit, à la hausse des températures et même des inondations. Les espaces verts, ce sont aussi des lieux d’interactions sociales et d’activité physique, de ressourcement de la santé mentale et de préservation de la biodiversité. Une végétalisation de cour d’école, si c’est bien fait, c’est une entrée intéressante de ce point de vue.

    Ensuite, nous avons édité deux guides publics, « Agir pour un urbanisme favorable à la santé » (2014), et « ISadOrA » (2020), avec une agence d’urbanisme. Ce sont des outils concrets pour aider les décideurs. Ce ne sont pas des outils clé en main, mais des points d’appui, d’entrées thématiques sur ce chemin de l’urbanisme favorable à la santé.

    Collectivités et aménageurs
    se les approprient-ils ?

    Nous sommes, en tout cas, très sollicités. Nous voyons aussi des initiatives encourageantes apparaître ou se concrétiser, principalement dans les aires urbaines. Je pense à Rennes Métropole qui s’efforce – même si c’est difficile -, de faire travailler ses services ensemble pour bien saisir tous les enjeux. Nous avons mené une expérimentation dans le quartier de Maurepas, à Rennes. Le pays du Mans vient d’intégrer le principe d’urbanisme favorable à la santé dans la révision de son schéma de cohérence et d’organisation territoriale. C’est aussi le cas d’autres documents d’urbanisme, comme à Miramas. On n’est pas encore à 100 projets en France ! Avec ses expérimentations Urba Santé, l’Ademe incite également à franchir le pas.

    Comment progresser sur ce chemin de l’urbanisme favorable à la santé, à l’environnement et au climat ?

    Je pense que chaque collectivité ou groupes de collectivités devrait créer une instance dédiée, avec une personne qui pilote. Au Québec, une dizaine de municipalités ont mis en place des postes de conseillers scientifiques. Ils ne sont pas spécialistes de tout, mais sur ces enjeux complexes et multifactoriels, ils vont chercher des expertises pour objectiver la planification, les décisions selon les profils de projets d’aménagement. Par ailleurs, on connaît souvent bien les profils socio-économiques des populations des territoires, il faut que l’on en saisisse mieux les profils sanitaires et environnementaux. De notre côté, on devrait recruter des économistes pour rendre plus claire une approche par les coûts évités, sur le long terme, un facteur de décision déterminant en ces temps de restrictions budgétaires.

    Au sein de l’École des hautes études en santé publique, vous avez ouvert un diplôme d’établissement en santé publique et aménagement du territoire. Avec quels objectifs ?

    Nous avons déjà formé 70 personnes, pour moitié des professionnels de santé, pour moitié des aménageurs et urbanistes. Une quinzaine d’experts sont formés par an. Ils viennent quatre semaines à l’école sur quatre mois. On cherche à en faire des acteurs relais dans les régions sur ces enjeux. C’est un diplôme unique et payant, qui leur coûte 5 000 euros. Je cherche à le faire financer pour toucher plus de monde.

    Par Bruno Salaün- Le Télégramme

  • Le collectif de l’Huveaune s’inquiète pour des arbres du parc de la Botte

    Le collectif de l’Huveaune s’inquiète pour des arbres du parc de la Botte

    Dans un communiqué envoyé hier à la presse, le collectif de l’Huveaune écrit : « Le projet d’aménagement des berges de l’Huveaune au parc de la Botte [porté par l’Établissement public d’aménagement et de gestion des eaux Huveaune – Côtiers -Aygalades ou Epage Huca, la Ville d’Aubagne, la Métropole Aix-Marseille, Ndlr] a suscité en 2023 un émoi considérable à Aubagne. » Le collectif embraye : « Des rassemblements et une pétition ont permis de voir le projet initial, qui prévoyait l’abattage de 234 arbres significativement modifié. Une quinzaine d’arbres ont été au final détruits. Les travaux sont en voie d’achèvement sous la responsabilité de l’Epage Huca. »

    Il continue : « Mais voilà que depuis quelques jours, les usagers du parc ont observé le marquage pour abattage d’un grand nombre d’arbres adultes à proximité du chantier, sans aucune explication fournie par la mairie (l’Epage Huca s’étant déclaré extérieur à cette opération et sans information à ce sujet). Nous refusons ces abattages dans l’urgence et l’opacité. Nous exigeons, si ces arbres sont malades et constituent un danger pour les usagers, que les diagnostics soient rendus publics et que des échanges aient lieu sur site pour évoquer les solutions possibles avec les citoyens. »

    Interrogée par nos soins, la Ville répond : « Parmi les arbres marqués dans le parc, neuf vont être abattus car ils sont morts et présentent un danger pour les usagers à cause des chutes de branches. D’autres vont être taillés et élagués, comme cela se fait chaque automne. »

  • Isabelle Campagnola-Savon prend la tête d’Euromed

    Isabelle Campagnola-Savon prend la tête d’Euromed

    Après dix ans à la tête de l’établissement public Euroméditerranée, la conseillère métropolitaine (LR) Laure-Agnès Caradec passe la main. Ce jeudi, le conseil d’administration a élu, à l’unanimité de six voix parmi ses 19 membres, la conseillère régionale (Hor.) Isabelle Campagnola-Savon à sa présidence. « Je m’attacherai à m’inscrire dans l’esprit collectif qui fait la force de l’établissement depuis sa création, et à porter haut les ambitions de développement de ce projet d’intérêt national », promet celle qui doit prendre ses fonctions à l’occasion d’un prochain conseil d’administration, le 22 octobre. Une façon de répondre aux protestations de la Municipalité.

    La veille du conseil d’administration en effet, ses trois représentants ont adressé un courrier commun au Préfet. Pointant « un accord entre l’État et la Région », la missive s’inquiète des positions de l’élue régionale, qui assumait en préfecture qu’Euromed devait « rester un outil de développement économique ». Là où beaucoup poussent pour qu’il prenne plus de place dans la lutte contre l’habitat dégradé. Surtout, la Municipalité assurait que c’était son tour de prendre la tête de l’institution selon le principe d’une présidence tournante entre collectivités et proposait de repousser l’élection après les municipales. Peine perdue. « Les membres votent dans une présidence tournante, mais en fonction de ceux qui ont la majorité », balayait en matinée le président (Ren.) de Région, Renaud Muselier, tandis que sa collectivité se réjouit de l’abstention des dix représentants de l’État « conformément aux usages et à la tradition républicaine ».

    « Il y a une logique de la droite locale d’accaparer cette présidence, cible l’adjointe (PS) marseillaise Audrey Gatian. Peut-être ont-ils peur des prochaines élections », où cinq administrateurs seront renouvelés. Et de jeter un froid dans le CA en citant Jean-Claude Gaudin : « La Ville de Marseille a approuvé bien entendu que la présidence soit tournante », disait-il en 2013 avant l’élection du socialiste Michel Vauzelle. Une autre époque.

  • Au nord, le campus numérique prépare la rentrée 2026

    Au nord, le campus numérique prépare la rentrée 2026

    Au 50 chemin de la Madrague-Ville, la percée dans l’ancien mur d’enceinte du site industriel portuaire laisse s’envoler des volutes de poussière. Le chantier de construction lancé en juillet 2024 avance. Sur le terrain de 25 000m2, les engins sont encore en action et les ouvriers du gros œuvre donnent les derniers coups de pelleteuses avant de passer à la phase d’aménagement des six bâtiments, représentant une surface plancher de 18 000m2.

    En 2022, le projet impulsé par Cyril Zimmerman a reçu le soutien de l’Établissement public d’aménagement Euroméditerranée et l’accompagnement de l’Anru. « On est aujourd’hui à un peu plus de la moitié des travaux réalisée », annonce Jérôme Rousson, directeur de programme d’Icade, promoteur désigné du campus. Ce dernier sera complété par la construction d’une résidence de 175 chambres qu’Unicil a choisi de financer pour héberger les étudiants du Campus et d’autres établissements d’enseignement supérieur, à Marseille. Cette résidence doit être livrée en juillet 2026.

    Au cœur de la mutation

    Sur la vaste terrasse en R+2, réservée aux étudiants et reliée aux bâtiments par des passerelles, les charpentiers s’activent à la réfection d’un toit ancien, sans le loisir de contempler la rade marseillaise. « Nous privilégions le recyclage autant que se peut, précise Agathe Sicard, de l’agence d’architectes Encore Heureux. Une partie des vieilles charpentes métalliques servira à fabriquer des arceaux pour vélo ». Quant aux tuiles, « elles ne portaient pas la marque de certification NF pour être réutilisées, elles serviront au paillage des jardins ».

    Ouvert sur le quartier et desservi par le futur tramway, le campus vise à offrir un espace aéré, végétalisé et propice à l’activité comme aux loisirs. En plus de l’école numérique et d’une école de cuisine, y sont prévus des espaces culturels : trois salles de cinéma, un auditorium de 900 places avec 11 m de plafond et des gradins rétractables pour laisser place à une salle de concert, des espaces d’exposition et de médiation culturelle. En rez-de-chaussée, des commerces de proximité et des services solidaires sont prévus : incubateur associatif, épicerie solidaire, café, restaurant, ateliers de réparation et d’artisanat. Un terrain de sport et 33 places de stationnement en sous-sol complètent le tableau.

    Un bâtiment attend encore sa destination. Les lots sont en cours de commercialisation. L’opération implique « une grosse gymnastique », avouent les guides. Les revirements dans un projet d’une telle envergure sont monnaie courante.

  • Moins de lumière, plus d’étoiles : pourquoi de plus en plus de villes provençales éteignent leurs lampadaires

    Moins de lumière, plus d’étoiles : pourquoi de plus en plus de villes provençales éteignent leurs lampadaires

    L’allumeur de réverbères de Saint-Exupéry, aujourd’hui, aurait peut-être du mal à trouver de l’emploi. En six mois, à partir de l’automne 2022, près de 30% des communes des Bouches-du-Rhône, et 20% dans le Var comme en Vaucluse, ont éteint leur éclairage public. Désormais, quatre communes sur dix, en Provence-Alpes-Côte d’Azur, n’allument plus leurs lampadaires au cœur de la nuit, révèle une étude du Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema) réalisée à partir d’observations satellites et publiée le 30 juillet.

    « Le sud de la région n’était pas un territoire qui éteignait beaucoup la nuit, pour des questions de ressenti sur l’insécurité notamment, explique Paul Verny, responsable de la mission éclairage du Cerema Méditerranée. La crise de l’énergie de 2022 a levé le verrou. Beaucoup de communes y sont arrivées, forcées par les difficultés financières. » C’est que l’éclairage public représente, selon l’Agence de la transition écologique (Ademe), 30% de la consommation d’électricité des collectivités, jusqu’à 18% de leur facture d’énergie.

    Pièges à biodiversité

    Les comptes sont rapides pour des municipalités frappées par les restrictions budgétaires. Dans le même temps, la rénovation des lampadaires s’est aussi accélérée : près de la moitié des communes des Bouches-du-Rhône ont réalisé de tels travaux lors de la dernière décennie, plus d’un tiers dans le Var et en Vaucluse. Saint-Paul-lez-Durance faisant figure de pionnière en France. Gérant l’éclairage de 23 communes, dont Marseille, la Métropole Aix-Marseille a ainsi déjà équipé 49% de ses 121 067 points lumineux de LEDs (contre 40% au niveau national). En plus du chantier lancé pour des « trames noires », elle a voté, en décembre dernier, un programme de près de 50 millions d’euros d’investissements pour rénover 20% de son parc.

    Au-delà des enjeux budgétaires et de la sobriété énergétique, ces décisions apportent une nouvelle respiration à la biodiversité sur le territoire. « L’éclairage peut avoir des impacts forts sur les espèces la nuit, rappelle Paul Verny. Vous créez des pièges lumineux pour tout un tas d’insectes, qui deviennent des garde-mangers avec une surprédation, et vous créez des barrières lumineuses pour d’autres espèces obligées de les contourner. »

    Lumières lucratives

    Cela d’autant plus que les abus ont été nombreux par le passé. « La compétence a disparu dans les collectivités, explique le responsable du Cerema. Alors les études sont faites gratuitement par les fabricants d’éclairages. » Dès lors, pourquoi se priveraient-ils d’ajouter quelques lampadaires de plus sur les chantiers qui leur sont confiés ? « Cela a généré des dérives, nous sommes parfois sidérés des niveaux lumineux que l’on mesure », souffle Paul Verny. S’ajoutent les demandes des habitants, y compris pour des hameaux en pleine campagne, mais aussi la multiplication des maîtres d’ouvrage. À Saint-Estève-Janson, si la municipalité travaille à la réduction de l’éclairage, c’est la Métropole qui a aménagé l’entrée de ville… avec force réverbères.

    Mais les collectivités ne sont pas seules à illuminer la nuit. À Gignac-la-Nerthe, le dépôt logistique de Decathlon apparaît ainsi nettement sur les images satellites, fonctionnant 24 heures sur 24. « C’est plus compliqué de travailler avec ces acteurs parce qu’il faut aller voir chaque industriel et le coût est minime pour eux par rapport au reste », raconte le responsable du Cerema. Le parking de la gare TGV d’Aix-en-Provence en est un exemple. « Il est éclairé de façon catastrophique avec des projecteurs visibles de très loin, alors que c’est reconnu comme un secteur à enjeu environnemental », s’agace Paul Verny.

    S’ajoute, enfin, l’échéance des élections municipales. « Cela fait plaisir aux habitants quand on rallume », reconnaît le responsable. Sur les 23 communes où la Métropole est compétente en la matière, quatre ont d’ores déjà réclamé le retour de la lumière. Les allumeurs de réverbères, finalement, trouveront encore du travail.