Tag: Alpes-de-Haute-Provence

  • [Entretien] Charly Extra : « Le système de santé ne permet pas de répondre aux besoins »

    [Entretien] Charly Extra : « Le système de santé ne permet pas de répondre aux besoins »

    Charly Extra raconte à La Marseillaise son quotidien difficile de médecin de campagne, dans une zone très rurale, mais aussi les atouts de la vallée de la Blanche qui font qu’il a choisi de s’y installer et d’y rester.

    La Marseillaise : Comment vous êtes-vous installé en tant que médecin dans la vallée de la Blanche ?

    Charly Extra : J’ai fait tout mon secondaire et ma première année de médecine en Polynésie française, puis j’ai fait ma faculté à Bordeaux et mon internat à Marseille. Quand je suis arrivé ici, je connaissais très mal la ruralité et la vie à la montagne. Je suis arrivé à Seyne-les-Alpes par opportunité, à la fin de mon internat, en 2018, par jeu des connaissances : une médecin qui travaillait à Seyne cherchait des remplaçants. J’ai progressivement pris la suite d’un médecin qui partait à la retraite.

    Pourquoi avez-vous décidé de rester dans la vallée ?

    C.E. : J’ai aimé la pratique en milieu isolé, rural, parce que cela correspondait à l’image que je me faisais de la médecine générale, c’est-à-dire avoir un champ de compétences extrêmement large, de la pédiatrie jusqu’à la gériatrie, les imprévus, la traumatologie (une particularité liée à la montagne). Ce qui m’a fait rester, c’est le côté riche, humain de la pratique médicale ici, avec un contact proche avec les gens. C’est une petite communauté, on connaît presque tout le monde. J’ai aimé la qualité de vie, communautaire, avec les montagnes, la randonnée en itinérance. C’était un coup de cœur.

    Y a-t-il un manque cruel de médecin dans votre zone ?

    C.E. : Oui, il y a un cruel manque de médecins. Cela a récemment été reclassé en zone d’intervention prioritaire, ce qui n’était pas le cas quand je suis arrivé. Une médecin a quitté le cabinet, on n’est plus que deux, moi et mon collègue de 63 ans qui partira bientôt à la retraite, qui a des problèmes de santé et ne travaille plus avec la même intensité. C’est un désert médical, l’hôpital le plus proche est celui de Digne à 45km, c’est environ une heure en voiture. Je suis le seul médecin à faire des astreintes. Je dois avoir un grand niveau de disponibilité, la nuit comme le jour. On est très rapidement isolé. On doit pouvoir gérer des situations très graves seul, avec notre propre équipement.

    Devez-vous passer beaucoup de temps au volant dans le cadre de votre travail ?

    C.E. : Oui. Je travaille sur toute la vallée. On fait des visites à domicile une demi-journée par semaine. Le reste de la semaine, on reçoit au cabinet, en plus des visites imprévues après les journées de travail. On a 60% de programmé et 30% d’urgences. La zone est assez large, il y a beaucoup de route. On peut facilement faire entre 15 et 20 kilomètres pour une visite à domicile. En milieu urbain, je pense qu’ils ont des distances plus courtes.

    Comment peut-on attirer plus de médecins en milieu rural ?

    C.E. : Il faut que l’État investisse dans les services publics nécessaires en ruralité pour que les gens aient envie d’y vivre. Il faut des emplois pour les conjoints, des écoles pour les enfants. C’est très difficile de réussir à accéder aux médecins, il y a beaucoup d’intermédiaires avant. Pour attirer, il faut lutter contre le sentiment de solitude au travail, de se sentir facilement en danger car on se sent trop seul face à des problématiques importantes. Pouvoir faire appel à un confrère dont c’est le domaine lorsqu’on commence à être dépassé par la situation peut être une solution.

    Est-il compliqué pour vos patients de voir des médecins spécialistes ?

    C.E. : On fait partie des départements les moins peuplés de France, l’offre de spécialistes est plus faible qu’ailleurs, il y a des délais importants. Cela demande un dépassement de fonction, du temps de travail supplémentaire. Parfois, on doit demander à nos patients de parcourir de grandes distances, d’aller jusqu’à Marseille. La politique sur les transports liés à la santé n’est pas du tout adaptée aux particularités des territoires. Quand vous avez une vieille dame qui n’a pas de famille dans le coin et qui n’a pas le droit à une prise en charge de son transport alors qu’elle est presque aveugle et que c’est dangereux pour elle de prendre la route, on se retrouve à devoir trouver quelqu’un pour l’accompagner.

  • Le département des Alpes-de-Haute-Provence valorise ses filières au Salon de l’agriculture

    Le département des Alpes-de-Haute-Provence valorise ses filières au Salon de l’agriculture

    Truffe, pommes golden, lavande, olivier, chèvres… Les différentes productions agricoles des Alpes-de-Haute-Provence seront représentées, fin février, au Salon international de l’agriculture. « Un rendez-vous majeur pour le monde agricole et les territoires ruraux », selon Eliane Barreille, présidente du Département, alors que l’agriculture reste un secteur très important, un « pilier structurant » pour les Alpes-de-Haute-Provence, qui comptent près de 2 000 exploitations.

    Les surfaces agricoles représentent 31% du département, en passant par les courges, les salades, les melons, le raisin, les agneaux ou encore le blé. 30% des exploitations sont spécialisées dans l’élevage ovin ou caprin, et 26% dans les grandes cultures. Le secteur emploie 3 770 personnes dans le département. Pour cette nouvelle édition du Salon, le Département a fait le choix de mettre l’accent sur l’arboriculture, troisième filière la plus importante dans les Alpes-de-Haute-Provence, qui est le troisième producteur national de pommes Golden.

    Les producteurs de pommes rencontrent cependant de nombreuses problématiques en ce moment, comme les ravageurs, les pucerons, le réchauffement climatique, la grêle, la sécheresse ou encore l’accès à l’eau pour irriguer.

    Premier producteur d’essence de lavandin

    Dans cette dynamique de valorisation du territoire sud alpin, une conférence départementale de l’agriculture a été organisée pour la première fois par le Département et la Chambre d’agriculture, en présence de Marc Fesneau, ancien ministre de l’Agriculture.

    Les Alpes-de-Haute-Provence restent le premier producteur national d’essence de lavandin, et forment 383 élèves et apprentis aux métiers agricoles. La filière agricole a favorisé l’émergence d’une filière cosmétique réputée à l’international, avec notamment l’Occitane, entreprise leader du marché. Cela permet aux entreprises locales de conquérir des marchés étrangers, notamment en Asie. 35% des surfaces agricoles cultivées du département sont par ailleurs engagées dans la production biologique.

    Le dynamisme agricole du territoire s’illustre également à travers de nombreuses fêtes locales, comme la fête de la lavande à Valensole, la fête du fromage à Banon, la fête de l’amande à Oraison ou encore le marché aux truffes à Montagnac. De nombreux marchés de producteurs et Amap (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne) permettent aux agriculteurs de vendre leurs produits dans tout le département.

    Le Salon se tiendra cette année dans un contexte de mobilisation agricole, alors que plus de 110 foyers de dermatose nodulaire ont été identifiés, et pour la première fois sans présentation de volailles, ni de bovins, en raison des crises sanitaires. L’agriculture départementale reste également menacée par la prédation du loup, qui a encore fait 1 450 victimes en 2025. Le département compte 35 élevages parmi les 200 les plus touchés en France.

    Salon international de l’agriculture 2026, du 21 février au 1er mars, au parc des expositions de la porte de Versailles à Paris.

  • Château-Arnoux Saint-Auban : le maire sortant « à l’écoute »

    Château-Arnoux Saint-Auban : le maire sortant « à l’écoute »

    Santé, sécurité, logement, jeunesse, environnement… Le maire sortant de Château-Arnoux Saint-Auban (Alpes-de-Haute-Provence) invite les habitants à exprimer leurs inquiétudes, leurs propositions et leurs questions lors de cette réunion participative, ce jeudi soir. René Villard présentera également, à cette occasion, sa liste pour les prochaines élections municipales, renouvelée pour moitié.

    Parmi les projets qui seront abordés et débattus : l’embauche d’un troisième policier municipal, le développement de la vidéoprotection, le renforcement de l’offre de logements sociaux et l’agrandissement de la maison de santé. À travers cette réunion, le maire souhaite coconstruire son programme avec les habitants, en fonction des problématiques qu’ils rencontrent.

    « Donner la parole »

    « Ce qui est important pour nous, c’est le collectif », confie le candidat à La Marseillaise. Militant CGT, communiste et habitant de Montfort, René Villard arrive à la fin de son premier mandat de maire et en brigue un second. Il a déjà mené cinq mandats en tant qu’élu, aussi bien dans la majorité que dans l’opposition.

    « On va écouter ce que les gens ont à nous dire » pendant ce « moment de rencontre », résume Gérard Benoit, premier adjoint au maire de Château-Arnoux Saint-Auban. La fiscalité de la commune sera également abordée, afin « d’agir avec transparence » et de présenter les « investissements et économies » réalisés par l’équipe municipale. Un compte rendu financier sera publié dans chaque bulletin municipal, promet le premier adjoint.

    L’équipe de René Villard souhaite par ailleurs mettre en place un conseil de quartier doté d’un budget participatif, permettant aux habitants de proposer et de choisir les projets dans lesquels investir.

    Lors d’une précédente réunion organisée début février, « les habitants nous ont demandé de parler aussi des petits projets du quotidien, comme l’entretien et la modernisation de nos bâtiments scolaires, de nos routes et de nos trottoirs », ajoute l’adjoint. Ces sujets seront abordés jeudi.

    Solidarité, respect de l’autre, humanisme, attachement aux services publics et démocratie resteront les valeurs au cœur du programme de la liste menée par René Villard, issue de la société civile et nommée « Humain 2026 ».

    La liste concurrente, « CASA 2026 », est menée par Philippe Bertrand.

    Ce jeudi 12 février à 18h, salle joie et soleil, 5 avenue René-Piaton, 04160 Château-Arnoux–Saint-Auban

  • Le pavillon Prouvé, vitrine renaissante de l’histoire ouvrière

    Le pavillon Prouvé, vitrine renaissante de l’histoire ouvrière

    Situé au 3 rue de la Colline, le pavillon préfabriqué est « un objet historique rare et précieux », témoigne Jacques Reniquet, architecte en charge de la réhabilitation. Construit par Jean Prouvé, en 1942, pour loger au plus vite les travailleurs sous l’Occupation, le lieu a été classé au titre des monuments historiques en 2024.

    Projet de longue haleine, sa sauvegarde n’aurait toutefois pas été possible sans l’implication d’un homme : Serge Venet, Saintaubanais décédé il y a deux mois. Son frère, Bernar Venet, sculpteur de 82 ans, natif de la ville, insiste : « Sans lui, rien ne se serait passé, ces maisons auraient été détruites dans le temps et abandonnées. » Créateur de l’association Jean-Prouvé, Serge Venet a, le premier, observé l’importance de la sauvegarde de ce lieu.

    Un futur musée à Saint-Auban

    Lors de son retour à Saint-Auban, mercredi 4 février, Bernar Venet admire le travail réalisé, grâce à « des gens qui font ça avec beaucoup d’amour ». Il défend que c’est « c’est absolument unique d’avoir la chance d’avoir ça, on ne peut pas le laisser se dégrader ». Il en est sûr, de ces travaux sortira « quelque chose de vraiment très bien ».

    La réhabilitation vise à préserver le lieu et sa mémoire. Jacques Reniquet précise que l’objectif est « d’essayer de conserver au maximum, y compris la matière d’origine ». Perçu comme « modèle » par l’architecte, en raison de sa faible emprunte carbone et de son adaptation au terrain, le chalet est aussi le témoin d’une histoire locale. Raymond Gauzouin, président de l’association de sauvegarde Jean-Prouvé, précise : « C’est la marque d’une époque, celle d’un paternalisme patronal, quand, pendant la guerre, il y avait besoin de logements. »

    Une fois les travaux achevés, l’enjeu sera d’inscrire durablement le pavillon dans le paysage local. L’architecte affirme que la rénovation n’est « pas une fin en soi. à la sortie, il faudra que ça soit visitable. C’est prévu dans le projet ». Cet Édifice recevant du public (ERP) devrait accueillir de petits groupes de visiteurs, « mais aussi des chercheurs, des spécialistes… Il sera ouvert à tous les publics », promet Jacques Reniquet.

    L’architecte conclut : « L’idée n’est pas seulement de sauver un objet rare de l’œuvre de Jean Prouvé, mais aussi un objet qui s’inscrit dans l’histoire locale, celle de l’évolution de la cité ouvrière de Saint-Auban et de son usine. Tout cela sera présenté autant que possible dans ce bâtiment, pour être une sorte de vitrine de l’histoire locale ».

  • [Entretien] Gérard Paul : « Frédéric Puech est un maire qui a fait ses preuves » aux Mées

    [Entretien] Gérard Paul : « Frédéric Puech est un maire qui a fait ses preuves » aux Mées

    La Marseillaise : Vous venez de lancer le comité de soutien à la liste conduite par Frédéric Puech, le maire des Mées, pourquoi avez-vous accepté ce rôle et quelles seront les prochaines initiatives ?

    Gérard Paul : J’ai accepté ce rôle en tant que maire honoraire des Mées. C’est à Frédéric Puech que j’ai passé le flambeau en 2023. Depuis, il a fait ses preuves, c’est un homme de terrain, proche des gens, humaniste, qui a su prendre les grands dossiers en main et être très assidu dans sa fonction de maire. C’est un bosseur, c’est la raison pour laquelle je ne regrette aucunement de lui avoir fait confiance. Je le soutiens pleinement dans cette campagne afin qu’il soit réélu avec toute son équipe renouvelée.

    Pouvez-vous déjà nous dévoiler des premiers noms de membres
    du comité de soutien
     ?

    G.P. : Nous le ferons dans les deux dernières semaines de la campagne mais ce que je peux dire, c’est qu’on est déjà à une centaine de personnes de tous horizons, actifs, retraités, engagés dans la vie associative, anciens élus. C’est un comité très large et qui grandit de jour en jour dont on ne peut que se féliciter.

    Comment recrutez-vous ?

    G.P. : Nous allons au contact de la population, dans les quartiers, au porte-à-porte. La prochaine réunion publique est prévue le vendredi 16 février* et sur le document de campagne qui présente la liste figure un coupon à retourner pour faire partie du comité de soutien. Chaque jour nous arrivent de nouveaux noms, ça témoigne d’une belle dynamique.

    Serez-vous sur la liste cette année ?

    G.P. : Non, je considère qu’il faut passer la main, laisser la place à des plus jeunes, ne pas s’accrocher. J’aide Frédéric au maximum que je peux, il sait qu’il peut compter sur moi à tout moment mais j’ai fait le choix de me retirer. J’ai eu quelques problèmes de santé mais cela ne veut pas dire que je ne serai plus présent dans la vie locale à travers des associations, de mes engagements au niveau social etc.

    Comment percevez-vous le retour de « La Marseillaise » dans votre département après une longue absence ?

    G.P. : Je m’en félicite, je m’en réjouis ! C’est même pour moi une grande nouvelle parce que j’ai été inspecteur des ventes du journal pendant un temps. Ensuite j’ai été
    un diffuseur bénévole assidu de La Marseillaise. C’est vraiment formidable pour le pluralisme, elle manquait au paysage.

    * Réunion publique le 16 février à 18h, salle des fêtes des Mées.

  • Un rassemblement et une marche blanche pour Gaza à Digne

    Un rassemblement et une marche blanche pour Gaza à Digne

    Objectif : « dénoncer le silence complice de nombreux gouvernements occidentaux » à l’égard de la situation au Proche-Orient, indiquent les organisateurs pour qui « les Palestiniens ne sont pas que des nombres ». « La reconnaissance de la Palestine par le président Macron ne semble pas suffisante pour engager concrètement la France dans la protection du peuple palestinien, exiger la libération des prisonniers politiques ou mettre fin aux livraisons d’armes à Israël », dénonce le collectif.

  • [Entretien] « L’idée c’est de ramener tout le monde à la montagne »

    [Entretien] « L’idée c’est de ramener tout le monde à la montagne »

    La Marseillaise : Les Jeux olympiques de Milan Cortina s’ouvrent de l’autre côté des Alpes. Quel regard portez-vous sur eux et quels enseignements en tirez-vous pour préparer ceux de 2030 dans les Alpes françaises ?

    Renaud Muselier  : Milan Cortina, je suis ça de très près puisqu’on est les prochains. Ce sont les premiers Jeux à se faire sur des sites éclatés, nous serons les seconds donc c’est intéressant pour nous de regarder comment ça s’organise, quelles difficultés se présentent… Je serai là-bas jusqu’à lundi pour échanger avec les organisateurs et soutenir bien sûr les athlètes français et régionaux. On m’a expliqué il y a six mois que Milan Cortina c’était une catastrophe et que les Italiens ne seraient jamais prêts. Il me semble que ce n’est pas le cas. C’est comme Paris 2024 qui a été déglingué par tout le monde avant d’être un succès planétaire extraordinaire. Je crois qu’il ne faut pas trop écouter les critiques, tracer le chemin et s’entourer des meilleurs. J’aime les grands événements. C’est comme ça que m’est venue l’idée de Jeux olympiques d’hiver ici. Jeune parlementaire, j’avais suivi le dossier de Lillehammer. C’était un objectif accessible en nous appuyant sur ce qu’on a chez nous : la neige et les chalets, avec des projets sobres. Je pense que ça aura une plus-value énorme. Quand on parlera des Jeux on parlera de la France et dans ce monde complexe, où on perd ses repères, s’affronter à la loyale ce n’est pas rien. Et ça donne toujours un bonus de bonne humeur ! On en a tous besoin. Les anneaux seront pour tout le monde !

    Vous parlez de « sobriété » et pourtant, il y a une attente forte d’un héritage des Jeux dans les Alpes du Sud. Comment résoudre la contradiction ?

    R.M. : C’est l’occasion de remettre le plus possible nos montagnes à niveau. Nous n’avons jamais eu les Jeux donc c’est le nord qui en a profité qui a pu ensuite organiser des coupes du monde… C’est la discussion que nous avons eue avec nos amis d’Auvergne-Rhône-Alpes. Je leur ai dit « laissez-nous rattraper notre retard ». Maintenant qu’on a décroché les JO, on fait un budget le plus bas possible et on s’efforce de s’y tenir.

    Comment les JO de 2030 se préparent-ils ? À quel rythme ? Quelle répartition des rôles ?

    R.M. : Pour que les Jeux réussissent, il y a trois piliers essentiels. D’abord, il y a le Dijop, le délégué interministériel aux jeux olympiques et paralympiques. C’est l’État. Ça se passe plutôt très bien. Ensuite, il y a la Solideo que je préside et qui est installée à Marseille. C’est la société qui livre ou rénove les équipements avec un budget d’un milliard. Tout est en route. Enfin, il y a le Cojop. C’est le comité d’organisation, souvent c’est ce qu’on connaît le plus parce que c’était l’instance pilotée par Tony Estanguet pour les Jeux de Paris. C’est Edgar Grospiron qui s’en charge pour 2030. Là, il y a quelques difficultés organisationnelles, humaines, il y a un choc des cultures.

    Vous parlez des démissions successives ?

    R.M. : Je m’explique : on a hérité de beaucoup de gens de Paris 2024. C’est une très bonne chose parce qu’ils ont de l’expérience. Mais, en même temps, ils ont une forme de suffisance envers le territoire qui pose des difficultés. Ils ne connaissent ni la montagne ni les montagnards. L’osmose est complexe. Ils ont la culture des moyens presque illimités pour Paris alors que nous avons des moyens très limités pour la montagne. Quand vous avez quelqu’un qui arrive en mocassins pour aller voir une piste de ski dans la neige, vous vous rendez compte qu’il y a un problème d’adaptation au terrain. Mais j’ai entendu M. Grospiron et la ministre s’exprimer devant le CIO à Cortina, on va avancer. Il y a un soutien politique très fort des deux régions et de l’État. On a désormais la loi olympique sur laquelle on peut s’appuyer.

    À quoi va ressembler l’héritage de ces Jeux pour le territoire ?

    R.M. : On va avoir une modification structurelle très forte au niveau des transports. J’avais mis un astérisque dans le contrat de plan État-Région pour clause de revoyure si nous avions les Jeux. On avait déjà engagé pas mal de dossiers. Les JO sont un accélérateur. Grâce à ça, on a pu débloquer ce qu’on attendait depuis 50 ans : le contournement de Martigues-Fos ça touche 900 000 personnes. Le train Marseille-Briançon est sauvé grâce aux Jeux, il va faire 3h40 au lieu de 5h et on va refaire les 16 gares qui montent. C’est énorme, ça touche 800 000 personnes.

    Avec la SNCF ?

    R.M. : Oui, c’est la SNCF qui s’en occupe. Est-ce qu’il y aura après un appel à projet ? On n’est pas là dedans pour le moment. On a un opérateur avec lequel on s’est entendu. Les relations sont plutôt bonnes parce que tout le monde a fait des efforts. J’ajoute qu’il y a un autre volet, c’est le train de nuit Briançon-Paris qui dessert toute l’étoile de Veynes autour de Gap. Il n’y a pas énormément d’habitants mais c’est énorme au niveau du désenclavement. Il y a là un historique ferroviaire très important, c’est nous qui avons sauvé le site et les Jeux qui vont le redynamiser. L’autre volet ferroviaire, c’est Marseille-Menton, la ligne nouvelle Provence Côte d’Azur, le Nice-Digne dit le train des pignes…

    Au-delà des transports quel sera l’héritage des Jeux pour les Alpins ?

    R.M. : On a des problèmes de logement. Si on peut, grâce à cet événement international, sauver les forts Vauban et leur donner une destination hôtelière, touristique et d‘habitation pour les saisonniers ou les Alpins, ce sera énorme. Côté niçois, il y aura un complexe olympique avec une patinoire qui perdurera.

    Comment ces Jeux aideront-ils à penser les Alpes de 2050 ? Quelle adaptation au changement climatique ?

    R.M. : Oui c’est très important, on en tient compte. Les stations de basse montagne voire de moyenne montagne surtout lorsqu’elles sont exposées sud, sont mécaniquement en danger. On travaille la suite. Celles où il y aura les épreuves, la neige sera au rendez-vous. Même lorsqu’il y a une mauvaise saison, il y aura de la neige mais il n’y en aura pas partout. J’entends les critiques mais ce n’est pas tout blanc ou tout noir. Il faut donner de la perspective.

    La Région a en charge les lycées. Quelle prise en compte de la jeunesse dans la démarche des JO ?

    R.M. : On va copier le plan rugby que l’on a fait à l’occasion de la coupe du monde. On a aidé les clubs, refait les vestiaires, payé les camionnettes… Je crois que c’est plutôt réussi puisqu’on est en très bonne place au niveau des licenciés de rugby en France. Il y a un engouement réel. Nous avons déjà fait la même chose avec le plan voile en soutenant les clubs que ce soient sur les lacs ou le littoral. On accompagne désormais trente clubs de sports de montagne, on a multiplié par trois le soutien régional aux ligues de sports d’hiver et aux deux comités de ski. 800 000 euros pour les équipements de clubs et équipements de sport de proximité. On soutient 75 événements et compétitions nationales et internationales. On sort d’ailleurs de la coupe d’Europe de snowboard d’Isola. On a la coupe d’Europe de ski alpin, les championnats d’Europe de vitesse à Vars, la coupe du monde d’alpinisme à Puy-Saint-Vincent et le championnat de France de patinage artistique à Briançon. On a aussi lancé le pass Sud Montagne. Il y a déjà 7 000 jeunes qui ont déposé une demande d’inscription. C’est 100 euros pour financer la licence, la location de skis, l’équipement, les forfaits… S’ils sont abonnés Zou, ils prennent le train ou le bus, s’ils partent tôt le matin ils peuvent revenir le soir. S’ils veulent passer le week-end, ils se mettent à quatre et ils louent un studio. L’idée c’est de ramener tout le monde à la montagne. On va réinventer les classes de neige pour permettre à nos jeunes de savoir ce que c’est un chamois ou une marmotte.

    Serez-vous le président de Région qui coupera le ruban en 2030 ?

    R.M. : Je n’en sais rien. Ce que je sais c‘est que c’est lancé, que ça apportera un plus à la région et que ça aura fait avancer des dossiers à l’arrêt depuis 50 ans tout en montrant nos pôles d’excellence au-delà du tourisme, des cigales et de la lavande.

    « La Marseillaise » arrive ce 7 février dans les Alpes. Quel regard portez-vous sur cette démarche ?

    R.M. : Ça ne peut que me réjouir. Premièrement parce que j’ai toujours défendu la presse. J’en suis respectueux. Deuxièmement, parce que c’est malin. Je pense que tous ceux qui sont dans ces vallées et ces montagnes auront la possibilité d’avoir des informations complémentaires sur des choses qui vont arriver chez eux. C’est une formidable opportunité.

  • [Entretien] « Un journal qui porte une autre vision des choses »

    [Entretien] « Un journal qui porte une autre vision des choses »

    La Marseillaise : « La Marseillaise » arrive dans votre département ce samedi. Quelle est votre réaction ?

    Éliane Barreille : C’est toujours bon d’avoir des médias qui puissent porter une autre vision des choses. Cela fait plus de 10 ans que La Marseillaise s’était retirée des Alpes-de-Haute-Provence, ne nous laissant qu’un seul interlocuteur. C’était dommage. Apporter une vision différente et éventuellement une contradiction, ça a du sens. Je suis ravie que nous ayons ce retour de votre journal qui apporte un pluralisme supplémentaire.

    En tant que présidente de Département vous vous occupez des collèges. La propagation des fake news, notamment chez les jeunes, vous préoccupe-t-elle ?

    É. B. : Je crois qu’il y a un vrai clivage générationnel. Les gens de plus de 60 ans sont ceux qui se tournent le plus vers la presse quotidienne régionale et qui sont le moins pollués par les réseaux. Les plus jeunes, oui, il faut bien le reconnaître, ils sont toute la journée sur le smartphone avec les problèmes que cela comporte. Au Département, nous leur avons fourni une tablette dont ils ne peuvent se servir que comme de livre. Il faut une sensibilisation pour distinguer une information vérifiée d’une autre.

    Quels sujets sont, selon vous, prégnants dans les Alpes-de-Haute-Provence ?

    É. B. : J’ai un dada en ce moment : la décentralisation. Le Premier ministre en parle beaucoup, moi je réponds « ruralité ». On ne peut pas être traité de la même manière quand on est un département comme le nôtre avec peu de population et peu de budget que des départements très urbanisés. J’ai rencontré le président des départements de France, j’ai pris rendez-vous avec le ministre de la Ruralité même si pour cause de municipales j’ai cru comprendre qu’il risquait de changer, pour porter ce message. Par exemple, les grands départements de France se verraient bien confier la santé. Mais moi, ici, je n’ai pas les moyens de l’assumer en totalité même si on fait des efforts pour répondre aux besoins. On ne peut pas tous être traités sans distinction depuis Paris.

    Quid des transports, des services publics ?

    É. B. : Nous sommes un département de montagne avec des contraintes fortes d’entretien du fait d’éboulements fréquents. On ne peut pas être logé à la même enseigne qu’un département parisien. Les transports en commun sont gérés par la Région et donc d’assez loin. Les agglo ont des transports qui fonctionnent intramuros, mais dès qu’on en sort, c’est très difficile. Je veux m’y pencher pour le prochain mandat.

    Il n’y aura pas d’épreuves des JO dans le 04 mais des changements sont-ils à attendre ?

    É. B. : J’ai été désignée comme porte-parole des territoires non-hôte des JO. Je suis en train de travailler pour apporter des propositions d’héritage pérenne. Mais d’ores et déjà, la ligne des Alpes, c’est 100 km de voie ferrée dans le 04 avec cinq gares qui vont être refaites. Je ne veux pas me limiter à ça. A priori, il y aurait quelques possibilités de financements à destination des collégiens. J’aimerais bien les sensibiliser au sport à cette occasion. Ensuite nous réfléchissons, comme pour le passage de la flamme des Jeux de Paris, à des animations dans les communes qui le souhaiteront. J’avais eu 7 communes partenaires en 2024, ça avait drainé un monde fou. Je vais réfléchir avec les autres départements à ce qu’on peut porter autour des JO, par exemple en anticipant des formations sur le tourisme en amont.

  • « La Marseillaise » à la conquête des Alpes !

    « La Marseillaise » à la conquête des Alpes !

    Au commencement, il y avait une poignée de lecteurs qui nourrissaient un projet un peu fou : créer les conditions de l’arrivée de notre journal dans les Alpes au nom du pluralisme, des valeurs de la Résistance dont il est porteur et de la nécessité de donner la parole aux sans-voix.

    Il y avait – il faut bien le reconnaître – une petite pointe de jalousie : pourquoi les Vauclusiens, avaient-ils eu droit depuis septembre 2022 au retour de La Marseillaise et pas les Alpins ? Notre journal n’est en effet pas tout à fait un inconnu dans les départements de montagnes. Cela fait une dizaine d’années qu’il est absent des Alpes-de-Haute-Provence et bien plus encore dans les Hautes-Alpes.

    En cause : les difficultés successives que notre titre a dû surmonter tout au long de son histoire.

    Mais le petit groupe de lecteurs opiniâtres n’en démord pas : le contexte a changé, La Marseillaise progresse, elle a gagné en qualité, les Jeux olympiques arrivent…

    Côté direction, la prudence est de mise. Si la détermination à faire exister La Marseillaise est en acier, les finances sont en porcelaine. Le message est clair : aide-toi, le journal t’aidera.

    Têtes dures

    Les voilà prêts à frapper à toutes les portes, en commençant par les organisations avec lesquelles notre journal est historiquement lié. La fédération communiste des Alpes-de-Haute-Provence organise en novembre 2024 un débat sur l’exigence de pluralisme de la presse à Digne, salle de l’Ermitage. L’UD CGT 04 inscrit la question à l’ordre du jour de son congrès prévu en mai 2025.

    Quelques mois auparavant, mars 2025, la poignée de têtes dures décide de se constituer en comité départemental des Amis de La Marseillaise avec la bénédiction de Serge Baroni, président de l’association.

    Frédérique Laîné en prend les rênes. Avec la foi du charbonnier, elle remue ciel et terre. Dès la première réunion, une quarantaine répondent présent et adhèrent au comité. Puis la machine s’emballe et gagne le 05.

    Les Amis de La Marseillaise des Alpes participent à la diffusion de « l’appel qui sème l’espoir » lancé par notre titre et plusieurs associations de protection du vivant pour promouvoir la biodiversité à l’occasion de l’arrivée du printemps. Le texte est imprimé sur une Une de La Marseillaise ensemencée. Une première dans la presse : il suffit de couvrir votre journal avec un peu de terre, d’arroser et des fleurs des champs en sortent.

    Dans les Alpes, l’opération revêt un sens supplémentaire : il s’agit de semer les graines d’une possible arrivée du journal. Le bouche à oreille s’amplifie en marge des manifestations syndicales et sur les marchés. De plus en plus de citoyens commencent à y croire.

    Pour forcer le destin, les Amis de La Marseillaise décident d’une date : le 2 novembre 2025, aux Mées, se tiendra un repas populaire de soutien au journal avec un débat portant sur les médias et la démocratie. La salle est pleine à craquer : de simples citoyens, des responsables associatifs, politiques, syndicaux, culturels, et des maires de tous horizons. Plus de 3 500 euros de dons versés et des idées pour aller plus loin.

    En janvier 2026, c’est décidé, le comité de surveillance du groupe La Marseillaise donne le feu vert.

    Tout au long de ce week-end et de la semaine qui suit, les Amis de La Marseillaise seront sur les marchés des deux départements pour diffuser leur journal. À la Une il est désormais écrit « Bouches-du-Rhône, Var, Vaucluse &… Alpes ! »

    Le défi ne fait que commencer.

    « verbatim »

  • [Entretien] Frédérique Laîné : « On fait notre maximum pour l’arrivée du journal dans les Alpes »

    [Entretien] Frédérique Laîné : « On fait notre maximum pour l’arrivée du journal dans les Alpes »

    La Marseillaise : Après la réussite d’un banquet aux Mées, dans la perspective de voir La Marseillaise couvrir l’actualité des Alpes-de-Haute-Provence et des Hautes-Alpes, le comité des Amis de La Marseillaise que vous animez a décidé de prendre de nouvelles initiatives.

    Quelles sont-elles ?

    Frédérique Laîné : Nous avons décidé pour le samedi qui vient d’avoir lieu et les trois suivants, de diffuser La Marseillaise dans un certain nombre de bars de notre territoire. L’idée étant de faire connaître son contenu actuel que nous estimons déjà très riche et d’engager la discussion sur le pluralisme de la presse. Il nous a semblé que c’étaient des lieux de convivialité propices à l’échange. C’est une manière de populariser notre démarche dans l’objectif que La Marseillaise étende sa diffusion aux Alpes.

    Quel a été l’accueil pour le premier samedi de cette opération ?

    F.L. : Bon ! J’ai été heureuse de constater que dans les bars dans lesquels nous nous sommes rendus, les gens lisaient très volontiers le journal. Je trouve ça prometteur. Je suis persuadée que ce sont des endroits où le journal doit être présent.

    Avez-vous entrepris d’autres types d’initiatives ?

    F.L. : Oui, nous avons prévu une campagne d’affichage qui porte le message de Lucie Aubrac et qui va si bien à La Marseillaise : « Résister se conjugue au présent ». C’est l’occasion de donner de la visibilité dans l’espace public à notre journal qui n’a pas les moyens d’autres titres. Nous espérons bientôt compléter ces affiches avec des bandeaux annonçant l’arrivée effective de La Marseillaise dans les Alpes ! Mais ce n’est pas tout…

    C’est-à-dire ?

    F.L. : On est également en train de préparer des points de rencontres le samedi 7 février avec les oriflammes de La Marseillaise et des barnums aux couleurs des Amis du journal pour donner encore plus de visibilité à notre démarche. C’est déjà prévu dans six communes : à Manosque, Digne, Gap, Forcalquier, Sisteron, Château-Arnoux et je suis certaine que d’autres membres des Amis de La Marseillaise, peut-être avec un peu moins d’équipements visibles, vont rejoindre l’opération dans des localités plus modestes afin de prendre leur part à ce que nous voulons être une grande diffusion de notre journal. Voilà ce qui est dans les tuyaux à ce jour.

    Quel est l’état d’esprit de celles et ceux qui participent à tout cela ?

    F.L. : De l’enthousiasme, mais aussi beaucoup d’impatience. Nous connaissons la situation de La Marseillaise, les progrès qu’elle a enregistrés, mais aussi sa fragilité financière. De notre côté, on fait notre maximum pour créer les conditions de son arrivée.

    Comment adhérer ou ré-adhérer aux Amis de La Marseillaise ?

    Pour rejoindre l’association des Amis de La Marseillaise ou renouveler son adhésion, il suffit d’adresser un chèque d’au moins 10 euros libellé au nom des Amis de La Marseillaise à l’adresse suivante : Les Amis de La Marseillaise 84 bis Vieille route de la Gavotte 13170 Les Pennes-Mirabeau, en précisant vos coordonnées.

    Vous pouvez en profiter pour effectuer un don déductible d’impôts à 66% avec un chèque libellé à l’ordre de « Presse et pluralisme – La Marseillaise ».