Tag: alimentation

  • La santé des habitants au menu de l’Après M

    La santé des habitants au menu de l’Après M

    « Quand José Bové démolissait les fast foods, j’étais contente. » Si Michèle Rubirola, première adjointe au maire de Marseille et en charge de la santé, rappelle son combat contre les chaînes de restauration rapide, elle ne cache pas non plus son attachement à l’Après M.

    « Un lieu emblématique de lutte, de résistance et de solidarité », comme elle le qualifie, et qui a accueilli toute une journée sur les thèmes de la « santé et de l’alimentation » avec une série d’animations et d’ateliers. Paradoxal pour un fast food, ancien McDonald du quartier de Sainte-Marthe (14e arrondissement), repris par ses anciens salariés au terme d’une longue et âpre lutte ? « Justement, avec la volonté de l’Après M de prendre soin de la population, on travaille avec son équipe pour proposer aux habitants du quartier une réflexion sur ce qu’est une bonne alimentation pour la santé, et la santé globale », développe l’adjointe et médecin de profession. Par « santé globale » entendez par-là qu’elle développe une « approche transversale ». « On parle d’équilibre alimentaire, mais si on mange des fruits et légumes bourrés de pesticides… Il faut donc travailler sur quels aliments on peut prendre : l’assiette dépend du champ ! », poursuit Michèle Rubirola. Elle prend des exemples concrets du travail de la Ville sur le sujet : « Tout autour de l’Après M, il y a des expériences pour des produits sains : on a installé des agriculteurs, il y a des jardins partagés. » Et le lien est tout trouvé avec l’événement du jour au fast food solidaire : on y retrouve la compagnie de théâtre-forum Force Nez pour des animations qui mettent à contribution les clients. Plusieurs professionnels du centre de santé Mareposa et de la Maison de l’infirmière sont également présents pour aiguiller le public.

    Combat pour

    la « fastronomie »

    « C’est essentiel pour notre territoire d’avoir des initiatives comme ça. On a la volonté de transformer la normalité des fast-foods en ce qu’on appelle la fastronomie, avec des produits de qualité », se félicite Abderrahmane Mesbahi, responsable de l’ingénierie sociale à l’Après M.

    Il rappelle le burger étendard de cette politique, « L’ovni » élaboré avec le restaurateur étoilé Gérald Passedat. Et de développer : « Pour la viande, on va voir le boucher d’à côté et on compresse les prix. Sur le bio, il faut qu’on sorte de la périphérie de notre restaurant pour aller chercher des produits frais. Et pour sortir du fast-food classique, on a lancé une gamme de pâtes et de riz et de crêpes maison. » En bref, de la parole aux actes pour les équipes du fast food.

  • Patrick Chini mènera une liste d’union de la gauche à Salon-de-Provence

    Patrick Chini mènera une liste d’union de la gauche à Salon-de-Provence

    Il y avait du monde dans le local de campagne de la gauche salonaise rassemblée autour de Patrick Chini (PS), à l’occasion de l’inauguration de leur QG pour les élections municipales de 2026. Le PCF, PS, Génération.s, les Écologistes, Place publique et Génération écologie sont parties prenantes de cette alliance.

    Patrick Chini, ingénieur retraité depuis avril dernier, est la tête de liste de ce rassemblement « pour un autre avenir » en « mettant de côté nos divergences sur des sujets nationaux pour travailler au local » avec « bon nombre de citoyens » au-delà des militants politiques, d’après le candidat qui insiste sur sa volonté d’« intégrer systématiquement la participation citoyenne » dans les réflexions et les décisions pour construire une ville « plus transparente et inclusive ».

    L’écologie en pilier

    Le collectif met en avant plusieurs orientations avant de présenter son programme fin janvier. « Notre premier souci est de faire face à la transformation écologique et économique au regard du changement climatique et tout ce qu’il implique en termes de santé et d’alimentation » détaille Patrick Chini, qui lie cet enjeu à celui de « rendre la ville autonome en énergie et en eau dans la mesure du possible ». « Nous voulons aussi favoriser une alimentation saine et locale car nous avons la chance d’avoir des agriculteurs et des producteurs bio qui nous accompagnent », complète le candidat.

    La campagne sera jalonnée de rencontres dans les quartiers. La liste au complet sera dévoilée le 11 février tandis que le meeting de fin de campagne est déjà programmé au 9 mars à la Maison de la vie associative.

    Local au 21 avenue
    du Maréchal Joffre.

  • Faire mieux manger est un enjeu éminemment politique

    Faire mieux manger est un enjeu éminemment politique

    Réfléchir à ce que les municipalités peuvent faire en matière d’alimentation est un enjeu central, tant sur le plan sanitaire que social et environnemental.

    C’est ce que propose de faire Toulon en Commun, ce jeudi soir, en invitant comme à chaque fois des élus des villes où des alternatives ont été mises en place pour permettre à la population de mieux se nourrir. Parmi elles, Mouans-Sartoux, dans les Alpes-Maritimes. L’adjoint Gilles Perole sera présent pour mettre en avant cette aventure qui a déjà fait ses preuves et qui a inspiré d’autres communes. L’objectif est de montrer que sur un sujet comme celui-là aussi, il existe des marges de manœuvre pour impulser un projet politique.

    Baisse du gaspillage alimentaire

    Ce modèle repose d’abord sur la création d’une régie agricole municipale. Depuis 2011, Mouans-Sartoux a en effet mis en place une ferme municipale de six hectares, qui produit des légumes destinés à la restauration collective de la commune, désormais 100% bio et locale.

    Mieux encore, grâce à un travail sur les portions, le tri des restes et la sensibilisation des enfants, le gaspillage a fortement baissé avec une réduction d’environ 80% des déchets alimentaires dans les cantines. Ce qui a permis de maintenir le coût des repas stable tout en passant au bio.

  • « Manger comme on sème » dans l’Hérault : nouvelle saison

    « Manger comme on sème » dans l’Hérault : nouvelle saison

    Ciné-débats, ateliers, visites de fermes, balades, marchés, dégustations… Du 22 novembre au 7 décembre, l’édition automne-hiver 2025 de « Manger comme on sème, le festival des 4 saisons » propose près de 90 événements destinés à promouvoir l’agroécologie paysanne et les circuits courts, sensibiliser aux enjeux de sécurité alimentaire, valoriser les agriculteurs du territoire ainsi que tous les acteurs engagés dans une alimentation durable.

    Initialement impulsée par la Métropole de Montpellier, « cette dynamique a gagné les communautés de communes voisines » (Pays de l’Or Agglomération, Pays Cœur d’Hérault et la Communauté de communes du Grand Pic Saint-Loup), aujourd’hui partenaires. À raison de deux éditions par an, au printemps/été et à l’automne/hiver, les agriculteurs du territoire et les acteurs engagés pour une alimentation durable proposent, durant deux semaines, de nombreux rendez-vous. Objectif : « Sensibiliser, pour que ça diffuse et que ça devienne une évidence », explique Isabelle Touzard, vice-présidente de la Métropole en charge de l’agroécologie et de l’alimentation. « Les citoyens sont demandeurs de ces rencontres avec des maraîchers, des personnes qui élèvent des animaux, qui font du pain… Sans oublier la notion de convivialité, à laquelle l’alimentation est très associée », poursuit l’élue.

    « On s’ouvre à la pêche »

    Parmi la multitude de propositions recensées en ligne sur le site de la plateforme Bocal*, qui offre une vision globale de l’offre alimentaire durable sur les quatre territoires partenaires du festival ainsi que le Syndicat mixte du Bassin de Thau, on retient une nouveauté cette saison : « On s’ouvre à la pêche », explique l’élue.

    Le vendredi 28 novembre, une rencontre est ainsi organisée de 18h30 à 20h à la médiathèque de Palavas-les-Flots autour des « petits métiers », du poisson de saison en circuit court et de la ressource halieutique (gratuit, sans inscription). Un atelier ludique et pédagogique à destination des enfants de 7 à 12 ans sera également proposé, toujours à la médiathèque, les 28 et 29 novembre pour découvrir les différentes techniques de pêche et évoquer l’intérêt nutritionnel des aliments de la mer (gratuit, sur inscription au 04.67.50.42.49). Autre temps fort, autre suggestion : la Maison pour tous Jean-Pierre Caillens, future Maison de l’alimentation solidaire de Tournezy, à Montpellier, organise le 5 décembre, de 9h à 14h, des ateliers de cuisine d’ici et d’ailleurs suivis d’un repas partagé !

  • Occitanie : une ordonnance verte pour le Printemps montpelliérain

    Occitanie : une ordonnance verte pour le Printemps montpelliérain

    À cinq mois des municipales, ça bouge du côté de Montpellier. Le Printemps montpelliérain, liste regroupant plusieurs partis de gauche, vient de dévoiler dix propositions afin de changer de politique alimentaire. « Avec les évolutions de la société, la perte du pouvoir d’achat, l’alimentation devient un sujet politique important. 13% des Français sont en insécurité alimentaire  », souligne Jean-Louis Roumégas, tête de liste et député les Écologistes de l’Hérault.

    Des propositions issues d’un forum sur l’alimentation et l’agriculture conduit par le mouvement, le 18 octobre. Tout d’abord, une « ordonnance verte  ». « Dès que le bébé est en route, nous distribuerons des paniers bio hebdomadaires et gratuits à toutes les femmes enceintes, sans condition de revenus », détaille Julia Mignacca, membre du Printemps. L’objectif à terme serait que cette ordonnance bénéficie à 1 600 Montpelliéraines. Également présenté par le Printemps afin de mieux se nourrir, la création d’un réseau d’épiceries municipales. « Nous proposerons des produits à prix coûtant grâce à une centrale d’achat. Cela coûtera peu car nous vendrons sans marge, ce qui permettrait aux agriculteurs d’avoir un prix décent », reprend Jean-Louis Roumégas. À cela s’ajoute le soutien à des caisses alimentaires et aux circuits courts.

    Un office métropolitain

    Si ces mesures concernent uniquement la ville de Montpellier, d’autres ont une visée plus large en s’adressant à toute la métropole, comme la création d’un office agricole. « À Montpellier, nous devons lutter contre les lobbies de l’immobilier et sanctuariser les terres agricoles. Cet office nous permettra de les acquérir puis d’installer des paysans », précise Boris Chenaud. Pour les agriculteurs en herbe, le Printemps propose la mise en place de jardins partagés. « Cela permettra de créer du lien social entre les gens dans les quartiers et de redécouvrir la saisonnalité », insiste Coralie Mantion. Dans le même genre, le Printemps espère créer une ferme pédagogique à Malbosc.

    Une sensibilisation au bien manger qui passera également par l’école puisqu’il est prévu de mettre fin aux plastiques à la cantine et de tendre vers le 100% bio et local – contre 30% actuellement. Enfin, pour lutter contre la malbouffe, l’équipe ambitionne de mettre en place des ateliers autour du goût sur le temps périscolaire. Les enfants ne sont pas les seuls visés puisque le grand public est aussi invité à travers l’organisation d’une journée sans sodas. « Nous voulons répondre aux besoins du quotidien en apportant des réponses concrètes », soutient Jean-Louis Roumégas.

  • [EQDD Corse Matin] Le portage de repas, un service essentiel pour les seniors à Ajaccio

    [EQDD Corse Matin] Le portage de repas, un service essentiel pour les seniors à Ajaccio

    « Heureusement qu’il y a ce portage de repas. On a 92 ans, on ne peut pas courir au supermarché et moi, j’ai une DMLA [maladie dégénérative de la vision, Ndlr], je ne peux plus cuisiner », explique Madame Vargioni qui vit à Ajaccio avec son mari dans un appartement au deuxième étage d’un immeuble, route des Sanguinaires. « Ça nous permet de rester chez nous, ajoute-t-elle. Sinon ça serait l’Ehpad, mais nous n’avons pas les moyens ».

    Il est tout juste 10 heures, elle récupère les deux sacs contenant leurs repas journaliers des mains de Romain Evrard, agent social au centre intercommunal d’action sociale (CIAS), qui fait sa tournée quotidienne de distribution. La Communauté d’agglomération du Pays ajaccien (Capa) mobilise quatre agents pour ce service de portage de repas quotidien dont ont bénéficié 221 personnes en 2024, soit plus de 41 600 repas livrés.

    Ce matin-là, le jeune homme doit se rendre chez une trentaine de bénéficiaires, uniquement des personnes retraitées, handicapées ou à mobilité réduite. La moyenne d’âge oscille entre 85 et 95 ans et le tarif de la prestation varie en fonction des revenus du foyer. « S’il n’y avait pas d’embouteillage, je pourrais livrer au moins dix personnes de plus ». Dans son véhicule réfrigéré, il arpente chaque matin, dès 8 heures, un secteur allant de l’hyper centre-ville jusqu’à la route des Sanguinaires, en périphérie. Sa tournée doit être terminée avant 12h30 mais, entre les embouteillages et le manque de places de stationnement dans les résidences, c’est une véritable gymnastique, dans laquelle chaque seconde compte.

    Un rôle de veilleur social indispensable

    « Je prépare les repas la veille chaque jour, détaille-t-il. Le jeudi, on fait double livraison en comptant aussi les repas du vendredi et, le vendredi, on livre les repas du week-end. S’il n’y avait pas d’embouteillage, je pourrais livrer au moins dix personnes de plus ». À chaque arrêt, Romain doit saisir le bon sac et l’apporter jusqu’au palier des bénéficiaires. Certains repas sont pour des diabétiques, d’autres sont sans sel ou moulinés, etc. Il suffit au livreur de sonner ou de frapper à la porte une seule fois pour entendre la bobinette choir, comme s’il était attendu expressément. « Ça m’aide beaucoup, confie Monsieur Bonelli, 93 ans. Je prends ces repas quatre jours par semaine. Avant, je me faisais à manger seul, mais j’ai mal au dos et aux jambes ».

    Près de 75% des personnes livrées sont en situation de veuvage et dans l’impossibilité de se débrouiller seule. C’est le cas de Monsieur Werner, 83 ans. « Ça me simplifie le quotidien, témoigne-t-il. J’ai perdu mon épouse l’année dernière et je suis obligé de me réorganiser ». Au-delà de ce bref échange, Romain est aussi un visage familier et quotidien dont le rôle va bien plus loin que la distribution de plats. Au milieu de sa tournée, à la résidence des Crêtes, il toque à la porte, un sachet à la main, mais cette fois, personne n’ouvre.

    « Ce n’est pas normal, elle est toujours là et sa porte est souvent ouverte », s’inquiète-t-il. En reprenant la route en direction de son prochain arrêt, il appelle le bureau pour signaler le problème. « Parfois, ce sont des gens qui tombent ou qui ont été hospitalisés. On doit alors pouvoir joindre le référent familial. » L’imprévu n’était finalement qu’une sortie en famille chez le coiffeur. Mais l’agent a été confronté à des situations moins heureuses qui modifient, « assez souvent hélas », ses tournées. « Au début, ça a été très dur, confie Romain derrière son volant. Il y avait des gens à qui je me suis vraiment attaché. Je buvais le café, on discutait. Et puis ils sont décédés. Aujourd’hui, je tente de prendre plus de recul ».

    Un service qui va au-delà de la distribution de repas

    Car l’après-midi, une fois la tournée terminée, les agents changent de casquette et rendent visite aux bénéficiaires pour un temps d’échange ou répondre à un besoin, tels de menus travaux ou aller récupérer des courses dans un magasin. Pour Romain, c’est un moment qui permet surtout « de prendre des nouvelles et de discuter. Cela peut être rapide ou durer quelques heures. Ça leur permet de rester à domicile. Malgré les repas livrés le matin, certains, par exemple, veulent quand même aller chercher leur pain à la boulangerie ».

    Selon un guide du ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, la qualité de la relation humaine est à l’origine de 30% des variations d’apport alimentaire chez les seniors et permet de lutter efficacement contre la dénutrition et la perte d’autonomie. « Améliorer l’alimentation des personnes âgées, peut-on lire, c’est s’intéresser non seulement au contenu de l’assiette mais aussi à tout ce qui est autour du repas et qui en fait un moment agréable ».

    Par Nicolas Wallon- Corse Matin

  • [Grand entretien] Joseph Pronesti : « Deux fois plus de bénéficiaires en 5 ans » à la Banque alimentaire

    [Grand entretien] Joseph Pronesti : « Deux fois plus de bénéficiaires en 5 ans » à la Banque alimentaire

    BIO EXPRESS

    La Marseillaise : Quel est votre parcours ?

    Joseph Pronesti :

    Je fais partie de la Banque alimentaire du Gard depuis 2010 et j’en suis le président depuis 2020. Quand j’ai pris ma retraite professionnelle après une carrière en tant qu’agent EDF-GDF, ma femme et moi avons ouvert une petite épicerie solidaire à Aramon. Quelques années plus tard, nous l’avons cédée au Secours catholique et je me suis investi auprès de la Banque alimentaire. À l’arrivée du Covid, on m’a sollicité pour devenir président. L’association compte aujourd’hui 90 bénévoles. Notre rôle est de récolter les invendus des supermarchés et les surplus des producteurs pour les redistribuer aux associations partenaires comme les Restos du cœur par exemple.

    SIX NOUVEAUX CAMIONS

    La Marseillaise : Que s’est-il passé la nuit du 27 novembre 2024 ?

    Joseph Pronesti : Nous avons subi un attentat, un acte volontaire pour lequel une personne a été arrêtée et condamnée. Cette nuit-là, je suis arrivé sur place à trois heures du matin. Tous nos véhicules avaient été détruits. On venait de terminer la collecte de denrées de 2024, nos étagères étaient garnies. J’étais désemparé mais dès le lendemain, un élan de solidarité s’est mis en place. Les bénévoles ont commencé la tournée des supermarchés avec leurs véhicules personnels, les Banques alimentaires d’autres départements, des voisins producteurs et commerçants, la Croix Rouge nous ont prêté des camions. Une immense chaîne de solidarité s’est mise en place et on a pu reprendre les collectes le jour même.

    Où en est l’association aujourd’hui ?

    J.P. : Grâce à une cagnotte en ligne que j’ai rapidement mise en place après l’incendie, nous avons réussi à récolter 528 000 euros. Elle a été remplie grâce à des dons de particuliers touchés par notre histoire, des subventions de l’État et des fonds versés par des villes et communautés de communes. Nous sommes rapidement arrivés au-delà du montant du préjudice de la perte des six camions qui était de 450 000 euros. Cet argent nous a permis de passer commande de six camions frigorifiques flambant neufs que nous avons inaugurés le 17 octobre. La somme a également permis de rembourser les frais de réparation engagés sur les véhicules qui nous avaient été prêtés. Cette solidarité a boosté nos bénévoles. On a pu revoir le ciel bleu de la Banque alimentaire très vite après l’incident. Ce fut un moment magique.

    UNE NOUVELLE COLLECTE

    La Marseillaise : Quand est prévue la prochaine collecte de la Banque alimentaire ?

    J.P. : Nous serons dans les supermarchés les 28, 29 et 30 novembre pour récolter des produits de longue conservation comme des boîtes de légumes ou des plats cuisinés, des produits d’hygiène pour adultes et bébés. On prend donc les petits pots, les couches, les laits en poudre infantiles, etc. En entrant dans le supermarché, souvent les clients me demandent ce dont on a besoin. Généralement, je leur propose de prendre ce qu’ils aimeraient recevoir. Et alors ils savent. Quand je participe aux collectes, j’aimerais avoir une caméra pour capturer les yeux des enfants quand ils me tendent ne serait-ce qu’un paquet de pâtes. Ils sont si fiers. Ils savent que c’est important. J’ai aussi en tête l’image de ce vieil homme qui avait acheté une boîte de sardines pour lui, et une autre pour la Banque alimentaire. Il n’avait peut-être pas les moyens d’acheter plus. Il aurait pu manger trois jours avec ça, mais il a fait l’effort. C’était fantastique.

    Quelle est l’importance de ces collectes ?

    J.P. : L’année dernière, nous avons récolté 167 tonnes de denrées alimentaires. Mais nous avons distribué 1 935 tonnes de nourriture sur l’année. La collecte d’hiver ne représente qu’environ 10% de la distribution annuelle mais elle reste essentielle car nous récupérons des produits de marques connues que nous allons donner ou revendre à très bas prix à nos bénéficiaires. Cela leur redonne un peu de dignité humaine. Se nourrir c’est important, mais se sentir digne l’est tout autant. Si nous n’y faisons pas attention, on risque de rompre le lien social. La personne risque alors de basculer dans l’alcool, la drogue, la dépression et aller jusqu’au suicide.

    SITUATION SOCIALE

    La Marseillaise : Comment évolue la demande auprès de la Banque alimentaire ?

    J.P. : Quand j’ai pris la présidence en 2020, nous avions
    19 800 bénéficiaires. Aujourd’hui, nous en avons 44 637. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. On recense des populations nouvelles en demande comme des étudiants, des retraités, des smicards, des personnes en reconversion professionnelle ou qui travaillent dans l’éducation par exemple. Ce sont des personnes qui, malheureusement, n’arrivent plus à joindre les deux bouts à cause de l’augmentation du coût de la vie.

    La demande pourrait-elle dépasser votre capacité ?

    J.P. : Elle va dépasser c’est sûr, car l’aide européenne est limitée et parce que l’État ne nous accorde pas plus de financements pour augmenter la qualité et la quantité des produits. Les supermarchés donnent moins et les agriculteurs ne peuvent pas surproduire délibérément pour nous faire des dons. Si la demande continue d’augmenter ainsi, il nous faudra trouver de nouvelles solutions. J’ai sollicité le Département du Gard à hauteur de 150 000 euros pour passer commande auprès des agriculteurs pour l’année prochaine. Mais encore faut-il qu’il puisse suivre financièrement lui aussi…

    COMMENT S’ANNONCE L’HIVER ?

    J.P. : C’est la période la plus difficile pour nous. On a besoin de beaucoup de provisions, d’où l’importance de cette collecte des 28, 29 et 30 novembre. Mais nous ne sommes pas toujours bien vus dans les supermarchés. Il arrive qu’on nous dise que nos actions « ne profitent qu’aux immigrés ». Bien sûr, c’est faux. Et il ne faut pas croire qu’on est à l’abri parce qu’on vit dans une belle maison et qu’on part en vacances dans les îles. Un divorce, un accident, une maladie grave peuvent faire basculer une vie entière. Nous ne nourrissons pas des profiteurs, mais des personnes dans le besoin.

  • Des « ateliers » pour réfléchir à une alimentation durable

    Des « ateliers » pour réfléchir à une alimentation durable

    Autour de la table, plusieurs acteurs sociaux économiques des villes de Vitrolles, Marignane et de Gardanne. Cette année, la cité est hôte d’un « atelier dédié aux initiatives communales en matière d’alimentation durable ». Coorganisée par la Métropole, l’enjeu est, ce mardi 4 novembre de présenter, croiser les diverses initiatives autour de ce thème et « apporter des informations techniques sur la mise en place de projets » dans les communes. Objectif ? Que chacun puisse s’inspirer des méthodes de l’autre. En ouverture des débats, un diagnostic sur la précarité alimentaire sur le département, commandé par la Direction départementale de l’emploi, du travail et de la solidarité (DDETS) et réalisé par l’agence des solidarités actives, qui permet de cartographier, à l’échelle des Bouches-du-Rhône, les risques de précarité alimentaire selon différents niveaux, allant de « l’exposition non-significative » au « risque de précarité alimentaire ». Résultat, 25% de la population pourrait être exposée.

    Dégager les axes de travail

    Sur les 2,7 millions d’habitants de la zone, 69 000 pourraient être en situation de très forte exposition à cette situation de précarité alimentaire. Si Marseille concentre une majorité de population dite à haut risque, les trois communes des Bouches-du-Rhône avec une « part de population la plus importante liée au risque de précarité alimentaire c’est Port-de-Bouc, Tarascon et Berre-l’Étang », indique Lisa Gerbal, de la direction culture alimentation durable à la Métropole, selon les données du rapport. Dans ce contexte, quelles sont les solutions pour un accès équitable à une alimentation durable ?

    À Gardanne, ce sont les Assises de l’alimentation, soutenues par la Ville mais à l’initiative des associations Agora Santé, le Colibri et La main à la terre qui ont permis, dans un premier temps, de « croiser les regards autour des enjeux de l’alimentation, de la santé et de la précarité », rappelle Jean-François Garcia, élu au sport et à la santé. Ces rencontres (17 juin et 23 septembre 2025) ont permis de dégager cinq groupes de travail. Parmi eux, « Mutualiser » devrait permettre de fonder un collectif d’association de citoyens autour de l’alimentation, « Tiers lieu et lieux communs » permettrait d’organiser des visites de « lieux inspirants », entre autres, « Foncier agricole » pour permettre à la Ville d’acquérir du terrain pour favoriser l’installation d’agriculteurs sur la commune et « SSA et Pass Santé » pour impulser la création d’une Sécurité sociale alimentaire sur Gardanne et créer un collectif pour porter le projet. Le reste du travail, suit son cours.

  • Après la santé, une Sécu pour l’alimentation et le logement ?

    Après la santé, une Sécu pour l’alimentation et le logement ?

    Lors de la promulgation de l’ordonnance créant la Sécurité sociale en octobre 1945, Ambroise Croizat se doutait-il que cette mesure aurait essaimé dans d’autres secteurs de la société ? On peut en douter, tant la jeune Sécu faisait office d’ovni dans le paysage français. Pourtant, force est de constater que 80 ans plus tard, l’idée a fait son bout de chemin.

    Dans le secteur de l’alimentation, tout d’abord, où plusieurs associations expérimentent le dispositif d’une Sécurité sociale de l’alimentation. À Montpellier, la mise en place d’une caisse alimentaire commune est à l’étude depuis 2022. Car le constat est accablant dans un domaine rongé par l’industrie capitaliste. « Notre système alimentaire produit plusieurs injustices : des gens ne peuvent pas manger à leur faim, 8 millions de personnes bénéficient de l’aide alimentaire, un chiffre sous-estimé au regard du non-recours à cette aide », s’indigne Manu Sevilla, coordinateur de la Caisse commune de l’alimentation de Montpellier. À cela s’ajoute la situation des agriculteurs, dont beaucoup n’arrivent pas à vivre dignement de leur métier, sans parler des dégâts causés sur l’environnement par l’industrie agroalimentaire.

    De réels bénéfices

    Ainsi, en février 2023, après la sélection d’un panel de 500 personnes représentatif de la métropole de Montpellier en fonction des revenus et de l’âge, la caisse commune de l’alimentation a été lancée. Chaque bénéficiaire reçoit 100 euros mensuels via une monnaie solidaire, la MonA, à dépenser dans 55 points de vente. Les cotisations sont déterminées en fonction des revenus des participants. « La caisse a un vrai impact sur l’assiette des expérimentateurs en favorisant l’accès à des produits jusque-là inaccessibles comme la viande », détaille Manu Sevilla. Forte de son succès, l’expérimentation s’étend à 200 nouvelles personnes chaque année. « On essaie de mettre en place une autre recherche sur le modèle économique : comment démontrer que la caisse laisse un vrai impact socio-économique sur le territoire », poursuit Manu Sevilla.

    Dans un tout autre registre, la Commission nationale du logement (CNL) s’est mise également à plancher sur un système de Sécurité sociale. « La crise que connaît le secteur dure depuis des années avec une pratique insupportable : les expulsions locatives, qui coûtent très cher à la société », soutient Eddie Jacquemart, président de la CNL. Pour pallier la situation, l’idée d’une Sécu reposerait sur la création d’une caisse de solidarité où seraient mutualisés les dispositifs existants tels que le Fonds de solidarité pour le logement, l’argent des CCAS, et d’autres encore. À cela s’ajouteraient une cotisation des bailleurs et la centralisation des dépôts de garantie versés par les locataires. « On verserait ensuite une indemnité dégressive de 24 mois aux locataires et aux accédants à la propriété qui ont un accident de la vie, comme la perte d’un proche, d’un emploi, une maladie, etc. Avec une particularité, on fait signer au bénéficiaire une charte d’obligation de traitement social de son problème, avec une prise en charge des services sociaux », insiste Eddie Jacquemart.

    En parallèle, seraient sanctuarisés les dispositifs de sécurisation des locataires tels que le permis de louer, l’encadrement des loyers. Une véritable alternative qui pourrait sortir le logement de la crise. La CNL espère porter le sujet lors des élections municipales. 80 ans après sa création, la Sécurité sociale n’a pas fini de faire parler d’elle.

  • Montpellier tisse un réseau d’épiceries sociales et solidaires

    Montpellier tisse un réseau d’épiceries sociales et solidaires

    Avec 28% des habitants vivant sous le seuil de pauvreté, nombreux sont ceux qui, à Montpellier, recourent à l’aide alimentaire. « Il y a 5 ans, il y avait 3 millions de repas distribués par an sur la ville de Montpellier par les réseaux de soutien alimentaire », indique Michel Calvo, adjoint en charge de la solidarité. « C’est énorme. »

    En 2021, la municipalité fraîchement élue avait alors organisé des états généraux de la solidarité alimentaire réunissant associations, institutions, élus, chercheurs. À l’issue des concertations menées dans ce cadre, la délibération adoptée en conseil municipal en novembre 2021 proposait, entre autres mesures, de « constituer un réseau d’épiceries sociales et solidaires (ESS) et l’accompagner pour y améliorer la dignité des personnes, l’inclusion et la qualité des approvisionnements ».

    Quatre ans plus tard, ce maillage a pris forme, en s’appuyant sur des associations qui portent ces projets. « Actuellement, on a une épicerie sociale et solidaire dans les 7 grands quartiers de la ville », assure Michel Calvo. « Il y en a quatre qui sont fédérées par la Ville et qu’on soutient plus particulièrement. On leur donne 10 000 euros de subvention par an. Et il y en a quatre autres qui sont aussi des lieux de distribution alimentaire qu’on soutient, mais qui ne rentrent pas dans notre dispositif », détaille l’élu. « Nous incitons les ESS avec lesquelles nous travaillons à faire des efforts pour diffuser de l’alimentation de proximité et bio. On ne leur demande pas de ne faire que ça car on sait que c’est beaucoup plus cher, mais on cherche à faire évoluer les épiceries sociales vers des produits plus qualitatifs. »

    Une nouvelle épicerie inaugurée en décembre

    Deux ESS directement aidées par la Ville ont été inaugurées dernièrement. Tout d’abord l’épicerie « Soleil », début septembre. Créée dès 1993 par l’association Solidarité DOM-TOM Hérault au cœur du quartier de la Mosson, elle a fait l’objet d’une vaste rénovation prise en charge par la collectivité et le bailleur social ACM. La structure compte aujourd’hui 443 bénéficiaires dont 76 étudiants, soit environ 113 foyers montpelliérains. La seconde épicerie, inaugurée début octobre est, elle, située route de Mende, tout près de la faculté Paul Valéry, dans des locaux mis à disposition par la Ville. Dédiée aux 18 à 25 ans, étudiants ou non, en situation de précarité, Rayon 34 -portée par la Banque alimentaire- a pour objectif d’accompagner jusqu’à 300 jeunes par semaine. Une autre ESS du réseau de la Ville « doit ouvrir en décembre rue Draparnaud, dans le quartier des Arceaux, au terme de deux ans de gros travaux. Elle sera gérée directement par le CCAS », informe Michel Calvo.