Livrés à eux-mêmes après leurs 18 ans, 28% des anciens de l’ASE se retrouvent au chômage, contre 15% pour l’ensemble de la population. En février 2022, la loi Taquet promettait que plus aucun de ces jeunes « ne sera laissé sans solution à sa majorité ». Dans son rapport annuel du 19 mars 2025, la Cour des comptes estime qu’ils représentent pourtant 48% des 18-25 ans sans domicile fixe. Dans le long chemin à parcourir pour mettre un terme à ces « sorties sèches », La Touline se révèle un allier précieux des pouvoirs publics pour faire un pas en avant.
« à leur majorité, les jeunes, après un parcours marqué par les traumatismes, se retrouvent seuls face aux questions du logement ou de la formation à leur sortie du dispositif de l’ASE », explique Raphaël Dufau, qui a pris la direction des Apprentis d’Auteuil à Marseille, en janvier dernier. « La loi Taquet a changé beaucoup de choses. Cette problématique est désormais une vraie question des Départements, reconnaît le directeur. les Toulines sont aujourd’hui mieux repérées. Mais la mise en œuvre est longue. »
En 2012, 23% des personnes hébergées par un service d’aide ou fréquentant un lieu de distribution de repas, étaient d’anciens enfants accueillis par l’aide sociale à l’enfance, alors que ces « anciens de l’ASE » ne constituent que 2% de la population générale. Ce constat, confirmé par d’autres, a soulevé des interrogations sur l’efficacité du dispositif d’accompagnement des jeunes vers l’autonomie. La loi du 7 février 2022 relative à la protection des enfants a bien défini un droit opposable à l’accompagnement, dont peut se prévaloir tout jeune majeur de 18 à 21 ans issu de l’ASE. Une enquête menée par sept chambres régionales des comptes auprès de services de l’État et de quatorze départements révèle que « la prise en charge des jeunes majeurs s’est progressivement améliorée depuis plusieurs années », mais également que la loi n’a « pas permis de combler les lacunes persistantes des dispositifs » et que « l’accès de ces jeunes au droit commun reste insuffisant ».
Un lieu d’écoute
C’est avant tout à garder l’attache entre les jeunes et le « bateau-mère » état que s’attèle justement La Touline, depuis 2016. Déployé en 2021 à Marseille, le dispositif a déjà accueilli 320 jeunes et en accompagne actuellement 220. « Grâce à notre réseau de partenaires sociaux, nous leur offrons un soutien, une orientation. Nous développons avant tout du lien », souligne Raphaël Dufau. Depuis cinq ans, les trois travailleurs sociaux de l’équipe de salariés de la Fondation reçoivent ainsi, dans le local de La Touline à la Blancarde, des jeunes « devenus adultes, mais en situation d’isolement et qui trébuchent sur des problématiques allant de l’hébergement à l’emploi, en passant par l’aide au permis de conduire ou des questions liées à la parentalité ». Et parmi eux, les éducateurs de la Touline relèvent « un fort pourcentage de mineurs non accompagnés ».
Un lieu ouvert où les jeunes adultes peuvent venir « sans prescripteur. nous accueillons avec une grande souplesse, notre principe repose uniquement sur la libre adhésion, c’est avant tout un lieu d’écoute et de dialogue », précise Raphaël Dufau. La Touline propose à la fois un accompagnement global vers des dispositifs adaptés ainsi qu’une réponse à des besoins ciblés, « pour des aides au logement, une aide à la rédaction d’un CV ou une préparation à un entretien, une initiation à l’informatique, un titre de séjour », liste-t-il.
Pour l’hébergement, la structure ne dispose que de deux places de mise à l’abri temporaire et d’un foyer de jeunes travailleurs d’une capacité de 108 logements. En lien avec les services du SIAO, elle orientera les jeunes pour leur éviter la rue. « La prévention est un des axes majeurs que nous travaillons », ajoute le représentant local de la fondation privée, « c’est capital quand on sait qu’un euro investi, c’est 6 euros d’économisés en coûts sociaux pour la puissance publique ».
Avec des moyens encore très modestes, les Apprentis d’Auteuil peuvent déjà se targuer de résultats encourageants. « Sur la problématique du logement, nous avons divisé par cinq les risques de mise à la rue. Nous bénéficions d’une sortie vers l’emploi relativement bonne avec 44% des accompagnés ». Les nouveaux locaux, installés rue Montgrand, permettront aux équipes de La Touline un accueil « dans un site plus central, plus proches de l’ensemble des partenaires institutionnels et associatifs ».
LES RENDEZ-VOUS DE LA FONDATION APPRENTIS D’AUTEUIL
14 octobre
Inauguration des nouveaux locaux de La Touline, à Marseille, de 17h à 20h. Ce nouveau lieu d’accompagnement pour les jeunes sortant de protection de l’enfance souvent sans réseau ni ressources ouvre ses portes, 48 rue Montgrand dans le 6e arrondissement. L’inauguration aura lieu en présence d’Antoine Duhaut, directeur régional adjoint Sud-Est d’Apprentis d’Auteuil.
18 novembre
Sortie du baromètre de l’éducation « Les jeunes, des citoyens sans voix ? », qui interroge la place des jeunes dans le débat public. En 2024, pour la 5e édition de son baromètre annuel consacré à l’éducation, l’enquête, confiée par la Fondation à OpinionWay et réalisée auprès de 2 000 jeunes, était consacrée aux questions de mobilité qui représentent un frein majeur à l’insertion sociale et professionnelle des jeunes, notamment des plus précaires.
Du 24 au 28 novembre
La 17e Fête de la réussite : lors de cet événement, des centaines de jeunes et leurs équipes éducatives sont mis à l’honneur dans les établissements des Apprentis d’Auteuil de la région pour leurs talents et leurs succès.
La Fondation accompagne chaque année plus de 40 000 jeunes et 9 000 familles fragilisés.
Et en 2026…
L’année marquera les 160 ans des Apprentis d’Auteuil. Un temps fort sera organisé pour porter un regard sur un siècle et demi d’action auprès des plus vulnérables et sera l’occasion pour la Fondation de se projeter vers l’avenir. Née en 1866 sous l’impulsion de l’abbé Roussel, la fondation, reconnue d’utilité publique, est devenue aujourd’hui un acteur-clé auprès de la jeunesse en difficulté.