Tag: aide sociale à l’enfance

  • Les jeunes placés de Bois Fleuri reçus au Département

    Les jeunes placés de Bois Fleuri reçus au Département

    « On voulait surtout que la date de fermeture du centre de Bois Fleuri soit décalée, mais je pense que ça n’arrivera pas. » Shayma, l’une des jeunes majeures hébergées dans les appartements de la maison d’enfants à caractère social (Mecs) Bois Fleuri, se désole que le rendez-vous ce vendredi au conseil départemental 13 n’ait pas changé la donne. La fermeture de la structure, prévue ce lundi, a été annoncée le 10 décembre par un arrêté départemental pour cause d’« encadrement défaillant mettant en danger ces enfants », expliquait le Département dans nos colonnes le 18 décembre.

    Cette fermeture est jugée précipitée pour les 18 jeunes du service autonomie de la Mecs qui ont décidé de s’organiser pour se faire entendre. Ce vendredi, Shayma, 19 ans et Yassmine, 18 ans ont donc été reçues par le conseil départemental 13. « On voulait juste changer de date [de fermeture], explique Shayma. Là c’est juste avant les fêtes. C’est terrible parce qu’on n’a pas forcément de famille et donc on comptait faire un petit truc tous ensemble. » Un report impossible pour le Département car ils « ne peuvent pas mettre d’autres salariés en place tant que l’enquête est en cours ». Lors de ce rendez-vous, le Département a donc réaffirmé que les 18 jeunes du service autonomie devraient quitter leur appartement dès lundi.

    Les deux filles comprennent cependant la nécessité de la fermeture, mais déplorent la façon dont elle a été organisée. « Il y a eu un manque de communication, et ils nous préviennent seulement 10 jours en avance. C’est du manque de respect, se désespère Yassmine. C’est une situation qui nous stresse tous beaucoup. Surtout que certains d’entre nous ont des fragilités psychologiques à cause de nos différentes histoires », explique la jeune fille qui avait retrouvé une certaine stabilité psychologique avec cet hébergement.

    Les jeunes filles ont également plaidé pour que des solutions de relogement qui répondent aux besoins de chacun soient proposées. Une demande qui a été entendue pour Yassmine qui, quelques minutes après le rendez-vous, s’est vu proposer un logement « dans la même résidence que mon logement actuel », annonce-t-elle à son amie émue. Mais certains jeunes dénoncent l’état des logements proposés… « On ne veut diaboliser personne, on sait qu’au sein de l’aide sociale à l’enfance beaucoup essayent de faire au mieux. Mais on ne veut pas que d’autres jeunes aient à vivre la même situation stressante », explique Yassmine.

  • Entendre la jeunesse des foyers sociaux

    Entendre la jeunesse des foyers sociaux

    L’aide sociale à l’enfance est en souffrance. Cela ne concerne pas uniquement le département des Bouches-du-Rhône mais l’ensemble du territoire national. Les métiers liés à la prise en charge des enfants en danger subissent une telle crise de recrutement que le turnover des éducateurs et des personnels est massif. Comment, dans ces conditions, assurer la stabilité à des enfants, des adolescents et des jeunes adultes aux vies déjà fracassées par les violences, l’abandon ? Comment se reconstruire si l’aide à l’enfance vacille ? Réinvestir massivement dans ces métiers, revaloriser ses fonctions c’est prévenir les insupportables dérives, heureusement minoritaires, qui ont lieu dans les maisons d’accueil.

    Protéger

    Le premier impératif est de protéger les enfants et, dans le même temps, de respecter leurs droits absolus à être bien traités, entourés, aimés, accompagnés. Cela vaut pour tous les enfants et plus encore pour ceux qui sont placés par la justice et donc confiés à la collectivité. Les jeunes adultes et adolescents de Bois Fleuri prennent aujourd’hui la parole pour être considérés, écoutés, respectés. Leur force collective fait avancer les choses et le dialogue est désormais ouvert entre eux et le Département avec un rendez-vous important vendredi 19 décembre. Leur désir est de ne plus être ballottés, de pouvoir tracer leur avenir, s’émanciper en dépit des obstacles, des carences affectives, est d’une énergie remarquable.

    L’aide à l’enfance mérite toute notre attention car son niveau de qualité est le baromètre d’une société qui fait le choix de la solidarité, de la protection des plus fragiles et de l’inclusion de toutes et tous.

  • Mobilisés devant Bois Fleuri, ils obtiennent une audience

    Mobilisés devant Bois Fleuri, ils obtiennent une audience

    Le constat était alarmant. Des faits graves mettaient les enfants en danger. Je suis ici depuis un mois dans un esprit de dialogue, je vérifie le nombre de personnels, le niveau des diplômes et le respect des conditions de travail », s’est adressé Philippe Houbart, administrateur mandaté par le Conseil départemental 13, au comité de soutien. Et de préciser : « C’est une suspension d’un mois, renouvelable, non une fermeture. ».

    « Que vont devenir les jeunes et les salariés ? », a interrogé Bernard Cresta, délégué syndical central des établissements médico-sociaux. Le président de l’association Bois Fleuri, qui l’accompagnait, s’est simplement rangé « du côté de l’administrateur », regrettant une mobilisation, le jour du Noël des enfants. Mais si l’heure est à la réflexion pour l’institution, elle est à l’urgence pour les jeunes, car les appartements doivent être libérés le 22 décembre. « Nous ne sommes pas manipulés, nous sommes adultes, nous avons juste demandé un soutien. Et des réponses claires car on y a droit », a clarifié Shayma. « Soyons réalistes, c’est pour un mois ou pour toujours ? » a insisté Mascillia. Également déterminée, Abygaël a souligné : « Ma colloc et moi, on n’a toujours aucune solution, c’est lundi le 22 ! »

    Faire remonter

    les demandes

    « Le problème de la Mecs a été signalé il y a déjà des mois… » reproche encore une éducatrice. « C’est bien plus qu’une histoire de logement. Vous réalisez ça ? », embraye un autre salarié. « On a pas reçu les 400 euros de budget du mois. On va le toucher ? », s’inquiète encore Shayma. Les nouvelles structures d’accueil prendront le relais. Sur les 26 jeunes et enfants placés concernés par la fermeture provisoire des deux unités, « il ne reste que six cas à régler », a indiqué Philippe Houbart. « On vous le dit, on ne bougera pas si les solutions sont intenables », ont assuré les jeunes. Devant leur ténacité, avant de repartir partager « les crêpes avec les enfants », l’administrateur n’a pu que convenir : « Je vais faire remonter vos questions. Voir s’il est possible de garder ouverts les appartements… » Les lignes semblent bouger et les lettres et les appels à l’aide ont commencé à porter leurs fruits. « On a rendez-vous vendredi au Département », confiait Shayma.

    Pour leur part, l’adjointe au maire en charge de la place de l’enfant dans la ville, Sophie Guerard et Christophe Hugon, conseiller municipal délégué au numérique, venu sur le rassemblement, déclarent qu’« il est urgent de suspendre cette suspension et de trouver une solution plus humaine ».

  • Ces jeunes placés veulent sortir du chaos

    Ces jeunes placés veulent sortir du chaos

    Je refuse de ne pas avoir le droit à la parole, je refuse de ne pas avoir le choix. » Blessée tout autant que déterminée, Kheira, 19 ans, fait irruption dans le salon d’un des 13 appartements du service autonomie que la Maison d’enfants à caractère social Bois Fleuri qui doit fermer. Dans le décor sobre du T2, où les jeunes ont décidé de se réunir, des bouteilles de soda et des petits fours ont été disposés sur la table. Mais l’heure n’est pas à la fête. « On cherche une stratégie parce qu’on ne veut pas être foutus dehors, mais on est coincés, explique Pierre, qui va tout juste sur ses 18 ans, ils ne prennent pas en compte notre situation, ceux qui décident ça. »

    Il existait bien des signes avant-coureurs. « On savait qu’il y avait des problèmes d’argent. Certains ne recevaient plus rien pour acheter à manger, mais cette décision, c’est vraiment brutal. C’est pas normal que ce soit encore nous qui trinquons. On n’a rien fait », continue-t-il. Tous craignent que la fermeture temporaire cache une fermeture définitive. « Il y a quelque chose qui cloche, n’en démord pas Mascillia, pourquoi on doit déménager si la fermeture c’est pour un mois ? Et quand je demande au chef de service si on revient après, il dit que non, il ne croit pas. » Aux griefs de dysfonctionnements et de gestion calamiteuse de l’association, il faut ajouter un gouffre financier, creusé au fil des années (lire les précisions du Département ci-contre).

    Une rupture de trop

    « La seule certitude qu’on a, c’est qu’on sera virés le 22 », résume un jeune de 19 ans, sans emploi. Il a été le premier à être informé par un coup de fil le 11 au matin. « Pour me demander de préparer mes affaires, parce que le 22 je devais me trouver une porte de sortie. J’ai paniqué. J’ai appelé les éducs mais ils n’étaient pas encore au courant. » Alors qu’il est scolarisé sur le secteur Canebière, il apprend, le 15 décembre, qu’il sera « finalement replacé dans un foyer de jeunes travailleurs vers Vitrolles. Comment je fais ? »

    Mais ce même 11 décembre, ils sont tous convoqués à une réunion d’information en fin de journée. « Nous, les cinq mineurs non accompagnés, on a été pris à part par le nouveau responsable. On va en foyer à la Blancarde », explique Said, un peu abattu. Marie-Louise avoue sa colère : « Si je refuse, le contrat jeune majeur saute. Je me suis sentie menacée et j’ai pleuré pendant le rendez-vous. Parce que j’avais noué des amitiés ici, avec ce groupe. »

    Depuis l’annonce, « c’est le ballet des inspecteurs et des inspectrices. La mienne est en maladie. Je n’ai personne à qui parler », regrette Shayma, qui comme Yasmine et Jenna, n’a toujours pas obtenu l’ouverture de son contrat jeune majeur. « Avant d’être là, j’étais ballottée de foyers en hôtel. Mais on ne peut pas cuisiner et le peu d’argent qu’on arrive à mettre de côté sert à payer la bouffe », déplore la toute jeune femme, qui n’aura eu droit qu’à une courte parenthèse d’apaisement dans son parcours semé d’embûches et de violences. « J’ai emménagé le 20 novembre. Je commençais à me sentir mieux, à bien dormir, j’étais moins troublée. Mais depuis jeudi, l’angoisse reviens, je ne dors plus », assure-t-elle.

    Mascillia et Kheira sont sorties sur le balcon, pour souffler un peu. Les jeunes filles passent d’une émotion à l’autre. « C’est la 5e fois que je me fais jeter, craque Kheira, je suis passée de famille d’accueil en foyers, j’ai été battue et remise à la rue. Pour la première fois de ma vie, je commençais à être heureuse, à trouver une certaine stabilité, je reprenais confiance en l’avenir. » Tentant de retenir des larmes, elle lâche, entre colère et dépit : « Au moment où on commence à construire notre vie, il y a ça qui vient encore tout fracasser. »

    La soirée vire à la recherche d’une « stratégie » pour se faire entendre, pour obtenir des réponses plus claires. « On ne veut pas partir. Mais on fait comment s’ils nous jettent dehors ? interroge Assoumani, on a besoin de soutien. » Les jeunes veulent agir. Vite. « Parce qu’on a que quelques jours », rappelle Abigaël qui réalise quelques vidéos dans lesquelles chacun apporte son témoignage. Un éducateur est aussi sollicité et mis à contribution. Shayma envoie des courriers aux services du Département. Dès le lendemain, une cagnotte « cotizup.com/aiderbf13010 » est mise en ligne, « parce que sans prise en charge, même ceux qui ont un revenu, ça ne suffira pas pour vivre et payer un loyer ».

    Il n’y a « pas d’autre solution », selon le Département
    Interrogée, la direction des services du conseil départemental des Bouches-du-Rhône apporte des précisions sur les motifs de l’arrêté concernant ces deux unités de la Mecs Bois Fleuri pris le 10 décembre. Le Département qui a en charge la gestion des enfants placés, « a été alerté sur un encadrement défaillant mettant en danger ces enfants ». Des cas d’agression sexuelle d’enfants sur d’autres avaient été signalés dans le groupe des petits. Une lettre a été envoyée le 8 avril 2025 pour une mission d’inspection des quatre services de l’établissement. Un rapport à suivi le 18 août. Suite à quoi, « nous avons fait une série d’injonctions à laquelle la directrice n’a pas répondu. Elle n’est pas venue au rendez-vous. C’est pourquoi nous avons nommé un administrateur provisoire », précise le Conseil départemental 13. L’administrateur « a pris la main sur la structure et doit permettre de retrouver les conditions de sécurité nécessaires ». Vider les logements des jeunes majeurs était-il si nécessaire et urgent ? « C’est un bouleversement, entend la direction de l’institution, mais l’encadrement était défaillant. On ne peut pas mettre d’autres salariés en place tant que l’enquête est en cours. On doit respecter le droit du travail et respecter le droit des enfants à être protéger. Quelle autre solution ? » Puis, de promettre : « quand tout sera revenu en ordre, les jeunes réintégreront leurs appartements ».Quant à la baisse du forfait jeune majeur de près de 50% décidée par l’autorité de tutelle, « elle est légale et nous nous mettons en conformité avec la loi », balaie l’institution. Dans son rapport de 2022, l’IGAS avait pourtant qualifié de « modeste » l’allocation de moyens alloués par le CD 13 au secteur associatif chargé de l’exécution des mesures de placement.La direction du CD 13, voit dans la médiatisation de ce dossier emblématique du malaise dans le secteur de la protection de l’enfance, « une instrumentalisation sur un sujet sensible dans la période d’enjeux politiques ». Pour autant, Martine Vassal, la présidente (DVD) de la collectivité a finalement accédé à la demande du groupe communiste d’organiser des Assises de la protection de l’enfance en 2026.M.G.
  • Soutien aux éducateurs et aux jeunes de la Mecs Bois Fleuri

    Soutien aux éducateurs et aux jeunes de la Mecs Bois Fleuri

    Dix-huit jeunes majeurs et huit tout-petits sont concernés par cet arrêté qui met brutalement fin à leur hébergement par l’association. Une décision prise par le Département suite à de graves dysfonctionnements au sein des services, mais qui est vécue comme une injustice par les jeunes et leurs éducateurs.

    Sensible à leur situation, l’Union locale CGT Timone Capelette se mobilise ce mercredi 17 décembre devant les grilles de la Maison d’enfants à caractère social (Mecs), au 290 rue Pierre-Doize. Un rassemblement destiné à « exprimer son soutien aux salariés et aux enfants, exiger des solutions respectueuses des droits des jeunes et des conditions de travail et préparer ensemble les actions à venir pour défendre la protection de l’enfance et les emplois », a précisé le syndicat.

    L’appel des jeunes

    Si personne ne conteste qu’une mesure devait être prise pour remédier aux problèmes de la Mecs, « nous refusons que des enfants déjà fragilisés soient déplacés comme des colis, considère l’UL CGT, les salariés travaillent dans des conditions difficiles avec des moyens insuffisants ».

    Réunis mardi dans un des 13 appartements qui doit fermer, les jeunes précisent quant à eux qu’ils « refusent en bloc la décision ». Si le Département a indiqué, le 11 décembre qu’« à l’heure actuelle, les enfants sont pris en charge », une large majorité des jeunes du service autonomie n’avait pas été informée « sur la structure, voire l’hôtel » où ils seront « recasés ». « On nous a juste dit de faire nos valises, qu’on n’avait pas le choix, sinon c’était la rue », confient-ils. Depuis l’annonce de la décision qui leur a été faite jeudi, ils ont décidé de s’organiser pour alerter et s’exprimer sur les raisons de leur refus d’un nouvel événement brutal dans leur vie… et commencent à s’emparer des réseaux sociaux.

  • Le Département ferme la maison d’enfants Bois Fleuri

    Le Département ferme la maison d’enfants Bois Fleuri

    Deux unités doivent fermer le 22 décembre. « Un choc. Surtout à la veille de Noël. On est presque tous ressortis en pleurs, même si on se sent soulagés que ce gros problème de management qu’on a tous subi a enfin été épinglé », confie un membre du CSE de Bois Fleuri, où une réunion a été convoquée en urgence, ce jeudi. Si les personnels, en dehors d’une mise à pied pour violence qui a déjà eu lieu, restent en place durant tout le temps de l’enquête en cours, les éducateurs se montrent très inquiets pour les enfants.

    « Les postes ont été maintenus sur la Mecs car il y a eu énormément de démissions », précise un éducateur. Actuellement 7 postes sont à pourvoir. Parmi les enfants, 8 sont concernés par la fermeture dans le groupe Interlude, l’unité des tout-petits, et 18 autres, âgés de 16 à 21 ans, du service autonomie, doivent quitter les logements en diffus où ils étaient placés. « Pour tous, c’est extrêmement déstabilisant. Pour certains des grands, c’est dramatique. L’un d’eux, âgé de 20 ans, s’est entendu dire qu’il fallait qu’il se trouve une solution car l’administration n’en avait pas. Comment peut-on le laisser à la rue un 22 décembre, alors qu’il est sans emploi et fragile psychologiquement ? »

    « Depuis mercredi, on a des doutes, car d’autres établissements qui accueillent les enfants adressés par la Protection de l’enfance ont appelé pour le transfert des petits », explique une autre éducatrice. Des faits extrêmement graves ont conduit à cette décision de fermeture en urgence, pour un mois renouvelable, mais la situation, « dénoncée depuis un an et demi » s’est progressivement dégradée, « sans qu’aucune véritable aide nous soit apportée », déplorent les éducateurs. Ils étaient plusieurs à alerter leur direction, dès l’été dernier, sur « les allocations versées aux adolescents et jeunes adultes en hébergement d’autonomie qui ne tombaient jamais à temps. Ils se retrouvaient sans nourriture », décrit la jeune femme. L’alerte donnée par les jeunes à leur inspectrice a fini par faire effet.

    En avril, une inspection de trois jours avait été diligentée par le conseil départemental des Bouches-du-Rhône (CD 13) au sein de l’Association. Au-delà d’une gestion calamiteuse, de mésententes entre la direction et ses équipes, la collectivité pointe « la multiplicité de signalements d’agressions sexuelles concernant plus d’une dizaine de mineurs sans que des dispositions n’aient été prises pour éloigner et protéger les mineurs concernés ». L’enquête suit son cours, précise le CD 13 (lire notre article du 21 novembre 2025).

    Si cette décision paraît « sans appel » aux personnels, ils s’interrogent sur le fait qu’elle arrive « si tard et si brutalement ». Selon eux, « une première enquête n’avait pas abouti sur les révélations de violences alors que huit salariés avaient témoigné contre l’encadrant maltraitant ». Et de regretter : « On dirait qu’ils ferment pour dire “on a agi”. »

    Des solutions d’urgence

    « Plutôt que de chercher des solutions, on cherche des coupables, c’est une perte de temps et d’énergie colossale, alors qu’il y a urgence », avait par ailleurs déploré les directeurs des plus importantes structures partenaires de la Protection de l’enfance. Réunis au sein du Collectif Alerte 13, ils ont lancé un SOS à la collectivité, le 20 novembre dernier, dressant un état des lieux très précaire dans un contexte de malaise général. « Nous sortons de négociations budgétaires violentes assorties de baisses drastiques de nos financements », avait dénoncé un directeur d’association. Leur conseil d’administration évoquait des faits tragiques : un garçon de 9 ans qui avait tenté d’en étrangler un autre de 4 ans avec une corde. Sortis de l’hôpital ils sont renvoyés dans leur structure d’accueil. « Au CD 13, on nous répond “débrouillez-vous”, mais comment protéger les autres enfants et sa petite victime quand on nous refuse un transfert ? Et comment le protéger de lui-même, il n’a que 9 ans ?  »

    « Le fruit d’années d’errance »

    « C’est le fruit d’années d’errance, de ces décentralisations qui ont amené depuis 30 ans a laissé la Protection de l’enfance aux Départements, sans assiettes compensatrices. Il s’est passé ça, mais les professionnels de Bois Fleury font leur travail, essaient d’accompagner au mieux, sans budget, en mode hyper-dégradé, des gosses qui sont très abîmés », réagit Valérie Marque, secrétaire de la CGT au Département, suite à l’arrêté de suspension de la Mecs (Maison d’enfants à caractère social). « Tous les agents du social et du médico-social, au vu du gouffre dans lequel ils se trouvent, sont en demande. Mais il y a une responsabilité de l’état. Quand on regarde l’impact du PLFSS (projet de loi de financement de la Sécurité sociale), on peut craindre un impact majeur sur le budget des collectivités territoriales », reprend la déléguée syndicale. « Les conseils départementaux sont exsangues. Ils font des choix, mais j’observe quand même une idéologie sous-jacente au niveau du Gouvernement, une idéologie de droite qui dit qu’un enfant est un produit qu’ils aimeraient ouvrir au privé et faire des marchés publics pour les grandes boîtes. »

    Dans la foulée des 13e Rencontres nationales du travail social en lutte, tenues mi-octobre à Marseille, trois jours de grève sont programmés les 16, 17 et 18 décembre. Ch.C.

    Question écrite à la Ministre

    Le député (l’Après) de Marseille, Hendrik Davi, a interpellé, dans une question écrite, la ministre de la Santé face aux dysfonctionnements constatés sur la protection de l’enfance dans les Bouches-du-Rhône : « Quelles évaluations ont été réalisées par le ministère sur la situation dans le département, quelles actions correctrices sont envisagées à court et moyen terme, et quelles garanties peuvent être apportées pour assurer une sécurité aux agents et aux mineurs, conforme aux obligations légales et aux besoins ? » interroge le député. Ch.C.

  • [Entretien] Gérard Frau : « Si Martine Vassal refuse les Assises, nous les demanderons au préfet »

    [Entretien] Gérard Frau : « Si Martine Vassal refuse les Assises, nous les demanderons au préfet »

    La Marseillaise : Que vous inspire cette suspension de la Mecs de Bois Fleuri ?

    Gérard Frau : C’est une nouvelle alerte sur la protection de l’enfance sur laquelle on ne met pas les moyens. Votre journal révélait, il y a un mois, qu’elle avait été mis sous tutelle. Mais pourquoi ? Parce que ces associations doivent avoir les financements adaptés à leur action. Et aujourd’hui, malheureusement, qu’elles gèrent des structures, qu’elles soient comme la Sauvegarde dans l’action éducative en Milieu Ouvert, elles voient leurs moyens se réduire. Si on ne donne pas les moyens à ceux qui sont au cœur des difficultés, d’accueillir les enfants et de les protéger, forcément ça se passe mal.

    Vous pointez évidemment les orientations du Département ?

    G.F. : C’est une question budgétaire, mais c’est surtout une volonté politique, car le budget d’une collectivité reflète sa politique. Il faut que la présidente du conseil départemental et son exécutif se rendent compte que la protection de l’enfance est au cœur de leur mission. Les associations se sont regroupées en collectif car elles ont reçu une lettre leur signifiant que, d’un coup, l’accueil d’enfant passait de 50 à 30 euros.

    Vous rappelez aussi le rôle de l’État ?

    G.F. : Oui, c’est à la fois une compétence du Département, mais aussi une action interministérielle. L’État ne peut pas se dédouaner de la question. Dans l’accompagnement des enfants en danger, il intervient avec les Agence régionales de santé (ARS) ou la justice, qui ordonne les placements. L’État doit renforcer l’ensemble de la politique de protection de l’enfance. Il n’y a pas que les Bouches-du-Rhône, partout en France, des éducateurs disent que parfois, il vaudrait mieux laisser l’enfant en danger dans sa famille plutôt que l’accueillir en foyer, tant ça s’y passe mal. Le constat est terrible. L’État est défaillant. Ils sont en danger partout.

    Vous avez rencontré récemment les associations. Elles disent quoi ?

    G.F. : Déjà, le collectif s’est créé parce que les associations sont si dépendantes du Département qu’elles ne voulaient pas apparaître individuellement. ça situe le rapports avec ces structures qu’il a labellisé. Il y avait des professionnels et des bénévoles qui nous ont dit qu’ils n’y arrivent plus, qu’il n’y a plus de sens, qu’ils sont à bout de souffle, avec des injonctions qui mettent fin à un travail mené depuis des mois…

    Vous continuez de réclamer des Assises de la protection de l’enfance ?

    G.F. : Nous interpellons la Présidente, pas depuis six mois et ces affaires de prostitution, mais depuis quatre – cinq ans pour ces Assises de la protection de l’enfance. Nous les demandons pour mettre autour de la table l’ensemble des acteurs : État, familles, structures associatives, syndicats, professionnels, ARS, justice… Martine Vassal ne peut pas y échapper. On ne peut pas nous dire « vous agitez le chiffon rouge », le constat est réel. Ce vendredi, en séance publique, nous les demanderons une dernière fois, ces Assises. Si Martine Vassale les refuse, nous demanderons au préfet de les organiser. Tout le monde a besoin de parler et peut avoir des solutions qui ne sont pas que financières. Il faut aller de l’avant. On ne peut pas laisser les enfants comme ça. Tous les trois jours, un enfant meurt sous les coups de ses parents ou d’une famille plus élargie.

  • Devoir de protection

    Devoir de protection

    Des enfants qui seraient maltraités, ou subiraient des violences, dans un cadre qui, théoriquement, a pour but de les « protéger », c’est-à-dire de leur éviter tout risque potentiel ou immédiat. Tous les minots qui sont sous la responsabilité d’une structure d’aide sociale à l’enfance (ASE) et dans une maison d’enfance à caractère social (Mecs) ont vocation à connaître une autre vie que celle à laquelle ils ont été soustraits sur décision de justice. Un placement est en soi un traumatisme, une rupture, brutale, même si les conditions de vie étaient devenues intenables. Prendre en charge ces enfants est une affaire d’adultes, de personnes en capacité de prendre ses responsabilités. Las, c’est à une véritable fuite en avant à laquelle on assiste. La « gestion » de ce secteur par la collectivité en charge, le Département, pose évidemment question.

    Un constat implacable

    à commencer par l’absence de « dialogue », comme le dénonçaient encore, le mois dernier, les professionnels du collectif Alerte 13,
    constitué par une quinzaine d’associations représentant 80% de la prise en charge d’enfants sur le territoire.

    Ensuite, par le constat. Froid et implacable d’un désordre prompt à renvoyer ses enfants dans le chaos. Alors effectivement, les politiques d’austérité successives, les baisses de budget à répétition, d’aides et de subventions à tous les étages, rendent la tâche difficile, puis impossible et en définitif illusoire. Jusqu’à ce que des pans entiers de l’aide sociale soient pris en charge par des organismes privés à but lucratif. Une menace directe, voire une intention avérée.

  • Des femmes enceintes enfin hébergées

    Des femmes enceintes enfin hébergées

    Après deux mois sans solution, des hébergements ont été enfin trouvés pour deux femmes enceintes, dont l’une de huit mois de jumelles, laissées par les pouvoirs publics à la rue. « Grâce au dialogue constant des services du Département et de l’État, une solution d’hébergement a pu être trouvée par la DDETS [direction départementale du travail, de l’emploi et des solidarités, Ndlr] pour ces personnes qui relèvent de son champ d’action et de sa responsabilité », confirme la collectivité auprès de La Marseillaise ce dimanche.

    C’est pourtant bien au conseil départemental que le tribunal administratif avait ordonné, le 22 septembre puis le 2 octobre, de pourvoir à l’hébergement de ces deux femmes enceintes et de leurs enfants, au titre de l’aide sociale à l’enfance. Sans que la collectivité ne s’exécute. Deux semaines plus tard, alors qu’elle se bornait devant la justice à faire valoir « l’engorgement du dispositif », le juge administratif ordonnait cette fois une astreinte de 100 euros par jour de retard pour chacune des deux femmes laissées sans solution. De quoi émouvoir la Fondation pour le logement des défavorisés ainsi que le Réseau hospitalité, qui sur leurs propres fonds leur ont payé des nuitées hôtelières. « Cette situation ne peut tenir sur la durée et notre rôle n’est pas de pallier les carences de l’administration », déplorent les deux structures, qui ont alerté la presse. Réclamant au conseil départemental « d’assumer ses responsabilités sans délai ». Et de rappeler qu’en 2024, 31 enfants sont morts dans la rue en France.

    Le Département encore condamné

    « La situation très tendue en matière de logement sur le territoire, la précarité croissante des publics, des cas de plus en plus fréquents de familles déboutées du droit d’asile qui relèvent de la responsabilité de l’État dans la maîtrise des flux migratoires, conduisent à une embolisation des dispositifs de mise à l’abri », se défend de son côté le Département. Mais ce mercredi, encore une fois, le tribunal administratif a ordonné à la collectivité d’attribuer un hébergement d’urgence à une femme dans une situation de « particulière vulnérabilité », sans ressources avec son enfant d’un an. Un délai de 48 heures, sans astreinte, a été donné au conseil départemental.

  • Appel au soutien bénévole des jeunes de l’ASE

    Appel au soutien bénévole des jeunes de l’ASE

    Confiés à l’Aide sociale, à leur sortie du dispositif lors de leur majorité, les enfants ont 70% de chances de quitter l’école sans diplôme, 45% de chances d’être au chômage et 40% d’être SDF. Pour que ces statistiques ne deviennent pas une fatalité, Les Ombres se positionnent en soutien des 25 000 éducateurs, qui ne comptent pas leurs heures en raison de sous-effectifs.

    « Nous menons un accompagnement académique et professionnel auprès de ces jeunes, nous mettons des mentors bénévoles et formés en contact avec des jeunes, afin de les accompagner dans leur recherche de formation ou d’emploi, la réalisation de CV, l’inscription sur Parcoursup… », explique Ana Baldy responsable de la communication. Malheureusement, les besoins augmentent et les bénévoles manquent, notamment à Marseille.

    De belles réussites sont à la clé. Sidiké, 18 ans, avait d’énormes lacunes en mathématiques. À raison de deux heures de soutien par semaine, « il a fait d’énormes progrès en quelques mois », témoigne Yousra, ingénieur en informatique, qui a rejoint l’association en juillet dernier et a trouvé dans cet accompagnement « un plaisir intense ». Il a intégré une formation en alternance en mécanique automobile et se révèle « très motivé et réceptif » aux enseignements, atteste cette bénévole marseillaise qui ne peut « qu’encourager » d’autres belles volontés à se manifester.

    Contact : les-ombres.com