Tag: aide sociale à l’enfance

  • [Entretien] « L’Aide sociale à l’enfance ne tue pas, c’est le manque de moyen »

    [Entretien] « L’Aide sociale à l’enfance ne tue pas, c’est le manque de moyen »

    La Marseillaise : Comment analysez-vous la crise que traverse la protection de l’enfance ?

    Véronique Sanchez : C’est structurel. Toutes les strates qui gravitent autour du secteur sont touchées : le médico-social, la santé, l’école, mais aussi la police, la justice… À Grenoble, là où je travaille, la vice-procureure qui s’occupe des mineurs a un service de deux personnes. L’Aide sociale à l’enfance (ASE) n’intervient que quand il y a une mesure de justice. Mais ces mesures mettent parfois des mois à être exécutées parce qu’il manque des places dans les familles d’accueil, dans les foyers. C’est pareil pour la prévention. Quand on fait un signalement et qu’il y a des actions éducatives en milieu ouvert, les délais peuvent atteindre plus d’un an. C’est intenable. L’État joue un jeu très dangereux par rapport à ça, qui est celui de la culpabilisation individuelle : pour Lyhanna c’est le procureur d’Auch qui avait mal fait son boulot. On pointe toujours un maillon, mais si on ne sécurise pas tous les maillons de la chaîne, ça ne peut pas fonctionner.

    Sentez-vous aujourd’hui une prise de conscience, notamment après l’affaire Lyhanna ?

    V.S. : Je vois un gros accélérateur avec l’affaire Lyhanna, qui a suscité une vive émotion. Les citoyens s’emparent de plus en plus de la question de l’enfance. On peut se réjouir du parcours de la loi intégrale. Notre rôle est de transformer l’émotion en politique. Au PCF, ce qu’on propose pour qu’on arrête d’égrainer des prénoms, c’est une véritable politique de la protection de l’enfance avec un ministère de plein exercice pour plus d’équilibre entre les territoires et un volet de la prévention fort. On ne peut pas faire l’économie des moyens. Je rappelle que le budget de l’armée augmente chaque année. De l’argent il y en a, il faut la volonté politique pour aller le chercher. L’évasion fiscale représente entre 80 et 100 milliards d’euros par an.

    Comment résoudre la pénurie de travailleurs et travailleuses dans le social ?

    V.S. : 30 000 postes sont vacants dans le secteur. Il faut un plan national d’embauches, avec une revalorisation salariale. C’est une façon de reconnaître le travail qu’on fait. Aujourd’hui, dans les foyers départementaux, on constate qu’il y a un turn-over terrible. Mes stagiaires assistantes sociales, dans les 5 ans qui suivent l’obtention de leur diplôme, elles pensent à une réorientation. On en est à un tel stade qu’au lieu d’éducateurs formés on a des jeunes gens qui ont juste le Bafa. Je ne veux pas faire une généralité, mais quand même. Il y a une vraie perte de sens dans nos métiers : on nous demande de gérer des situations qui impliquent des enfants sans moyen. L’ASE ne tue pas, c’est le manque de moyen.

  • Le Département des Bouches-du-Rhône valorise ses pouponnières avant les Assises

    Le Département des Bouches-du-Rhône valorise ses pouponnières avant les Assises

    « On ne fait pas d’annonce aujourd’hui, on vient simplement visiter la pouponnière et rencontrer les équipes ». Agnès Amiel, conseillère départementale déléguée à la protection maternelle et infantile, à la famille et à l’enfance, était en visite, mercredi matin, à la pouponnière de Fontainieu.

    Deuxième pouponnière du département, son activité a démarré en novembre 2024 pour épauler celle située à Montolivet (12e), à Marseille. La structure accueille 18 enfants entre 0 et 3 ans, placés sur décision judiciaire, le plus souvent. « Nous sommes très bien dotés dans le département, cela permet de bien accompagner les enfants qui sont placés ici », assure l’élue, membre de la majorité départementale. Elle met en avant le suivi de qualité qui est assuré par la cinquantaine d’employés de la structure : « Les enfants ne peuvent pas avoir de meilleur suivi médical, ils ont une prise en charge pluridisciplinaire avec infirmières, pédiatre, psychologue, psychomotricienne. » Les équipes de la pouponnière sont présentes en continu. Plusieurs activités sont organisées en dehors des locaux.

    Problèmes de fond

    Si l’accueil d’urgence en pouponnières semble efficace, des difficultés demeurent, dans le département, sur la protection de l’enfance, comme le soulignait dans nos colonnes Gérard Frau, conseiller départemental PCF, le 5 octobre dernier : « L’État, qui donne les compétences mais pas les moyens, est le premier déficient. » Agnès Amiel évoque notamment, lors de sa visite, « l’après pouponnière » comme principal écueil.

    À ce sujet, des Assises dédiées à la protection de l’enfance ont donc été convoquées par la présidente du département (DVD), Martine Vassal, les 18 et 19 novembre prochains. Cette initiative est née suite à l’alerte d’élus communistes du Département concernant la situation d’urgence à laquelle la protection de l’enfance est confrontée.

    Ce rassemblement sera « à destination des professionnels de la protection de l’enfance, que ce soit les directeurs de structures, les différents éducateurs et agents. Nous avons aussi invité tous les présidents de Départements français et les délégués à la protection de l’enfance », explique l’élue.

    La tenue de ces Assises permettra de faire un tour d’horizon des difficultés du secteur : « Les différents sujets seront répartis sur quatre demi-journées afin de mettre sur la table ce qui dysfonctionne et avoir de véritables temps d’échange ». Une des finalités de ces rencontres sera de produire « une lettre ouverte à l’intention des candidats à la présidentielle », explique la conseillère départementale.

  • À Marseille, deux jeunes dénoncent l’expulsion de leur hébergement

    À Marseille, deux jeunes dénoncent l’expulsion de leur hébergement

    Ces deux jeunes, dont « un mineur non accompagné et un majeur qui est un ex-mineur non accompagné », d’après leur avocat Me Antonin Sopena, ne sont plus pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance, gérée par le Département des Bouches-du-Rhône. Celui-ci leur a demandé de quitter le logement dont ils disposent à Marseille. Mais « aucune réponse ou proposition » n’a été trouvée pour qu’ils ne finissent pas à la rue, estime l’avocat.

    Me Antonin Sopena ajoute : « Le Département leur a demandé de quitter les lieux le dimanche 11 octobre. Sans solution pour être à l’abri, ils ont décidé de rester pour éviter d’être à la rue, dans l’attente d’une orientation. Mes clients ne tirent pas de satisfaction de l’occupation d’un logement qui est destiné à l’Aide sociale à l’enfance. Mais ils ne peuvent pas se résigner à dormir dehors. Le Code de procédure civile indique qu’une expulsion ne peut se faire sans qu’une décision spécifique et explicite n’ait été prononcée. »

    Lundi 12 octobre, les affaires d’un des deux jeunes auraient même été mises dans des sacs-poubelle puis placées en dehors de leur logement, toujours selon l’avocat des deux jeunes.

    Le Département évoque « leur majorité »

    Le Département et l’Association départementale pour le développement des actions de prévention (Addap) semblent décidés à mettre à la porte ces deux jeunes, avance l’avocat. « La serrure de la chambre de mes clients a été changée par l’Addap 13, sur ordre du Département, alors qu’ils avaient un rendez-vous. J’avais pourtant prévenu la structure que ces agissements sont totalement illégaux. » Il poursuit en assurant qu’une plainte et un référé liberté seront déposés. « Ce n’est que grâce à l’intervention de la police que mes jeunes clients ont pu réintégrer leur chambre lundi soir. Mais la problématique semble identique. Ils ne disposent pas de doubles des clés […] », ajoute Me Sopena.

    Contacté par La Marseillaise, le Département affirme que « dans le cas des deux personnes concernées, la cour d’appel a reconnu leur majorité », et que « l’hébergement (…) des majeures relève de la responsabilité des services de l’État ». « Des échanges ont eu lieu avec les services départementaux et les équipes de l’Addap 13 afin de les orienter vers les solutions adaptées à leur situation, dont une possibilité d’hébergement via le 115 proposée à l’un d’eux, qu’il a refusé », assure le Département.

  • Avignon : le foyer pour enfants Le Regain va rester définitivement fermé

    Avignon : le foyer pour enfants Le Regain va rester définitivement fermé

    Il n’y aura pas eu de regain de confiance entre, d’un côté le conseil départemental et la préfecture, et, de l’autre, l’association Coallia. Alors que tout le monde s’accorde sur le fait que la protection de l’enfance traverse une situation préoccupante en Vaucluse (notre édition de jeudi), le département perd une structure d’accueil. Un arrêté en date du 8 octobre, cosigné par Dominique Santoni, présidente LR du Département, et Thierry Suquet, préfet de Vaucluse, acte la « cessation définitive de la totalité des activités de la Mecs [maison d’enfants à caractère social] Le Regain ». La structure accueillait 29 jeunes, dont 12 en internat rue de l’Arousaire à Avignon, et 17 en semi-autonomie, dans des logements diffus.

    En avril, les mêmes autorités de tutelle avaient pris une décision similaire, mais provisoire pour six mois (notre édition du 14/04). Plusieurs inspections accablantes avaient constaté l’absence totale d’encadrement, des activités éducatives inexistantes, des locaux dégradés ou la présence d’alcool et de produits stupéfiants. Ainsi, malgré plusieurs rencontres et deux visites en juin et le 6 octobre, mais aussi la « transmission par Coallia de 184 pièces depuis le 30 mars en réponse aux injonctions formulées », Département et préfecture jugent que les conditions ne sont pas réunies pour rouvrir et rétablir le fonctionnement normal du foyer.

    Coallia prêt à se défendre devant la justice

    L’arrêté relève que la dernière visite du 6 octobre « permet d’identifier des manquements persistants, présentant un risque pour les mineurs et une impossibilité de reprise de l’activité en sécurité ». En creux, les autorités de tutelle dénoncent un décalage entre le discours de son gestionnaire et la réalité : « Les écarts concernent plusieurs composantes essentielles du fonctionnement de l’établissement : la constitution et la stabilité des équipes, l’organisation et la gouvernance de l’encadrement de proximité, la traduction opérationnelle du projet d’établissement et le contenu concret de l’action éducative. »

    Par conséquent, « la persistance, la nature et le cumul des difficultés qui perdurent après les six mois, période laissée au gestionnaire pour y remédier, remettent en cause la capacité même de celui-ci à garantir l’exercice de la mission autorisée », juge l’arrêté. Celui-ci précise que « des mesures nécessaires ont été prises » pour assurer le placement des mineurs de la Mecs. Contacté, le Département n’a pas souhaité communiquer davantage, notamment sur le devenir en lui-même du site.

    Comme en avril, où Coallia dénonçait « un contrôle à charge », le gestionnaire n’entend pas se laisser faire. Sollicité, ce géant associatif créé en 1962 (5 000 salariés, plus de 700 établissements), spécialisé dans l’accompagnement de publics fragilisés, « exprime sa profonde incompréhension et sa vive préoccupation face à cette décision radicale ». Sans entrer dans le détail des manquements reprochés, Coallia les réfute : « La protection des jeunes accompagnés demeure notre priorité. L’association a engagé des mesures d’amélioration et en a présenté l’état d’avancement aux autorités. Au vu des éléments dont elle dispose et des actions correctives engagées, elle ne partage pas l’analyse selon laquelle les jeunes auraient été exposés à un risque justifiant une décision de cette nature. » Coallia se réserve même le droit de contester l’arrêté et « étudie les voies de recours ouvertes, y compris juridictionnelles ». Un recours peut être déposé sous deux mois.

  • La CGT réalerte sur des failles dans la protection de l’enfance en Vaucluse

    La CGT réalerte sur des failles dans la protection de l’enfance en Vaucluse

    La protection de l’enfance est une compétence majeure du Département. « Une question prégnante à laquelle je suis attachée », assurait il y a un an la présidente Dominique Santoni (LR), qui annonçait récupérer elle-même cette délégation. Mais, selon la CGT, la situation reste ultra-problématique. Il y a un peu plus d’un mois, le syndicat des personnels du Département a adressé une lettre ouverte à la présidente et au préfet pour dénoncer l’état des lieux général au sein de l’Aide sociale à l’enfance (ASE).

    « Nous ne voulons pas attendre un accident, une violence ou un drame pour entendre, demain, que chacun connaissait les difficultés, mais que personne n’avait mesuré leur gravité », écrit Amandine Laugier, secrétaire générale de la CGT du CD84, qui demande « un état des lieux réel des moyens humains consacrés à la protection de l’enfance » et « pas uniquement des organigrammes ou des effectifs théoriques ». La CGT ne pointe pas une défaillance ponctuelle, mais bien un problème plus structurel. « C’est la capacité même du dispositif à garantir pleinement et en permanence la protection des enfants confiés qui doit aujourd’hui être interrogée, nous considérons que certaines situations signalées sont susceptibles d’exposer les enfants comme les professionnels à des risques graves qui ne peuvent être banalisés », estime le syndicat.

    Depuis, le courrier est resté lettre morte. Mobilisée auprès des lycéens et étudiants, la CGT ne prévoit exceptionnellement pas de rassemblement, ce vendredi, en marge de la séance plénière. Contacté, le Département assure qu’une réponse sera apportée lors de la séance. Il est prévu à l’ordre du jour la contractualisation avec l’État sur la protection de l’enfance. De 4,9 millions d’euros en 2025, le partenariat passe à 5,3 millions en 2026 avec une forte progression de la part du Département quand celle de l’État reste stable.

  • À Marseille, le foyer pour ados Calendal doit fermer ses portes

    À Marseille, le foyer pour ados Calendal doit fermer ses portes

    Par arrêté préfectoral du 4 septembre 2026, la Mecs (Maison d’enfants à caractère spécialisé) de l’association JB Fouque, dans le 5e arrondissement, doit cesser son activité et fermer ses portes, le 7 janvier prochain. Elle dispose de 52 places d’hébergement pour des jeunes de 13 à 21 ans, avec la particularité d’accueillir dix mineurs suivis par la protection judiciaire de la jeunesse.

    à la veille des Assises de la protection de l’enfance, de nouvelles places destinées aux jeunes confiés par l’Aide sociale à l’enfance disparaissent encore, en raison de dysfonctionnements. Soit 25 places en internat pour les garçons, confiés par l’Aide sociale à l’enfance et par la PJJ (Protection judiciaire de la jeunesse). « Les 27 autres en appartements dans le diffus pour garçons, et pour filles depuis 2021, devraient être conservées », espère encore Malik, représentant syndical Sud Solidaires, très inquiet de n’avoir « aucune précision de la direction de JB Fouque sur le suivi des jeunes, ni de proposition pour les personnels ».

    Une gouvernance instable

    Ils ne sont plus que 28 salariés sur une quarantaine, après « des démissions, des départs chez les cadres en rupture conventionnelle, des arrêts de CDD et plus aucun recours à l’intérim », décrit l’éducateur. Depuis 2021, ce ne sont pas moins de « quatre directions différentes qui se sont succédé » à la tête de l’établissement. De quoi sentir le mauvais vent venir. « Une enquête du Département, à l’été 2026, a permis d’écarter toute suspicion de maltraitance », précise Malik. L’Arrêté mentionne en effet « une instabilité importante de la gouvernance ». Ce n’est que le 7 septembre dernier, avec l’arrivée de l’administrateur judiciaire, que les personnels ont été informés « de la cessation définitive d’activité et de la vente de la bâtisse ».

    Du côté des jeunes confiés, « 19 sont encore en appartement et 8 en internat, les autres ont été replacés dans d’autres Mecs ». Sur les neuf établissements que possède l’association JB Fouque qui, contactée, n’a pas donné suite, deux ont déjà fermé, le Service éducatif d’adaptation progressive (SEAP) des Caillols dans le 12e et l’Institut médico-éducatif (IME) Les deux platanes dans le 5e.

  • [Entretien] Magali Giorgetti, PCF : « Le Département doit être sur ses compétences »

    [Entretien] Magali Giorgetti, PCF : « Le Département doit être sur ses compétences »

    La Marseillaise : Dans un contexte budgétaire contraint, quelles priorités doit se fixer le Département ?

    Magali Giorgetti : Le FN, qui se dit proche des travailleurs et des travailleuses, vote avec Macron pour une baisse de 5 milliards de budget aux collectivités territoriales. Le Département, qui gère la politique sociale, la Région et les communes, qui mettent en place le service public de proximité et sont les derniers remparts pour protéger les populations en difficulté, se retrouvent lésés. Et donc il faut qu’ils fassent des arbitrages, qui diffèrent selon la couleur politique. Le Département doit se concentrer sur ses compétences notamment l’action sociale, qui est la plus importante. Pour ça, Gérard Frau le rappelle systématiquement : il faut arrêter de financer la construction de gendarmeries par exemple.

    La protection de l’enfance est
    au cœur de vos préoccupations. Quelles mesures demandez-vous
     ?

    M.G. : On veut que la protection de l’enfance relève de l’État, pour garantir les mêmes droits et standards de qualité partout en France, tout en maintenant une mise en œuvre adaptée aux territoires. On veut un ministère, avec des compétences propres, et que la protection de l’enfance soit inscrite dans la Constitution. Aujourd’hui on n’a plus les moyens d’accompagner les jeunes. C’est une carence absolue. Dans les Bouches-du-Rhône comme ailleurs. Les métiers du social n’attirent plus. Un effort a été fait par le Département sur le régime indemnitaire. Toutefois, nous demandons que le point d’indice soit revalorisé pour que nos professions soit mieux reconnues, et là, c’est à l’État que revient la responsabilité.

    Le budget départemental
    de la protection de l’enfance
    a augmenté de 45% entre 2016
    et 2025. Est-ce suffisant
     ?

    M.G. : C’est une bonne chose, mais ce n’est toujours pas à la hauteur des enjeux. Les situations explosent et se dégradent, on n’arrive plus à briser le cycle de la reproduction sociale. On a plus de 5 000 mineurs et jeunes majeurs pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance. On aimerait un état des lieux de la protection de l’enfance… Les 18 et 19 novembre, il y aura des assises dédiées à la question. Les communistes militent pour qu’elles soient populaires et ouvertes.

  • Les diplômés du secondaire de l’ASE à l’honneur dans le Var

    Les diplômés du secondaire de l’ASE à l’honneur dans le Var

    Leur vie est rarement un long fleuve tranquille, mais ils n’ont pas moins de capacités à la réussir. Vendredi, le département du Var a, pour la première fois, mis à l’honneur 178 adolescents placés sous la protection de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) qui ont récemment obtenu un diplôme de l’enseignement secondaire (brevet, certificat de formation générale [CFG], BEP, CAP, bac), à travers une cérémonie à l’Hôtel du département. 128 d’entre eux étaient présents. Ils se sont vus remettre un chèque cadeau et des goodies du conseil départemental, et ont été salués par plusieurs institutionnels, parmi lesquels le préfet du Var Simon Babre, et le président du département Jean-Louis Masson. « C’est important de les valoriser, de leur témoigner notre reconnaissance et notre confiance », explique Caroline Depallens, présidente de la commission enfance du département. « Il faut changer les regards sur les enfants confiés à l’ASE, le regard de l’autre et leur propre regard, qu’ils prennent confiance en eux. »

    Parmi ces jeunes, Cheyenne, 18 ans, « revient de loin », selon ses propres mots. Orpheline de son père depuis l’âge de neuf ans, placée à deux reprises, en proie à la dépression pendant un an, la jeune femme vient d’obtenir son CAP cuisine au lycée Anne-Sophie Pic au prix d’un parcours semé d’embûches. Avec la mention bien, qui plus est, « et à quelques centièmes de la mention très bien ! », peste-t-elle. Aujourd’hui en mention complémentaire traiteur dans le même établissement, elle ambitionne de poursuivre sur un CAP boucherie, et pourquoi pas travailler un jour dans les cuisines de l’armée. Avec un bagage bien rempli, mais qui plutôt que la freiner, lui confère une arme supplémentaire : « Je retiens la force que m’a donnée mon parcours à l’ASE. Je suis fière de moi. »

    99 MNA récompensés

    Certains ont traversé des océans pour être là aujourd’hui : ceux que l’on appelle les mineurs non accompagnés (MNA), qui sont 99 à avoir été récompensés. Accueillis en France sans leurs parents, leurs histoires de vie les mènent très tôt à acquérir une maturité hors du commun : « Ce ne sont pas les mêmes enjeux, il faut qu’ils progressent très vite, apprennent la langue, comprennent nos rites et coutumes », détaille Paola Abellonio, responsable du service départemental des MNA. « Ça leur demande beaucoup d’adaptation, ce qu’ils arrivent à faire. Certains vont dans le supérieur, même si leur nombre est insuffisant. Un jeune a réussi l’école d’architecte, on a un ingénieur, une future avocate… Ce sont des jeunes qui ont la rage, l’envie de réussir. » Ahmed est de ceux-là. Ce jeune Algérien de 16 ans, en France depuis deux ans, vient d’obtenir son CFG (équivalent du brevet pour les parcours adapté) au collège Django Reinhardt. « Je suis très fier », se félicite-t-il. « Ça va me permettre d’avancer, d’avoir un bel avenir, des enfants, une maison, une voiture, une belle vie », rêve celui qui vient d’entamer un CAP plomberie, pour, plus tard, travailler en mécanique navale. N’en déplaise aux obsédés des frontières.

  • [Rue de la République] Sarah El Haïry : « Dans les Bouches-du-Rhône, on a interdit à 360 personnes d’être au contact des enfants »

    [Rue de la République] Sarah El Haïry : « Dans les Bouches-du-Rhône, on a interdit à 360 personnes d’être au contact des enfants »

    L’affaire Lyhanna

    Didier Gesualdi : Suite à l’affaire Lyhanna, collégienne de 11 ans, violée et assassinée par un suspect faisant déjà l’objet d’une plainte, qui a suscité une émotion immense, quelles mesures avez-vous proposé ?

    C’est un drame. Ces drames me font toujours réagir : aujourd’hui dans notre pays, toutes les 3 minutes un enfant subi des violences sexuelles et tous les cinq jours un enfant meurt sous les coups de sa propre famille dans son propre foyer. Au drame de Lyhanna qui a perdu la vie, s’ajoute le fait qu’il y avait des signalements. Là, tu te dis combien de fois nous n’avons pas pu protéger, nous n’avons pas cru ? Tu te bouscules… C’est là que ce drame a saisi le pays, c’est parce qu’il appelait à changer profondément de regard et de doctrine. Qu’est-ce que ça veut dire changer de doctrine ? Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, m’a demandé quelque chose d’efficace, des mesures apportant des solutions immédiates. On a l’habitude d’entendre « tout le monde est responsable, il faut protéger collectivement ». Moi je crois qu’il y a des responsabilités individuelles, dans toute la chaîne judiciaire, dans la police, dans la gendarmerie, dans les unités d’accueil pédiatrique enfants en danger (Unaped) qui vont écrire les dossiers pour dire ce que la jeune fille ou le jeune garçon a comme traces pour que la justice aille au bout. Ça, c’est pour traiter les drames mais comment on les évite ? En contrôlant les antécédents judiciaires des hommes et des femmes qui travaillent auprès des enfants. Je pense qu’il y a un changement sincère et profond parce que le drame Lyhanna a obligé tout le monde, toutes les institutions, à ouvrir ses placards et à s’interroger sur ses responsabilités.

    Léo Purguette : Il faut quand même regarder l’état de la justice. Est-ce que tous ces mots ne sont pas vains s’il n’y a pas plus de moyens pour traiter les signalements et les plaintes ?

    Bien sûr qu’il faut des moyens, le Premier ministre s’y est engagé. Plus de 300 nouveaux magistrats, plus de 300 enquêteurs supplémentaires mais également des infirmières scolaires supplémentaires. Mais j’ai toujours peur que pendant qu’on dit « il faut des moyens », on ne se saisit pas des problèmes aujourd’hui. Quand on parle de rechercher les antécédents judiciaires, ce ne sont pas des moyens nouveaux, c’est une nouvelle méthode qui autorise des personnes qui ne l’étaient pas auparavant à regarder des fichiers ou le certificat d’honorabilité que j’ai développé. Ce n’est pas une histoire d’argent de donner la capacité à tous les employeurs publics de ne pas laisser des prédateurs dans leurs institutions.

    LA LIBÉRATION DE LA PAROLE

    Didier Gesualdi : Les premières révélations sur la pédocriminalité ne datent pas d’hier. On est en 2026, c’est encore tabou ?

    Quand un enfant parle on le croit. Et on ne lui demande pas de parler sans qu’il y ait des suites et des conséquences. Combien il y a de secret de famille ? Combien il y a encore de choses qu’on considère comme honteuses. Pourquoi les silences sont aussi longs ? Parce que c’est vrai, aujourd’hui la justice condamne peu. Mais il se passe quelque chose dans notre pays. D’abord, il y a eu #MeToo, ça a libéré la parole des femmes. Cela fait mouvement. Grâce à cela, on a commencé à entendre différemment la parole des enfants. Qu’est-ce qu’il y a de plus abject, de plus ignoble que d’agresser sexuellement un enfant ? Que de le violer ? À des âges… L’année dernière, c’est plus de 600 nourrissons de 0 à 2 ans qui ont été victimes de violences sexuelles !

    Léo Purguette : C’est effroyable, comment le détecter quand ces pauvres enfants ne peuvent pas encore parler ?

    C’est là où les médecins, le monde de la petite enfance, les crèches, les assistantes maternelles, l’ensemble des adultes autour des enfants doivent être formés à repérer. Il faut une confiance dans toute la chaîne, que la justice traite et condamne. J’ai la conviction qu’être aujourd’hui autant exposé à de la pornographie sur Internet, il y a plus de 700 000 images pédocriminelles par jour en ligne, facilite malheureusement les passages à l’acte.

    LES ANTÉCÉDENTS JUDICIAIRES

    Léo Purguette : Des affaires d’agressions sexuelles ont éclaté à Paris mais aussi à Marseille, comment les prévenir ?

    Malheureusement, il y en a eu partout. Chez moi à Nantes, à Lyon, ici… Il n’y a pas un territoire qu’il soit petit ou grand qui n’ait pas été touché. Pour une raison toute simple : les prédateurs vous pensez qu’ils font quoi ? Quand ils sentent qu’il y a un espace où c’est un peu moins contrôlé, ils vont là où il y a des enfants. Quand c’est le cas dans le périscolaire, ils y vont, dans le sport, ils y vont, dans la culture…

    Léo Purguette : Vos mesures ont-elles donné des résultats ? Avez-vous des éléments chiffrés dans les Bouches-du-Rhône ?

    Oui. Sur les antécédents, j’ai rendu obligatoire de contrôler les condamnations définitives mais aussi d’aller voir le Fijais, c’est le fichier des infractions sexuelles pas définitivement condamnées parce que la justice peut prendre 6 ou 7 ans. Je considère que le principe de précaution, on l’applique pour les questions environnementales, il n’y a pas de raison qu’on ne l’applique pas pour les enfants. Donc on sort ces personnes-là de la proximité des enfants. Juste sur ce contrôle, on a, ici, dans les Bouches-du-Rhône, interdit à plus de 360 personnes d’être au contact des enfants. Au total 46 000 personnes ont été contrôlées. On avance.

    L’AIDE SOCIALE À L’ENFANCE

    Léo Purguette : Il y a eu des scandales d’exploitation sexuelle dans l’aide sociale à l’enfance partout en France, c’est vrai notamment dans les Bouches-du-Rhône. C’est une compétence départementale, pour autant l’État peut-il s’en désintéresser ?

    Jamais de la vie. Nous avons une devise où figure l’égalité sur tous les frontons des mairies. La protection n’a pas à dépendre de ton code postal. Et pour autant, je ne suis pas naïve, il y a des différences en fonction des territoires. Elles ne sont pas acceptables. L’État doit y prendre toute sa part. C’est ce que le fait avec la refondation de la protection de l’enfance. Vous savez dans le cas de ces jeunes filles qui se retrouvent dans les réseaux des proxénètes, certains éducateurs s’interposent, ils finissent avec quatre doigts coupés. C’est d’une violence monstre. Il faut condamner les proxénètes mais aussi ceux qui vont chercher ces jeunes filles. On a réussi à le faire avec les poupées pédocriminelles de chez Shein. Il faut aller chercher toute la chaîne.

    LA LOI INTÉGRALE

    Léo Purguette : Une loi intégrale contre les violences faites aux femmes et aux enfants est réclamée. Les associations féministes citent l’exemple de l’Espagne qui a obtenu des résultats en mobilisant plusieurs milliards d’euros, serons-nous dans cet étiage ? Ou cette loi sera-t-elle une loi de plus ?

    Il y a deux choses en même temps en ce moment à l’Assemblée nationale et au Sénat. Une loi sur la protection des enfants avec la question de l’aide sociale à l’enfance parce que plus il y a de vulnérabilité, plus il y a de victimes. Mais il y a aussi 70% des violences sexuelles qui se font à la maison. Pour briser cela, il faut une approche globale et des moyens financiers. Le Premier ministre s’y est engagé : 2,6 milliards pour les enfants, 1,4 milliard supplémentaire pour les violences faites aux femmes. Mais attention ce n’est pas qu’une histoire d’argent. Quand on voit qu’un petit garçon peut être enfermé dans une camionnette dans l’Est de notre pays pendant 16 mois avant que quelqu’un se dise « il faut appeler, il faut prévenir, il se passe quelque chose de bizarre ». C’est chaque adulte qui doit prendre sa place dans la protection de l’enfance. Il faut prévenir, appeler, ce n’est pas de la délation. Le 119 est un point d’entrée.

    Léo Purguette : Quel budget nouveau pour financer cette loi intégrale ?

    Je le redis : 1,4 milliard contre les violences faites aux femmes, 2,6 milliards pour les enfants. Ce que je souhaite, c’est une mobilisation aussi des collectivités, de toutes les institutions. Que chacun se dise « qu’est-ce que je fais pour les enfants » et qu’on n’aille pas seulement sur la question de l’argent qui d’un seul coup résoudrait tout. Oui, il faut des magistrats, des soignants, des éducateurs, ils seront recrutés mais il ne faut pas que cela. Il faut que la place des enfants devienne une priorité, ce n’est pas encore le cas partout. Il est aussi nécessaire d’accompagner les parents au niveau de l’école en disant qu’il n’y a plus de devoirs après 20h sur Pronote, qu’il n’y a plus de groupe WhatsApp de classe. Vous vous rendez compte : 46% des enfants cyberharcelés l’ont été sur un groupe WhatsApp de classe ! Comment voulez-vous que les parents imposent tout seuls à leur enfant de ne pas y être quand tout le reste de la classe y est ?

    L’IA ET LE PAPE

    Didier Gesualdi : Vous publiez « Changez d’ère » un manifeste pour remettre l’humain au centre dans l’ère de l’intelligence artificielle. Comment ?

    Je viens du mouvement centriste, influencé par la doctrine sociale de l’Église. Entre moi et la social-démocratie, le personnalisme ou le gaullisme social, il n’y a pas grand-chose de différent. Nous avons des héritages différents mais dans un moment où l’IA peut être une chance dans la santé, l’innovation, l’apprentissage… elle peut aussi être un tsunami de dangers sur la liberté de conscience, la démocratie, l’environnement… Ne refaisons pas l’erreur de prendre du retard avec l’IA comme on en a pris avec les réseaux sociaux. Utilisons nos héritages pour porter un autre regard sur les enjeux de notre époque.

    Léo Purguette : Le Pape, actuellement présent en France, a publié une encyclique « Magnifica humanitas » sur l’IA. Que vous inspire-t-elle ?

    J’ai eu la chance d’aller à Rome travailler sur cette encyclique puisque le Vatican avait identifié nos travaux et j’ai rencontré le Pape. Cette encyclique est très universelle, que l’on soit croyant ou non. Elle pose la question de la dignité.

    Léo Purguette : À l’occasion de cette rencontre avez-vous évoqué les abus sexuels dans l’Église ?

    Oui. J’ai eu aussi l’occasion d’en parler avec le nonce apostolique puisque je suis aussi les travaux de la Civiise et de la Ciase, deux commissions qui traitent des violences sexuelles. Ce n’est pas parce qu’on a un peu ouvert les yeux que les réponses sont abouties. Il y a encore des prédateurs et des enfants qui ont besoin d’être protégés.

    LES ÉCRANS

    Didier Gesualdi : Qu’avez-vous à dire aux familles qui ont bien du mal à limiter l’accès aux écrans ?

    Je ne veux pas charger les épaules des parents, on essaye tous de tenir c’est compliqué. Mais quand son enfant n’est pas rentré, qu’on ne sait pas où il est, on s’inquiète. Sauf que dans sa chambre avec son téléphone, il a plus de risques de rencontrer des prédateurs que dehors. 90% des recrutements dans les réseaux d’exploitation sexuelle dans notre pays sont faits sur Internet, sur les réseaux sociaux avec des techniques de manipulation absolument abjecte. Vos enfants peuvent se retrouver dans une situation de « grooming ». Ça veut dire quoi ce nouveau mot ? Ils vont rencontrer quelqu’un qui va prétendre avoir leur âge et va devenir un peu leur ami. Il va demander une photo, elle va être transformée avec de l’IA pour peut-être la dénuder. Elle va être utilisée pour leur faire du chantage. Ils ont tellement honte, tellement peur de se faire gronder qu’ils finissent par se retrouver dans des guets-apens, parfois dans des violences sexuelles qui vont être filmées.

    Léo Purguette : Que peut la puissance publique ?

    Il faut interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Non pas pour les punir mais pour les protéger. Il faut aller au bout.

    LA QUESTION DES LECTEURS

    Chaque semaine posez vos questions à nos invités sur lamarseillaise.fr l’une d’entre elles sera tirée au sort comme celle de Geneviève :

    Bonjour. Je suis grand-mère et avec tout ce qu’on entend sur les agressions de jeunes enfants, j’ai peur des colonies de vacances etc. Comment garantir la sécurité des enfants sans les garder enfermés à la maison ?

    Je crois que les enfants n’ont pas vocation à rester enfermés à la maison. Ils ont besoin qu’on garantisse les espaces dans lesquels ils vont. Pour cela, il y a plusieurs moyens. D’abord la vérification des antécédents judiciaires pour qu’un prédateur ne se retrouve pas à nouveau à proximité des enfants. Ensuite, c’est l’Éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (Evars). Je sais bien qu’à chaque fois cela fait polémique. Mais la vérité c’est que nos enfants doivent connaître leurs droits, leur corps parce que, malheureusement, la majorité des violences sont faites par quelqu’un qu’on connaît. 80% des violences sont le fait d’un papa, d’un grand oncle, d’un grand-père, d’un beau-père… Ensuite, il y a des institutions, chez les scouts, dans les colonies de vacances, dans le milieu du sport… S’ils ont été confrontés à quelque chose, il faut dire aux enfants qu’on les croira et que ce n’est pas de leur faute. Dans beaucoup de familles, quand on commence à parler de ça, on se souvient qu’un jour, quelqu’un a dit quelque chose. C’était tellement douloureux qu’on n’en a jamais reparlé. Il faut briser ce silence, c’est comme ça qu’on pourra durablement protéger les enfants sans les priver de la chance de grandir, de vivre des expériences collectives. Je crois à l’éducation populaire, il faut garantir aux enfants qu’on sera toujours à leurs côtés.

  • À Saint-Menet, les minots des Mecs font le cirque

    À Saint-Menet, les minots des Mecs font le cirque

    « Je suis l’étoile de la Reynarde ! » s’écrie Kylian en s’élançant sur le trapèze, bras écartés et tête en bas. Un des cinq ateliers déployés par la Fondation culture et diversité, le Centre international des arts en mouvement (Ciam) et l’Association médicosociale de Provence (AMSP) dans le parc du château de la Mecs à Saint Menet, dans le 11e arrondissement.

    « C’est un projet artistique et sportif qui s’étend sur deux ans, avec une succession d’ateliers de médiation culturelle, de stages de cirque, pour tous les enfants qui y participent, de 5 à 18 ans », explique Valentine Bellone, responsable pédagogique du Ciam, « on va même les emmener au spectacle pour les festivals Jours et Nuits de cirques et Nuits du Magic… ». La Fondation culture et diversité, qui œuvre depuis vingt ans en faveur de l’égalité des chances par l’accès aux arts et à la culture, lançait ces 27 et 28 août dans les Bouches-du-Rhône son programme Arts, cultures et publics en Mecs. « On avait connaissance de cette expérience menée dans le Nord, on s’est dit qu’on allait la reproduire ici, en plus grand », s’enthousiasme Valentine Bellone au milieu des dizaines d’enfants qui se familiarisent au jonglage, à la voltige ou à l’équilibrisme encadré par les animateurs circassiens et éducateurs sociaux.

    « J’ai pris la confiance »

    Sur le câble de fer tendu à trente centimètres du sol, Liam, 9 ans, « bientôt en CM2 », tente d’avancer sans perdre l’équilibre. « J’ai pas peur de glisser et de tomber, ça m’arrive tout le temps », lâche-t-il, fier du mètre parcouru. « Les arts du cirque sont un vecteur extraordinaire pour le développement, atteste Valentine, pour la motricité, la gestion des émotions, l’esprit de coopération, le respect des règles ». Ou la prise de risque maîtrisée. Comme pour Samra, 13 ans, perchée sur le grand trapèze à quelque mètre du sol, en fait l’expérience. Rapidement à l’aise, elle s’élève dans l’air et exécute une figure élégante. « Je fais de la danse », avoue-t-elle. Elle appréhendait cependant cette première expérience de voltige « à cause de la hauteur ». L’adolescente en ressort grisée par la sensation de liberté : « après, j’ai pris la confiance et quand on se lâche, avec l’élan c’est trop bien ».

    Plus loin, Louis, intervenant du Ciam, donne des conseils pour manier le diabolo à Younès, 17 ans, qui préfère rester au sol : « je n’aime pas trop la hauteur ». Evan quant à lui, n’en revient pas de son exploit : « j’ai marché sur le fil ! Pourtant j’ai peur quand c’est dangereux, mais ils m’ont motivé ». Dans un groupe de petits, il faudra à Louis plutôt remettre en face de la réalité les prétentions de deux minots qui pensent savoir « déjà jongler avec trois balles », au regard de la maîtrise qu’ils ont d’une seule. La concentration sera de mise. Découverte, sensibilisation, exaltation, mais aussi un temps calme avec l’atelier du musée numérique créé par La Villette installé dans une des salles du château. Des tables d’écolier, une projection sur écran et des tablettes devant eux, les enfants sont invités à entrer dans l’univers des collections des musées nationaux en « likant » des images.

    Mickael Roman, directeur des deux mecs de l’Amsp fait le tour des ateliers un sourire aux lèvres. Il ne cache pas son bonheur d’assister à ces parenthèses magiques dans les parcours marqués par les ruptures et fragilités multiples des petits et des ados qu’il accueille sur les sites de Saint-Menet et de l’Arbois : « Sans l’aide de la Fondation, on n’a pas les moyens de financer ce type de projets, pourtant essentiel ». Qui pourrait même créer des vocations.