Tag: Agriculture

  • La fête de la Conf paysanne censurée ?

    La fête de la Conf paysanne censurée ?

    C’est par un simple mail envoyé fin mai que Marie-Camille Dugas, la nouvelle maire de Garrigues-Sainte-Eulalie, petite commune entre Nîmes et Alès, a annoncé à la Confédération paysanne qu’elle ne mettrait pas son foyer municipal à disposition cette année. « Après avoir demandé des rendez-vous pour leur expliquer ce qu’on faisait à cette fête, on nous a annoncé que suite à une demande de la Coordination rurale, ils étaient dans l’obligation de nous retirer la salle pour le premier week-end d’octobre », précise Simon Le Berre, porte-parole de la Confédération paysanne dans le Gard.

    Après un échange avec les responsables de la Coordination rurale (CR), syndicat proche de l’extrême droite, avec qui la Conf n’est pas à « couteau tiré » dans le département, il s’avère en réalité que la CR s’est également vue refuser la réservation de la salle. La nouvelle municipalité s’est justifiée en s’appuyant sur la « neutralité politique » des nouveaux élus. Dans un communiqué, elle précise qu’elle n’était par contre pas opposée à l’organisation d’une « fête mettant à l’honneur les producteurs locaux […] dans un cadre dénué de toute considération politique ». Un argument que réfute la Conf car depuis l’an dernier, la fête n’est pas celle du syndicat agricole mais « une fête de l’agriculture paysanne » portée désormais par trois organisations : la Confédération paysanne, l’Addearg et Solidarité paysans 30. « On s’amuse à nous catégoriser comme extrême gauche sympathisants LFI donc ça ne m’étonne pas qu’il y ait de plus en plus d’élus qui veulent nous mettre par terre. C’est ce qui nous choque car nous sommes là pour le monde paysan, pour trouver des solutions à nos campagnes qui vont très mal », rappelle Simon Le Berre.

    « Des valeurs qui dérangent le RN »

    Mais pour la Conf paysanne, cette décision interroge surtout puisqu’elle intervient quelques jours après la réception du député Rassemblement National Pierre Meurin par Marie-Camille Dugas. « Nous faisons le lien entre la venue de Pierre Meurin et le mail que l’on a reçu. On comprend que sur la petite commune de Garrigues, on ne veut pas avoir une fête politisée qui met en avant des valeurs qui dérangent le RN », confirme Simon Le Berre. L’attaque n’est pas passée inaperçue du côté du député d’extrême droite de la 4e circonscription du Gard qui a condamné par communiqué « l’utilisation politicienne faite par quelques groupuscules malveillants, et relayée avec complaisance par certains médias, d’une visite purement institutionnelle ».

    « Ce communiqué où nous sommes qualifiés de groupuscule malveillant a été partagé par la municipalité de Garrigues », fustige Simon Le Berre, qui voit donc « une incapacité de la municipalité de communiquer par elle-même ».

    Face à la polémique, un « bel élan de solidarité » a eu lieu et une dizaine de communes se sont manifestées pour accueillir cette fête. Les propositions sont aujourd’hui à l’étude pour réfléchir à la logistique nécessaire pour accueillir les 3 000 participants habituels de la fête.

  • Au 40e congrès du PCF, des engagements pour une Europe de la paix

    Au 40e congrès du PCF, des engagements pour une Europe de la paix

    Tandis qu’au fil des débats du 40e congrès du PCF, à Lille, les délégués des fédérations ont pu débattre du refus des traités libéraux de l’Union européenne, c’est un message de refus du militarisme qu’est venu apporter le président du Parti de la gauche européenne, Walter Baier. « Nous vivons une époque dangereuse, plus de 150 guerres ravagent le monde », alertait-il sur la scène du Grand Palais. Et de dénoncer l’emprise des États-Unis de Donald Trump sur le Vieux continent. « L’Otan veut que l’Union européenne consacre 800 milliards d’euros au réarmement, mais une autre Europe est possible, espérait-il. Un nouveau mouvement contre le militarisme et l’austérité est en train de naître, et nous sommes fiers d’en faire partie. Nous disons stop au réarmement de l’Europe : construisons des écoles et des hôpitaux, pas des chars, ni des missiles ! » Il appelle ainsi à mettre fin à la course aux armements, en particulier à l’armement nucléaire : « La lutte pour la paix est aussi une lutte de classe. »

    Face au génocide à Gaza, il rappelle l’engagement du PGE pour la solution à deux États. Il apporte également au soutien à Cuba face au blocus, mais aussi aux déserteurs des deux camps, en Russie en Ukraine, qui refusent de tuer, au moment où la présidente de la Commission européenne appelle à renvoyer en Ukraine les Ukrainiens en âge de combattre.

    Face à la progression de l’extrême droite sur le continent, il tient à commémorer les 90 ans des Brigades internationales qui sont allées se battre en Espagne contre le général Franco, en particulier les 10 000 volontaires français. Et rappelant la réélection de la maire communiste de Gräz en Autriche, Elke Kahr, il sourit : « Même dans les temps les plus difficiles, le pire n’est jamais certain. »

    Après lui, la vice-présidente française du PGE, Hélène Bidard, souligne qu’avant même la création de cette coalition des partis de la gauche européenne, avant même Maastricht, le PCF avait dénoncé l’Europe telle qu’elle s’était construite. « Elle est aujourd’hui encore plus vassalisée que jamais, avec l’Otan », alerte-t-elle, en dénonçant les centaines de milliards d’euros consacrés à la remilitarisation du continent. Mais elle cible aussi les dumpings sociaux et fiscaux, la concentration de la production agricole jusqu’au brevetage du vivant, sur les semences, la « fuite en avant sécuritaire » de l’Union européenne en matière migratoire, avec une externalisation des expulsions à travers la création de camp dans des pays tiers. Et d’appeler à créer « de nouveaux espaces de démocratie » sur le continent européen.

  • Brebis et bénévoles marseillais font renaître la transhumance

    Brebis et bénévoles marseillais font renaître la transhumance

    « On voulait viser grand dans le cadre de l’année internationale du pastoralisme » : Maïté Kaczmarek fait partie de la dizaine de membres de l’association des Moutons marseillais, qui ont décidé de partir avec les brebis pour une transhumance de 36 jours, de Marseille à Méolans-Revel. « L’idée est de créer du lien avec le territoire et ses habitants. C’est un troupeau urbain qui fait de l’écopâturage à Marseille, ce sont des brebis très proches de l’homme, c’est un super troupeau pour la médiation », explique-t-elle. Cela a été prouvé à Meyreuil, où de petits écoliers ont attendu l’arrivée du troupeau pendant deux heures et ont été enchantés de pouvoir caresser les brebis. « On invite les gens à participer, on accueille de nouvelles personnes en cours de route », détaille la salariée de l’association.

    Le nombre de personnes touchées sur leur parcours est déjà estimé à 800. « Cela permet de créer du lien et de ramener de la vie. Les premiers jours, des personnes de quatre communes voisines se sont retrouvées à bloquer les routes pour nous laisser passer », racontent les bénévoles, qui constatent un véritable élan de solidarité et de générosité sur leur route. « Les habitants nous accueillent à bras ouverts, nous ramènent de l’eau, de la nourriture, l’apéro… C’est salvateur dans un contexte politique où on essaye de diviser les gens. »

    Les bénévoles et salariés de l’association espèrent ainsi promouvoir le pastoralisme et la transhumance, inscrite au patrimoine culturel de l’Unesco. « Ce sont des traditions anciennes ancrées dans le territoire et la région », avance Maïté. « Les brebis sont heureuses de partir le matin, il faut les canaliser tellement elles se régalent. Elles ont plein de choses variées à manger », se réjouissent les bénévoles.

    Les participants à cette transhumance ont quitté Marseille le 8 juin pour parcourir 300 km à travers les Alpes du Sud. Ils empruntent l’historique route des transhumances, La Routo. « On se lève tous les matins vers 4 heures, mais plus il fait chaud, plus on avance l’heure de départ, précise Maïté. Pour sortir de Marseille, il a fallu ruser pour éviter les routes dangereuses. » Sur leur route, ils dorment chez des maraîchers « pour soutenir l’agriculture locale », ou encore en plein air, comme sur le massif de l’Etoile. Ils dorment toujours autour des brebis pour veiller sur elles. « Là où on sait que le loup peut venir, on forme un cercle autour d’elles avec nos tentes », explique Maïté.

    « On est le seul petit troupeau urbain en France à parcourir un si long parcours. Les transhumances se font de plus en plus rares. Certains nous disent qu’ils n’avaient plus vu passer de troupeau depuis 40 ans ! », lance la salariée de l’association.

    « Les temps sont durs

    pour les associations »

    « On espérait des subventions de la Région, de la Métropole et du Département, mais c’est mal parti. Les temps sont durs pour les associations et les subventions, regrette-t-elle. Les choses se calent au fur et à mesure du fait du défaut de financement. Il faudrait que l’on soit plus nombreux pour faire plus de haltes pédagogiques et se relayer. » Les voyageurs cherchent encore à remplir leur cagnotte participative, « lancée du fait de l’absence de financement », et une voiture automatique pour transporter leur matériel.

    à Marseille, le « métier » de ces brebis est d’entretenir les espaces verts d’Ehpad, d’écoles ou encore d’entreprises. « Ce sont des débroussailleurs vivants qui protègent la biodiversité et nourrissent le sol », expliquent les membres de l’association. Jeudi, les propriétaires des chambres d’hôtes de Valensole étaient d’ailleurs enchantés de les accueillir, alors qu’ils cherchaient justement des brebis pour débroussailler leur terrain.

  • Des voix s’élèvent contre un projet agrivoltaïque à Servas

    Des voix s’élèvent contre un projet agrivoltaïque à Servas

    Partout en France, des projets agrivoltaïques fleurissent sur le territoire et divisent les citoyens. La commune de Servas, dans le Gard, ne fait pas exception. Le dernier projet en date est celui des Martinets, porté par Verso Énergie, qui concerne une quinzaine d’hectares dans le Nord de la commune. Il était présenté ce 22 juin aux élus municipaux.

    Pour l’occasion, la Confédération paysanne du Gard avait appelé à un rassemblement devant la mairie à 18h, afin d’alerter sur le fait que les installations agrivoltaïques à Servas pourraient impacter jusqu’à 129 hectares de terres agricoles, soit près de 12% du territoire communal. « Nous étions une petite cinquantaine, rapporte Sébastien Espagne, co-référent départemental des Ami.e.s de la Confédération paysanne du Gard. Notre association était présente aux côtés de la Confédération paysanne, mais aussi de l’association Agir 30 et d’habitants du village. »

    « On a vu passer une quinzaine de projets de ce type ces 18 derniers mois, explique de son côté Simon Le Berre, porte-parole de la Confédération paysanne du Gard. Nous ne sommes ni contre le progrès, ni contre les énergies renouvelables, bien au contraire. Nous voulons simplement demander une véritable réflexion collective sur ces projets et surtout, qu’ils soient envisagés en priorité sur des terres déjà artificialisées. »

    Sébastien Espagne se montre satisfait de cette première mobilisation : « Nous avons été très bien accueillis par les habitants et la société Verso Énergie a proposé aux collectifs présents de les rencontrer plus tard, pour leur présenter le projet plus en détail. » De leur côté, les élus devront voter le projet au prochain conseil municipal, après s’y être déjà opposés une première fois.

    Augmentation du foncier

    Ce n’est pas un hasard si les projets agrivoltaïques se multiplient dans le Gard. Depuis un décret d’avril 2024, les installations de production d’énergie photovoltaïque ne peuvent être implantées que sur des terrains identifiés dans un document-cadre spécifique à chaque département. Or, dans le Gard, ce dernier est très restrictif et ne laisse que peu de parcelles libres pour le photovoltaïque au sol. C’est la raison pour laquelle les entreprises se tournent vers l’alternative de l’agrivoltaïsme, c’est-à-dire l’installation de panneaux solaires au-dessus d’une parcelle d’activité agricole. C’est d’ailleurs ce qui explique que les opposants à ces projets parlent généralement de « caution » agricole.

    Selon Simon Le Berre, le scénario se déroule pratiquement toujours de la même façon. Un propriétaire qui veut valoriser son terrain contacte ou se fait démarcher par une entreprise. Il trouve ensuite un agriculteur qui accepte de faire pâturer ses bêtes ou de cultiver sur une parcelle qui sera dédiée à l’agrivoltaïsme, en échange d’une partie des gains de revente de l’électricité. « L’idée de l’agrivoltaïsme, c’est d’apporter un gain pour l’activité agricole, poursuit Simon Le Berre. Or, pour l’instant, les études qui sont censées démontrer ces gains sont bien souvent biaisées. Le bétail est à l’ombre des panneaux ? Il serait tout aussi bien à l’ombre d’un arbre… »

    Ce sont aussi les propriétaires et les entreprises qui semblent toucher la majorité des bénéfices de la vente de l’électricité. « Nous demandons que si de tels projets existent, ils soient portés par les agriculteurs eux-mêmes, ou par des collectifs d’agriculteurs, explique Simon Le Berre. Pour nous, si le choix revient aux propriétaires qui n’exploitent pas eux-mêmes leurs terres, cela présente un risque de spéculation et de montée des prix des terres agricoles. » Une inquiétude que partage Sébastien Espagne : « Il y a un véritable risque d’augmentation du foncier agricole, ce qui va encore empêcher de nouveaux agriculteurs de s’implanter. Nous avons d’autres ambitions pour nos terres nourricières, dans un contexte où il y a urgence à regagner en autonomie alimentaire. »

  • Deux coureurs à l’assaut de La Routo, jusqu’en Italie

    Deux coureurs à l’assaut de La Routo, jusqu’en Italie

    Après un voyage à vélo et en course à pied en Amérique du Sud, trois accompagnateurs en montagne ont décidé de jouer à domicile en parcourant la Routo, d’Arles vers le Piemont en Italie, puisque deux d’entre eux sont originaires de l’Ubaye, et le troisième de Nice. Jason Costa et Loïc Preghenella se sont donné le défi de battre le record de temps de parcours en course à pied, tandis que leur ami Bruno Maximim les suit en camion pour les ravitailler. « On nous a prêté un camion dans lequel on dort. On ne sait pas si c’est un bon cadeau ou un cadeau empoisonné vu toutes les galères qu’on a avec ! », lance ce dernier. « Les pratiques d’antan, la transhumance sont aussi importantes pour nous », explique-t-il.

    Les sportifs parcourent environ 62 kilomètres par jour, et se lèvent à cinq heures tous les matins. « Demain, on attaque les montagnes et les gros dénivelés », expliquent les coureurs de passage à Digne mardi. « Dès qu’il y en a un qui va moins bien, on se fait des blagues pour se remotiver », confie Jason. « Quand on repart après manger avec un ressenti de 39 degrés, en courant sur du bitume, on se demande pourquoi on fait ça », avoue-t-il.

    Sur leur route, ils rencontrent de nombreux personnages. « Avant-hier, on a dormi chez des gens qui sortaient d’une mise en bouteille de leur vigne. On leur a promis de boire la bouteille qu’ils nous ont offerte à notre arrivée à Cuneo », racontent-ils. « À Aix, un petit jeune de 13 ans est venu courir avec nous toute la journée ! », se rappelle Bruno. « Ce matin, on s’est arrêtés 30 minutes pour discuter avec un berger », se réjouit Jason.

    Les deux amis visent une arrivée à Cuneo en Italie ce dimanche au plus tard. Ils espèrent faire un film et écrire un livre sur leur aventure.

  • À Digne, l’avenir de l’abattoir débattu en conseil communautaire

    À Digne, l’avenir de l’abattoir débattu en conseil communautaire

    « Il n’est plus acceptable que Provence Alpes Agglomération continue de porter seule la responsabilité financière et le déficit de l’abattoir, dont l’utilité dépasse largement l’agglomération. Ne rien faire, c’est faire le choix le plus coûteux pour nous », a lancé Bruno Acciaï, vice-président de l’agglomération délégué à l’agroalimentaire, proposant le lancement d’une mission relative au devenir de l’abattoir, lors du conseil communautaire, mercredi. « Je vous invite à une réflexion sur l’avenir de cet équipement stratégique pour notre territoire. Il joue un rôle essentiel pour nos éleveurs, pour les circuits courts et plus largement pour l’agriculture de notre département », a-t-il avancé.

    Cet abattoir est cependant vieillissant et a grand besoin d’être modernisé. « On ne doit pas se contenter de gérer l’existant comme nous le faisons maintenant », a insisté le vice-président. La mission prévue permettra d’avoir une vision claire sur les besoins des filières, sur les perspectives d’évolution de cet outil et les différents scénarios envisageables « pour construire un projet durable et cohérent ».

    Les élus se sont surtout interrogés sur la gouvernance de cet abattoir, actuellement géré à 100% par l’agglomération. « Aujourd’hui, notre agglomération assume seule la gestion et le déficit de fonctionnement de cet équipement. Et pourtant, seulement 33% de ses utilisateurs sont issus de Provence Alpes Agglomération », a déploré Bruno Acciaï, qui espère associer l’ensemble des partenaires concernés.

    Pendant ce conseil, le président de l’agglomération, Julien Di Benedetto, a également proposé de créer une nouvelle commission montagne et ruralité, et d’ouvrir les commissions aux conseillers municipaux qui ne sont pas élus à l’agglomération.

  • Un partenariat pour protéger les littoraux et les lacs du Sud

    Un partenariat pour protéger les littoraux et les lacs du Sud

    « Une terre agricole est perdue pour toujours si elle est artificialisée » lance François Fouchier, délégué régional Provence Alpes Côte d’Azur au Conservatoire du littoral. C’est cette problématique qui a poussé la Safer à signer une convention de partenariat avec le Conservatoire pour protéger les littoraux et les lacs de l’artificialisation des terres agricoles. Ces deux opérateurs fonciers achètent des terrains et les mettent à disposition, « à prix juste » d’agriculteurs qu’ils choisissent pour préserver l’environnement.

    « La Safer a une mission de préservation de l’environnement mais aussi de développement de l’agriculture. C’était naturel, à travers les missions du conservatoire, de tisser un partenariat concret pour concilier les enjeux à la fois de préservation de l’environnement et de développement de l’agriculture sur le littoral », explique Laurent Vinciguerra, directeur de la Safer PACA. Le Conservatoire du littoral a lui été créé en 1975 avec l’idée de « définir un bien commun inaliénable : le but est de préserver et d’extraire ces territoires naturels de toute velléité d’artificialisation et de construction », rappelle François Fouchier. « Il y a des outils de préservation des espaces naturels mais, pour l’agriculture, ils sont les plus menacés aujourd’hui par la pression d’urbanisation et d’usage, d’aménagement », explique-t-il.

    La convention a été signée entre les deux opérateurs fonciers pour neuf ans. Elle couvre tous les départements de la Région, sauf le Vaucluse. Avec ce partenariat, la Safer et le Conservatoire du littoral espèrent « lutter contre les changements de destination, les détournements d’usages et l’artificialisation », avance Laurent Vinciguerra.

    Maintenir les agriculteurs en place

    « Concrètement, la Safergarantit à travers des cahiers des charges le maintien d’une activité agricole pour éviter un dévoiement », explique François Fouchier. Avec cette convention, les deux opérateurs fonciers mutualisent leurs moyens pour mieux prévenir l’artificialisation des milieux naturels.

    Dans les Alpes-de-Haute-Provence, le Conservatoire du littoral travaille sur des projets sur les lacs du Verdon et sur celui de Serre-Ponçon. « Sur les communes de ces lacs-là, on a déjà acquis 1 600 hectares sur le Verdon et une centaine d’hectares sur Serre-Ponçon », détaille Franck Horon, délégué adjoint de la délégation des lacs. L’objectif est de maintenir les exploitants en place sur les parcelles agricoles. « Sur le Verdon, on est même en train de débroussailler plusieurs centaines d’hectares qui étaient perdus pour l’agriculture », se félicite Franck Horon.

  • Vers une zone à défendre contre la ligne à très haute tension ?

    Vers une zone à défendre contre la ligne à très haute tension ?

    Une zone à défendre (ZAD) va-t-elle voir le jour dans le sud du Gard ? C’est en tout cas la promesse de dizaines d’opposants au projet de ligne THT si une solution alternative n’est pas trouvée. Depuis l’annonce de cette ligne, la grande majorité des acteurs du territoire gardois a en effet fait part de son opposition à un projet qui doit pourtant permettre la décarbonation de l’industrie de Fos en créant une ligne électrique dite à très haute tension (THT) aérienne pour transporter l’électricité produite dans la vallée du Rhône. Cette ligne doit ainsi relier Jonquières-Saint-Vincent, près de Nîmes, à Fos-sur-Mer et traverser ainsi la Camargue.

    Sauf que ni les agriculteurs soucieux de préserver leur terre, ni les écologistes souhaitant protéger la faune très présente en Camargue, ni les acteurs touristiques voulant défendre la beauté des paysages n’acceptent l’installation de dizaines de pylônes de plus de 50 mètres. « La profession agricole réaffirme ici son opposition farouche à ce projet de ligne THT aérienne de 400 000 volts qui viendrait défigurer ce territoire unique. Cela condamnerait l’agritourisme, réduirait à nouveau la surface agricole française et imposerait de nouvelles contraintes aux agriculteurs », ont ainsi écrit une douzaine de syndicats agricoles gardois début juin dans un communiqué. En fin d’année dernière, la Dreal Occitanie avait pourtant estimé que le tracé ferait peser une menace directe sur cinq espèces d’oiseaux, mettant ainsi du plomb dans l’aile au projet. Les opposants s’imaginaient alors avoir remporté une bataille décisive. Mais c’était sans compter sur l’État qui compte bien avancer sur ce dossier avant la prochaine élection présidentielle. L’État a ainsi lancé le 13 mai l’instruction de la Déclaration d’utilité publique et les propos d’Emmanuel Macron fin mai sur ce projet jugé « nécessaire » inquiètent les opposants, qui y voient une volonté de passer en force.

    Un courrier aux agriculteurs met le feu aux poudres

    « Il y a une très forte pression des industriels », précise Luc Perrin, qui gère l’Association de sauvegarde de la Terre d’Argence (Asta). « On s’est donc rencontré avec les Camarguais et il y a la volonté de passer à la vitesse supérieure. Ce qui a aussi mis le feu aux poudres, c’est l’envoi par RTE d’un courrier aux agriculteurs pour les avertir qu’il y aurait des visites sur leur terrain avec des prélèvements et des analyses de sol. Il y a un arrêté préfectoral de 2023 qui impose à tout le monde de laisser entrer les agents de RTE chez soi sous peine de sanctions. » Face à cette situation, les agriculteurs travaillent à des parades comme le traitement de leur terrain dont l’accès serait ensuite interdit. Ils travaillent même avec des écologistes pour trouver des tortues cistudes. Car si la présence de cette espèce est détectée, les prélèvements dans un rayon de 500 mètres sont interdits.

    Samedi 6 juin, ils ont mené ensemble une action à Arles pour informer la population. Mais les opposants savent que cette mobilisation a peu de chance d’être suffisante. Beaucoup évoquent désormais la possibilité de créer une Zone à défendre (ZAD) dans le sud du département. Des contacts ont d’ailleurs déjà été noués avec des associations comme Générations Futures qui ont organisé la mobilisation à Notre-Dame-des-Landes pour s’appuyer sur leur expérience et s’inspirer de leur méthode. « S’ils veulent passer en force, ils auront Notre-Dame de Camargue. Il y a des gens qui sont prêts parce que la colère monte face au manque d’écoute de la population locale », confirme Luc Perrin.

  • Un potentiel d’un million de m3 d’eau réutilisée pour la Camargue

    Un potentiel d’un million de m3 d’eau réutilisée pour la Camargue

    Pour l’heure, l’étude, dont les premiers résultats ont été présentés début février 2026, n’est pas encore rendue publique et reste dans les tiroirs des élus de la communauté de communes de Terre de Camargue. Lancée sous la présidence de Robert Crauste, elle doit désormais être analysée par les nouveaux élus de la communauté de communes.

    Car avec la défaite de Robert Crauste (DVC) battu par Charly Crespe (DVD) aux dernières élections municipales au Grau-du-Roi, l’intercommunalité, composée également d’Aigues-Mortes et de Saint-Laurent-d’Aigouze, a vu son conseil renouvelé. C’est le maire de cette dernière, Thierry Féline (DVD), jusqu’ici en charge du développement économique, qui a récupéré la présidence et devra prochainement se prononcer sur les investissements à réaliser pour une gestion durable de l’eau.

    Comme un peu partout en Occitanie, la ressource en eau se raréfie en Terre de Camargue sous l’effet du dérèglement climatique. Au-delà des questions agricoles et de la préservation des milieux naturels, ce sont les enjeux d’approvisionnement en eau liés à l’afflux touristique qui sont étudiés. En effet, la population du Grau-du-Roi est multipliée par 14 durant la période estivale, passant de 8 500 habitants l’hiver à 120 000 l’été. Pour répondre à ces besoins, la collectivité assure l’ensemble du cycle de l’eau : alimentation en eau potable, assainissement collectif et non collectif, collecte des eaux pluviales et protection des milieux aquatiques.

    C’est donc dans ce contexte que la communauté de communes a lancé une étude pilotée par le bureau d’études Ecofilae associé à BRL Ingénierie afin de mener un projet de réutilisation des eaux usées traitées (REUT). Ce projet n’est d’ailleurs pas nouveau : les communes du territoire réfléchissent à la manière de réutiliser les eaux usées depuis 2007.

    Résultats encourageants

    Cette étude s’appuie donc sur la station d’épuration
    intercommunale du Grau-du-Roi, capable de traiter l’équivalent de 100 000 habitants. Aujourd’hui, elle rejette ses eaux traitées vers des lagunes avant leur arrivée en milieu naturel. Si l’étude dresse un bilan des usages actuels, domestiques et agricoles, elle identifie aussi des scénarios possibles de réutilisation des eaux usées traitées en sortie de station.

    Les résultats, jugés comme un « potentiel intéressant », dessinent un scénario où il serait possible de réutiliser 200 000 m³ d’eau par an pour l’irrigation agricole. Jusqu’à un million de m³ est même envisagé pour des usages plus larges, dont potentiellement des usages liés à l’eau potable. Cela représente ainsi près de 30% de la consommation en eau du territoire. « Ce serait alors une première en France si ce scénario était poursuivi », souligne l’étude. La station graulenne pourrait ainsi réutiliser jusqu’à 40% de l’eau qu’elle traite (2,5 millions de m³). Une prouesse d’autant plus prometteuse que l’un des facteurs locaux à prendre en compte reste la salinité de l’eau, qui demande un traitement différent.

    Si les coûts d’un tel projet n’ont pas encore été dévoilés – ce qui devrait être déterminant dans la décision pour engager des investissements -l’intercommunalité confirme que cette étude « permet de juger des opportunités, des contraintes techniques, des coûts et des bénéfices d’une telle stratégie » afin « d’anticiper et de préparer des solutions robustes face à des tensions sur la ressource, tout en respectant les équilibres environnementaux et les usages locaux ».

  • [Entretien] Nassim Ait Mouheb, G-Eau : « La réutilisation ne peut être une solution unique »

    [Entretien] Nassim Ait Mouheb, G-Eau : « La réutilisation ne peut être une solution unique »

    La Marseillaise : Quand on parle
    de réutilisation des eaux usées,
    de quoi parle-t-on exactement ?

    Nassim Ait Mouheb : Généralement, on entend par réutilisation des eaux usées traitées, ou Reut, le fait de récupérer une eau à la sortie d’une station de traitement. Ce sont des eaux urbaines que l’on traite déjà pour améliorer leur qualité avant rejet dans le milieu, que ce soit dans un cours d’eau ou dans la mer. L’objectif, c’est d’en récupérer une partie, selon la réglementation, et d’améliorer sa qualité, notamment d’un point de vue pathogène, pour maîtriser les risques sanitaires avant un réusage. Initialement, cela a surtout été fait pour l’irrigation agricole, mais les usages commencent à se diversifier : nettoyage de voiries, parcs et jardins, golfs. Dans certains pays, on peut même aller jusqu’à une réutilisation indirecte pour l’eau potable.

    Pourquoi cette question revient-elle avec autant de force aujourd’hui ?

    N.A.M. : La pratique existe depuis longtemps, mais les dernières années de sécheresse ont changé le regard. Avec le Plan eau, l’État encourage cette ressource complémentaire aux eaux conventionnelles, qu’elles viennent des nappes ou des cours d’eau. Avant, on y réfléchissait moins parce qu’en France, on était assez gâtés en ressources en eau. Il y avait surtout des cas insulaires, comme Porquerolles ou Noirmoutier, où l’accès à l’eau conventionnelle n’était pas disponible. Là, avec les dernières années, on commence à réfléchir à des solutions pour rendre l’agriculture et les territoires plus résilients.

    La France a-t-elle pris du retard
    sur des pays comme l’Espagne ou l’Italie
     ?

    N.A.M : Oui, ces pays réutilisent davantage d’eau traitée, autour de 10 à 14%. En Espagne, cela tient à la gouvernance de l’eau et à un secteur agricole très fort, avec des besoins importants, notamment dans des régions comme Murcie. Ils ont aussi été confrontés plus tôt que nous à des sécheresses sévères. En France, la réutilisation existait surtout lorsqu’un facteur local rendait l’investissement nécessaire : l’irrigation de golfs, des situations insulaires, ou le maintien d’un secteur agricole sans accès à une autre ressource.

    Y a-t-il des usages plus pertinents que d’autres ?

    N.A.M : Il faut être vigilant, parce que l’eau, en soi, ne se perd jamais. Une eau qui sort d’une station est rejetée dans un milieu. En Occitanie, on le voit bien, ce rejet peut aussi contribuer à maintenir les cours d’eau. Donc il faut réfléchir à l’échelle du territoire : est-ce qu’on peut réutiliser cette eau ? Est-ce qu’il n’y aura pas un impact environnemental ? Ensuite, la question est de savoir si l’on réduit vraiment la consommation d’eau potable. Il faut que ce soit une substitution. Il ne faut pas que ce soit une manière d’avoir une nouvelle ressource et donc d’utiliser encore plus d’eau. Que ce soit pour l’agriculture ou pour les usages urbains, il faut garder cette réflexion de sobriété.

    Y a-t-il des usages de l’eau potable qui deviennent aberrants ?

    N.A.M. : Oui, il y a des usages comme le nettoyage des voiries ou le curage des conduites où l’eau potable peut être substituée. Bien sûr, il faut être vigilant sur la qualité de l’eau, sur les aérosols, sur les risques sanitaires. Mais techniquement, c’est tout à fait possible d’atteindre des qualités permettant d’éviter ces risques.

    L’agriculture est-elle le principal débouché ?

    N.A.M. : Dans le sud de la France, l’été, l’agriculture reste le secteur où les besoins en eau sont les plus importants. Avec le changement climatique et les restrictions, c’est aussi un secteur très exposé. Mais il ne faut pas présenter la réutilisation comme une solution unique. Pour la vigne, par exemple, il faut aussi réfléchir aux choix de cépages, aux pratiques agricoles, aux besoins réels au moment de la plantation. La réutilisation peut faire partie de l’adaptation, mais elle ne remplace pas une réflexion globale.

    Y a-t-il des risques sanitaires
    ou techniques ?

    N.A.M. : Le premier sujet, c’est de s’assurer que la qualité de l’eau correspond aux normes réglementaires, pour ne pas contaminer les cultures. Ensuite, il y a la question de la durabilité du projet. Les systèmes d’irrigation préconisés sont souvent le goutte-à-goutte, parce qu’ils évitent le contact direct de l’eau avec les cultures. L’inconvénient, c’est que ces eaux peuvent être plus chargées et donc boucher ou obstruer les systèmes. Nous, on réfléchit à des solutions, des capteurs, des goutteurs, des préconisations pour les agriculteurs, pour que l’efficience de l’irrigation reste continue. Sur la partie sanitaire, il y a une réglementation, des contrôles et des suivis réguliers. Sur des cultures comme la vigne, du moment qu’on respecte la réglementation, avec des barrières comme le sol, le goutte-à-goutte, les traitements et les suivis, les résultats ont montré qu’il n’y avait pas de transfert de pathogènes dans la partie consommable. Sur les polluants émergents, il y a encore des travaux pour évaluer les risques. De notre côté, pour rendre cette pratique acceptable pour le public, il faut continuer à travailler sur ces questions pour y répondre clairement, avoir des données fiables et communiquer autour.

    Qu’est-ce qui coûte cher dans ces projets ?

    N.A.M. : Comme dans tout projet de transfert d’eau agricole, le transport, le pompage et les réseaux pèsent beaucoup. À cela s’ajoutent les traitements complémentaires, la désinfection, les contrôles et le suivi sanitaire. Le coût dépend aussi de l’adéquation entre la ressource disponible et les besoins. C’est pourquoi certaines études de faisabilité n’aboutissent pas.

    Quelle idée reçue faudrait-il corriger ?

    N.A.M. : Il faut sortir de l’idée que la réutilisation des eaux usées serait une solution simple. C’est une solution intéressante, mais elle doit être pensée de manière systémique, avec la sobriété, les autres solutions d’adaptation et les besoins du territoire. Ce n’est pas la panacée. L’essentiel est de vérifier qu’elle remplace réellement de l’eau potable ou conventionnelle, et qu’elle ne pousse pas à consommer davantage.