Tag: Agriculture

  • « Un pari fou et réussi » : le Corso de la lavande a lancé sa 80e édition à Digne

    « Un pari fou et réussi » : le Corso de la lavande a lancé sa 80e édition à Digne

    Un miracle perpétué » : le maire de Digne, Julien Di Benedetto (SE), a ouvert, vendredi soir, la 80e édition du Corso de la lavande, célébration emblématique et traditionnelle des Alpes du Sud.

    « C’est à nous tous que revient l’immense honneur de le préserver », a avancé le maire lors de la soirée d’ouverture, saluant « tous les présidents des comités des fêtes qui ont sacrifié une partie de leur vie pour que vive le Corso ». Julien Di Benedetto a, comme beaucoup de Dignois, grandi sur les chars iconiques de cette fête sud-alpine. « Vous pouvez compter sur moi pour continuer à fêter longtemps le Corso », a-t-il promis vendredi.

    Les festivités se poursuivront tout au long du week-end et jusqu’à mardi soir. Au menu ce samedi matin : un marché provençal, suivi de nombreux concerts toute la journée. À 21h, une « rencontre sous forme de joute musicale entre différentes nationalités » aura lieu au palais des congrès.

    Une surprise dimanche

    Dimanche, le public pourra assister à une démonstration de distillation de la lavande dès 9h30, place du Général-de-Gaulle. Un pré-défilé aura lieu à 14h boulevard Gassendi, puis le véritable défilé à 15h, avec seize chars et seize groupes internationaux. Une surprise est annoncée à 21h, place du Général-de-Gaulle, avant le grand bal prévu à 22h15.

    à l’occasion du Corso, la Ville met en place un dispositif exceptionnel de circulation, de stationnement et de sécurité. Pendant toute la durée du Corso, le boulevard Gassendi (partie basse) sera entièrement réservé aux animations et aux défilés. La circulation et le stationnement y sont interdits jusqu’à jeudi 23h.

  • L’Ardear conteste la suppression d’une aide de 100 000 euros de la Région Sud

    L’Ardear conteste la suppression d’une aide de 100 000 euros de la Région Sud

    « On a trois salariés sur la sellette, dont deux sûrement mis au chômage en septembre. Des dossiers en cours ne pourront potentiellement pas aboutir. C’est compliqué », se désole Charles-Henri Tavernier, président de l’Ardear, un réseau associatif qui œuvre dans l’installation en agriculture paysanne et agroécologique depuis plus de vingt ans.

    En cause, la suppression d’une subvention de 100 000 euros versée à l’association par la Région Sud depuis 2008. « On n’a pas eu de discussion avec la Région. Béatrice Martin [vice-présidente en charge de l’agriculture, Ndlr] nous a simplement envoyé une lettre en disant qu’elle avait décidé de son propre chef de mettre l’installation et la transmission uniquement dans les mains des chambres d’agriculture. On est un peu surpris du manque de concertation », exprime ce vigneron des Hautes-Alpes. Dans cette lettre, adressée au président de l’Ardear, le 27 avril, l’élue explique les raisons de cette décision : « Cette politique volontariste s’inscrit dans un cadre budgétaire extrêmement contraint. »

    Depuis sa création, le réseau associatif indique avoir accompagné plus de 1 000 installations, soit un tiers des porteurs de projet de la région. « On nous parle toujours du renouvellement des générations d’agriculture, ils font le contraire de ce qu’il faudrait faire », estime Charles-Henri Tavernier. Dans un communiqué, daté du 24 juillet, l’Ardear demande à la Région Sud de « revenir sur cette décision et de maintenir son soutien financier ». La Région n’a pas encore répondu à nos sollicitations à ce sujet.

  • Solidarité Paysans Provence doit s’adapter sans subvention

    Solidarité Paysans Provence doit s’adapter sans subvention

    Un tiers du budget en moins pour l’association Solidarité Paysans Provence. L’annulation de la subvention par le conseil départemental a été actée le 21 juillet. Un soutien qui s’élevait à 113 000 euros.

    L’association accompagne les agriculteurs de toute la région Paca dans leurs difficultés financières, administratives, juridiques, mais aussi psychologiques. « Notre accompagnement est global et s’étend de quelques semaines à plusieurs années. On est là pour redresser l’exploitation et la personne », explique Alexandra Bedogni, directrice de l’association.

    La subvention supprimée était spécialement destinée à l’accompagnement des agriculteurs bénéficiaires du RSA (Revenu de solidarité active). À l’échelle de la région, l’association suit près de 270 agriculteurs tous les ans, dont une centaine au RSA. « Notre but est de les sortir du système du RSA pour qu’ils vivent de leur exploitation », affirme la directrice.

    De lourdes conséquences

    Derrière Solidarité Paysans Provence, six salariés assurent l’accompagnement des agriculteurs et le bon fonctionnement de l’association. « Sans ces 113 000 euros, on est obligé de licencier au moins une personne en septembre », déplore Elisabeth Andrieux, trésorière. La structure dit déjà être en sous-effectif pour répondre aux appels. « On doit lâcher quelques appels pour se concentrer sur les financements », souffle la trésorière. Des financements désormais « très limités » : « On toque chez les autres Départements et Régions, mais on nous dit que c’est trop tard. »

    Contacté, le conseil départemental justifie cette suppression par un manque d’« efficacité ». Il argue qu’en 2025, « 42 bénéficiaires ont été accompagnés pour un objectif de 63, et seules quatre sorties du RSA ont été enregistrées. » Et d’insister : « Le Département est tenu de concentrer ses moyens sur les dispositifs les plus performants. » Un argument « non entendable » selon l’association et les agriculteurs. Certains témoignent anonymement : « Si je suis encore en vie, je ne peux que remercier Solidarité Paysans pour leur soutien dans les épreuves délicates de notre vie professionnelle. »

  • Retraités, réfugiés et jeunes en insertion dans les champs à Val-Buëch

    Retraités, réfugiés et jeunes en insertion dans les champs à Val-Buëch

    J’ai de l’expérience en agriculture, j’avais une ferme en Syrie. Travailler dans ce chantier d’insertion me permet de rencontrer du monde, car je n’ai pas beaucoup d’amis ici. » Tamam Ibrahim, réfugié syrien arrivé en France il y a huit ans, a été au chômage pendant quatre mois avant d’être orienté par sa conseillère France Travail vers l’association d’insertion des Jardins du Buëch. Il a enchaîné les emplois de courte durée, sans jamais trouver de situation stable. « J’ai été carrossier, travailleur agricole, j’ai travaillé dans un hôtel… », énumère-t-il. Il compte renouveler son contrat au chantier d’insertion des Jardins du Buëch, jusqu’à la durée maximale autorisée : deux ans.

    « C’était moi le premier

    à être licencié »

    Un peu plus loin dans les plantations de haricots, Olivier, 60 ans, s’active à les récolter. Enfant de la Ddass, il n’a jamais appris à écrire correctement, et a ainsi du mal à trouver du travail, surtout depuis qu’il a dépassé les 60 ans. « À un certain âge, t’as plus de travail, c’est fini ! », lance-t-il à ses collègues, tous mobilisés pour la récolte. « Les patrons préfèrent former un jeune ouvrier plutôt que quelqu’un de 60 ans. » Olivier a enchaîné les emplois physiques et manuels, le transport de charges lourdes, avant d’arriver aux Jardins du Buëch. « Maintenant, il faut savoir écrire, se servir d’un ordinateur. Je n’ai jamais vraiment été à l’école petit, car les éducateurs ne s’occupaient pas tellement de nous tant on était nombreux », regrette-t-il. Ainsi, « quand c’était le moment de licencier, c’était moi le premier ». Il sera accompagné par l’association jusqu’à sa retraite, et espère ensuite « acheter un camion et partir sur la Côte d’Azur pêcher la daurade ».

    À Val Buëch-Méouge, près de Laragne, l’association propose du maraîchage ; mais, à Château-Arnoux-Saint-Auban, les personnes en insertion font également de la rénovation et de la communication. Les Jardins du Buëch ont été créés en 2001 par une équipe de psychiatres de l’hôpital psychiatrique de Laragne, « pour faire de l’accueil thérapeutique et de l’insertion au long cours pour un public désocialisé », explique Jean Busch, chef de culture et encadrant technique.

    L’association accueille désormais également des personnes en situation de handicap ou encore des jeunes éloignés de l’emploi, comme Lorenzo, 20 ans, titulaire d’un bac professionnel, orienté par sa mission locale après avoir travaillé en fromagerie, chez France Travail ou encore chez SFR. Le jeune homme suivra bientôt une formation de convoyeur de fonds.

  • Acétamipride : la loi est votée, la question scientifique reste entière

    Acétamipride : la loi est votée, la question scientifique reste entière

    Dans la nuit du 20 au 21 juillet, l’Assemblée nationale a adopté, par 296 voix contre 224, les conclusions de la commission mixte paritaire sur le projet de loi d’urgence agricole. Le texte ouvre la voie à une réintroduction dérogatoire de l’acétamipride pour la filière noisette, pour une durée pouvant aller jusqu’à trois ans, et du flupyradifurone – une substance apparentée – pour la betterave sucrière, la pomme et la cerise. Le Sénat se prononce une dernière fois ce mardi ; une saisine du Conseil constitutionnel a été annoncée.

    Le vote est acquis. La question scientifique, elle, ne l’est pas.

    En tant que vétérinaire ayant consacré une grande partie de mon activité à la santé des abeilles, je comprends les difficultés des producteurs. La filière noisette a subi des pertes lourdes face à des insectes ravageurs contre lesquels les solutions autorisées se sont révélées insuffisantes. Ces difficultés sont réelles et méritent des réponses. Mais une réponse législative ne fait pas disparaître un fait toxicologique.

    Le principal argument avancé en faveur de l’acétamipride est qu’il serait moins toxique que les autres néonicotinoïdes. L’affirmation ne vaut que pour une exposition unique et massive. Or les pollinisateurs sont exposés de façon continue, à faibles doses, tout au long de la saison. Les travaux disponibles décrivent une flore intestinale perturbée, une espérance de vie réduite chez les ouvrières, des altérations du développement et des effets sur le système nerveux. Pris isolément, ces effets paraissent modestes. Cumulés aux autres facteurs de stress – parasites, maladies, raréfaction des fleurs, dérèglement climatique – ils fragilisent durablement les colonies. C’est précisément ce que l’évaluation réglementaire, centrée sur la dose qui tue rapidement l’animal, ne capte pas.

    Sur la santé humaine, l’argument de l’innocuité s’est encore affaibli. En 2024, l’Autorité européenne de sécurité des aliments a divisé par cinq la dose journalière admissible de l’acétamipride ainsi que le seuil d’exposition ponctuelle. Le motif est explicite : des incertitudes majeures sur les effets possibles de la substance sur le cerveau en formation, chez le fœtus et le jeune enfant. L’agence a également relevé que son potentiel de perturbateur endocrinien n’a jamais été évalué selon les méthodes en vigueur, et la Commission européenne a engagé un réexamen de son autorisation. Réintroduire une molécule au moment même où l’agence européenne divise par cinq son seuil de sécurité relève d’un calendrier difficile à défendre.

    L’enjeu dépasse la production de miel. Les insectes pollinisateurs assurent la reproduction de près de 84% des espèces cultivées en Europe. Les protéger n’est pas s’opposer aux agriculteurs : c’est préserver l’un des fondements biologiques de leur activité. Il n’y a pas, d’un côté, l’agriculture et, de l’autre, la biodiversité. Il y a une agriculture qui dépend de la biodiversité.

    La question concerne aussi notre alimentation. Une enquête rendue publique en juillet 2026 par l’Unaf et Agir pour l’Environnement a mis en évidence des résidus de néonicotinoïdes, dont l’acétamipride, dans plusieurs miels commercialisés ainsi que dans deux références de pâte à tartiner ; l’acétamipride était le résidu le plus concentré dans sept des dix miels analysés. Les concentrations restent inférieures aux limites réglementaires – mais ce constat rassure moins qu’il n’y paraît : la limite applicable au miel a été relevée à plusieurs reprises depuis 2008, jusqu’à une valeur environ vingt fois supérieure à la limite initiale, et il n’en existe aucune pour les pâtes à tartiner. Une conformité obtenue en déplaçant le seuil n’est pas une garantie sanitaire.

    Le texte confie à l’Anses la responsabilité d’accorder les dérogations, au nom de l’indépendance de l’expertise scientifique. C’est un garde-fou réel, et il faut le dire. Mais les députés ont ensuite rejeté l’amendement qui aurait porté de deux à six mois le délai laissé à l’agence pour instruire une demande. On demande donc à l’expertise scientifique de trancher, tout en lui refusant le temps de le faire sérieusement. Ce n’est pas un détail de procédure : c’est la différence entre une évaluation et une formalité.

    Des alternatives existent et sont documentées : rotations des cultures, haies, bandes fleuries et couverts végétaux, lutte biologique, diversification des systèmes de culture, accompagnement technique des producteurs. Elles sont plus lentes et plus coûteuses à mettre en place qu’une pulvérisation. Elles ne créent pas de dépendance. L’Inrae estime qu’il faut trois à cinq ans pour doter la filière noisette de solutions pleinement satisfaisantes : ce délai est un argument pour financer massivement la transition, pas pour suspendre l’interdiction en espérant que le problème se règle seul.

    Les abeilles sont les sentinelles de notre environnement. Lorsqu’elles nous alertent, il est imprudent de détourner le regard. L’histoire de la santé publique – de l’amiante au chlordécone – montre invariablement qu’il est moins coûteux de prévenir que de réparer. Le Conseil constitutionnel sera saisi ; il reviendra ensuite à l’Anses d’examiner chaque demande. Que ces deux instances disposent des moyens et du temps de faire leur travail : c’est désormais la seule chose qui sépare une dérogation encadrée d’un renoncement.

  • Fin de partie chaotique de la session parlementaire

    Fin de partie chaotique de la session parlementaire

    Les débats se sont nettement tendus peu après minuit dans la nuit de lundi à mardi, face au refus du gouvernement de permettre aux députés de voter sur des amendements déposés par plusieurs d’entre eux pour supprimer du texte sur l’urgence agricole le volet sur les néonicotinoïdes, introduit au Sénat. À ce stade de la procédure, le gouvernement bénéficiait en effet d’un droit de veto, et pouvait décider de leur mise au vote.

    Une partie du bloc central a protesté avec vigueur contre ce choix, encouragée par toute la gauche: « Si le débat doit avoir lieu, ayons ce débat », a plaidé l’ancienne ministre de la Transition écologique Agnès Pannier-Runacher (Ren.), face à une ministre de l’agriculture, Annie Genevard, inflexible. Le président du groupe EPR Gabriel Attal s’est étonné que le gouvernement ne laisse pas le Parlement « trancher ». La ministre de l’Agriculture a finalement vu son texte approuvé par une large majorité
    – 296 voix contre 224 -, ce dont elle s’est dite « très satisfaite » mardi. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a lui assuré que le texte comporte des mesures « attendues par le monde agricole » et appelé à ne pas l’« instrumentaliser à des fins politiciennes ». Mais les divisions sont évidentes. Agnès Pannier-Runacher a dénoncé mardi « un passage en force du gouvernement » et un « déni de démocratie ». Au Sénat, ce projet de loi d’urgence agricole devait passer triomphalement, après avoir surmonté l’épreuve de l’Assemblée.

    Soutien de l’extrême droite

    Les textes sur le sport professionnel, et sur la montagne vivante et souveraine, approuvés lundi à l’Assemblée, devaient aussi être adoptés sans difficultés. Au Palais Bourbon, les projets de loi sur la sécurité du quotidien (Ripost), l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans, ainsi qu’une proposition de loi sur l’immobilier de l’État, devaient eux aussi obtenir un ultime feu vert. Mais certains votes n’ont été obtenus qu’au prix de concessions majeures sur le fond – ainsi du projet de loi justice criminelle de Gérald Darmanin, amputé d’un article phare sur le plaider-coupable criminel, rejeté tant par la gauche que par le RN. Et pour nombre de textes, que ce soit sur le versant régalien ou économique, les majorités n’ont souvent été atteintes que grâce au soutien du Rassemblement national. Les députés d’extrême droite n’ont pas manqué de le souligner, moquant les bancs souvent clairsemés de la coalition gouvernementale.

    Fermeture du Parlement ce mercredi, pour 2 mois

    Une situation qui désole la gauche. Le député du groupe écologiste Pouria Amirshahi pointe une « accélération de l’agenda réactionnaire », avec la « bascule de nos institutions vers des dispositifs qui sont soit d’inspiration lepéniste (…), soit votés avec le concours de leurs troupes ». Dans son viseur notamment, la loi sur la présomption d’usage légitime des armes pour les forces de l’ordre, adoptée le 7 juillet à l’Assemblée, et contre laquelle plus de 700 000 personnes ont signé une pétition. Après cette salve de textes, l’Assemblée fermera mercredi, pour environ deux mois. Avec déjà dans toutes les têtes le casse-tête de la discussion budgétaire, qui s’annonce « inextricable » selon Pouria Amirshahi.

  • Les Jeunes agriculteurs réclament le tracé GPS de la louve abattue

    Les Jeunes agriculteurs réclament le tracé GPS de la louve abattue

    « Avions-nous vraiment besoin d’une louve normande pour décimer nos troupeaux ? » : après l’abattage d’une louve capturée par erreur en Normandie au mois de mai, puis relâchée dans les Alpes, les Jeunes Agriculteurs montent au créneau, exigent son tracé GPS et demandent à l’État de « rendre des comptes ».

    La louve a été légalement abattue dans la nuit de jeudi à vendredi par un lieutenant de louveterie, dans le cadre d’un tir de défense autorisé, après s’en être pris à un troupeau à la Bréole, commune déléguée d’Ubaye-Serre-Ponçon.

    Les Jeunes Agriculteurs avaient déposé plainte le 8 juin, lorsque cette louve avait été relâchée dans la Drôme, après avoir été capturée par erreur dans un piège à renards en Normandie. Au moment de sa mort, le syndicat demande aux « procureurs des départements de l’arc alpin de donner suite aux plaintes déposées », disant n’avoir « reçu aucune information quant à l’avancement de nos démarches ».

    Des actions à venir

    L’association One Voice, qui s’était mobilisée pour que la louve soit protégée et libérée dans les Alpes, a dénoncé un « scandale » et des « syndicats extrémistes d’éleveurs » qui « exigeaient son abattage ». Selon l’association, « les données précises de son collier GPS confirment qu’elle n’a été impliquée dans aucun dommage sur les animaux d’élevage depuis sa remise en liberté ». Elle annonce qu’elle organisera des actions pour la louve, nommée Pomme, dans les Alpes-de-Haute-Provence.

  • Les pesticides polluent la loi agricole

    Les pesticides polluent la loi agricole

    L’équilibre est fragile. Après plusieurs mois de débats, la commission mixte paritaire (CMP) est parvenue, le 16 juillet, à un accord sur le projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles. Présenté par le gouvernement Lecornu comme une réponse au malaise agricole et aux enjeux de souveraineté alimentaire, il vise à donner davantage de moyens de production aux exploitants tout en simplifiant certaines règles. Après son passage lundi devant l’Assemblée, le vote définitif est prévu ce mardi au Sénat.

    Éviter la fracture

    Au cœur de la loi figure la création de labels « projets d’avenir agricole ». Ils visent à soutenir les filières stratégiques pour la souveraineté alimentaire du pays en imposant par exemple aux cantines publiques de se fournir au sein de l’Union européenne. Mais, soutenu du Rassemblement national aux sénateurs centristes en passant par la droite, le texte suscite de vives critiques des organisations environnementales et de l’opposition de gauche. Il fracture même jusqu’au socle gouvernemental sur le sujet de la réintroduction de deux pesticides.

    Car après une première tentative avec la loi Duplomb, retoquée par le Conseil constitutionnel en août 2025, le député (LR), Laurent Duplomb, est revenu à la charge en faisant ajouter un article que la CMP a conservé. Il donne la possibilité d’accorder, pendant trois ans, des dérogations pour l’utilisation du flupyradifurone en enrobage de semences pour les betteraves sucrières et en pulvérisation pour les pommes et les cerises. L’acétamipride, un néonicotinoïde lui aussi dangereux pour les abeilles, interdit en France, mais autorisé en Europe, serait lui autorisé pour les cultures de noisettes…

    Leur réintroduction reste « le principal sujet qui crispe », jugeait samedi la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, à La Tribune Dimanche, personnellement opposée au retour de l’acétamipride. « Faire échouer ce texte par idéologie, calcul ou peur, achèverait de désespérer les agriculteurs », répondait de son côté la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, dans le JDD, hebdomadaire du milliardaire d’extrême droite, Vincent Bolloré.

    Matignon a même convoqué une réunion, lundi après-midi, des présidents des groupes de la coalition gouvernementale (LR, Horizons, Renaissance, MoDem) et du groupe centriste Liot. Gabriel Attal, président d’Ensemble pour la République, poussait le gouvernement à déposer un amendement de suppression. Mais il n’a pas été entendu. À l’issue de la réunion, le gouvernement a indiqué ne pas avoir l’intention de supprimer lui-même l’article portant la mesure. « L’interdiction [de l’acétamipride] demeure le principe », a déclaré l’entourage du Premier ministre, qui laisse « au Parlement » le soin de « trancher » ou « faire évoluer » le compromis issu de la CMP.

    Ses opposants dénoncent un recul environnemental et sanitaire avec cette disposition sur l’acétamipride qui intéresse directement certains bassins fruitiers du Vaucluse ou des Alpes-de-Haute-Provence, où les cultures de pommes et de cerises occupent une place importante.

    Doubler le stockage

    des eaux agricoles

    Autre point de crispation, la gestion de l’eau. Face aux épisodes de sécheresse de plus en plus fréquents, le gouvernement souhaite accélérer la réalisation d’ouvrages de stockage et fixe l’objectif de doubler les capacités de stockage d’eau à usage agricole d’ici à 2035. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, une des régions les plus exposées aux tensions sur la ressource en eau, les filières maraîchères, arboricoles et viticoles pourraient bénéficier des futurs investissements.

    Une mesure saluée par une grande partie des organisations professionnelles agricoles, qui y voient un outil indispensable pour sécuriser les productions quand les associations environnementales dénoncent l’encouragement à des projets jugés trop consommateurs de ressources hydriques. Pour elles, la priorité doit être donnée à l’évolution des pratiques agricoles.

    Le texte comporte aussi plusieurs mesures en faveur de l’élevage, dont une gestion plus souple de la prédation par le loup. Là encore, le sujet oppose éleveurs et défenseurs de la biodiversité. Ceux des Alpes du Sud, confrontés à une forte pression de prédation, suivent de près les mesures relatives au loup.

    Au-delà de ses dispositions techniques, ce projet de loi révèle surtout une fracture profonde dans le débat agricole français : comment produire davantage pour assurer la souveraineté alimentaire du pays tout en préservant la ressource en eau, la biodiversité et les équilibres environnementaux ? Une question qui continuera d’alimenter les débats.

    30,8 millions

    En 2026, la production française de blé est estimée à 30,8 millions de tonnes (-7,6% sur un an), selon le groupe spécialiste des matières premières Argus Media.

    Malgré l’augmentation (+3%) de la surface cultivée, « les difficultés se sont enchaînées », avec une moitié ouest du pays « durement touchée par les excès de précipitations de l’hiver », « un printemps excessivement sec », et un déficit hydrique et des épisodes caniculaires qui ont touché le pays « à des stades critiques du développement des cultures, lors de la floraison puis du remplissage des grains ». Si le temps sec et chaud a favorisé « la qualité » des cultures, le rendement moyen national est évalué à 6,67 tonnes par hectare, en baisse de 6,5% par rapport à la moyenne des dix dernières années.

  • « Urgence agricole » : attention danger !

    « Urgence agricole » : attention danger !

    Le clientélisme du gouvernement, de la droite parlementaire – « bloc central » macroniste compris – et de l’extrême droite à l’égard de la finance et de l’agro-industrie aura-t-il la peau de notre agriculture, de l’essentiel de ses travailleurs et de l’ensemble des citoyens ? Le texte de loi « urgence agricole » est cousu sur mesure pour une petite partie seulement du « monde agricole », très pluriel en réalité, mais dominé par les très gros exploitants. Ils ont l’oreille du pouvoir actuel comme aux temps les plus éculés de la Ve République, à bout de souffle aujourd’hui.

    Le danger est là car la vision à très courte vue de ce texte de loi fait reculer une impérieuse nécessité : celle d’adapter notre société au désordre climatique et à ses conséquences.

    Guerre de l’eau

    Comme le prévoit le texte, doubler les capacités de stockage de l’eau, d’ici 2035, reviendrait à aggraver la crise de l’eau et entraîner une « guerre » pour s’accaparer cette ressource vitale pour tous. Cela ne mettra pas fin aux sécheresses. De même, réintroduire des pesticides tueurs de la biodiversité, à l’origine de cancers pour les humains, serait faire le choix, une fois de plus, du rendement à n’importe quel prix, celui de vies.

    Tous les agriculteurs ne sont pas d’accord avec cette fuite en avant. D’autant que l’enjeu du revenu agricole est méprisé par ce texte. Modef et Confédération paysanne, deux syndicats soucieux du vivant, se tiennent aux côtés des associations et de scientifiques.

    Les réponses à l’inéluctable réchauffement de notre climat doivent être placées sous le sceau des coopérations. Imaginer une agriculture du XXIe siècle avec les citoyens en fait partie.

  • Agriculture : les impacts en cascade des canicules dans les Hautes-Alpes

    Agriculture : les impacts en cascade des canicules dans les Hautes-Alpes

    Quand je suis arrivé et que j’ai vu ça, j’ai pleuré. » Fin juin, Mattéo Delabre, arboriculteur et éleveur de poules à Barcillonnette, a vu huit lignes de pommiers partir en fumée suite à des étincelles provoquées par un dysfonctionnement d’une moissonneuse-batteuse. « Les pompiers sont arrivés pile à ce moment-là, ils ont sauvé en priorité les habitations, c’est normal, mais pendant ce temps les vergers ont cramé », raconte-t-il. Pour lui, il est évident que la sécheresse actuelle a permis aux flammes de rapidement s’étendre. « La même chose est arrivée la semaine d’après à Lardiers. Il n’y a pas eu de gros dégâts mais on a jamais vu la végétation aussi sèche à ce moment de l’année », affirme-t-il. Le dommage n’est pas seulement matériel. « Le problème, c’est déjà la perte affective, ces vergers ont été plantés quand mes parents se sont installés, et ces haies, ça me fait mal au cœur, elles ont mis des décennies à se former, déplore-t-il. Ensuite c’est tout le travail, il faut qu’on coupe, qu’on dé-souche, on pourra pas replanter du pommier à cet endroit. C’est un gros chantier dont on n’avait pas forcément besoin. »

    Si la sécheresse apparaît comme la conséquence évidente des épisodes de chaleur, les impacts sont multiples. Le 21 juin, Chantal Bonetti, maraîchère à Embrun, a, elle, perdu une quinzaine d’animaux noyés et des dizaines de m² de cultures endommagées par des inondations soudaines. Pour elle, le problème n’est pas la sécheresse, mais l’apparition d’orages, favorisés par les canicules, qui entraînent des intempéries intenses. « On ne peut pas imaginer le stress que c’est, il y a des orages tous les huit ou dix jours et chaque fois on se demande si ça va déborder, rapporte Chantal. Quand tout déborde, alors il faut vite nettoyer, laver toute la gadoue. Pendant ce temps, je n’ai pas fait le désherbage de mes cultures. On prend du retard, ça nous rajoute un travail de fou. »

    Des infrastructures inadaptées

    Pour elle, ces inondations viennent aussi d’une buse d’évacuation des eaux, trop étroite, qui déborde systématiquement lorsque les pluies font gonfler le torrent de Charance, à quelques centaines de mètres de sa ferme. Ces épisodes, au-delà des dégâts immédiats, posent la question de l’adaptation des pratiques et des infrastructures.

    « La gestion collective de l’eau, c’estun énorme sujet, questionne Mattéo Delabre. Les dernières sécheresses qu’on a vécues ne sont pas dues qu’au réchauffement climatique en lui-même mais à l’assèchement systématique de toutes les zones humides, de toutes les terres agricoles. Pendant des siècles, on a drainé tous les sols, asséchées toutes les mares pour que l’eau coule le plus vite et le plus directement possible vers la mer. Aujourd’hui, on se rend compte des répercussions, l’eau s’infiltre et elle file, elle ne reste pas. » En dépit d’actions politiques qu’il juge insuffisantes, à son échelle, il a installé des mares autour de son exploitation et reforesté les berges de la rivière voisine. « J’aime dire qu’on améliore la “robustesse”de nos cultures, souligne-t-il. Aujourd’hui on parle beaucoup de résilience, c’est le mot à mettre pour avoir des subventions, mais la résilience ça veut dire revenir au même stade après avoir encaissé un choc. La robustesse ça veut dire évoluer pour rester solide. »

    Orages et intempéries, l’autre conséquence de la canicule

    La succession d’orages depuis plusieurs jours est aussi liée aux fortes chaleurs, explique Nicolas Roux, responsable du Centre météorologique des Alpes du Sud : « Lorsqu’on a une masse d’air très chaud en basse couche, qui se réchauffe à mesure que la canicule se poursuit, des changements de masse d’air conduisent généralement à des situations orageuses, qui requièrent de l’air chaud et humide. En fin de canicule, les orages font aussi diminuer les températures. Quelque part, ils annoncent la fin de la canicule tout en y mettant fin. »