Tag: Agriculture

  • La 4e édition des Grappes d’Or dévoile ses lauréats

    La 4e édition des Grappes d’Or dévoile ses lauréats

    Le domaine de la viticulture était à l’honneur ce lundi 4 mai à l’hippodrome de Pont-de-Vivaux. Les Grappes d’Or étaient de retour pour une 4e édition. Une initiative qu’organisent la Chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône et le Département.

    C’est un événement qui permet de promouvoir la filière viticole avec la présence notamment de Martine Vassal, la présidente (DVD) du conseil départemental qui a remis les six trophées en jeu : Gonnin Sylvia du Comptoir des Vignes pour le Prix Caviste, Adrien Long de l’EARL la Dorgale pour le prix du jeune viticulteur, le Restaurant Maison Sainte Victoire à Saint-Antonin-sur-Bayon pour le prix restaurateur, le Château Calisanne à Lançon-Provence pour le prix de l’innovation marketing, Jean-Claude Pellegrin de l’Association des vignerons de la Sainte-Victoire pour le prix de la démarche collective et le prix coup de cœur qui revient aux Caves du Roy René à Lambesc.

    Au programme de cette soirée, une conférence de presse a ouvert le bal avec Laurent Israélian, président de la Chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône, Hervé Granier, conseiller départemental et représentant de Martine Vassal, mais également Yvon Gary, président de l’Association des sommeliers Alpes-Marseille-Provence.

    Puis s’est tenue la fameuse remise des trophées, avec notamment un discours de tous les lauréats des Grappes d’Or. « C’est un vrai moment de partage et d’échanges autour de la viticulture des départements et je pense que c’est un événement qui va durer quand même encore très longtemps dans le département », annonce Laurent Israélian. Hervé Granier complète : « C’est un événement qui monte en puissance par rapport aux précédentes éditions et notre objectif est de promouvoir nos produits. »

    Un événement avec différents enjeux

    « Le marché s’effondre clairement », observe Fabien Doudon. Alors que cette région semble pour l’instant épargnée par le phénomène de l’arrachage elle fait toutefois face à une dégringolade des prix. Bien que le territoire représente 10 000 hectares avec 6 appellations dont 3 IGP, les ventes se portent mal. Avec de plus faibles volumes, les vignerons doivent baisser leurs prix. L’objectif de cette cérémonie est donc de favoriser la rencontre entre les différentes chaînes du commerce viticole. Vignerons, cavistes, mais aussi restaurateurs se rassemblent pour consolider une communauté qui honore un savoir-faire local et pallie la crise.

    Lors de la cérémonie, les vins produits dans les Bouches-du-Rhône sont exposé avec fierté, mais on réfléchit aussi à l’avenir. Des cépages étrangers plus résistants et donc moins gourmands en eau pourraient bientôt s’enraciner dans ce territoire.

  • Les agriculteurs doivent apprendre à passer la main

    Les agriculteurs doivent apprendre à passer la main

    On est loin des palmarès de l’immobilier, chers chaque année aux hebdomadaires nationaux, mais, également une fois par an, la Safer (Société d’aménagement foncier et d’établissement rural) donne les tendances foncières du secteur agricole. L’organisme, qui vise notamment à réguler le marché des terres agricoles, a livré lundi dernier au lycée Pétrarque d’Avignon, les tendances du secteur.

    En Vaucluse en 2025, le marché foncier agricole est resté stable en terme de surface échangée (4 435ha), mais le nombre de transactions a progressé de 7% (3 327). La Safer a acquis elle même 397 terrains (moins 2%) mais pour une superficie globale en hausse de 25%. « Le Vaucluse n’est pas le territoire le plus spéculatif de la région, même si en basse vallée de la Durance, autour de Cheval-Blanc, Pertuis, Mérindol, il y a de plus en plus de pression de non agriculteurs », brosse Fabrice Triep Capdeville, directeur de la Safer 84, qui précise que sur les 397 acquisitions en 2025 par la Safer, seulement 48 l’ont été par préemption, le reste se faisant à l’amiable. Toutefois, le marché foncier traduit aussi les difficultés de la profession, avec un recul des rétrocessions d’exploitations. « Historiquement, le Vaucluse est une terre de transmission familiale mais on constate une difficulté dans le renouvellement des générations, les tensions sur le marché viticole font que les jeunes qui pourraient reprendre l’exploitation familiale ne reviennent pas », note Fabrice Triep Capdeville. Le nombre global de candidats à l’installation a baissé de 30%. D’où, dans la foulée de la présentation de ces chiffres, la tenue d’une table ronde sur l’anticipation et l’accompagnement des transmissions.

    « Il y a du foncier et de la place pour tout le monde »

    « Il y a du foncier et de la place pour tout le monde, campe Thomas Escoffier, vice-président de la chambre d’agriculture de Vaucluse et référent installation. Depuis le Covid, on accompagne beaucoup plus de monde en reconversion professionnelle, hors du cadre de reprise familiale ». La Safer avait invité les acteurs d’une transaction de 6 ha réussie à Pertuis entre un couple d’agriculteurs à la retraite et un autre jeune couple, déjà familier de l’agriculture. « On a eu énormément de chance, toutes les planètes étaient alignées », admet Jean-Baptiste Vachette, l’acquéreur. « Tôt, on a su que nos enfants ne voulaient pas reprendre donc on a contacté la chambre d’agriculture », décrit Agnès Maynard, agricultrice retraitée. Qui souligne un aspect important et méconnu : bien souvent la vente de son exploitation implique aussi un déménagement puisque bon nombre d’agriculteurs vivent sur place. « On a su vite qu’on ne pouvait pas rester vivre sur place sinon on aurait continué à travailler », sourit-elle.

    Cet aspect peut également compliquer la transmission entre d’un côté les terres agricoles et de l’autre les surfaces bâties. Pourtant, insiste Jordan Charransol, président des Jeunes agriculteurs, « il est primordial d’habiter sur son exploitation car ceux qui habitent loin ont du mal à structurer leur vie sociale et familiale quand on travaille déjà 70 heures par semaine ». Celui qui est aussi viticulteur et maraîcher à Valréas ajoute « que la présence sur place dissuade des vols », que ce soit dans les cultures, le matériel ou le gasoil…

    Un des leviers évoqué pour réussir une transmission pourrait être l’apprentissage, « peu présent dans notre région à l’inverse du Nord », note Jordan Charransol. « Le salarié peut acheter des parts progressivement, il connaît son exploitation, les débouchés, c’est un moyen plus facile d’installer un jeune hors du cadre familial », plaide-t-il en appelant à faire la promotion de ce système dans les lycées agricoles. Et de manière plus générale, « il y a un enjeu pédagogique à donner envie de faire ce métier, la caricature de l’agriculteur, un grand monsieur mal rasé et mal peigné n’est plus valable », conclut Jordan Charransol.

  • Pas de fatalité aux sols contaminés

    Pas de fatalité aux sols contaminés

    Métal lourd naturellement présent dans les roches à l’origine de la formation des sols, le cadmium a proliféré à cause des activités agricoles intensives (les engrais en sont porteurs). Son taux est désormais anormalement haut dans l’organisme humain et son caractère cancérogène avéré.

    Ce constat très documenté dressé par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) doit être suivi de décisions collectives. Il est indispensable que les pouvoirs publics prennent à bras-le-corps cet enjeu de santé publique au risque d’une véritable catastrophe sanitaire. Or, depuis la publication de ce rapport implacable de l’Anses, les mesures annoncées sont minimales à l’instar du remboursement (60% par la Sécu, 40% par les complémentaires) des analyses pour mesurer le taux de cadmium et encore pas pour tous.

    S’attaquer au mal à la racine

    Il convient de s’attaquer au mal à la racine en musclant les réglementations. L’urgence est là : près de la moitié de la population générale adulte en France est concernée par un taux critique de cadmium dans l’organisme. Les mesures quand elles sont prises sont suivies de résultats. L’exemple de l’industrie est à ce titre très parlant : « Les émissions de cadmium par les sources industrielles ont fortement diminué en dix ans, de 48% dans l’air et de 69% dans l’eau, grâce au renforcement de la réglementation », souligne l’Anses dans son rapport. Des progrès également constatés dans la zone de Fos. Les normes et les réglementations protègent !

  • Le Modef alerte sur l’arrachage massif en Occitanie

    Le Modef alerte sur l’arrachage massif en Occitanie

    À la Chambre d’agriculture de Nîmes, le ton était grave et sans détour. Le Modef Occitanie, syndicat des exploitations familiales, a lancé un signal d’alarme face au plan d’arrachage des vignes en cours, qu’il qualifie de « plus grand plan social du pays dans un silence assourdissant ». Pour Didier Gadéa, viticulteur près de Pézenas et nouveau co-président régional, la situation est historique : « La viticulture traverse sa crise la plus dure depuis 80 ans. Et ce sont les exploitations familiales qui sont en première ligne. »

    Dans le viseur du syndicat, une politique européenne et nationale jugée destructrice, qui privilégie la réduction des surfaces pour répondre à la surproduction. Les chiffres avancés donnent la mesure du choc : 27 000 hectares arrachés en 2025, près de 30 000 en 2026, et jusqu’à 100 000 hectares à terme. Une trajectoire qui, selon les estimations relayées par le Modef et la CGT, pourrait entraîner la disparition de 58 000 emplois directs et indirects. « Ce n’est pas une simple régulation, c’est une liquidation de l’outil de production », martèle Didier Gadéa, qui compare cette évolution à la désindustrialisation de la Lorraine.

    Une transformation profonde, mais sans débat public ni mobilisation politique à la hauteur, déplore-t-il : « On n’entend ni les parlementaires ni les grands responsables. » Dans une région comme l’Occitanie, première région viticole de France et du monde concentrant plus de 30% de la production française avec environ 263 000 hectares de vignes, l’enjeu dépasse largement la seule filière : il touche à l’équilibre économique de territoires entiers, déjà fragilisés.

    Replanter plutôt

    que détruire

    Au-delà de l’arrachage, le Modef pointe aussi l’effondrement des revenus. La distillation des invendus, financée par l’Union européenne, est rémunérée à 35 centimes le litre, bien loin du coût de production estimé à 1,20 euro. « C’est indécent », tranche le syndicaliste.

    Face à cette impasse, le Modef propose un changement de cap radical. Plutôt qu’arracher, il plaide pour une replantation massive du vignoble avec des cépages résistants au changement climatique et aux maladies, sur le modèle de la reconstruction post-phylloxéra au XIXe siècle. Une stratégie qui nécessiterait de redéployer les financements européens de l’OCM vin et d’augmenter leur enveloppe à hauteur de 900 millions d’euros. « Nos ancêtres ont su reconstruire un vignoble après une crise majeure, pourquoi serions-nous condamnés aujourd’hui à le détruire ? », interroge Didier Gadéa.

    Autre revendication forte : l’instauration d’un prix plancher garanti à 2 euros le litre. « Laisser faire le marché, c’est organiser la chute des prix. Il faut protéger le revenu des producteurs », insiste Didier Gadéa, qui appelle également à une réforme du code rural pour encadrer les négociations. Dans ce contexte, la perspective d’une baisse de 22% des aides de la PAC d’ici 2027 ne fait qu’accentuer les inquiétudes. Pour le Modef, ce sont d’abord les petites exploitations qui paieront le prix fort.

    Refusant les actions coup de poing, le syndicat mise sur l’interpellation politique. Un courrier a été adressé aux parlementaires pour les alerter. Mais le message est aussi interne au monde agricole : « Il faut changer les dirigeants syndicaux qui nous ont menés dans le mur depuis trente ans », lâche Didier Gadéa. Derrière le débat technique, c’est bien une bataille de modèle qui se joue. Entre une viticulture soumise aux logiques de marché et une agriculture familiale que le Modef entend défendre, la ligne de fracture est désormais clairement tracée.

  • Pour le monde agricole, une région d’inégalités criantes

    Pour le monde agricole, une région d’inégalités criantes

    L’écart est grand, des petits maraîchers subsistant grâce au revenu de solidarité active (RSA) aux grands propriétaires terriens de Camargue ou aux grands domaines viticoles varois. En Provence plus qu’ailleurs, les inégalités qui traversent le monde agricole sont profondes.

    La région Provence-Alpes-Côte d’Azur est la deuxième région la plus inégalitaire de France hexagonale pour les ménages agricoles, révèle ainsi une étude menée conjointement par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) et le service de la statistique du ministère de l’Agriculture (Agreste) publiée ce mercredi 22 avril. En moyenne, les 10% d’exploitants les plus riches y ont un niveau de vie 5,4 fois supérieur aux 10% les plus pauvres, selon cette étude (contre 4,1 fois au niveau national). Des fractures nettement plus marquées que pour le reste de la population active. Ainsi le niveau de vie annuel des individus des 10% des ménages agricoles les plus aisés de la région dépasse 51 100 euros… quand les 10% les plus modestes ne dépassent pas 9 500 euros. Hors les outre-mer, il n’y a que la Corse voisine pour présenter un écart aussi important.

    Un agriculteur sur cinq sous le seuil de pauvreté

    Si elle ne bénéficie pas des richesses des plaines de Brie comme l’Île-de-France, ou des vignobles de Champagne et de Bourgogne comme dans le Grand-Est, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur fait pourtant partie de celles où le niveau de vie des exploitants agricoles est parmi les plus élevés. La moitié d’entre eux vivent avec plus de 29 600 euros par an, soit 7 000 euros de plus que le revenu médian des ménages actifs dans la région. Un niveau de vie qui ne dépend pas seulement de leur production. Parmi les ressources dont ils disposent, 30,7% de leurs revenus proviennent de leur patrimoine, le niveau le plus important en dehors de l’Île-de-France. Et dans le même temps, ils sont 20% dans la région à vivre sous le seuil de pauvreté, contre 14,6% pour le reste de la population active. En France hexagonale, il n’y a que la Corse et l’Occitanie pour faire pire.

    Les fractures sont tout aussi nettes quand on compare les territoires entre eux, à l’échelle des grandes régions agricoles découpées en fonction de leur géographie et de leurs productions. C’est que les revenus des agriculteurs dépendent en bonne partie de leur activité : le niveau de vie médian d’un viticulteur, à hauteur de 27 000 euros par an, est supérieur de quelque 40% de celui d’un éleveur de chèvres ou de moutons (19 600 euros).

    Les moutons face au vin

    On retrouve cette division dans la région. Dans les 25% de régions agricoles les plus riches au niveau national, on retrouve les coteaux de Provence, qui courent du pays d’Aix dans les Bouches-du-Rhône à la Dracénie dans le Var, avec un niveau de vie médian de 25 700 euros par an, ainsi que les massifs varois des Maures et de l’Esterel (26 000 euros). Des terres largement consacrées à la production de rosé, sur un foncier plus qu’onéreux. Dans les Maures et l’Esterel, les 5 958 hectares de vignes représentent les trois quarts de la surface agricole utile et les deux tiers de la production brute, devant l’horticulture. Dans les coteaux provençaux, la viticulture représente près de la moitié des terres cultivées (aux deux tiers dans le Var) et plus des deux tiers de la production, à hauteur de 312 millions d’euros selon le recensement agricole de 2020.

    À l’inverse, les Alpes niçoises (14 900 euros par an) et la vallée du Queyras, dans les Hautes-Alpes (16 600 euros), font partie des dix régions agricoles au niveau de vie le plus bas dans toute la France. Là, la majorité de la surface agricole est consacrée au pâturage des chèvres et moutons, avec 35 000 moutons dans les Alpes niçoises, et plus de 8 000 dans le Queyras.

    Surtout, on retrouve le poids des grands domaines au cœur de cette fracture, de manière exemplaire en Camargue, le deuxième territoire le plus inégalitaire de France pour les agriculteurs. Là, entre riziculture et gardians, moins d’un quart des exploitations possède la majorité des terres agricoles… et concentrent 80% de la production.

    Des chiffres qui ne prennent pas en compte les quelque 18 000 salariés agricoles de la région, dont une majorité de saisonniers, qui triment dans les vergers, vignobles et serres maraîchères de Provence et de Vaucluse. Parfois dans des conditions d’exploitation la plus brutale, pour des salaires de misère.

  • Les fermes des Alpes s’ouvrent aux visiteurs

    Les fermes des Alpes s’ouvrent aux visiteurs

    Ici, le jeu, ce sera de trouver Charlie », annonce Aurélie. Devant elle, une trentaine de chèvres s’agitent dans leur enclos. Parmi elles, une brebis corse, à la laine sombre si longue qu’elle traîne au sol, se cache dans le coin. C’est Charlie, l’intruse que les visiteurs devront débusquer.

    Le temps d’un week-end, Aurélie et Amandine Chaix, éleveuses du Gaec de la Roche à Jarjayes, ont prévu toute une série d’activités pour les visiteurs. Elles participent pour la première fois à « De ferme en ferme », samedi 25 et dimanche 26 avril. « Il faut finir de tout préparer, on est un peu stressées, pour nous, c’est une grande première », confesse Aurélie, qui ne sait pas encore combien de personnes franchiront le seuil de la ferme. Les deux sœurs ont créé un parcours « petit paysan », destiné aux enfants.

    Au programme : parcours d’obstacles, slalom de tracteurs à roulettes et rencontre avec les animaux (lapins, chevaux, poules, vaches et chèvres). Le tout ponctué par une initiation à la traite et une démonstration de la transformation du fromage. « Le but est qu’ils voient comment c’est fait de A à Z, c’est quand même beau à voir », explique Aurélie, qui prépare des panneaux explicatifs disposés au fil du parcours.

    Le Gaec de la Roche est une ferme familiale depuis quatre générations. Aurélie et Amandine ont repris l’élevage caprin et bovin depuis 2015. Lait, fromage et saucisson de chèvres sont les principaux produits de la ferme et seront proposés à la vente aux visiteurs.

    Pour les deux sœurs, qui vendent leurs produits trois jours par semaine sur les marchés de Gap, Jarjayes et Espinasses, « De Ferme en Ferme » est l’occasion de créer du circuit court. « On souhaite faire de la vente directe avec les consommateurs plutôt que passer par la commercialisation. Mais, entre le marché à 6h du matin, les trois enfants à s’occuper, la traite et la transformation du fromage, c’est compliqué de dégager du temps », explique Aurélie. L’exploitation familiale est presque autonome, le foin et l’orge pour les bêtes sont produits sur place. « Nos grands-parents faisaient du lait et du maraîchage, c’est surtout ma grand-mère qui m’a transmis la passion. C’est une fierté de pouvoir montrer cet héritage », raconte Aurélie.

    Aller à la rencontre

    des producteurs locaux

    Organisés dans différents départements depuis 30 ans, les week-ends « De ferme en ferme » permettent au public de visiter des exploitations agricoles gratuitement. Et, pour la troisième année consécutive, les Hautes-Alpes participent. « La première année, on a voulu commencer petit avec deux territoires, le Buech et le Champsaur, et un petit objectif de dix fermes sur le circuit. Finalement, on a eu 18 fermes intéressées et 4 800 visites. Ça a hyper bien marché, retrace Coline Bourru, chargée de mission pour Agribio 05, association qui fédère les producteurs bio des Hautes-Alpes et qui coordonne l’événement.

    « On peut avoir une ferme à côté de chez soi et ne pas oser venir, avoir peur de déranger, rappelle Coline Bourru. L’idée est d’ouvrir ses portes pendant un week-end, montrer ce que signifie travailler sur une ferme avec des agriculteurs passionnés qui ont envie de partager leur expérience. Et une fois que vous savez où les trouver et à quels horaires, vous pouvez revenir les voir. » L’an passé, l’événement avait attiré plus de 5 000 visiteurs.

  • Bernard Thoron, défenseur du bon sens paysan

    Bernard Thoron, défenseur du bon sens paysan

    Clope à la main, béret vissé sur la tête, Bernard Thoron gratte Glue entre les cornes. « Je l’ai appelée comme ça parce que c’est un pot de colle », plaisante-t-il. Sa chèvre du Rove ne lui laisse aucun répit. Une seconde d’inattention et elle frotte sa tête à sa cuisse, soucieuse de ne pas se faire oublier. Dans son troupeau d’une centaine de bêtes, toutes portent un nom. « Il y a une dizaine de familles, explique-t-il. Il y a la lignée des politiques : la fille de Ségolène s’appellera Royal. Il y a les fleurs, les expressions provençales… » Des sobriquets légers, pour un métier qu’il prend très au sérieux.

    Et pour cause : le monde paysan lui colle à la peau depuis tout gamin. « Mes grands-parents avaient une ferme dans la Drôme, raconte-t-il. C’était trop beau, c’était la vie. Et puis j’ai fait pédiatre, parce que ça aussi c’est la vie. » C’est en 2018, alors que la retraite approche, que Bernard Thoron revient à ses premières amours. « Je suis passé éleveur caprin en pro, et je continuais les consultations à mi-temps à côté, détaille-t-il. Je m’y suis totalement consacré en 2021. »

    Produire, transformer

    et vendre localement

    Sur son terrain à Saint-Julien, le Martégal fait quelques travaux. Il construit une étable, pour nourrir et traire ses chèvres, et une « brousserie », pour transformer le lait en fromage. Sa maison devient la fermette de la Croix d’Estrine. « On a un hectare sur lequel on essaye de tirer quelques choses en maraîchage biologique intensif », résume-t-il. Sa devise : « Produire, transformer et vendre localement. »

    De ses poules, ses chèvres et son potager, il obtient yaourts, crèmes aux œufs, viande de chevreau, terrines et rillettes de cabri, confitures, gelées ou encore marmelades. « On valorise tout. Tout le monde devrait faire ça, ce serait une belle évolution de l’agriculture », affirme-t-il.

    « On », c’est lui, son berger Alexis et son deuxième employé Almonzer. « Les petites exploitations nécessitent beaucoup de main-d’œuvre, confie Bernard Thoron. Malheureusement, la PAC (politique agricole commune) distribue principalement les aides à l’hectare et pas au nombre de travailleurs, ce qui est un problème. » Par chance, le Martégal peut compter sur sa retraite, ce qui lui laisse la liberté de se payer seulement lorsqu’il est à l’équilibre.

    Des gardiens

    de l’environnement

    L’éleveur honnit « l’évolution voulue par ceux qui pensent la souveraineté alimentaire », qu’il considère « déconnectée des réalités du terrain ». « Il va falloir changer cette co-gestion avec la FNSEA, qui sont des financiers. On arrive à une impasse », prévient-il.

    Lui plaide pour une agriculture raisonnée, à taille humaine, locale. Son rêve ? Installer une « ceinture périurbaine de micro-fermes avec du maraîchage » à Martigues, mettre en place un circuit court municipal pour alimenter les crèches, les écoles et les foyers seniors en produits du coin, mais aussi « créer un magasin des producteurs » pour valoriser ces pratiques, vertueuses à bien des égards.

    En ce qui concerne l’élevage des chèvres du Rove, qui partent quotidiennement brouter dans la colline, le « pastoralisme entretient et ouvre les espaces naturels », certifie Bernard Thoron. En d’autres termes, il permet de répondre aux obligations légales de débroussaillement.

    « Le problème, c’est que l’Office national des forêts pense que les caprins sont néfastes à la régénération de la forêt méditerranéenne », poursuit-il. Les chèvres sont par principe interdites dans les forêts soumises au régime forestier. Pourtant, selon l’éleveur, « c’est l’inverse : ça évite d’avoir des repousses de pins tellement serrés qu’ils en deviennent des allumettes ». « La Rove fait un parcours, elle ne reste pas au même endroit, donc elle éclaircit et paysage naturellement. Le pastoralisme est un respect de la ressource, car on en a besoin pour
    nos bêtes
     ! »

    À l’avenir, Bernard Thoron continuera de militer pour faire entendre « le bon sens paysan ». Mais il ne s’inquiète pas : « On a une clientèle de plus en plus intéressée, et beaucoup de producteurs veulent s’y mettre. »

  • Des milliers de lapins de garenne ravagent les cultures dans l’Hérault

    Des milliers de lapins de garenne ravagent les cultures dans l’Hérault

    L’ennemi numéro un a de grandes oreilles et fait ses coups la nuit… Alors que ses effectifs sont globalement en forte baisse dans le pays depuis plus de 25 ans, le lapin de garenne se porte comme un charme dans l’Hérault, où il est devenu, depuis quelques années, le cauchemar des agriculteurs des terres agricoles situées à l’est de Montpellier. Et pour cause : malgré un plan d’action de trois ans piloté par l’État entré en vigueur en octobre 2024, sa prolifération reste pour l’heure hors de contrôle. Et des hordes de dents déciment, chaque nuit, des milliers d’hectares de pousses de blé, de pieds de vignes, de salades, d’asperges, de fraises, de choux, de blettes… Au point de menacer la survie économique de certains agriculteurs.

    « C’est la première année où des structures commencent à parler de fermeture à moyen terme », confirme Baptiste Aberlenc, responsable, depuis près de 15 ans des Jardins de Bentenac, exploitation de maraîchage bio installée à Mauguio. « Ça fait quatre ou cinq ans que la présence du lapin se fait ressentir et à peu près trois ans qu’on est vraiment impactés », explique-t-il. « On a entre 20 et 30% du chiffre d’affaires qui est perdu chaque année ». Ce n’est pas faute d’avoir tenté des parades  : clôtures électriques, grillage enterré, rehaussement du grillage… Rien n’y fait.

    « Le problème, c’est le nombre »

    Malgré un investissement évalué à 10 000 euros sur ces trois dernières années, « tous les six mois, ils arrivent à s’adapter à ce qu’on met en place. On a l’impression qu’on ne va jamais s’en sortir », soupire Baptiste Aberlenc. « Même quand ils n’attaquent pas directement certaines cultures comme les courgettes, par exemple, ils s’en prennent aux tuyaux d’irrigation pour boire », explique-t-il. « Le problème, c’est le nombre. Ça m’arrive souvent de venir le soir pour regarder : autour de la clôture, sur 400 m de linéaire, vous avez 300 lapins… Et j’en ai vu sauter la clôture à l’endroit le plus haut, à 1 mètre 50 ! », témoigne le maraîcher héraultais. « L’année dernière, à Mauguio, les chasseurs en ont tué à peu près 15 000 sur la saison de chasse. Sachant qu’il y en a peut-être 5 ou 7 fois plus… Mais tout ça reste trop vague. Un vrai recensement serait nécessaire », estime Baptiste Aberlenc.

    « La problématique de la prolifération de lapins existe depuis plusieurs années dans l’Hérault. Depuis 2018, elle est particulièrement aiguë dans l’Est du département, entre Montpellier et Marsillargues. Elle est apparue également côté biterrois ces derniers mois », indique la préfecture qui, face à ce fléau, a mis en place un plan d’action en vigueur jusqu’à l’automne 2027, a minima. Depuis le début de l’année, déjà 72 arrêtés d’autorisation de capture de lapins ont été pris par la préfecture, contre 89 sur toute l’année dernière. Sept arrêtés de régulation administrative ciblant le lapin ont par ailleurs été pris pour trois mois et les circonscriptions concernées par le problème vont obtenir entre deux et trois louvetiers en renfort.

    Le 26 mars, une réunion sur le sujet s’est tenue en préfecture en présence de tous les acteurs (notamment le président de la chambre d’agriculture de l’Hérault, Jérôme Despey, qui est allé jusqu’à demander de faire appel à l’armée contre les lapins !). « Tous les outils réglementaires possibles ont été mobilisés dans le département. Seule la mise en œuvre complète de l’ensemble des outils du plan lapin, par tous les acteurs, peut atténuer cette nuisance », a déclaré la préfète de l’Hérault, Chantal Mauchet. « J’appelle donc les agriculteurs, les chasseurs, les maires et les gestionnaires d’infrastructures à se mobiliser dans le même sens, dans chaque commune concernée, pour réduire cette surpopulation de lapins  ».

  • Occitanie : l’épandage par drones, une bonne solution ?

    Occitanie : l’épandage par drones, une bonne solution ?

    Le mois de mars a été marqué par de fortes précipitations dans l’Hérault, excédentaire à 50% selon le dernier bulletin de Météo France. Conséquences pour les viticulteurs ? Des vignes inondées et inaccessibles, pouvant favoriser l’apparition de mildiou. Alors, la FDSEA34 avait demandé une dérogation pour traiter les vignes par drone. Demande reçue cinq sur cinq puisque le 26 mars, la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, autorisait « l’épandage par drone de cuivre dans les zones géographiques impactées de l’Aude, de l’Hérault, du Gard et des Pyrénées-Orientales où les traitements à pied ne sont pas réalisables » jusqu’au 30 avril.

    Sauf que le vent a commencé à souffler, rendant l’utilisation de drones impossible tout en diminuant les risques d’apparition du mildiou. « Mais on risque d’avoir de plus en plus des hivers et des débuts de printemps très pluvieux puis des périodes sèches. Sauf que les vignes avec des chaleurs et une forte pluviométrie débourrent plus tôt donc si on n’intervient pas pour protéger le végétal des maladies, on risque d’avoir des attaques de mildiou conséquentes », souligne Jérôme Despey, secrétaire général de la FNSEA et président de la chambre d’agriculture de l’Hérault. Pour le moment, la loi autorise l’épandage dans des cas spécifiques, notamment pour les cultures situées sur des pentes de plus de 20 %. « Pour éviter de faire chaque année une demande de dérogation, des discussions sont en cours pour mettre en place un décret, il y a une consultation publique jusqu’au 23 avril. Nous souhaitons obtenir un décret d’application du traitement aérien de façon pérenne », poursuit Jérôme Despey.

    La Conf’ vent debout

    De plus, le viticulteur met en avant le fait que le traitement aérien est plus précis que l’épandage classique, « permettant une meilleure sécurité pour les agriculteurs et les riverains ». Un constat qui n’est pas partagé par tous les agriculteurs. Dénonçant « un pansement sur une jambe de bois », Morgane Bara, porte-parole de la Confédération paysanne, fait valoir des « études sur la qualité de l’air montrant des produits phytosanitaires pulvérisés au sol se retrouvant dans l’air. » L’agricultrice estime « avoir besoin d’une réflexion plus large que l’immédiateté en changeant notre approche agricole : au lieu d’être destructrice, elle devrait être constructrice. » Deux visions qui rappellent à quel point le monde agricole est fracturé.

  • Dans le Gard, la viticulture attend toujours un vrai cap

    Dans le Gard, la viticulture attend toujours un vrai cap

    Au Pont du Gard, cadre carte postale et symbole patrimonial, la viticulture indépendante a voulu montrer son visage combatif. Du 24 au 26 mars, le congrès annuel des Vignerons indépendants a transformé le département en capitale éphémère du vin « fait par ceux qui le produisent », avec une thématique assumée : l’œnotourisme, présenté comme un levier devenu vital quand la consommation recule et que les marchés se tendent. Dans les salles de conférences comme lors des visites de domaines, le message est clair : accueillir, raconter, fidéliser. Faire venir au caveau pour mieux vendre, mais aussi pour recréer du lien avec des consommateurs plus jeunes, plus volatiles, parfois éloignés de la culture du vin. Une stratégie de survie autant qu’une promesse de territoire.

    Car sur le terrain, la mécanique économique se grippe. Les coûts de production pèsent, les stocks s’accumulent, les prix du vrac ne couvrent plus toujours les charges. Dans ce contexte, l’œnotourisme n’est plus seulement un plus : il devient une ligne de survie. « Une opération de séduction en direction des plus jeunes », résume Denis Verdier, président des vins IGP du Gard, qui dit l’effort d’adaptation (bulles, cocktails, cuvées moins alcoolisées) autant que la difficulté à sortir d’un cadre jugé étouffant. « On passe notre temps à faire de l’administratif plutôt que du commercial », lâche-t-il.

    À cette vitrine, l’État a voulu accrocher un signal politique. Annie Genevard, ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, a fait le déplacement dans le Gard sur deux jours avec une séquence très calibrée : congrès des vignerons indépendants, passage à l’Institut français de la vigne et du vin au Grau-du-Roi, puis arrêt au Mas des agriculteurs à Nîmes, qu’elle a vanté comme une « structure exemplaire » pour ses circuits courts.

    Mais si la visite a été saluée pour ce qu’elle dit de la place du Gard dans la carte viticole, elle a aussi laissé un goût d’inachevé. « À ce stade, ces mesures ne répondent pas pleinement aux attentes de la filière », tranche Denis Verdier, qui résume l’état d’esprit : l’heure n’est plus aux promesses, mais à des arbitrages rapides, lisibles, efficaces. Les vignerons, eux, ne demandent pas d’être rassurés à la tribune : ils demandent de pouvoir tenir jusqu’aux prochaines vendanges sans s’enfoncer davantage.

    Une crise profonde

    Le point de crispation principal tient en un mot qui fait mal : l’arrachage. « Un crève-cœur », répète Denis Verdier, mais un outil jugé indispensable pour rapprocher l’offre d’une demande qui baisse. Or la perspective d’un dispositif repoussé à fin décembre 2026 est vécue comme un contre-signal : trop tard par rapport au calendrier agricole, trop tard pour peser sur les volumes dès les prochaines vendanges, trop tard pour stopper l’hémorragie économique.

    Même inquiétude sur la distillation de crise : annoncée, mais à des niveaux de prix que les professionnels jugent « inacceptables », car bien en deçà des coûts de production. Dans ces conditions, la mesure absorberait mal les stocks et soulagerait peu les trésoreries déjà fragilisées. Pire : officialiser des prix cassés enverrait, selon eux, un message destructeur au marché. D’où un appel explicite à revoir les modalités des deux dispositifs : avancer l’arrachage, relever les niveaux de prix, et arrêter de laisser la filière naviguer à vue.

    La colère, elle, affleure aussi dans le monde syndical : le Modef Gard, à travers son porte-parole local Xavier Fabre, fustige un dialogue jugé verrouillé, une visite « mise en scène » et un manque de pluralisme dans les échanges. De quoi rappeler que, dans le Gard viticole, l’œnotourisme peut offrir de l’air, mais ne remplacera pas des décisions structurelles. Car derrière les dégustations et les discours, une question demeure, brutale : combien de domaines tiendront encore une saison sans cap clair ?