Tag: agriculteurs

  • À Barjols, le soutien déterminant des agriculteurs dans la lutte contre l’incendie

    À Barjols, le soutien déterminant des agriculteurs dans la lutte contre l’incendie

    Assis à l’ombre des oliviers, près d’une parcelle agricole située sur les hauteurs de Barjols, qui sert de point de ravitaillement en eau pour les sapeurs-pompiers engagés dans la lutte contre l’incendie qui a ravagé 4 500 hectares dans le massif du Gros-Bessillon, Lionel, Sylvain, Tom et une poignée d’autres agriculteurs de Barjols et ses environs prennent cinq minutes de repos. Depuis neuf jours, ce n’est pas le travail aux champs qui les fait transpirer, mais celui d’appui aux 870 sapeurs-pompiers encore présents sur le terrain, mercredi. Si le feu est fixé depuis mardi soir, le combat est encore loin d’être gagné face à des réactivations possibles sur certains secteurs, comme ce fut le cas ce jour.

    « Heureusement qu’ils sont là », reconnaît l’adjudant-chef Gilles du Sdis 83. Lionel, trufficulteur à la retraite, et sa gouaille provençale ne le contrediront pas : « S’il n’y a pas les agriculteurs, tout brûle. » Ces derniers ne ménagent pas leurs efforts. Chaque jour, de 7h à minuit, ils vont, au moyen de leurs engins agricoles et de leurs citernes, puiser des milliers de litres d’eau où ils le peuvent (bornes incendies, canal de Provence, rivières de l’Eau Salée, du Fauvery, de l’Argens…) afin d’alimenter les véhicules de lutte anti-incendie. « C’est inquantifiable, mais sur les jours les plus forts, on a constitué des réserves de 60 000 à 70 000 litres », estime Sylvain, viticulteur dans les environs. Et personne ne compte ses heures, à tel point qu’Hugo, qui dirige les opérations, n’a pas le temps de couper pour répondre à nos questions. « On est une cinquantaine chaque jour, dimanche on était entre 100 et 150 », affirme Sylvain.

    « On sauve nos terres pour continuer à travailler »

    Les camions des sapeurs-pompiers se branchent directement sur les citernes, soit pour s’alimenter avant de se rendre sur le terrain, soit pour remplir des piscines qui servent de réservoir pour les hélicoptères bombardiers d’eau. Deux sont disposées dans le secteur, en plus des piscines des particuliers réquisitionnées, et de réservoirs de fortune réalisés avec des bennes agricoles. « On a aussi tout labouré en lisière pour éviter que le feu ne s’étende », ajoute Lionel.

    « On sauve nos terres pour pouvoir continuer à travailler, au détriment de nos exploitations », résume Sylvain, dont les vignes ont été épargnées par le feu, mais risquent de subir les conséquences des fumées avec des fruits au goût altéré. Ses confrères et lui n’ont pas le choix et pointent amèrement le manque de moyens dont disposent les sapeurs-pompiers : « C’est une honte que le feu soit arrivé jusqu’ici, qu’il ait fait le tour du massif », dénonce Tom. « Ils font ce qu’ils peuvent, mais ça reflète ce qu’il se passe en France. On a 12 canadairs, mais que 5 opérationnels », abonde Lionel.

    Autour d’eux, la solidarité s’organise, avec des villageois qui viennent, eux aussi, donner un coup de main, en préparant des repas, par exemple. L’élan dépasse les frontières du village, à l’image de Julien, dirigeant de trois entreprises à Rians, qui a répondu à un appel aux bénévoles lancé sur les réseaux sociaux. « J’ai mis mon activité en sommeil pour venir en aide aux pompiers », explique-t-il. Doté de cuves d’une capacité totale de 9 000 litres, il effectue jusqu’à trois rotations par jour pour participer au ravitaillement en eau. « J’ai une maison dans les bois, si demain ça m’arrivait, ça me ferait plaisir d’avoir autant de monde pour aider à stopper l’incendie. Les pompiers manquent de moyens. On fait comme on peut à notre échelle. » Derrière les héros aux camions rouges, il y a ceux aux tracteurs et aux citernes.

    Nouvel incendie à Brignoles

    Un incendie s’est déclaré mercredi, vers 17h, à Brignoles, près de la RD12. La préfecture du Var indiquait, à 20h, que 250 pompiers, 85 engins, 3 Canadair, 7 hélicoptères bombardiers d’eau, ainsi que 2 avions Dash étaient mobilisés. Le stade du Vabre accueille un poste de commandement. Des messages ont été envoyés pour évacuer les quartiers de Pélicon, Tombarel, Les Jaussérannes, Sainte-Barbe, Les Agasses et Les Petits Ubacs. La commune a mis en place un point de regroupement au Hall des expositions. La RN7 et la RD12 ont été fermées.

  • L’Ardear conteste la suppression d’une aide de 100 000 euros de la Région Sud

    L’Ardear conteste la suppression d’une aide de 100 000 euros de la Région Sud

    « On a trois salariés sur la sellette, dont deux sûrement mis au chômage en septembre. Des dossiers en cours ne pourront potentiellement pas aboutir. C’est compliqué », se désole Charles-Henri Tavernier, président de l’Ardear, un réseau associatif qui œuvre dans l’installation en agriculture paysanne et agroécologique depuis plus de vingt ans.

    En cause, la suppression d’une subvention de 100 000 euros versée à l’association par la Région Sud depuis 2008. « On n’a pas eu de discussion avec la Région. Béatrice Martin [vice-présidente en charge de l’agriculture, Ndlr] nous a simplement envoyé une lettre en disant qu’elle avait décidé de son propre chef de mettre l’installation et la transmission uniquement dans les mains des chambres d’agriculture. On est un peu surpris du manque de concertation », exprime ce vigneron des Hautes-Alpes. Dans cette lettre, adressée au président de l’Ardear, le 27 avril, l’élue explique les raisons de cette décision : « Cette politique volontariste s’inscrit dans un cadre budgétaire extrêmement contraint. »

    Depuis sa création, le réseau associatif indique avoir accompagné plus de 1 000 installations, soit un tiers des porteurs de projet de la région. « On nous parle toujours du renouvellement des générations d’agriculture, ils font le contraire de ce qu’il faudrait faire », estime Charles-Henri Tavernier. Dans un communiqué, daté du 24 juillet, l’Ardear demande à la Région Sud de « revenir sur cette décision et de maintenir son soutien financier ». La Région n’a pas encore répondu à nos sollicitations à ce sujet.

  • Solidarité Paysans Provence doit s’adapter sans subvention

    Solidarité Paysans Provence doit s’adapter sans subvention

    Un tiers du budget en moins pour l’association Solidarité Paysans Provence. L’annulation de la subvention par le conseil départemental a été actée le 21 juillet. Un soutien qui s’élevait à 113 000 euros.

    L’association accompagne les agriculteurs de toute la région Paca dans leurs difficultés financières, administratives, juridiques, mais aussi psychologiques. « Notre accompagnement est global et s’étend de quelques semaines à plusieurs années. On est là pour redresser l’exploitation et la personne », explique Alexandra Bedogni, directrice de l’association.

    La subvention supprimée était spécialement destinée à l’accompagnement des agriculteurs bénéficiaires du RSA (Revenu de solidarité active). À l’échelle de la région, l’association suit près de 270 agriculteurs tous les ans, dont une centaine au RSA. « Notre but est de les sortir du système du RSA pour qu’ils vivent de leur exploitation », affirme la directrice.

    De lourdes conséquences

    Derrière Solidarité Paysans Provence, six salariés assurent l’accompagnement des agriculteurs et le bon fonctionnement de l’association. « Sans ces 113 000 euros, on est obligé de licencier au moins une personne en septembre », déplore Elisabeth Andrieux, trésorière. La structure dit déjà être en sous-effectif pour répondre aux appels. « On doit lâcher quelques appels pour se concentrer sur les financements », souffle la trésorière. Des financements désormais « très limités » : « On toque chez les autres Départements et Régions, mais on nous dit que c’est trop tard. »

    Contacté, le conseil départemental justifie cette suppression par un manque d’« efficacité ». Il argue qu’en 2025, « 42 bénéficiaires ont été accompagnés pour un objectif de 63, et seules quatre sorties du RSA ont été enregistrées. » Et d’insister : « Le Département est tenu de concentrer ses moyens sur les dispositifs les plus performants. » Un argument « non entendable » selon l’association et les agriculteurs. Certains témoignent anonymement : « Si je suis encore en vie, je ne peux que remercier Solidarité Paysans pour leur soutien dans les épreuves délicates de notre vie professionnelle. »

  • Des marins-pompiers dans le Sud-Ouest

    Des marins-pompiers dans le Sud-Ouest

    Pas moins de 153 marins-pompiers ont été engagés dans le Sud-Ouest, depuis le 23 juillet, indique le bataillon, ce lundi, précisant qu’ils sont 54 actuellement, les équipes ayant été relevées le matin.

    Leurs missions : procéder à des attaques contre les feux pour empêcher leur propagation notamment dans des zones non accessibles par voies terrestres, mais aussi protéger les bâtiments à usage d’habitation ou industriels, sans oublier les actions de noyage des lisières et des rondes préventives pour d’éventuelles reprises. Dans une vidéo, le bataillon indique également que les agriculteurs sont venus apporter leur soutien aux marins-pompiers pour les ravitailler en eau à Biscarrosse, dans les Landes. Plus grande unité de la Marine nationale, le BMPM compte plus de 2 500 militaires et civils au total et peut aussi intervenir à l’étranger, comme en août 2020, lors de l’explosion du port de Beyrouth, au Liban.

  • [Entretien] Pierre Thomas, éleveur bovin : « Le texte ne répond à aucun des problèmes du secteur agricole »

    [Entretien] Pierre Thomas, éleveur bovin : « Le texte ne répond à aucun des problèmes du secteur agricole »

    La Marseillaise : La loi d’urgence agricole est passée ce lundi à l’Assemblée nationale et cristallise les débats. Quel est votre regard ?

    Pierre Thomas : L’attitude du gouvernement et du ministère de l’Agriculture ne correspond absolument pas aux besoins du monde agricole, mais aux besoins de la finance de l’industrie agroalimentaire. À partir de là, il n’y a rien qui puisse aller. Sur la question agricole, les problèmes s’accumulent : un problème de revenus extrêmement important qui va avec un problème de reconnaissance du métier d’agriculteur, un problème de préservation de la biodiversité, un problème d’accès à l’eau, un problème de réchauffement climatique, un problème de souveraineté alimentaire. Cette loi ne répond à rien de tout ça.

    La gestion de l’eau, avec l’ambition de doubler les capacités de stockage à usage agricole, fait partie des aspects les plus contestés de la loi. Qu’en pensez-vous ?

    P.T. : C’est une mauvaise réponse aux problématiques agricoles, toujours sous le prisme du dogmatisme financier. On présente la création de réserves d’eau comme une solution à la sécheresse. Le problème est que cette solution ne va pas le rester très longtemps, peut-être durant 2, 3 ou 5 ans. Que va-t-il se passer quand les nappes [phréatiques] seront vides après avoir été pompées pendant des années ? Les agriculteurs n’auront plus de quoi produire et tout le monde aura été pénalisé par une gestion de l’eau déplorable. D’autant que ce ne seront que quelques agriculteurs qui auront accès à l’eau. Les bassines ne sont pas pour tout le monde. Il faut réfléchir à un autre type d’agriculture, qui prend en compte l’ensemble des aléas auxquels nous sommes confrontés, pas exclusivement les aléas financiers.

    Après une première tentative avec la loi Duplomb, ce texte propose la réintroduction de l’acétamipride et du flupyradifurone, deux pesticides interdits en France. Quels dangers représentent-ils ?

    P.T. : Remettre l’acétamipride est d’une stupidité phénoménale. Si la molécule est interdite, c’est parce qu’elle représente un danger pour la biodiversité, mais aussi pour la santé humaine. Ce pesticide peut provoquer des cancers.

    Y a-t-il une incompatibilité entre la compétitivité agricole recherchée et le respect de l’environnement ?

    P.T. : Il est illusoire de croire que l’agriculture française peut être compétitive au niveau international. Si on veut que les agriculteurs aient des conditions sociales décentes, et c’est absolument indispensable si l’on veut maintenir la biodiversité et travailler pour réduire notre empreinte carbone, on sera toujours plus cher. Par ailleurs, nous travaillons avec du vivant et il faut en tenir compte. Il ne faut pas chercher à maîtriser totalement la nature, nous n’y arriverons pas. Il faut utiliser ses atouts et complètement modifier notre logique agricole, vieille de 60 ans.

  • Les pesticides polluent la loi agricole

    Les pesticides polluent la loi agricole

    L’équilibre est fragile. Après plusieurs mois de débats, la commission mixte paritaire (CMP) est parvenue, le 16 juillet, à un accord sur le projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles. Présenté par le gouvernement Lecornu comme une réponse au malaise agricole et aux enjeux de souveraineté alimentaire, il vise à donner davantage de moyens de production aux exploitants tout en simplifiant certaines règles. Après son passage lundi devant l’Assemblée, le vote définitif est prévu ce mardi au Sénat.

    Éviter la fracture

    Au cœur de la loi figure la création de labels « projets d’avenir agricole ». Ils visent à soutenir les filières stratégiques pour la souveraineté alimentaire du pays en imposant par exemple aux cantines publiques de se fournir au sein de l’Union européenne. Mais, soutenu du Rassemblement national aux sénateurs centristes en passant par la droite, le texte suscite de vives critiques des organisations environnementales et de l’opposition de gauche. Il fracture même jusqu’au socle gouvernemental sur le sujet de la réintroduction de deux pesticides.

    Car après une première tentative avec la loi Duplomb, retoquée par le Conseil constitutionnel en août 2025, le député (LR), Laurent Duplomb, est revenu à la charge en faisant ajouter un article que la CMP a conservé. Il donne la possibilité d’accorder, pendant trois ans, des dérogations pour l’utilisation du flupyradifurone en enrobage de semences pour les betteraves sucrières et en pulvérisation pour les pommes et les cerises. L’acétamipride, un néonicotinoïde lui aussi dangereux pour les abeilles, interdit en France, mais autorisé en Europe, serait lui autorisé pour les cultures de noisettes…

    Leur réintroduction reste « le principal sujet qui crispe », jugeait samedi la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, à La Tribune Dimanche, personnellement opposée au retour de l’acétamipride. « Faire échouer ce texte par idéologie, calcul ou peur, achèverait de désespérer les agriculteurs », répondait de son côté la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, dans le JDD, hebdomadaire du milliardaire d’extrême droite, Vincent Bolloré.

    Matignon a même convoqué une réunion, lundi après-midi, des présidents des groupes de la coalition gouvernementale (LR, Horizons, Renaissance, MoDem) et du groupe centriste Liot. Gabriel Attal, président d’Ensemble pour la République, poussait le gouvernement à déposer un amendement de suppression. Mais il n’a pas été entendu. À l’issue de la réunion, le gouvernement a indiqué ne pas avoir l’intention de supprimer lui-même l’article portant la mesure. « L’interdiction [de l’acétamipride] demeure le principe », a déclaré l’entourage du Premier ministre, qui laisse « au Parlement » le soin de « trancher » ou « faire évoluer » le compromis issu de la CMP.

    Ses opposants dénoncent un recul environnemental et sanitaire avec cette disposition sur l’acétamipride qui intéresse directement certains bassins fruitiers du Vaucluse ou des Alpes-de-Haute-Provence, où les cultures de pommes et de cerises occupent une place importante.

    Doubler le stockage

    des eaux agricoles

    Autre point de crispation, la gestion de l’eau. Face aux épisodes de sécheresse de plus en plus fréquents, le gouvernement souhaite accélérer la réalisation d’ouvrages de stockage et fixe l’objectif de doubler les capacités de stockage d’eau à usage agricole d’ici à 2035. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, une des régions les plus exposées aux tensions sur la ressource en eau, les filières maraîchères, arboricoles et viticoles pourraient bénéficier des futurs investissements.

    Une mesure saluée par une grande partie des organisations professionnelles agricoles, qui y voient un outil indispensable pour sécuriser les productions quand les associations environnementales dénoncent l’encouragement à des projets jugés trop consommateurs de ressources hydriques. Pour elles, la priorité doit être donnée à l’évolution des pratiques agricoles.

    Le texte comporte aussi plusieurs mesures en faveur de l’élevage, dont une gestion plus souple de la prédation par le loup. Là encore, le sujet oppose éleveurs et défenseurs de la biodiversité. Ceux des Alpes du Sud, confrontés à une forte pression de prédation, suivent de près les mesures relatives au loup.

    Au-delà de ses dispositions techniques, ce projet de loi révèle surtout une fracture profonde dans le débat agricole français : comment produire davantage pour assurer la souveraineté alimentaire du pays tout en préservant la ressource en eau, la biodiversité et les équilibres environnementaux ? Une question qui continuera d’alimenter les débats.

    30,8 millions

    En 2026, la production française de blé est estimée à 30,8 millions de tonnes (-7,6% sur un an), selon le groupe spécialiste des matières premières Argus Media.

    Malgré l’augmentation (+3%) de la surface cultivée, « les difficultés se sont enchaînées », avec une moitié ouest du pays « durement touchée par les excès de précipitations de l’hiver », « un printemps excessivement sec », et un déficit hydrique et des épisodes caniculaires qui ont touché le pays « à des stades critiques du développement des cultures, lors de la floraison puis du remplissage des grains ». Si le temps sec et chaud a favorisé « la qualité » des cultures, le rendement moyen national est évalué à 6,67 tonnes par hectare, en baisse de 6,5% par rapport à la moyenne des dix dernières années.

  • Les approches se diversifient dans la contestation de la Très haute tension

    Les approches se diversifient dans la contestation de la Très haute tension

    Sur la route d’Arles aux Saintes-Maries-de-la-Mer, les champs bordent le bitume, parfois séparés de petits canaux iconiques de la Camargue. Mais passé le croisement de la D570 et de la route du Mas d’Agon, impossible de rater ce container rouge érigé sur une parcelle agricole, visible à plus d’un kilomètre.

    « Voici un cinquième de pylône THT » arbore en blanc le monolithe depuis vendredi dernier. Une allusion directe à la hauteur moyenne des 145 pylônes du projet de RTE de ligne à Très haute tension (THT) devant relier Jonquières-Saint-Vincent (Gard) et Fos-sur-Mer, pour 2029. Ce projet est depuis le départ fortement contesté sur les territoires concernés. Surtout par les agriculteurs à l’instar de Carole Guintoli, propriétaire du terrain sur lequel se trouve le container. « J’ai pris mon pinceau et j’ai écrit, on s’imagine mieux l’impact sur la Camargue », retrace-t-elle au petit-déjeuner des opposants mardi matin.

    Un acte militant, pour cette ancienne élue avec le maire d’Arles Patrick de Carolis (Hor), présent. « La Camargue est belle car justement il n’y a rien. Avant de mettre la THT, mettez l’eau au robinet partout ! » lance-t-elle. « Comment on va travailler avec des pylônes au milieu des rizières ? On a des solutions alternatives. C’est comme si je prenais mon âne pour livrer mon riz au supermarché, qu’on ne dise pas qu’on n’est pas capable de faire autrement avec les ingénieurs qu’on a quand de mon côté je sème mon riz par drone. »

    « On se bat pour notre environnement »

    Dans cette mobilisation « ce n’est pas une question de bord politique » assure Julien Besançon, 1er adjoint de Saint-Martin-de-Crau et secrétaire national des Centristes. « L’État avance sans les élus du territoire qui eux se battront jusqu’au bout par tous les moyens pour une autre solution » que la ligne aérienne, selon l’élu. Le coût et le délai sont inaudibles. « Le coût est déjà plus élevé qu’à la base et les délais s’entendent s’il n’y a aucun recours ou action en justice. Sauf qu’il y en aura ! » promet-il.

    En filigrane, l’articulation de l’environnemental et du social. « On nous dépeint comme des grands empêcheurs, mais ce n’est que pour faire peur aux travailleurs pour leurs emplois et aux petits patrons s’imaginant qu’une partie des 20 milliards d’investissement est pour eux. Pour mieux les monter contre les opposants » analyse Jean-Laurent Lucchesi du collectif THT13/30, ornithologue et ancien directeur des Marais du Vigueirat. Car outre la protection des oiseaux et du vivant, le militant rappelle que « décarboner n’est pas dépolluer » et estime que les promesses de 60 000 emplois sont « des mirages », alors que le projet Carbon, 3 000 emplois et le plus dépendant de l’apport électrique, est abandonné.

    La rencontre des intérêts progressistes, environnementaux voire de classe se trouve peut-être dans cette approche, au-delà des discours sectorisés ou identitaires.

  • Un guide pour accompagner les projets agritouristiques dans le Var

    Un guide pour accompagner les projets agritouristiques dans le Var

    Dans un territoire marqué par l’agriculture, sur le littoral comme dans l’arrière-pays, l’agritourisme représente un levier de diversification essentiel pour les exploitations agricoles confrontées à des défis économiques et climatiques croissants. Un enjeu d’autant plus important dans le premier département touristique de France. Déjà doté d’une proportion d’exploitations engagées dans cette activité deux fois supérieure à la moyenne nationale, le Var entend structurer et renforcer cette dynamique.

    Une filière qui incarne « une alternative au tout plage et tout soleil », appuie le président (LR) du Département, Jean-Louis Masson, et qui permet de « faire découvrir le département dans son authenticité et ses spécificités, et représente un complément de revenu intéressant pour les agriculteurs ».

    C’est à cet égard que le Comité de pilotage « Agritourisme dans le Var », créé en 2025 et réunissant l’État, le conseil départemental du Var, la chambre d’agriculture du Var, l’Agence de développement Touristique (ADT) Var tourisme et les représentants des filières, lance un guide d’accompagnement des projets agritouristiques. « Le diagnostic de la chambre d’agriculture montre une volonté de développer l’activité agritouristique. 180 agriculteurs ont émis ce désir », affirme Guillaume Décard, président de Var Tourisme.

    Une simplification des lois attendue

    Ce guide, voué à être réactualisé avec les retours d’expérience, affiche une triple vocation : faciliter l’accès aux règles d’urbanisme pour les exploitants, qui ne sont pas forcément spécialistes en la matière ; ériger des règles communes entre élus, chambre d’agriculture et services de l’État pour que les projets soient lus avec les mêmes critères, et enfin, permettre aux exploitants d’identifier l’ensemble des volets à prendre en compte, sur le plan pratique (risques naturels…) comme légal.

    Sur ce dernier aspect, « nous attendons une loi de simplification », milite Sylvain Audemard, président de la chambre d’agriculture du Var, qui joue un rôle de « guichet unique » pour « orienter les exploitants dans leur projet ». Un texte voué à apporter plus de souplesse en matière d’urbanisme et de fiscalité, deux freins à l’expansion de l’activité agritouristique. « Dès lors qu’on est raisonnable sur les objectifs et qu’on ne transforme pas les exploitations agricoles en lieux touristiques, tout est conciliable à travers l’adaptation des textes nationaux », a répondu le préfet Simon Babre, laissant entendre que les services de l’État étaient ouverts à l’idée, mais pas à n’importe quel prix.

  • Vers une zone à défendre contre la ligne à très haute tension ?

    Vers une zone à défendre contre la ligne à très haute tension ?

    Une zone à défendre (ZAD) va-t-elle voir le jour dans le sud du Gard ? C’est en tout cas la promesse de dizaines d’opposants au projet de ligne THT si une solution alternative n’est pas trouvée. Depuis l’annonce de cette ligne, la grande majorité des acteurs du territoire gardois a en effet fait part de son opposition à un projet qui doit pourtant permettre la décarbonation de l’industrie de Fos en créant une ligne électrique dite à très haute tension (THT) aérienne pour transporter l’électricité produite dans la vallée du Rhône. Cette ligne doit ainsi relier Jonquières-Saint-Vincent, près de Nîmes, à Fos-sur-Mer et traverser ainsi la Camargue.

    Sauf que ni les agriculteurs soucieux de préserver leur terre, ni les écologistes souhaitant protéger la faune très présente en Camargue, ni les acteurs touristiques voulant défendre la beauté des paysages n’acceptent l’installation de dizaines de pylônes de plus de 50 mètres. « La profession agricole réaffirme ici son opposition farouche à ce projet de ligne THT aérienne de 400 000 volts qui viendrait défigurer ce territoire unique. Cela condamnerait l’agritourisme, réduirait à nouveau la surface agricole française et imposerait de nouvelles contraintes aux agriculteurs », ont ainsi écrit une douzaine de syndicats agricoles gardois début juin dans un communiqué. En fin d’année dernière, la Dreal Occitanie avait pourtant estimé que le tracé ferait peser une menace directe sur cinq espèces d’oiseaux, mettant ainsi du plomb dans l’aile au projet. Les opposants s’imaginaient alors avoir remporté une bataille décisive. Mais c’était sans compter sur l’État qui compte bien avancer sur ce dossier avant la prochaine élection présidentielle. L’État a ainsi lancé le 13 mai l’instruction de la Déclaration d’utilité publique et les propos d’Emmanuel Macron fin mai sur ce projet jugé « nécessaire » inquiètent les opposants, qui y voient une volonté de passer en force.

    Un courrier aux agriculteurs met le feu aux poudres

    « Il y a une très forte pression des industriels », précise Luc Perrin, qui gère l’Association de sauvegarde de la Terre d’Argence (Asta). « On s’est donc rencontré avec les Camarguais et il y a la volonté de passer à la vitesse supérieure. Ce qui a aussi mis le feu aux poudres, c’est l’envoi par RTE d’un courrier aux agriculteurs pour les avertir qu’il y aurait des visites sur leur terrain avec des prélèvements et des analyses de sol. Il y a un arrêté préfectoral de 2023 qui impose à tout le monde de laisser entrer les agents de RTE chez soi sous peine de sanctions. » Face à cette situation, les agriculteurs travaillent à des parades comme le traitement de leur terrain dont l’accès serait ensuite interdit. Ils travaillent même avec des écologistes pour trouver des tortues cistudes. Car si la présence de cette espèce est détectée, les prélèvements dans un rayon de 500 mètres sont interdits.

    Samedi 6 juin, ils ont mené ensemble une action à Arles pour informer la population. Mais les opposants savent que cette mobilisation a peu de chance d’être suffisante. Beaucoup évoquent désormais la possibilité de créer une Zone à défendre (ZAD) dans le sud du département. Des contacts ont d’ailleurs déjà été noués avec des associations comme Générations Futures qui ont organisé la mobilisation à Notre-Dame-des-Landes pour s’appuyer sur leur expérience et s’inspirer de leur méthode. « S’ils veulent passer en force, ils auront Notre-Dame de Camargue. Il y a des gens qui sont prêts parce que la colère monte face au manque d’écoute de la population locale », confirme Luc Perrin.

  • Dans l’Hérault, un contrôle unique des exploitations agricoles mis en place

    Dans l’Hérault, un contrôle unique des exploitations agricoles mis en place

    C’était une demande de longue date des agriculteurs. En 2024, alors que la crise agricole s’abat sur l’Hexagone, les manifestants mettent en avant plusieurs revendications, dont la mise en place du contrôle unique de leur exploitation. Deux ans plus tard, la préfecture accède à cette demande en signant une charte avec la Chambre d’agriculture héraultaise, le 29 mai. « On s’est aperçu qu’il pouvait avoir plusieurs contrôles sur la même exploitation au cours de la même année. Cela peut être des contrôles liés à l’utilisation des produits phytopharmaceutiques, des contrôles liés à la Politique agricole commune, des contrôles sur l’eau, etc. Jusqu’alors, il n’avait pas d’éléments de coordination et nous avons recensé une quinzaine de cas d’agriculteurs qui avaient plusieurs contrôles durant l’année », soutient Jérôme Despey, président de la Chambre d’agriculture de l’Hérault.

    Signée par la FDSEA, les JA, la Coordination rurale et plusieurs corps de l’État, « cette charte donne un cadre partagé pour les bonnes pratiques entre les agriculteurs et les différents corps de l’État. L’exploitant contrôlé est présumé de bonne foi. Ce contrôle doit être programmable et réalisé physiquement sur l’exploitation. La charte ne comprend que les contrôles administratifs et exclut tout ce qui est obligation européenne, les contrôles sanitaires, tout ce qui est judiciaire. Elle n’affaiblit pas les missions essentielles de protection de la santé et de l’environnement », précise Chantal Mauchet, préfète de l’Hérault.

    Sur les 2 000 contrôles réalisés en 2025 dans le département, 25% étaient uniques. Une proportion qui sera amenée à augmenter, pour le bénéfice des agriculteurs. « Ces contrôles sont un sujet anxiogène. Les agriculteurs ont la boule au ventre, c’est très réglementaire. De façon pédagogue, la Chambre va accompagner les agriculteurs à préparer les contrôles et les pièces demandées », reprend Jérôme Despey, également secrétaire général de la FNSEA. La charte reconnaît aussi un droit à l’erreur pour les agriculteurs et prend en compte la saisonnalité des filières, là encore, pour « ne pas rajouter du stress ». L.D.