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  • « Nous avons une gestion saine et rigoureuse »

    « Nous avons une gestion saine et rigoureuse »

    La Marseillaise : Depuis combien de temps êtes-vous engagée en politique ?

    Pascale Eugène : J’ai commencé dans la fonction publique en 1988. Je travaillais à la mairie d’Alès et j’étais secrétaire parlementaire de Gilbert Millet (PCF), qui était à l’époque député du Gard. J’ai fait une pause après avoir eu des enfants et j’ai repris du service quand Patrick Malavieille a été élu député du Gard. Après avoir passé différents concours, j’ai travaillé pour Alès agglomération et depuis 2020 je travaille au cabinet du maire de Saint-Martin-de-Valgalgues. En 2009 j’ai été élue municipale à la Grand-Combe et je suis adjointe aux finances depuis 2022. Je suis aussi membre du Parti Communiste depuis de nombreuses années.

    Quel bilan tirez-vous du mandat effectué à La Grand-Combe ?

    P.E. : Beaucoup de projets sont en cours, comme notamment la rénovation énergétique des écoles. Il y a aussi la rue Nelson Mandela qui a été un gros dossier. Nous avons un gros projet d’ombrière derrière la maison de santé. Nous avons aussi un projet de city-stade à la demande du conseil municipal des enfants.

    Dans quel état sont les finances
    à La Grand-Combe ?

    P.E. : Le budget de fonctionnement est de 10 millions d’euros et 8 millions en investissement. Nous avons un excédent de fonctionnement cumulé qui s’élève à 3,5 millions, ce qui permet d’avoir de belles ambitions pour la suite. Nous avons une gestion saine et rigoureuse des finances. Ces dernières années, nous sommes contraints d’être encore plus vigilants.

    Comment vont se dérouler les prochains mois avant le début officiel de la campagne municipale ?

    P.E. : Maintenant que l’accord avec le PS est acté et que la liste est montée, nous avons eu notre premier comité de campagne lundi 8 septembre. Nous commençons à co-construire notre programme. Nous allons maintenant aller à la rencontre des habitants grâce notamment à des réunions publiques.

  • Musée de la Navale : quand la mémoire ouvrière dérange

    Musée de la Navale : quand la mémoire ouvrière dérange

    « Depuis 36 ans, après avoir défendu les chantiers, puis ces travailleurs, puis sa mémoire, nous avons eu une seule promesse de musée en 2005, qui n’a jamais été tenue », rappelle pour commencer Lucien Conac, le président de l’Association pour le maintien des intérêts des anciens de la Navale à La Seyne (Amians). Un long combat au cours duquel ses bénévoles n’ont cessé d’être force de proposition. Comme en 2021, où l’Amians présente un projet de 300 mètres carrés dans le vaste espace libre de plus de 10 000 m² derrière le casino Joa. En dehors des moyens de la Ville, lui répond-on alors.

    « Sentant l’oubli venir nous avons voulu faire réagir et proposer en 2024 quelque chose d’incontestablement possible puisque déjà décidé par la municipalité en 2005 », reprend le responsable associatif. En l’espèce, la création d’un espace muséal ouvert à tous dans le local que l’association occupe actuellement au 2e étage de la porte principale des Chantiers, un des seuls vestiges témoins de cette histoire ouvrière encore debout.

    Rien de pharaonique. Puisqu’il s’agit d’abattre quelques cloisons pour dégager une salle d’exposition permanente de 70 m².

    L’ancienne maire LR Nathalie Bicais « laisse croire qu’elle accepte »… Mais rien n’est fait. Et celui qui tient les rênes de la ville depuis qu’elle a été empêchée, Jo Minniti (DVD), semble poursuivre cette longue période de procrastination.

    « Il nous a reçus le 27 juin et c’est ce jour-là qu’il nous a confirmé que les travaux étaient reportés aux grandes vacances 2026 », explique le président de l’Amians. D’où son incompréhension d’avoir récemment lu dans la presse celui-ci prétendre que c’était l’association qui était responsable de ce retard, l’accusant entre autres de bloquer l’ouverture du chantier.

    Pour un vrai un lieu de mémoire des chantiers

    L’association dément et nous montre le petit local dans lequel dès la fin des classes de la Navale les bénévoles ont transporté tout ce qu’ils souhaitaient conserver, afin de laisser place au chantier.

    Vraisemblablement c’est le stand tenu au forum des associations pour présenter le projet et continuer à faire signer la pétition, recevant le soutien de la population mais aussi d’élus et de candidats qui a provoqué la réaction du premier magistrat.

    Concernant la deuxième attaque portant sur la volonté soi-disant de l’Amians de ne pas partager l’espace, le président est encore plus clair. « Ce que nous voulons c’est un authentique lieu de mémoire pour raconter l’histoire de la construction navale seynoise, pas une maison des associations. »

    Et de préciser : « Nous sommes pour travailler avec tout le monde, toutes les associations, toutes les personnes qui ont autorité pour le faire sur la vie des chantiers. Mais pas n’importe comment. Il faut qu’il y ait un directeur qui soit désigné pour ses compétences et son engagement. »

    Le problème est peut-être beaucoup plus politique. Puisqu’il y a également une volonté de la Ville de modifier les classes de la Navale dans lesquelles les membres de l’Amians sont également engagés, révèle Lucien Conac. Et de poursuivre : « Lorsque nous avons pris contact avec l’inspectrice de l’Éducation nationale de l’époque, il était bien question, dans le programme d’histoire, d’apporter notre appui aux enseignants pour traiter l’histoire de la révolution industrielle à partir des réalités locales. » Or ce qui serait dans les tablettes c’est de s’orienter davantage sur la modification du paysage, s’insurge-t-il.

    Un sujet nettement moins subversif, c’est clair. Puisque cela permet d’évacuer l’histoire de la concentration de capitaux par les propriétaires des moyens de production. Mais aussi de toutes les luttes sociales menées par les travailleurs qui se sont battus pour une vie meilleure.

    « Et nous, si on parle des Trente glorieuses, c’est pareil. C’est parce que nous avons eu la chance de vivre une période où il y avait de grands syndicats puissants, bien organisés dans de grandes entreprises que nous avons réussi à avoir des progrès extraordinaires », conclut le président de l’Amians.

    C’est ça la mémoire ouvrière. Ça ouvre aussi des perspectives.

  • Alès : la gauche se fixe un ultimatum

    Alès : la gauche se fixe un ultimatum

    Dans la capitale des Cévennes, la gauche partage un constat : sans union, les municipales de 2026 sont perdues. « L’union est une condition nécessaire mais pas suffisante », résume Armand Crépin, chef de file des Insoumis à Alès. En effet, au vu de la montée de l’extrême droite et d’un Christophe Rivenq (LR) qui occupe déjà le fauteuil de maire et espère donc bénéficier de la prime au sortant en étant très présent sur le terrain, la gauche sait qu’il faudra élargir sa base électorale.

    Mais avant, l’union est donc indispensable entre le Printemps alésien composé des Communistes et de Place publique et Maison commune emmenée principalement par les socialistes et les insoumis. Tout l’été, des discussions ont eu lieu entre les deux organisations pour parvenir à une première réunion le 8 septembre où chacun a renouvelé sa volonté de travailler pour parvenir à un accord. « On accélère le rythme des négociations pour terminer rapidement. Pour l’instant, il n’y a rien d’indépassable », précise l’insoumis. « Il y a eu rapprochement », confirme aussi Giovanni di Francesco, le secrétaire de la section communiste d’Alès.

    Blocage autour

    de la tête de liste

    L’optimisme était donc de rigueur après cette rencontre. Les deux organisations se sont données jusqu’à la fin du mois pour parvenir à un accord. Mais le réel point de blocage reste le mode de fonctionnement de la désignation de la tête de liste. Aujourd’hui, trois hommes ont confirmé leur désir d’être candidats : Paul Planque (PCF) pour le Printemps alésien, Basile Imbert (PS) et Armand Crépin (LFI).

    Malgré cet embouteillage pour occuper la fonction, le nouveau chef de file du PS alésien, Basile Imbert, reste optimiste : « Il n’y a rien d’insurmontable. Sur le projet politique, nous sommes d’accord sur 99,9%. Pour l’instant ça n’a pas abouti. Nous voulons que toutes les décisions se prennent de la manière la plus collégiale possible. Si localement on se met d’accord entre socialiste et insoumis, c’est que les communistes peuvent nous rejoindre. »

    Deux méthodes de désignation ont été posées sur la table et chacun doit désormais en discuter avec son organisation. En creux se pose également la question de la gouvernance de la structure pour que tout le monde y trouve sa place durant la campagne et que l’équipe soit opérationnelle si elle est élue en mars. Mais avec une volonté forte d’inclure des citoyens sur la liste tout en respectant les équilibres de chaque famille politique, la constitution de cette liste n’est pas évidente. « On partirait sur une réunion qui regroupe les deux structures autour du 20 ou 25 septembre où se prendra la décision au consensus de la tête de liste après discussion et débat », explique Giovanni di Francesco sans donner plus de détails.

    Fin septembre pourrait donc être officialisée la tête de liste de l’union de la gauche à Alès. « On deviendrait figure d’exception de trouver une union de toute la gauche. Ça devient très rare. Mais l’importance c’est aussi d’avoir toute la gauche unie pour ne pas refaire les erreurs du national », conclut Armand Crépin.

    « L’union est une condition nécessaire mais pas suffisante »

  • « Avant de partir, je distribuais des tracts pour l’Algérie »

    « Avant de partir, je distribuais des tracts pour l’Algérie »

    La Marseillaise : Pourquoi avez-vous décidé d’écrire ce livre ?

    Michel Ogulinac : Je me disais qu’il fallait que j’écrive sur l’Algérie, sur cette époque-là, qui a été un moment extrêmement important de ma jeune vie. Sur la base de toute une documentation que j’ai gardée, j’ai construit quelque chose de très personnel. Je voulais sortir des sentiers battus en racontant ce que j’ai réellement ressenti lors de la traversée de ces événements quotidiens alors que je portais en moi l’idée de l’indépendance.

    Comment s’est déroulé votre départ
    de France ?

    M.O. : Mon père était un responsable communiste de la Dordogne et il m’a demandé si j’allais partir. Je lui ai dit que j’y allais, comme tous mes amis. Je n’avais pas suffisamment de courage, je n’avais pas suffisamment de maturité pour refuser de partir.

    Quel est votre ressenti en arrivant en Algérie ?

    M.O. : Avant de partir à l’âge de 16 ans, je distribuais des tracts partout pour la paix en Algérie. L’Indochine se terminait et j’avais été très marqué par les écrits que j’avais lus sur la guerre de Corée. Quand je suis parti, j’étais acquis à l’idée d’indépendance du pays. Mon ressenti, c’est à la fois la guerre mais aussi des réflexions sur les personnes qui m’entouraient, des descriptions de paysages. Mais mon ressenti, c’est surtout l’examen de cette misère abominable qui régnait dans les villages que nous étions chargés de surveiller, c’est-à-dire les gamins avec des maladies, le typhus, le choléra, la tuberculose, le tétanos… Moi, je faisais l’école et avec des copains infirmiers, on essayait de les soigner. Ma mission personnelle concernait mon comportement de chaque jour en Algérie.

    Comment se sont déroulées vos relations avec la hiérarchie ?

    M.O. : Les tiraillements, je les ai eus avec ma hiérarchie. Les rapports étaient différents selon les gradés. Un jour, des excès avaient été commis dans un village où un type s’était fait tabasser. J’ai dit que j’étais opposé à ces méthodes, le ton est monté avec l’adjudant qui m’a dit : « C’est à cause de petits cons comme toi qui manifestent en France que l’on va perdre l’Algérie. » Il m’a mis en quarantaine. Au bout de 4 ou 5 jours, mes copains sont venus me voir en cachette et ils ont réussi à faire céder le chef. Je raconte aussi une scène où un chef de poste un dimanche matin, alors que le calme régnait, s’est mis à tirer sur le village en contrebas, heureusement sans blesser personne. Il était complètement bourré.

    Comment êtes-vous rentré ?

    M.O. : Je suis rentré le 20 mars 1962, deux mois plus tôt que ce qui était prévu parce que je suis tombé malade. Je réserve une dizaine de pages pour décrire la situation qui existait à ce moment-là parce qu’avec ma future épouse, nous avions envisagé, après l’indépendance, d’aller y enseigner. Nous avions même les billets en poche. Mais la fin de la guerre était extrêmement violente de la part de l’OAS, qui détruisait tout. Ma femme était enceinte et cela nous a poussés à ne pas y aller.

    * « Mon Algérie », de Tralimet à Mechta Guergour (1960-1962), Michel Ogulinac, Société d’Histoire d’Aigues-Vives, 170 pages, 18 euros.

  • Nîmes : le Jazz Festival fait danser l’automne

    Nîmes : le Jazz Festival fait danser l’automne

    Chaque automne, l’Agglomération nîmoise se met au diapason. Du 12 septembre au 18 octobre, le Nîmes Métropole Jazz Festival reprend son itinérance, de Nîmes à Sernhac, de Bouillargues à Caissargues, avec une programmation toujours plus audacieuse.

    Cette 19e édition a choisi pour fil rouge les zazous, dandys frondeurs des années 40, amoureux fous du jazz, qui défiaient l’ordre établi en dansant swing « sous le nez des oppresseurs ». « Les zazous, c’est sérieux », rappelle Stéphane Kochoyan, directeur artistique du festival. Leur esprit joyeux et libre irrigue toute la programmation : un jazz sans frontières, festif et insolent. Le festival s’ouvrira par un grand concert gratuit aux Jardins de la Fontaine, le 12 septembre, avec Cimafunk, groupe cubain en pleine ascension internationale mêlant funk et héritage latino. Une mise en bouche explosive avant un mois de découvertes.

    « Conquérir un nouveau public »

    « Le but est de conquérir un nouveau public », souligne Gaël Dupret, élu en charge de la culture à Nîmes Métropole. L’édition 2025 ne manque pas de nouveautés : le Vallon d’Escaunes à Sernhac se transformera le 14 septembre en scène musicale et familiale, avec fanfares locales, installation sonore dans le tunnel romain et un concert du duo 20Syl & Christophe Panzani.

    Les amateurs de grands noms retrouveront Dee Dee Bridgewater (2 octobre à La Calmette), le contrebassiste Henri Texier (4 octobre à Sainte-Anastasie), le chanteur malien Salif Keita (11 octobre à Milhaud) ou encore les moustachus de Deluxe (14 octobre à Paloma). L’esprit swing ne sera pas oublié avec les Pink Turtle et leur bal participatif (27 septembre à Cabrières), ou la trompettiste Bria Skonberg, l’une des révélations internationales de cette édition (9 octobre à Saint-Chaptes).

    Comme chaque année, la scène locale aura voix au chapitre, via les premières parties et les concerts du festival OFF coordonné par l’association Jazz 70. Conférences, projections, bals swings et rencontres viendront compléter l’événement, pensé comme une fête intergénérationnelle. En un mois, ce sont plus de 30 rendez-vous qui feront voyager le public, entre traditions jazz et métissages modernes. Swing contagieux garanti, car comme le chantait Andrex, « méfiez-vous, c’est contagieux ! »

    * Programme et billetterie sur nmjf.fr

  • La France sera-t-elle bloquée le 10 septembre ?

    La France sera-t-elle bloquée le 10 septembre ?

    François Bayrou a-t-il craint le mouvement du 10 septembre ? En annonçant un vote de confiance le 8 septembre, le Premier ministre a de grandes chances de tomber mais il éteindra peut-être la mobilisation prévue deux jours plus tard.

    Car l’appel à « bloquer tout » lancé sur les réseaux sociaux par des groupes nébuleux a très vite pris de l’ampleur, attisé par la présentation du budget du Premier ministre. Au vu de l’ampleur prise sur internet, le gouvernement a rapidement pris conscience de l’émergence d’un mouvement apartisan et sans chef qui rappelle en tout point celui des Gilets Jaunes. Certains d’entre eux ont d’ailleurs réactivé les groupes qui se rassemblaient sur les ronds-points mais nul ne peut pour l’heure prévoir l’ampleur de la mobilisation. Les formes d’action sont également floues entre grève, boycott de certains produits, désobéissance civile ou blocage de la circulation.

    Mais une partie des Français semble bien décidée à se mobiliser. Depuis la mi-août, les groupes se multiplient sur les réseaux sociaux et notamment sur Telegram pour l’organisation de cette journée. Ces discussions ont permis l’émergence de réunions qui se sont déroulées un peu partout sur le territoire.

    La CGT et la gauche au soutien

    Dans le Gard par exemple, si des citoyens se sont déjà retrouvés à Nîmes, Génolhac ou à Alès et ont déjà tracté au « rond-point des Gilets Jaunes » route de Bagnols-sur-Cèze pour informer sur le 10 septembre, de nombreuses autres réunions sont prévues samedi 30 août comme au Stade des Costières de Nîmes (16h30) ainsi qu’à Bessèges (18h) et au Vigan (12h). Dans l’Hérault, ils étaient déjà 200 pour la 4e assemblée générale devant le Corum mardi 26 août et se sont mis d’accord pour débuter les actions à 6h du matin.

    Prise de vitesse par le mouvement des Gilets Jaunes qu’elle a mis du temps à soutenir, la gauche, de LFI au PS, a cette fois immédiatement soutenu l’initiative. Jean-Luc Mélenchon a même appelé à la grève générale. « Il y a eu une première réunion à Alès où il y avait 35 personnes avec des gens qui venaient à titre personnel. L’enjeu pour nous c’est de maintenir l’autonomie et l’indépendance du mouvement, donc d’être en soutien et pas à la manœuvre. On espère que les syndicats vont s’activer parce qu’on en a besoin », rappelle Armand Crepin, chef de file de la FI à Alès.

    Mercredi 27 août, la CGT a annoncé se lancer dans le mouvement : « Nous avons décidé d’appeler à la grève pour la journée du 10 septembre et on proposera à l’intersyndicale nationale une date unitaire en septembre », précise Marie Dufresne, secrétaire générale de la CGT du Gard.

  • Les vendanges, un moment de convivialité

    Les vendanges, un moment de convivialité

    « Un jour, il faudra qu’on fasse appel à des professionnels mais on sait que certains de nos amis seront déçus », reconnaît Samuel. Depuis la veille, cet architecte de formation supervise la récolte du raisin aux côtés d’Adrien, qui pilote le tracteur pour ramasser les caisses pleines entre les rangées de vignes.

    En ce samedi matin d’août, une vingtaine de bénévoles se retrouvent à nouveau sur une parcelle à Pompignan, dans le sud du Gard. Malgré l’heure matinale (6h30), la bande admire le liseré orange du soleil qui se dessine à l’horizon et illumine le clocher du village. L’équipe est différente de la veille et tous ne se connaissent pas forcément. Des amis venus de Marseille, de la famille ayant posé des congés fin août ou de simples voisins ont répondu présents.

    Après un café, Samuel donne les consignes : « Faites attention à vos doigts, hier nous avons eu une coupure ! Nous allons récupérer du grenache blanc qui n’est pas facile d’accès, donc vous coupez comme vous le pouvez. Il faut être deux par rangée, face à face, pour ne rien oublier. Par contre, on laisse tomber au sol les grappillons », lance-t-il, une petite grappe de raisins pas encore mûrs à la main pour illustrer son propos. « Les anciens laissaient les grappillons sur la vigne. Des Lozériens descendaient un mois plus tard quand le raisin avait mûri et ils le ramassaient pour faire du vin quasiment gratuitement. C’est ce qui a donné le mot grappiller », explique Adrien, 33 ans, issu d’une famille de viticulteurs. L’anecdote qui permettra de briller en société en poche, les participants armés d’une petite veste pour supporter un mercure descendu à 12 degrés, s’élancent dans les rangées de vignes.

    Et immédiatement, la parole se libère. Que ce soit des amis heureux de travailler ensemble ou deux inconnus qui apprennent à se connaître, les discussions vont bon train alors que les caisses remplies s’accumulent au pied des vignes. « Ce que j’ai préféré, c’est le lever de soleil au milieu des vignes avec des têtes qui sortent d’un peu partout. Dans ce moment-là, on imagine ce paysage autour de nous qu’ont connu des générations et des générations avant nous et qui venaient déjà faire les vendanges. Le fait d’être face à face et d’aller au même rythme, ça favorise des discussions sympas », confirme Kéa, une voisine venue pour l’occasion.

    Vers 10 heures, sous des rayons du soleil de plus en plus chauds, le groupe s’accorde une pause ombragée avec fromage et pâté au menu, accompagnée bien évidemment d’un verre de rouge du vignoble. « Pour nous, c’est un peu plus d’organisation d’avoir des amis et de la famille parce qu’on fait nos relevés de sucre et il faut que les gens soient disponibles quand le raisin est mûr. Mais le côté familial et l’ambiance qui va avec est hyper importante. Ça nous pose forcément question que les gens viennent nous aider gratuitement, mais chaque année, les potes nous demandent de ne pas embaucher pour pouvoir revenir », explique Adrien.

    Une histoire d’amitiés

    Restée dans l’entrepôt à Saint-Hippolyte-du-Fort où sont rassemblés les cuves et le vieux pressoir, Charlie réceptionne les caisses de raisins pour commencer à les presser. « Pour moi, les vendanges, c’est 90% de joie et d’intensité positive et 10% de charge mentale et de stress. Ce sont de très beaux moments qui marquent la concrétisation de tout ce qu’on a fait dans l’année. C’est intense, mais c’est aussi très beau de voir tout le monde dans les champs, dans la vigne. C’est l’un des meilleurs moments de l’année avec la taille », explique cette ferronnière qui garde deux gros chantiers par an pour s’en sortir.

    Car les trois comparses ont lancé ce projet un peu fou après la pandémie. Adrien a hérité d’une petite parcelle d’1,5 hectare et les trois amis ont décidé de se lancer, avec l’exigence de réaliser un vin le plus bio possible. Naît alors le domaine de Riu Pintat, pour « rivière ivre » en occitan, en référence au Vidourle qui coule tout proche. Aidés et conseillés par d’autres viticulteurs « nature », ils rachètent d’autres parcelles, peaufinent leur méthode de vinification et passent de 1 500 bouteilles produites en 2022 à 3 000 en 2023 puis 7 000 en 2024. Cette année, ils en ont produit 10 000 et espèrent en compter 18 000 avec la toute nouvelle récolte.

    « Il va falloir les vendre différemment. Il faut qu’on se projette sur plus de secteurs et aller un peu plus loin. Mais pour l’instant, les ventes marchent bien parce qu’on vient de finir de vendre les 7 000 bouteilles de 2024, donc on n’a quasiment pas de stock », précise Charlie qui va ajouter aux cuvées de blanc et de rouge un blanc de macération aussi appelé vin orange, qui portera le nom de Didsmaü (mauvaise famille en occitan). Adrien et Charlie (Samuel va prendre du recul pour se consacrer à la maçonnerie) espèrent ainsi pouvoir vivre de leur nouvelle passion dès cette année.

    De leurs côtés, familles et amis, qui ont déjà prévu de revenir l’an prochain, ont rejoint Charlie à l’entrepôt pour partager un bon repas chaud.

    Si certains glissent leur verre sous le pressoir pour recueillir le précieux jus de raisin tout juste récolté, beaucoup attendent de pouvoir le goûter dans quelques mois avec quelques degrés d’alcool supplémentaires. En attendant, ils repartent avec le sourire et avec quelques bouteilles de la cuvée précédente en guise de remerciement.

    « Chaque année,
    les potes nous demandent
    de ne pas embaucher pour pouvoir revenir »