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  • L’OM intraitable à Metz

    L’OM intraitable à Metz

    Les Olympiens le savaient. Rendre visite au dernier de la classe ne serait pas une partie de plaisir. Le scénario du match à Metz l’a démontré. Car ce n’est qu’après un long travail de sape de plus d’une mi-temps que les Phocéens ont fini par voir leurs efforts récompensés.

    Face à un collectif lorrain qui s’est recroquevillé devant son but, l’OM a dû se lancer dans un travail de sape de longue haleine. Pour préparer le terrain, Roberto De Zerbi misait sur le culot de Robinio Vaz. Préféré à Amine Gouiri ou Pierre-Emerick Aubameyang, il a passé la première période à peser sur une défense messine souvent proche du point de rupture.

    Monopolisant le ballon, les Olympiens n’arrivaient pas à concrétiser leur supériorité. Même lorsque Jonathan Fischer semblait trompé par Mason Greenwood, le montant gauche venait en aide au gardien lorrain (30). Alors que Robinio Vaz manquait de puissance pour conclure sur une action de passe à dix marseillaise, dans la surface mosellane (38).

    C’est après la pause que l’OM allait enfin être récompensé. Après que Mason Greenwood ait touché la transversale de Jonathan Fischer, Igor Paixão, tenu en échec une première fois, prenait sa revanche sur le gardien danois du FC Metz, en ouvrant le score avec la complicité de Sadibou Sané. Un premier coin était enfoncé dans le système messin. Un second le sera quelques minutes plus tard, par Matt O’Riley, plaçant l’OM sur la voie royale. Avant qu’Amine Gouiri n’ouvre enfin son compteur but.

    Le succès obtenu en Lorraine permet aux Marseillais d’envoyer un nouveau signal. Avec trois points supplémentaires, ils reprennent la tête de la Ligue 1. En attendant les prestations de Lyon et du PSG, qui joueront contre Toulouse et Lille dimanche, les hommes de Roberto De Zerbi imposent leur rythme à leurs rivaux.

    METZ – OM 0 – 3 (0 – 0)

    7è journée de Ligue 1

    Stade Saint-Symphorien (25 000 spectateurs environ).

    Arbitre : C. Turpin.

    Buts : Paixão (51), O’Riley (69), Gouiri (76).

    METZ : Fischer – Sané, Yegbé, Gbamin (Colin, 21) – Kouao, Traoré, Deminguet (Touré, 79), Ballo-Touré (Tsitaïshvili, 79) – Hein ( c ), Diallo (Madjo, 79), Sabaly.

    Entraîneur : S. le Mignan.

    OM – Rulli – Weah (Murillo, 80), Pavard, Aguerd, Emerson – O’Riley (Vermeeren, 85) Gomes (Balerdi, 63), Höjbjerg ( c ) – Greenwood, Vaz (Gouiri, 63), Paixão (Nadir, 80).

    Entraîneur : R. De Zerbi.

  • Le départ de la Mosson tombe à l’eau

    Le départ de la Mosson tombe à l’eau

    De la Mosson à la Mosson. Depuis 2014 et les inondations dévastatrices de la Mosson, rivière éponyme, qui borde le stade, Montpellier va de projet de déménagement en projet de déménagement pour s’inscrire dans la modernité du football du XXIe siècle. Il a imaginé un stade Louis-Nicollin novateur dans le quartier Cambacérès, à proximité d’Odysseum, de la nouvelle gare, de l’autoroute…

    à défaut de ce site idéal, Laurent Nicollin et toute son équipe ont envisagé une implantation sur le site d’Ode à la mer, puis plus récemment aux abords du Parc des Expos. Par la faute de normes aériennes, du renoncement de la Banque des territoires ou de volonté politique, la porte s’est refermée.

    Mercredi 1er octobre, sur le parvis du stade de la Mosson, en marge de la photo officielle, le président du MHSC a acté le retour à la case départ au côté du maire Michaël Delafosse, désireux d’engager des travaux de rénovation du stade et de poursuivre la transformation du quartier. « Dans la vie, j’ai toujours estimé que c’était important pour le club d’avoir un nouvel outil pour pouvoir développer et pérenniser le club. On ne va pas s’arc-bouter et s’entêter à faire des projets qui ne sont pas possibles sur le plan financier. Dans la vie, quand tu peux t’acheter une baguette de pain, tu n’en achètes pas quatre. Il y a des choses qui sont possibles de faire, d’autres qui ne sont pas possibles. C’est une déception d’autant que le groupe [Nicollin, Ndlr] a mis beaucoup d’argent », constate Laurent Nicollin, qui vient par ailleurs de vendre la section féminine à un groupe anglais : Crux Football, fondée par Bex Smith (lire aussi ci-contre).

    À six mois des prochaines municipales (15 et 22 mars), le maire Michaël Delafosse reprend l’affaire en main et veut rénover le stade de la Mosson, « dans son jus » depuis 1998 et l’accueil de la Coupe du monde de football. Sans évoquer le montant de l’investissement nécessaire, il veut remettre à neuf cette enceinte, enclavée au bout du quartier de la Paillade.

    « On doit être au côté

    du club »

    « On doit être au côté du club et de la famille Nicollin. Cela consiste à porter un projet ambitieux pour accompagner le projet sportif du club. Ce stade est dans son jus depuis 98. à l’exception des loges et de la pelouse, il n’y a pas eu d’investissement. Il va donc y avoir des investissements sur le stade. Il y a le stade en lui-même, et puis il faut donner à nos supporters, à nos spectateurs une expérience. Il faut que ça devienne un lieu de vie. Donc, on va épaissir 15 000 mètres carrés. On va écouter les demandes du club pour voir comment ils peuvent mieux recevoir pour accompagner le modèle économique du club. Évidemment, on va se lancer dans ce projet-là qui s’inscrit dans la transformation du quartier », détaille Michaël Delafosse.

    Développement de surfaces commerciales, de bars, recalibrage de l’avenue Heidelberg, pour créer un espace sécurisé pour accéder au stade en famille, création d’un parking relais, connecté avec la ligne 3 et la ligne 1 du tramway, mais aussi le futur COM (contournement Ouest de Montpellier) sont autant d’idées émises par Michaël Delafosse pour aboutir à l’horizon 2030.

    Seulement, le stade est exposé au risque d’inondation dans un monde en plein dérèglement climatique. Le 31 mai 2017, sa candidature pour être le site d’accueil du Mondial de rugby avait été recalée au bénéfice de Nice, hôte de l’Euro 2016 et du Mondial 2023.

    Il y a quelques semaines, le maire de Pérols Jean-Pierre Rico, furieux face à l’abandon du projet au Parc des Expos, avait mis en garde. « Conserver le stade à la Mosson, c’est tuer le MHSC. Je ne voterai pas, dans la prochaine mandature, pour jeter 70M d’euros dans un stade qui est en zone inondable. »

    La Métropole a engagé des études hydrauliques pour effectuer les travaux nécessaires et répondre à « la vulnérabilité inondation du stade ».

    À six mois du scrutin municipal, le maire de Montpellier, entouré de Christian Assaf et Hervé Martin, respectivement en charge des sports à la Métropole et à la mairie, étouffe presque dans l’œuf le probable débat autour de la Mosson. Sur son aile gauche, les Verts de Jean-Louis Roumégas, LFI de Nathalie Oziol ou le groupe d’opposition de la Mupes, présidé par Alenka Doulain, plaident tous pour rester à la Mosson. Et si, tout comme son illustre prédécesseur Georges Frêche, Michaël Delafosse n’avait jamais voulu quitter la Mosson ?

    Au fond, la rénovation du stade réjouit la gauche. Laurent Nicollin, peut-être un peu moins.

  • La Confédération célèbre l’agriculture paysanne

    La Confédération célèbre l’agriculture paysanne

    Cette année, le syndicat agricole a souhaité changer le nom de son traditionnel rendez-vous automnal en l’appelant la Fête de l’agriculture paysanne pour « laisser plus de place et de visibilité à l’Addearg du Gard et à Solidarité Paysans 30 qui œuvrent à l’installation, la transmission et au maintien d’une agriculture paysanne gardoise ».

    Cette année, l’Addearg (Association départementale pour le développement de l’emploi agricole et rural du Gard) et Solidarité Paysans 30 (un réseau qui aide les agriculteurs en difficulté) s’associent donc à la Conf’ paysanne pour l’organisation de cette fête qui se déroule au foyer communal de Garrigues Sainte-Eulalie, petite commune à trente minutes au nord de Nîmes.

    Les animations à 14h avec une ferme pédagogique et différents ateliers découvertes et initiation. Une animation suivra (14h30) par l’Addearg sur les transmissions des exploitations liées aux nombreux départs à la retraite dans l’agriculture. Un loto paysan sera organisé à 16h pour soutenir la Conf’ avant l’apéro, suivi de concerts et d’un karaoké organisé par le groupe « Mange pas le micro ».

    Le lendemain, la fête s’ouvre à 9h sur un marché paysan, un forum associatif, une ferme pédagogique, un parc de jeux en bois pour les enfants et l’élection de la « 6e cuvée du fruit des luttes ». Une table ronde sera ensuite organisée (10-12h) sur l’installation agricole en présence de Cécile Gazo, doctorante en sociologie de l’École nationale supérieure agronomique de Toulouse. Après le repas paysan*, la chorale militante les Simones (14h) et la Criée d’Adi la messagère (15h) animeront l’après-midi. Tout le week-end, des foodtrucks et une buvette seront aussi disponibles sur place.

    * Réservation au 06.31.13.73.76

  • Lucien Molino. La première caisse de la Sécu à Marseille

    Lucien Molino. La première caisse de la Sécu à Marseille

    De nombreuses initiatives avaient été prises auparavant pour ne citer que les assurances sociales mises en place en 1930. Ce fut le premier régime obligatoire mettant le patronat à contribution pour servir un minimum de prestations en cas de maladie, maternité, invalidité, vieillesse, décès.

    Enfin, il fallut attendre la libération de notre pays pour que, en accord avec le programme du Conseil national de la résistance soit reprise l’idée de la Sécurité sociale sous la responsabilité de notre camarade et ami communiste Ambroise Croizat avec l’investissement des dirigeants syndicaux CGT et le concours du directeur général, Pierre Laroque, qui s’exprimait encore, en 1993, en ces termes : « Lorsque s’ouvre l’année 1947, la mise en place de l’organisation Sécurité sociale arrive à son terme, les textes fondamentaux sont adoptés et publiés. Les institutions nouvelles fonctionnent, les problèmes essentiels de locaux, de personnel, de matériel sont résolus. La Sécurité sociale est devenue l’élément de la vie quotidienne des Français. »

    La Sécurité sociale dans les Bouches-du-Rhône

    L’appui de la CGT n’a jamais cessé, depuis 1945, lorsque Ambroise Croizat et Pierre Laroque sont venus à Marseille nous demander de les aider afin d’ouvrir la première caisse dans un délai prévu. Nous avions appliqué les trois huit, travaillant jour et nuit et nous avons réussi, avec enthousiasme, à édifier une œuvre qui nous plaçait en tête de toutes les nations capitalistes dans le domaine des lois sociales.

    Notre gestion des caisses de Sécurité sociale permettait d’envisager pour les assurés sociaux de meilleures prestations et de belles réalisations. La première caisse à Marseille fut édifiée au square Stalingrad où se trouve actuellement le bureau des PTT.

    Une leçon pour le présent

    C’est du passé, mais une leçon pour le présent. Le système de protection sociale français, garantissant de nouveaux droits et devoirs, fut créé après la Libération alors que le pays était exsangue ! Fondé sur la répartition et la solidarité, il a permis que le pays se relève parce que les hommes s’étaient investis et que l’État assumait ses fonctions au service de la société tout entière. Pourtant, depuis le début, de multiples tentatives d’atteintes à ce système ont été faites par les gouvernements qui se sont succédé, dirigés soit par la droite, le RPR et l’UDF, soit par le Parti socialiste.

    Aujourd’hui, des milliards peuvent être récupérés pour améliorer et développer la Sécurité sociale avec la participation des employeurs. Il faut instaurer pour les entreprises un mode de cotisation basé sur la plus-value réellement ajoutée au travail et non sur le nombre de salariés.

    Applications du programme du CNR

    Les comités d’entreprise (ordonnance du 22 février 1945 et loi du 16 mai 1946) et aussi les comités techniques paritaires de la fonction publique furent une traduction concrète des objectifs affichés dans le programme du CNR. Mais l’adoption de la loi de 1946 fut laborieuse. Nous avions affaire à un patronat qui, avec la complicité de relais à l’Assemblée nationale, était soucieux de préserver les fondements de l’économie capitaliste, la propriété privée et le pouvoir exclusif des dirigeants d’entreprises. Je me souviens que cet avant-projet d’ordonnance était fort limité, nous décevait sans pour autant empêcher les réserves patronales. Nous en avions discuté avec Ambroise Croizat et Albert Gazier, réformiste et responsable de la CGT.

    L’assemblée consultative déposa un amendement pour améliorer le texte initial mais il ne fut pas pris en compte dans l’ordonnance. Dès le 24 février, nous affichions notre volonté de faire modifier ce texte insuffisant. Il aura fallu la démission du général de Gaulle et la grande victoire des partis de gauche pour que notre proposition soit votée à l’unanimité et donne le texte qui allait devenir la loi du 16 mai 1946. C’est ce nouveau texte qui fonda véritablement les comités d’entreprise en rupture avec le passé. Mais la réaction tendait d’accréditer l’idée que les CE étaient le prolongement des comités sociaux de la Charte du travail de Vichy, pur mensonge dont le but était de démobiliser les CE.

    Avec l’ordonnance du 22 février 1945 complétée par la loi du 16 mai 1946 qui rendit obligatoire la création de comités d’entreprise dans toute entreprise ou établissement de plus de 50 salariés, élu pour 2 ans, le CE disposait d’attributions consultatives pour assurer l’expression collective des salariés. Il gérait les activités sociales et culturelles.

    Cette belle loi de progrès constituait une arme puissante entre les mains des travailleurs, pour agir sur la production, les prix de revient et les œuvres sociales.

    La loi institua aussi, pour les ouvriers du bâtiment, des indemnités couvrant une partie des risques dus aux intempéries, ce qui satisfaisait une très ancienne revendication des salariés de ce secteur, ce qu’ils doivent à Ambroise Croizat. Cette législation a été plusieurs fois remaniée. La loi de 1966, l’ordonnance du 17 avril 1947 et la loi du 28 octobre 1982 ont renforcé les attributions du comité d’entreprise : le chef d’entreprise a l’obligation de lui fournir l’information économique nécessaire et le champ de la consultation a été élargi à la formation et aux suppressions d’effectifs. Une autre loi de décembre 1993 permet aux entreprises comprenant de 50 à 200 salariés d’opter pour une délégation unique du CE et les délégués du personnel, ceux-ci disposant d’un mandat de deux ans. Malgré les attaques, la CGT demeure aujourd’hui la première organisation syndicale, comme le prouvent les élections. Mais la désindustrialisation et la montée de la crise ont contribué au déclin et la diminution du nombre de salariés par établissement a affaibli les syndicats. Plus de trois millions de chômeurs pèsent non seulement sur les recettes de la Sécurité sociale, mais facilitent une « dynamique répressive ». La diminution du nombre d’adhérents et de militants les rend moins présents sur les lieux du travail, ce qui pose le problème de la syndicalisation comme première tâche.

    à suivre la semaine prochaine…

  • [Chronique corse] Un nom illustre : Casabianca

    [Chronique corse] Un nom illustre : Casabianca

    On le trouve chez Vigny, qui, dans Servitude et grandeur militaire, fait dire à Napoléon : « Je n’aime pas qu’on emmène ses enfants [à la guerre] ; je ne l’ai permis qu’à Casabianca et j’ai eu tort. » Lamartine, quant à lui, a consacré une Ode à Luce et Giocante dans sa Vie des hommes illustres.

    Tout aussi remarquable, encore aujourd’hui, est le fait que le Commandant L’Herminier donna le nom de Casabianca pour titre à ses Mémoires.

    Car ce nom est aussi celui du sous-marin qui, le 27 novembre 1942, lors du sabordage de la flotte, réussit à s’échapper de Toulon. À l’heure où l’armée allemande est encore puissante en Méditerranée, le Casabianca mène plusieurs expéditions périlleuses entre Alger et la Corse occupée. Pendant dix mois, il débarque secrètement hommes, armes et munitions, et il contribue de manière décisive à la libération de l’île, le 4 octobre 1943.

    Considéré comme l’arme secrète de la Résistance corse, celui à qui les Allemands donnèrent même le surnom de « sous-marin fantôme » est, encore aujourd’hui, l’une des unités les plus décorées de la Marine nationale.

    Témoins d’un illustre passé

    Subsistent encore de nos jours, témoins de cet illustre passé, à Bastia, le nom de Giocante de Casabianca porté par le lycée polyvalent, situé dans la vallée du Fango ; ainsi que la tourelle du sous-marin située sur le port, et une rue du Commandant L’Herminier.

    Des traces de conflits passés certes différents mais qui témoignent tous deux d’un certain sens du devoir qui ne s’est jamais démenti.

  • Naissance de l’engagement

    Naissance de l’engagement

    Dans le couloir de la mort, l’homme attendait son heure avec la même indolence qui avait précipité sa condamnation. Mais lorsque la porte s’ouvrit, ce fut, contre toute attente, pour lui annoncer sa grâce. Une grâce empoisonnée, assortie d’une mission suicidaire dont on ne lui dit rien. Il devra suivre les consignes et, sous surveillance, paiera toute tentative d’échapper à son destin.

    Ainsi, Bernard Fauconnier repêche cet homme qui emprunte au Meursault de Camus pour lui imaginer la possibilité d’une rédemption. Le texte, pourtant, ne cite jamais son nom, préférant la puissance de l’évocation. Nous sommes en 1942, au plus noir de l’occupation nazie et les forces obscures qui exploitent sa situation, escomptant recruter un tueur à sang-froid et sans principes, lui demandent d’infiltrer un réseau de résistance pour organiser un vaste coup de filet. Dès lors, il comprend qu’il n’a obtenu qu’un sursis et que sa fin demeure inscrite au programme d’une manière ou d’une autre. L’homme se laisse faire, au début. Mais les rencontres vont réveiller sa sensibilité. Cet homme-là est-il encore capable d’aimer, de s’interroger, de s’engager ? On aimerait qu’il balaye ses hésitations et qu’il se révèle avec éclat, mais son chemin est laborieux.

    Bernard Fauconnier livre ici un roman de l’engagement aux résonances inscrites dans l’époque où se déroule l’action comme dans celle qui le voit écrire. Il n’entend pas présenter un héros mais un homme ordinaire aux prises avec les grands monstres de l’histoire, « pas différent des autres hommes », comme « un pion oublié dans le coin de l’échiquier ». Et cet homme ordinaire n’est pas voué à la médiocrité : de choix en choix, il devient peu à peu un autre, ou peut-être celui qu’il pouvait devenir. Le récit est énigmatique, et l’indolence du narrateur face à la gravité de la situation vient alimenter la tension qui le traverse. À son tour, comme Camus, Bernard Fauconnier s’en tient à une écriture économe, parlant à la première personne pour mieux faire épouser au lecteur et à la lectrice l’humanité fragile de son personnage. C’est ainsi que l’engagement apparaît, non pas comme une évidence mais comme un choix : « J’ai pensé furtivement au courage qu’il fallait pour accepter une telle vie. À quoi fallait-il croire ? Quelle révolte fallait-il éprouver ? »

    Le roman s’appuie sur l’un des grands textes du siècle passé comme un hommage et une manière de continuer à le faire résonner, avec ses interrogations salutaires.

    Héliopoles, 138 p., 17,90 euros.

  • [Le coin du polar] « Prendre un enfant par la main… »

    [Le coin du polar] « Prendre un enfant par la main… »

    Mais cette fois, ce n’est pas pour l’emmener vers demain et c’est gisant, écrasé au milieu de la cour de l’école Turgot, à l’ouverture des portes, qu’on retrouve le corps recroquevillé du petit Tom, élève exemplaire, intelligent, travailleur, mais aussi aimé de tous, professeurs et camarades de classe, pour sa gentillesse et sa compréhension. Qui ? Comment ? Et surtout pourquoi ? L’inspecteur Millet, à deux doigts de la retraite, se méfie des emballements et des solutions qui arrangeraient tout le monde, sa hiérarchie, les parents, les élus, l’Éducation nationale. Non, il ne veut pas croire à la culpabilité d’un SDF squattant à proximité de l’école, pas plus qu’il a du mal, malgré la personnalité du gamin, à se persuader que Brayan, la bête noire des autorités, et même de Monsieur P., un professeur remarquable, apprécié de tous, a pu être mêlé à ce qui ressemble de moins en moins à un accident.

    La chute de l’école républicaine

    Une semaine de fermeture de l’école n’y suffit pas. L’atmosphère est lourde, oppressante, et d’autant plus que depuis quelque temps, Monsieur P. assiste, impuissant, à la dérive de son couple.

    Si on suit avec passion les péripéties de l’enquête et qu’on manifeste un intérêt croissant pour la psychologie de l’inspecteur et du professeur comme pour le lien étrange qui semble s’établir entre eux, Décrochages déborde bien vite d’un simple cadre policier. C’est un véritable acte d’accusation contre un système scolaire à la dérive, où les cuistres de la pédagogie différenciée, qui se gargarisent des mêmes mots utilisés à satiété par les propagandistes du développement personnel et d’une psychologie de bazar très rémunératrice, tiennent le haut du pavé. Monsieur P. a aimé son métier. Il a cru, suivi tous les stages, lu tous les livres, subi les changements et les revirements de consignes ministérielles. À en être gavé. Pourtant, il l’aime, il croit à son utilité, mais le hussard noir de la République fait désormais partie des désenchantés. Qu’on ne s’y trompe pas, si Décrochages est un texte poignant et douloureux sur le mal-être en milieu scolaire, si le ton de l’auteur, professeur des écoles à Paris, peut devenir acerbe et sa plume du vitriol, son récit n’est ni un tract ni un pamphlet. Un premier roman audacieux et souvent émouvant qui révèle un véritable auteur.

    « Décrochages » de Julien Fyot Viviane Hamy Éditions 392 p. 21€90.

    À (RE)DÉCOUVRIR

    Une magnifique idée pour un superbe volume ! Les huit romans du Cycle de Harlem réunis ici, du truculent La Reine des pommes au déroutant L’Aveugle au pistolet, enrichis d’un long texte de l’auteur, Harlem ou le cancer de l’Amérique. Une occasion de relire, ou de découvrir Chester Himes, dont la vie fut un roman noir, qui donna d’un Harlem à la fois cruellement authentique et totalement fantasmé, une vision haute en couleur et sans cesse renouvelée. Sur les pas de ses deux inspecteurs noirs, Ed Cercueil et Fossoyeur Jones, entrez à votre tour dans un ghetto où gangsters, maquereaux, patrons de jeu, charlatans et faux messies exploitent une population condamnée à tous les expédients pour survivre.

    Cercueil et Fossoyeur : le cycle de Harlem, Chester Himes, Quarto Gallimard 1 376p 32 €

  • [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au palais Longchamp, Finson, vie brève : Italie et Provence, Le Caravage et Peiresc

    [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au palais Longchamp, Finson, vie brève : Italie et Provence, Le Caravage et Peiresc

    On aperçoit en pleine maturité un personnage audacieux et affranchi. Né à Bruges en 1578, Louis Finson quitte l’Italie et Naples en 1613. Dans sa trajectoire, les années italiennes sont cruciales. Parce qu’il croise à plusieurs reprises l’œuvre et la présence du Caravage, sa peinture se métamorphose : de même, en d’autres temps et toutes proportions gardées, Cezanne ou Picasso bouleversèrent de jeunes artistes. Finson n’est pas seulement comme l’écrivait Roberto Longhi un « peintre-marchand » qui vend, copie et comprend fortement les toiles d’un artiste qui révolutionne l’art. Il est l’introducteur du Caravage en France, son rôle fut déterminant.

    Torse nu, épaules et bras musclés, auparavant hanté par les clairs-obscurs et l’extase mystique de Madeleine, ce nordiste jubile. Sa main gauche brandit l’acier d’une hallebarde. C’est un guerrier d’opérette, le serre-tête d’un casque sans visière déploie une longue plume blanche. Sa main droite, ses clins d’œil et son visage songent ironiquement à ce que pourront dire son menton et sa bouche. Son séjour entre Marseille et Aix, moins que trois ans jusqu’en 1614, s’adapta aux circonstances et aux commandes : inégal et paradoxal, cet artiste qu’on imagine jouisseur et narquois réalisa pour les églises aixoises de Saint-Jean de Malte et de Saint-Sauveur des peintures religieuses brunes et grises, sobrement austères. Simultanément, il portraiturait l’entourage distingué et raffiné du grand érudit et collectionneur Nicolas Peiresc : entre autres, Boyer d’Eguilles, Lacépède et Guillaume du Vair, l’archevêque d’Aix Paul Hurault, François de Malherbe que Ponge vénérait.

    L’autoportrait est daté de 1613. Qui aurait pu deviner que cet homme robuste et joueur, cette personnalité épanouie, voyageuse et contradictoire doive interrompre brusquement une carrière à ce point prometteuse ? Après avoir séjourné à Arles, Montpellier et Paris jusqu’en juillet 1616, sa présence est signalée à Amsterdam. Il s’affaiblit, tombe malade. Il a 39 ans quand il rédige son testament ; Louis Finson meurt pendant les derniers jours de 1617.

    format 81 x 62 cm

  • Drapeau palestinien : Sylvain André et René Revol menacés

    Drapeau palestinien : Sylvain André et René Revol menacés

    Vendredi 26 septembre, René Revol, maire insoumis de Grabels, excédé par la haine dont il est victime, a partagé une partie des messages et commentaires reçus depuis qu’il a accroché le drapeau palestinien sur la façade de sa mairie pour que « chacun puisse en être juge ». « Sale fdp anti France, que le karma te rattrape petite m…, honte à toi sale débris », « un petit accident mortel pour Tous ces maires pro Hamas ce serait pas mal », « guignol » ou encore « terroriste », peut-on lire parmi ces messages.

    « J’ai décidé de porter plainte. La violence verbale et la haine n’ont pas leur place dans notre vie démocratique. Notre commune doit rester fidèle à ce qui fait sa force : la solidarité, les valeurs d’humanité et l’ouverture internationale », a prévenu le maire insoumis, qui a reçu de nombreux soutiens à l’image du maire de Montpellier Michaël Delafosse (PS).

    Braun-Pivet interpellée

    Du côté de Cendras dans le Gard, Sylvain André (PCF) a bloqué les commentaires sur ses comptes personnels mais il a tout de même vu passer de nombreux messages haineux dans les commentaires d’articles de presse. « Il y en a un qui a dit : “Qu’on le brûle !” Je ne sais pas s’il parlait du drapeau ou du maire… J’ai aussi appelé Ici Gard Lozère pour leur faire retirer un commentaire menaçant », témoigne-t-il. L’affaire a pris de l’ampleur lorsque le député d’extrême droite (UDR) Alexandre Allegret-Pilot s’est filmé en pleine nuit enlevant le drapeau. « J’ai constaté que cet acte avait désinhibé les gens qui se sentent tout permis. J’ai même eu des attaques sur mon physique », ajoute Sylvain André.

    Depuis, le maire de Cendras qui est également le président de l’association des maires ruraux du Gard, a reçu de nombreux messages de soutien. « À travers cet acte illégal, l’extrême droite et ses alliés, de par leurs actions diverses, se rangent du côté d’une politique génocidaire. Nous dénonçons cette action et nous apportons tout notre soutien à la mairie de Cendras, ainsi qu’à son maire, qui subit depuis une déferlante de haine et de racisme sur les réseaux », a par exemple réagi le Collectif alésien de solidarité avec la Palestine.

    Les députés du groupe de la gauche démocrate et républicaine se sont également fendus d’un communiqué pour s’indigner « suite au comportement délictueux d’un député d’extrême droite ». « Un député ne peut se substituer à l’autorité publique ni encourager à commettre des actions illégales […]. En agissant ainsi, le député Alexandre Allegret Pilot s’est substitué à l’autorité compétente et a créé un trouble à l’ordre public en s’octroyant un pouvoir qui ne lui appartient pas », ajoutent-ils. Ils annoncent aussi avoir écrit à la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet pour lui demander que le Bureau soit « très rapidement saisi de cette affaire afin d’examiner la réponse appropriée à apporter à ce comportement grave et dangereux ». De son côté, Sylvain André a déposé un signalement au procureur de la République.

  • Les 150 ans de Gustave Bret

    Les 150 ans de Gustave Bret

    Son nom n’évoque certainement pas grand-chose aux non-mélomanes. Pourtant, Gustave Bret est certainement l’une des plus grandes figures locales de l’histoire de la musique. Né le 30 août 1875 à Brignoles, il fut l’un des chefs d’orchestre les plus éminents de sa génération, et un organiste et compositeur de grand talent, tout en s’adonnant à la musicologie et à la critique musicale.

    Il a également été l’un des principaux acteurs de la démocratisation de Jean-Sébastien Bach, jusqu’alors méconnu. Il fonda ainsi la Société Bach en 1904 et organisa de nombreux concerts voués à la diffusion de l’œuvre du compositeur allemand. Ami et collaborateur de figures telles qu’Albert Schweitzer, Claude Debussy ou Gabriel Fauré, il a toujours privilégié la transmission et le partage, plutôt que la recherche de la lumière.

    Des lectures d’archives après chaque concert

    Pour le 150e anniversaire de sa naissance, Estérel Côte d’Azur Agglomération a tenu à lui rendre hommage à travers une série d’événements gratuits, jusqu’au 11 octobre. Pour ce faire, la collectivité a organisé, pendant plusieurs semaines, une collecte d’archives et de témoignages, qui ont permis d’étayer le projet. Au total, six concerts (entièrement gratuits) au programme dans les communes de l’agglomération (Fréjus, Saint-Raphaël, Roquebrune-sur-Argens, Puget-sur-Argens, Les Adrets de l’Estérel).

    Ce samedi, vous pourrez profiter d’un récital voix et piano à l’église Saint-François-de-Poule de Fréjus (19h30) par Emmanuelle Blanche-Lormand, soprano, violoniste à l’Orchestre Philharmonique de Radio France et arrière-petite-fille de Gustave Bret. Vendredi 10 octobre, place à un concert d’orgue à la Basilique Notre-Dame-de-la-Victoire de Saint-Raphaël. Le lendemain, un concert de chant choral clôturera ce cycle mémoriel à l’église Saint-Jacques de Puget-sur-Argens (19h30). Chaque concert sera par ailleurs suivi d’une lecture théâtralisée d’archives menée par ses arrière-petits-enfants, dont Éric Blanche, membre du chœur de Draguignan (qui participera au dernier concert). En parallèle, une conférence patrimoniale consacrée à Bret sera donnée le même jour à 14h30 à la médiathèque Villa-Marie de Fréjus.