Blog

  • [Attentats du 13 novembre] Cécile Helle : « Fraternité et concorde »

    [Attentats du 13 novembre] Cécile Helle : « Fraternité et concorde »

    Banderoles déployées le long de la mairie invitant à se souvenir, bougies, sarabande de Bach par la violoncelliste Catherine Morrisson, chant interprété par une classe de l’école Champfleury… Le temps était à l’hommage, ce jeudi soir, à Avignon. En présence du préfet, du directeur de la police nationale et de nombreux élus de tous bords, la Ville a organisé un moment mémoriel, 10 ans après les attentats terroristes de Paris et Saint-Denis.

    Plus de 300 personnes ont pris part à cette cérémonie. Cécile Helle a adressé sa « compassion » envers « les familles endeuillées, les survivants, mais aussi les forces de sécurité, pompiers, professionnels de santé ». La maire PS a rappelé l’année « âpre » de 2015, avec les précédents attentats de janvier. « Le plus important a été de cultiver, à l’échelle de notre cité, deux des fondamentaux de notre République : la fraternité et la concorde ». Des termes visiblement étrangers à un petit trio de supposés identitaires, qui n’ont rien trouvé de mieux que de briser ce moment de recueillement en interpellant la maire sur le fait que le mot islam n’ait pas été prononcé.

    Auparavant, Cécile Helle avait insisté : « Nous sommes restés dignes et unis, refusant toutes les formes d’extrémisme avec une certaine idée de notre bien commun fondé sur la tolérance ».

  • Le frère du militant Amine Kessaci abattu jeudi après-midi à Marseille

    Le frère du militant Amine Kessaci abattu jeudi après-midi à Marseille

    Le frère de l’ex-candidat EELV aux dernières législatives et fondateur de Conscience, association d’aide aux familles victimes du narcotrafic, Amine Kessaci, a été abattu ce jeudi à 14h30, dans le 4ᵉ arrondissement, près de l’Hôtel du Département.

    Il a été tué par le passager d’une moto qui a tiré à plusieurs reprises. Le parquet de Marseille a ouvert une enquête des chefs d’assassinat en bande organisée et d’association de malfaiteurs en vue de commettre un crime et a saisi la Division de la criminalité organisée et spécialisée (DCOS).

  • Nora Preziosi perd ses délégations au conseil départemental

    Nora Preziosi perd ses délégations au conseil départemental

    Une réponse directe à l’acte de candidature de l’ex-présidente de 13 Habitat, qui a annoncé, la veille, s’allier avec l’ancien directeur des relations internationales au Département, Erwan Davoux, en conflit ouvert lui aussi avec la présidente de la collectivité, pour une candidature aux prochaines municipales à Marseille. Dans un communiqué, celle-ci dénonce « un acte de vengeance de la part de Martine Vassal », précisant que le badge lui permettant d’accéder à ses bureaux a lui aussi été désactivé. Et s’interroge sur le fait que de telles mesures n’ont pas été prises à l’encontre du vice-président éric Le Dissès, après sa bascule à l’extrême droite. Et Nora Preziosi de réaffirmer que de tels actes « ne la feront pas reculer, bien au contraire ».

  • Julien Aubert (LR) se retire de la course aux municipales à Avignon

    Julien Aubert (LR) se retire de la course aux municipales à Avignon

    Le vice-président des Républicains annonce qu’il ne sera pas candidat en mars prochain, estimant que cela « ne fera que renforcer la guerre à droite ».

    Julien Aubert (LR) ne se présentera pas aux élections municipales à Avignon.

    Le vice-président des Républicains en a fait l’annonce ce mercredi 12 novembre à la presse, en présence des membres de son association politique, Avignon Passion, lancée il y a un peu plus d’un an. Et ce, car il estime que sa candidature « ne ferait que renforcer la guerre à droite », en faisant référence aux candidatures déclarées d’Olivier Galzi (DVD), qui a notamment reçu le soutien de l’UDI, ainsi qu’à celle de Stéphan Fiori, officiellement sans étiquette.

    « Je ne veux pas chercher à avoir l’oscar de la droite la plus bête du monde », poursuit-il, tout en lâchant qu’« à défaut, les grands stratèges géreront la situation qu’ils ont créée », estimant qu’en « fragmentant la droite, les macronistes offrent la victoire à la gauche ou au Rassemblement national ».

    Pour l’heure, aucune consigne de vote n’est donnée par l’ancien député, qui glisse cependant qu’il « n’a jamais voté pour les macronistes ou le RN ».

  • Handball : Plan-de-Cuques martyrisé à Metz

    Handball : Plan-de-Cuques martyrisé à Metz

    Le leader du championnat a nettement dominé ce dernier match de Ligue Butagaz Energie, en 2025. Une victoire 44-23 des Messines face aux joueuses d’Angélique Spincer. Ces dernières n’ont tenu que le premier quart d’heure (8-8), avant de s’effondrer. Un cinglant 21-6 encaissé dans les 25 minutes suivantes et l’affaire était jouée. Le HBPC boucle cette première partie de saison avec trois défaites au compteur. Ce bilan place le club à la 4e place du classement, à égalité avec Nice, 3e. Après la trêve due au Mondial, il faudra conserver cette position pour être européen en fin de saison.

  • Les bateaux ne circulent plus sur le canal du Midi

    Les bateaux ne circulent plus sur le canal du Midi

    De nouvelles mesures préventives pour économiser l’eau qui alimente le Canal du Midi, de Toulouse à l’étang de Thau, ont été prises par Voies navigables de France (VNF). Depuis le 3 novembre, date du début de la basse saison de navigation, les bateaux ne sont plus autorisés à passer les écluses, sauf motifs exceptionnels.

    « 85% des volumes d’eau qui permettent d’alimenter le Canal du Midi proviennent des prélèvements dans les fleuves et rivières, en particulier le fleuve Aude. Or les deux épisodes de canicule de fin juin et fin août, la faible pluviométrie et la période de sécheresse qui se prolonge en ce début d’automne ont entraîné une forte baisse du débit de l’ensemble des cours d’eau du territoire. Nous avons donc dû déstocker des volumes d’eau plus importants que l’année dernière des barrages-réservoirs dans lesquels nous pouvons puiser pour alimenter le canal, si bien qu’il sont aujourd’hui réduits à 10% de leur capacité alors qu’ils étaient à 38% à la même époque en 2024 », indique Jean Niquet, chef du service exploitation maintenance environnement hydraulique chez Voies navigables de France.

    VNF a donc pris la décision de diminuer, à partir du 3 novembre, les volumes d’eau injectés depuis ces barrages-réservoirs, « utilisant les stocks encore disponibles a minima et pour garantir les usages liés à l’alimentation en eau potable des populations, certains usages agricoles et le maintien de la vie aquatique. » La navigation à la demande, telle qu’elle se pratique en basse saison, n’est, elle, plus autorisée jusqu’à nouvel ordre (sauf motifs exceptionnels).

    Deuxième fois en 30 ans

    Une mesure qui pourrait se prolonger jusqu’à début janvier, date à laquelle s’ouvre, chaque année, une période dite de « chômage » durant laquelle la navigation est cette fois interrompue huit semaines afin de réaliser des travaux sur l’infrastructure (renforcement de berges ou d’étanchéité de portes…) « On ne peut toutefois pas exclure une situation positive dans laquelle une pluviométrie importante sur le mois de novembre et/ou décembre viendrait recharger rapidement nos réserves et permettrait de reprendre la navigation », précise Jean Niquet.

    C’est la deuxième fois en 30 ans qu’une telle mesure d’arrêt de la navigation liée à la sécheresse doit être prise. La première a eu lieu en 2023. « Les effets du dérèglement climatique rendent probable que cette mesure soit prise plus fréquemment dorénavant », confie le représentant de VNF. Face à ce constat, l’établissement public « imagine l’avenir et met en œuvre des mesures pour essayer de contrer les effets du changement climatique ». À titre d’exemple, des travaux de sécurisation supplémentaires du barrage de Saint-Ferréol ont été réalisés cet été. « Cela va permettre d’augmenter le stockage de 600 000 m³, ce qui représente 12% d’eau supplémentaire ». De nouveaux instruments hydrauliques de mesure, plus performants, vont également être installés.

  • Attaque du Prolé d’Alès : les avocats sonnent la charge

    Attaque du Prolé d’Alès : les avocats sonnent la charge

    Six mois et toujours aucune interpellation. C’est le constat effectué vendredi 7 novembre au Prolé d’Alès par les trois avocats mandatés par les victimes, qui s’étonnent de la lenteur de la procédure alors que leurs clients avaient fourni aux enquêteurs un certain nombre d’éléments. « Ils ont pratiquement fait l’enquête, il suffirait maintenant de la boucler en quelques jours », a même précisé Me Sophie Mazas, avocate au barreau de Montpellier.

    En effet, après l’attaque du bar communiste par une dizaine de personnes fin mai, lors de la feria, les victimes étaient très vite remontées jusqu’au groupuscule d’extrême droite du Bloc Montpelliérain. Ce 7 novembre, celles-ci ont fourni à la presse tous les éléments apportés il y a six mois aux enquêteurs. Une recherche sur les réseaux sociaux a en effet permis de montrer que non seulement le Bloc Montpelliérain revendique une activité dans le Gard (contrairement à ce qu’il a affirmé après l’attaque) mais aussi que certains de ses membres étaient bien venus en repérage au Prolé deux jours avant l’assaut. Plusieurs membres de ce groupuscule ont aussi été formellement identifiés sur des photos postées par le Bloc Montpelliérain sur ses réseaux sociaux.

    « Tous ces éléments ont été fournis aux services de police », confirme Cécile Alphon-Layre, présente dans le bar le soir de l’attaque. « Aujourd’hui, les victimes sont dans le questionnement. On se fait tabasser, on porte plainte, on trouve les visages de certains des agresseurs et il ne se passe rien. Si on est toujours dans un état de droit, il doit y avoir une justice ». Sa sœur, Elsa, qui a pris les premiers coups et s’est jetée sur le cheminot pour le protéger des coups portés par deux hommes tandis qu’il était au sol et que sa femme enceinte était retenue à l’intérieur, abonde : « Certains des agresseurs habitent sur le territoire. Nous les avons déjà croisés. Il y en a même un qui s’est rendu par hasard au travail d’une des victimes, qui a pu l’identifier formellement et noter sa plaque d’immatriculation. Où est la protection des victimes ? Beaucoup ont encore des séquelles. Pourquoi il n’y a aucune interpellation alors que lorsque j’ai porté plainte, la police m’a affirmé avoir récupéré des images de vidéosurveillance du bas de la rue ? »

    Des interpellations

    sous deux mois ?

    Avec ce point presse, les avocats espéraient surtout faire pression sur le parquet pour qu’il accélère et informe sur le suivi du dossier. « Nous avons écrit au procureur mais nous n’avons aucune réponse. Nous n’avons même pas un numéro de dossier. Nous voulons bien tout entendre, que le parquet soit chargé avec notamment les nombreux dossiers liés au narcotrafic, que la police est en sous-effectif et qu’elle manque d’enquêteurs. Mais pour entendre, il faut encore qu’on nous parle », souligne Me Ralph Blindauer, l’avocat du Parti communiste français qui poursuit : « Aujourd’hui, aucun témoin n’a été entendu. Nous avons un doute sérieux sur le démarrage de cette enquête parce que si elle avait commencé, on en aurait vu des signes ».

    Resté mutique sur ce sujet jusqu’ici, le procureur d’Alès Abdelkrim Grini a été contraint de s’expliquer. Il a notamment indiqué avoir transmis le dossier à la police judiciaire de l’Hérault puisqu’une partie des auteurs seraient domiciliés dans ce département. Il assure que l’enquête suit son cours et que plusieurs assaillants ont bien été identifiés mais qu’il y a encore besoin de réunir des preuves. Il promet ainsi des arrestations d’ici les deux prochains mois pour « violences aggravées ».

    En attendant que ces propos soient suivis d’effet, victimes et avocats se disent prêts à accentuer la pression pour s’assurer que l’enquête ne s’enlise pas. Si les avocats ont plusieurs possibilités de procédure, ils ne veulent pour l’instant rien dévoiler. Du côté du PCF, Giovanni Di Francesco, le secrétaire de la section alésienne, n’exclut pas l’organisation d’un rassemblement et/ou de se constituer partie civile pour avoir accès au dossier.

  • Douleurs chroniques : comment la médecine du travail suit les salariés souffrants de A à Z

    Douleurs chroniques : comment la médecine du travail suit les salariés souffrants de A à Z

    Elles ont beau ne constituer à la louche que 10% des cas qui se présentent à l’Aipals* (Service de santé au travail), les maladies chroniques occupent pas mal les médecins du travail. « Entre le diagnostic, le suivi et l’accompagnement des patients, ces dossiers nous demandent pas mal de temps et d’énergie », reconnaît Nicolas Teulade, médecin coordonnateur à l’Aipals de Montpellier.

    Il faut dire que le champ des maladies chroniques dues au travail est vaste. Le spécialiste distingue trois grandes catégories. Celles liées à des « lésions de l’appareil locomoteur » (troubles musculo-squelettiques) comme les lombalgies, hernies, l’arthrose, les douleurs d’épaule aussi. Ainsi que les douleurs inflammatoires (polyarthrites, les formes d’arthropathie). Deuxième famille, les « douleurs neuropathiques ou neurologiques » : migraines, céphalées chroniques et autres crises fréquentes sur des lésions nerveuses pour lesquelles « le diagnostic médical est difficile à poser ». Enfin, il y a les douleurs d’origine psychogène. Par exemple « la fibromyalgie » qui est « un syndrome douloureux chronique [muscles, articulations] sans cause objectivée, sans lésion particulière ». On y associe « des douleurs diffuses persistantes, une fatigue et des troubles du sommeil ».

    Dans ce dernier cas, le diagnostic est « plus difficile » et la prise en charge s’avère souvent « plus complexe », précise Nicolas Teulade. Quoi qu’il en soit, il incombe à la médecine du travail d’accompagner de A à Z les travailleurs qui souffrent de douleurs chroniques. « On reçoit le salarié qui nous expose ses douleurs. On évalue son poste de travail et on réalise sa fiche d’entreprise », explique le médecin du travail. Lequel peut être amené à nommer un expert (ergonome, toxicologue…) ou à se déplacer lui-même dans l’entreprise pour constater le port de charges, les postures pénibles… Le contact est pris avec l’employeur. S’ensuit la rédaction d’une synthèse et une prescription médicale.

    Des préconisations qui s’imposent à l’employeur

    Les préconisations qui peuvent aller de l’aménagement de poste, à la modification de tâches voire au reclassement en interne, s’imposent à l’employeur, selon le Code du travail. « Il peut contester l’avis par procédure accélérée auprès du conseil des Prud’hommes [article L.4624-7 du Code du travail] », indique Nicolas Teulade. Mais le dialogue est privilégié pour trouver un terrain d’entente et éviter les conflits.

    Les prérogatives de la médecine du travail sont larges puisqu’elle peut même demander à l’entreprise l’achat de matériels adaptés à la santé d’un travailleur comme « un chariot à hauteur réglable, un siège ergonomique… ». Des outils qui peuvent avoir un coût d’investissement pour l’entreprise. C’est pourquoi l’Aipals travaille également avec plusieurs partenaires (Carsat, Agefiph, Cap Emploi, France Travail…) sur le volet financier.

    Parfois, il arrive que les douleurs sont telles que le salarié se trouve dans une situation d’incapacité professionnelle dans sa société. Il peut alors la quitter pour raisons de santé. Là encore, la médecine du travail se doit d’accompagner le travailleur dans sa quête d’un nouvel emploi ou d’une formation adaptée à ses capacités. « Les cas d’invalidité ne peuvent ouvrir des droits à la retraite anticipée qu’à partir de 62 ans. La réforme n’a rien changé sur ce point », précise Nicolas Teulade. Dans tous les cas, cela ne vaut pas rattrapage des trimestres manquants. Une décote s’appliquera donc en cas de retraite anticipée pour inaptitude.

    * Association interprofessionnelle pour l’application des lois sociales.

  • [Grand entretien] Joseph Pronesti : « Deux fois plus de bénéficiaires en 5 ans » à la Banque alimentaire

    [Grand entretien] Joseph Pronesti : « Deux fois plus de bénéficiaires en 5 ans » à la Banque alimentaire

    BIO EXPRESS

    La Marseillaise : Quel est votre parcours ?

    Joseph Pronesti :

    Je fais partie de la Banque alimentaire du Gard depuis 2010 et j’en suis le président depuis 2020. Quand j’ai pris ma retraite professionnelle après une carrière en tant qu’agent EDF-GDF, ma femme et moi avons ouvert une petite épicerie solidaire à Aramon. Quelques années plus tard, nous l’avons cédée au Secours catholique et je me suis investi auprès de la Banque alimentaire. À l’arrivée du Covid, on m’a sollicité pour devenir président. L’association compte aujourd’hui 90 bénévoles. Notre rôle est de récolter les invendus des supermarchés et les surplus des producteurs pour les redistribuer aux associations partenaires comme les Restos du cœur par exemple.

    SIX NOUVEAUX CAMIONS

    La Marseillaise : Que s’est-il passé la nuit du 27 novembre 2024 ?

    Joseph Pronesti : Nous avons subi un attentat, un acte volontaire pour lequel une personne a été arrêtée et condamnée. Cette nuit-là, je suis arrivé sur place à trois heures du matin. Tous nos véhicules avaient été détruits. On venait de terminer la collecte de denrées de 2024, nos étagères étaient garnies. J’étais désemparé mais dès le lendemain, un élan de solidarité s’est mis en place. Les bénévoles ont commencé la tournée des supermarchés avec leurs véhicules personnels, les Banques alimentaires d’autres départements, des voisins producteurs et commerçants, la Croix Rouge nous ont prêté des camions. Une immense chaîne de solidarité s’est mise en place et on a pu reprendre les collectes le jour même.

    Où en est l’association aujourd’hui ?

    J.P. : Grâce à une cagnotte en ligne que j’ai rapidement mise en place après l’incendie, nous avons réussi à récolter 528 000 euros. Elle a été remplie grâce à des dons de particuliers touchés par notre histoire, des subventions de l’État et des fonds versés par des villes et communautés de communes. Nous sommes rapidement arrivés au-delà du montant du préjudice de la perte des six camions qui était de 450 000 euros. Cet argent nous a permis de passer commande de six camions frigorifiques flambant neufs que nous avons inaugurés le 17 octobre. La somme a également permis de rembourser les frais de réparation engagés sur les véhicules qui nous avaient été prêtés. Cette solidarité a boosté nos bénévoles. On a pu revoir le ciel bleu de la Banque alimentaire très vite après l’incident. Ce fut un moment magique.

    UNE NOUVELLE COLLECTE

    La Marseillaise : Quand est prévue la prochaine collecte de la Banque alimentaire ?

    J.P. : Nous serons dans les supermarchés les 28, 29 et 30 novembre pour récolter des produits de longue conservation comme des boîtes de légumes ou des plats cuisinés, des produits d’hygiène pour adultes et bébés. On prend donc les petits pots, les couches, les laits en poudre infantiles, etc. En entrant dans le supermarché, souvent les clients me demandent ce dont on a besoin. Généralement, je leur propose de prendre ce qu’ils aimeraient recevoir. Et alors ils savent. Quand je participe aux collectes, j’aimerais avoir une caméra pour capturer les yeux des enfants quand ils me tendent ne serait-ce qu’un paquet de pâtes. Ils sont si fiers. Ils savent que c’est important. J’ai aussi en tête l’image de ce vieil homme qui avait acheté une boîte de sardines pour lui, et une autre pour la Banque alimentaire. Il n’avait peut-être pas les moyens d’acheter plus. Il aurait pu manger trois jours avec ça, mais il a fait l’effort. C’était fantastique.

    Quelle est l’importance de ces collectes ?

    J.P. : L’année dernière, nous avons récolté 167 tonnes de denrées alimentaires. Mais nous avons distribué 1 935 tonnes de nourriture sur l’année. La collecte d’hiver ne représente qu’environ 10% de la distribution annuelle mais elle reste essentielle car nous récupérons des produits de marques connues que nous allons donner ou revendre à très bas prix à nos bénéficiaires. Cela leur redonne un peu de dignité humaine. Se nourrir c’est important, mais se sentir digne l’est tout autant. Si nous n’y faisons pas attention, on risque de rompre le lien social. La personne risque alors de basculer dans l’alcool, la drogue, la dépression et aller jusqu’au suicide.

    SITUATION SOCIALE

    La Marseillaise : Comment évolue la demande auprès de la Banque alimentaire ?

    J.P. : Quand j’ai pris la présidence en 2020, nous avions
    19 800 bénéficiaires. Aujourd’hui, nous en avons 44 637. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. On recense des populations nouvelles en demande comme des étudiants, des retraités, des smicards, des personnes en reconversion professionnelle ou qui travaillent dans l’éducation par exemple. Ce sont des personnes qui, malheureusement, n’arrivent plus à joindre les deux bouts à cause de l’augmentation du coût de la vie.

    La demande pourrait-elle dépasser votre capacité ?

    J.P. : Elle va dépasser c’est sûr, car l’aide européenne est limitée et parce que l’État ne nous accorde pas plus de financements pour augmenter la qualité et la quantité des produits. Les supermarchés donnent moins et les agriculteurs ne peuvent pas surproduire délibérément pour nous faire des dons. Si la demande continue d’augmenter ainsi, il nous faudra trouver de nouvelles solutions. J’ai sollicité le Département du Gard à hauteur de 150 000 euros pour passer commande auprès des agriculteurs pour l’année prochaine. Mais encore faut-il qu’il puisse suivre financièrement lui aussi…

    COMMENT S’ANNONCE L’HIVER ?

    J.P. : C’est la période la plus difficile pour nous. On a besoin de beaucoup de provisions, d’où l’importance de cette collecte des 28, 29 et 30 novembre. Mais nous ne sommes pas toujours bien vus dans les supermarchés. Il arrive qu’on nous dise que nos actions « ne profitent qu’aux immigrés ». Bien sûr, c’est faux. Et il ne faut pas croire qu’on est à l’abri parce qu’on vit dans une belle maison et qu’on part en vacances dans les îles. Un divorce, un accident, une maladie grave peuvent faire basculer une vie entière. Nous ne nourrissons pas des profiteurs, mais des personnes dans le besoin.

  • Ebrahim Mokhtari : « J’ai beaucoup appris des femmes »

    Ebrahim Mokhtari : « J’ai beaucoup appris des femmes »

    Ebrahim Mokhtari est né en 1947 en Iran et y vit toujours, bien qu’il ait fait une partie de ses études de cinéma à la Sorbonne « avant la révolution », précise-t-il. C’est-à-dire avant 1979, et la transformation de l’Iran en république islamique.

    Principalement réalisateur de films documentaires, Ebrahim Mokhtari s’est intéressé aux difficultés de vie de la population, aux problèmes de logement, aux expulsions locatives, aux difficultés des pêcheurs… mais il a surtout aimé filmer les femmes. Il s’en explique : « Les femmes savent résoudre les nombreuses difficultés qui se présentent à elles. J’ai appris d’elles pour affronter les problèmes que je rencontre en tant qu’homme de culture. » Il compare d’ailleurs le manque de liberté des femmes « dans la société traditionnelle » avec celui des cinéastes.

    Non qu’il parle de censure – « à condition de ne pas franchir de ligne rouge, ni d’attaquer frontalement le régime » – mais la difficulté en Iran, précise-t-il, est de trouver le moyen de diffuser les films. « La télévision est un peu fermée quand il s’agit de films documentaires, surtout sociaux. » Comme beaucoup de ses confrères cinéastes, il contourne la difficulté grâce aux plateformes, qui sont un des moyens pour leurs films d’exister à l’international.

    Ceux d’Ebrahim Mokhtari l’ont fait avec succès, puisque Zinat, son premier long-métrage de fiction réalisé en 1994, fut sélectionné à la Semaine de la critique à Cannes et présenté dans de nombreux festivals dont le Fica de Vesoul en 1996, où il a remporté le prix du public.

    Zinat, le courage fait femme

    Il faut dire que Zinat est une jeune femme qui se bat pour garder son métier d’infirmière après son mariage. C’est aussi la première femme de l’île du golfe persique où elle habite à avoir osé enlever le voile traditionnel de cette région. Plusieurs années plus tard, cette fois pour un documentaire, le cinéaste a suivi Zinat qui se présente, à l’occasion de l’élection d’un Président plus modéré, aux élections communales. La rencontre savoureuse entre la jeune femme tenace et son opposant à l’élection est une caricature des arguments du patriarcat.

    Réaliser un film est évidemment difficile, mais Ebrahim Mokhtari a pu trouver un producteur qui habite en France pour ses trois films sur les femmes. « Maintenant j’essaie de faire avec des budgets très bas », sourit-il. « Le cinéma commercial marche bien en Iran et le cinéma indépendant trouve son budget », analyse-t-il assurant que le cinéma iranien se trouve dans une situation double : « Beaucoup de problèmes et beaucoup de succès. ». « Je crois que la société iranienne est une société vivante. On dit chez nous que 1 000 films documentaires sortent chaque année. » En réalisera-t-il un sur le mouvement « Femme, vie, Liberté » ? « Je n’ai pas de scénario, confie-t-il mais il est possible que je fasse quelque chose. »

    * Le 14 novembre à 16h30 projection de « Zinat » ; à 20h30 projection de « Zinat, une journée particulière » au cinéma Kinépolis (Polygone de Béziers). Entre les deux séances débat avec les deux invités, Ebrahim Mokhtari et Laurent Cambon, critique de cinéma.