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  • Feu vert et panneau stop

    Feu vert et panneau stop

    Le ciel est-il à nouveau en train de s’obscurcir au-dessus de la centrale de Gardanne ? Après 7 ans d’une mobilisation ouvrière constante, l’éclaircie semblait pourtant de mise avec le passage à la biomasse et même l’annonce de la mise en œuvre prochaine du projet de biogaz porté par les salariés eux-mêmes à travers leur association et avec le soutien de leur syndicat CGT.

    La publication de l’arrêté préfectoral qui encadre l’activité a fait l’effet d’une douche froide. Les restrictions qui s’allongent sur 80 pages semblent en effet destinées à empêcher la viabilité du site.

    Troublant après une enquête publique qui avait permis un débat démocratique de qualité en croisant les points de vue des riverains, des associations de protection de l’environnement, des salariés, de l’industriel, des experts… sur un projet redimensionné pour répondre aux exigences parfois contradictoires qui s’exprimaient.

    Situation troublante

    Le trouble est encore plus grand lorsque l’on découvre que le rédacteur de l’arrêté est membre d’un collectif très critique à l’égard de l’utilisation de la biomasse.

    Le dossier de la centrale de Gardanne n’est pas anecdotique. Il ne peut souffrir aucun soupçon de partialité. Son importance pour l’emploi, pour l’autonomie énergétique, pour la décarbonation de la production d’électricité, pour l’avenir industriel de l’ex-bassin minier mérite mieux.

    L’État, garant de l’intérêt général, doit clarifier sa position. Un feu vert ne peut être assorti d’un panneau stop.

  • Avignon : ce que dit l’audit sur le gestionnaire des transports

    Avignon : ce que dit l’audit sur le gestionnaire des transports

    C’est un brûlant dossier qui arrive sur la table des élus du conseil communautaire du Grand Avignon de lundi prochain et devrait même éclipser le vote du dernier budget de la mandature : l’audit sur la gestion de Tecelys, la SPL (société publique locale) satellite de la collectivité en charge notamment de la gestion des transports. En octobre 2024, nous révélions les lourdes accusations d’irrégularités et d’opacités portées par le directeur général des services (DGS), qui avait préféré quitter son poste face à la situation. Dans la foulée, Joël Guin, président (SE) du Grand Avignon, mais surtout ici PDG de Tecelys, annonçait lancer un audit.

    Réalisée par Auream, un cabinet de conseil du secteur public, la mission d’audit s’est achevée, fin septembre, par la remise d’un rapport de 52 pages, dont les élus n’ont pas été encore destinataires. Seule une synthèse leur a été présentée lors d’une commission dédiée, le 13 novembre dernier. « Je suis très serein, il n’y a pas de dérapage, aucun gaspillage, ni poussière sous le tapis », assurait, le 6 octobre, Joël Guin, lors du précédent conseil communautaire, promettant un débat lors de la prochaine séance, de ce lundi donc.

    Rappelons que Tecelys a la main sur de l’argent public, principalement issu du budget annuel des transports du Grand Avignon, qui va culminer à plus de 100 millions d’euros en 2026. Avec pour l’heure, un bilan copieux en études, mais famélique en réalisations. « L’évolution des transports en commun sur ce mandat, c’est zéro », a asséné Cécile Helle, samedi dernier, en conseil municipal. Généralement discrète en conseil communautaire, la maire (PS) d’Avignon interviendra peut-être sur le sujet lundi.

    L’audit, consulté par La Marseillaise, pourrait faire pschitt quant aux accusations de l’ex-DGS, Alain Cluzet. « Aucune irrégularité constatée, mais des dysfonctionnements organisationnels et contextuels », est-il exposé en résumé. Le travail a été réalisé selon le propre cabinet, par « un trio d’experts spécialisés dans les domaines financiers, juridiques et l’exploitation de transport », qui ont auditionné près d’une trentaine de personnes de la SPL et du Grand Avignon. L’audit s’apparente en réalité à un document de réponses aux accusations soulevées par l’ex-DGS et délivre ensuite une analyse juridique avec quelques recommandations et évaluations du risque.

    « Manque de compétences » et « confusion des rôles »

    Parmi les écueils, le fait qu’Alain Cluzet, lanceur d’alerte dans l’affaire, n’ait pas été audité, « en raison de l’impossibilité de se rendre à Avignon et le refus de la collectivité que l’entretien se réalise en visio ». « Je n’allais pas poser deux jours de congé pour venir en plus chez Tecelys où vous imaginez bien que je n’aurais pas eu une haie d’honneur », justifie l’intéressé, joint par La Marseillaise. En juin dernier déjà, il parlait d’un « simulacre » d’audit. « La seule mission est de répondre à mes allégations de la façon la plus sommaire, ce n’est pas moral qu’un patron fasse réaliser un audit de sa propre activité », poursuit-il aujourd’hui, parlant d’une étude « complètement pipée ». « Le seul auditeur, c’est la CRC », assène Alain Cluzet. Des magistrats qui ont justement démarré un contrôle au Grand Avignon et Tecelys (lire ci-contre).

    Le contenu de l’audit estime que 8 des 19 dysfonctionnements mis en avant par le DGS sont faux, à l’instar de factures de SPL sans service fait. Trois sont invérifiables, comme le fait que l’actuel directeur de cabinet de Joël Guin devienne directeur de la SPL, un seul est vrai (alertes au président), le reste étant des vrais, mais nuancés. La surrémunération du directeur Daniel Audibert n’est pas non plus avérée selon l’audit, bien que les auditeurs se soient vus refuser leur demande d’accès à son contrat de travail et avenants.

    Si l’audit ne relève rien de répréhensible juridiquement voire pénalement, il pointe des dysfonctionnements où, en creux, un certain amateurisme est dénoncé. Notamment depuis que la SPL a récupéré le réseau de transports Orizo mi-2022. Il est question « d’un manque de compétences au sein du Grand Avignon pour une telle opération » et d’une « intégration de l’activité [qui] semble avoir été réalisée au forceps, sans aucune prise en compte de l’organisation de la SPL ». Idem, « une confusion des rôles » et des missions entre la SPL et le Grand Avignon ainsi que « des équipes sous-dimensionnées » auraient participé à une « désorganisation ». De même, l’audit recommande de dissocier la fonction de président de l’Agglo et de PDG de Tecelys. Ce devrait être le cas fin mars, à l’issue des municipales où Joël Guin ne souhaite pas rempiler à la présidence du Grand Avignon. Il laisse également la patate chaude Tecelys à la prochaine mandature.

  • L’Étoile de Bessèges 2026 placée sous haute sécurité

    L’Étoile de Bessèges 2026 placée sous haute sécurité

    L’Étoile de Bessèges – Tour du Gard a présenté le 3 décembre les contours de sa 56e édition, qui se déroulera du 4 au 8 février 2026. Pourtant rien n’était d’acquis. « En février 2025, je n’étais pas très motivée à l’idée de repartir », confie l’organisatrice Claudine Fangille-Allègre, encore marquée par les incidents de l’édition précédente. Après une voiture à contresens lors de la 3e étape et l’abandon de plusieurs équipes étrangères, la course avait frôlé l’arrêt. « J’étais même prête à tout arrêter, puis j’ai reçu un nombre incalculable de messages de soutien. Ça rebooste. » La mémoire de son père, Roland Fangille, fondateur de l’épreuve en 1971, semble aussi l’accompagner : « Nous avons tenu parce qu’on y croyait », disait-il. En 2026, l’Étoile « tient » encore.

    Pour retrouver la confiance des équipes, l’organisation a revu son fonctionnement en profondeur. La préfecture et la gendarmerie ont travaillé main dans la main pour calquer certains dispositifs du Tour de France. « La bulle de sécurité sera composée de vingt motocyclistes dédiés exclusivement à la sécurité, épaulés par une association habilitée », détaille le capitaine de gendarmerie Mickaël Dubois. Dix motos « flamme jaune » supplémentaires signaleront les obstacles. « Dans l’Hexagone, seul le Tour de France a un dispositif plus important », souligne Romain Le Roux, responsable sécurité. Un livret a été transmis aux maires des 103 communes traversées, et chaque arrivée se fera sur un circuit, plus facile à sécuriser. « Le cyclisme évolue vite, on s’adapte. Ce fonctionnement est la bonne solution », insiste Le Roux.

    Côté sportif, vingt équipes et 126 coureurs sont attendus. Les formations restées jusqu’au bout l’an dernier sont prioritaires : « Sans elles, nous ne serions peut-être pas là », souligne Claudine Fangille-Allègre. Les candidatures sont ouvertes jusqu’au 15 décembre. Le peloton s’élancera sur quatre étapes en ligne – de Bellegarde, Saint-Gilles, Bessèges et Saint-Christol-lez-Alès – avant un contre-la-montre final à Alès. L’Étoile, éprouvée mais déterminée, brille toujours.

  • Mauvaise limonade chez Perrier après de nouvelles contaminations

    Mauvaise limonade chez Perrier après de nouvelles contaminations

    Chez Perrier, dans la tourmente depuis 2024, l’accalmie aura été de courte durée. Deux semaines après la décision de justice qui, suite à un recours en référé de l’UFC que choisir, autorisait le 18 novembre la filiale de Nestlé Waters à continuer à commercialiser son eau en bouteille sous l’appellation « eau minérale naturelle », une nouvelle bombe assomme l’entreprise historique de Vergèze.

    Mercredi 3 décembre, la cellule investigation de Radio France a révélé que de nouvelles contaminations ont récemment perturbé le site gardois. Lequel attend toujours fébrilement la décision du préfet du Gard qui doit décider si Perrier peut encore afficher son label d’eau minérale naturelle.

    Selon l’enquête de nos confrères, l’exploitation des deux derniers puits du site de Vergèze aurait été suspendue par la direction plusieurs jours entre le 23 et le 28 novembre. Près de 4 millions de bouteilles seraient ainsi bloquées. En cause, la découverte de deux nouvelles sources de pollution bactérienne. Interrogée, Nestlé Waters confirme avoir détecté « une anomalie » lors d’une analyse du premier puits arrêté « dans l’attente d’analyses complémentaires ». Concernant le second forage, il s’agirait d’un simple souci technique lié à une « panne de courant ». La multinationale continue à affirmer que « les eaux de Perrier peuvent être bues en toute sécurité ».

    Pourtant, les signaux d’alerte qui créent du doute se multiplient ces derniers mois. En 2024, Nestlé avait dû détruire 3 millions de bouteilles contaminées par des bactéries à base de germes fécaux. En mai 2025, un rapport sénatorial évoquant de nombreuses « défaillances » recensées depuis 2020 avait conduit la préfecture du Gard à contraindre la firme de changer ses microfiltres non réglementaires à 0,2 micron destinés à filtrer les bactéries. En 6 mois, pas moins de 27 incidents de non conformité – dont certains restent en cours d’analyse – en lien avec la présence de pollutions bactériologiques auraient été signalés.

    Quelle décision du préfet ?

    Ce nouveau couac intervient au moment où Didier Jaffre, le directeur de l’Agence régionale de santé (ARS) Occitanie, est censé remettre au préfet son rapport. Lequel pourrait être « favorable sous réserves », selon Radio France. Cette révélation peut-elle changer la donne ? Dans tous les cas, ce sera au préfet du Gard, Jérôme Bonet, de trancher d’ici la fin de l’année. Le principe de précaution prévaut-il ? Des solutions techniques peuvent-elles encore être trouvées par l’exploitant pour garantir au consommateur une eau de Perrier de la qualité qui, par le passé, a fait sa renommée ? Ce qui est sûr, c’est que dans le Gard, plus d’un millier d’emplois sont en jeu.

  • [Vidéo] Grande vente à Emmaüs Saint-Marcel à Marseille

    [Vidéo] Grande vente à Emmaüs Saint-Marcel à Marseille

    Le rendez-vous est donné dès 9 heures au 46 Bd de la Cartonnerie à Marseille (11e) pour les cadeaux de Noël pour els grands et les petits, mais aussi pour toutes la décoration et l’art de la table. Et c’est non stop jusqu’à 18 heures.

  • À Béziers, une mobilisation en demi-teinte contre l’austérité

    À Béziers, une mobilisation en demi-teinte contre l’austérité

    Une mobilisation en demi-teinte. Voilà comment on pourrait résumer celle qui s’est déroulée à Béziers, le 2 décembre. Quelques têtes présentes néanmoins, à l’image des autres rassemblements ayant eu lieu dans le département de l’Hérault à l’instar de Montpellier et Nîmes. Pourtant, la colère gronde. « Nous dénonçons ce budget de 2026. Toutes les mesures qui avaient été arrachées pour taxer les grandes entreprises et les ultra-riches viennent d’être enlevées par la droite et l’extrême droite au Sénat. Et on continue la casse des services publics, de démanteler l’hôpital, etc. », déclare Sébastien Perret, de l’Union locale biterroise de la CGT.

    Mais force est de constater que le gouvernement n’envisage pas de bouger d’un iota sa politique de l’offre. « Le problème, c’est qu’il n’y a aucune volonté de faire payer les riches. Quand on voit tous les dividendes distribués, que Bernard Arnaud fasse des milliards de profits en une journée et qu’on vienne taxer les chômeurs et baisser les aides des plus précaires, c’est scandaleux, ça met en rage », soutient Françoise Le Bris, secrétaire de Solidaires Béziers. Et s’il ne semble pas avoir de l’argent pour réduire les inégalités et permettre ainsi une meilleure redistribution dans la société, l’argent devient magique dès qu’il s’agit de défense, en témoignent les dernières déclarations d’Emmanuel Macron, jouant les petits chefs de guerre. « La guerre fait taire les révoltes, participe à une vision selon laquelle la nation doit se ranger derrière un chef. Tout est fait dans ce sens, le retour du service militaire, etc. », poursuit Françoise Le Bris.

    « On continue… »

    Mais au vu du faible nombre de personnes regroupées devant la Bourse du travail, la mobilisation a du plomb dans l’aile – même si la pluie en explique une partie. « Aujourd’hui, les gens ont tellement la tête sous l’eau qu’il devient compliqué de les mobiliser », reprend Sébastien Perret. Le contexte des fêtes de fin d’année doit également peser sur le portefeuille. À cela s’ajoute la résignation à la vue des actions menées par Emmanuel Macron. « Les gens se disent que ça ne sert plus rien. On a l’impression que quoiqu’on fasse, ça ne marche pas, ils passeront en force. Il n’y a rien qu’à voir les résultats des législatives de 2024 », analyse Françoise Le Bris.

    Pour autant, les syndicats gardent espoir. « On continue à se battre. À la sortie de la guerre 39-45, tout ce que nous avons obtenu, c’est grâce au rapport de force. Alors qu’il n’y avait plus d’argent, que le pays était à reconstruire, on a réussi à créer la Sécurité sociale en deux ans », fait valoir Sébastien Perret. La lutte continue.

  • « En 30 ans le regard que porte la société sur la pauvreté a changé »

    « En 30 ans le regard que porte la société sur la pauvreté a changé »

    La Marseillaise : Ce rapport met en lumière 30 ans d’augmentation de la pauvreté en France…

    Jean-Marie Brugeron : En effet la pauvreté s’est nettement intensifiée. Plusieurs chiffres en attestent : le niveau de vie médian des personnes que nous accueillions est passé de 658 euros en 2014 à 565 euros en 2024. 95% des ménages accueillis vivent sous le seuil de pauvreté (1 316 euros) et 74% sous le seuil d’extrême pauvreté (+11 pts entre 2017 et 2023). Nous recevons par ailleurs beaucoup plus de personnes sans aucune ressource : de 10% en 1994, leur proportion est passée à 26% (24% dans l’Hérault). Cela s’explique par les difficultés à bénéficier des aides, l’accès aux droits étant de plus en plus compliqué (38% de non-recours au RSA des ménages éligibles français en 2024) et par le fait, également, que de plus en plus de gens sont sans droits, notamment les étrangers, qui se présentent dans nos accueils car privés de tout moyen d’avoir un revenu quelconque.

    Les femmes et les enfants sont en première ligne de cette pauvreté ?

    J-M.B. : En 2024, les femmes représentent 56% des personnes rencontrées (58% dans l’Hérault). Elles étaient déjà majoritaires en 1994, mais on enregistre une augmentation de + 5 points en 30 ans. Dans l’Hérault, on compte 27% de mères isolées, dont les trois-quarts vivent dans l’extrême pauvreté. Les enfants, qui représentent 39% des personnes soutenues, sont ainsi les premières victimes de la pauvreté subie. Le rapport montre également une pauvreté davantage liée à des problèmes de santé ou de handicap. En 1999, 15% des personnes qui se présentaient avaient des problèmes de santé ; elles sont 23% en 2024.

    Ces 30 dernières années,
    la pauvreté a également
    pris de nouveaux visages…

    J.-M.B. : Oui, on a notamment vu apparaître une nouvelle catégorie qui n’existait pas en 1994 : les travailleurs pauvres. Auparavant, les personnes qui avaient un travail arrivaient à peu près à subvenir aux besoins de leur famille. Aujourd’hui ce n’est plus le cas, à cause des temps partiels, de l’intérim, des saisonniers… Mais même un CDI ne vous exonère pas d’être pauvre : 28% des personnes accueillies en 2024 ont un CDI (17% dans l’Hérault, contre 5% en 2000).

    Par ailleurs les ménages étrangers sont de plus en plus nombreux (52,7% des adultes accueillis en 2024 contre 20% en 1994), de même que les seniors, dont la part a plus que doublé en 30 ans (de 3% en 1994 à 7% en 2024). Enfin, la pauvreté rurale a gagné du terrain. Ce sont souvent des personnes âgées, mais ce aussi des jeunes qui, on le voit bien dans l’arrière-pays héraultais, vont chercher des logements moins chers.

    La pauvreté n’est pourtant pas une fatalité ?

    J.-M.B. : On est passé, en 30 ans, d’une pauvreté conjoncturelle à une pauvreté structurelle. Cette évolution est en lien avec les politiques publiques. Selon la Cour des comptes, sans redistribution le taux de pauvreté ne serait pas de 15,4% en France, mais de 21,7%. Donc les politiques de redistribution fonctionnent. Mais lorsqu’on réforme le chômage dans le sens où cela a été fait, ça provoque une hausse des personnes non indemnisées. Lorsqu’on interdit aux sans-papiers de travailler, ça accroît la précarité. La société aujourd’hui est plus dure pour les plus fragiles et le regard qu’elle porte sur la pauvreté a changé.

    Qu’est-ce qui a changé ?

    J.-M.B. : En 1994, on considérait qu’on se devait d’aider les pauvres, qui étaient les laissés-pour-compte de la croissance.

    Aujourd’hui, on considère que s’ils sont pauvres, c’est de leur faute. On culpabilise les pauvres et on dénonce les étrangers. Le paradoxe dans tout ça, c’est que les Français sont tout de même attachés à la solidarité nationale, puisque 53 % d’entre eux se disent favorables à une augmentation du RSA. Reste qu’il y a un changement de regard qui est profond.

    Quelles sont les actions proposées par le Secours catholique ?

    J.-M.B. : On agit sur différents leviers : le soutien scolaire, les cours de français pour les personnes étrangères ; l’accès à une alimentation digne ; la lutte contre l’isolement à travers les cafés solidaires pour les migrants ou les actions dans les Ehpad ; la lutte contre le non recours aux droits ; et l’accueil des SDF, notamment sur Montpellier avec la Halte solidarité qui fait l’objet d’un gros projet de rénovation. Ce qu’on souhaite, c’est montrer qu’un autre regard est possible pour mieux vivre ensemble.

  • [Entretien] Nicolas Cadène : « La neutralité ne s’impose qu’à l’administration et non aux citoyens »

    [Entretien] Nicolas Cadène : « La neutralité ne s’impose qu’à l’administration et non aux citoyens »

    La Marseillaise : Au fil des années, cette loi a été modifiée et le principe de laïcité dévoyé ?

    Nicolas Cadène : Les dernières propositions de sénateurs ou de députés LR sont, en la matière, totalement contraires au principe même de la laïcité. Elles s’opposent à ses fondements puisqu’elles ne ciblent qu’une catégorie de la population, qu’une catégorie de croyants, en demandant en l’espèce l’interdiction de certaines pratiques cultuelles d’une seule religion : l’islam. Cela rompt avec le principe d’égalité que pose la laïcité. Cela rompt aussi avec le principe de liberté en restreignant la liberté de religion sans motif objectif. Enfin, rappelons que la neutralité ne s’impose qu’à l’administration publique et non aux citoyens. Ainsi, lorsque ces parlementaires veulent interdire le port du foulard ou du voile dans la rue, ils s’opposent au principe de laïcité.

    Pour des raisons électoralistes ?

    N.C. : Il semblerait, car ils surfent sur les peurs et les émotions pour attirer un électorat. Cela est favorisé par une information insuffisamment plurielle, qui fausse le débat public. Quand ces peurs sont diffusées très largement, en particulier par des médias mainstream et même du service public, les idées les plus sombres et les logiques de division de la population, ciblant pour l’essentiel les Français de confession musulmane, infusent dans l’opinion. Et ce d’autant plus qu’elles sont justifiées, à tort, par une laïcité dévoyée. Loin de chercher à élever le débat, à dénoncer ces instrumentalisations, ces clichés, beaucoup de responsables politiques préfèrent aller dans le sens de l’opinion facile.

    Avec le risque d’exclure une catégorie de la population et de provoquer un repli communautaire…

    N.C. : Évidemment. Ces propositions sont totalement contre-productives puisqu’elles ne font que stigmatiser davantage cette population, ce qui ne peut qu’aboutir à son repli encore plus net. Si on exclut une partie de la population du cadre commun, celle-ci va évidemment se replier sur une communauté de solidarité. De plus, le fait de poser des interdits sans justification objective réelle rend possible, demain, de poser des interdits à l’encontre de toute opinion qui ne serait pas considérée comme majoritaire, et qui serait considérée comme à bannir par le camp au pouvoir. C’est très dangereux et cela bafoue nos principes fondamentaux. Pourtant, c’est un discours que l’on entend régulièrement et qui n’interroge plus. C’est sans doute le plus inquiétant : ça ne choque plus grand monde.

    Comment se battre contre toutes ces dérives et réaffirmer
    ce principe de laïcité
     ?

    N.C. : Si vraiment on veut se battre pour la laïcité et si ces responsables politiques étaient véritablement fidèles à la laïcité, ils s’assureraient par exemple qu’il y ait des offres publiques laïques partout sur le territoire. Ils s’engageraient pour un soutien massif à l’enseignement public pour éviter le séparatisme scolaire, pour éviter qu’il n’y ait plus de mixité sociale dans les écoles, ce qui conduit évidemment à des replis communautaires. Pourtant, alors qu’ils ne soutiennent pas ces offres, ils s’étonnent ensuite que, dans certains quartiers ségrégués, il y ait des replis communautaires ! C’est trop facile. Ils se disent laïques mais ils dissocient question laïque et question sociale. Pour revenir à la polémique sur le voile et les jeunes filles, s’ils veulent vraiment protéger ces dernières, pourquoi refusent-ils de donner plus de moyens aux services sociaux et à l’aide sociale à l’enfance, qui peut sanctionner tout abus de la part des parents ?

    Pour réaffirmer le principe de laïcité, des contrats d’engagements républicains ont été mis en place à destination des associations. Une bonne chose ?

    N.C. : Cela émane de la loi dite « Séparatisme » de 2021. Le fait que les engagements républicains soient respectés n’est pas un problème. Le problème c’est la définition que l’on donne à ces engagements. Par exemple, le septième engagement n’est pas très clair et parle de « respecter les symboles de la République ». L’interprétation peut être très large. Si dans un festival, quelqu’un joue une chanson qui se moque de La Marseillaise – comme l’ont fait beaucoup de chanteurs – est-ce que l’association organisatrice sera sanctionnée ? Heureusement, à ce stade, les juges qui ont eu à se prononcer sur certaines interprétations trop larges par certains préfets, ont cassé les sanctions. Mais il faut être très vigilant pour ne pas tomber dans une sorte de suspicion généralisée et finalement dans la mise à mal du tissu associatif qui pourtant fait énormément pour l’intérêt général. C’est un partenaire majeur qu’il faut renforcer plutôt que suspecter.

  • À Avignon, le préfet en train de « clôturer » la LEO

    À Avignon, le préfet en train de « clôturer » la LEO

    Alors que les candidats aux municipales rivalisent d’imagination actuellement pour poursuivre le projet de liaison Est-Ouest (LEO), le préfet douche les derniers minces espoirs de voir réaliser la phase 2 du contournement routier sud d’Avignon.

    Ainsi, « un porté à connaissance de clôture du dossier » a été enclenché, indique Thierry Suquet, ce jeudi 4 décembre, lors d’un point presse.

    Il y a un mois déjà, le ministre des Transports avait confirmé que les crédits initialement prévus étaient alloués à d’autres projets dans la région, faute d’accord politique sur le tracé initialement prévu, récusé par la maire d’Avignon Cécile Helle (PS) et le président du Grand Avignon, Joël Guin (SE).

    Le préfet glisse tout de même que les travaux de compensation prévus (arasement dans la Durance) seront réalisés. Tandis que certains réclament le prolongement de la DUP (déclaration d’utilité publique) qui arrive à terme en 2027, le préfet balaye l’éventualité : « On n’est pas dans ce schéma-là ». Idem, toute modification du projet ou inversion de tranche [phase 3 vers le Gard d’abord] nécessite de « tout recommencer sur le plan juridique ».

    Quant au barreau de Rognonas (1 km entre la fin actuelle de la LEO et le pont de Rognonas), rien ne sera engagé. « Le préfet de Région a été clair : je ne le réalise pas si c’est pour, derrière, ne pas enclencher la 2ᵉ phase », redit Thierry Suquet.

  • Super-héroïnes : le combat contre le mal(e) à Martigues

    Super-héroïnes : le combat contre le mal(e) à Martigues

    L’objectif : décrypter et recontextualiser l’image de ces femmes véhiculée dans les médias, que ce soit l’audiovisuel, le monde du manga, du jeux vidéo ou les comics. Tantôt sexualisées dans leurs costumes, tantôt mises en avant pour leur force et leur persévérance comme dans les films du studio Ghibli, elles sont toujours porteuses d’un symbole.