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  • Après Chevignon et Pimkie, Amoniss s’empare de Jott

    Après Chevignon et Pimkie, Amoniss s’empare de Jott

    C’est incompréhensible ! » Pour Damien Laine, représentant des salariés au CSE (comité social et économique) de Jott, la décision du tribunal de commerce de Marseille, rendue ce lundi 13 avril, de confier l’emblématique marque marseillaise de doudounes au groupe Amoniss, ne passe pas. « La voix des salariés n’a pas été écoutée, la finance a encore gagné » a-t-il commenté, craignant un rapprochement avec des poids lourds de la fast fashion. Après un vote organisé auprès des employés des magasins et du siège, près de 70% du personnel soutenait l’offre « Mars », proposée par une partie de l’équipe dirigeante actuelle et Nicolas Gourdikian, un des membres fondateurs de l’entreprise, moins disante en termes de reprise de salariés avec 34% des plus de 200 employés gardés, mais « beaucoup plus familiale, un retour à l’ADN du groupe », estimait Damien Laine.

    Mode in Sud vigilant

    Amoniss, société d’investissement qui détient Chevignon et Pimkie, s’est positionnée avec la reprise de 77% des effectifs et un investissement de trois millions d’euros. Pimkie, « une des rares entreprises françaises à avoir fait un deal avec Shein » notait vendredi Jocelyn Meire, président de Mode in Sud, signataire d’un communiqué commun avec Jean-Luc Chauvin, président de la Chambre de commerce et d’industrie métropolitaine Aix-Marseille-Provence pour défendre la marque.

    « Jott a un avenir. Et c’est une bonne nouvelle » nuance-t-il ce lundi mais « dans un contexte où la filière mode est sous pression, chaque reprise dépasse la seule logique financière » estime-t-il, « la réussite de ce projet passera par sa capacité à s’inscrire durablement dans son territoire d’origine, (…) à dialoguer avec les acteurs qui en constituent l’environnement naturel ».

  • Bien plus qu’un symbole

    Bien plus qu’un symbole

    Le 1er-Mai est et restera férié, chômé et payé ! Le gouvernement a renoncé ce lundi à passer en force pour déposséder les travailleurs et les travailleurs de ce jour gagné par la lutte.

    C’est un échec pour la coalition cynique qui a regroupé macronistes, LR et RN lors d’un drôle de vote vendredi dernier. Une manœuvre procédurale pour tenter de faire adopter un texte de la droite sénatoriale sans passer par le vote de l’Assemblée nationale.

    Pour celles et ceux qui en doutaient, c’est une nouvelle preuve que le RN est un adversaire du monde du travail et que malgré son discours prétendument social, il est bien extrêmement… à droite.

    Reprendre
    la main et tout
    le reste !

    Le gouvernement, minoritaire, fragilisé, menacé de censure par le groupe communiste, a fini par céder devant les protestations unanimes des syndicats.

    Gabriel Attal et le parti présidentiel en sont pour leur frais. Ils étaient allés jusqu’à lancer une pétition pour « soutenir nos boulangers et nos fleuristes ». Rappelons que les patrons qui le souhaitent peuvent travailler le 1er-Mai, l’objet de la démarche était donc plutôt de les soutenir dans leur volonté d’imposer le travail à leurs salariés.

    Le 1er-Mai est plus qu’un symbole, il est l’héritage du mouvement ouvrier international et un jour d’expression des revendications du monde du travail d’aujourd’hui.

    C’est un bien commun.

    La reculade du gouvernement, elle aussi est plus qu’un symbole. Elle démontre l’état du rapport de force. Après des années de passages en force et de mépris, les forces de droite et le patronat hésitent. Raison de plus pour reprendre la main, et tout le reste !

  • Free fusionne ses centres d’appels, la CGT va en justice

    Free fusionne ses centres d’appels, la CGT va en justice

    Un plan social « déguisé » et une attaque en règle des droits de représentation des salariés. C’est ce que dénonce la CGT Telecoms dans un communiqué sur la situation des centres d’appels de Free, désormais une marque du groupe Illiad dont le président-fondateur reste Xavier Niel. Par un savant principe de fusion de Centrapel à Paris, Certicall à Marseille et Equaline à Bordeaux, puis d’absorption, par une filiale, Protelco, rebaptisée « Free assistance », prévue pour le 4 mai, et la mise en place d’un GEEP (Gestion des emplois et des parcours professionnels), l’entreprise se réorganise en profondeur. Au détriment des salariés, alerte Annabel Ros, élue CGT au CSE de Certicall.

    Parallèlement, des Free Proxi, mini-centres de 10 personnes, installés dans des appartements, ont été mis en place. Leur mission : répondre aux abonnés et les dépanner, les centres se consacrant aux abonnements pros. « Ils ont vidé les effectifs des centres, avec une baisse de trois quarts, de 4 000 en 2017 à 1 000 en 2025 », assure la syndicaliste, « à Marseille 48 personnes sont parties, 90% ont préféré quitter l’entreprise face une ambiance délétère, profitant de primes de départ supérieures au niveau légal. » Dans les « Proxi », sur « 400 recrutements, on dénombre 107 licenciements et une centaine de démissions », ajoute-t-elle.

    « Aucun collaborateur contraint » selon Free

    Sur le pont de 8h à 21h du lundi au dimanche, sans manager mais avec un « coordinateur », ces petites cellules « plus pratiques quand il s’agit de travailler ensemble ou de partager une pizza », vante Xavier Niel, donnent lieu à de l’isolement, des intimidations avec « entretiens préalables au licenciement fréquents » et des difficultés pour s’organiser syndicalement déplore Annabel Ros. Dans les centres, « des accords sont en cours, puisque la fusion fait tomber tous les mandats, mais on nous propose trois fois moins de représentants qu’actuellement, nous avons décidé d’attaquer en justice », explique-t-elle, soupçonnant « une volonté de se débarrasser des élus ». Après une audience à Bordeaux ce lundi 13 avril, c’est à Marseille que se tient la seconde ce mardi.

    « Free fait le choix de rassembler ses deux équipes d’assistance abonnés, les centres de relation abonné et Free Proxi, au sein d’une structure unique [pour] mettre fin aux silos (…) et mieux servir nos abonnés », se défend la direction du groupe. Mieux, il s’agit pour les salariés d’« une vraie opportunité et une attente », assure-t-elle. Sur le GEEP, signé en 2025, il « repose sur un double consensus social, négocié et signé par la majorité des organisations syndicales représentatives, et intégralement fondé sur le volontariat », insiste Free, assurant qu’« aucun collaborateur n’est contraint de changer de poste ». Mieux, nombre d’entre eux « ont saisi avec enthousiasme l’opportunité de rejoindre ce nouveau modèle ». Free en veut pour preuve des effectifs qui entre 2024 et 2025, « ne sont pas en baisse ». Et de préciser que 195 Proxi ont été déployés en France.

  • Pas de procès expéditifs pour les robes noires

    Pas de procès expéditifs pour les robes noires

    Les premières gouttes de pluie ruissellent contre la façade du Palais de Justice (6e). Il est 13h20. Une légère brise agite les pancartes des robes noires regroupées sur les marches du Palais Monthyon. Ce midi, une centaine d’avocats, magistrats et greffiers se mobilisent contre le nouveau projet de loi Sure (« sanction utile, rapide et effective »). Alors que le texte est en cours d’examen au Sénat, une partie du Barreau proteste devant la chambre du Parlement à Paris.

    Une justice expéditive

    Dans les Bouches-du-Rhône aussi, les représentants de la justice comptent bien exprimer leur désaccord. Muni de son mégaphone, le bâtonnier de Marseille, Mathieu Jacquier, hausse le ton : « Le barreau de Marseille s’oppose au projet de loi. Il appelle le législateur à y renoncer. Le processus criminel n’est pas un temps de gestion des flux mais l’expression pleine et entière des victimes », conteste-t-il. Pas de négociations prévues pour le représentant du barreau de Marseille qui revendique la suppression totale et définitive du texte. Un texte qui défendrait une justice « expéditive », presque « commerciale », pour Laurence Brisson déléguée locale et régionale du syndicat de la magistrature. Et d’indiquer : « Le plaider-coupable criminel consiste à privatiser la condamnation de l’accusé. La victime est mise de côté, la participation des citoyens n’est plus requise. C’est libérer des dossiers en attente de procès le plus vite possible et accepter de revenir sur tous les principes historiques de la justice criminelle. » Plus de Cour, plus de débat, seulement une négociation entre le parquet et l’accusé. C’est ce que demande le ministre de la justice dans son volet CRCP (comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité déjà effective pour les délits depuis 2004).

    Mesure contre laquelle Zoé Poncelet, présidente du Syndicat des avocat(e)s de France s’oppose fermement. « Nous refusons qu’un procès criminel soit plus court qu’une pause déj. C’est un acte essentiel qui permet à la victime d’avancer et au coupable de comprendre la gravité de ses actes », déclare-t-elle face à la foule.

    Des procès à la chaîne

    Plus qu’une simple condamnation, un temps de débat, de discussion que François Sartre, avocat pénaliste reconnaît essentiel. « En cour d’assises nous assistons à de nombreux rebondissements. Si nous ne laissons plus la partie civile s’exprimer, elle ne peut plus faire son deuil. Cela peut engendrer de nombreux suicides », dénonce-t-il. Un procès à huis clos. Entre les quatre murs du bureau du parquet. La victime aurait 10 jours pour accepter ou non la négociation. Un délai jugé bien trop « court » pour Zoé Poncelet qui suit de près la grève du zèle lancée par le Conseil national des Barreaux. « Notre désaccord est marqué par une semaine de justice morte, nous avons renvoyé tous les dossiers juridiques. Il n’y aura pas de désignation de Commission d’office jusqu’à vendredi », rappelle-t-elle.

    Pour l’heure, Laurence Buisson atteste « qu’aucune nouvelle date de mobilisation n’est prévue cette semaine ». Malgré tout, la grève se poursuit et le corps judiciaire opposé au projet de loi compte bien continuer à exprimer son opposition « féroce et déterminée ». Le Conseil de l’Ordre du Barreau de Marseille se prononcera mardi 14 et les revendications devraient être maintenues selon le vote du Sénat.

  • Marseille : après Chevignon et Pimkie, Jott tombe dans l’escarcelle d’Amoniss

    Marseille : après Chevignon et Pimkie, Jott tombe dans l’escarcelle d’Amoniss

    « C’est incompréhensible ! » Pour Damien Laine, représentant des salariés de Jott au CSE (Comité social et économique), la décision du tribunal de commerce de Marseille, rendue ce lundi 13 avril, de confier l’avenir de l’entreprise de doudounes au groupe Amoniss, ne passe pas. « La voix des salariés n’a pas été écoutée, la finance a encore gagnée » a-t-il commenté à chaud, craignant un rapprochement avec des poids lourds de la fast fashion.

    Après un vote organisé auprès des employés des magasins et du siège, près de 70% du personnel soutenait l’offre dite « Mars », proposée par une partie de l’équipe dirigeante actuelle et Nicolas Gourdikian, un des membres fondateurs de l’entreprise, moins disante en termes de reprise de salariés avec 34% des 200 employés gardés, mais « beaucoup plus familiale, un retour à l’ADN du groupe » estimait Damien.

    Le groupe Amoniss, société d’investissement qui détient déjà Chevignon et Pimkie, s’est positionné avec la reprise de 77% des effectifs et un investissement de trois millions d’euros.

  • [Festival de Paques] La Reine est là ! Vive la Reine !

    [Festival de Paques] La Reine est là ! Vive la Reine !

    Renaud Capuçon et Dominique Bluzet peuvent se targuer de l’honneur d’avoir fait venir, depuis quelques saisons, au Festival de Pâques l’immense pianiste Martha Argerich. Vendredi et samedi soir avaient, au Grand Théâtre de Provence (GTP), des allures de culte païen. Il n’est pas exagéré de dire que le public reçoit Martha Argerich comme un fidèle, la consécration eucharistique, tant il y a de ferveur quasi religieuse dans l’accueil qui lui est réservé. Avec plus de sobriété on peut proclamer la chance inouïe qui est donnée à la ville et à son Festival de compter dans ses murs une artiste aussi mondialement considérable. Le Concerto pour piano et orchestre n° 2 de Beethoven est, au bout des doigts de Martha Argerich comme un diamant brut posé sur le coussin de brocart de l’orchestre philharmonique de Munich et son chef Lahav Shani. La musique semble venir de contrées éthérées tant le toucher du clavier se fait léger et cristallin. Comme une évidence de la musique, une chose qui va de soi. Rarement Beethoven n’aura été élevé si haut. Avec Martha Argerich on est toujours à deux pas de la légende. Une Reine !

    La ville aura le bonheur d’accueillir le Philharmonique de Munich, en résidence, jusqu’en 2028 Le « Münchner Philharmoniker » a été dirigé par Gustav Mahler – il y a créé ses Quatrième et Huitième Symphonies. Mahler s’imposait donc au programme avec sa première Symphonie dite « Titan ». Titanesque, sans doute, cette œuvre-monde, mais jamais « Kolossale », un risque, toujours avec des chefs moins pointilleux. Lahav Shani tient, en guise de baguette, un délicat pinceau ou une brosse énergique. Sa palette est lumineuse, les couleurs transparentes. On entend le chant des oiseaux dans les trilles malicieux de bois. Le ton se fait klezmer dans l’adagio. Et puis arrive le flot de l’orchestre qui submerge l’auditeur comme un tsunami. Les cuivres se lèvent pour le final en apothéose. Un concert symphonique peut-être aussi un spectacle.

    Samedi, l’ambiance était plus feutrée : en duo Renaud Capuçon et Lahav Shani au piano. Une sonate de Mozart comme un petit meuble rococo un peu perdu dans le vaste GTP. C’est joli. On passe. La sonate de Debussy avec Martha Argerich et Renaud Capuçon est comme une leçon de construction musicale. L’Andante et variations de Schuman met en avant des musiciens du rang du Münchner ; Matias Piñeira au cor, suave et doré, les violoncelles Floris Mijnders et Marcel Johannes Kits, l’alto Jano Lisboa, tous grands musiciens. Enfin le Quintette pour piano, op. 44 de Schumann est une œuvre passionnante par sa fougue et ses recoins mélancoliques. On ne pouvait rêver meilleure réunion de talents que Martha Argerich au piano, Renaud Capuçon et Alexander Möck aux violons, Jano Lisboa à l’alto et Floris Mijnders au violoncelle. Dimanche carte blanche aura été donnée à Renaud Capuçon pour le Concerto pour violon n° 1 de Dmitri Chostakovitch. Lahav Shani dirigeait les Munichois dans la quatrième de Brahms. Brahms. Un beau point d’orgue pour un Festival de Pâques 2026 qui n’a pas dérogé à sa réputation d’excellence. Grâces en soient rendues à leurs fondateurs.

  • Décès de Christine Ruiz Picasso à Viens

    Décès de Christine Ruiz Picasso à Viens

    Elle était la femme du fils aîné du peintre. Elle a participé à des initiatives culturelles de la mairie du village. Elle venait durant un temps faire ses courses à Apt, et, notamment à la boucherie chevaline Roux (fermée depuis quelques années). Les propriétaires nous avaient confié qu’ils avaient des relations amicales avec elle et confirmé sa discrétion. La Marseillaise avait eu la chance de la rencontrer à une exposition à la chapelle Saint-Ferréol située au bas de la route de Viens. Elle s’était impliquée dans sa restauration. Nous saluons sa famille, ses amis, et les gens du village qui la connaissaient. Voilà une figure emblématique qui disparaît et qui laissera un souvenir indélébile dans la mémoire locale.

    José Vincentelli

  • La Maison des arts Marseille sous le signe de l’hospitalité

    La Maison des arts Marseille sous le signe de l’hospitalité

    À partir d’un héritage que l’on connaît et que l’on respecte, nous allons proposer quelque chose qui n’a rien à voir, de très contemporain », rappelle Julie Kretzschmar, en ce vendredi 10 avril, sous un écriteau portant le nom du réalisateur moldave Emil Loteanu. L’un des vestiges du Théâtre Toursky, fondé en 1970 sur la butte de Saint-Mauront, dont la reprise par Les rencontres à l’échelle, le Théâtre Joliette et la compagnie Dans6T a été validée il y a tout juste un an devant le tribunal judiciaire. Après 53 années d’une riche histoire incarnée par le seul Richard Martin, place désormais à une aventure collégiale pilotée par ces trois structures, sous le nom de MAM, Maison des arts Marseille, qui accueillera le 3 mai la soirée de clôture de la Biennale des écritures du réel ou encore l’ouverture du festival des Rencontres à l’échelle le 2 juin.

    « Nous allons travailler le programme au semestre et non pas sur une année entière, avec la notion de temps fort », prévient Nathalie Huerta, directrice du Théâtre Joliette. Premier thème prévu à l’automne prochain, sous le signe de « l’hospitalité ». Une notion que la Maison des arts Marseille n’a pas attendue bien longtemps à mettre en œuvre, elle qui a déjà accueilli depuis la rentrée 2025 « une trentaine de compagnies. En septembre, on a ouvert un centre de danse pour lequel on a essentiellement communiqué en direction du quartier et du voisinage. On a une centaine d’adhérents. On a aussi ouvert un club sportif aux femmes du quartier. Nous voulons ouvrir le lieu au maximum », campe Géraldine Garnier, déléguée générale de la MAM. « On a vu depuis septembre des personnes entrer dans le lieu pour la première fois et trouver leur place petit à petit », souligne Bouziane Bouteldja, chorégraphe, danseur et fondateur de la compagnie Dans6T qui ne ménage pas ses efforts depuis quelques mois pour transmettre sa passion contagieuse pour le mouvement, entre autres à travers des « impromptus pour cours de récréation dans huit écoles du quartier ».

    Champ des possibles

    « Nous défendons l’idée d’un service public de la culture, à l’écoute des réalités sociales », affirme Nathalie Huerta à propos de la MAM qui est, à ce jour, presque exclusivement financée par la Ville de Marseille. « Pour l’instant », ajoute-t-elle, « on a aussi reçu une subvention de la Région. Elle est petite mais importante car elle témoigne d’une confiance. Et on attend une réponse du Département pour cet été ». Salle principale de 732 places dont les travaux d’étanchéité et de chauffage sont sur le point d’être achevés, salles destinées aux ateliers, aux résidences d’artistes, studios de danse, « cour pour les fêtes et guinguettes », bar, restaurant avec un projet d’insertion… Si la Maison des arts Marseille reste en chantier, elle poursuit son élan et constitue un bel outil pour explorer le champ de tous les possibles.

  • Une casserie d’amandes « bleu blanc rouge »

    Une casserie d’amandes « bleu blanc rouge »

    Dans la zone industrielle de Nicopolis à Brignoles dans le Var le bâtiment flambant neuf de la casserie de la Compagnie des amandes est silencieux. Depuis quelques jours, ce n’est pas les amandes qu’on y prépare, mais l’inauguration qui aura lieu ce lundi, en présence de la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard et du président (Ren) de région, Renaud Muselier.

    Derrière de grands murs anthracite, d’où se détache le logo de la Compagnie des amandes, on sèche, on trie, on égousse et on décortique des amandes françaises. Et pour cela la casserie s’est dotée d’une machine de haute technologie italienne, mise au repos forcé pendant les préparatifs de l’inauguration. Une technologie qui permet de décortiquer plusieurs tonnes d’amandes en quelques jours. Une mécanique que Henry Dessigny, opérateur au cassage, connaît mieux que personne.

    Savoir-faire à réapprendre

    Cet ancien artisan s’est reconverti il y a tout juste un an pour aider son fils dans le projet fou d’ouvrir une casserie en Provence. Initiée et soutenue par la Compagnie des amandes, l’usine reçoit la machine en octobre 2025. « J’ai eu une formation d’une journée avec un Italien, car la machine a été fabriquée là-bas, explique le quinquagénaire. C’est un nouveau métier, parce qu’on n’avait plus trop ce savoir-faire en France. »

    Mais après cette première saison dans la casserie et 250 tonnes de fruits à coques décortiqués, Henri Dessigny est rôdé : « Avant de maîtriser parfaitement la machine, il faut casser une centaine de tonnes d’amande, précise-t-il. Mais comme on ne peut pas les perdre, on est très méticuleux et donc plus lents au début. » Car pour chaque espèce d’amandes, il y a un calibrage spécifique. Ce que l’opérateur appelle ses « recettes », c’est-à-dire les réglages qu’il doit effectuer sur la machine suivant leur taille, la façon dont les coques se cassent, pour que les amandes sortent parfaitement décortiquées. « Après il faut affiner les réglages suivant le producteur, et parfois même suivant les versants, car les fruits n’auront pas toujours la même taille », insiste-t-il.

    Une expertise acquise sur la machine qui lui permettra de gérer deux machines pour la saison prochaine, pour passer à 800 tonnes. « L’objectif est d’arriver à 2 000 tonnes d’amandes décortiquées d’ici 2030 », affirme Benjamin Dessigny, directeur de la casserie. Pour l’épauler, deux nouvelles embauches sont prévues, un agréeur pour vérifier les lots et un cariste pour conduire le chariot élévateur.

    Une augmentation de la production qui suit celle de la demande des agriculteurs d’amandes. « Il y a énormément de gens qui veulent travailler avec nous, explique Henri Dessigny, que ce soit des producteurs ou des distributeurs. Et même si on casse de plus en plus d’amandes, on a aucun mal à revendre les stocks », sourit-il.

    S’il existe encore quelques casseries en France, elles sont souvent de petite taille. Car depuis les années 1950, la production d’amandes a baissé, et avec elle le nombre de casseries. L’ambition est donc de redynamiser la filière tout entière, en cassant les amandes de la compagnie, mais pas seulement. « Nous avons des partenariats avec d’autres agriculteurs. Le but c’est d’arrêter de casser à l’étranger, et de vraiment faire des amandes fabriquées en France », insiste le directeur de l’usine. Car en France, l’amande, on l’aime. Que ce soit à croquer, dans des pralinés, pour les calissons ou pour l’orgeat, les Français la consomment. Mais pour répondre à la demande, on l’importe en masse.

    Actuellement, moins d’une amande consommée sur dix est française. L’ouverture de cette casserie semble donc être un petit pas de plus pour une meilleure souveraineté alimentaire du pays.

    « Le but c’est d’arrêter de casser
    à l’étranger, et faire des amandes fabriquées en France »

  • [Passerelle Interculturelle] Le boom du running en Chine : d’un sport de niche à une pratique du quotidien

    [Passerelle Interculturelle] Le boom du running en Chine : d’un sport de niche à une pratique du quotidien

    Au cours de la dernière décennie, une transformation silencieuse s’est opérée en Chine. Ce qui n’était autrefois qu’un sport d’endurance de niche est devenu une habitude urbaine largement répandue.

    Le running ne se définit plus uniquement par la compétition ; il est désormais un moyen concret et accessible de rester en bonne santé, de gérer le stress et de s’inscrire dans le rythme de la ville. Le développement du marathon moderne en Chine est généralement associé à 1981, lorsque le marathon de Beijing organisa sa première édition avec seulement 86 participants. En tant que premier marathon international officiel du pays, il a introduit la course sur route auprès d’un public plus large et posé les bases d’un mouvement qui allait s’étendre à l’échelle nationale.

    L’ampleur et la dynamique économique

    Aujourd’hui, l’ampleur du phénomène est sans commune mesure. Rien qu’en 2024, environ 7 millions de personnes ont participé à des courses sur route. En 2026, la demande a atteint un niveau record : le marathon de Wuxi a enregistré 500 000 inscriptions. Obtenir un dossard est devenu un véritable défi statistique, comparable à une loterie pour l’attribution des plaques d’immatriculation. Cette intensité se traduit également sur le plan économique. En 2024, les dépenses liées aux marathons ont atteint 16,8 milliards de yuans (environ 2,46 milliards de dollars), soit une hausse de 26% par rapport à l’année précédente.

    Une intégration au mode de vie urbain

    Le running est désormais devenu un véritable écosystème, reliant activité physique et tourisme, notamment à travers le phénomène du « racecation » : les participants voyagent, prolongent leur séjour et consomment davantage, générant ainsi des retombées économiques locales significatives.

    Le running est devenu un repère temporel dans les villes chinoises, s’étendant sur l’ensemble de la journée. Le matin, les parcs sont investis par ceux qui cherchent un moment de clarté avant le travail. À midi, de courtes courses apparaissent dans les quartiers d’affaires, comme le CBD de Pékin ou Lujiazui à Shanghai. Lors des week-ends de course, les villes se réorganisent temporairement : les routes se ferment, les rues s’ouvrent, et l’espace urbain se transforme en piste collective. Le phénomène le plus marquant est sans doute celui du running nocturne. À la tombée de la nuit, les berges des rivières se remplissent de coureurs venus se détendre après la journée.

    Ce cycle quasi continu sur 24 heures est soutenu par des politiques publiques, comme l’initiative du « cercle de fitness de 15 minutes », ainsi que par le développement de pistes de course intelligentes, équipées d’éclairage et de dispositifs de sécurité.

    Pour de nombreux jeunes actifs, courir est devenu non seulement un moyen de faire du sport, mais aussi un espace de sociabilité, de routine et de construction identitaire. Sur des plateformes comme WeChat et Xiaohongshu, la trace d’une course n’est plus privée : elle est visible, partageable et socialement valorisée.