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  • [Entretien] Patrick Bourdillon, CGT : « Avec l’ambulatoire, la prise en charge échoit aux familles »

    [Entretien] Patrick Bourdillon, CGT : « Avec l’ambulatoire, la prise en charge échoit aux familles »

    La Marseillaise : La maternité d’Apt a fermé en 2016, celle de la clinique Urbain V à Avignon en 2024. Quelles conséquences ont pu avoir ces fermetures ?

    Patrick Bourdillon : La baisse de la natalité considérable dans notre département a fait que l’absorption de l’activité d’Urbain V n’a pas eu pour conséquence une explosion des naissances sur le centre hospitalier d’Avignon. Mais la fermeture de l’hôpital d’Apt a amené beaucoup plus de naissances à Cavaillon, d’autant plus que la distance est importante depuis Apt. Et il y avait eu avant les fermetures à Vaison-la-Romaine et Pertuis. Si les chiffres de difficultés dans la naissance n’ont pas forcément augmenté, leur pourcentage par rapport au nombre de femmes qui accouchent lui augmente. On s’aperçoit surtout que c’est le nombre de professionnels en capacité de prendre en charge l’enfant, et la durée notamment de l’hospitalisation en post-partum, qui vont compter.

    Le rapport de l’Igas pointe le manque de places en réanimation en néonatalogie dans la région, quels constats faites-vous ?

    P.B. : Sur un centre hospitalier de la taille de celui d’Avignon, le service de néonatalogie n’est pas suffisant puisque c’est une maternité de niveau 2, donc nous n’avons pas de réanimation en pédiatrie. La plus proche est à Marseille, à pratiquement une heure de trajet. Un bébé en difficulté à Orange aura donc moins de chances qu’un bébé à la Timone. Mais les difficultés sur la réanimation existent aussi pour les adultes.

    Quelles sont les conditions de travail en néonatalogie ?

    P.B. : Elles sont plutôt bonnes dans la mesure où il y a un encadrement suffisant, même si parfois il y a des nécessités plus fortes. La néonatalogie est relativement préservée, mais nous ne sommes pas capables de gérer si beaucoup d’enfants ont des nécessités de soins, essentiellement pour les enfants prématurés ou pour ceux qui ont des complexités métaboliques ou des problématiques d’organes.

    Le travail de prévention est-il suffisant ?

    P.B. : Quand on voit les suppressions de subventions au Planning familial, on s’interroge… Ils ont dû faire appel à des dons en urgence ! D’autres préventions relèvent de la médecine de ville, mais le nombre de médecins est de moins en moins important. Cela a des conséquences, avant la naissance mais aussi après la grossesse. Il y a beaucoup d’arrivées aux urgences pédiatriques de jeunes mamans totalement perdues. L’ancien programme d’accompagnement du retour à domicile encourageait les jeunes mamans à rentrer le lendemain de l’accouchement, on a voulu faire de l’ambulatoire avec pour limite une prise en charge de l’individu qui échoit aux familles, et pas aux professionnels de santé. Alors il y a des incompréhensions sur la perception des symptômes de l’enfant, alors qu’il est de plus en plus compliqué de trouver des médecins, ne parlons même pas des pédiatres, pour voir si l’enfant est en danger ou pas. Le quadrillage médical ne se joue pas seulement sur les hôpitaux et maternités.

  • À l’AP-HM, un programme pilote pour les prématurés

    À l’AP-HM, un programme pilote pour les prématurés

    « Nous avons beau avoir des tas de machines, rien ne remplacera le contact peau à peau », sourit Dorothée Bontinck. Depuis 2017, l’infirmière puéricultrice est la référente du programme néonatal individualisé d’évaluation et de soins de développement – Nidcap en abrégé – de l’AP-HM qui a obtenu sa certification deux ans plus tard en 2019. Un programme qui vient rapprocher, au sein du service de réanimation néonatale de la Conception (5e arr.), les parents de leurs nouveau-nés pour limiter les sources de stress ou de douleur, et favoriser leur développement. « Cela part du principe que le bébé a des compétences, que nous allons montrer aux parents pour qu’ils reproduisent ce qui marche pour lui, explique Dorothée Bontinck. Leur première source de bien-être, c’est le parent. » Ainsi le peau à peau est-il favorisé, dès l’accouchement mais aussi pour le transfert en réanimation, puis chaque jour. « Cela permet d’avoir une meilleure stabilisation de la respiration, du cœur, de mieux le réchauffer, de créer le premier lien d’attachement », décrit l’infirmière puéricultrice. Avec des effets prouvés sur le développement neurocognitif, et une réduction des dépressions post-partum. C’est l’occasion aussi de faciliter le retour à domicile. « Il y a beaucoup de familles défavorisées, isolées, l’arrivée à la maison est difficile quand on a un bébé malade », témoigne Dorothée Bontinck, qui attend avec impatience la livraison du futur bâtiment parents-enfants de la Timone, pour mieux accueillir les familles. Depuis trois ans, elle intervient aussi pour former les professionnels de la région à ces techniques. « Les formations sont toujours complètes », sourit-elle.

  • Une partie de pétanque, ça fait plaisir

    Une partie de pétanque, ça fait plaisir

    « L’an passé, on en avait deux sur le port, cette année le second est plus loin. C’est pas bon, on n’y voit rien », lance Fred membre de l’association La boule du Vieux-Port. Pour l’heure, c’est l’endroit idéal selon eux pour jouer soit « face au bar, et sous le regard de la Bonne mère ». C’est gratuit, ouvert à tous et en plus on y fait de belles rencontres.

  • Le ban des vendanges prêt à réinvestir Avignon

    Le ban des vendanges prêt à réinvestir Avignon

    Contraint l’an dernier de délaisser le jardin du Rocher des Doms en travaux pour s’installer sur la place du palais des Papes, le ban des vendanges s’ancre finalement par choix cette année aussi devant le célèbre monument d’Avignon. Une manifestation quasi trentenaire qui se déroulera le samedi 29 août de 17h à minuit. « C’est une grande fête populaire gratuite qui célèbre la première économie de Vaucluse, l’ultime rendez-vous avant la rentrée », souligne David Bérard, délégué opérationnel et développement des Compagnons des Côtes-du-Rhône, l’association organisatrice, qui a présenté l’édition ce mardi.

    Quelque 10 000 personnes sont attendues, d’abord autour d’un défilé des confréries bachiques dans les rues du centre-ville depuis l’église Saint-Agricol puis d’une messe vigneronne avec bénédiction des vendanges à la cathédrale Notre-Dame-des-Doms. Suivra l’ouverture du marché gourmand (16 stands) à 18h30 avant la proclamation officielle du ban (19h) et le bal (20h30). « On n’est pas là pour pousser à l’ultra consommation, on arrête la vente d’alcool à 23h », assure François-Xavier Nicolas, vice-président des Compagnons. Le ban des vendanges met d’ailleurs à l’honneur une seule appellation, celle de Vaison-la-Romaine. « C’est la fête des confréries, pas un événement où les producteurs vendent leurs vins », précise Brigitte Bouvier, présidente des Compagnons.

    Malgré des vendanges de plus en plus précoces – celles pour le blanc et rosé ont démarré il y a deux semaines -, Brigitte Bouvier annonce un millésime « plutôt prometteur avec des volumes un peu en baisse à cause la sécheresse », observe celle qui est aussi directrice du lycée viticole d’Orange.

  • Marseille : le désastre de Bonneveine, un bourbier politique

    Marseille : le désastre de Bonneveine, un bourbier politique

    À l’initiative de LFI et de la coalition citoyenne Comm’un Possible Marseille (Donut Infolab, Alternatiba Marseille, Climat Paca, Eden Initiative, etc.), une petite manifestation d’une vingtaine de personnes s’est tenue devant la mairie centrale à 18h « pour rendre le massacre à son auteur » en déposant sous les fenêtres de Benoît Payan des tronçons d’arbres.

    « Du grand n’importe quoi » assène Romain Simmarano, le conseiller municipal (Renaissance) d’opposition pour qui « Bonneveine est plus qu’une simple faute politique, c’est un symptôme : la mairie est littéralement à l’arrêt, alors que Marseille a besoin de mouvement, d’énergie, d’envie, de résultats ! »

    Mardi matin, les tronçonneuses ont continué à hacher menu les 26 pins matures déstabilisés par les travaux et abattus la veille malgré la forte mobilisation citoyenne et associative. « C’est un désastre à partir d’une connerie initiale de la ville. S’il y avait eu un management compétent, on n’en serait pas là ! », peste Richard Hardouin, le président de France nature environnement 13, venu voir le désastre, mais empêché par les policiers municipaux d’approcher des cratères. « On aurait pu sauver des arbres en les élaguant ou en les étayant », estime le défenseur de l’environnement. « C’est choquant d’avoir constitué fin juillet un groupe avec des riverains responsables, de se réunir le 10 août avec Perrine Prigent, l’adjointe aux espaces verts, qui n’a pas attendu le délai de 15 jours qu’elle avait proposé. Ils ont abattu même des arbres non préconisés par l’expertise d’ONF Vegetis. » Une habituée du parc fulmine : « C’est un scandale sans nom. Quand on voit que des pompiers sont morts pour sauver des forêts dans les Landes ! »

    Plus loin, un militant s’est perché dans un grand pin condamné. Jean-Luc, habitant du Roy d’Espagne, entend ainsi protester « contre le plan de découpe lancé subitement par un bureau d’études qui a décidé sans l’avis des riverains avec sa vision de la nature, de lancer une guerre éclair. Ce sont des arbres matures qui rendaient service aux habitants. Les arbres ne sont pas des biens mobiliers. Le parc doit se faire autour des arbres existants. » Il finit par descendre, aidé d’un escabeau amené par la police.

    Invités à une réunion à la Direction de la Nature en Ville, avenue Clot-Bey, les représentants du collectif de riverains sont ressortis dépités. « On a été reçu par trois seconds couteaux des espaces verts, sans répondant, qui en ont dit le moins possible. Il n’y avait pas Perrine Prigent l’adjointe aux espaces verts, ni Marc Foveau le DGA qui avait lancé l’invitation », se désole encore Alain Senentz président du collectif de riverains.

  • Voile : la relève en quête de sacre à la base de Martigues

    Voile : la relève en quête de sacre à la base de Martigues

    Alors que Brest est le cadre des championnats de France de planche à voile, Martigues renoue avec ceux des dériveurs et habitables.

    Sur l’Étang de Berre, les jeunes de 12 à 25 ans régateront sur 12 séries. Cette année, les épreuves en dériveurs et catamarans pour les minimes s’intègrent au championnat de France jeunes solitaire équipage. Avec 950 compétiteurs attendus sur le site de Tholon, ce choix permet aux jeunes talents de bénéficier d’une expérience de compétition plus riche, dans un moment fort de partage entre les générations.

    La grande majorité des engagés sont d’ores et déjà pied d’œuvre. Mardi, la base de vie du CVM était une véritable ruche. Passage devant les juges arbitres, inspection des bateaux et des licences, première sortie sur l’eau pour vérifier que tout est ok sur le bateau, ils avaient déjà la tête aux championnats de France.

    Métropole et outre-mer

    « Les Ligues ont envoyé du monde. Et nous avons des participants qui viennent de Guadeloupe, Martinique, Réunion et Nouvelle-Calédonie. Cela nous annonce de très belles régates », confie Bertille Beurel. La chargée de communication de la Fédération française de voile et son équipe étaient également en répétition générale, mardi matin.

    Si les compétiteurs devaient vérifier que tout était ok sur leur bateau, côté terre, il fallait également voir les connexions radios, les liaisons et autres postes de juge arbitre, afin que les épreuves, puissent se dérouler sans souci.

    « Nous devrions avoir de bonnes conditions météo », estime Bertille Beurel. Si le vent était un peu fort, mardi matin, « les prévisions avec 11 à 15 nœuds nous permettent d’envisager de belles courses ».

    L’Étang de Berre va être, jusqu’au 27 août, le terrain de jeu des engagés. Ils seront 450 sur la ligne de départ, pour la première semaine, dès ce mercredi à 13 heures, coup d’envoi des premières manches. Ce sont les Optimist, 29er, 420, ILCA 4, 6 et 7, Open 570 qui vont se mesurer, sur les quatre sites de course, jusqu’au 22 août. Du 23 au 27, ce seront les Nacra 15, Open Skiff, RS Feva, Tyka, Flotte Partagée qui prendront le relais.

    Si le Cercle de voile de Martigues apprécie d’être à nouveau sous les feux de l’actualité, du côté de la Fédération française de voile, ce retour à Tholon est également apprécié. « Nous avons de très bonnes conditions de travail. Il y a une véritable symbiose qui s’est créée et cela se ressent à tous les niveaux », souligne Bertille Beurel.

    L’autre atout majeur du site martégal est l’Étang de Berre. « Pour de jeunes compétiteurs, c’est un endroit parfait. Il est sûr et offre néanmoins de bonnes conditions de navigation. » Un plan d’eau parfait pour apprendre à naviguer notamment pour les plus jeunes, sur leur Optimists.

    Après une première journée où chacun a pris ses repères, avec en point d’orgue une cérémonie d’ouverture qui avait des airs de défilés des athlètes aux Jeux olympiques, les choses sérieuses sont donc au rendez-vous en début d’après-midi. Jusqu’à dimanche, pour la première vague.

    La reconnaissance du savoir-faire martégal

    Pierre Caste est un homme heureux.

    Le président du Cercle de voile de Martigues apprécie le retour des championnats de France jeunes sur la base de Tholon, avec à la clé deux semaines de compétition. « La Fédération nous a même annoncé que nous accueillerons également la prochaine édition, en 2027. Pour nous, c’est la reconnaissance du savoir-faire martégal. »

    Le site est le cadre régulier de grandes manifestations. Et avait déjà vu l’épreuve s’y dérouler en 2001, 2003 et 2005. « Les conditions sont idéales. La mise à l’eau est juste à côté des lieux de vie, c’est fortement apprécié par les participants. Et cela donne une belle carte postale de Martigues », souligne-t-il.

    M.Ga.

  • Face au feu, les agents de l’ONF aux aguets dans les Hautes-Alpes

    Face au feu, les agents de l’ONF aux aguets dans les Hautes-Alpes

    Il est 11h30 à la base de Baratier, David Raimbault et Hervé Tabouret préparent leur patrouille quotidienne qui s’achève à 19h30. À bord de leur Pick-up jaune, ils embarquent une radio reliée aux pompiers, une tablette numérique pour transmettre les données collectées au centre de commandement de l’ONF, mais aussi une cuve de 700 litres et une motopompe pour intervenir sur un feu naissant. « L’avantage pour les pompiers, c’est qu’on est leurs yeux sur place, explique Hervé Tabouret. On va pouvoir leur dire si les accès sont possibles, si les pistes sont débroussaillées, s’il y a beaucoup de vent, des habitations… En arrivant en premier sur le site du sinistre, on va leur expliquer les conditions en temps réel, ce qui leur donne de l’avance. »

    Le binôme fait partie des deux patrouilles PSI (Prévention, surveillance, intervention), qui opèrent chaque jour durant l’été sur trois secteurs : l’Embrunais, la Haute-Durance et le Queyras. Depuis le 24 juillet, le département est en vigilance rouge, ce qui signifie que tout feu extérieur du type feu d’artifice, barbecue, feu de camp, brûlage de végétaux, cigarettes, ou travaux émettant des étincelles, est interdit à moins de 200m des forêts et espaces naturels. Après une visite au Centre d’incendie et de secours (CIS) d’Embrun, pour se concerter avec les sapeurs-pompiers, ils partent sur le terrain.

    Un public plus averti qu’auparavant

    En cette fin de matinée, ils arpentent la plage de Chanterenne à Crots, où ils s’attendent à trouver des restes de places à feux improvisées. Et ça ne loupe pas, à peine quelques minutes de marche, ils en trouvent deux, à 100m l’une de l’autre. « Une contravention pour un feu sauvage en période rouge, c’est 135 euros d’amende, rappelle Hervé Tabouret. On en constate une dizaine par jour, surtout sur les bords de plages très fréquentés en été et dans les fonds de vallée, en altitude, là où les gens se sentent un peu cachés. » Les deux agents enlèvent les pierres et mélangent les cendres à la terre. Autour du lac, la végétation est dense, et particulièrement sèche en cet été de canicule sévère. « Une place à feu reste dangereuse, même éteinte. Il y a des braises qui restent incandescentes. Le vent, la température, le taux d’humidité bas… Toutes les conditions sont réunies pour qu’une braise s’envole et déclenche un feu », explique Hervé Tabouret.

    Si, depuis le passage en période rouge, des affiches sont placardées sur les sites, tous les publics ne sont pas forcément au fait des interdictions, la PSI a un rôle primordial de prévention. « On voit que la patrouille a un impact dans la prévention, on trouve moins de place à feux sauvages que les années précédentes, constate Hervé. Le fait que cette année il y ait énormément d’incendies, que les médias en parlent beaucoup, fait que quand on échange avec les gens, on voit qu’ils sont beaucoup plus sensibilisés qu’avant. Il suffit qu’on nous voit démonter une place à feu pour qu’on vienne nous poser des questions. Et là, on joue notre rôle, c’est-à-dire expliquer, sensibiliser. »

  • Le grand retour des expulsions sans solution pour les Roms

    Le grand retour des expulsions sans solution pour les Roms

    Un terrain à la Valentine dans le 11e arrondissement, un autre dans le 15e, une caserne dans le 3e à l’abandon depuis des lustres et squattée à plusieurs reprises. Seule certitude sur ces sites occupés depuis des années par des familles originaires de Roumanie, les expulsions sont pendantes. Et « le concours de la force publique est accordé », précise maître Adam Borie, avocat au barreau de Marseille. Quant aux dates ?

    Sollicitée à plusieurs reprises, la préfecture ne répond pas. De quoi laisser l’angoisse s’installer. D’autant plus que la rentrée scolaire approche et que sur chacun des sites, de nombreux enfants sont scolarisés. La Ville, propriétaire du site, motive quant à elle la demande d’évacuation par : « Un danger sur un bâtiment qui reste occupé, une activité de ferraille et des conditions d’occupation qui présentent un danger pour eux comme pour les riverains, le non-respect des installations d’accès à l’eau, à l’électricité et à l’hygiène en dépit d’un grand travail d’accompagnement pour sécuriser le site. » Pour autant, elle avait porté « une exigence de relogement », qui incombe à l’État.

    « Les expulsions produisent une rupture dans le parcours de soins des personnes malades, le suivi des femmes enceintes et l’accompagnement social », ajoute Laurent Sapin, à l’origine de la conférence de presse. Car il se dégage un scénario trop couru pour être ignoré, dans ces injonctions à quitter le terrain. À l’écoute, le père Paul Daniel, qui a officié à la Belle de Mai, se souvient avoir ouvert les portes de la paroisse à des familles expulsées, un soir d’octobre 2012, par un fort mistral, « des enfants, des personnes âgées, des malades, épuisés par la marche », traquées par les CRS pour les empêcher de s’installer dans une nouvelle friche.

    Des droits à défendre

    Elena, qui vit à Marseille depuis 15 ans, « représente une association de soutien aux familles roms » et témoigne : « On en a marre de changer d’endroit à chaque fois que la police vient nous déloger. À chaque fois, c’est justifié par la question de la sécurité. Mais il n’y a jamais de solution durable. » Elle argumente et interroge : « Quand dans les bidonvilles ont été évacués, des logements ont été construits pour reloger. Pourquoi les autorités ne choisissent pas le dialogue plutôt que l’expulsion qui coûte plus cher. Évacuer un terrain, c’est 4 000 euros. » Et répond à son tour : « On nous demande pourquoi on vit en groupe. C’est pour se protéger des violences. » Car les cas n’ont pas manqué, d’attaques violentes, de tentatives d’incendie.

    « Oui, il y a des nuisances qui peuvent excéder les voisins », reconnaît Framboise Robert, responsable de l’association culturelle Arte Cavhalo. Rare signataire à connaître la situation de très près pour avoir travaillé plus de 16 ans avec les enfants des squats. « Mais si on nous laissait le temps d’organiser des activités avec des aides, bien encadrées, bien gérées, avec un budget au lieu de couper les subventions des associations, ça pourrait bien se passer. » À Gardanne ou à Lyon, des expériences d’accompagnement ont fait leurs preuves. « Ici, les projets sur les friches Euromed n’ont fait que repousser les squats, de Bougainville à Gèze, à la Belle de Mai », regrette-t-elle.

    « Nous devons faire entendre notre voix » ont convenu les familles. « Nous sommes ici pour dire que ces familles ne sont pas seules », a rappelé Laurent Sapin avec à ses côtés une militante de Front commun et Imram Trocmé, élu LFI des 4-5. Une représentante d’Un centre-ville pour tous et du Collectif d’habitants organisés du 3e (CGO3) propose « d’agir ensemble, de créer des liens ». Le premier pas se fera sur le plan judiciaire. Sans toit, ces familles ne sont pas sans droits. Maître Adam Borie annonce : « Ces familles n’étaient pas représentées lors de l’ordonnance. Elles ont droit au débat devant un juge. Nous allons saisir le Juge de l’exécution. » De quoi gagner un délai.

  • L’allocation de rentrée victime de son succès

    L’allocation de rentrée victime de son succès

    « Sans cette aide, on n’y arriverait pas. » Safia, accompagnée de ses deux minots, Naël et Naïl, écume le rayon bureau du magasin Action du Centre Bourse à Marseille, ce mardi. Dans son caddie, on retrouve des cahiers, des stylos, des classeurs… En bref, l’ensemble de l’attirail nécessaire pour équiper les petits écoliers. « Avec mes deux enfants, j’en ai pour plusieurs dizaines d’euros juste en cahiers… Et je ne parle même pas du sac et des livres ! », développe la Marseillaise.

    Autour d’elle, plusieurs familles font de même et il faut parfois un peu jouer des coudes pour se frayer un chemin dans les travées. D’un côté, une mère questionne sa fille qui a la liste de courses à la main : « C’est bien un classeur avec 4 anneaux qu’il faut ? » De l’autre, un minot tire la manche de son père en direction des casques et autres souris pour jeux vidéo du rayon adjacent. Pas de chance, c’est bien pour la rentrée scolaire qu’ils sont venus et le petit polisson est vite rappelé à l’ordre.

    70 millions d’euros

    dans le département

    Car si le magasin fait le plein en ce 18 août, c’est notamment car l’allocation de rentrée scolaire (ARS) a été versée ce jour. Dans les Bouches-du-Rhône plus de 94 000 familles éligibles ont reçu cette aide qui oscille entre 426 et 466 euros par enfant, selon les chiffres de la CAF (Caisse d’allocations familiales) publiés ce mardi. Cette dernière rappelle justement qu’à « chaque rentrée scolaire, les familles font face à un surcroît de dépenses qui peut mettre en difficulté les plus modestes » et évoque une « aide indispensable aux familles modestes ».

    Safia, mère célibataire au petit salaire confirme : « C’est déjà compliqué de finir le mois en temps normal. Si l’allocation n’était pas là, on ne pourrait pas acheter tout ce qu’il faut pour l’école, ou alors il faudrait taper dans d’autres dépenses. » La CAF fait d’ailleurs écho aux propos de la Marseillaise dans son analyse : « Pour faire face à cette dépense supplémentaire les familles adoptent diverses stratégies comme la réduction des autres dépenses du foyer. Si elles n’avaient pas perçu l’ARS, elles auraient dû diminuer encore plus leurs autres dépenses. »

    Rappelons que l’ARS est versée, sous conditions, pour les enfants scolarisés de 6 à 18 ans selon les revenus de leurs parents. Dans le département, le montant total de l’aide s’élève à 70 548 129 euros. C’est dire les besoins… Et sur le terrain, elle est visiblement victime de son succès vu l’affluence au Centre Bourse. Juste à côté du magasin Action, on retrouve Chaussea d’où sort également une famille avec une paire de chaussures neuves pour sa minote. À l’étage du dessus, le rayon pour la rentrée scolaire de la Fnac attire aussi quelques familles. Bien loin donc des fantasmes d’achats de télé et smartphone relayés par certains médias…

    Emmaüs démonte les clichés

    Dans une enquête publiée ce mardi, Emmaüs France questionne « À quoi sert l’allocation de rentrée scolaire ? », en réponse aux clichés nauséabonds distillés dans certains médias relayant l’idée que l’ARS serve à payer des « abonnements Netflix ». Avec une série d’une vingtaine d’entretiens auprès de familles modestes, Emmaüs montre la réalité de l’utilisation de l’ARS : « Elle permet d’acheter des fournitures, des vêtements ou des équipements neufs, plus solides ou de meilleure qualité que ceux auxquels ces familles ont habituellement accès. » Et insiste : « Les enquêtes statistiques convergent sur un point : les dépenses supportées par les familles à la rentrée sont proches du montant de l’allocation. » Un lien direct entre rentrée scolaire et cette allocation donc.

    A.B.

  • À Six-Fours, le maire RN Frédéric Boccaletti éjecte sa première adjointe

    À Six-Fours, le maire RN Frédéric Boccaletti éjecte sa première adjointe

    Frédéric Boccaletti (RN) vient de retirer l’ensemble de ses délégations à sa première adjointe Carolyn Salva, une présidente d’association pas suffisamment en phase, on dirait, avec la ligne d’un parti auquel du reste elle n’a jamais appartenu. Et cela alors que l’intéressée est absente, partie en vacances avec sa fille.

    Une mise à l’écart expéditive puisque le conseil municipal va se réunir dès samedi pour désigner une ou un remplaçant plus docile ou plus proche des idées d’extrême droite. En charge des affaires sociales et des solidarités, peut-être a-t-elle touché du doigt le double discours du Rassemblement national et refusé de cautionner l’imposture. Ce qui aurait provoqué l’ire du premier magistrat et sa révocation pure et simple. Le sieur Boccaletti n’a lui en revanche rien d’un tendre ou d’une brebis égarée mais bien, malgré l’image qu’il est parvenu à imposer et les sourires de façade, un idéologue pur et dur. Pour mémoire l’ancien libraire négationniste a été condamné en 2000 à un an de prison dont six mois ferme pour « violence en réunion avec arme ».

    L’imposture manifeste

    de l’extrême droite

    Mais que diable allait-elle faire dans cette galère ? Contactée hier par message sur les réseaux sociaux, Carolyn Salva a promis de s’exprimer publiquement sur les raisons de son éviction dès son retour sur la terre ferme le 29 août.

    En attendant, c’est vrai que beaucoup de militants associatifs connaissant l’engagement de l’intéressée en matière d’inclusion des personnes, notamment des enfants, en situation de handicap à la tête de l’Attrap’Rêves, s’étaient émus de la retrouver aux côtés de Frédéric Boccaletti. Le genre de prise de guerre dont le RN a besoin pour gagner les élections municipales en faisant campagne localement pour des listes soi-disant sans étiquette, ouvertes à la société civile.

    En attendant, cinq mois seulement après l’installation de la majorité municipale qui a gagné de quelques voix à peine, le maire s’ampute de sa première adjointe, c’est-à-dire de la personne censée lui être le plus proche, ce qui fait plus que désordre.

    Interrogé par notre confrère de Var-matin ce dernier a mis laconiquement en avant quelques « divergences sur la conduite des affaires municipales ».

    Par pudeur, certainement.