Category: societe

  • Des travaux d’office sur le 98 rue Loubon insalubre

    Des travaux d’office sur le 98 rue Loubon insalubre

    Une étape nouvelle est franchie dans la lutte pour l’éradication de l’habitat indigne à Marseille. La mairie vient de publier un arrêté portant exécution de travaux d’office sur un immeuble frappé d’un arrêté préfectoral d’insalubrité.

    « Considérant qu’en raison de la gravité de la situation résultant de la persistance des désordres et de l’inaction du propriétaire, il convient d’effectuer [les travaux] d’office et aux frais avancés du propriétaire », énonce l’arrêté municipal du 23 octobre 2025.

    Le 98, rue Loubon (3e) à la Belle de Mai, est un bâtiment dégradé qui conjugue tous les fléaux du moment : l’insalubrité, le péril depuis novembre 2022, l’exploitation de la misère économique par un marchand de sommeil, Christophe Morelli, un maçon de 42 ans condamné en septembre 2023 à un an de prison ferme pour soumission de mères isolées à des conditions d’hébergement indigne (La Marseillaise, 29 août 2023). Le logement du rez-de-chaussée était frappé d’une interdiction d’habiter résultant d’un arrêté préfectoral d’insalubrité irrémédiable du 11 mars 2013 violé dans les grandes largeurs.

    Jusqu’alors les fonds dédiés aux travaux d’office étaient fléchés uniquement sur des immeubles en péril paralysés par l’inaction de leurs propriétaires. Sous Gaudin, le budget alloué s’était volatilisé dans des études et conseils. En 2024, 102 procédures de travaux d’office ont été lancées sur du bâti en péril et 40 chantiers achevés, qui ont mobilisé 3,9 millions d’euros que la municipalité récupérera, si besoin par la voie judiciaire, auprès des propriétaires défaillants.

    À l’occasion des Rendez-vous annuels du logement d’octobre dernier, la municipalité s’était félicitée de l’efficacité de ce levier : « Depuis début 2025, le volume de travaux d’office engagés a fortement diminué après un pic important constaté en 2023-2024, ce qui confirme que l’effet dissuasif a porté ses fruits et que les propriétaires et les copropriétés sont de plus en plus réactifs pour mettre en œuvre les mesures prescrites en cas de procédure. » Désormais donc, les travaux d’office s’étendent aux logements insalubres.

    Pourquoi ce tournant ? C’est en réalité l’application d’une convention déjà ancienne du 15 juin 2023 nouée entre l’État et la Ville de Marseille « pour la mise en œuvre de l’exécution complète des arrêtés de traitement de l’insalubrité » (sauf les cas de saturnisme et ceux pris en procédure d’urgence que l’État conserve) et pas seulement du relogement des occupants victimes par ailleurs dysfonctionnel faute de places. « C’est une des premières mesures en effet depuis que la Ville a repris l’intégralité de la compétence de l’État. Plusieurs chantiers sont en programmation pour ce second trimestre », confirme à La Marseillaise Florent Houdmon, le directeur du logement et de la lutte contre l’habitat indigne à la Ville. L’arrêté municipal du 23 octobre 2025 se substitue ainsi à l’incurie du propriétaire du 98 rue Loubon et la Ville va réaliser à frais avancés les travaux prescrits par l’arrêté préfectoral d’insalubrité pris sept mois auparavant sur le logement occupé par un couple au premier étage.

    Sur 242 arrêtés préfectoraux d’insalubrité pris à Marseille ces dix dernières années dont 155 sur la période 2020-2025, 182 sont toujours actifs dans l’attente de travaux et sur lesquels pèsent, en théorie souvent, une interdiction de perception de loyer et voire une interdiction d’occupation. Tous n’ont pas vocation à voir la Ville se substituer aux propriétaires indignes. L’objectif étant de persuader ces derniers à rénover, sauf à devoir payer lourdement l’ardoise.

  • [Entretien] Anthony Caillé : « Renouer le lien entre la population et la police »

    [Entretien] Anthony Caillé : « Renouer le lien entre la population et la police »

    Enquêteur à la PJ, le syndicaliste est entré dans le métier à l’heure de la police de proximité. Il raconte le glissement d’une mission, s’appuyant sur de solides statistiques mais aussi l’histoire. Et propose des pistes de réflexion, s’inspirant des approches québécoise ou belge.

    La Marseillaise : Pourquoi avoir choisi de sortir ce livre maintenant ?

    Anthony Caillé : Il n’y a pas de contexte particulier. En 2023, 2024, le ministère de l’Intérieur a mis en place une formation universitaire à Amiens, vers un diplôme en sociologie sur le thème « police population » auquel j’ai participé. Lorsque j’ai rendu mon mémoire, il y a eu une conférence de presse. L’éditeur [Éditions de l’Atelier, Ndlr] a lu mon travail et a estimé qu’il était [intéressant à publier]. L’idée pour moi c’est de lancer le débat.

    On est tout de même confronté à un « tout sécuritaire » qui s’accentue…

    A. C. : J’aurais pu écrire ce livre il y a 5 ans, c’était pareil. Je l’ai bâti comme une démonstration. Le lien avec la population n’existe quasiment plus mais on peut le reconstruire. J’ai voulu aussi rappeler la définition du service public, le contrat social, l’intérêt général. On est dans un pays de droits et de liberté. Pour qu’ils puissent être garantis, il nous faut une police de service public au service du public. Un peu comme la santé, l’école. Les gouvernants ont tendance à la détourner de cette mission pour en faire autre chose. C’est dans la continuité du dernier communiqué que nous avons fait sur la garde prétorienne de Nicolas Sarkozy à la prison de la Santé. [Deux policiers, installés dans une cellule voisine, sont chargés d’assurer sa protection, la CGT-Intérieur et Pénitentiaire ont déposé un recours en justice pour excès de pouvoir. L’audience doit se tenir le 12 novembre, Ndlr]. Aujourd’hui, la police est là pour servir nos gouvernants avant que de servir l’État. C’est là tout le problème. En attaquant en justice, nous voulons des réponses sur ce régime d’exception.

    Vous évoquez aussi la perte de sens du métier. Est-ce uniquement une question de moyens ?

    A. C. : C’est aussi une question politique, de recrutement, de formation. Il faudrait un concours qui prépare mieux. Il y a 40 ans vous passiez un concours d’inspecteur pour faire de la police judiciaire, pas autre chose, le concours de gardien de la paix pour faire de la police secours, le concours de la police aux frontières pour être dans les ports et les aéroports… Aujourd’hui vous passez un concours et pouvez être amené à faire tout ça. Cela a contribué à démolir la motivation.

    Comment en est-on arrivé là ?

    A. C. : Il y a le vocable, on ne parle plus de gardien de la paix mais de forces de l’ordre. La tenue aussi, on a militarisé les policiers. Leur mission première c’est de faire de l’intervention car le délit est en cours, il n’y a plus de prévention. Il y a aussi tout l’aspect politique. C’est la course à l’échalote. Chaque fois on en remet une couche, les chaînes d’info en continu ont d’ailleurs joué un rôle énorme. Beaucoup de lois ont aussi conféré plus de pouvoir à la police administrative, notamment celle sur la lutte cotre le terrorisme qui a intégré le droit d’urgence dans le droit commun. C’est l’effet cliquet, on n’arrive jamais à revenir en arrière.

    La sécurité est d’ailleurs devenue un argument électoral. Comment l’analysez-vous ?

    A. C. : Pour la première échéance, les municipales, les maires ont effectivement une politique sécuritaire dont le coût est énorme pour l’administré. Nous, à la CGT, la police de l’édile, c’est tout ce que l’on ne veut pas. C’est une rupture d’égalité manifeste. Il faut bien expliquer aux gens aussi qu’ils paient deux fois du coup. Pour la présidentielle, le cap qui sera donné va peser. Rappelons que Sarkozy a été élu uniquement sur son programme sécuritaire. C’est pour ça qu’il fait ouvrir le débat. C’est là aussi où la gauche a fait l’erreur de ne plus s’en emparer, le laissant à la droite et à l’extrême droite. Il va falloir avancer.

    Comment recoller les morceaux ?

    A. C. : Il faut redéfinir les missions, remettre une police de proximité, remettre des commissariats de quartier, faire la tournée des popotes avec de vraies réunions de conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance où les maires prennent toute leur place… Alors qu’on leur explique surtout qu’il faut mettre de la police municipale et des caméras de vidéosurveillance. Or la Cour de comptes le dit : 2% des affaires sont résolues grâce à la vidéosurveillance. Quand on sait ce qu’on y met comme pognon à l’année…

    « Que peut la police » par Anthony Caillé, aux éditions de l’Atelier, 18 euros, 144 pages, dans toutes les librairies.

  • Ces jeunes qui choisissent d’être flics

    Ces jeunes qui choisissent d’être flics

    Ils ont 23, 25 et 28 ans, sont en poste depuis peu à Marseille. Jade, Antoine et Marc* ont bien voulu confier à La Marseillaise leur ressenti sur un métier qu’ils ont tous choisi. Un de leurs points communs : qu’ils soient sur le terrain, au centre d’information et de commandement (CIC) pour gérer les interventions ou enquêteurs à la brigade des mineurs, ils s’estiment au service d’une population et des victimes, avec lesquelles ils aiment être en contact. « Cela fait un an pile poil que je suis sortie de l’école, j’ai toujours été attirée par l’uniforme, l’ordre », raconte Jade, mais « j’ai aussi ce sentiment d’aider ceux qui en ont besoin, d’être utile et de pouvoir réprimander ceux qui abusent des droits qu’on leur accorde ». La jeune femme fait partie de « police secours », ces policiers de terrain qui interviennent lorsque l’on appelle le 17. Elle a fait des études d’architecture mais il lui manquait le travail d’équipe, le contact avec la population.

    La réorientation, une autre similitude dans le parcours de nos trois recrues. « Mal conseillé », Marc, en poste au CIC depuis juillet, a travaillé dans des supermarchés ou salons de coiffure avant de revenir à son ambition première tout comme Antoine, titulaire d’une licence en génie mécanique, qui a pris son poste en septembre dans un groupe de la brigade des mineurs. « Vus nos salaires, on ne fait pas ça pour l’argent, pas pour la reconnaissance non plus », estime ce dernier, qui a « le sentiment d’être au service d’une cause, d’un truc qui nous dépasse ». Et les heures de travail s’enchaînent.

    60 heures par semaine

    Jusqu’à « 60 par semaine », assure Jade, où elle voit « plus ses collègues que son conjoint ». Quand Antoine, qui savait à quoi s’attendre, se dit tout de même en charge de 45 dossiers à lui tout seul. Pas facile alors de prioriser. « Une charge mentale », considère-t-il. Idem pour Marc qui gère des centaines d’appels par jour et doit faire preuve de psychologie pour avoir un aperçu de la situation et décider d’envoyer ou pas un équipage. « On est face à des gens qui exagèrent une situation pour qu’on vienne, ou au contraire des victimes qui minimisent », témoigne-t-il.

    Tous se prennent aussi de plein fouet une réalité qu’ils n’avaient parfois pas mesurée. « Naïvement je ne m’attendais pas à autant de misère humaine », constate Jade. À l’inverse, elle a été agréablement surprise par ses premières missions effectuées dans le cadre des JO à Marseille. Antoine, en prise directe avec de jeunes victimes ou auteurs d’abus ou de violences sexuelles, estime « répondre à un vrai mal-être », parfois malgré la volonté de personnes qui « aimeraient oublier ». Il dit aussi la frustration de voir la suite donnée par la justice, « pas à l’échelle de ce qu’on a ressenti » et se confronte à de véritables questions sociétales : « quand ce sont des auteurs mineurs, comment on fait, comment aider ? On voit des choses que nous ne pouvions même pas imaginer ». Quand il discute à l’extérieur, « les gens ne nous croient pas », témoigne Marc.

    « L’esprit de corps » pour Jade, la solidarité au sein du groupe pour Antoine, aident à tenir. « On ne se rend pas assez compte que derrière l’uniforme, on est humain, que l’on aimerait peut-être parfois agir autrement », explique Jade même si « je savais que je ne serai pas forcément d’accord avec ce que j’allais devoir faire ». La loi, les ordres, oui mais… Marc insiste sur la notion de discernement. « Je suis plutôt le genre de policier qui donne sa chance à la personne. » Il s’agit pour lui d’assurer « la tranquillité, faire respecter les règles pour que tout le monde puisse vivre ensemble ». Un engagement qui laisse entrevoir un avenir serein. Marc veut retourner sur la voie publique qu’il a expérimentée en tant que policier adjoint, Jade se voit passer des concours et Antoine entend bien devenir officier de police judiciaire au plus vite, « pour mener l’enquête du début à la fin ». Quand certains démissionnent, il reste confiant : « J’arrive peut-être dans le creux de la vague, mais je me dis qu’on ne pourra que remonter. »

    * A la demande des interessés l’anonymat a été requis.

    REPÈRES

    1 705

    agents sont affectés à la circonscription de police nationale (CPN) de Marseille (villes d’Allauch, Marseille et Plan-de-Cuques) sans compter les plus de 1 730 policiers des unités départementales et interdépartementales, localisées à Marseille, de la direction interdépartementale de la police nationale (DIPN) des Bouches-du-Rhône.

    161

    fonctionnaires ont rejoint Marseille en 2024, 86 arrivées en mutation à la CPN et dans les unités départementales et interdépartementales, et 75 policiers sortis d’écoles affectés à la CPN de Marseille. 19 arrivées étaient prévues en mars à la CPN et 4 dans les unités départementales de la DIPN, 22 arrivées ayant été enregistrées en février à la PJ.

    2 161

    euros nets en début de carrière. C’est ce que touche un gardien de la paix selon le ministère de l’Intérieur. Le salaire d’un officier de police s’élève lui à 2 430 euros, 3 224 euros pour un commissaire. Policiers et gendarmes sont âgés en moyenne de 38,5 ans selon la dernière étude Insee en date de 2021. Parmi les moins de 30 ans, 27% sont des femmes.

  • Hérault : vive opposition au projet de McDo à Laroque

    Hérault : vive opposition au projet de McDo à Laroque

    L’annonce a fait l’effet d’une bombe dans la petite bourgade de 1 700 âmes. En effet, lors d’un événement organisé par la mairie dans le cadre d’octobre rose, Aisha Ghanty, une habitante de Laroque, a eu vent d’un projet de McDonald’s sur la commune, confirmé par la suite par le maire.

    « Dès que je suis rentrée chez moi, j’ai lancé la pétition pour informer la population. Très vite, beaucoup de personnes m’ont contactée. Nous avons alors organisé des réunions publiques pour informer la population. Nous avons aussi fait des tracts pour alerter et la population nous a encouragés à continuer parce qu’elle est opposée à ce projet », explique Aisha Ghanty. Début novembre, la pétition en ligne* dépassait en effet les 2 400 signatures. « Nous avons aussi fait signer des pétitions papier. Nous n’avons pas fait le compte mais nous avons au moins 300 signatures », ajoute Aisha Ghanty qui a ensuite créé une association** pour organiser la riposte et pousser pour l’abandon du projet.

    Si une contre-pétition s’est également ouverte en ligne pour vanter « une commodité bienvenue » qui attirerait « visiteurs » et « où nos jeunes peuvent se retrouver après l’école », elle n’a réuni que 250 signatures. De son côté, le maire (SE) Pierrick Ciribino joue l’ambiguïté en répétant à plusieurs reprises qu’il se positionnerait lorsqu’il aura plus d’éléments.

    McDo vise la ruralité

    Un discours qui révulse Aisha Ghanty. Si la Laroquoise avance de nombreux arguments pour s’opposer à l’implantation du fast food (nuisances sonores, odeurs, circulation difficile dans ce petit village, augmentation des déchets, malbouffe, menace sur la santé publique ou encore concurrence déloyale pour les autres restaurants aux alentours), c’est bien l’esprit du projet jugé « contraire à celui du village » que l’habitante dénonce. « Les Laroquois ont tous un bout de terrain où ils ont des poules, des œufs, font quelques légumes. Pour eux, McDonald’s c’est la référence de la malbouffe et de l’Américain qui débarque dans les Cévennes avec une position dominante », s’agace-t-elle.

    En réalité, la situation à Laroque n’est pas rare. McDonald’s a en effet lancé une nouvelle stratégie d’expansion en visant principalement la ruralité. L’objectif est annoncé : McDo veut avoir un restaurant à moins de 20 minutes de chaque Français. De nombreux villages s’opposent donc à cette extension ces derniers mois. À Laroque, les opposants au projet ont désormais prévu d’adresser une lettre à la population.

    * Non à l’implantation d’un fast food à Laroque sur Change.org

    ** Mieux vivre à Laroque (6 Lotissement les Soleiades)

  • Pas de Rep + pour le collège La Dullague à Béziers

    Pas de Rep + pour le collège La Dullague à Béziers

    « La Réussite de nos Élèves est Prioritaire. » Ce slogan, inscrit sur une banderole accrochée devant les grilles du collège La Dullague, à Béziers, reflète l’état d’esprit des parents, enseignants, personnels et élèves de cet établissement scolaire. Un sentiment de ras-le-bol général. Depuis 2019, ceux-ci militent pour que le collège soit classé en REP+. « Cela nous permettrait d’obtenir plus de moyens humains et financiers. Les élèves pourraient être moins par classe, les équipes auraient plus de temps. Ce qui leur permettrait d’effectuer plus de sorties, comme aller au musée par exemple », souligne Karen Anicet, représentante de parent d’élève Apeco.

    L’obtention de ce précieux Graal est un parcours semé d’embûches. « La carte REP+ a été mise en place en 2014 et devait être revue tous les cinq ans. Mais en 2019, rien n’a bougé. La réponse est la même chaque année, la rectrice nous soutient mais tant que la carte n’aura pas été revue, rien n’avancera », soupire Florian Georges, professeur d’histoire-géographie. Pourtant la situation se dégrade d’année en année. « Notre IPS (Indice de position sociale, Ndlr) est de 75, le plus bas, alors qu’en moyenne en France, l’IPS est de 106. La moitié de nos élèves provient du quartier Iranget-Grangette, un quartier prioritaire de la ville où le taux de pauvreté dépasse les 70 % », note une professeure qui a préféré rester anonyme.

    Le ministère ne bouge pas

    Preuve en est, « en 2020, le quartier faisait partie du top 20 des plus pauvres de France, aujourd’hui, nous sommes dans le top 5 », complète Karen Anicet. Le taux de boursiers a également explosé ces dernières années. « Nous en comptions 70 % en 2024, nous sommes passés à 84 % cette année, et encore, 58 dossiers sont toujours en attente », poursuit Florian Georges. Conséquences ? Un taux de réussite au brevet très bas et des élèves en difficulté pour la poursuite de leurs études. « L’éducation prioritaire a été conçue pour l’égalité des chances et lisser les inégalités. Mais on n’a pas ça ici, c’est du déterminisme social. Que vont devenir nos élèves ? On n’arrive pas à les orienter, ils sont sans solution », fait valoir une professeure. En cinq ans, ce ne sont pas moins de 2000 élèves qui auraient pu bénéficier de moyens plus importants et donc plus de chances pour la suite.

    Pourtant, l’établissement coche toutes les cases pour le fameux label : IPS bas, taux de boursiers élevé, part importante d’élèves venant de quartiers populaires. Chez le personnel, c’est l’incompréhension. « Certains collèges ont obtenu le classement et ne sont plus dans les critères aujourd’hui. Mais ils continuent à être en REP+ », s’indigne Karen Anicet. Alors, pour tenter de bouger les lignes, une délégation – ainsi que 4 autres collèges dans la même situation dont Lucie-Aubrac à Béziers – voulait se rendre à Paris afin de rencontrer le ministère, ce 5 novembre. « Le ministre nous a finalement contactés pour nous proposer une visio à la place de l’audience », reprend un enseignant.

    Mais rien n’a bougé. À l’issue de la visio, seule piste évoquée : la révision éventuelle de la carte en 2027… « On est abandonnés par le ministère, nous sommes les oubliés de l’éducation prioritaire », soupire Karen Anicet. Le personnel et parents d’élèves ne s’avouent pas vaincus. « On réfléchit pour monter réellement à Paris cette fois-ci ».

  • Hérault : une réunion publique pour lutter contre la mort au travail

    Hérault : une réunion publique pour lutter contre la mort au travail

    Mardi 28 octobre à Lunas. Alors que quelques ouvriers s’affairent sur un chantier, un pylône électrique cède. Bilan : un mort et deux blessés graves. Deux semaines plus tôt, c’est le corps sans vie d’un bûcheron qui a été retrouvé à La Salvetat-sur-Agout alors qu’il officiait sur un chantier d’une forêt privée. Fléau invisible, la mort au travail est pourtant un enjeu de sécurité majeur dans le monde du travail. Chaque année, on estime en France que deux personnes en en moyenne en sont victimes chaque jour. Pourtant, la problématique semble peu intéresser la sphère politique et médiatique.

    Pour mettre en lumière ces drames invisibles, le député LFI Sylvain Carrière organise une réunion publique à Grabels* en présence de l’eurodéputé insoumis Anthony Smith. Ancien inspecteur du travail, ce dernier a fait de la mort au travail le fer de lance de ses combats au Parlement européen. En ce sens, le député avait organisé avec sa collègue Marina Mesure deux journées d’échange en novembre 2024 avec différents acteurs pour trouver des solutions. 14 recommandations en sont ressorties, afin de tendre vers l’objectif de zéro mort au travail.

    3 200 décès dans l’UE

    Car le constat est accablant. Si on dénombre 3 286 personnes décédées au travail en 2022 dans l’UE – sur 3 millions d’accidents – le chiffre semble sous-estimé. « Il y a une difficulté de la comptabilité des morts en Europe parce que les États ne comptent pas forcément de la même façon. Donc il n’y a pas d’homogénéité et il y a plein de configurations possibles : comptabilise-t-on les suicides ? Les décès survenant 24h après l’accident au travail ? », interroge Anthony Smith. Sans compter les autoentrepreneurs, les salariés ubérisés qui ne sont pas comptabilisés. En cause notamment le faible nombre d’inspecteurs du travail – 1 800 pour 20 millions de salariés -, qui impacte le nombre de contrôles et donc la prévention des risques. Surtout que la situation s’aggrave. « Depuis 2010, le nombre d’accidents au travail ne baisse plus en France. On a construit une législation qui détruit les droits sociaux. Les ordonnances Macron de 2017 ont par exemple supprimé les CHSCT [Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail], et on se retrouve aujourd’hui dans les entreprises de 50 à 300 salariés sans aucune instance dédiée à la santé, à la sécurité au travail », soupire Anthony Smith.

    Si toutes les catégories socioprofessionnelles sont concernées, les jeunes et les travailleurs précaires sont les plus touchés. « Les jeunes ont 2,5 fois plus d’accidents graves et mortels que la population générale. Or on doit prendre deux fois plus de temps pour former les jeunes  », reprend l’eurodéputé. Mais force est de constater que l’économie prime sur la sécurité. « C’est insupportable que le coût d’une vie humaine soit moins important que celui de la réalisation d’un chantier », s’indigne Anthony Smith, dénonçant l’aveuglement des États à ce sujet. « Il existe des moyens mais c’est un problème de volonté politique. Les morts au travail ne sont pas une somme de faits divers mais un fait social ». Parmi ces leviers qui pourraient être actionnés, le renforcement de la formation des employeurs et des employés ou encore la mise en place d’une « présomption de la responsabilité de l’employeur  » et d’un « crime d’employicide ». « L’homicide au travail n’est pas reconnu. Or, un employeur responsable d’un accident mortel devrait être jugé comme un criminel. Mais le code du travail prévoit au maximum 10 000 euros d’amende, il faut donc des dispositions plus répressives. »

    *Le 7 novembre à 19h, à la salle Richard-Campos de Grabels.

  • Gard : le Modef refuse l’arrachage et réclame des prix garantis

    Gard : le Modef refuse l’arrachage et réclame des prix garantis

    Le constat est sans appel. Ce vendredi 17 octobre, à la Chambre d’agriculture du Gard, les responsables du Mouvement de défense des exploitants familiaux (Modef) du Gard, de l’Hérault et du Vaucluse ont tiré la sonnette d’alarme. Le millésime 2025 restera dans les mémoires comme l’un des plus
    catastrophiques pour la viticulture languedocienne. Sécheresse, maladies, effondrement des cours et incertitudes sur l’avenir : la filière viticole vacille. « Nous sommes à un tournant », a lancé Xavier Fabre, président du Modef Gard. Pour le syndicat, les réponses gouvernementales et les solutions portées par une partie de la profession, notamment les plans d’arrachage, relèvent de la fuite en avant. « Proposer l’arrachage aujourd’hui, c’est tuer la viticulture », martèle le viticulteur de Domazan.

    Dans un contexte où les rendements s’effondrent, parfois jusqu’à – 40% dans certaines caves coopératives, les vignerons dénoncent un engrenage économique et écologique mortifère. « Quand on arrache un hectare aujourd’hui, on ne sauve pas les dix autour, demain on arrachera celui d’à côté », insiste Xavier Fabre, rappelant que les vignes jouent aussi un rôle de coupe-feu dans les zones méditerranéennes. L’incendie meurtrier de l’Aude cet été reste dans toutes les têtes : « Là où les feux ont démarré, c’était dans des friches, des vignes arrachées ou abandonnées », souligne-t-il.

    Le Modef dénonce également le manque de vision politique sur l’avenir du vignoble. Selon Didier Gadéa, président du Modef Hérault et responsable de la commission nationale viticole, « les plans d’arrachage n’ont jamais résolu les crises ». La preuve : en vingt ans, le vignoble languedocien est passé de 240 000 à 180 000 hectares, sans que la situation économique ne s’améliore. « Ça prouve par A + B que ça ne fonctionne pas », tranche-t-il. À la sécheresse et aux feux s’ajoute la question cruciale des prix. Nicolas Olive, président du Modef Vaucluse, évoque une filière étranglée par la pression des négociants : « Ils nous mettent les prix d’achat à ras des pâquerettes, mais le vin dans le commerce n’a pas baissé. » Pour le syndicat, la survie des exploitations passe par l’instauration de prix planchers garantis par l’État, afin d’assurer un revenu minimum aux producteurs. « Tant que ça ne sera pas réglé, on aura des friches et des vignerons qui se pendent à la grange », avertit Didier Gadéa. Le Modef souhaite également un encadrement strict des marges, y compris dans la restauration, et une révision du cadre de la loi Egalim, jugée « trop incitative ». Le syndicat plaide pour une intervention directe de l’État afin d’empêcher tout achat en dessous du coût de production.

    Redonner du sens

    à la viticulture

    Au-delà des chiffres et des colères, les représentants du Modef appellent à une refondation du modèle viticole : miser sur les cépages résistants, soutenir davantage le bio, et réhabiliter le travail de la terre plutôt que l’arrachage. « Quand on va chez le médecin, il nous soigne ? Il ne nous euthanasie pas ! Pour les vignes, c’est la même chose », illustre Xavier Fabre, dans une métaphore applaudie par la salle. Pour le syndicat, la viticulture ne se résume pas à une question de production. C’est aussi une question de vie rurale, d’économie locale et de paysage. « Sans vignerons, il n’y aura plus d’œnotourisme, plus de paysages, plus de vie dans nos villages », rappelle Didier Gadéa.

    Alors que les chiffres de récolte s’annoncent historiquement bas et que les trésoreries sont exsangues, les viticulteurs du Modef ne cachent pas leur inquiétude. Faute de réponses concrètes, la mobilisation pourrait reprendre : « Si rien n’est fait, on reprendra la route des pavés et des actions », prévient Xavier Fabre. Le ton est donné. Le Gard viticole ne veut pas mourir en silence.

  • Cévennes : Saint-Jean-du-Gard sans randonneurs ?

    Cévennes : Saint-Jean-du-Gard sans randonneurs ?

    Grâce à son voyage en Cévennes avec son âne, dont il fera un célèbre livre en 1879, Robert Louis Stevenson a donné à Saint-Jean-du-Gard une renommée continentale. Chaque année des milliers (au moins 15 000) de randonneurs se pressent sur le
    « chemin de Stevenson », qui relie le Puy-en-Velay à Alès avec, comme avant-dernière étape, Saint-Étienne-Vallée-Française – Saint-Jean-du-Gard. Le pas des Huguenots (qui court jusqu’en Allemagne), célèbre parcours qui retrace l’exil des protestants, passe également par Saint-Jean-du-Gard.

    Dans ce village cévenol qui a aussi été touché par la désindustrialisation, l’essor économique passe donc désormais par le tourisme. Dès 1992, un festival de randonnée (le Fira se déroule chaque année début juin) a vu le jour. Mais le nouveau maire, Pierre Aiguillon, élu en 2023 après la démission de Michel Ruas, a l’intention d’aller encore plus loin. Ainsi, en 2026, ouvrira en face de la mairie un café rando qui devrait être accompagné, quelques mois plus tard, par une Maison de la randonnée, accolée au café. L’idée est de regrouper dans un même lieu l’office du tourisme, les associations de randonnée et des expositions.

    Le tracé de Stevenson bientôt dévié ?

    « La partie café sera de 108 m² plus une terrasse. Le lieu sera dédié à la restauration type café de pays avec des produits locaux, et tous les produits dérivés du chemin de Stevenson. Il y aura aussi la mise en avant de randonnées sur les thématiques locales, historiques, culturelles et tout ce qui est découvert du parc national des Cévennes… Nous avons aussi prévu un point accueil vélo pour les mobilités douces », détaille Nicolas Friedli, le porteur de projet.

    Financeurs d’une partie du projet, les élus régionaux Jean-Luc Gibelin (PCF), Aurélie Genolher (DVG) et Régis Bayle (PS) étaient à Saint-Jean-du-Gard pour suivre l’avancée du café, visiter les futurs locaux et échanger avec les porteurs du projet. Ils ont surtout été alertés par le maire et les associations d’un problème qui pourrait s’avérer fatal pour l’avenir de la randonnée dans ce village de plus de 2 500 âmes.

    « Il y a eu des inondations sur le parcours du GR en 2020. Nous avons trouvé un tracé de remplacement provisoire, jusqu’en 2027, qui passe chez un particulier. Il faudrait donc des travaux pour sécuriser 2,5 km à l’entrée du village, entre la route et la rivière. Cela coûterait 850 000 euros et le Département n’est pas prêt à investir cette somme. La solution avancée, c’est de prendre un autre chemin, qui ne demande aucuns travaux, mais qui rajoute 8 à 10 km de trajet et un énorme dénivelé. Nous craignons soit que les randonneurs prennent l’ancien tracé, qui ne sera pas sécurisé, soit qu’ils ne viennent plus jusqu’à Saint-Jean-du-Gard puisque cette dernière étape sera très longue », a prévenu Pierre Aiguillon qui ajoute : « C’est complètement paradoxal que le tracé ne passe plus par la commune au moment où un café rando et une maison de la randonnée vont ouvrir. »

    Les trois élus régionaux se sont engagés à porter cette question auprès du Département du Gard. Mais au vu des difficultés financières de la collectivité, il sera très difficile d’arracher le financement du projet. Sauf que pour Saint-Jean-du-Gard, cet investissement est jugé « vital ».

    « Les marcheurs ne viendront plus jusqu’à la commune »

  • [Vive La Marseillaise] Avec les reporters en herbe du collège Louise-Michel

    [Vive La Marseillaise] Avec les reporters en herbe du collège Louise-Michel

    Du vrai matériel de prise de son pour la radio et des vraies questions de journalistes. C’est ce qui attendait Léo Purguette, président et directeur éditorial de La Marseillaise dans le CDI du collège Louise-Michel à Marseille ce mercredi.

    Les 4e de l’option « médias », supervisés par Christophe Van Veen, journaliste d’Ici Provence, avaient tout de petits reporters. Objectif : créer un podcast pour comprendre la fabrique de l’info et cerner les enjeux du pluralisme de la presse. Il ne reste plus qu’à assurer le montage de l’interview !

  • Apt : de grandes fissures obligent à évacuer 56 habitants

    Apt : de grandes fissures obligent à évacuer 56 habitants

    Mercredi dernier, 32 foyers, soit au total 56 personnes, ont été évacués de quatre immeubles de la résidence Saint-Michel, à Apt. Tous ont été relogés à ce jour par la municipalité ou par leurs propres moyens.

    « Comme je m’y étais engagée, personne n’est abandonné ! Je suis soulagée que nous ayons trouvé un hébergement d’urgence pour toutes les familles sans solution », se réjouit dans un communiqué la maire d’Apt, Véronique Arnaud-Deloy. Et ce, accompagné d’images de la résidence où l’on voit d’immenses fissures sur les murs des immeubles. Sont concernés par l’évacuation, dont le délai était fixé à ce jeudi 6 novembre, les immeubles Rosiers 1 et 3 et une partie de l’immeuble Les Glaïeuls 3.

    Capteurs de mouvement

    Une évacuation qui fait suite « à l’alerte enregistrée par les capteurs de mouvements et aux conclusions d’une expertise diligentée sur le terrain », précise la Ville d’Apt dans un premier communiqué émis ce jeudi 30 octobre. Des capteurs posés après une première alerte il y a deux ans. En effet, le bâtiment Les Hortensias avait été évacué en novembre 2022. « Il est absolument déchirant d’avoir à prendre une décision aussi lourde de conséquences. Je m’attends à ce qu’elle suscite le désarroi, la confusion, voire la colère. Cependant, il m’est humainement impossible de faire courir le moindre risque à des habitants de la ville », poursuit l’édile de la capitale du Luberon. Concernant la suite, la Ville poursuit ses efforts sur l’assistance à maîtrise d’ouvrage (AMO), chargée d’analyser l’état de dix copropriétés privées et d’en diagnostiquer l’évolution. Mais aussi la maîtrise d’œuvre urbaine et sociale (MOUS), chargée de répondre aux attentes des habitants désireux de se reloger de façon pérenne.