Category: societe

  • Le frère du militant Amine Kessaci abattu jeudi après-midi à Marseille

    Le frère du militant Amine Kessaci abattu jeudi après-midi à Marseille

    Le frère de l’ex-candidat EELV aux dernières législatives et fondateur de Conscience, association d’aide aux familles victimes du narcotrafic, Amine Kessaci, a été abattu ce jeudi à 14h30, dans le 4ᵉ arrondissement, près de l’Hôtel du Département.

    Il a été tué par le passager d’une moto qui a tiré à plusieurs reprises. Le parquet de Marseille a ouvert une enquête des chefs d’assassinat en bande organisée et d’association de malfaiteurs en vue de commettre un crime et a saisi la Division de la criminalité organisée et spécialisée (DCOS).

  • Attaque du Prolé d’Alès : les avocats sonnent la charge

    Attaque du Prolé d’Alès : les avocats sonnent la charge

    Six mois et toujours aucune interpellation. C’est le constat effectué vendredi 7 novembre au Prolé d’Alès par les trois avocats mandatés par les victimes, qui s’étonnent de la lenteur de la procédure alors que leurs clients avaient fourni aux enquêteurs un certain nombre d’éléments. « Ils ont pratiquement fait l’enquête, il suffirait maintenant de la boucler en quelques jours », a même précisé Me Sophie Mazas, avocate au barreau de Montpellier.

    En effet, après l’attaque du bar communiste par une dizaine de personnes fin mai, lors de la feria, les victimes étaient très vite remontées jusqu’au groupuscule d’extrême droite du Bloc Montpelliérain. Ce 7 novembre, celles-ci ont fourni à la presse tous les éléments apportés il y a six mois aux enquêteurs. Une recherche sur les réseaux sociaux a en effet permis de montrer que non seulement le Bloc Montpelliérain revendique une activité dans le Gard (contrairement à ce qu’il a affirmé après l’attaque) mais aussi que certains de ses membres étaient bien venus en repérage au Prolé deux jours avant l’assaut. Plusieurs membres de ce groupuscule ont aussi été formellement identifiés sur des photos postées par le Bloc Montpelliérain sur ses réseaux sociaux.

    « Tous ces éléments ont été fournis aux services de police », confirme Cécile Alphon-Layre, présente dans le bar le soir de l’attaque. « Aujourd’hui, les victimes sont dans le questionnement. On se fait tabasser, on porte plainte, on trouve les visages de certains des agresseurs et il ne se passe rien. Si on est toujours dans un état de droit, il doit y avoir une justice ». Sa sœur, Elsa, qui a pris les premiers coups et s’est jetée sur le cheminot pour le protéger des coups portés par deux hommes tandis qu’il était au sol et que sa femme enceinte était retenue à l’intérieur, abonde : « Certains des agresseurs habitent sur le territoire. Nous les avons déjà croisés. Il y en a même un qui s’est rendu par hasard au travail d’une des victimes, qui a pu l’identifier formellement et noter sa plaque d’immatriculation. Où est la protection des victimes ? Beaucoup ont encore des séquelles. Pourquoi il n’y a aucune interpellation alors que lorsque j’ai porté plainte, la police m’a affirmé avoir récupéré des images de vidéosurveillance du bas de la rue ? »

    Des interpellations

    sous deux mois ?

    Avec ce point presse, les avocats espéraient surtout faire pression sur le parquet pour qu’il accélère et informe sur le suivi du dossier. « Nous avons écrit au procureur mais nous n’avons aucune réponse. Nous n’avons même pas un numéro de dossier. Nous voulons bien tout entendre, que le parquet soit chargé avec notamment les nombreux dossiers liés au narcotrafic, que la police est en sous-effectif et qu’elle manque d’enquêteurs. Mais pour entendre, il faut encore qu’on nous parle », souligne Me Ralph Blindauer, l’avocat du Parti communiste français qui poursuit : « Aujourd’hui, aucun témoin n’a été entendu. Nous avons un doute sérieux sur le démarrage de cette enquête parce que si elle avait commencé, on en aurait vu des signes ».

    Resté mutique sur ce sujet jusqu’ici, le procureur d’Alès Abdelkrim Grini a été contraint de s’expliquer. Il a notamment indiqué avoir transmis le dossier à la police judiciaire de l’Hérault puisqu’une partie des auteurs seraient domiciliés dans ce département. Il assure que l’enquête suit son cours et que plusieurs assaillants ont bien été identifiés mais qu’il y a encore besoin de réunir des preuves. Il promet ainsi des arrestations d’ici les deux prochains mois pour « violences aggravées ».

    En attendant que ces propos soient suivis d’effet, victimes et avocats se disent prêts à accentuer la pression pour s’assurer que l’enquête ne s’enlise pas. Si les avocats ont plusieurs possibilités de procédure, ils ne veulent pour l’instant rien dévoiler. Du côté du PCF, Giovanni Di Francesco, le secrétaire de la section alésienne, n’exclut pas l’organisation d’un rassemblement et/ou de se constituer partie civile pour avoir accès au dossier.

  • Douleurs chroniques : comment la médecine du travail suit les salariés souffrants de A à Z

    Douleurs chroniques : comment la médecine du travail suit les salariés souffrants de A à Z

    Elles ont beau ne constituer à la louche que 10% des cas qui se présentent à l’Aipals* (Service de santé au travail), les maladies chroniques occupent pas mal les médecins du travail. « Entre le diagnostic, le suivi et l’accompagnement des patients, ces dossiers nous demandent pas mal de temps et d’énergie », reconnaît Nicolas Teulade, médecin coordonnateur à l’Aipals de Montpellier.

    Il faut dire que le champ des maladies chroniques dues au travail est vaste. Le spécialiste distingue trois grandes catégories. Celles liées à des « lésions de l’appareil locomoteur » (troubles musculo-squelettiques) comme les lombalgies, hernies, l’arthrose, les douleurs d’épaule aussi. Ainsi que les douleurs inflammatoires (polyarthrites, les formes d’arthropathie). Deuxième famille, les « douleurs neuropathiques ou neurologiques » : migraines, céphalées chroniques et autres crises fréquentes sur des lésions nerveuses pour lesquelles « le diagnostic médical est difficile à poser ». Enfin, il y a les douleurs d’origine psychogène. Par exemple « la fibromyalgie » qui est « un syndrome douloureux chronique [muscles, articulations] sans cause objectivée, sans lésion particulière ». On y associe « des douleurs diffuses persistantes, une fatigue et des troubles du sommeil ».

    Dans ce dernier cas, le diagnostic est « plus difficile » et la prise en charge s’avère souvent « plus complexe », précise Nicolas Teulade. Quoi qu’il en soit, il incombe à la médecine du travail d’accompagner de A à Z les travailleurs qui souffrent de douleurs chroniques. « On reçoit le salarié qui nous expose ses douleurs. On évalue son poste de travail et on réalise sa fiche d’entreprise », explique le médecin du travail. Lequel peut être amené à nommer un expert (ergonome, toxicologue…) ou à se déplacer lui-même dans l’entreprise pour constater le port de charges, les postures pénibles… Le contact est pris avec l’employeur. S’ensuit la rédaction d’une synthèse et une prescription médicale.

    Des préconisations qui s’imposent à l’employeur

    Les préconisations qui peuvent aller de l’aménagement de poste, à la modification de tâches voire au reclassement en interne, s’imposent à l’employeur, selon le Code du travail. « Il peut contester l’avis par procédure accélérée auprès du conseil des Prud’hommes [article L.4624-7 du Code du travail] », indique Nicolas Teulade. Mais le dialogue est privilégié pour trouver un terrain d’entente et éviter les conflits.

    Les prérogatives de la médecine du travail sont larges puisqu’elle peut même demander à l’entreprise l’achat de matériels adaptés à la santé d’un travailleur comme « un chariot à hauteur réglable, un siège ergonomique… ». Des outils qui peuvent avoir un coût d’investissement pour l’entreprise. C’est pourquoi l’Aipals travaille également avec plusieurs partenaires (Carsat, Agefiph, Cap Emploi, France Travail…) sur le volet financier.

    Parfois, il arrive que les douleurs sont telles que le salarié se trouve dans une situation d’incapacité professionnelle dans sa société. Il peut alors la quitter pour raisons de santé. Là encore, la médecine du travail se doit d’accompagner le travailleur dans sa quête d’un nouvel emploi ou d’une formation adaptée à ses capacités. « Les cas d’invalidité ne peuvent ouvrir des droits à la retraite anticipée qu’à partir de 62 ans. La réforme n’a rien changé sur ce point », précise Nicolas Teulade. Dans tous les cas, cela ne vaut pas rattrapage des trimestres manquants. Une décote s’appliquera donc en cas de retraite anticipée pour inaptitude.

    * Association interprofessionnelle pour l’application des lois sociales.

  • [Grand entretien] Joseph Pronesti : « Deux fois plus de bénéficiaires en 5 ans » à la Banque alimentaire

    [Grand entretien] Joseph Pronesti : « Deux fois plus de bénéficiaires en 5 ans » à la Banque alimentaire

    BIO EXPRESS

    La Marseillaise : Quel est votre parcours ?

    Joseph Pronesti :

    Je fais partie de la Banque alimentaire du Gard depuis 2010 et j’en suis le président depuis 2020. Quand j’ai pris ma retraite professionnelle après une carrière en tant qu’agent EDF-GDF, ma femme et moi avons ouvert une petite épicerie solidaire à Aramon. Quelques années plus tard, nous l’avons cédée au Secours catholique et je me suis investi auprès de la Banque alimentaire. À l’arrivée du Covid, on m’a sollicité pour devenir président. L’association compte aujourd’hui 90 bénévoles. Notre rôle est de récolter les invendus des supermarchés et les surplus des producteurs pour les redistribuer aux associations partenaires comme les Restos du cœur par exemple.

    SIX NOUVEAUX CAMIONS

    La Marseillaise : Que s’est-il passé la nuit du 27 novembre 2024 ?

    Joseph Pronesti : Nous avons subi un attentat, un acte volontaire pour lequel une personne a été arrêtée et condamnée. Cette nuit-là, je suis arrivé sur place à trois heures du matin. Tous nos véhicules avaient été détruits. On venait de terminer la collecte de denrées de 2024, nos étagères étaient garnies. J’étais désemparé mais dès le lendemain, un élan de solidarité s’est mis en place. Les bénévoles ont commencé la tournée des supermarchés avec leurs véhicules personnels, les Banques alimentaires d’autres départements, des voisins producteurs et commerçants, la Croix Rouge nous ont prêté des camions. Une immense chaîne de solidarité s’est mise en place et on a pu reprendre les collectes le jour même.

    Où en est l’association aujourd’hui ?

    J.P. : Grâce à une cagnotte en ligne que j’ai rapidement mise en place après l’incendie, nous avons réussi à récolter 528 000 euros. Elle a été remplie grâce à des dons de particuliers touchés par notre histoire, des subventions de l’État et des fonds versés par des villes et communautés de communes. Nous sommes rapidement arrivés au-delà du montant du préjudice de la perte des six camions qui était de 450 000 euros. Cet argent nous a permis de passer commande de six camions frigorifiques flambant neufs que nous avons inaugurés le 17 octobre. La somme a également permis de rembourser les frais de réparation engagés sur les véhicules qui nous avaient été prêtés. Cette solidarité a boosté nos bénévoles. On a pu revoir le ciel bleu de la Banque alimentaire très vite après l’incident. Ce fut un moment magique.

    UNE NOUVELLE COLLECTE

    La Marseillaise : Quand est prévue la prochaine collecte de la Banque alimentaire ?

    J.P. : Nous serons dans les supermarchés les 28, 29 et 30 novembre pour récolter des produits de longue conservation comme des boîtes de légumes ou des plats cuisinés, des produits d’hygiène pour adultes et bébés. On prend donc les petits pots, les couches, les laits en poudre infantiles, etc. En entrant dans le supermarché, souvent les clients me demandent ce dont on a besoin. Généralement, je leur propose de prendre ce qu’ils aimeraient recevoir. Et alors ils savent. Quand je participe aux collectes, j’aimerais avoir une caméra pour capturer les yeux des enfants quand ils me tendent ne serait-ce qu’un paquet de pâtes. Ils sont si fiers. Ils savent que c’est important. J’ai aussi en tête l’image de ce vieil homme qui avait acheté une boîte de sardines pour lui, et une autre pour la Banque alimentaire. Il n’avait peut-être pas les moyens d’acheter plus. Il aurait pu manger trois jours avec ça, mais il a fait l’effort. C’était fantastique.

    Quelle est l’importance de ces collectes ?

    J.P. : L’année dernière, nous avons récolté 167 tonnes de denrées alimentaires. Mais nous avons distribué 1 935 tonnes de nourriture sur l’année. La collecte d’hiver ne représente qu’environ 10% de la distribution annuelle mais elle reste essentielle car nous récupérons des produits de marques connues que nous allons donner ou revendre à très bas prix à nos bénéficiaires. Cela leur redonne un peu de dignité humaine. Se nourrir c’est important, mais se sentir digne l’est tout autant. Si nous n’y faisons pas attention, on risque de rompre le lien social. La personne risque alors de basculer dans l’alcool, la drogue, la dépression et aller jusqu’au suicide.

    SITUATION SOCIALE

    La Marseillaise : Comment évolue la demande auprès de la Banque alimentaire ?

    J.P. : Quand j’ai pris la présidence en 2020, nous avions
    19 800 bénéficiaires. Aujourd’hui, nous en avons 44 637. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. On recense des populations nouvelles en demande comme des étudiants, des retraités, des smicards, des personnes en reconversion professionnelle ou qui travaillent dans l’éducation par exemple. Ce sont des personnes qui, malheureusement, n’arrivent plus à joindre les deux bouts à cause de l’augmentation du coût de la vie.

    La demande pourrait-elle dépasser votre capacité ?

    J.P. : Elle va dépasser c’est sûr, car l’aide européenne est limitée et parce que l’État ne nous accorde pas plus de financements pour augmenter la qualité et la quantité des produits. Les supermarchés donnent moins et les agriculteurs ne peuvent pas surproduire délibérément pour nous faire des dons. Si la demande continue d’augmenter ainsi, il nous faudra trouver de nouvelles solutions. J’ai sollicité le Département du Gard à hauteur de 150 000 euros pour passer commande auprès des agriculteurs pour l’année prochaine. Mais encore faut-il qu’il puisse suivre financièrement lui aussi…

    COMMENT S’ANNONCE L’HIVER ?

    J.P. : C’est la période la plus difficile pour nous. On a besoin de beaucoup de provisions, d’où l’importance de cette collecte des 28, 29 et 30 novembre. Mais nous ne sommes pas toujours bien vus dans les supermarchés. Il arrive qu’on nous dise que nos actions « ne profitent qu’aux immigrés ». Bien sûr, c’est faux. Et il ne faut pas croire qu’on est à l’abri parce qu’on vit dans une belle maison et qu’on part en vacances dans les îles. Un divorce, un accident, une maladie grave peuvent faire basculer une vie entière. Nous ne nourrissons pas des profiteurs, mais des personnes dans le besoin.

  • L’État face au casse-tête Pissevin à Nîmes

    L’État face au casse-tête Pissevin à Nîmes

    La Chambre régionale des comptes d’Occitanie a publié, le 21 octobre, un audit « flash » sur l’opération de requalification des copropriétés dégradées d’intérêt national (Orcod-In) menée à Pissevin, l’un des quartiers les plus pauvres de France. Derrière ce dispositif d’État censé redonner souffle à un territoire miné par la précarité, les trafics et les immeubles délabrés, les magistrats financiers pointent de multiples difficultés de gouvernance et un modèle économique jugé « potentiellement sous tension ».

    Avec ses 11 000 habitants, ses tours vieillissantes et ses 57 % de logements privés, le quartier Pissevin-Valdegour incarne les impasses d’une urbanisation des années 1960. Le revenu médian y plafonne à 11 470 euros par an, le chômage atteint près de 50 % et le taux de pauvreté dépasse 70 %. La dégradation du bâti est telle que certaines copropriétés, comme Soleil Levant ou Lou Cigaloun, affichent plus de 50 % d’impayés de charges. Le rapport évoque « des pathologies économiques, sociales, bâtimentaires et sécuritaires cumulées. »

    Face à cette situation, la Ville de Nîmes avait sollicité en 2018 la création d’une Orcod-In, un outil prévu par la loi Alur pour traiter les copropriétés dégradées et les causes exogènes de leur déclin. L’État a confié sa mise en œuvre à l’Établissement public foncier d’Occitanie (EPFO), avec pour missions la lutte contre l’habitat indigne, l’accompagnement social et foncier, ainsi que la démolition des bâtiments les plus insalubres. Douze copropriétés et la Cité Matisse, emblème du quartier, font partie du périmètre d’intervention.

    Un modèle fragile

    L’audit note que « la réussite de cette opération est sous-tendue par de forts enjeux de gouvernance, de coordination et de bonne information des partenaires ». Or, plusieurs engagements conventionnels, notamment ceux de la Ville de Nîmes et de Nîmes Métropole, n’ont pas été respectés ou l’ont été tardivement. Les magistrats dénoncent aussi une « comitologie foisonnante » où se croisent État, collectivités, bailleurs, syndics et acteurs privés aux intérêts parfois divergents. Le rapport relève enfin que « les missions d’intérêt général se heurtent parfois à des intérêts économiques », qu’il s’agisse des réseaux criminels liés aux trafics ou de certains investisseurs immobiliers spéculatifs.

    Estimé à 180 millions d’euros sur quinze ans (2023-2037), le coût global de l’opération repose en majorité sur les financements de l’État et de l’Agence nationale de l’habitat (Anah), à hauteur de 93 %. « L’épargne nette et la trésorerie de l’EPFO sont sollicitées par d’autres projets », avertit la CRC, ajoutant que « les dépenses liées à l’Orcod-In apparaissent complexes à anticiper ». Déjà, les dépenses engagées (12 M€) dépassent les prévisions initiales (9 M€).

    Dans sa réponse à la Chambre, la directrice de l’EPFO, Sophie Lafenêtre, reconnaît que les difficultés de projection sont aggravées par « la très grande variation du climat sécuritaire ». Les fusillades à Pissevin ont entraîné « des vagues de départs de locataires et des demandes massives de vente ». Le rapport conclut que la réussite du dispositif dépendra autant de la stabilité de ses financements que de sa capacité à surmonter les tensions entre acteurs publics et privés, dans un quartier en quête de renaissance.

  • Douleurs chroniques : « J’ai dû apprendre à vivre avec la douleur »

    Douleurs chroniques : « J’ai dû apprendre à vivre avec la douleur »

    « Je pensais être douillette », commence Claire, 36 ans, aujourd’hui suivie dans un centre spécialisé à Montpellier. Dès ses premières règles, à 13 ans, elle ressent des douleurs violentes au ventre et au bas du dos. « Je vomissais, je faisais des malaises. Mais on me disait que c’était normal, que toutes les femmes ont mal pendant leurs règles. » Pendant quinze ans, elle enchaîne les consultations sans réponse. Les échographies sont « parfaitement normales », les traitements hormonaux se succèdent, sans jamais calmer la douleur. « À 25 ans, je devais parfois m’allonger dans les toilettes de mon travail. J’ai dû apprendre à vivre au quotidien avec la douleur. »

    C’est seulement à 28 ans, après un déménagement et un nouveau gynécologue, qu’un diagnostic tombe : endométriose profonde, avec des kystes sur les ovaires et des lésions digestives. « C’était vraiment un drôle de sentiment. D’abord, j’ai pleuré de soulagement. Enfin, quelqu’un me croyait. Enfin, j’ai pu mettre des mots sur ce mal qui me rongeait de l’intérieur, littéralement. Et puis il y a eu la réalisation du combat qui allait m’attendre. C’était dur. »

    « Ce n’est pas

    une maladie honteuse »

    Depuis, Claire a subi deux opérations et suit un traitement hormonal lourd. « Les effets secondaires sont terribles : fatigue, sautes d’humeur, bouffées de chaleur. Parfois, je ne me reconnais plus. » Mais le plus difficile reste l’invisibilité de la maladie : « On ne voit rien, alors les gens ne comprennent pas. Certains collègues pensent que j’exagère. » Mariée depuis trois ans, elle et son compagnon rêvent d’un enfant. « On a dû se tourner vers la PMA. Chaque échec est un déchirement, mais je garde espoir. »

    Claire s’investit désormais dans une association de patientes, EndoZen Occitanie : « On échange, on rit, on pleure. Ce réseau m’a sauvée. C’est bon de savoir que l’on est pas seule au monde. » Elle espère avant tout que les jeunes filles d’aujourd’hui n’auront pas à attendre aussi longtemps qu’elle. « Il faut parler, témoigner, former les médecins. Ce n’est pas une maladie honteuse, c’est une maladie réelle, invalidante, et on a besoin d’être entendues. »

  • [Tribune] Accueillir les hibakusha : un devoir de mémoire et d’avenir

    [Tribune] Accueillir les hibakusha : un devoir de mémoire et d’avenir

    En cette année 2024, où nous avons eu l’honneur de rencontrer les Prix Nobel de la Paix lors des commémorations des bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki, notre région devient le lieu d’un rendez-vous historique et profondément symbolique. Nous nous apprêtons à accueillir des hibakusha, ces survivants des bombardements atomiques, qui viennent jusqu’en Provence nous apporter un témoignage unique et nous soutenir dans notre combat.

    Leur présence n’est pas un simple geste de solidarité ; c’est un acte de courage et une leçon d’humanité. Venir de si loin, porteurs d’une mémoire indélébile de l’horreur nucléaire, pour nous exhorter à agir, impose le respect et commande l’action. Leur voix, forgée dans l’enfer atomique, est la plus légitime pour rappeler au monde l’urgence d’éradiquer ces armes de destruction massive.

    Notre coopération, entre le Casi Cheminots Paca et le Mouvement de la Paix, s’est construite sur deux piliers indissociables : promouvoir une culture de la paix et œuvrer concrètement pour le désarmement nucléaire. Accueillir les hibakusha dans la dignité incarne cette double mission. En partageant leur récit, ils font progresser la conscience collective et renforcent les fondations d’une paix durable. Ils nous rappellent que derrière les concepts stratégiques et les doctrines militaires, il y a la chair et le sang de l’humanité, une souffrance qui ne doit plus jamais se reproduire.

    C’est dans cet esprit que leur message rejoint directement notre combat citoyen pour que la France, enfin, rejoigne les travaux du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN). Alors que les hibakusha tendent la main et viennent à nous, comment notre pays, patrie des Lumières et des droits de l’Homme, peut-il persister à rester en dehors de cette avancée cruciale du droit international ? Ce traité représente l’aboutissement logique de la lutte contre l’arme atomique, une réponse concrète à l’avertissement lancé il y a près de 80 ans par le feu nucléaire sur le Japon.

    Notre mobilisation, ancrée dans le monde cheminot et auprès de la population, vise précisément à faire reculer l’idée même de la guerre en faisant progresser la culture de la paix. Nous travaillons à ce que le choix politique de la guerre, et celui de la dissuasion nucléaire qui en est l’ultime prolongement, deviennent socialement et moralement inacceptables.

    L’arrivée des hibakusha en France est une chance historique de faire entendre la raison et la voix des survivants. Leur témoignage est un cadeau précieux et une responsabilité.

    Nous appelons les citoyens, les élus et le gouvernement à les écouter. Honorer leur démarche, c’est traduire leur espérance en actes. Il est temps que la France, en fidélité à ses idéaux, cesse de tourner le dos au TIAN et prenne sa place à la table de ceux qui œuvrent à un monde libéré de la terreur nucléaire.

    Accueillir les hibakusha, c’est accueillir la mémoire du passé pour mieux construire l’avenir. Ne laissons pas passer cette occasion. Agissons pour que leur voix devienne celle de la France.

    Par le Casi Cheminots Paca et le Mouvement de la Paix des Bouches-du-Rhône

  • L’Université et l’École des nouvelles images se lient à Avignon

    L’Université et l’École des nouvelles images se lient à Avignon

    Avignon Université et l’École des nouvelles images (ENSI) ont, ce mercredi 12 novembre, officialisé leur partenariat au sein de la Villa Créative de l’établissement universitaire.

    Un partenariat avec l’école, dont les travaux sont reconnus mondialement, qui « vise à croiser les expertises et les ressources d’Avignon Université et de l’ENSI afin de proposer un parcours de formation complet, en licence et en master, combinant excellence artistique et approche académique, et permettant aux étudiants d’obtenir un diplôme universitaire reconnu », pousse, dans un communiqué, l’Université d’Avignon.

    Un « apport académique » qui se traduit notamment par des enseignements supplémentaires, tels que du droit par exemple, pour les 250 étudiants de l’école créée en 2017 en Cité des Papes. Mais, aussi, par la création commune de deux diplômes : une licence professionnelle « Techniques du son et de l’image » et un master « Création numérique ». Les étudiants de l’ENSI ont également désormais la possibilité d’accéder aux services du Crous. Donc, entre autres, de manger au restaurant universitaire, de toucher une bourse et de participer aux activités sportives proposées.

    Secteur en mutation

    Au sein de la Villa Créative, lieu « totem » de la collaboration, car porté par l’Université mais investi par l’ENSI ainsi que par six studios d’animation, les bénéfices de cette collaboration sont énumérés à la pelle par les différents responsables. « On sort d’une bulle de 250 personnes pour intégrer un campus de 7 000. Cela va créer un véritable brassage que l’on n’avait pas. Et on intègre plein de mutations dans un secteur en pleine mutation », pousse ainsi Julien de Paris, directeur de l’ENSI.

  • Le supermarché coopératif invite à découvrir son modèle

    Le supermarché coopératif invite à découvrir son modèle

    La Coop sur Mer, supermarché coopératif, participatif et éthique du Port du Levant, organise, samedi, une journée portes ouvertes à l’occasion de la 4e édition des Journées Solidaires. Le premier objectif est de faire découvrir à tous ceux qui ne le connaissent pas encore son mode de fonctionnement et ses produits. Mais aussi de mettre en avant, tout au long de la journée, de nombreuses initiatives locales et engagées conduites, sur le terrain, par le mouvement associatif toulonnais partenaire.

    À l’origine, l’idée a germé dans l’esprit d’une quarantaine d’habitants de l’agglomération toulonnaise, partis du constat que l’offre proposée aux consommateurs soucieux de leur santé, mais aussi de l’impact écologique et social de leurs achats, était loin de répondre à leurs besoins. Tant en qualité avec les produits de la grande distribution, qu’au niveau tarif avec les magasins bio, dont l’accès reste difficile pour toutes les bourses.

    L’alternative de la coopérative est née. Et ça marche. Chaque coopérateur détient dix parts sociales de 10 euros et donne trois heures par mois de son temps pour le fonctionnement du supermarché.

    L’occasion, ce samedi de 9h30 à 19h, de venir découvrir le magasin ouvert exceptionnellement à tout le monde, ce jour-là, avec plusieurs réunions d’information, tout au long de la journée. Au programme, aussi, un jeu-concours et des lots à gagner pour les fêtes de fin d’année. Sans compter la rencontre d’autres acteurs de l’Économie sociale, comme ceux par exemple le Tiers-lieu L’Amarre, Lien 83, LOWbjethèque, Chercheurs en Herbe, Pollen 83, Le Collectif varois de l’agriculture urbaine, L’Autre c’est Nous ou de l’OceanQuest.

  • Neuf mois de travaux sur le monument de la Victoire à Aubagne

    Neuf mois de travaux sur le monument de la Victoire à Aubagne

    « Ce projet de restauration ne détruit rien. C’est un geste de fidélité à l’Histoire, à la mémoire, à la beauté d’une œuvre commémorative qui mérite d’être vue telle qu’elle a été voulue, dans sa forme la plus authentique », estime Sandra Rouqueirol, archiviste à la Ville d’Aubagne.

    Mardi 11 novembre, à l’initiative de la Ville, elle animait une conférence, au théâtre Comoedia, devant près de 40 personnes. Quatre ans après la fin de la Grande Guerre, le Monument de la Victoire d’Aubagne fait partie d’un grand élan mémoriel, qui voit, de 1920 à 1925, l’édification de 36 000 monuments en France. Décidé par le conseil municipal du 5 janvier 1919, pour « honorer la mémoire des enfants d’Aubagne morts pour la France, son exécution est confiée à Henri Raybaud », énonce l’archiviste. « Sculpteur marseillais né en 1879, Henri Raybaud est l’auteur des monuments aux morts d’Auriol, Trets… », complète-t-elle. 267 noms d’Aubagnais victimes de la Grande Guerre sont gravés sur l’édifice. Si le Monument de la Victoire a traversé soixante ans, de 1922 à 1982, sans trop de dommages, « l’adjonction par la suite de bassins autour de la base, le fait aussi qu’il soit plus accessible car le garde-corps en fer forgé est alors supprimé, ont contribué à l’abîmer. Les gaz d’échappement des voitures ont aussi beaucoup rongé le monument », explique Sandra Rouqueirol.

    « Cette réflexion autour de la nécessité de la restauration du monument, inscrit au titre des Monuments historiques en 2010, a débuté en 2015 », souligne-t-elle. Le projet de restauration a été validé par la Commission régionale des Monuments historiques. Les travaux, évalués à près de 400 000 euros, et pris en charge à 80% par la Direction régionale des affaires culturelles (Drac), vont notamment porter sur la partie supérieure, la plus dégradée.

    Nouvelle main sculptée

    À l’origine, « le groupe en marbre de Carrare représente une allégorie de la Victoire, ailée survolant deux soldats. Elle tend au-dessus d’eux la couronne de la victoire », détaille l’archiviste. Aujourd’hui, la main n’existe plus, ni la couronne. « La main va être restituée, c’est à dire taillée dans un bloc neuf. » L’édifice sera traité pour ralentir son érosion. Le registre inférieur sera lui aussi restauré. Pour financer les travaux, des subventions ont été demandées*, et une souscription de 20 000 euros lancée via la Fondation du patrimoine (voir sur son site). Pour que les travaux occasionnent le moins d’impact possible sur le commerce, ils débuteront « en septembre 2026 et dureront neuf mois avec une inauguration le 14 juillet 2027 », annonce Benjamin Maccioni (Ville).

    * À la Métropole, au Département, à la Région