Category: societe

  • Le Château Faguest en ruines abandonné à son triste sort

    Le Château Faguest en ruines abandonné à son triste sort

    Le tribunal administratif a donné entière satisfaction à Eiffage Immobilier et Primosud qui peuvent lancer leur projet immobilier, traverse du Vieux-Moulin, 14e, à Saint-Joseph, sans avoir à réhabiliter la bastide de château Faguest, ou plutôt sa ruine inscrite au plan local d’urbanisme au titre d’élément remarquable du patrimoine bastidaire (EB 184).

    Ce devait être un « marqueur visuel historique fort » dans l’aménagement de ce quartier compris dans le périmètre de l’OAP Bessons-Giraudy qui prétend « valoriser le patrimoine bâti historique ». La bastide du XIXe en ruines est condamnée à s’effondrer puisque sa seule protection, au final, c’est de ne pouvoir être démolie sauf à modifier le PLUi. Les promoteurs n’ont en réalité jamais envisagé sa réhabilitation. Leur projet se borne malicieusement à proposer d’en conserver la mémoire par une « représentation au sol » ! De quoi douter de la portée des servitudes patrimoniales votées en conseil métropolitain.

    Le permis délivré en décembre 2023 pour la construction de deux immeubles comprenant 86 logements dont 46 sociaux, des commerces et une crèche, sur les terres de cette ancienne « campagne » marseillaise est ainsi sauvé. Les juges annulent la prescription de l’Architecte des bâtiments de France (ABF) suivant laquelle « l’intégralité des ruines de l’ancienne bastide, de l’ensemble des bâtiments constituant ses communs ainsi que les éléments constitutifs de ses jardins (bassins, escaliers, arbres remarquables), sont conservées, réhabilitées et intégrées au projet ». Reprenant le raisonnement des requérants, les juges ont considéré que le projet ne portait pas en lui-même sur l’ancienne bastide – sciemment exclue de l’assiette du projet – la prescription qualifiée d’« imprécise » sur la réhabilitation exigée et donc « illégale », ne visait pas à s’assurer de la conformité des travaux projetés.

    « Pas dans l’équation économique »

    La Ville ne fera pas appel, elle qui soutenait la prescription de l’ABF. « C’était très contraignant pour les promoteurs. La réhabilitation n’entrait pas dans leur équation économique », commente l’adjoint à l’urbanisme Eric Méry qui se satisfait d’avoir obtenu de « diminuer la densité » du projet. Il dit à présent « négocier sur la sécurisation du site » accessible au public. Le clos et le couvert ont disparu avec la totalité des charpentes et la majeure partie des travées de planchers, ce qui laisse les murs libres sur une grande hauteur. Les travaux de conservation et de sécurisation de la bastide étaient évalués en 2023 à 500 000 euros. Aucun arrêté de mise en sécurité n’a été pris à ce stade au titre de la police des immeubles menaçant ruine.

    « Il est regrettable que soient progressivement loties et densifiées les terres constituant l’ancien domaine de la bastide, cette dernière se retrouvant progressivement phagocytée par des constructions au point de perdre la lecture paysagère originelle du site » écrit l’ABF dans son avis de juillet 2023 jeté aux orties.

  • Témoigner des atrocités d’Hiroshima et de Nagasaki

    Témoigner des atrocités d’Hiroshima et de Nagasaki

    Plus jamais Hiroshima, plus jamais Nagasaki ! Quatre-vingts ans après les terribles bombardements américains sur le Japon, les militants de la paix sont plus inquiets que jamais. La menace reste vive, brandie par les puissances la possédant. C’est pour alerter l’opinion publique que les associations Hidankyo (confédération japonaise des organisations des survivants des bombes A et H), lauréate du Prix Nobel de la paix en 2024 et Gensuikyo (conseil japonais contre les bombes A et H), effectuent jusqu’au 29 novembre, une tournée dans 18 villes du sud de la France*. « Les gens oublient Hiroshima et Nagasaki », déplore Miko Honma, membre du conseil d’administration de Nihon Hidankyo. Née en 1950, elle est la première de la deuxième génération des victimes de la bombe atomique à présider l’organisation.

    « Ils ne veulent pas seulement témoigner de leur souffrance, ils veulent rassembler pour éliminer les armes atomiques afin que les victimes de Nagasaki soient les dernières victimes des bombes atomiques de l’humanité », insiste Pierre Villard, coordinateur régional du Mouvement de la Paix qui est à l’origine de cet événement. Une délégation de militants était sur place, en août dernier, pour participer aux commémorations, aux côtés de membres du Casi cheminots Paca qui accueillent les pacifistes nippons ce vendredi. Une partie d’entre eux sera reçue lundi par le maire DVG de Marseille Benoît Payan, qui a annoncé en août dernier le ralliement de la ville au Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (Tian). Le Rove en a été la première signataire : « l’armement atomique est irréversible, ce village n’a pas spécialement de craintes, il a toutes les craintes », martèle le maire PCF de la commune Paul Sabatino.

    Faire ratifier le traité

    « L’inquiétude principale en ce moment est que, malgré la menace qui est pratiquement quotidienne, très importante, il y a dans la population française en tout cas, un déni sur lequel on a du mal à intervenir », constate Yves Perrin Toinin, représentant de l’Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire. C’est pourquoi ces précieuses paroles seront relayées dans les salles de classe. « C’est en faisant écouter les témoignages d’hibakusha que les jeunes japonais se rendent compte de la menace et se disent qu’ils seront peut-être les prochains », relève Yuhi Shimada, membre du conseil exécutif de Gensuikyo. L’objectif visé par cette campagne est la ratification par la France, l’une des neuf puissances nucléaire, du Tian, à laquelle même le Japon, seul pays ayant subi cette catastrophe s’oppose, « servant d’avant base en Asie dans leur projet américain d’endiguement de la Chine », déplore Yayoi Tsuchida, secrétaire générale adjointe de Gensuikyo.

    Le programme de la tournée sur www.frenchpeacenobeltour.com

  • Le prix Alfred-Nakache met 79 collégiens à l’honneur à Marseille

    Le prix Alfred-Nakache met 79 collégiens à l’honneur à Marseille

    « Alfred Nakache était un nageur juif déporté à Auschwitz. Il y a perdu toute sa famille. » À la fin de guerre, « il est revenu nager au Cercle des nageurs et y a battu un record du monde », rappelle Christina, 13 ans. Cette élève du collège Notre-Dame de la Major se dit très « fière » d’avoir participé à ce relais de natation inter-collèges dans une « super ambiance ». La 4e édition du prix Alfred-Nakache s’est tenue jeudi au Cercle des nageurs de Marseille (CNM), sur l’initiative du Fonds social juif unifié (FSJU) en collaboration avec le Département.

    « Le but est d’inscrire des initiatives dans la cité, nous tenons aux valeurs de laïcité et de République. L’éducation est majeure tout comme la culture et les valeurs universelles du sport », explique Lionel Stora, président du FSJU. Cette année la compétition a réuni six collèges et 79 élèves. Les vainqueurs pourront offrir à quatre élèves ne sachant pas ou peu nager, des cours collectifs pendant un an au CNM. « Chaque année, ils savent qu’ils ne gagnent pas pour eux mais ils s’arrachent », décrit fièrement la professeure d’EPS du collège Gaston-Defferre, entre deux cris d’encouragement. Avec une moyenne de 2 minutes 31 pour 50 m, son établissement termine deuxième derrière Gyptis. Tous se félicitent sous les applaudissements. « Un prix pour celui qui nage le plus vite mais surtout qui s’allie avec un devoir de mémoire », affirme Martine Vassal, présidente (DVD) du Département. Chaque élève a pu repartir avec Le nageur de Pierre Assouline, une biographie d’Alfred Nakache. Sa présence « permet de nourrir la réflexion et met la littérature de haut niveau à la portée des collégiens », estime Lionel Stora.

    Dans une ville où un jeune sur trois ne sait pas nager, la solidarité est à l’honneur pour la nouvelle génération.

  • Un collectif contre le silence du CD 13

    Un collectif contre le silence du CD 13

    Déjà en 2022, l’Igas établissait un rapport alarmant sur le dispositif départemental de l’aide sociale à l’enfance, soulignant une dégradation progressive des structures partenaires du Département dont l’instabilité organisationnelle qui avait des impacts jusque sur les enfants. En réaction, la présidente (DVD) Martine Vassal, débarque la directrice du service enfance famille et « rompt tout dialogue avec nos associations », déplorent les responsables des structures, jadis partenaires à part entière de la collectivité.

    Un nouveau courrier collectif est resté sans réponse. Les directions de ces structures (Dames de la Providence, Saralogisol, Fouque, Anef, Sauvegarde 13, Serena, Bois fleuri, les Matins bleus, Epis, Delta Sud, L’abri, Acte 13, Saint-Michel, Saints Anges…) bravent « les pressions, les contentieux administratifs » de cette autorité de tutelle qui a décidé de les ignorer. « Nous ne serons plus complices des dérives institutionnelles qui mèneront inévitablement à des accidents. Nous ne serons pas les boucs émissaires des failles que nous dénonçons », ont-elles réagi en unissant leur voix. Ils sont clairement conscients du contexte financier mais ont des propositions pour pouvoir accueillir des enfants sans les mettre en danger, pour embaucher des éducateurs sans les décourager. Car les baisses successives des budgets, le non-versement du Ségur, le manque de places d’accueil, la pénurie de personnels conduisent la chaîne de la protection de l’enfance à sa ruine. L’alerte avait déjà été lancée, et chacun avait assisté aux commissions de travail mises en place. Mais le Département a jeté les copies. Faudra-t-il aller devant le tribunal pour éviter de massacrer les petites vies mises sous leur protection ?

    L’alerte des agents

    Ils étaient plus de 150 agents jeudi midi devant l’hôtel du Département à l’occasion de la journée des droits de l’enfant. Une mobilisation qui reflète l’urgence dans les services départementaux, d’autant plus que le forum de l’emploi organisé le même jour était vécu comme une provocation. Les salariés de l’association Sauvegarde 13 étaient présents, dénonçant la suppression de 17 postes. Et déplorant ne pas être reçus par l’exécutif. Y.S.

  • La maison d’enfants du Bois fleuri sous tutelle

    La maison d’enfants du Bois fleuri sous tutelle

    Pour les professionnels de la protection de l’enfance, c’est une décision rarissime. Le jeudi 13 novembre, le conseil départemental a décidé de placer sous administration provisoire la Maison d’enfants à caractère social (Mecs) de Bois fleuri, à Saint-Loup (10e). Une décision motivée par une « situation d’urgence […] toujours d’actualité, en raison de carences manifestes » dans la gestion de l’établissement, pointe l’arrêté pris par le directeur général adjoint de la solidarité publié ce mercredi. Le cabinet DirecTransition disposera ainsi de tous les pouvoirs nécessaires à la direction des différents services de la Mecs pour « mettre fin aux difficultés constatées ».

    Dès le mois d’avril, une inspection de trois jours avait été diligentée par le conseil départemental au sein de l’Association Bois fleuri, qui gère 54 places d’hébergement pour enfants et 24 autres pour les mineurs non accompagnés de plus de 15 ans. Quatre mois plus tard, le 18 août, la collectivité adressait cette fois un courrier d’injonctions, dont certaines ne sont toujours pas satisfaites. « Les administrateurs de l’association ne s’impliquent pas dans le suivi de l’établissement de manière à garantir son bon fonctionnement ainsi que la santé, la sécurité et le bien-être physique et moral des personnes qui y sont accueillies », torpille le Département dans son arrêté.

    Des signalements d’agressions sexuelles

    Il décrit ainsi « la rupture actuelle dans le pilotage et la gestion quotidienne » avec des plannings désorganisés, des difficultés de recrutements sur les postes vacants, des conflits entre la direction et les professionnels, des carences de gestions budgétaires, le non-respect des obligations légales… Mais surtout, la collectivité pointe « la multiplicité de signalements d’agressions sexuelles sur mineurs pendant près de quatre mois concernant plus d’une dizaine de mineurs sans que des dispositions n’aient été prises pour éloigner et protéger les mineurs concernés ». Sollicitée, la collectivité indique ne pas pouvoir s’exprimer davantage, une procédure étant en cours.

    Dès le mois de juin les salariés avaient donné l’alerte, fait remonter des difficultés à fonctionner, à habiller, voire à fournir des repas corrects aux enfants. « Quand il manque des serviettes périodiques pour les ados, c’est nous qui en amenons, quand il faut conduire un enfant en rendez-vous, hormis l’essence, c’est encore de notre poche », explique un éducateur. Un autre confirme : « On manque de tout. Depuis juin, on ne fête plus un seul anniversaire, faute de bougie, de gâteau. » Les budgets ont tellement dégringolé que les crédits sont bloqués.

    Les effectifs ont également beaucoup varié dans les derniers mois, avec un énorme turn-over. « Beaucoup d’anciens ont craqué, d’autres sont partis en maladie. On rogne sur les postes donc on fait des contrats à des jeunes sans expérience, sans formation ni motivation. Les enfants sont laissés sans surveillance », déplore encore une éducatrice. « Quand il y a des enfants tellement traumatisés, atteints psychologiquement, qu’il faut une prise en charge spécifique et que rien n’est fait, on expose tous les autres au danger », regrette le directeur d’une structure associative.

    Le directeur général adjoint de l’association de son côté se borne à constater : « Nous avons été mis sous tutelle. » Et renvoie à plus tard toute communication.

  • Les habitants ont un délai de six mois avant la mise en péril de Bel Ombre

    Les habitants ont un délai de six mois avant la mise en péril de Bel Ombre

    La mobilisation se forme et des manifestants livrent des témoignages effrayants. « Une femme énorme , a été victime d’un AVC. Les pompiers ont dû la faire sortir par le balcon, faute d’ascenseur. Elle vit au neuvième étage à Bel Ombre », s’indigne une copropriétaire. L’hiver commence et « le chauffage ne fonctionne pas ou mal », complète une autre. Cette copropriété du 11e continue de se dégrader, mais aussi celles de la Maurelette (15e), du Mail (14e), de la Belle de Mai (3e), des Rosiers (14e), de Benza (11e), de Mazenode (11e)… Le collectif rassemblant ces copropriétés sous administration judiciaire et des associations (Touche pas à ma copro) étaient présents.

    Mohamed, membre actif de l’association « Préservons Bel Ombre », est chaleureusement accueilli : « Nous avons obtenu un report de six mois pour la mise en péril. » Il est applaudi. Depuis deux semaines, la structure négocie pour faire acter le report.

    Demande de soutiens

    « On n’arrivait pas à avoir des réponses. La providence a fait qu’on tombe au moment de la venue du ministre Darmanin : ça nous a permis d’obtenir l’entrevue avec Patrick Amico [adjoint (GRS) au maire en charge du logement, de l’habitat indigne] », poursuit-il. Il sort de la réunion, prévue la veille au matin. « On pensait qu’on allait être soutenus par la Ville, la préfecture, l’administrateur judiciaire. On se sent punis par les institutions », lance-t-il, avant d‘ajouter : « Il va falloir continuer à se battre contre AJ Associés [leur gestionnaire judiciaire]. Nous espérons que la mise en péril soit annulée. »

  • Lutte contre le narcotrafic : deux ministres face aux attentes de Marseille

    Lutte contre le narcotrafic : deux ministres face aux attentes de Marseille

    Marseille espérait des actes. Elle a eu droit à de l’écoute, une semaine après l’assassinat de Mehdi Kessaci, le frère d’Amine, militant écologiste engagé dans la lutte contre le narcotrafic. « Un crime qui vise à faire peur et à atteindre quelque part la République », a martelé Laurent Nuñez avant d’aller rencontrer la famille endeuillée. « La République ne doit pas avoir la main qui tremble », lui a rétorqué Benoît Payan, le maire (DVG) de la ville, continuant d’appeler à une large mobilisation pour la marche blanche de samedi (lire page 3).

    Ce jeudi, le ministre de l’Intérieur et Gérald Darmanin, le ministre de la Justice, sont en réalité surtout venus défendre un bilan, et prêcher la parole présidentielle. Emmanuel Macron est attendu dans un mois à Marseille pour inaugurer notamment les Baumettes 3, a expliqué le ministre de l’Intérieur. Lui, a promis de son côté de revenir « tous les mois » dans la 2e ville de France.

    « Un continuum extrêmement efficace »

    Jeudi, les deux représentants du Gouvernement ont multiplié les rencontres. Gérald Darmanin était notamment aux Baumettes, en début de matinée, pour « écouter » et « soutenir » les agents pénitentiaires. Il a ensuite rejoint Laurent Nuñez en Préfecture pour une réunion de travail avec les représentants de l’État, les directions de la police et de la gendarmerie, le Procureur de la République, des magistrats… Une « réunion opérationnelle » qui a permis de faire le point sur « ce continuum extrêmement efficace qui est mis en œuvre entre la justice et le ministère de l’Intérieur », a justifié ce dernier.

    Ce moment « extrêmement important d’échange et d’amélioration des process » a été aussi l’occasion de faire le point sur la loi de Lutte contre le narcotrafic et la criminalité organisée votée en juin à l’assemblée. Elle aboutira notamment à la mise en place d’un parquet spécialisé, le Parquet national anticriminalité organisé (Pnaco), qui verra le jour le 5 janvier sur le modèle du parquet national financier ou du parquet national anti-terroriste.

    Une manière de répondre à la « menace » du narcotrafic « équivalente à celle du terrorisme », a répété Gérald Darmanin en écho à Emmanuel Macron qui appelait mardi à adopter la même approche que face au terrorisme. « Il y a des magistrats, des enquêteurs qui sont physiquement menacés parce que nous gagnons difficilement une bataille très très dure contre une organisation criminelle qui a sans doute fait entre 5 et 6 milliards d’euros de chiffres d’affaires d’argent liquide et dont les intérêts sont immenses », a-t-il expliqué. Et de mettre en avant les prisons haute sécurité ou 500 à 600 détenus du haut spectre doivent être mis à l’isolement.

    Le maire de Marseille qui en matinée a reçu le ministre de l’Intérieur à l’Hôtel de ville a lui continué de réclamer des moyens pour les enquêteurs, pour la justice mais aussi pour l’éducation. Et de plaider notamment l’installation du Pnaco à Marseille, la création d’une antenne d’Interpol et le retour d’une préfecture de police de plein exercice. Laurent Nuñez a balayé ce dernier point d’un revers de main.

    Renforts en magistrats

    Reçu dans l’après-midi en Préfecture, avec un représentant du Président de Région, Martine Vassal, la présidente (DVD) du Département et de la Métropole a, elle aussi, réclamé des effectifs, pour la Police judiciaire et scientifique, pour la protection judiciaire de la jeunesse, ainsi que la création d’une antenne du Pnaco dans la 2e ville de France. « Ce serait un symbole fort », estime cette dernière. Mais sur ce point encore le Gouvernement dit non.

    Le ministre de la Justice avait ainsi justifié un peu plus tôt l’installation à Paris de ce parquet « qui va se saisir d’affaires marseillaises de très grande ampleur », par le fait qu’elles « ne peuvent pas toujours être documentées ici, soit pour des raisons de menaces, soit parce qu’elles concernent de grands groupes à l’international ». Pour Marseille, les représentants du Gouvernement ont promis de nouveaux renforts, notamment de magistrats ou greffiers, sans en donner un détail chiffré. « Je l’annoncerai chez vos confrères de La Provence », a expliqué Gérald Darmanin, venu donc pour la photo devant les autres.

    La juridiction marseillaise, la troisième de France, a été renforcée ces dernières années. Elle compte aujourd’hui 143 magistrats du siège et 60 au parquet. Insuffisant. À la cour d’appel d’Aix, 500 procédures criminelles sont en attente. Parmi elles, le dossier des assassins présumés du grand frère d’Amine, tué en 2020. L’embolie judiciaire est telle que des dates de procès n’ont pas été fixées. Sans doute en 2026.

    Les pénitentiaires sur la brèche

    « Nous avons rappelé que nous avons besoin de moyens, humains et financiers. » La CGT pénitentiaire Paca Corse a remis sur la table ses revendications ce jeudi face au ministre de la justice, Gérald Darmanin, venu les « soutenir » aux Baumettes. Alors qu’avec l’ouverture d’un nouveau bâtiment mardi, le centre pénitentiaire est devenu le 2e de France rappelle la CGT, les effectifs sont déjà « sous calibrés. » Le bureau régional du Snepap FSU déplore, lui, dans un communiqué « l’écroulement des dispositifs d’accompagnement vers le logement et l’insertion professionnelle » pour assurer « la sortie de la délinquance des personnes déjà sous main de justice. » Une réalité à laquelle « la politique ministérielle doit répondre » tance le syndicat. M.R.

  • Mort de Mehdi Kessaci : pourquoi ils marcheront samedi

    Mort de Mehdi Kessaci : pourquoi ils marcheront samedi

    Robin Renucci, directeur du théâtre de La Criée

    « L’Appel de Marseille que j’ai signé reflète la diversité d’une société civile solidaire et aujourd’hui aux côtés d’Amine et sa famille. Si on veut que les choses bougent, il faut comprendre le diagnostic porté depuis des années. J’ai envie qu’on rappelle les causes de cette violence qui prospère sur le chômage, la pauvreté, l’absence de perspective. [Je veux] parler d’éducation nationale, artistique, populaire, qui doit offrir à chaque jeune des savoirs émancipateurs. Parler aussi de l’accès aux transports, à la santé, de la réduction des inégalités sociales ou culturelles. À la Criée, nous menons des actions qui permettent à la population de nous rejoindre, de la représenter. La question c’est que faire pour que ces quartiers, invisibles, puissent s’asseoir à la table de la démocratie, et rompre le cycle du désespoir. »

    Audrey Cermolacce, membre du conseil national du PCF

    « Je trouve Amine très courageux, je veux lui dire qu’il n’est pas seul. On l’accompagnera, comme on accompagne toutes les victimes liées de près ou de loin à ce fléau. Je partage son avis de remettre de la République dans les quartiers, qu’il faut travailler contre l’échec scolaire, qu’il faut plus de services publics, de médiation. Je suis sûre qu’in fine c’est la solution, on ne peut pas parler que de répression même si l’aspect sécuritaire doit y être. Née dans le 15e, je suis issue des quartiers populaires. Le premier meurtre auquel j’ai eu affaire j’avais 18 ans, c’était le frère de ma meilleure amie. Et ça m’avait touché. Il aura fallu que le frère d’un militant politique soit assassiné pour que l’Élysée réagisse, c’est dramatique. J’espère aussi que le Parquet national anti-criminalité ne sera pas qu’une vitrine. »

    Françoise Risterucci, responsable CGT des territoriaux de la Ville de Marseille

    « J’ai mal pour Amine, sa famille. Le narcotrafic découle de l’abandon des quartiers, il n’y a plus de social, de services publics, plus ce lien. Les gamins n’ont plus rien. Je travaille dans des écoles où quand on leur demande ce qu’ils veulent faire plus tard, ils nous répondent chouf. Des petits de 10 ans ! Tout ça parce que ces gens leur permettent d’acheter des bonbons ou d’aller à la piscine. Il faut leur permettre de rêver et cela doit être une cause nationale. »

    Horiya Mekrelouf, présidente du Mrap 13

    « Il ne faut pas se taire, la mafia c’est le fascisme. Cela veut dire que quand on défend une cause juste, on peut être assassiné. Il n’y a pas de mot assez fort pour dire que nous sommes dans une bascule. On est dans un état de sidération, dans un contexte de racisme, d’antisémitisme et de racisme anti-musulman. Il faut qu’on se parle. Nous militants sommes conscients de ce contexte, mais sommes-nous crus ? Quand pendant des années, on a criminalisé toutes les associations des droits humains ? »

  • [Tribune] Narcotrafic : Non à l’instrumentalisation par le Rassemblement National

    [Tribune] Narcotrafic : Non à l’instrumentalisation par le Rassemblement National

    Face aux drames humains causés par le narcotrafic à Marseille, nos luttes, nos mobilisations et le travail quotidien mené aux côtés des habitants, des associations et des familles de victimes ne sauraient être récupérés par le Rassemblement National.

    Nous dénonçons fermement cette instrumentalisation indécente, qui ne se limite qu’à la répression. Elle est d’autant plus choquante qu’elle vient d’un parti qui ne manifeste aucun intérêt, aucune présence, et ne formule aucune solution concrète.

    Le RN n’a jamais accompagné les acteurs de terrain, n’a jamais soutenu les familles endeuillées, et n’a jamais travaillé à comprendre les causes profondes de ces violences. Leur discours se résume à un fatalisme méprisant et raciste “tant qu’ils se tuent entre eux” qui abandonne nos quartiers, nos jeunes et nos familles à leur sort.

    La députée RN de Marseille dans le 13/14, Gisèle Lelouis, n’a, à ce jour, porté aucune proposition sérieuse sur la lutte contre le narcotrafic, la protection de la jeunesse ou les moyens pour les services publics.

    Nous, forces de gauche, sommes les seules à avoir :

    – travaillé au plus près du terrain, avec les associations, les éducateurs, les travailleurs sociaux, les habitants et les familles ;

    – proposé des réponses structurelles, fondées sur la prévention, l’éducation, la santé, la culture, l’insertion et le renforcement des services publics ;

    – défendu des lois visant à enrayer la pauvreté, à renforcer la justice en lui donnant les moyens nécessaires, à protéger les jeunes, à soutenir les victimes et à s’attaquer enfin aux réseaux criminels ;

    – porté une vision globale, qui refuse le fatalisme et affirme que nos quartiers ont droit à la sécurité, aux moyens, à la dignité et à l’avenir ;

    – s’être attaqué à la racine des mafias, qui utilisent les paradis fiscaux et les crypto-monnaies. Il faut des moyens pour mener des enquêtes patrimoniales, confisquer leurs avoirs, traquer les flux financiers opaques.

    Nos luttes ne sont pas des vitrines politiques.

    Nos combats ne sont pas des slogans.

    Ils sont le fruit d’années de travail, d’écoute et de présence réelle. Au RN, nous lui disons :

    Vous n’avez jamais soutenu les luttes des habitantes et habitants de nos quartiers.

    Vous ne les avez jamais comprises.

    Vous ne les représentez pas, pas plus que notre ville fraternelle.

    Vous ne parlez pas en notre nom.

    SIGNATAIRES : Katia Yakoubi ; militante associative promouvant un plan citoyen “Justice pour nos quartiers”. Hendrik Davi ; député BDR de l’Après dans le groupe écologiste et social. Laurent Lhardit ; député BDR du groupe socialistes et apparentés. Marie Batoux ; adjointe Mobilités au maire de Marseille du groupe Printemps Marseillais (coalition de partis, mouvements citoyens, associatifs et syndicalistes de gauche à Marseille). Sophie Camard ; maire Gauche républicaine et socialiste des 1er et 7e arrondissements de Marseille. Audrey Garino ; adjointe PCF au maire de Marseille, affaires sociales, solidarité, lutte contre la Pauvreté & Égalité. Anthony Krehmeier ; maire PS des 2e et 3e arrondissements. Jean-Marc Coppola ; adjoint Culture PCF au maire de Marseille. Audrey Gatian ; adjointe PS au maire de Marseille à la politique de la Ville, réussite éducative et vacances pour tous. Aurélie Biancarelli ; adjointe PCF au maire de Marseille, ESR et vie étudiante. Rebecca Bernardi ; adjointe au maire de Marseille en charge du commerce, de l’artisanat et des noyaux villageois et de la vie nocturne.

  • Renoncer aux soins, un véritable fléau de la précarité

    Renoncer aux soins, un véritable fléau de la précarité

    Voilà 33 ans qu’Accueil Santé Béziers est au chevet des plus démunis en assurant des consultations aux personnes n’ayant plus ou pas de droits, à savoir les sans-abri, les migrants, les touristes ou encore les étudiants sans mutuelles. Pas moins de 33 professionnels de santé bénévoles : généralistes, dentistes, infirmiers, psychologues ou encore coordinateurs médicosociaux, se relaient quotidiennement. « Le but de l’association était au départ de permettre aux gens de récupérer leurs droits. Le soin étant juste une roue de la charrette. Dès que les patients ont récupéré leurs droits – CPAM, C2S [Complémentaire santé solidaire, Ndlr], AME – on ne les suit plus et ils repartent dans le domaine libéral », détaille Nicolas Breton, président d’Accueil Santé Béziers.

    Mais avec l’explosion de la précarité ces dernières années, de plus en plus de Bitterois poussent la porte du centre de soins. « Alors que nous suivons entre 2 000 et 2 500 patients chaque année, nous avons eu 200 consultations supplémentaires en 2025 », fait valoir Nicolas Breton. Si les ressortissants étrangers constituent la majeure partie de la patientèle de l’association, le nombre de Français accueillis s’envole aussi. « En 2024, 4% des gens qui ont consulté étaient Français. Cette année, ils représentent 17%. Ce qui montre que la précarité s’accroît », observe Nicolas Breton.

    Plus de social

    Un renoncement aux soins généralisé dû en premier lieu à des raisons financières, l’inflation ayant considérablement réduit le pouvoir d’achat de la majorité de la population. Ce qui impacte notamment les jeunes et les femmes. « Nous nous occupons beaucoup de précarité menstruelle. Nous avons vu 400 femmes de plus cette année. et nous avons distribué 4 000 éléments de protection contre 2 000 en 2024. Les règles coûtent 10 euros par mois et par femme, ce qui représente 120 euros par an. Avec deux, trois filles dans une famille, c’est un budget conséquent », soupire le généraliste.

    Secondes victimes collatérales, nos aînés. « On a aujourd’hui de plus en plus de personnes âgées, notamment les petits artisans qui n’ont pas de complémentaire et n’arrivent plus à se soigner. Ils sont juste au-dessus des plafonds et prendre une mutuelle coûte trop cher quand on est âgé », poursuit Nicolas Breton. À cela s’ajoute la dématérialisation administrative, qui fait des démarches de certains patients un véritable parcours du combattant.

    Ces renoncements aux soins ne sont malheureusement pas sans incidence sur le patient. « C’est catastrophique, ça traîne, les pathologies ont tendance à s’accroître et s’aggraver. Si cette population n’est pas prise en charge, cela va coûter plus cher à la société », insiste Nicolas Breton. Pourtant, des solutions existent. « Tout notre système de santé est à revoir, la Sécu n’en peut plus. Il faut arrêter le paiement à l’acte et rouvrir des dispensaires. Car ils ont l’avantage de permettre aux gens d’avoir accès – comme en Espagne – à des médecins, à des médicaments mais surtout, les médecins s’occupent des problématiques sociales des patients. Dans nos études, le social n’existe pas. Ça ne sert à rien de faire des diagnostics, de prescrire des médicaments si les gens ne peuvent pas les acheter. » Plus de social et aussi moins d’administratif. « On perd du temps, ce qui revient à payer le travail de secrétaire très cher, c’est idiot. Chacun doit faire son boulot », souligne le généraliste biterrois.