Category: societe

  • [Entretien] Vincent Cantrin : « Moins de moyens et plus de gens à accompagner »

    [Entretien] Vincent Cantrin : « Moins de moyens et plus de gens à accompagner »

    La Marseillaise : Les derniers chiffres montrent une forte hausse du chômage des jeunes. Vous l’observez comment sur le terrain ?

    Vincent Cantrin : Il y a un effet structurel, il y a toujours une montée du chômage des jeunes à la fin de l’année scolaire parce qu’ils sortent de l’école, ils ne trouvent pas forcément un boulot immédiatement. Et la loi « Plein emploi » a obligé les jeunes suivis par les missions locales à s’inscrire à France Travail, ce qui, mécaniquement, a fait augmenter le nombre de jeunes inscrits. Ceci dit, il y a d’autres raisons. Quand le chômage monte, que l’emploi stagne, ceux qui en pâtissent les premiers sont souvent les jeunes. Au-delà, il faut voir ce qu’on leur propose sur le marché du travail, avec souvent des offres non qualifiées, mal payées. L’apprentissage a été développé, et on se retrouve avec une masse de gens qui ont fini leur apprentissage, mais qui ne peuvent pas entrer sur le marché du travail classique parce qu’ils sont mis en concurrence avec d’autres apprentis, même dans les grandes entreprises… Il y a des tas d’écoles privées, très chères, qui proposent à des gamins des formations qui les font rêver, par exemple en marketing du sport, pour lesquelles il n’y aucun débouché. Ce n’est pas l’enseignement public le problème, il y a ces écoles de commerce à tous les coins de rue !

    Les réformes de l’assurance-chômage ont-elles eu un impact ?

    V.C. : Ceux qui ont été le plus pénalisés par le changement de la méthode de calcul, ce sont les saisonniers et les intérimaires. Il y a une volonté de contraindre les gens à travailler, mais avec en regard une situation qui ne leur propose pas le type de contrat qui convient. C’est toujours l’intérim qui tire son épingle du jeu, il n’y a que 25% des embauches qui se font directement en CDI ! Pour les jeunes, il y a une précarisation au chômage, parce qu’ils sont moins bien rémunérés. Mais, quand vous n’avez plus rien, votre premier réflexe, c’est comment je vais bouffer, pas quel travail je vais trouver. On le voit, ceux qui retrouvent le plus facilement du travail, ce ne sont pas ceux qui sont les moins indemnisés, ce sont ceux qui ont encore une voiture pour se déplacer, un abonnement internet, un téléphone qui fonctionne… Et, d’autre part, une précarité aussi dans le travail, avec des contrats de courte durée, très mal rémunérés. Le monde du travail a éclaté et donc les jeunes en pâtissent les premiers. Cela génère de nouvelles mentalités, de nouveaux comportements.

    Les annonces du gouvernement sur le budget ciblent particulièrement France Travail…

    V.C. : Cela fait plus que nous alerter, ça nous inquiète. La loi « Plein emploi » a créé une charge de travail supplémentaire et là, on nous réduit les effectifs. Il nous fallait 2 000 emplois de plus, on en a 515 de moins. Comme pour la création de Pôle emploi, ils tablaient sur une baisse massive du chômage et se disaient qu’on accompagnerait mieux les personnes. Et là, patatras, le chômage remonte. On a moins de moyens et plus de gens à accompagner. Au bout d’un moment, on ne peut pas y arriver ! Et quand on nous dit 20% de moins sur le budget d’intervention, cela veut dire qu’on va financer de moins en moins de prestations, d’aides à la création d’entreprises, à la reprise d’emploi, de formations…

  • Une jeunesse en lutte contre le chômage

    Une jeunesse en lutte contre le chômage

    Six semaines pour provoquer l’engagement chez les jeunes éloignés de l’emploi, c’est l’objectif du « Lab de l’engagement », dispositif de l’antenne du Vieux-Port de la mission locale de Marseille. Autour de la table se trouvent Amir, Achraf, Félix, Maëlle, Jenna, Carlla-May et Kassim, aux côtés de leurs accompagnatrices, Coraline et Louna. Ils ont entre 16 et 24 ans et sont dans la cinquième semaine du dispositif, fruit d’un partenariat entre plusieurs associations – Citizen Campus, les Têtes de l’Art, Appel d’Aires – et financé par la Ville de Marseille.

    Au rythme de trois à quatre ateliers par semaine, ils pratiquent divers exercices en lien avec l’engagement au sens large et rencontrent des associations. « On a vu beaucoup de choses, un travail sur les médias, les informations actuelles et historiques… On a rencontré des intervenants intéressants », témoigne Amir. Son parcours résume bien l’objectif du Lab : « Au début, je me demandais ce que je faisais là. Et, au bout d’une semaine, je me suis dit que c’était trop bien. Sans le Lab, je ne me serais pas autant ouvert. » Achraf abonde : « J’ai acquis de l’expérience avec les ateliers sur la politique. On n’aurait pas eu ces informations sans le Lab, c’était bénéfique. »

    De quoi réellement les pousser vers le travail. Par exemple, Carlla-May bénéfice d’une allocation au titre de « l’engagement jeune ». « Ça me permet de mettre des sous de côté pour m’acheter du matériel et faire le métier que j’aime. Et me payer la formation adéquate », explique-t-elle. Un engagement « donnant-donnant ». Même principe pour Kassim, qui a « postulé pour être ambassadeur de la vie collégienne » suite au Lab de l’engagement. Et Amir entend redoubler d’efforts dans l’association, dont il est déjà membre.

    En bref, l’objectif du Lab est jugé atteint par la plupart des jeunes présents. « J’étais vraiment pas rassuré de faire des choses en groupe, je suis venu à reculons. J’ai appris à reprendre confiance en moi, à m’exprimer en situation de groupe alors que je n’étais pas habitué », témoigne Kassim. Il se dit même « fier » d’être sorti de sa zone de confort. Et les effets sont concrets : Si ces jeunes sont la deuxième promotion du Lab, les membres de la première « ont tous trouvé un emploi ou une formation ».

    Découverte des métiers de Twitch

    Au programme ce jour, ils découvrent le studio Twitch, service de diffusion vidéo en direct, de l’émission de la mission locale Lab’On-ID. Paul Ordonneau, co-animateur, présente les grandes lignes du format : « Notre but est d’éveiller la curiosité chez les jeunes. On a aussi des formats qui nous tiennent à cœur, avec des émissions plus axées sur le divertissement. Ça permet de parler de la mission locale d’une autre manière. » Il propose à Kassim de co-construire une future émission. Les deux échangent longuement pour établir un plan, avec l’optique de lui laisser la main. « Quel concept tu veux voir ? Tu verrais comment cette séquence… », questionne-t-il. Kassim rebondit, en proposant des variantes de concepts qu’il connaît : « Cyril Gane [combattant de MMA, Ndlr.] fait des vidéos comme ça. Faire une discussion autour du sport, j’aime bien. »

    Rapidement, il prend la main : « On pourrait faire ça avec des invités en plateau, j’animerais et je poserais des questions si nécessaire. » Les autres jeunes écoutent Rayima Ammad qui expose son travail sur la gestion du tchat et la participation des auditeurs, la création des relais de l’émission en temps réel sur les réseaux sociaux… Mathieu Jonquières s’occupe de la régie et présente les aspects techniques et les micros : « Notre objectif est de donner la parole aux jeunes sur les sujets qui les intéressent. On essaie d’avoir une approche qui amène naturellement les jeunes à la mission locale. » Présentation de métiers avec des formats vidéos qui parlent aux jeunes, pendant que les jeunes accompagnés mettent la main à la patte. C’est tout le concept de Lab’On ID : « Ça les aide à découvrir des métiers et voir qu’il y a des opportunités à la mission locale. »

    EN CHIFFRES

    +6,3%

    De jeunes de moins de 25 ans sont inscrits à France Travail et tenus de chercher un emploi (catégories A, B et C) dans la région, au 3e trimestre 2025, portant leur nombre à 63 370, dont 41 870 (+8,7%) sans aucune activité (catégorie A). Sur un an, la hausse est de 21,4%, soit 11 170 jeunes de plus.

    +7,1%

    De jeunes inscrits en catégorie A, B et C dans les Bouches-du-Rhône, soit 26 850 personnes, dont 17 950 en catégorie A (+9,3%). +6,3%Dans le Var, soit 12 920 jeunes inscrits, dont 8 630 en catégorie A (+8,8%).

    +5,3%

    En Vaucluse, soit 8 550 jeunes inscrits, dont 5 500 en catégorie A (+8,1%).

  • [Chronique corse] Lingua corsa

    [Chronique corse] Lingua corsa

    La prononciation, l’orthographe et même certains mots peuvent varier d’une région à l’autre, parfois d’un village à l’autre.

    Ainsi, on dira « u cane » en Haute-Corse (Cismonte) et « u ghjacaru » en Corse-du-Sud (Pumonti) pour désigner le chien.

    Cette diversité n’empêche pas les Corses de se comprendre, bien au contraire. Elle fait partie de la richesse et de la vitalité de la langue. Elle témoigne d’une histoire orale ancienne, transmise de génération en génération, qui s’est adaptée sans jamais se renier.

    Quelques repères

    « e » n’est jamais muet. « c » se prononce différemment selon sa place.

    « chj » se prononce [ti] et « ghj » [di].

    « u » se prononce toujours [ou] le « v » se prononce [b] (excepté dans le Sud de la Corse).

    Ampargu u corsu [ampargou ou gorsou] J’apprends le corse.

    Bonghjornu ! [bondiornou] Bonjour !

    Salute, Cumu và ? [saloudè, koumou oua ?] Salut, comment ça va ?

    Và bè, è tù ? [ba bè, è tou ?] bien, et toi ?

    Aghju capitu ! [adiou gabidou] j’ai compris !

    Mi chjamu Battistu, so un masciu corsu, sto in Bastia, aghju dece anni. [mi diamou Battistu, so oun machou korsou, sto in Bastia, adiou dédj’anni] je m’appelle Baptiste, je suis un garçon corse, j’habite à Bastia, j’ai 10 ans.

    Aujourd’hui, apprendre le corse à l’école, à la maison ou dans les associations, c’est prolonger ce fil vivant. C’est un acte de transmission, de fierté et d’amour pour une culture qui continue de se renouveler. C’est donner à la jeunesse la possibilité de parler la langue de ses anciens tout en la projetant vers l’avenir

    Pour prolonger, la Scola Corsa di Marseglia organise des cours destinés aux adolescents et aux adultes à la Maison de la Corse 69 rue Sylvabelle 13006 Marseille 04.91.13.48.50.

  • Après la santé, une Sécu pour l’alimentation et le logement ?

    Après la santé, une Sécu pour l’alimentation et le logement ?

    Lors de la promulgation de l’ordonnance créant la Sécurité sociale en octobre 1945, Ambroise Croizat se doutait-il que cette mesure aurait essaimé dans d’autres secteurs de la société ? On peut en douter, tant la jeune Sécu faisait office d’ovni dans le paysage français. Pourtant, force est de constater que 80 ans plus tard, l’idée a fait son bout de chemin.

    Dans le secteur de l’alimentation, tout d’abord, où plusieurs associations expérimentent le dispositif d’une Sécurité sociale de l’alimentation. À Montpellier, la mise en place d’une caisse alimentaire commune est à l’étude depuis 2022. Car le constat est accablant dans un domaine rongé par l’industrie capitaliste. « Notre système alimentaire produit plusieurs injustices : des gens ne peuvent pas manger à leur faim, 8 millions de personnes bénéficient de l’aide alimentaire, un chiffre sous-estimé au regard du non-recours à cette aide », s’indigne Manu Sevilla, coordinateur de la Caisse commune de l’alimentation de Montpellier. À cela s’ajoute la situation des agriculteurs, dont beaucoup n’arrivent pas à vivre dignement de leur métier, sans parler des dégâts causés sur l’environnement par l’industrie agroalimentaire.

    De réels bénéfices

    Ainsi, en février 2023, après la sélection d’un panel de 500 personnes représentatif de la métropole de Montpellier en fonction des revenus et de l’âge, la caisse commune de l’alimentation a été lancée. Chaque bénéficiaire reçoit 100 euros mensuels via une monnaie solidaire, la MonA, à dépenser dans 55 points de vente. Les cotisations sont déterminées en fonction des revenus des participants. « La caisse a un vrai impact sur l’assiette des expérimentateurs en favorisant l’accès à des produits jusque-là inaccessibles comme la viande », détaille Manu Sevilla. Forte de son succès, l’expérimentation s’étend à 200 nouvelles personnes chaque année. « On essaie de mettre en place une autre recherche sur le modèle économique : comment démontrer que la caisse laisse un vrai impact socio-économique sur le territoire », poursuit Manu Sevilla.

    Dans un tout autre registre, la Commission nationale du logement (CNL) s’est mise également à plancher sur un système de Sécurité sociale. « La crise que connaît le secteur dure depuis des années avec une pratique insupportable : les expulsions locatives, qui coûtent très cher à la société », soutient Eddie Jacquemart, président de la CNL. Pour pallier la situation, l’idée d’une Sécu reposerait sur la création d’une caisse de solidarité où seraient mutualisés les dispositifs existants tels que le Fonds de solidarité pour le logement, l’argent des CCAS, et d’autres encore. À cela s’ajouteraient une cotisation des bailleurs et la centralisation des dépôts de garantie versés par les locataires. « On verserait ensuite une indemnité dégressive de 24 mois aux locataires et aux accédants à la propriété qui ont un accident de la vie, comme la perte d’un proche, d’un emploi, une maladie, etc. Avec une particularité, on fait signer au bénéficiaire une charte d’obligation de traitement social de son problème, avec une prise en charge des services sociaux », insiste Eddie Jacquemart.

    En parallèle, seraient sanctuarisés les dispositifs de sécurisation des locataires tels que le permis de louer, l’encadrement des loyers. Une véritable alternative qui pourrait sortir le logement de la crise. La CNL espère porter le sujet lors des élections municipales. 80 ans après sa création, la Sécurité sociale n’a pas fini de faire parler d’elle.

  • Maxime Pineau : « Les volcans de boue peuvent aussi être des cibles pour l’astrobiologie »

    Maxime Pineau : « Les volcans de boue peuvent aussi être des cibles pour l’astrobiologie »

    La Marseillaise : Les volcans de boue identifiés sur Mars se seraient formés par la remontée de matériaux issus de réservoirs enfouis. Ces réservoirs existent-ils toujours ?

    Maxime Pineau : Nous l’ignorons. Nous aimerions utiliser d’autres données pour obtenir une visualisation 3D de ces réservoirs. L’existence de réservoirs dans la croûte martienne n’est pas nouvelle : nous savions qu’il y en a eu et qu’il en existe peut-être encore. Mais nous n’en avions jamais vu de trace là où nous avons identifié les volcans de boue. Et surtout, nous ne savions pas de quoi ils étaient faits.

    Ces volcans peuvent-ils nous renseigner sur l’existence potentielle de vie sur Mars ?

    M.P. : Oui, ils peuvent être des cibles d’intérêt pour l’astrobiologie. Ils pourraient faire remonter des traces d’une vie potentielle –des « biosignatures »- qui n’auraient pas été dégradées par les radiations ou des températures élevées. Enfin, ils ont fait remonter de la silice hydratée. Or la silice peut piéger et protéger des biosignatures. Mais pour les étudier, il faudrait y aller.

    Les robots présents sur Mars le pourraient-ils ?

    M.P. : Non, les robots américains Curiosity et Perseverance ne sont pas là où nous avons identifié les volcans de boue dans notre étude, dans les plaines du nord. La Chine a posé un robot –Zhurong– dans l’hémisphère nord en 2021. Il n’a pas résisté au climat martien et était à court de batterie. Mais peut-être aura-t-il un successeur. Et le robot européen Exomars pourrait se poser à un endroit intéressant. Mais son départ est incertain.

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : les prémices de la rupture

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : les prémices de la rupture

    Ma conclusion déclarait que la classe ouvrière de France s’était prononcée pour une Fédération syndicale mondiale destinée à rassembler, dans son sein, tous les pays et toutes les tendances. Je fus ovationné par le congrès debout. Étonné d’une telle ovation, je ne m’attendais pas à ce que Jouhaux voulait m’imposer : présenter des excuses à Citrine. Il demanda à Benoît Frachon d’intervenir auprès de moi dans ce sens. Benoît lui répondit : « Demande-lui toi-même. »

    C’est ce qu’il fit en quittant la tribune. Il exigea que je fasse des excuses à Lord Citrine. J’étais ennuyé et regardais Benoît Frachon, qui était sur la tribune et faisait passer sa pipe de gauche à droite : c’était un message. Je refusais toute excuse, applaudi par la délégation française, sauf les minoritaires.

    Cette intervention faite en 1945 à la création de la Fédération syndicale mondiale permet de mieux comprendre la suite, les événements et la scission de 1947. Trois mois après le Comité confédéral de la CGT, Saillant, secrétaire de la Fédération syndicale mondiale, dénonça l’Américan Fédération of Labor qui travaillait contre la FSM. Ce n’est pas une nouveauté pour nous, mais les attaques contre la FSM avaient pris d’autres caractères. Elles étaient menées et conduites par les gouvernements américains et de Grande-Bretagne sur le conseil de Citrine, ouvertement hostiles au développement et le rayonnement de la FSM. Il fallait donc constater que ces gouvernements, y compris celui de la France, ont tout fait pour nuire aux initiatives et au travail de la FSM refusant par exemple les visas pour les responsables de celle-ci. L’Américan Fédération of Labor refusa d’adhérer à la FSM nouvellement créée et, parallèlement, elle délégua en Europe Irving Brown pour mener l’action contre les forces hostiles à la stratégie américaine.

    Sur le plan international, l’année 1947 fut marquée par la division du monde en deux camps qui se concrétisa par la création du plan Marshall et du Kominform. En France, chacun prit place dans son camp. Les communistes dénoncèrent la trahison des chefs socialistes qui les avaient exclus du gouvernement sur l’ordre des USA. Quant aux socialistes, ils dénoncèrent la rupture par les communistes de la solidarité gouvernementale à propos des revendications des travailleurs.

    à suivre la semaine prochaine…

  • [Cancer du sein, toutes concernées 3/3] Mastectomie et reconstruction : cela ne concerne que 30% des cas

    [Cancer du sein, toutes concernées 3/3] Mastectomie et reconstruction : cela ne concerne que 30% des cas

    La chirurgie pour les cancers du sein intervient dans la majorité des cas, sauf quelques exceptions, en première intention de traitement. C’est un élément essentiel de la prise en charge de la maladie que pratique le docteur Buttarelli au sein de l’Institut Paoli-Calmettes. Une spécialité qu’il a choisi pour son aspect « concret ». « La médecine m’a toujours intéressée mais ce qui me plait dans la chirurgie c’est qu’il s’agit d’un service immédiat, facile à comprendre pour les patientes et parlant pour elles. L’acte est perceptible et clair », souligne-t-il. « La chirurgie est très importante pour la guérison et est souvent suivie de traitements adjuvants type chimiothérapies, radiothérapies, etc. Pour quelques exceptions, on pratiquera de la chimiothérapie néo-adjuvante, c’est-à-dire avant chirurgie, lorsqu’une tumeur est très agressive ou trop volumineuse. » Et d’ajouter : « Un traitement avant chirurgie peut aussi nous permettre d’évaluer in vivo la réponse tumorale et adapter ensuite les traitements en fonction. »

    Favoriser l’oncoplastie en préservant le sein

    Dans l’imaginaire collectif, chirurgie et cancer du sein vont de pair avec la mastectomie. Pour autant, cette chirurgie dite radicale « ne concerne que 30% des cas, au même titre que les demandes de reconstruction », précise Max Buttarelli. « C’est un pourcentage non-négligeable mais dans la majorité des cas nous sommes conservateurs et essayons de privilégier l’oncoplastie. ». L’oncoplastie consiste à lever une partie du sein qui contient la tumeur avec une marge de sécurité pour ne pas laisser de tissu touché par la tumeur. « Tout l’intérêt ensuite c’est de reconstruire le sein préservé, de le remodeler pour qu’il ait une forme anatomique classique même s’il est un peu moins volumineux », explique le chirurgien. « Dans la plupart des cas c’est un acte suffisant mais il est toujours suivi de radiothérapie pour avoir un résultat semblable à l’efficacité d’une mastectomie. »

    Si mastectomie il y a, elle peut être suivi d’une reconstruction mammaire « 17% des interventions se font en immédiat et 13% en différé, sur les 30% énoncés plus tôt. Si une tumeur est peu agressive et qu’il y a peu de traitements à faire, sans chimiothérapie ensuite alors on propose une reconstruction immédiate du sein. à l’inverse, quand il y a une gravité sur l’enjeu de la maladie alors cette reconstruction se fait en différé. L’intérêt ici c’est de préserver d’abord la santé de la patiente avant l’esthétique, bien que cette notion soit elle aussi importante », poursuit-il. « Il est essentiel de noter qu’une chirurgie reconstructrice n’a rien à voir avec une chirurgie plastique classique. On repart de zéro, il n’y a plus de sein la seule chose qui reste c’est un lambeau cutané qui est dénervé, insensible, assez froid et figé. Le sein n’est plus un sein mais entièrement prothétique. Il peut arriver que certaines patientes soient déçues… »

  • [Sciences] Océans sur Mars : des volcans de boue offrent de nouveaux indices

    [Sciences] Océans sur Mars : des volcans de boue offrent de nouveaux indices

    Ce sont des collines sur Mars qui intriguent depuis des années. On dirait des petits volcans : une forme conique, une dizaine de mètres de haut et un cratère au sommet. « Elles sont très énigmatiques, souligne Maxime Pineau, géologue et planétologue, anciennement au Laboratoire d’astrophysique de Marseille. De nombreuses études ont essayé de comprendre ce qu’elles sont sans jamais vraiment y parvenir. » Pour la première fois, une étude dans Communications earth & environment est en mesure de confirmer qu’il s’agit de volcans sédimentaires, qui ne crachent pas de la lave en fusion mais de la boue ou du sable liquéfié. « Nous en connaissons sur Terre, notamment en Azerbaïdjan ou au fond des océans », précise le chercheur aujourd’hui à l’Université Claude-Bernard Lyon 1 et premier auteur de l’étude. Mais cela n’avait jamais été établi avec certitude sur Mars. Selon les estimations, ils auraient été actifs il y a deux à trois milliards d’années.

    Cette conclusion vient des minéraux à la surface de ces collines. Des sondes en orbite autour de Mars y ont détecté de la silice hydratée et des sulfates : des minéraux associés à l’eau. « Ils se sont donc formés en présence d’eau liquide, probablement à des températures inférieures à 60°C », souligne Maxime Pineau. Soit des températures basses n’ayant rien à voir avec l’hydrothermalisme –qui impliquerait des températures supérieures. « Cela confirme que ces structures coniques sont bien liées à du volcanisme sédimentaire et font remonter des matériaux enfouis dans des réservoirs profonds », ajoute le chercheur. À quelle profondeur ? « Quelques dizaines de mètres pour la silice hydratée et plusieurs centaines de mètres pour les sulfates selon nos calculs », précise-t-il.

    Reliques océaniques

    Des minéraux associés à l’eau, disponibles en surface, remontés des entrailles de Mars et donc potentiellement plus anciens que la période d’activité des volcans ? Il n’en fallait pas plus pour aiguiser l’intérêt des chercheurs : et si cela pouvait donner accès à des traces d’anciens océans martiens ? Des sédiments océaniques recouverts avec le temps refaisant surface via ces volcans ? « Notamment les sulfates, qui viennent de plus profond et pourraient être des sels évaporitiques liés à l’évaporation de l’eau », avance le chercheur. D’autant qu’ils ont été détectés dans la formation Vastitas Borealis : une vaste étendue de l’hémisphère nord parfois suggérée comme une relique d’anciens océans martiens. « C’est une hypothèse qu’il faut creuser », nuance toutefois Maxime Pineau, prudent. Car la question de l’existence passée d’océans martiens est un sujet ancien, épineux et encore très débattu. Pour l’heure, il est question d’en apprendre davantage sur les minéraux découverts, les volcans de boue et leurs réservoirs, notamment avec des données radar. Mais le sujet des océans martiens a bien refait surface.

    Repères

    Paleosilica

    C’est le projet financé par l’Agence nationale de la recherche entre 2021 et 2025 dansle cadre duquel a été menée cette étude. Le but était d’étudier des silices hydratées sur Mars et sur Terre.Ces travaux se poursuivent aujourd’hui avec le projet européen Oceanid.

    VBF

    Pour Vastitas Borealis Formation. Cette vaste étendue sans relief de l’hémisphère nord de Mars se serait formée il y a 3,75 à 3,4 milliards d’années. Elle forme une large cuvette que certains scientifiques imaginent comme le vestige d’un ancien océan.

    Noachien

    Cette époque de la géologie martiennese situe entre -4,1 et-3,8 milliards (Md) d’années. Un climat chaud et humide aurait permis à l’eau liquide d’exister. Il y a 3,8 à 3,6 Md d’années, Mars a perdu une grande partie deson atmosphère, entraînant la disparition de l’eau liquide et un climat plus froid et aride.

  • [Recette] Entrée terre, mer et tempura de shiitake

    [Recette] Entrée terre, mer et tempura de shiitake

    Une cuisson lente

    Pour commencer, il est nécessaire de faire précuire votre poulpe ou vos tentacules au court-bouillon pendant 4 à 5 heures. La joue de bœuf se déguste effilochée et demande, elle aussi, une cuisson assez longue. C’est pourquoi ce sont les deux préparations à faire en amont. Pour la viande, faites-la saisir dans une casserole et ajoutez des garnitures aromatiques à base de carottes, de céleri et d’oignon, puis couvrez à hauteur avec du vin rouge et de l’eau. Faites bouillir 4 heures à feu doux.

    Pendant ce temps, vous pouvez préparer votre purée de potimarron en le faisant cuire dans de l’eau avec un bouillon de légumes, mixez et ajoutez un peu de crème fraîche. Pour la purée de pomme de terre, rien de plus simple, faites les cuire en robe des champs – avec leur peau – puis écrasez sur un tamis pour qu’il ne reste que la pulpe. Assaisonnez chacune des préparations.

    Un tempura croquant

    Vient maintenant le moment de préparer la pâte à tempura. Pour cela, mélangez de la farine, cassez un œuf et ajoutez de l’eau très froide en deux temps. Le mélange doit être un peu épais sans coller aux parois du récipient. Laissez-la reposer entre 15 et 20 minutes au frais pour qu’elle ait le temps de faire des bulles. Nettoyez le shiitake en enlevant la terre au couteau. Ne jamais mouiller un champignon, utilisez sinon un chiffon sec et propre. Coupez-le en deux dans le sens de la longueur et, une fois que la pâte a reposé, immergez le champignon et faites frire dans l’huile à 190° pendant 2 à 3 minutes sortes sur du papier absorbant et assaisonnez avec du sel et du poivre, avant que ça refroidisse.

    Pour le poulpe, une fois précuit, déposez-le dans une poêle avec de l’huile d’olive, du sel et du poivre, faites dorer, badigeonnez de pâte tendori et enfournez à 180°. Dressez la pomme de terre, la joue de bœuf, le tentacule, une quenelle de purée de potimarron et terminez avec le tempura.

    Les ingrédients

    Pour deux personnes il vous faudra :

    – Une joue de bœuf

    – 2 tentacules de poulpe

    – Un champignon shiitake

    – Farine, œuf, sel, poivre, eau, huile d’olive

    – 2 pommes de terre

    – 1 potimarron

    – De la pâte de tendori

    – De la crème fraîche

  • [Tribune] Halte au saccage du métro de Marseille ! Marseillaises et Marseillais, sauvegardons notre patrimoine commun

    [Tribune] Halte au saccage du métro de Marseille ! Marseillaises et Marseillais, sauvegardons notre patrimoine commun

    Le saccage a commencé à Saint-Charles en 2023, il s’est poursuivi à la Joliette en 2024, puis à Noailles et Estrangin-Préfecture cette année. Sous couvert de « modernisation », le coûteux programme « Rénov’ Stations » de la RTM et de la métropole Aix-Marseille-Provence efface peu à peu les œuvres qui ornaient depuis près d’un demi-siècle les stations du métro : mosaïques, tôles émaillées et décors originaux cèdent la place à des revêtements uniformes, salissants et sans âme.

    Réalisées entre 1977 et 1986 par des tandems artistes-architectes, les stations du métro de Marseille possédaient une identité forte et colorée, avec des œuvres liées à l’identité et à l’histoire des quartiers desservis. Le plan « Rénov’ Stations », censé « améliorer le confort et la sécurité » des usagers, transforme aujourd’hui ces espaces en lieux aseptisés, interchangeables, où tout se ressemble. Les nouveaux aménagements, mal conçus et fragiles, produisent des espaces illisibles aux ambiances d’hôpital et brouillent les repères des voyageurs.

    Pourtant, ces décors relèvent du patrimoine architectural et artistique du XXᵉ siècle, protégés par le droit français (Code du patrimoine et Code de la propriété intellectuelle), ainsi que par la Convention de Faro, qui reconnaît le droit des citoyens à participer à la valorisation de leur patrimoine. Leur destruction sans concertation bafoue ce double statut et efface une mémoire collective. Certaines œuvres ont purement disparu, comme Les Ports d’Albert Jaubert à la Joliette, évoquant le passé ouvrier et portuaire, remplacée par une photographie du quartier Euroméditerranée, représentant une image lisse et marchandable de la ville.

    Ce chantier illustre la fragilité du regard porté sur le patrimoine marseillais. Dans la plus vieille ville de France, il est dommage que le patrimoine soit si peu considéré et perpétuellement détruit. Alors que les stations Castellane et Désirée-Clary s’apprêtent à subir le même sort, il est urgent d’ouvrir un débat public sur notre métro. Dénonçons collectivement cette modernité rétrograde, et retrouvons l’enthousiasme et l’avant-garde qui faisaient l’essence du métro de Marseille à son inauguration. Le temps est venu de nous rassembler pour construire la suite de l’histoire de notre métro !

    Par Liam McCORLEY et Sandro PISCOPO de l’Université HLM (hors les murs) de marseillologie

    Cosignataires : François AVEROUS (architecte), Alain BARLATIER (documentariste), Pascale BARTOLI (architecte), Joël BARTOLOMEO (artiste), Arthur BATTESTI (architecte), Mariam BENBAKKAR (artiste), Claire BENIT-GBAFFOU (urbaniste), Jean-Daniel BERCLAZ (artiste), Aurore BIZE (artiste), Julien BLAINE (poète), René BORRUEY (historien), Jean-Noël BRET (historien de l’art), Christine BRETON (conservatrice du patrimoine), Guillaume CALAS (architecte), Roland CARTA (architecte), Clément CHAFFAIE (architecte), Jean-Marc CHANCEL (architecte), Julie DE MUER (guide urbaine), Sylvie DENOIX (historienne), Anke DOBERAUER (artiste), Paul DOMELA (curateur), Elisabeth DORIER (géographe), Thierry DUROUSSEAU (architecte), Mary FITZGERALD (journaliste), Anne-Valérie GASC (artiste), Teodoro GILABERT (écrivain), Milan GIRAUD (artiste), Benoît GUILLAUME (illustrateur), Stéphane HERPIN (architecte), Pierre-Alain HUBERT (artiste), Albert JAUBERT (artiste), André JOLLIVET (architecte), Baptiste LANASPEZE (éditeur), Carole LENOBLE (architecte), Sylvain MAESTRAGGI (auteur), Éric MAILLET (artiste), Nicolas MAISETTI (sociologue), Nicolas MÉMAIN (urbaniste), André MÉRIAN (photographe), Gilbert ORSONI (juriste), Matthieu POITEVIN (architecte), Garance POUPON JOYEUX (artiste), Justine PRUVOT (cheffe), Tilman REICHERT (architecte), Rudy RICCIOTTI (architecte), Suzel ROCHE (réalisatrice), Jean RODET (architecte), Sandrine ROLENGO (Déléguée Sites & Monuments Paca), Ana RUBIO (architecte), Jacques SBRIGLIO (architecte), Oliver SALWAY (artiste), Loévan SICARD (architecte), Alexis STEINMAN (journaliste), André STERN (architecte), Bernard TARAZZI (architecte), Paul-Elias TOURNÉ (architecte), Stephan ZAUBITZER (photographe)

    Pour signer la pétition « Stop à la rénovation moche des stations du métro de Marseille ! », c’est ici.