Category: societe

  • Un professeur accusé de viols

    Un professeur accusé de viols

    Ce lundi a débuté, à la cour criminelle de Gap, le procès à huis clos d’un homme de 40 ans, ancien professeur de collège à L’Argentière-la-Bessée, accusé de viols sur quatre élèves et d’agressions sexuelles sur six autres. Les faits sont aggravés par sa position d’autorité ainsi que par la détention d’images pédopornographiques.

    À la suite de la plainte d’une élève et d’une alerte du principal de l’établissement, une enquête est ouverte en février 2019. Des témoignages révèlent alors des relations sexuelles avec plusieurs collégiennes, placées sous emprise, caractérisée notamment par des rapports de domination (poignets attachés, gifles, fessées…). Les victimes, scolarisées en classe de 5e au moment des faits, ont ensuite présenté des symptômes d’anorexie, de dépression et de stress post-traumatique.

    Des rapports

    de domination

    Pour l’avocat général, « du fait de leur âge, les victimes ne disposaient pas du discernement nécessaire pour consentir à ces relations ». L’accusé a affirmé que les jeunes filles étaient consentantes tout en reconnaissant « être immature et avoir du mal à mettre de la distance avec ses élèves ». Une explication qu’a mise en doute Me Lévy-Soussa, avocat des plaignantes : « Je pense que les choses sont un peu plus compliquées pour les parties civiles, puisqu’il y a à la fois la dimension liée au rapport d’autorité, c’est un enseignant et ce sont ses élèves, et d’autre part l’âge des plaignantes qui étaient extrêmement jeunes. »

  • L’hôpital de Gap ambassadeur du don d’organes

    L’hôpital de Gap ambassadeur du don d’organes

    « Parlez du don d’organes ! », voilà le mot d’ordre du nouveau partenariat entre l’Hôpital de Gap et l’association pour le don d’organes et de tissus (ADOT). À l’occasion de la journée nationale de prévention pour le don d’organe, l’établissement hospitalier est devenu « ambassadeur du don d’organes », statut inauguré par un panneau à l’entrée de la structure.

    « Cela montre que la ville et l’hôpital de Gap ont une culture du don. C’est une ville où des actions sont menées pour parler de don d’organes, pour que les gens parlent entre eux et qu’en cas de situation difficile, ce soit quelque chose de déjà réfléchi, qu’on ne soit pas pris de court et qu’on soit moins en détresse sur cette question-là », explique Marion Berthé, médecin en anesthésiologie-réanimation à Gap.

    Une augmentation

    des refus

    Les lois bioéthiques de 2004 établissent une présomption de donation, chaque personne est présumée donneuse tant qu’elle ne s’est pas prononcée contre. « La loi se voulait généreuse, elle dit que celui qui ne fait pas connaître son refus sur le régime des refus est prélevable. Mais, ainsi, beaucoup de gens pensent qu’il n’y a pas besoin de motiver leur volonté d’être prélevable, explique René Vallarino, président de l’ADOT 05. Sauf que l’on oublie que la loi dit qu’avant d’être prélevé, les médecins doivent consulter la famille pour savoir si l’intéressé n’était pas contre. Dans 99% des cas, elle n’en sait rien ! La famille est tellement sous le choc des morts violentes, qu’elle préfère, dans le doute, dire non. »

    Chaque personne peut manifester sa volonté de donner ou non en cas de décès, en le disant à ses proches ou en laissant une preuve écrite. La pédagogie et le dialogue au sein des familles et des groupes d’amis sont essentiels pour que chaque choix puisse se faire de façon éclairée, et d’éviter ainsi les « refus par défaut », qui se multiplient. René Vallarino rapporte que le taux de refus au don d’organe est monté à 37% en 2025, contre 28% en 2020. « Une hausse aussi due à une défiance qui a augmenté avec le Covid », reconnaît Marion Berthé. Face à cela, la visibilisation et la prévention restent le meilleur outil des soignants pour faire avancer la cause, essentielle pour sauver des vies. On estime qu’un seul donneur peut sauver jusqu’à sept patients en attente de greffe.

  • En colère contre la baisse des subventions des associations

    En colère contre la baisse des subventions des associations

    Cette mesure risque à terme de faire disparaître certaines associations et va porter un coup fatal à l’âme de notre village » : l’argument du collectif d’associations qui appelait dimanche à se rassembler sur le marché pour dénoncer la baisse des subventions attribuées aux associations décidées lors du dernier conseil municipal.

    Quelque 250 personnes ont répondu à l’appel, sachant que la pétition qui demande au maire de revoir sa copie a déjà rassemblé près de 900 signatures dans un village qui compte 1 700 habitants. « Rien ne justifie une coupe de 35%, soit 15 000 euros dans un budget de 2 millions d’euros. La commune à un endettement très faible, une situation financière saine », dénonce un participant. Un autre souligne que les associations culturelles sont prioritairement touchées. Et de demander une table ronde rassemblant élus, associations et population pour une réflexion collective. Les élus de l’opposition Simonne Chagniard, Marion Andlauer, Kamal Lorenzo, Florent Mongin participaient à la manifestation.

  • Un dialogue constructif en faveur du logement social

    Un dialogue constructif en faveur du logement social

    Après le psychodrame auquel on est coutumier dans le Var dès qu’il s’agit de faire preuve de fermeté envers les élus afin de leur faire appliquer la loi, la droite faisant corps et sortant les mouchoirs face à ce qu’elle estime être une injustice, la présidente de la Métropole, Josée Massi (SE), a joué, au contraire, la carte de l’apaisement et du dialogue, en bonne intelligence, consciente de la nécessité de créer des logements sociaux.

    Rappels des faits. Depuis la présentation, début juin, par le préfet de sa stratégie pour augmenter la production de logements sociaux dans le département afin de répondre aux besoins de la population, les réactions d’hostilité se sont multipliées.

    La déclaration du représentant de l’État visait à rappeler à tous ceux qui continuent de traîner les pieds qu’il a la possibilité de prendre la main sur la délivrance des permis de construire en cas de persistance d’une mauvaise volonté manifeste. Dans le viseur figurait déjà le maire de Carqueiranne, Arnaud Latil. La commune est passée de 4,82% en 2002 à 5,56% de logements sociaux en 2023, soit une progression de 0,72% en vingt ans. Et son premier magistrat, en poste depuis 2020, est loin d’avoir démontré un changement de cap.

    Comme annoncé, le préfet a donc autorisé la construction d’un programme immobilier de 171 logements en centre-ville. Le maire, hors la loi, dénonce un passage en force, jugeant le projet « prématuré, dangereux et inadapté », et restant campé sur ses positions.

    « Après toute cette agitation, il semble que la raison soit à l’ordre du jour sous l’égide de la Métropole et de sa présidente, Josée Massi, et qu’un compromis puisse intervenir », se félicitait, en fin de semaine dernière, le militant logement Jean-Paul Jambon, refusant de croire qu’il ne se réalise pas après les ajustements apportés.

    Le permis de construire signé manu militari par le préfet indiquait en effet un total de 171 logements, dont 54 sociaux, alors que la proposition qui semble se dessiner entre la commune, la Métropole et Cogedim (le promoteur) porterait plutôt sur 134 logements, dont toujours 54 sociaux. Soit un bâti moins volumineux, sans réduire la production de logements abordables.

    Josée Massi ouvre en outre la porte à la possibilité pour la Métropole et la commune de « mettre la main à la poche » afin de soutenir la faisabilité économique du projet remodelé.

    « Je rappelle que les investissements par les communes visant à aider à la réalisation des logements sociaux sont déductibles des prélèvements imputés aux communes pour carence », ajoute Jean-Paul Jambon, en pointant que, compte tenu des prélèvements subis par la Ville de Carqueiranne, il était préférable que ces sommes soient réinvesties sur le territoire, dans l’intérêt des habitants de Carqueiranne en attente d’un logement social, qui sont environ 260. Et d’insister : « C’est donc, à notre sens, un bon compromis, que nous saluons et dont on peut espérer l’aboutissement. »

    Reste maintenant à chacun de faire sa part pour l’intérêt général.

  • L’histoire mise en scène pour sauver la bastide Marin à La Ciotat

    L’histoire mise en scène pour sauver la bastide Marin à La Ciotat

    Les navigateurs au long cours et les riches commerçants qui ont fait vivre la bastide pendant près d’un demi-siècle reviennent à La Ciotat avec le spectacle « Révélations ». « Nous avons fait le pari de faire un dîner spectacle sur plusieurs époques, pour raconter la ville au fil des siècles », raconte Mireille Benedetti, présidente de l’association.

    Au programme : plusieurs scènes d’une dizaine de minutes, entrecoupant le repas, et retraçant le passé de La Ciotat, de l’époque médiévale aux années folles. « On part de la grande histoire pour arriver à l’histoire locale et on révèle de petits secrets, toujours en lien avec la bastide. » Issu du livre du même nom publié l’année dernière par Mireille Benedetti, le spectacle se veut participatif et convivial. « Ce sont les acteurs qui font le service. On joue avec les gens, on sert de l’hypocras, un vin médiéval, pour qu’ils se sentent vraiment dans cette époque. »

    Sur scène, une cinquantaine de comédiens, également membres de l’association, font vivre le patrimoine historique de La Ciotat. « On va parler de la peste, du chantier naval, de l’installation de la gare dans la ville. L’idée, c’est de montrer que toute l’histoire est liée. »

    Fil rouge

    Cette représentation sera suivie d’autres événements, qui courront tout au long de l’été. Pour Mireille Benedetti, il a toujours été question de restaurer la bastide Marin afin de préserver l’histoire de la ville. « On a décidé de sauver et de sauvegarder, par la culture, ce patrimoine qui était à l’abandon, précise-t-elle. Tous les bénéfices de nos spectacles servent à rénover la bastide. »

    Depuis plus de 20 ans, l’association agit avec une conviction : « On ne peut pas transmettre et protéger ce que l’on ne connaît pas. » Tous les spectacles, construits à partir de recherches historiques, se veulent ainsi très pédagogiques.

    La transmission passe aussi par les enfants, invités à découvrir l’histoire locale à travers des ateliers. « On leur explique comment les enfants vivaient il y a longtemps. Mon concept, c’est la culture pour tous et avec tous. »

    À La Ciotat, nombreux sont ceux qui s’associent au projet. « Les costumes sont faits avec de la récupération, des rideaux, des draps (…). On incarne l’histoire pour la rendre vivante. » Une mobilisation particulièrement visible depuis l’incendie qui a touché la bastide, en 2020. « Les habitants ont organisé des ateliers couture pour nous refaire des costumes. »

    « À chaque fois qu’on a eu le genou à terre, des gens nous ont aidés », affirme Mireille Benedetti. Grâce à ce soutien, l’association peut poursuivre son travail de sauvegarde et de transmission du patrimoine local, à travers ses spectacles.

  • Baptême de plongée pour des personnes en situation de handicap

    Baptême de plongée pour des personnes en situation de handicap

    Ils se sont jetés à l’eau. Samedi, 23 personnes en situation de handicap, pris en charge dans différentes structures régies par l’association Phar 83, ont participé à un baptême de plongée dans la piscine de l’établissement d’accueil médicalisé le Siou Blanc. Une initiative du Département, pilotée par le Comité départemental Études et Sports Sous-Marins (CD FFESSM 83), avec son programme « Handisub », qui vise à rendre les sports subaquatiques accessibles aux personnes en situation de handicap.

    Plongée en mer le 9 juillet

    Durant toute la matinée, les participants ont été encadrés individuellement, pendant 10 à 15 minutes chacun, par des moniteurs formés à l’accueil de ce type de public. L’objectif était avant tout de « prendre du plaisir », assure Christophe Arciero, référent départemental « Handisub ». L’initiative va un peu plus loin : « Au début, les établissements sont toujours un peu réticents parce qu’ils pensent que certains n’y arriveront pas. Et puis ils découvrent que le champ des possibles est énorme. » Il en va de même pour les bénéficiaires, « parfois un peu stressés au début et qui repartent avec une banane jusqu’aux oreilles ».

    Une première étape pour une dizaine d’entre eux, qui auront l’occasion de participer à une journée de plongée en mer, le 9 juillet, à Hyères. Une action qui s’inscrit dans « l’objectif du conseil départemental du Var, dans sa politique de sport de pleine nature, de rendre accessible la pratique sportive à tous, dont les personnes en situation de handicap », explique Coralie Aubert, du service activités et sports de pleine nature. D’autres initiations sportives leur seront d’ailleurs proposées en septembre et en octobre.

  • Briser le silence autour du don d’organes

    Briser le silence autour du don d’organes

    Dans le bassin aixois, on recense toujours 30% de refus de don d’organes. En France pourtant, « tout le monde est considéré comme donneur d’organe, souligne le docteur Laurent Lefebvre. Dans notre pays, on demande aux familles s’il y a eu une opposition du défunt au cours de sa vie. Si la famille ne reflète pas d’opposition, alors on part sur une procédure de don d’organe. »

    À l’hôpital d’Aix-en-Provence Pertuis (CHAPP),à l’occasion de la Journée nationale du don d’organes ce lundi, médecins et bénévoles d’associations ont tenu un stand pour lever les tabous et combattre les méconnaissances autour de cette démarche. L’établissement, déjà agréé pour les prélèvements d’organes, devient aussi « Ambassadeur du don d’organes » et concrétise ce label en cosignant une charte avec l’association Espoir 13. « Ce n’est pas un titre, mais l’engagement de faire vivre la culture du don », rappelle Maryse Blangero, cofondatrice d’Espoir 13.

    Du côté de la direction, le label permet de « relancer » les équipes, qui viennent de connaître des changements. Mais surtout « de nous motiver, d’être plus responsables, plus engagés dans le don d’organe », estime Francis Saint-Hubert, directeur de l’hôpital. Car le sujet reste crucial. « On a progressé depuis une dizaine d’années. Mais il en manque tout le temps [des dons]. Les listes d’attente dépassent le nombre de donneurs. On a chaque année des patients qui décèdent faute de greffe », pointe Malika Valenza, cadre de santé au sein de l’unité de réanimation. « Je ne pense pas que le don d’organe soit tabou, mais les gens ne parlent pas de la mort, donc n’évoquent pas cette possibilité-là. Il y a donc un manque de communication à ce sujet. Il faut en parler spontanément », encourage le docteur Annabelle Hamon, de la coordination du don d’organe.

  • Se baigner dans le canal de Marseille, la mauvaise idée de l’été

    Se baigner dans le canal de Marseille, la mauvaise idée de l’été

    « À l’aide, je suis tombé ! » Visiblement en difficulté, un homme se débat dans le canal de Marseille… Pour de faux. Alors que la canicule s’est abattue sur la ville, la Société des eaux de Marseille métropole (SEMM) et les marins pompiers ont organisé, ce lundi 22 juin, un exercice de sauvetage dans le quartier des Olives (13e). Là, passe une eau fraîche venue de la Durance, où s’ébattent libellules et poissons, qui peut faire envie sous le cagnard.

    « Nous sommes là pour expliquer que c’est dangereux », recadre Dimitri Migraine, chef du service adduction à la SEMM, en charge du canal et des barrages. Le site est pourtant fermé par un portail, entouré d’un solide grillage, une caméra a été installée et des lignes d’eau permettent de se rattraper et d’atteindre une échelle. Mais, près des habitations, certains peuvent tenter le diable. Or, « le courant, à raison d’un mètre seconde, et l’installation que vous voyez là au bout, un syphon qui passe sous la route », peut rendre l’expédition mortelle, poursuit Dimitri Migraine.

    La profondeur, pouvant atteindre 2 mètres par endroits, ainsi que les parois construites en forme de « V », compliquent aussi la remontée sur les berges. Le long des 97 km de canal dont elle a la charge, de La Savine à La Ciotat, la SEMM a pris le problème à bras-le-corps. Avec même des vigiles embauchés pour l’été sur 4 km environ, précise Emmanuel Guiol, directeur adjoint de l’exploitation.

    Dix noyades en 30 ans

    « L’été, c’est vrai, on se baignait minots, mais on faisait attention, on y allait quand il y avait de l’eau jusqu’à la taille » commente un voisin, maçon à la retraite, qui a contribué à l’entretien de l’ouvrage.

    Sur les 30 dernières années, « on relève une dizaine de noyades », ajoute le maître principal Jérôme, adjudant de la section interventions aquatiques chez les marins-pompiers. Une section qui compte 140 sauveteurs répartis sur cinq casernes. Son intervention la plus marquante reste celle « dans les bassins de Legré Mante », nous confie-t-il.

    Dans l’eau, ses trois hommes sont concentrés. « Deux mètres, un mètre… » L’un d’entre eux indique à celui qui tient la victime la distance qui lui reste avant d’atteindre les flotteurs. Il faut « la calmer, la rassurer et la guider », résume l’adjudant. Celle du jour s’en sort, évidemment. Le mieux restant évidemment de respecter les consignes…

    Infos sur le site
    eaudemarseille-metropole.fr

    « Le courant
    est d’un mètre seconde,
    c’est énorme »

  • Marseille met en lumière l’héritage de l’historien Marc Bloch

    Marseille met en lumière l’héritage de l’historien Marc Bloch

    « Ce qui est nouveau, c’est la manière d’appréhender la production du savoir historique, non plus comme un récit qui reconstitue l’enchaînement chronologique des événements, mais comme le moyen de comprendre le fonctionnement des sociétés passées pour comprendre le changement social. » C’est par ces mots que Laure Verdon, maîtresse de conférences en histoire médiévale à Aix-Marseille Université a décrit l’apport majeur de Marc Bloch lors de la conférence organisée le 4 juin aux Rotatives de La Marseillaise par l’association Coudes-à-Coudes.

    Premier historien de profession à entrer au Panthéon, Marc Bloch a profondément renouvelé la discipline, ont rappelé Laure Verdon et Julien Loiseau, professeur d’histoire médiéviste à Aix-Marseille Université. Pour Laure Verdon, il est « de ceux qui ont défini les règles du métier d’historien ». L’écriture de l’histoire n’était pas pour lui « simplement un passe-temps ou un exercice d’érudition », mais « un véritable travail » révélant « l’utilité sociale de ce qu’est l’histoire et de ce qu’est le métier d’historien ».

    Dans une lettre adressée à son fils Étienne en 1940, il écrit : « Le métier d’historien (…) est un beau métier (…), mais c’est un métier difficile (…), il exige beaucoup de travail, de connaissances diverses, et une réelle force intellectuelle. »

    Fondateur avec Lucien Febvre de l’École des Annales, Marc Bloch rompt avec une histoire purement chronologique pour construire ce qui est appelé « l’histoire-problème ». Comprendre les sociétés plutôt que raconter les faits, croiser les apports de la géographie, la sociologie, l’économie ou la psychologie, sa méthode révolutionne durablement la recherche historique.

    Mais, pour Julien Loiseau, l’œuvre de Marc Bloch ne peut être dissociée de sa vie. « C’est cette profonde cohérence entre la vie et l’œuvre » qui frappe encore aujourd’hui. « Marc Bloch fait l’expérience de l’Histoire et quand il écrit l’Histoire, il s’appuie sur son expérience », notamment celle de la Première Guerre mondiale.

    Cette cohérence éclaire aussi son engagement dans la Résistance. Citant l’historien Patrick Boucheron, Julien Loiseau rappelle que « Marc Bloch estimait que le métier d’historien n’éloignait nullement de la vie », mais renforçait « une double responsabilité à l’égard du passé comme à l’égard du présent ». Une conception du métier qui fait dire à l’historien que « c’est en cela que l’histoire est une résistance ».

    Quatre-vingt-deux ans après son exécution par la Gestapo, c’est donc autant le résistant que l’historien qui entre au Panthéon. Un homme qui souhaitait voir gravé sur sa tombe : « Il n’a chéri que la vérité. »

  • Plongée dans le bazar des 182 box du Marché du Soleil

    Plongée dans le bazar des 182 box du Marché du Soleil

    La plongée judiciaire dans ce haut lieu marseillais de la contrefaçon s’avère difficile. Dès les premières questions, les mémoires s’effilochent à la barre, tout devient flou, confus, magmatique. Il faut au président Adrien Fauchier Delavigne la ressource des PV de garde à vue et des écoutes pour éclairer sur la « gestion opaque et désorganisée » des baux et sous baux des 182 cellules commerciales du Marché du Soleil, dont la grande majorité vendait des produits contrefaits, parfois réalisés sur place.

    « Tu enlèves les contrefaçons, il n’y a personne qui rentre au Marché du Soleil ! Sur 180 box il y en a 20 qui n’en vendent pas. La vente de contrefaçons a explosé en 2016-2017. Tout le monde s’est mis à en vendre », relate Abdelmalek Es Saddouki, gardien depuis 2011, qui nie avoir tenté de corrompre un douanier le 5 mai 2025. Le gabelou est formel : « Il m’a demandé de ne pas contrôler le camion et a spontanément proposé de l’argent à plusieurs reprises. “Tu veux combien ?” “Si tu ne veux pas pour toi, prends pour tes enfants”. »

    Les chiffres de l’Office national anti-fraude parlent. En 2024, 24 711 articles de contrefaçon ont été saisis dans 12 box différents, pour une valeur de 2 016 000 euros. Sur les sept premiers mois de 2025, 19 939 articles de contrefaçon saisis dans quatre box différents et les parties communes du 1er étage pour 5 190 000 euros. Depuis 2023, ce sont 47 348 articles saisis de plus de 26 marques contrefaites pour une valeur totale de 7 698 000 euros. Le chiffre d’affaires global annuel du Marché du Soleil, estimé en valeur haute par les Douanes en prenant un ratio de 80% de box proposant des contrefaçons et un chiffre d’affaires de 800 euros par jour, pourrait s’élever jusqu’à 31,5 millions d’euros.

    Second gardien depuis trente ans et collecteur des loyers pour Georges Dahan, 81 ans, le propriétaire du marché, Abdelhamid Djermoune conteste tout : « Ce sont des ragots. On est impuissant avec Dahan à lutter contre la contrefaçon. » Même s’il dit en acheter pour ses frères en Algérie : « Au début, on fermait les magasins et on a pris des coups. J’ai déposé deux plaintes. Je suis menacé. Quand j’ai coupé l’électricité à des commerçants une dizaine de fois, on m’a agressé, frappé et cassé ma voiture. Il n’y a pas de solution, sauf fermer le Marché. » Il rame pour expliquer l’écoute dans laquelle il parle avec Georges Dahan de « l’argent noir » des loyers perçus, 99% en espèces.

    Aucun vendeur ne figure parmi les 18 prévenus, dont trois sociétés. La plupart ne sont pas déclarés, sont sans papiers et payés de 30 à 60 euros par jour. Interrogé sur sa cargaison de 1 000 paires de fausses Nike TN, l’un d’eux expliquait aux enquêteurs : « Je vends tout le temps 35 euros. C’est pour les pauvres qui ne peuvent pas se payer des baskets à 200 euros. À 95%, mes fournisseurs se trouvent en Turquie. » Il s’approvisionne à Clignancourt ou Aubervilliers et paye cash la marchandise.

    Beaucoup regardent Leïla Hireche, 56 ans, la gestionnaire au quotidien du marché depuis 2022, comme un personnage central du système, celle qui attribue les box, celle qui appelle des policiers municipaux pour les mauvais payeurs. « Lorsqu’elle appelle les policiers, ils viennent et ils font ce qu’elle demande : mettre la pression ». « C’est une mafieuse. Même la DZ Mafia ne fait pas ça. Elle a fermé des magasins aux gens », accuse un commerçant. « Elle fait ce qu’elle veut car c’est elle aussi qui fait les papiers pour les sous-locations, elle gère tout », a dit aux enquêteurs Haouari Abed Boumediene, président de l’association des commerçants, qui ajoute : « Georges Dahan, c’est le propriétaire du Marché du Soleil. Lui, tant que l’oseille rentre, il en a rien à foutre, il fait totalement confiance à Leïla. Et avec tout le respect que je vous dois, elle tient les 300 commerçants par les couilles. »

    « Je ne vais pas contrôler ce qu’il y a dans chaque carton. » « Ce n’est pas à nous de contrôler d’où vient l’argent et ce que font les locataires, réplique Leïla Hireche. On n’a aucune relation avec la contrefaçon. On galère pour se faire payer. La société a 700 000 euros de dettes de loyers. »