Category: societe

  • À Aix, les robes noires aussi en colère

    À Aix, les robes noires aussi en colère

    « On nous présente cette réforme comme une modernisation. En réalité, c’est une justice plus rapide, toujours plus de rendements, de statistiques, toujours moins de garanties. Or, la justice n’est pas une usine », a notamment dénoncé Me Xavier Pietra, bâtonnier du barreau d’Aix-en-Provence.

  • [Entretien] Anne-Cécile Dubois : « La justice souffre d’un manque de moyens »

    [Entretien] Anne-Cécile Dubois : « La justice souffre d’un manque de moyens »

    La Marseillaise : Pourquoi étiez-vous mobilisée, lundi, contre le projet de loi sur la justice criminelle ?

    Anne-Cécile Dubois : Même si le garde des Sceaux a retiré son article phare, qui n’est autre que le plaider-coupable criminel, il reste quand même neuf autres articles qui sont une catastrophe pour les droits de la défense, y compris pour les victimes. Ce texte porte atteinte à la présomption d’innocence et va à l’encontre de nos principes essentiels qui fondent notre droit. Avec, entre autres, le SAS de détention et toutes les nullités qui seront purgées si on ne le fait pas dans le délai, qui, du reste est raccourci. C’est vraiment bafouer l’État de droit. Comme d’habitude, alors que la justice souffre d’un manque de moyens, tant humain que financier, on essaye de cacher la poussière sous le tapis en disant « regardez ce que nous allons faire, ça ira beaucoup plus vite, ce sera bien mieux et plus efficace », mais il n’y a pas plus de magistrats ni de greffiers.

    Est-ce une question de moyens ?

    A.-C.D. : On a le même nombre de magistrats qu’au siècle passé ! Sauf qu’en 1915, on n’était pas 68 millions d’habitants. C’est un problème de moyens, les juridictions souffrent. Ils souhaitent une justice rapide, sans avoir les moyens de cette rapidité. C’est comme le choc carcéral, l’idée première était que même les courtes peines devaient être effectives et effectuées. Un prévenu est condamné, il a 15 jours de prison et directement il est incarcéré. Mais il n’y a pas de place en prison ! On est à un taux d’occupation de 180% à Avignon avec des matelas par terre sous 39 degrés. Il faut cinq à six ans pour former un magistrat. Les greffiers, c’est du même acabit. L’administration pénitentiaire, c’est pareil. Même si on avait les structures, de toute façon, on n’aurait pas les moyens humains.

    Exigez-vous le retrait du texte ?

    A.-C.D. : Le retrait pur et simple. Il n’y a pas de négociation. Je ne vois pas comment on pourrait faire autrement. On est désormais dans une justice de flux. Sauf que là, on ne parle pas de boîtes de conserve, mais d’êtres humains. Il faut du temps pour la justice, pour un procès, surtout pénal. Tant pour les prévenus ou accusés – si on est devant une cour d’assises ou une cour criminelle départementale (CCD) – que pour les victimes, ça a un vraiment une fonction cathartique.

  • À Gap, un collectif pour la loi intégrale s’organise

    À Gap, un collectif pour la loi intégrale s’organise

    « Collectif pour une loi intégrale » : tel sera le nom de ce groupe citoyen, né de la mobilisation hebdomadaire organisée devant le palais de justice de Gap, en hommage à la jeune Lyhanna, assassinée fin mai, ainsi qu’à toutes les femmes et tous les enfants victimes de violences sexuelles.

    « Lundi dernier, nous avons pris la décision de nous constituer en collectif. Pour faire passer notre message dans les médias et poursuivre notre action de plaidoyer, il fallait que nous soyons plusieurs et que chacun puisse prendre sa part dans cette mobilisation », explique Madeleine, l’une des initiatrices du mouvement. Constituer un collectif permet aussi de déposer des demandes de manifestation auprès des autorités.

    Lors des rassemblements, les participants ne défendent pas forcément les mêmes réponses politiques au problème. Afin de définir ce qui les rassemble malgré leurs divergences, les membres du collectif prévoient la rédaction d’une charte. « S’il y a des divergences politiques, on est tous d’accord pour le soutien à la loi intégrale », affirme Lisa. « Pas plus, pas moins », complète Xavier.

    Pour le groupe, l’essentiel est de maintenir la mobilisation en faveur de l’adoption de cette loi. « Comme la loi a été inscrite pour être votée en septembre, des gens vont peut-être se dire “ça y est c’est gagné”, il faut donc rester mobilisé, être en surveillance », affirme Madeleine.

    Xavier ajoute : « Sébastien Lecornu, Premier ministre, a dit qu’ils allaient la présenter, mais hachurée, avec seulement 78 des 140 mesures initialement proposées. Et là-dedans, huit dépendraient de l’équilibre budgétaire. Cela montre bien que la mobilisation doit rester constante. Quand on voit la façon dont les arbitrages budgétaires sont parfois rendus par le gouvernement, cela suscite de grosses inquiétudes. Le texte ferait passer le budget en la matière de 12 millions actuellement à 3 milliards, on se demande comment ils vont arbitrer. »

    Une charte est en cours d’élaboration

    Pour le moment, Madeleine affirme n’avoir eu « aucune réponse » des associations locales concernées par les questions de violences faites aux femmes et aux enfants. Selon les membres du collectif, leur objectif est donc aussi de combler un manque de mobilisation locale sur ces sujets.

  • Préfecture et Sdis mettent les bouchées doubles contre les feux

    Préfecture et Sdis mettent les bouchées doubles contre les feux

    « Notre département compte 470 000 hectares de forêt, soit un taux de boisement de 60%. Cette richesse est vulnérable. L’année 2025 a marqué une aggravation sensible du risque avec 196 incendies recensés, contre 120 en 2024. Et depuis le 1er janvier 2026, dix feux ont déjà été déclarés, sans compter ceux de ce week-end », a rappelé, lundi, la directrice de cabinet de la préfète, Fabienne Monmarson, avant de présenter le dispositif de prévention et de lutte contre les feux de forêt aux côtés du Sdis. « Notre climat devient plus sec et chaud chaque année », a complété Jean-Claude Castel, président du Sdis 04.

    « Les premières patrouilles ont été mises en œuvre dès ce matin, compte tenu du niveau de danger et de l’analyse qui a été faite hier soir », a annoncé le colonel Sylvain Besson, directeur départemental du Sdis. Il estime que « deux feux sur trois pourraient être évités » dans le département, entre « jets de mégots et travaux réalisés dans de mauvaises conditions ».

    Les pompiers ont ensuite mis en œuvre une démonstration d’intervention sur un feu en temps réel, à Cruis, sur la montagne de Lure, particulièrement sujette aux incendies. Ce sont les patrouilles de l’ONF qui sont les premières à intervenir sur le terrain, avant de passer le relais aux pompiers, qui ont des véhicules avec une capacité de stockage d’eau plus importante et des tuyaux beaucoup plus longs. Des renforts aériens peuvent également être demandés. Pendant ce temps-là, au poste de commandement, un tableau recense les victimes et les personnes confinées identifiées.

    Des drones équipés d’intelligence artificielle et de caméras thermiques permettent d’identifier des départs de feu et des points chauds résiduels parfois invisibles à l’œil nu, car enfouis à 20 ou 30 centimètres sous terre. Les pompiers peuvent donner des instructions très précises aux drones, comme trouver un véhicule d’une couleur bien précise, comptabiliser les piétons ou les voitures de manière automatique. Le drone mesure l’intensité et la température du feu en temps réel. Il envoie les coordonnées GPS précises du feu aux patrouilles, ce qui peut leur faire gagner 20 ou 30 minutes dans des secteurs difficiles d’accès. « L’usage de drones permet aujourd’hui d’envisager des solutions techniques pour détecter encore plus rapidement ces départs de feu », résume le colonel Besson. Ces dispositifs de la société toulousaine Menaps, surnommés Fire Eagle, seront expérimentés dans le département cet été.

    Les gendarmes interviennent ensuite sur place pour investiguer et trouver la cause du départ de feu. Ils cherchent à identifier le sens de propagation et cherchent des traces d’hydrocarbures. Ils grattent le sol et inspectent tout sur leur passage : végétation, insectes, escargots ou encore tissus imbibés d’hydrocarbures.

    Les pompiers de Manosque ont par ailleurs fait l’acquisition, il y a quinze jours, d’un véhicule « nouvelle génération avec près de 10 tonnes de charge pour la lutte » contre le feu.

    « Neuf feux sur dix d’origine humaine »

    « Neuf feux sur dix sont d’origine humaine, dont la moitié est liée à l’imprudence. Plus préoccupant encore, la malveillance est en forte progression et a représenté 16% des départs de feu en 2025. Les investigations de la gendarmerie, notamment par l’exploitation des indices et de la vidéoprotection à Forcalquier et à Riez, ont permis d’identifier et d’interpeller des auteurs. Tout acte de mise en feu volontaire sera recherché, identifié et poursuivi », a martelé Fabienne Monmarson.

    « Débroussailler dans un rayon de 50 mètres autour des habitations situées à proximité des massifs n’est pas qu’une obligation réglementaire. C’est le geste vital pour protéger sa famille et ses voisins », a rappelé la sous-préfète.

    Dans le département, ce sont les zones autour de Manosque et de Valensole qui sont les plus à risque.

  • À Aubagne, la cohésion sociale au cœur des projets du Charrel

    À Aubagne, la cohésion sociale au cœur des projets du Charrel

    Alors qu’un appel à projets a été lancé le 18 juin dans le cadre du Contrat de Ville – dispositif alliant l’État et les collectivités territoriales et cherchant à améliorer la cohésion sociale, l’insertion professionnelle et le cadre de vie dans les quartiers prioritaires – plusieurs rencontres sont prévues entre habitants, acteurs associatifs et représentants institutionnels pour identifier les besoins concrets des territoires concernés.

    Lundi matin, c’est dans la maison de quartier du Charrel, seul quartier prioritaire d’Aubagne, qu’associations et collectivités se sont réunies pour échanger sur les actions susceptibles d’être mises en place dans le secteur. « On entre dans la phase de coconstruction, qui correspond à la suite de l’appel à projets, explique Karim Bentahar, chargé de mission politique de la Ville d’Aubagne. On va dans chaque quartier [concerné par le Contrat de ville, Ndlr] pour reconstruire avec les habitants et les associations la future programmation de 2027. Ce matin, nous étions au Charrel, cet après-midi, nous serons en centre-ville et mercredi matin à la Tourtelle [qui entre dans des poches de précarité, Ndlr]. »

    L’objectif du représentant de la Ville est également d’évaluer les niveaux de subventions à accorder aux différentes associations, en fonction des besoins identifiés.

    Au cœur des échanges de la matinée : la volonté d’adapter l’offre associative afin d’inciter les résidents à davantage vivre leur quartier. « Nous sommes passés par des périodes où un sentiment d’insécurité a poussé les habitants du quartier à se replier chez eux », juge Miguel Nosibor, installé au Charrel depuis 30 ans et fondateur de la compagnie En phase, association culturelle imaginée pour créer du lien social grâce à la danse hip-hop. « Mais je constate, depuis un certain temps, que les familles s’emparent de nouveau des espaces communs. Les questions à se poser sont les suivantes : qu’est-ce qui a permis ça ? Comment faire grandir cette dynamique et s’assurer qu’elle ne retombe pas ? »

    Parmi les solutions envisagées : renforcer la présence des associations afin de créer, avec les habitants, une relation de confiance durable. « La base de tout est le lien que l’on arrive à établir avec les habitants », insiste une représentante de l’École des parents et des éducateurs (EPE) 13, structure d’éducation populaire au service des parents, des jeunes, des familles. « Sur tous les quartiers où l’on intervient, c’est un travail de longue haleine. Il faut être patients et occuper l’espace, déambuler dans le quartier et poser des tables en pied d’immeuble. »

    « Il ne faut pas les décevoir »

    Réfléchir aux méthodes qui permettent de « rencontrer un quartier », c’est ce pour quoi ont plaidé de nombreux participants. L’une des clés réside, selon Slimane Boughanemi, directeur de Contact Club, une association de prévention accompagnant les jeunes et les familles, dans la mise en place d’actions concrètes répondant aux premières demandes exprimées. « La semaine dernière, on a pu rencontrer une cinquantaine de jeunes. C’était un vrai plaisir car on a pu recueillir des demandes concrètes. Il y a une véritable dynamique sur le territoire que je n’observe pas ailleurs. Mais il ne faut pas les décevoir, car s’ils se prennent un mur, nous perdrons le lien », souligne-t-il.

  • Sensibiliser les festivaliers à la santé des femmes

    Sensibiliser les festivaliers à la santé des femmes

    Bingo des règles, quiz sur les stéréotypes liés aux menstruations, cartographie des appareils génitaux, présentation du violentomètre… Au festival Marsatac les 12, 13 et 14 juin derniers, la mutuelle marseillaise Solimut, en partenariat avec l’association Règles élémentaires, a sensibilisé les festivaliers aux différents enjeux autour de la santé des femmes et son inégal accès. Un stand qui se tiendra aussi du 23 au 26 juillet, lors du Delta Festival.

    « L’idée est de faire de la prévention autour de la santé menstruelle avec des activités un peu ludiques », explique Florence Lépine, responsable de l’antenne Paca de l’association Règles élémentaires. L’association, créée en 2016 pour l’égalité, l’éducation et la justice menstruelle, participe pour la première fois à un stand de prévention aux côtés de Solimut. L’objectif est également de rediriger des personnes vers des associations de référence sur d’éventuelles pathologies ou des troubles liés aux règles.

    Inégal accès à la santé

    Si la thématique de la santé menstruelle est centrale, le stand de sensibilisation de Solimut permet également d’aborder le sujet plus large de la santé des femmes. « à Marsatac, avec le violentomètre [outil permettant de mesurer le degré de violence] on a pu voir que tout le monde n’a pas la même échelle de valeurs sur les violences ce qui a permis de discuter et d’ouvrir la discussion à ce sujet », relate Magali Planas, coordinatrice prévention et promotion de la santé chez Solimut.

    La mutuelle a également distribué un questionnaire sur les inégalités genrées de la prise en charge médicale, et en particulier des maladies cardiovasculaires. De nombreuses études montrent en effet que les infarctus sont moins bien pris en charge chez les femmes que chez les hommes, car les symptômes les plus connus sont moins fréquents chez les femmes.

    Sensibiliser les plus jeunes

    Un travail de sensibilisation des festivaliers important pour Solimut. « Si on vient dans ces deux festivals, c’est parce qu’il y a un public cible : ce sont des jeunes », soutient Pierre Méry, vice-président de Solimut Mutuelle France. Ce dont témoigne Florence Lépine : « on a pu échanger avec pas mal de préados ou d’ados qui avaient très peu de connaissances sur les règles. »

    Des stands de préventions sur les inégalités entre hommes et femmes au niveau de la santé qui s’inscrivent dans une ambition plus large de la part de la mutuelle. « Ces actions sont la continuité de notre approche politique et féministe de la santé », affirme Pierre Méry, vice-président de Solimut Mutuelle France.

    Déjà au niveau de leur structure, Soli mut a mis en place « l’arrêt menstruel », qui permet aux femmes souffrant de règles particulièrement douloureuses de bénéficier de jours de repos. Mis en place l’année dernière, la société a été accompagnée pour cela par l’association Règles élémentaires. « C’est une mesure qui fonctionne bien pour les personnes qui en ont besoin, mais aussi avec les managers, car il y a eu un bon accompagnement », se félicite Pierre Méry qui ajoute cependant « même si on peut sans doute progresser ». Une expérimentation d’autant plus importante qu’elle pourra servir d’exemple pour élargir le dispositif au niveau national. « ça nous permet d’avoir des exemples concrets et qui fonctionnent pour porter des plaidoyers », explique la responsable de l’antenne Paca de l’association Règles élémentaires.

    Un engagement politique et féministe en lien avec le rôle social que veut porter Soli Mut pour « agir sur les inégalités d’accès et sur la santé des femmes », rappelle Pierre Méry.

    « Ces actions sont la continuité de notre approche politique
    et féministe
    de la santé »

  • Une instance de suivi sur l’éolien offshore

    Une instance de suivi sur l’éolien offshore

    Les pales des trois immenses éoliennes de la ferme pilote « Provence grand large » sont visibles depuis la côte Saint-Louisienne. À l’horizon 2032, 12 à 19 nouvelles infrastructures flottantes seront mises en service un peu plus loin, à 25 km du rivage, pour une puissance installée comprise entre 230 MW et 280 MW, l’équivalent de la consommation électrique annuelle de 450 000 habitants. C’est donc naturellement que les pouvoirs publics ont choisi la commune rhodanienne pour l’installation de l’Instance de concertation et de suivi de ce projet, ce lundi 29 juin. En décembre 2024, la société « Éoliennes Méditerranée Grand Large » a remporté l’appel d’offres n°6 pour assurer la conception, la construction et l’exploitation du premier parc commercial flottant de Méditerranée.

    Le maire, Martial Alvarez (DVD), souligne : « Nous sommes alignés sur la volonté d’accompagner cette nouvelle filière (…) pour assurer la souveraineté énergétique de la nation, mais nous sommes attachés à ce que puissent être mises en place des compensations. (…) On est sur un périmètre où on peut se dire : on nous a déjà préempté la terre avec la plus grosse zone industrialo-portuaire d’Europe, on est en train de nous enlever la mer, qu’est-ce qui va nous rester ? » Avec un enjeu particulier : celui de la pêche, qui représenterait localement entre 100 et 300 emplois. Un comité de liaison a été mis en place par EDF Power solutions pour « construire, anticiper les travaux et partager les résultats des études d’impacts » avec les acteurs du secteur.

    Chargée de projet, Amélie Cuba assure que l’énergéticien a à cœur de « travailler avec des acteurs du territoire sur des thématiques transverses, parce qu’on est sur des projets qui sont à l’interface en lien avec la question de la biodiversité, du tourisme, de l’emploi ». Dans le budget global d’un milliard d’euros environ, 5 millions d’euros seront alloués à ces actions. La filiale renouvelable d’EDF participe déjà au projet Fishwind, en partenariat avec l’organisation Sathoan (une coopérative de pêcheurs méditerranéens), sur la notion de co-activité de pêche et de récifs écoconçus destinés à être posés au sein des futurs parcs commerciaux.

  • Un énième projet de loi qui porte atteinte à un appareil judiciaire grippé

    Un énième projet de loi qui porte atteinte à un appareil judiciaire grippé

    Alors que le débat se poursuit à l’Assemblée nationale, dès ce mardi, sur le projet de loi sur la justice criminelle, l’ensemble des barreaux de France, rejoint par les syndicats de magistrats, ont appelé à une nouvelle journée « justice morte », ce lundi 29 juin.

    La mobilisation a déjà permis « de conduire au retrait de la “CRPC criminelle”, sa mesure phare », pose en préambule Marie-Dominique Poinso-Pourtal, bâtonnière du barreau phocéen, face à une bonne cinquantaine de robes noires rassemblées sur les marches du Palais Monthyon. Mais pas question de se « satisfaire » de la disparition du plaider-coupable, estime-t-elle, pointant le délai de recours aux nullités de procédure réduit de 6 à 3 mois et un texte qui « permet de régulariser des détentions pourtant irrégulières ». Comme le projet de loi Ripost, « le texte vise à entraver le contrôle du juge », poursuit le vice-bâtonnier Jean-Michel Ollier, pointant un « changement de paradigme » qui « fragilise gravement une protection essentielle dans un État de droit ».

    Surtout, cette mobilisation intervient dans un contexte « assez chargé du point de vue judiciaire », rappelle Laurence Blisson, déléguée du Syndicat de la magistrature à Marseille.

    Une procédure pénale « faite d’équilibres »

    Au-delà d’une loi Sure (Sanction utile, rapide et effective) qui oublie « le fait que la procédure pénale est faite d’équilibres » et facilite « le recours aux cours criminelles départementales contre lesquelles on s’est élevé dès le départ en disant que juger les crimes, ça nécessite du temps, la présence des citoyens », estime-t-elle, au-delà d’un projet de loi Ripost qui pénalise « toute une série d’actes d’une gravité tout à fait dérisoire par rapport aux questions de protection de l’enfance qui sont aujourd’hui au cœur des débats », la juge aux affaires familiales inscrit aussi ce rassemblement dans « les suites de l’affaire Lyhanna ».

    Pour la responsable syndicale, « au plus haut niveau de l’État, Gérald Darmanin, comme le président de la République, ne peuvent ignorer l’état dans lequel se trouvent les services de police judiciaire et ne peuvent pas dire qu’ils ont fait de la protection de l’enfance une priorité. C’est factuellement faux ». Elle cite le communiqué de l’Association nationale de police judiciaire, selon laquelle il manque 12 000 officiers de police judiciaire pour réellement prioriser les faits criminels touchant à la protection de l’enfance.

    « La vraie question, aujourd’hui, est de parler des problèmes de moyens », martèle le délégué syndical de l’Union syndicale des magistrats à Marseille, pour qui « on doit aux justiciables une justice de qualité, qui permette aux gens d’avoir des réponses rapidement ». Avec quatre fois moins de procureurs que dans le reste de l’Europe, et deux fois moins de juges du siège, le chemin risque d’être encore long…

  • Viols et prostitution d’enfants : le coup de gueule de maître Amas

    Viols et prostitution d’enfants : le coup de gueule de maître Amas

    De bon matin, devant le palais de justice de Marseille, ce lundi 29 juin, Michel Amas est en croisade, comme il le reconnaît volontiers. Face à ce qu’il considère comme l’inaction du gouvernement, l’avocat au barreau de Marseille s’appuie sur son expérience de terrain pour sensibiliser à « l’absence de politique, en France, de lutte coordonnée contre les pédophiles ».

    Bien avant l’affaire de la petite Lyhanna, il a alerté sur la prostitution des mineures, particulièrement dans les foyers de l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Au nom de familles, il avait déjà assigné, en avril 2025, la présidente du Département des Bouches-du-Rhône, Martine Vassal (DVD), en charge de l’ASE, pour faute lourde. Des foyers « ouverts » déplore-t-il, permettant aux enfants placées de sortir et de tomber sous la coupe de proxénètes.

    Selon lui, c’est tout un système à revoir quand 40% des agressions sexuelles sont le fait aussi d’« un mineur sur un mineur ». « Au foyer, on ne prend pas en charge l’agresseur, on le déplace. Pas plus que la victime, qui n’est pas traitée sur son traumatisme », s’indigne-t-il. Résultat, « on a des gamins qui se constituent sur une adolescence entière de viols, d’agressions sexuelles », pousse-t-il.

    Autre cheval de bataille, un « site internet repéré depuis juin », l’année dernière, sur lequel des « enfants sont commercialisés », selon lui. Il indique que le ministère de l’Intérieur et de la Justice lui avait promis de le fermer. Il revient sur son quotidien, « des enfants de 11 ans, 12 ans, 13 ans, 14 ans, 15 ans, prostituées, vendues jour et nuit sur ce site ». Des gamines qui pourraient « faire jusqu’à 12 passes par jour » à raison de 1 000 à 1 500 euros, balance l’avocat.

    « J’accuse »

    Il affirme : « Bruno Retailleau était tout feu tout flamme, mais il est parti un mois après que nous ayons eu le rendez-vous. Depuis, ils ont fait une plateforme interministérielle Justice, Enfance, Intérieur et Santé et puis plus de son, plus d’image. »

    À la façon d’un Émile Zola, maître Amas s’enflamme : « Moi, j’accuse le ministre de la Justice d’inaction. Je l’accuse de ne pas avoir fermé le site sur lequel des enfants sont vendues. Je l’accuse de ne pas avoir mis en place immédiatement un suivi médical de ces enfants, une procédure pour suivre leur addictologie. » Pour lui, le ministre de la Justice ne réagit que « par rapport aux faits divers ». Le seul acte posé, retient-il, « ça a été de faire une liste noire des agresseurs sexuels et de mettre les enfants chez les grands-parents. Mais ça existe déjà ».

    L’avocat explique avoir travaillé, avec plusieurs magistrats de Vienne, Marseille et Avignon, à une proposition de directive qui aurait pu être mise en œuvre rapidement. Elle visait notamment, selon lui, à mettre fin au principe des foyers ouverts.

    L’avocat revient aussi sur l’impunité de ceux qui ont recours à ces services abjects. « En France, ça coûte moins cher d’avoir une relation sexuelle tarifée avec un enfant – la plupart des gens qui [les] violent prennent 500 euros – plutôt que d’avoir une relation sexuelle avec une chèvre », compare-t-il, rappelant qu’un violeur de caprin a été condamné, la semaine dernière à Marseille, à 30 mois de prison.

    Contacté par nos soins, le ministère de la Justice n’a pu réagir.

    À noter que, dans sa lettre en date du 10 avril 2026 sur le système prostitutionnel en France, l’Observatoire national des violences faites aux femmes recense 704 victimes, dont 94% sont des filles. Se basant sur les chiffres du service national d’accueil téléphonique de l’enfance en danger, le 119, le rapport indique que « la majorité des victimes dont l’âge était connu avait entre 15 et 17 ans (70%). Une sur cinq avait entre 12 et 14 ans (20%) ».

  • Les feux de forêt, principal péril estival dans le Var

    Les feux de forêt, principal péril estival dans le Var

    C’est une rengaine dont on se passerait volontiers. Chaque été, le Var figure parmi les territoires français les plus exposés au risque d’incendie. Entre les fortes chaleurs, une population estivale multipliée par deux, le vent et ses 388 000 hectares de forêts, le département présente tous les ingrédients propices aux départs de feu. Avec 67 % de sa superficie boisée, il est d’ailleurs le troisième département le plus forestier de France en proportion.

    Un cocktail encore plus explosif cet été que les autres, avec un mercure qui a atteint des niveaux jamais enregistrés dans le pays, entraînant « trois semaines d’avance en termes de sécheresse », alerte Eric Grohin, directeur du Sdis du Var. « Des conditions de feu » rendues d’autant plus préoccupantes par « le vent important » attendu dans les prochains jours, et « une saison qui rappelle beaucoup l’année 2003 », s’inquiète-t-il.

    C’est dans ce contexte que la ministre des Armées, Catherine Vautrin, a rendu visite au 7e Régiment d’instruction et d’intervention de la Sécurité civile (Riisc) de Brignoles, qui appuie les services de sécurité civile dans la lutte contre les catastrophes naturelles, jeudi dernier. Et annoncé le déclenchement avancé de l’opération Héphaïstos, mission estivale de vigilance contre les incendies.

    « Le meilleur feu, celui

    qui ne se déclenche pas »

    Alors que l’on déplore déjà cinq fois plus de départs de feu et de surfaces parcourues qu’à la même période l’an dernier, même si les incendies sont restés de taille modeste, la prévention demeure le premier levier d’action. Car « le meilleur feu est celui qui ne se déclenche pas », martèle le préfet du Var, Simon Babre.

    Outre le rappel des obligations légales de débroussaillement, des campagnes de sensibilisation contre les jets de mégots et les feux de camp ont été déployées. À cela s’ajoutent 44 patrouilles de surveillance et d’intervention présentes dans les massifs forestiers. La carte d’accès aux massifs est actualisée quotidiennement pour informer les usagers des restrictions. Si la prévention ne suffit pas, les contrevenants s’exposent à des amendes pouvant atteindre 1 000 euros pour un mégot jeté en forêt, voire à des peines de prison en cas d’incendie.

    Sur le terrain, jusqu’à 1 150 pompiers pourront être mobilisés chaque jour, renforcés, si besoin, par des moyens militaires. Côté matériel, le Sdis s’appuye sur quatre hélicoptères bombardiers d’eau, 100 camions-citernes feux de forêt moyens, 37 fourgons pompe-tonne de 3 000 litres de capacité, de véhicules tout-terrain et drones. « Chez nous, la réponse, c’est les grandes capacités d’eau et la capacité à l’acheminer dans les zones reculées », soutient le préfet. Des moyens actés par quatre conventions signées entre Département et État, « avec une aide au Sdis passant de 51 à 63 millions », souligne Jean-Louis Masson, président du Département.