Category: societe

  • Des bateaux de croisière de plus en plus branchés

    Des bateaux de croisière de plus en plus branchés

    Une « première en France » s’est félicité ce samedi 11 avril le ministre des Transports, Philippe Tabarot, venu sur le Grand Port maritime de Marseille (GPMM) inaugurer le branchement électrique à quai des bateaux de croisière. Déployée dans le cadre du dispositif « Connexion électrique des navires à quai, Escale zéro fumée », cette technologie permet de connecter en simultané trois navires, dont les besoins peuvent atteindre les 16 mégawatts chacun, soit la consommation d’une ville de 13 000 habitants, et de couper les moteurs durant l’escale. De quoi améliorer la qualité de l’air quand le maritime représente « 37% des émissions d’oxyde d’azote » a rappelé en préambule Dominique Robin, directeur de l’association de surveillance de qualité de l’air, AtmoSud.

    Si « la trajectoire baisse depuis 15 ans, de 7 ou 10%, on a besoin d’accélérer », estime-t-il. Se basant sur une étude « récente » de la Ville de Marseille, il indique que « près de 780 personnes décèdent de façon prématurée en lien avec la pollution ». Mais pour Hervé Martel, président du directoire du GPMM, c’est une « étape majeure » qui a été franchie. Mieux, de l’avance a été prise sur la réglementation européenne qui impose que 90% des escales de navires de passagers et de porte-conteneurs utilisent l’électricité à l’horizon 2030.

    200 millions investis

    Et de citer une autre étude, du Pôle mer Méditerranée, selon laquelle le branchement des navires permet de réduire de 80% les émissions d’oxyde de soufre, de 75% les oxydes d’azote, et de 60% les particules fines. Dans un contexte de guerre au Proche et au Moyen-Orient, il s’agit aussi de réduire la facture énergétique, de se détacher des énergies fossiles pour renforcer sa souveraineté dans un secteur stratégique pour l’économie mondiale précise Philippe Tabarot. « L’État a investi plus de 50 millions d’euros, soit près de la moitié des investissements publics de ce projet » de 200 millions d’euros a-t-il détaillé.

    Côté croisiéristes, on se félicite de l’usage de cette électricité « verte » pour « se consacrer à toute la chaîne de valeurs entre le départ et l’arrivée du bateau », résume Jacques Hardelay, président de l’association Marseille-Provence croisière. Et de défendre l’impact économique « important » sur la Ville, « 57 euros par personne et par jour dépensés » par les passagers en transit avance-t-il, et aussi sur les entreprises, entre taxis et avitaillement. Parmi les représentants des collectivités, le président de la Région, Renaud Muselier (Ren.), bombe le torse rappelant sa capacité à aller chercher les financements européens. Plus nuancé, Laurent Lhardit, député PS des Bouches-du-Rhône et conseiller municipal, évoque, au nom du maire de Marseille, la volonté de maîtriser un tourisme que la Ville souhaite « durable » et « bien loin d’une massification qui devra être régulée ». Le nombre de croisiéristes accueillis par le port de Marseille étant passé de 62 000 en 1996 à… 3 millions prévus cette année.

  • « On a créé une entreprise filièrequi relocalise une production »

    « On a créé une entreprise filièrequi relocalise une production »

    La Marseillaise : Présentez-nous cette casserie et la genèse du projet…

    Arnaud Montebourg : C’est un projet que nous avons conçu il y a 7 ans de relocalisation partielle d’une filière qui a disparu, ou quasiment, dans les années 1950. Pour donner un ordre d’idée et quelques chiffres : aujourd’hui, on consomme 51 mille tonnes d’amandes en France mais on n’en produit que 2 000. En 2018, quand on a créé la Compagnie des amandes, on était à 40 000 tonnes de consommation pour 800 tonnes produites. Voyez un peu la croissance : 25% d’augmentation. L’amandier est un arbre qui trouve sa place naturelle dans le bassin méditerranéen mais qui a disparu pour plusieurs raisons : gel des années 50, préférence pour une plantation de vignes car l’amandier est long à venir… Puis c’est un savoir-faire qui s’est perdu. D’abord, notre projet consistait à réintéresser les agriculteurs à cette culture en les dérisquant financièrement, techniquement et commercialement.

    Comment « dérisquer » les agriculteurs ?

    A.M. : Techniquement d’abord : on a l’Inrae [Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement, Ndlr] dans notre capital. On a embauché des ingénieurs en agronomie de haut niveau et des techniciens de vergers, qui sont capables de maîtriser la culture, de partager l’expérience et de disposer du savoir scientifique de l’institut. Notre directeur scientifique est Henri Duval, qui était chargé de la recherche sur l’amandier, c’était le dernier des Mohicans, à Avignon Montfavet. Tout cela a permis de réhabiliter l’implantation de variétés françaises, sélectionnées par l’Inra dans les années 50. On ne peut pas les mettre à l’abri sur le gel. Mais il y a un choix d’emplacement grâce à une connaissance historique du parcellaire qui peut limiter les risques. Il y a aussi une répartition des vergers entre Occitanie et Paca. Tout cela fait qu’on a de bons résultats agronomiques. Financièrement ensuite : on s’associe avec les agriculteurs. Ces derniers, au début, ne comprenaient pas : on leur disait « on veut s’associer avec vous », et ils répondaient « vous allez nous les acheter combien les amandes ? ». On leur expliquait ensuite que ce n’était pas notre raisonnement. On propose une association, sur des terres qui restent aux agriculteurs, dans votre verger qui reste conduit par des agriculteurs. Mais on va élever nos arbres ensemble, et vendre le produit de la récolte ensemble, le plus cher possible. L’intérêt pour eux, c’est que la Compagnie des amandes est une compagnie agricole, alignée sur les intérêts des agriculteurs. On a d’ailleurs décidé de les payer avant qu’ils ne récoltent quoi que ce soit.

    C’est assez rare de payer avant la récolte…

    A.M. : Ça n’existe pas ! Depuis le néolithique, l’agriculteur est payé après la récolte. Mais si on leur dit : On plante, et dans 6 ans on verra, tu bosses gratos d’ici là… C’est normal qu’il n’y ait plus d’amandiers ! À l’inverse, si on propose un paiement en fonction des besoins, des hectares… Cela permet d’augmenter les surfaces cultivées en amandiculture. De cette manière, on a planté 230 hectares à Aix, Narbonne… C’est en lien avec le fait de les dérisquer commercialement : sur les 2 000 tonnes produites d’amandes par les vergers français, la moyenne du parcellaire est de 2,2 hectares. Ils se retrouvent donc avec 2 tonnes d’amandes sur les bras et ne savent pas quoi en faire, à qui les vendre… D’où la casserie : on va les casser, les transformer, les vendre et maîtriser le marché. Elle est très performante, aux normes technologiques. Et permet de relocaliser la casse, qui allait en Espagne via des camions, tout en étant compétitif. Et surtout d’avoir nos propres vergers à casser, nos propres tonnages et on offre un débouché pour tous les agriculteurs indépendants. Pour la campagne de 2025, on a cassé 120 tonnes, ça augmente tous les jours. Car on a créé une entreprise filière : on fédère les agriculteurs producteurs et on assure leurs revenus en concentrant les discussions avec les acheteurs, sur nous.

    Comment êtes-vous compétitif dans ce marché mondialisé qu’est l’amande ?

    A.M. : Si l’on veut de l’amande française, traçable, aux normes, qui répond aux cahiers des charges des artisans chocolatiers, nougatiers ou calissoniers, on est les seuls. C’est ce qui nous permet de défendre les revenus des agriculteurs. Sur le plan agronomique, notre amande est meilleure : on n’épuise pas les arbres, on respecte la nature… Notre parcours est agroécologique. Cela fait qu’on a moins de rendement que les Américains mais on a un goût phénoménal. Tout le monde le salut, tout le monde en veut. Nos ventes sont en décollage vertical : on n’a pas assez d’amandes pour satisfaire la demande, les prix montent, la croissance aussi, le marché continue de grossir… On peut aller jusqu’à 3 000 tonnes avec cette casserie, s’il y a la production. C’est notre objectif, et ça ne serait que 5-6% du marché national.

    Vous démontrez que le « fabriquer en France », c’est possible avec cette casserie qui ouvre à Brignoles ?

    A.M. : Oui, on montre que, sur toutes les filières endommagées, quand on craque le modèle, on peut relocaliser. Tout en servant les agriculteurs, qui doivent recevoir un revenu raisonnable, et les consommateurs, qui demandent du local. On vient de signer un contrat de 5 ans avec Système U. C’est du jamais vu un contrat de 5 ans !

    La ministre de l’Agriculture vient pour l’inauguration de la casserie, ce lundi. Quel regard portez-vous sur les politiques de relocalisation du gouvernement actuel ?

    A.M. : Elle nous fait l’honneur de venir, on l’a aussi invitée. Sur le plan agricole, Annie Genevard construit des plans de souveraineté. Elle m’a d’ailleurs confié une partie d’entre eux sur les productions végétales, car elle a vu que ce que nous faisions avec la Compagnie était intéressant. Je le fais d’une manière tout à fait bénévole et désintéressée, dans l’intérêt national. On essaie donc de faire ce travail dans d’autres filières agricoles. Pour le reste, la réindustrialisation n’est pas au rendez-vous. Pourquoi ? On n’a pas mobilisé l’ensemble de la société en ce sens. Pas les banques, pas le système financier… On n’a même pas mobilisé le Parlement pour, par exemple, simplifier la réindustrialisation. Aujourd’hui, construire une usine est un enfer, un parcours du combattant. Alors qu’on a besoin de nouvelles usines si l’on veut donner du pain quotidien à nos concitoyens ! Et si on laisse fermer les anciennes et que l’on n’en crée pas de nouvelles, on a un vrai problème. La bataille pour défendre les outils productifs en France ne fait que commencer.

    Ce que vous faites sur les amandes, on peut le faire sur d’autres productions ?

    A.M. : On peut le faire sur le plan agricole car les agriculteurs sont seuls. Ils ont besoin d’être dérisqués, ils ne peuvent pas y arriver seuls : ils n’ont pas de capitaux, plus de capacité d’endettement, ils n’ont pas de débouché eux-mêmes pour les produits… Nous, on propose un système coopératif mais privé. On le fait financer par du capital. On a fait une alliance capital-travail. La Compagnie est la force d’équilibre, on évite que le capital soit trop gourmand, on protège l’agriculteur contre ses abus. Si elle marche, tout le monde est gagnant : l’investisseur y trouve son compte, l’agriculteur gagne sa vie, le consommateur trouve un produit que le marché ne faisait pas…

    Vous ne craignez pas que le capital prenne trop de place ?

    A.M. : Non car on maîtrise ça, c’est notre travail de faire cet équilibre. Et regardez, dans le capital de la Compagnie : il y a Daco Bello, leader du fruit sec en France, Arterris, la première coopérative du midi de la France avec 25 000 agriculteurs et l’Inrae… On est fier d’avoir fait ça. Mais c’était très difficile, on n’a pas toujours eu des nuits paisibles. Il fallait trouver l’argent, on a quand même levé pas loin de 17 millions !.

  • Sécurité et narcotrafic : Bouget pose ses premiers actes

    Sécurité et narcotrafic : Bouget pose ses premiers actes

    La gauche nîmoise savait qu’elle serait attendue au tournant. À peine l’écharpe enfilée, Vincent Bouget a choisi d’attaquer un sujet longtemps confisqué par les postures : la sécurité, et derrière elle, la réalité brutale du narcotrafic.

    Le 31 mars, le nouveau maire rencontre le préfet du Gard, Jérôme Bonet. Le lendemain, 1er avril, il écrit au gouvernement : deux courriers, l’un au Premier ministre Sébastien Lecornu, l’autre au ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, pour demander des renforts policiers et judiciaires. Dans l’entourage municipal, le message est clair : la ville ne veut plus de réponses ponctuelles, mais des effectifs durables, côté police nationale comme côté justice, alors que l’actualité locale reste rythmée par des faits liés au trafic et ses violences.

    « Un fort besoin d’apaisement »

    Dans les premiers jours, l’exécutif cherche à tenir l’équilibre promis pendant la campagne : parler sécurité sans slogan, et sans angélisme. D’un côté, mettre l’État devant ses responsabilités. De l’autre, reprendre la main sur ce qui relève du pouvoir municipal : présence, règles, arrêtés, médiation. C’est là qu’arrive la mesure la plus visible : l’arrêté encadrant les épiceries de nuit, appliqué à partir du 1er avril et jusqu’au 31 octobre, avec fermeture entre 22h et 6h dans un périmètre ciblé. Un texte initialement annoncé sous Jean-Paul Fournier, jamais réellement mis en œuvre, et que la nouvelle majorité choisit de maintenir. L’objectif affiché : limiter attroupements, nuisances sonores, troubles de voisinage, et reprendre le contrôle d’espaces où la tension monte vite, surtout à l’approche de la belle saison.

    Nicolas Nadal, nouvel adjoint à la sécurité, assume un « signal d’apaisement ». Il évoque « un fort besoin d’apaisement et de tranquillité » exprimé pendant la campagne, et justifie une décision claire : « Ce sont bien trop souvent des points de rassemblement et de nuisances sonores pour le voisinage. » L’élu promet aussi « de la fermeté » sur l’application des arrêtés, tout en répétant que la ville doit marcher sur « deux jambes » : prévention et tranquillité. Au fil de ces premières décisions, Bouget cherche déjà à installer une méthode : exiger des moyens là où la mairie ne peut pas tout, et agir vite là où elle le peut. À Nîmes, ce tempo-là, et sa capacité à tenir dans la durée, sera le premier test politique.

  • Les avocats se dressent contre la loi Darmanin

    Les avocats se dressent contre la loi Darmanin

    Dans les palais de justice d’Occitanie, le silence n’est pas celui des audiences ordinaires. Il a le goût d’une colère froide. Depuis le 1er avril à Nîmes, et depuis ce jeudi 9 avril à Montpellier, les avocats pénalistes entrent en grève contre le projet de loi « Sure » porté par le garde des Sceaux Gérald Darmanin, qui entend créer une procédure de « jugement des crimes reconnus » – un plaider-coupable étendu à certains crimes.

    Au barreau de Nîmes, le mouvement a été voté en assemblée générale le 30 mars : plus aucun avocat commis d’office ne se dit prêt à intervenir jusqu’à nouvel ordre sur des pans entiers de l’activité pénale (comparutions immédiates, juge des enfants), avec un levier central : l’arrêt des désignations par le bâtonnier, notamment pour les procédures de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC). « Le plaider-coupable ne garantit pas suffisamment les droits de la défense », alerte Me Romain Léonard, vice-bâtonnier. Et de pointer un consentement « sous contrainte », lorsque la promesse d’une peine plafonnée se combine à la détention provisoire et à la menace d’un procès plus lourd.

    L’audience, la bataille

    du « temps long »

    À Montpellier, le conseil de l’Ordre a voté à l’unanimité une grève en matière pénale du 9 au 14 avril (hors contentieux de la liberté), avec demandes de renvoi et une « journée justice morte » annoncée lundi 13 avril, jour où le texte doit arriver en séance au Sénat. Pour Me Iris Christol, bâtonnière de Montpellier, la réforme revient à « condamner sans juger » : un procureur propose une peine sur dossier, sans procès, et la victime perdrait l’espace de parole qui fait aussi la fonction démocratique et réparatrice de l’audience. « L’audience, c’est du temps long », résume-t-elle, à l’opposé d’une justice qu’elle juge « mécanique ».

    Les barreaux dénoncent aussi le délai imposé aux parties civiles : dix jours pour accepter ou refuser la procédure. Trop court, disent-ils, pour mesurer ce que l’on abandonne en renonçant au procès public, à l’oralité, aux témoins, aux experts, au contradictoire. À Nîmes, Me Séverine Moulis met en garde contre une justice rendue « en catimini » et refuse que l’avocat serve « d’alibi à une sanction » négociée.

    La Chancellerie, elle, défend une réforme concertée, soutenue par une majorité de magistrats, conforme à l’État de droit, et présentée comme un outil supplémentaire, non obligatoire, soumis à l’accord du prévenu, de la victime et du parquet, avec avocat obligatoire à chaque étape. Reste que, pour une partie des professionnels, cette troisième voie installerait une justice à deux vitesses, au détriment du contradictoire et de la publicité des débats, tandis que magistrats et organisations d’avocats appellent aussi à des actions le 13 avril.

  • Le Port de Marseille lauréat d’un appel à projet pour l’éolien offshore

    Le Port de Marseille lauréat d’un appel à projet pour l’éolien offshore

    « Le Grand Port Maritime de Marseille fait partie — ne le répétez pas, je vous le dis en exclusivité — des cinq ports lauréats de l’appel à projets pour le développement d’activités industrielles liées à l’éolien offshore » a annoncé le ministre des Transports, Philippe Tabarot lors de l’inauguration du branchement électrique des navires de croisière à quai ce samedi 11 avril à Marseille. Pas moins de « 82 millions d’euros seront investis par l’État pour permettre l’assemblage d’une trentaine de flotteurs par an et le stockage d’une dizaine » a-t-il complété, estimant que « Fos sera une place forte de l’éolien en mer en Méditerranée. »

    Les appels d’offres relancés par l’État le 2 avril dernier représentent une puissance cumulée d’environ 10 GW (5 GW d’éolien posé et 5 GW d’éolien flottant), répartis sur l’ensemble des façades maritimes: Fécamp-Grand-Large, Bretagne-Nord-Ouest, Bretagne-Sud, Oléron, Narbonnaise Sud Hérault, Golfe du Lion Centre et Golfe de Fos. Soit l’équivalent de six réacteurs nucléaires nouvelle génération d’EDF, les EPR2.

    L’objectif est d’inverser la tendance actuelle, en passant de 60% de pétrole et de gaz dans la consommation finale d’énergie en France à 60% d’énergie décarbonée d’ici 2030.

  • [Chronique des invisibles] Commencer à voir autrement

    [Chronique des invisibles] Commencer à voir autrement

    Ce n’est pas un simple vendeur de lunettes. Ce raccourci, si courant, fait sourire Nikita, opticien depuis dix ans. Lui sait qu’entre un visage et une paire de verres, il y a tout un monde : celui de la précision, de la patience, du savoir-faire.

    Son métier commence bien avant l’achat. Il écoute, observe, mesure, ajuste. Le regard, c’est une mécanique délicate : il faut comprendre les besoins visuels, mais aussi la personnalité de celui qui portera la monture.

    Les chiffres d’une ordonnance ne suffisent pas ; il faut deviner ce que les yeux disent de plus intime.

    L’opticien manipule la lumière, la matière et l’esthétique. Il connaît les verres comme un luthier connaît ses cordes : avec respect et exigence.

    Il veille à ce que la monture épouse le visage, que le poids se répartisse sans douleur, que le champ visuel reste limpide. Derrière le geste apparemment banal de glisser des lunettes sur un nez se cache une véritable orchestration de science et d’artisanat.

    Nikita aime son métier jusqu’à l’enseigner deux jours par semaine à Marseille.

    Il réconcilie l’œil et le monde, corrige les flous, apaise les gênes. Mais il fait davantage : il aide à se retrouver soi-même.

    Une monture bien choisie, c’est un visage qui assume, un regard qui s’ouvre, une identité qui s’affirme.

    Peu de gens imaginent tout ce qui se joue dans ce petit espace lumineux de la boutique : la machine qui taille les verres au quart de millimètre, les ajustements répétés, les essais, les échanges sur la couleur, la forme, l’équilibre. Tout cela pour que, un matin, un client lève les yeux et voie enfin distinctement la rame du tramway, le détail d’un nuage ou le sourire lointain d’un proche.

    « Être opticien, explique Nikita, c’est offrir à chacun sa mise au point. »

    Et parfois, à force d’aider les autres à mieux voir, il se plaît à penser que son métier enseigne plus encore : que la clarté du monde dépend aussi du regard que nous portons sur lui. Car apprendre à bien voir, c’est déjà commencer à voir autrement.

  • Marseille : la police municipale stoppe une agression au couteau sur le Vieux-Port

    Marseille : la police municipale stoppe une agression au couteau sur le Vieux-Port

    C’est cette nuit, peu après 00h30, que des agents de la brigade de nuit de la police municipale, alors en patrouille sur le quai des Belges (1er), ont été témoins d’une violente agression.

    Deux personnes ont brusquement traversé la chaussée devant leur véhicule, l’un poursuivant l’autre. Le poursuivant a rapidement rattrapé sa victime avant de lui porter un coup de couteau dans le dos.

    Les agents sont intervenus immédiatement, ont procédé à l’interpellation de l’auteur présumé et à la prise en charge de la victime en attendant l’arrivée des secours.

    Transportée à l’hôpital de la Timone, cette dernière avait des blessures sérieuses sans que son pronostic vital ne soit pour autant engagé précise une source policière.

    L’agresseur présumé a été remis aux services d’enquête de la police nationale pour la suite de la procédure.

  • Vaucluse : du changement à la tête du club de la presse

    Vaucluse : du changement à la tête du club de la presse

    La présidente Frédérique Poret ayant choisi de passer la main, Dominique Ghidoni a été élue pour lui succéder. Journaliste à Vaucluse matin et Vaucluse hebdo, elle sera toutefois accompagnée par Frédérique Poret, qui devient vice-présidente. Côté communicants, Michaël Videment assure l’autre vice-présidence. Affichant de saines finances, refusant par choix les subventions publiques, le club de la presse est en recherche permanente d’adhérents pour animer le dispositif Reporters en herbe ou ses prix coups de cœur lors du Festival off.

  • [Entretien] Harrison Agrusa : « La mission MMX est la première dédiée à observer les lunes de Mars »

    [Entretien] Harrison Agrusa : « La mission MMX est la première dédiée à observer les lunes de Mars »

    La Marseillaise : Vous participez à la mission Martian Moons Exploration (MMX) qui devrait partir cette année. Quel est l’objectif ?

    Harrison Agrusa : Le but principal est d’étudier comment se sont formées les deux lunes de Mars : Phobos et Déimos. Elles restent très peu explorées. Certaines missions martiennes sont passées à proximité et ont offert de belles images. Mais c’est tout ce que nous avons. Aucune mission n’a jamais été lancée spécialement pour les étudier. MMX est la première.

    Comment se seraient-elles formées ?

    H.A. : Il pourrait s’agir d’astéroïdes « capturés » par Mars : alors qu’ils passaient à proximité, la planète les aurait attirés suffisamment pour les faire entrer en orbite autour d’elle. Je n’y crois pas. Il est peu probable que deux astéroïdes capturés au hasard aient des orbites circulaires et dans le même plan comme Phobos et Déimos. Il est plus probable qu’elles se soient formées à partir d’un disque de débris rocheux issus d’un impact avec Mars.

    La dislocation de Phobos simulée dans votre étude pourrait générer un nouveau disque de débris
    à partir duquel elle pourrait se reformer…

    H.A. : Tout à fait. Il pourrait s’agir d’un phénomène cyclique. Phobos serait alors une énième génération de lune. Mais chaque génération serait plus petite que la précédente en raison d’une perte de matière à chaque fois. Il arriverait un moment où la lune serait si petite que les forces de marée exercées par Mars deviendraient trop faibles, la réduction de l’orbite trop lente et les dislocations successives s’arrêteraient.

  • [Sciences] Comment Mars va perdre une de ses lunes

    [Sciences] Comment Mars va perdre une de ses lunes

    Le cas de Phobos est sans espoir. Ses jours sont comptés. En effet, la manière avec laquelle la plus grosse lune de Mars orbite autour de la planète rouge fait que celle-ci l’attire inexorablement. Phobos finira pas s’y écraser ou par être disloquée par les forces de marée exercées par la planète. « La question qui subsiste est quand et comment cette fin aura lieu », souligne Harrison Agrusa, post-doctorant du Centre national d’études spatiales au Laboratoire Lagrange de l’Observatoire de la Côte d’Azur. Avec son collègue Patrick Michel, du même laboratoire, il montre dans un article d’Astronomy & Astrophysics que cette fin pourrait intervenir plus tôt que prévu : dès que son orbite aura atteint 7 500 kilomètres (km) par rapport au centre de Mars, soit 2,2 rayons martiens, contre 9 000 km aujourd’hui. Les précédentes études envisageaient plutôt ce destin fatal vers 1,6 rayon martien.

    Mais ce n’est pas tout : la destruction pourrait ne pas se produire exactement comme les modèles le prédisaient. « Ils misaient principalement sur les forces de marée », résume Harrison Agrusa. La lune finirait par se disloquer sous l’effet des déformations provoquées par l’attraction de Mars. Mais Phobos pourrait bien s’autodétruire : à une certaine distance de Mars, les forces qui s’exercent sur la lune permettraient à des roches de s’échapper. Elles s’éloigneraient alors de Phobos tout en restant sur la même orbite et finiraient un jour par la recroiser et l’impacter, éjectant de nouveaux rochers. « Cela créerait un effet en cascade entraînant la destruction de Phobos par elle-même », décrit le chercheur.

    Amas de roches

    Ce nouveau destin probable de Phobos est le fruit de nouvelles simulations numériques prenant en compte ce que l’on a appris des missions spatiales vers des astéroïdes : ceux-ci ne sont pas faits d’un seul bloc monolithique mais d’un amas de rochers sans grande cohésion. « Ces vingt dernières années, il y a eu un renversement dans la manière de voir les astéroïdes, admet Harrison Agrusa. Nous nous sommes rendu compte qu’ils étaient moins solides que nous le pensions. »

    Mais Phobos est un satellite naturel, comme notre Lune. Pourquoi aurait-il une structure semblable à celle d’un astéroïde ? « Il s’est probablement formé à partir d’un anneau de petits rochers gravitant autour de Mars, explique Harrison Agrusa. Dans ce cas, je ne vois pas pourquoi il formerait un bloc solide et monolithique. »

    Pour trancher, il faudra attendre la mission japonaise Martian Moons Exploration dont le départ est prévu cette année. En allant observer Phobos, elle offrira des images d’une résolution inégalée et des mesures inédites. Il est même prévu qu’un robot s’y pose. Le scénario de la mort de Phobos se précisera alors. Dans tous les cas, nous ne serons pas là pour l’observer : elle ne devrait pas intervenir avant 20 à 80 millions d’années.

    REPÈRES

    Phobos

    C’est le plus grand des deux satellites naturels de Mars –l’autre s’appelle Déimos. Son orbite est sub-synchrone : il met moins de temps à faire le tour de Mars (7h39) qu’il n’en faut à Mars pour faire un tour sur elle-même (24h36). Résultat : Phobos se rapproche inexorablement de Mars.

    Limite de Roche

    C’est la distance théorique en dessous de laquelle un satellite naturel commencerait à se disloquer sous l’action des forces de marée causées par la planète autour de laquelle il orbite.

    MMX

    La mission japonaise « Martian Moons Exploration » enverra cette année une sonde vers les deux lunes de Mars pour faire des mesures de gravité, de topographie et de compositions minéralogique et élémentaire. Un rover franco-allemand -Idefix- se posera sur Phobos pour réaliser des mesures. Des échantillons seront prélevés et ramenés sur Terre en 2031.