Category: politique

  • [Tribune] L’alerte de 28 structures culturelles publiques sur le financement

    [Tribune] L’alerte de 28 structures culturelles publiques sur le financement

    Au 2 juillet 2026, les 28 théâtres, opéras et institutions culturelles que nous dirigeons sur l’ensemble du territoire national se trouvent dans une situation d’incertitude sans précédent. À ce jour, les subventions de l’État pour l’année en cours n’ont été versées que partiellement, sans aucune garantie quant au versement du solde. Cette situation est, à elle seule, inacceptable pour des établissements publics auxquels l’État demande simultanément d’assumer pleinement leurs missions.

    Nous apprenons désormais que de nouvelles coupes budgétaires pourraient intervenir sur l’exercice 2026. Si elles étaient confirmées, elles ne constitueraient pas un simple ajustement budgétaire : elles reviendraient à rompre unilatéralement les engagements de l’État alors même que nos saisons sont engagées, nos contrats signés, nos artistes recrutés et nos dépenses déjà réalisées.

    Nos établissements construisent leurs programmations dix-huit à vingt-quatre mois à l’avance, parfois davantage. Depuis plusieurs années, nous absorbons seuls les effets de l’inflation, de la hausse des coûts de l’énergie, de l’augmentation des salaires et de l’ensemble des charges de fonctionnement, sans que nos subventions suivent cette évolution. Nous avons réduit nos marges, différé nos investissements, comprimé nos dépenses et rationalisé nos organisations. Aujourd’hui, il n’existe plus aucune réserve. Nous sommes arrivés au point de rupture.

    Toute nouvelle diminution des crédits aurait des conséquences immédiates et irréversibles. Plusieurs établissements seraient placés en procédure d’alerte. Certains seraient contraints d’annuler une partie de leur saison avant même son ouverture. D’autres ne pourraient tout simplement plus ouvrir leurs portes. Les contrats conclus avec les artistes et les producteurs ne pourraient être honorés. Les remboursements de billetterie se multiplieraient. Le recours au chômage partiel deviendrait inévitable. L’État déplacerait alors une dépense qu’il prétend économiser, tout en provoquant une désorganisation profonde de l’ensemble de la filière.

    Mais les conséquences dépasseraient largement nos seules institutions. Elles frapperaient les compagnies indépendantes, les ensembles, les artistes, les techniciens, les prestataires, les entreprises culturelles, les associations, les établissements scolaires et universitaires, les collectivités partenaires, ainsi que les centaines de milliers de citoyens qui fréquentent nos lieux. C’est toute une économie, tout un écosystème et une mission de service public qui seraient déstabilisés.

    Nous refusons que les établissements culturels deviennent la variable d’ajustement des finances publiques. La culture ne peut être célébrée dans les discours et sacrifiée dans les arbitrages budgétaires. Une telle décision porterait gravement atteinte à la crédibilité de la parole de l’État et remettrait en cause des décennies de politique culturelle fondée sur la confiance, la continuité des engagements et la responsabilité partagée.

    Comme l’écrivait Victor Hugo, il ne faut pas consentir « de bien maigres économies pour de bien grands dégâts ». Chaque euro investi dans nos établissements produit de l’emploi, de l’activité économique, de l’attractivité territoriale, de la cohésion sociale et de l’émancipation citoyenne. Les économies envisagées seraient dérisoires au regard des dommages humains, artistiques, économiques et symboliques qu’elles provoqueraient.

    Nous demandons solennellement la confirmation immédiate du maintien intégral des crédits 2026, le versement sans délai des subventions restant dues et l’ouverture d’une concertation urgente sur les perspectives budgétaires pour 2027.

    Il y va désormais de la survie de nombreuses institutions culturelles. Plus largement, il y va de la crédibilité de l’engagement de l’État envers le service public de la culture.

    Les signataires :
    Hortense Archambault, directrice, MC93 – Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis ; Frédéric Bélier Garcia, directeur, La Commune, Aubervilliers ; Jean Bellorini, directeur, TNP Villeurbanne ; Pierre Brouchoud, directeur général, Orchestre national d’Île-de-France ; Richard Brunel, directeur général et artistique, Opéra de Lyon ; Émilie Capliez et Matthieu Cruciani, codirecteurs, Théâtre de la Cité – CDN Toulouse Occitanie ; Valérie Chevalier, directrice générale, Opéra Orchestre National Montpellier ; Chloé Dabert, directrice, Comédie de Reims ; Fanny de Chaillé, directrice, TNBA – Théâtre national de Bordeaux Aquitaine ; Laurence de Magalhaes, directrice, Théâtre du Rond-Point, Paris ; Nicolas Droin, directeur général, Orchestre national de Lyon ; Chrysoline Dupont, directrice générale, Opéra national du Rhin ; Matthieu Dussouillez, directeur général et artistique, Opéra national de Nancy-Lorraine ; Aurore Fattier, directrice, Comédie de Caen ; Nathalie Garraud et Olivier Saccomano, codirecteurs, Théâtre des 13 Vents – CDN Montpellier ; Jean-Baptiste Henriat, directeur général, Orchestre national de Lille ; Emmanuel Hondré, directeur général, Opéra National de Bordeaux ; Loïc Lachenal, directeur général, Opéra Orchestre Normandie Rouen ; Guillaume Lamas, directeur général, Orchestre national des Pays de la Loire ; Benoît Lambert, directeur, Comédie de Saint-Étienne ; Isabelle Melmoux, directrice par intérim, Théâtre Gérard-Philipe, CDN de Saint-Denis ; Arnaud Meunier, directeur, MC2 Grenoble ; Arthur Nauzyciel, directeur, Théâtre national de Bretagne ; Olivier Poubelle, directeur, L’Athénée ; Christophe Rauck, directeur, Théâtre Nanterre-Amandiers ; Claire Roserot de Melin, directrice générale, Établissement public du Capitole – Opéra national et Orchestre national ; Robin Renucci, directeur, La Criée – CDN, Marseille ; Julie Sanerot, directrice, MAC – Maison des Arts de Créteil, Scène nationale.

  • [Congrès du PCF] Paroles de délégués du Sud de la France

    [Congrès du PCF] Paroles de délégués du Sud de la France

    Laetitia Sabatier
    Secrétaire de section
    Martigues

    « J’ai été nouvellement élue secrétaire de section et c’est la première fois que je participe à tous ces congrès, du congrès de section au congrès national. Pour moi, c’est comme une formation accélérée, c’est enrichissant de pouvoir rencontrer tous les camarades, de voir en écoutant la discussion générale qu’en tant que communistes, nous sommes tous sur la même ligne directrice. J’ai eu l’opportunité de faire une intervention en expliquant la situation de Martigues après les municipales de 2026. Cela m’a permis de partager avec tous les camarades une situation qui n’est pas unique d’un RN qui monte de plus en plus, mais face auquel nous ne lâchons rien, où nous avons pu appeler à l’unité pour faire face à ce réel danger. »

    Jennifer Willens
    Première adjointe
    Saint-Martin-de-Valgalgues

    « C’est mon premier congrès : je suis adhérente depuis 2019 et j’avais envie de m’investir un peu plus dans le parti. Avec les différents textes alternatifs, j’espère que l’on en sortira plus unis qu’au début, tout en respectant les idées de chacun. L’unification de notre parti est ce qui est le plus important à mes yeux.
    Je suis aussi très investie sur les questions de la paix, j’ai participé au 80e anniversaire des bombardements atomiques d’Hiroshima et Nagasaki, alors j’en attends beaucoup dessus. C’est la base du PCF, pour moi, de défendre la question de la paix. Il faudrait que l’on fasse plus d’actions. »

    Rémi Dubettier
    Secrétaire de cellule
    Montpellier

    « J’aurais aimé pouvoir prendre la parole sur la structuration en cellules, j’ai à cœur d’encourager les camarades à continuer ce combat. Cela ne fait que deux ans que j’ai ma carte, mais j’ai eu la chance de le faire. Cela permet de faire émerger de nouveaux cadres et de les accompagner en leur donnant des responsabilités. Et l’on ne retrouve pas les mêmes personnes entre les initiatives en cellule et les réunions de section : c’est plus facile de militer à une échelle locale. On se sent plus légitime. Et c’est aussi un moyen de créer des liens avec le monde associatif et syndical. »

    Aloïs Eymard
    Secrétaire de section et élu
    Embrun

    « Il faut que l’on tire les leçons des deux derniers congrès et que l’on se fixe une ligne claire, sur un temps long. Il faut réfléchir sur la façon dont on peut se réimplanter, réfléchir à notre manière de militer, qui a évolué avec les nouvelles technologies. L’enjeu est aussi de faire marcher la démocratie pour arrondir les angles, que l’on sache quelle va être notre posture sur la présidentielle, comment on lutte contre l’extrême droite. Est-ce qu’on se présente pour les médias, ou pour porter une vision différente des autres forces de gauche ? Il faut mettre en avant notre programme. »

    Delphine Jordan
    Commission féministe
    Avignon

    « Sur les droits des femmes, nous attendons des avancées, qui ont déjà été engagées. Nous avons la chance d’avoir un parti qui porte des valeurs vraiment féministes, qui lutte contre la marchandisation des corps, pour l’abolition de la prostitution. Et nous avons mis en place une cellule d’écoute, c’est une mise en cohérence de nos pratiques militantes avec le projet que l’on veut porter. Cela existe depuis une dizaine d’années, mais il a vocation à se renforcer encore plus, faire un travail de prévention pour instaurer un climat sain, protecteur. On a beau être progressistes, on n’échappe pas à la société patriarcale. »

    Marion Betoul
    Trésorière de section
    Reillanne

    « Cela ne fait pas si longtemps que je milite au PCF, alors j’ai surtout envie de profiter de ce congrès pour apprendre, rencontrer d’autres communistes, pouvoir échanger, acquérir le vocabulaire militant et voir ce que chacun pense. Pour moi, la lutte pour la protection de l’enfance et le féminisme sont des thèmes très importants, qu’il faut continuer de porter, qu’il faut défendre encore plus, et des amendements ont été écrits pour l’ancrer encore plus dans le texte. Nous avons une pétition, dans le département, parce qu’ils sont en train de fermer les centres médico-psychologiques pour enfants afin de les regrouper, alors que nous sommes dans un territoire rural. On abandonne les enfants et les parents à leur sort ! »

    Nathalie Marin
    Membre du conseil départemental
    Toulon

    « Les échanges sont très enrichissants. Ce que nous voulons porter, c’est un besoin d’unité et de travailler ensemble pour faire connaître les idées communistes à destination de tous, de les faire vivre. Nous avons besoin d’échanger entre les différentes générations et les différentes fédérations, cela permet de voir les difficultés de chacun, les avancées de chacun. Nous pouvons nous enrichir mutuellement des expériences, les uns des autres. Dans notre délégation, nous avons de jeunes militants : cela leur permet de voir le mode de fonctionnement du parti pour qu’ils puissent s’investir plus encore dans son fonctionnement. Mais nous avons besoin de féminiser encore plus les instances. »

  • [Congrès] Le PCF au défi de la menace d’extrême droite

    [Congrès] Le PCF au défi de la menace d’extrême droite

    Sur la tribune du Grand Théâtre de Lille, le nordiste Fabien Roussel, presque à domicile, va droit au but. « À celles et ceux qui doutent parmi nous, à celles et ceux qui se cherchent et voudraient même repousser la décision : allons-y maintenant et ne tardons plus, appelle le secrétaire national du PCF. Chaque semaine qui passe doit être utile pour mener ce combat, pour ne pas nous retrouver dans une impasse comme en 2017 ! » Alors que s’ouvrait ce vendredi après-midi dans la capitale des Flandres le 40e congrès du Parti communiste français, la question de la présidentielle s’est largement imposée dans le débat. Avec, en toile de fond, l’ombre projetée par la menace de l’extrême droite.

    La présidentielle en vue

    Tandis que les communistes doivent se prononcer, ce week-end, sur la légitimité d’une candidature de rassemblement issue de leurs rangs, sur laquelle les militants se prononceront le 6 septembre prochain, Fabien Roussel se déclare d’ores et déjà prêt à porter une nouvelle fois cette responsabilité dans une campagne. « Nous sommes les seuls à avoir une telle cohérence dans le programme, assumons-le et allons le défendre auprès des Français ! », défend-il en redisant sa volonté de « battre l’extrême droite et offrir une alternative aux Français ». En misant sur un travail auprès des abstentionnistes pour enfin renforcer les scores de la gauche.

    Face aux autres forces politiques qui à gauche en appellent encore à une primaire, il l’assure : « La primaire n’aura pas lieu. » De quoi nourrir le débat entre les partisans d’une union à gauche face au risque de l’extrême droite, avec la menace de « l’effet de souffle » d’une victoire du RN, avertit le Finistérien Ismaël Dupont, et ceux qui appuient la spécificité communiste à l’image du Nantais Aymeric Saysseau. « Quand la gauche ne parle plus du travail et se contente de discours moral, l’extrême droite peut mettre ses pantoufles », défend-il.

    Fabien Roussel, de son côté, insiste sur sa volonté de préserver l’unité du PCF. « Des orientations différentes se sont exprimées, qui ont irrigué nos débats avec plusieurs textes et des attentes auxquelles il faudra répondre », reconnaît-il. Trois ans après le congrès de Marseille, qui s’était tenu en pleine mobilisation contre la réforme des retraites, il se félicite de voir que le sujet n’a pas été lâché par les communistes, sur le terrain comme au Parlement. « Contrairement aux autres forces de gauche, nous considérons comme centrale la question du travail, de l’emploi et d’un salaire rémunérateur pour vivre dignement », insiste-t-il, en énumérant les campagnes menées en ce sens, et les 7 800 nouvelles adhésions réalisées. Une question mise en avant avec les acclamations réservées à la CGT d’ArcelorMittal, conviée sur scène. « Le Nord a énormément souffert, mais arrêtons d’être spectateurs, invitait ainsi Gaëtan Lecocq. Si Mittal veut faire de l’acier hors d’Europe, qu’il dégage et nous laisse nos outils de production ! Parce que si nous fermons, nous perdons l’ensemble de nos savoir-faire. »

    Victoires de terrain

    Le secrétaire national défend aussi face aux délégués représentant les 38 000 adhérents du PCF l’action de la direction du parti sur la solidarité internationale, la défense d’une solution à deux États en Palestine à l’inverse d’autres forces à gauche. « Cette clarté dans nos prises de position nous a permis d’être interlocuteur privilégié de l’OLP [Organisation de libération de la Palestine, Ndlr.] dans cette période compliquée », appuie-t-il, en rappelant aussi les cinq containers d’aide internationale pour Cuba. Et de mettre aussi en avant le travail réalisé pour un Plan climat « historique » que défend le Rennais Amar Bellal, les travaux sur la protection de l’enfance sur lesquels « nous aurions préféré que l’actualité ne nous donne pas raison », souligne Véronique Sanchez, pour le Haute-Corse.

    Les avancées des élus au Parlement, des travaux de Fabien Gay sur les 211 milliards d’aides aux entreprises à la menace de censure de Stéphane Peu pour faire reculer le gouvernement sur la remise en question du 1er-Mai, sont aussi saluées, tout comme les victoires aux municipales. Avec la nécessité de renforcer ces positions, au milieu des écueils de l’année 2027.

    « Nous voulons battre l’extrême droite et offrir une alternative aux Français. »

  • L’internationalisme à l’honneur, de la Palestine à Cuba

    L’internationalisme à l’honneur, de la Palestine à Cuba

    La salle entière se lève pour applaudir les délégations venues du Proche-Orient ou de Cuba. Avant l’ouverture des travaux de leur 40e congrès, dans le Grand Théâtre de Lille, les communistes français ont largement mis à l’honneur la solidarité internationale, en réponse à la multiplication des conflits dans le monde. Tandis que le militant de l’Organisation de libération de la Palestine, Qassem Awad, saluait « le partenariat historique qui nous unit au Parti communiste français » ainsi que l’envoi d’une nouvelle délégation en Palestine, Fadwa Khader, du Parti du peuple palestinien, rappelait : « Pour le peuple palestinien, cette solidarité n’est pas un principe abstrait, c’est une bouée de sauvetage. » En soulignant que « la lutte pour la Palestine est indissociable de la lutte mondiale contre le colonialisme, l’oppression, l’exploitation, l’impérialisme et toutes les formes d’injustice ».

    Pour le Parti Tudeh d’Iran, Navid Shomali dénonçait pour sa part l’attaque conjointe des États-Unis et d’Israël, en violation de la charte de l’ONU. Et de lancer : « L’abjecte réalité est que les véritables foyers de terrorisme et de déstabilisation au Moyen-Orient se trouvent à Tel-Aviv et à Washington. »

    Dirigeante du Parti communiste israélien, Reem Hazan partageait l’objectif de « nous débarrasser des fascistes au pouvoir », à l’approche des prochaines échéances électorales, en octobre. « Ne nous y trompons pas : c’est le système qui doit être démantelé – le système d’occupation, d’apartheid, de suprématie ethnique et d’aspirations à l’expansion impérialiste », appuie-t-elle.

    Ambassadeur de Cuba en France pour encore quelques jours, Otto Vaillant Frias a lui aussi lancé un appel à la solidarité, face aux menaces états-uniennes et à un bloc « archaïque, médiéval, qui doit arrêter ». « Nous voulons la paix, nous aimons la paix, mais nous serons prêts à défendre notre patrie à n’importe quel prix », avertit-il, sous les acclamations.

  • Barbecue et château gonflable, Raphaël Arnault investit les quartiers d’Avignon

    Barbecue et château gonflable, Raphaël Arnault investit les quartiers d’Avignon

    Barbecue, château gonflable ou encore pêche aux canards seront de sortie ce dimanche (12h-18h) à la Croix-des-Oiseaux pour une fête de quartier. À l’initiative, non pas la mairie ou le bailleur social, mais le député Raphaël Arnault, qui a déjà organisé dimanche dernier une manifestation similaire à la cité Louis-Gros. « Aujourd’hui, ces moments de convivialité sont devenus l’exception. À l’heure où le gouvernement organise l’austérité pour les services publics tout en préservant les privilèges des plus riches, où certains maires préfèrent crever des piscines de fortune ou instaurer des couvre-feux pour les jeunes plutôt que d’investir dans le vivre-ensemble, cette fête a un parfum de résistance », estime l’insoumis.

    Le parlementaire ne cache pas vouloir occuper le terrain face aux « mafias qui cherchent à s’implanter toujours davantage dans les quartiers populaires ». À Cavaillon ou à Orange, des narcotrafiquants avaient mené des opérations de notabilité avec des fêtes similaires ou distribution de fournitures scolaires. « Créer du lien, faire vivre un quartier, permettre aux habitants de se rencontrer, c’est déjà faire reculer le repli, l’isolement et les logiques de violence », estime Raphaël Arnault. Une initiative aussi éminemment politique, où LFI incite à s’inscrire sur les listes électorales et voter en 2027, où se profilent présidentielle et législatives. Lors des municipales, la cité Louis-Gros avait placé Mathilde Louvain (LFI) en tête mais avec seulement 27% de participation.

  • Une proposition de loi inquiétante

    Une proposition de loi inquiétante

    Par Swane Mas (SAF Marseille)

    Le 7 juillet prochain, l’Assemblée nationale examinera une proposition de loi instaurant une « présomption de légitime défense » pour les forces de l’ordre. En 2024, 66 personnes sont mortes à la suite d’une intervention des forces de l’ordre, un funeste record. Les décès liés à l’usage d’armes à feu ont fortement augmenté depuis la loi dite Castaner de 2017, qui a élargi les conditions de recours aux armes par les policiers et les gendarmes. Dans ce contexte, le cadre juridique actuel est déjà largement critiqué, notamment par le Comité contre la torture des Nations unies.

    Aujourd’hui, lorsqu’un policier ou un gendarme fait usage de son arme, les autorités judiciaires doivent vérifier que les conditions prévues à l’article L. 435-1 du Code de la sécurité intérieure sont réunies, en particulier que le tir était strictement nécessaire et proportionné. Il appartient donc à l’État de démontrer que le recours à la force létale était légal.

    La proposition de loi entend renverser cette logique. En instaurant une présomption de légitime défense, elle conduirait à présumer légal tout tir effectué par un policier ou un gendarme, sans qu’il soit nécessaire d’établir d’emblée que les conditions prévues par la loi étaient réunies.

    En pratique, cette réforme déplacerait la charge de la preuve : ce seraient les victimes ou leurs proches qui devraient démontrer que le tir n’était pas justifié. Une telle évolution paraît difficilement conciliable avec la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme, qui impose à l’État de démontrer que le recours à la force létale était absolument nécessaire lorsqu’une personne meurt aux mains de ses agents.

    Cette réforme intervient alors que les obstacles à la manifestation de la vérité sont déjà nombreux et qu’un déséquilibre persiste entre le crédit accordé à la parole des plaignants et celui accordé aux forces de l’ordre. Si le tir est présumé légitime, le policier ne sera plus automatiquement considéré comme suspect. La garde à vue immédiate deviendra moins fréquente, rendant plus difficile la collecte des preuves, notamment l’exploitation des vidéosurveillances, les saisies de téléphones ou d’autres actes d’enquête pourtant essentiels. Le résultat est prévisible : davantage de classements sans suite et de non-lieux, moins de procès et, pour les familles, un accès encore plus limité à un recours effectif.

    Cette réforme enverrait enfin un signal préoccupant aux forces de l’ordre. En laissant entendre que l’usage des armes bénéficie d’une présomption de légalité, elle risque d’être perçue comme un assouplissement du cadre juridique et d’encourager le recours à la force létale, avec des conséquences qui touchent déjà de manière disproportionnée les populations racisées.

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  • [Entretien] Jean-Marie Battini, NPA : « Jean-Luc Mélenchon est un réformiste radical »

    [Entretien] Jean-Marie Battini, NPA : « Jean-Luc Mélenchon est un réformiste radical »

    La Marseillaise : La conférence nationale du NPA a décidé samedi de ne pas présenter de candidat à la présidentielle et de soutenir Jean-Luc Mélenchon. Comment accueillez-vous cette décision ?

    Jean-Marie Battini : Relativement mal. Je ne suis pas du tout d’accord avec cela, nous avons été 20% dans le parti et 50% dans les Bouches-du-Rhône à voter pour une plateforme demandant que le NPA ait une candidature. Nous ne pouvons pas nous rallier à quelqu’un avec qui on sait très bien qu’on ne sera pas d’accord sur certains points. On peut nous dire qu’il faut défendre les candidatures antilibérales, mais je ne me considère pas comment antilibéral, je suis simplement anticapitaliste ! Nous avons un discours à tenir, des propositions à faire que ne fera pas Jean-Luc Mélenchon.

    À quoi aurait servi une candidature ?

    J.-M.B. : Malheureusement, dans le cadre des institutions de la Ve République, on sait que l’élection présidentielle est l’échéance centrale, celle qui mobilise le plus le débat politique. Nous avons réussi à nous faire entendre ces dernières années parce qu’on a présenté Olivier Besancenot puis Philippe Poutou. On ne va pas nous entendre si on est un soutien à Jean-Luc Mélenchon ! Je peux comprendre qu’il y a un risque d’extrême droite. Pourquoi pas une candidature unitaire, mais qui nous dit que celle de Mélenchon serait la meilleure ? On aurait aussi très bien pu présenter une candidature, aller à la recherche des parrainages, et si les sondages montrent que le RN risque d’être élu, se retirer. Mais là, pour moi, c’est une erreur, nous n’aurons aucun poids dans cette campagne. C’est une capitulation en rase campagne.

    Vous en tirez quelles conclusions ?

    J.-M.B. : Pour l’instant je me mets en retrait. Je ne ferai pas cette campagne. Je continuerai à défendre les idées du NPA mais je sais très bien qu’au niveau des grands médias on n’intéressera plus personne. Et je ne vois pas pourquoi on soutiendrait plus Jean-Luc Mélenchon que les autres candidats de la vraie gauche, les organisations que l’on rencontre dans les luttes : j’y vois la France insoumise, mais aussi le PCF, Lutte ouvrière. Le PS n’y est pas. Pourquoi spécialement Jean-Luc Mélenchon ? Pour moi ce n’est pas suffisant. C’est un réformiste radical, mais ce qu’il faut c’est un discours plus révolutionnaire et nettement anticapitaliste. Je reste dans mon parti, je verrai bien à l’issue de l’élection. Il y aura un congrès, on en tirera le bilan. Mais pour le moment je ne me sens pas légitime pour être porte-parole du parti.

  • [Entretien] Igor Zamichiei, PCF : « L’élection présidentielle est un moment de lutte de classe »

    [Entretien] Igor Zamichiei, PCF : « L’élection présidentielle est un moment de lutte de classe »

    La Marseillaise : Le 40e congrès du PCF s’ouvre ce vendredi à Lille. Avec quel état d’esprit l’abordez-vousj’ai relu et prolexisé, tu peux le prendre ?

    Igor Zamichiei : C’est un congrès très important :  dans la nouvelle étape de la crise du capitalisme, il ambitionne de redonner une perspective au pays et à la gauche. C’est le sens du texte que nous avons adopté, « Un communisme de conquête », qui vise à ouvrir un chemin politique pour la conquête de nouveaux pouvoirs par le monde du travail.

    Parmi les concepts clés au cœur
    du débat, il y a l’idée de défendre
    un socialisme aux couleurs de
    la France. Pourquoi cette idée fait-elle son retour
     ?

    I.Z. : On assume de reparler du socialisme, non comme une formule nostalgique, mais vraiment comme un processus de transformation sociale pour l’émancipation humaine, en prise avec les réalités du XXIe siècle. Le socialisme que l’on porte dans ce texte, c’est le pouvoir des travailleurs et des travailleuses sur l’économie, sur le travail, sur l’argent et sur l’avenir du pays, pour la réponse aux besoins, à l’écologie, à la nécessité de la paix. Pour cela, nous mettons en avant plusieurs piliers : la planification démocratique, l’appropriation sociale et publique des moyens de production, l’émancipation culturelle.

    Les militants ont fait le choix de la base commune qui défend la légitimité d’une candidature communiste. Pourquoi choisir ce chemin ?

    I.Z. : Nous abordons 2027 avec beaucoup de gravité. Pour battre l’extrême droite, renforcer la gauche et gagner des avancées pour la classe travailleuse. Ces élections, présidentielle et législatives, ne sont pas une parenthèse institutionnelle, c’est un moment de lutte de classe. C’est une des raisons de la candidature communiste. Nous voulons mettre à disposition du pays une candidature qui met au centre du débat les salaires, l’emploi, une nouvelle politique industrielle, sociale et écologique, la paix. Et une candidature qui serve aussi à préparer les législatives parce que l’enjeu c’est aussi de faire élire le plus grand nombre possible de députés de gauche, et parmi eux de députés communistes, qui seront utiles pour le monde du travail.

    Certains s’inquiètent d’une division de la gauche face à l’extrême droite…

    I. Z. : Notre réponse à l’extrême droite, c’est de reconstruire l’unité du monde du travail. Il faut unir celles et ceux que l’on cherche à diviser, sinon nous ne renforcerons pas la gauche qui aujourd’hui plafonne à 30% des intentions de vote. C’est tout le sens de la candidature communiste, on fera reculer l’extrême droite en répondant à la colère qui s’exprime dans le pays.

    Fabien Roussel avait dénoncé les ingérences de la France insoumise dans le débat des communistes.
    Le message a été entendu
     ?

    I.Z. : Notre boussole est simple : rassemblement, oui, effacement, non. Et le rassemblement doit toujours partir du réel, pas de discussions de sommet. Malheureusement, on constate que LFI a joué la division aux municipales et ne conçoit le rassemblement pour la présidentielle que derrière Jean-Luc Mélenchon. Nous continuerons à tendre la main à toutes et tous pour combattre l’extrême droite et pour gagner des avancées.

  • [Entretien] Frédéric Vigouroux : « Je souhaite qu’un grand débat sur la mobilité ait lieu »

    [Entretien] Frédéric Vigouroux : « Je souhaite qu’un grand débat sur la mobilité ait lieu »

    La Marseillaise : La liaison routière Fos-Salon, passant par Miramas, est en concertation jusqu’au 15 juillet. Comment voyez-vous ce projet routier chiffré à 566 millions d’euros en tant que maire d’une cité cheminote ?

    Frédéric Vigouroux : Je n’oppose pas les modes de transport. Bien sûr, j’ai une sensibilité particulière pour le train puisque le nœud ferroviaire de Miramas est à l’origine de cette Ville. Le maître d’ouvrage de cette liaison, l’État, a rappelé, pour le financement, qu’il y aurait bientôt des négociations sur les concessions autoroutières. Il y a plusieurs options, comme la nationalisation ou le maintien en concession. Dans la discussion, il est envisagé qu’une partie des revenus des concessions alimente les réparations des réseaux ferroviaires. On peut difficilement dire « Vade Retro », car non seulement on peut faire porter sur le privé des investissements que l’État ne peut plus faire, mais en plus générer des recettes pour le rail.

    Le 22 juin dernier, en réunion publique, un péage a été annoncé. Comment l’accueillez-vous ?

    F.V. : Le péage sera négocié pour l’ensemble de la concession. Nous avons deux choix : soit on attend les financements publics, sans savoir quand ils tomberont, avec 60 ans de retard, ou alors on entre dans le jeu de la concession. Ça ne me dérange pas de faire payer les camions, quitte à reporter sur le train, mais ça m’ennuie pour les populations. À Istres et Miramas, nous n’avons plus de routes capables d’accueillir les gens qui ne voudront pas payer l’autoroute, car nous les avons réduites au profit d’espaces naturels. C’est pour cela que nous exigeons la gratuité entre nos villes. Mais aussi que les camions ne puissent plus passer par Grans depuis Salon, il faut les obliger à passer par l’autoroute.

    Pendant ce temps, le triage perd en activité. Comment éviter le drame social que représenterait son abandon ?

    F.V. : Déjà, par le doublement de la ligne électrique jusqu’au port. Ce n’est pas encore dans les tuyaux, mais on y travaille. Ensuite, il faut convaincre les industriels de remettre de la caisse et du vrac sur le train, outil industriel de déplacement. Le camion est plus simple, car il n’a pas besoin des mêmes infrastructures que le train. Mais le camion ne paye pas les siennes ! La concurrence est faussée depuis le départ, alors que le train offre un outil incomparable en matière de développement durable et de sécurité. De notre côté, avec des élus à la RTM, nous travaillons à refaire des trains au dernier kilomètre pour favoriser le report modal sur Marseille ou Gardanne, notamment pour le bois de la centrale. C’est un débat permanent et je pense qu’il faudra refaire un colloque. Il y a eu un tel démantèlement, avec séparation des métiers, arrêt des lignes secondaires, au moment où l’on relance des dynamiques industrielles et de décarbonation des transports. Et s’il passe des trains de marchandises, on peut imaginer des trains de passagers sur chaque voie, comme Rognac-Aix-Toulon. La situation générale ne permet pas d’affirmer quoi que ce soit. En revanche, il faut une concertation associative, des usagers, défenseurs de l’environnement, industriels et élus. Je travaille pour que le grand débat sur la mobilité ait lieu.

  • La CGT démonte une entreprise de conquête idéologique

    La CGT démonte une entreprise de conquête idéologique

    Depuis l’automne, la CGT Éduc’Action essaie d’alerter sur un livret mal nommé Passeport du civisme, diffusé dans plusieurs communes de l’académie de Nice, « qui cherche à faire de l’école un terrain de conquête idéologique ». Nous avions relayé dans nos colonnes le 24 novembre la lettre ouverte envoyée à la rectrice. Nos confrères du Canard Enchaîné venant de révéler le pilotage par l’extrême droite de ce document présenté comme pédagogique.

    Parmi les soutiens de ce « passeport » mis en avant, figurent Geoffroy Boulard, maire parisien proche de la Manif pour tous, et David Lisnard, maire de Cannes. Et l’association qui porte le dispositif est financée par le « Fonds du bien commun » de Pierre-Édouard Stérin. Ce milliardaire « patriote » et exilé fiscal en Belgique déclarant le 22 mars 2026, dans les colonnes du New York Times, sans ambiguïté : « Je suis encore plus à droite que l’extrême droite. » Il est l’initiateur du programme Patriotes, enracinés, résistants, identitaires, chrétiens, libéraux, européens, souverainistes (Pericles) qui vise explicitement à fédérer toutes les forces réactionnaires dans une entreprise de conquête idéologique et électorale, explique Olivier Gérard, le secrétaire général de la CGT Éduc’Action. « Dans cette stratégie, l’école est à la fois un terrain d’influence, un espace de légitimation et une cible privilégiée des attaques », précise-t-il.

    Un « Passeport du Civisme » diffusé et revendiqué notamment par le très droitier maire de Saint-Raphaël Frédéric Masquelier, qui nous répondait : « Rien ne se fait pas de manière cachée ou en catimini. »

    Il serait intéressant de savoir ce que pense le nouveau préfet du Var de ce livret.

    L’école ne doit pas se taire

    « Un Passeport du Civisme à ce point problématique que le ministère de l’Éducation nationale a retiré son agrément à l’association en novembre 2024, au motif de lacunes pédagogiques et d’atteintes à la neutralité », rappelle le responsable syndical.

    Pourquoi dans ce cas laisser faire les mairies qui continuent à distribuer aux élèves dans les écoles de la République cet outil de propagande ?

    « Dans un contexte où notre employeur invoque, use et parfois dévoie le principe de neutralité du service public pour encadrer strictement les personnels, il est pour le moins surprenant qu’il accepte de faire de l’école la vitrine d’un programme municipal », pointe également Olivier Gérard. Et d’insister : « C’est un outil politique, financé par un acteur politique. Quel que soit le travestissement de son propos, il porte des valeurs qui ne sont pas celles de l’école républicaine. »

    Et pour la CGT, l’émetteur plus encore que les propos parfois habillés de bienveillance, éclaire la perfidie de l’intention politique, le projet idéologique déterminant la portée réelle d’un discours aussi séduisant paraît-il. Comme : « La jeunesse représente l’énergie qui doit porter la nation vers son avenir. » Le problème c’est que la formule vient de l’ex-dictateur du Chili Augusto Pinochet, prononcé le 9 juillet 1977, fait remarquer Olivier Gérard.

    Et de poursuivre : « Nous savons ce que vise cette galaxie réactionnaire. Elle se bat pour remodeler la société selon une vision autoritaire, identitaire et inégalitaire, en faisant de l’institution scolaire un instrument de normalisation idéologique et de hiérarchisation sociale. » L’occasion, de réaffirmer que « la CGT ne cédera jamais, nulle part, face à l’extrême droite ». Pas question donc d’accepter les pressions, intimidations, tentatives d’entrisme et les récits identitaires. Le responsable syndical conclut : « L’École ne doit pas se taire au nom d’une neutralité dévoyée, mais tenir droite, fidèle à sa mission, et refuser de devenir le terrain d’une idéologie qui nie l’égalité et fragilise la démocratie. La CGT, elle, ne lâchera jamais rien. »

    La Marseillaise non plus.