Category: international

  • [Entretien] Claire San Filippo : « Les conditions de vie à Gaza demeurent catastrophiques »

    [Entretien] Claire San Filippo : « Les conditions de vie à Gaza demeurent catastrophiques »

    Malgré l’annonce, le 10 octobre dernier, d’un cessez-le-feu conditionné, notamment, à la libération des derniers otages israéliens, la guerre se poursuit dans la bande de Gaza. Les bombardements ont déjà fait plus de 200 morts. Israël accuse le Hamas d’avoir restitué trois corps qui ne sont pas ceux d’otages enlevés le 7 octobre 2023. Le mouvement islamiste palestinien a, jusqu’à ce dimanche soir, restitué les dépouilles de 17 des 28 otages décédés, qu’il a accepté de remettre dans le cadre d’un accord de trêve négocié par les États-Unis avec Israël. Conformément à cet accord, pour chaque Israélien rendu, Israël a remis 15 corps de Palestiniens morts pendant la guerre, soit un total de 225.

    La Marseillaise : Un cessez-le-feu est censé être en place dans la bande de Gaza, mais les frappes israéliennes se poursuivent. Quelles sont les remontées de vos équipes ?

    Claire San Filippo : Le cessez-le-feu est indispensable, vital, dans la bande de Gaza, mais il reste extrêmement fragile. Le 29 octobre, nos équipes ont soigné des patients gravement blessés lors d’attaques menées par des forces israéliennes dans diverses structures de santé, notamment les hôpitaux d’Al-Aqsa, de Nasser et d’Al-Shifa. Depuis le début du cessez-le-feu, d’après le ministère de la Santé, plus de 211 personnes ont été tuées. Elles viennent s’ajouter à un bilan humain qui est absolument effroyable : plus de 68 000 personnes ont été tuées, 170 000 ont été blessées. Ces chiffres ne comprennent pas les personnes qui restent encore malheureusement sous les décombres, ni celles décédées faute d’accès aux soins. Derrière ces chiffres, il y a des individus, des vies qui sont détruites, des familles qui sont déchirées et un impact psychologique absolument dramatique. La bande de Gaza est détruite à plus de 90%, c’est inimaginable. Plus de 90% de la population a été déplacée à un moment ou à un autre et continue d’être privée de tout : d’un accès à l’eau, de quantité de nourriture suffisante, d’accès aux soins de santé, d’un logement sûr, digne, salubre, ce qui est particulièrement important alors que l’hiver approche à grands pas. Les personnes sont entassées dans des tentes de fortune, dorment à ciel ouvert ou au milieu de décombres, d’ordures, d’égouts. Plus de 70% de nos consultations, dans le sud, sont liées à des maladies qui sont directement en lien avec ces conditions de vie qui demeurent absolument catastrophiques.

    Quelles sont ces maladies qui se propagent ? Comment le système de santé peut-il y faire face ?

    C.S.F. : Ce sont des maladies cutanées, comme la gale par exemple, des maladies respiratoires, en augmentation avec le début de l’hiver, mais aussi des maladies gastro-intestinales, qui sont très liées à la destruction du système d’approvisionnement en eau et des systèmes d’assainissement. À MSF, on a traité plus de 78 000 cas de diarrhée au cours des deux dernières années, dont 24 000 depuis le mois d’avril 2025. Les Nations Unies avaient confirmé, le 22 août dernier, une situation de famine. Depuis l’annonce du plan américain, il y a une nette amélioration sur les marchés, avec la possibilité d’acheter des fruits, des légumes, du gaz domestique, mais ça ne résout pas le problème. La question nutritionnelle se pose aussi pour les quelque 170 000 blessés, parce qu’évidemment, la guérison nécessite un apport calorique important. Le manque d’accès à l’eau et d’hygiène de bases provoque des infections qui sont normalement évitables, mais sont aujourd’hui courantes à Gaza.

    L’aide humanitaire a-t-elle pu enfin entrer ?

    C.S.F. : On ne constate pas d’amélioration suffisante. Notre préoccupation majeure, c’est qu’à l’approche de l’hiver, s’il n’y a pas une amélioration immédiate, significative et massive de l’approvisionnement et de l’entrée de l’aide humanitaire, le risque de décès lié à des maladies évitables va être très élevé. Depuis le début de ce conflit, les autorités israéliennes ont apposé des blocages significatifs persistants face à l’entrée de l’aide humanitaire à toutes les étapes du processus d’approvisionnement, qui est extrêmement bureaucratique, qui manque de clarté et de cohérence. MSF exhorte les autorités israéliennes à laisser immédiatement entrer l’aide humanitaire en masse et de manière durable pour pouvoir répondre aux besoins qui sont absolument énormes.

    La Fondation humanitaire de Gaza (GHF organisation privée soutenue par Trump et Netanyahu) s’est dit prête à reprendre les distributions d’aide alimentaire. Cela vous inquiète ?

    C.S.F. : La GHF était tout sauf une organisation humanitaire. Elle a mis en place, dans la bande de Gaza, un système de violence institutionnalisé, de famine et de déshumanisation. En juin et en juillet dernier, sur une période de sept semaines, nous avons reçu dans nos deux centres de santé seulement quelque 1 380 blessés qui arrivaient des soi-disant sites de distribution alimentaire de cette fondation humanitaire, dont 28 cadavres. La situation était absolument catastrophique et nous avons appelé, avec toutes les autres organisations humanitaires et les agences de l’ONU, à la fermeture immédiate de la GHF, qui envoyait les gens à la mort. Pour nous, c’était des massacres orchestrés. Il est indispensable que tout plan futur de l’organisation du système humanitaire soit sous la houlette des Nations unies, dont l’expertise et l’expérience n’est pas à démontrer, et en aucun cas soit militarisée comme la GHF.

    Quinze membres de MSF ont été tué à Gaza depuis deux ans. Des enquêtes sont-elles en cours ?

    C.S.F. : Plus de 1 700 membres du personnel soignant est décédé à Gaza. Ce chiffre est effroyable et effrayant. Le décès d’un membre du personnel de santé, c’est une perte irréparable pour sa famille, ses proches, mais c’est aussi une perte pour l’ensemble du système de santé et pour la population gazaouie. On a vu, pendant cette guerre, que les structures de santé ont été ciblées, bombardées, de nombreux raids ont eu lieu. Des personnels soignants ont été et continuent d’être détenus, y compris sans avoir été inculpé. Aujourd’hui près de 16 000 patients sont en attente d’évacuation médicale vers d’autres pays, parce que ne pouvant pas être traités à Gaza, où seuls 14 des 36 hôpitaux sont encore ouverts. Les structures sanitaires sont submergées par un nombre très élevé de patients, qu’ils soient blessés, brûlés, polytraumatisés. À MSF, 15 de nos collègues ont été tués par les Israéliens depuis le début du conflit. Les mots me manquent pour décrire l’impact que cela a sur leurs familles, leurs proches, ainsi que les équipes. Le 2 octobre dernier, nous avons perdu deux de nos collègues dans une frappe aérienne israélienne. Ils venaient d’arriver dans une zone qui était censée être sûre après avoir fui la ville de Gaza suivant l’ordre d’évacuation des Israéliens. Ils ont été tués en attendant le bus pour se rendre sur leur lieu de travail dans l’hôpital de MSF. Ils étaient ergothérapeutes et kinésithérapeutes. Leur décès a évidemment eu un impact énorme sur ces activités qui sont absolument cruciales dans ce conflit.

  • En Espagne, douleur et colère un an après la catastrophe

    En Espagne, douleur et colère un an après la catastrophe

    Le 29 octobre 2024 des inondations dévastatrices ravageaient villes et villages dans le sud-est de l’Espagne. 237 personnes trouvaient la mort dont 229 dans la région de Valence. Les pluies torrentielles dans la nuit du 28 au 29 octobre atteignirent par endroit, en quelques heures, jusqu’à 700 litres au mètre carré. À la tragédie humaine, il faut ajouter la destruction de centaines de maisons, de routes, de diverses infrastructures et équipements collectifs. Cet évènement est considéré comme la pire catastrophe hydrologique de l’Espagne.

    Quelques jours plus tôt, dès le 23 octobre, l’Agence d’État espagnole de Météorologie (AEMET) alertait sur la formation imminente d’une goutte froide, la DANA, ce qui veut dire : dépression isolée en haute altitude. Le 28 octobre, vers 22h d’importants orages de grêle commencent à s’abattre sur la région. Dès le 29 au matin l’AEMET émet une alerte rouge. Il aura fallu attendre 20h11 pour que l’alerte soit donnée par la Generalitat de Valence alors que les morts se comptaient déjà par dizaines.

    Au-delà du traumatisme, toujours présent dans les populations affectées par ce drame, il y a une colère qui ne cesse de s’amplifier depuis un an. Samedi dernier des milliers de manifestants à Valence ont demandé vérité, justice et réparation et la démission du président de la Generalitat de Valence Carlos Mazon, membre du Parti Populaire, dont l’attitude le jour de la tragédie ne cesse de poser des questions. Alors que la situation s’aggravait au fil de la journée, Carlos Mazon s’absentait vers 15h, pour un déjeuner au restaurant avec une journaliste, pour un entretien d’embauche qui devait durer quatre heures. Injoignable, aucune décision ne pouvait être prise. Ce n’est que vers 20h qu’il réapparaît et fait déclencher l’alerte téléphonique aux populations de la région à 20h11. À cette heure les morts se comptaient déjà par dizaines.

    « Évitables »

    Dans le résumé de l’enquête pénale menée par la juge Nuria Ruiz Tobarra, celle-ci considère que la plupart des décès étaient évitables car ils se sont produits avant que les autorités n’envoient à 20h11 un message d’alerte tardifs vers les portables qui demandait « d’éviter tout déplacement dans la province de Valence ». Mais à ce moment là les gens avaient déjà pris leur voiture et rentraient du travail ou étaient descendus dans les garages pour essayer de sauver leurs véhicules. Au total, 103 corps sans vie ont été retrouvés dans des rez-de-chaussée, sur des parkings et dans des sous-sols. Le 112 avait déjà reçu plus de 15 000 appels de détresse avant le déclenchement de l’alerte. Dans une garderie de Paiporta, une des communes les plus touchées, les enfants jouent à empiler des petites voitures, car ils ont en mémoire l’image gravée pour toujours en eux, des cimetières de voitures à chaque coin de rue. Au total, 140 000 véhicules ont été répertoriés dans les casses de la région. Cette catastrophe a aussi révélé une forte solidarité de milliers de bénévoles organisés via les réseaux sociaux, venus apporter leur aide dans les zones les plus touchées. Ça été aussi le déploiement de plus de 30 000 soldats, menant à bien 12 552 missions sur une superficie de 4 608km² soit 43% de la provincede Valence, où 72 communes ont été touchées.

    Ce mercredi 29 octobre des funérailles d’État auront lieu à la cité des Arts et des Sciences de Valence afin de rendre hommage aux victimes. La cérémonie débutera à 18 heures en présence des familles, de Pedro Sanchez chef du gouvernement, Carlos Mazon président de la Generalitat et le Roi Felipe VI.

  • Le PKK affirme retirer ses forces de la Turquie vers le nord de l’Irak

    Le PKK affirme retirer ses forces de la Turquie vers le nord de l’Irak

    « Nous mettons en œuvre le retrait de toutes nos forces à l’intérieur de la Turquie », a déclaré le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) dans une déclaration lue lors d’une cérémonie organisée dimanche en présence de la presse dans le nord de l’Irak. Le mouvement kurde a simultanément diffusé une photo montrant selon lui 25 combattants, dont huit femmes, se trouvant désormais dans le nord de l’Irak après avoir quitté la Turquie. Ce retrait a pour objectif de faire passer « le processus de paix et de société démocratique à la deuxième étape », a détaillé par Sabri Ok, membre du conseil exécutif de l’Union des communautés du Kurdistan (KCK).

    Car suite à un appel du chef historique Abdullah Öcalan le 27 février, le PKK multiplie les gestes en direction des autorités turques. Il y a eu un cessez-le-feu annoncé le 1er mars, l’auto-dissolution du PKK lors du 12e congrès qui s’est tenu du 5 au 7 mai avec l’annonce de la fin de sa stratégie de lutte armée et une cérémonie en juillet dans le nord de l’Irak durant laquelle une trentaine de combattants en treillis, avaient brûlé leurs fusils pour marquer une première phase de désarmement.

    « Au cours des huit derniers mois, la partie kurde a franchi des étapes historiques dans le cadre de l’Appel à la paix et à une société démocratique », a souligné Sabri Ok. Mais des étapes franchies de manière unilatérale car si la Turquie a salué cette annonce dimanche, elle se contente souvent de recueillir les lauriers sans véritablement faire sa part pour basculer dans un processus désormais politique.

    La libération d’Ocalan :

    « La clé »

    Lors de sa cérémonie dimanche, Sabri OK a donc appelé la Turquie à prendre les mesures juridiques nécessaires à la poursuite du processus de paix et à permettre l’intégration de ses militants dans la vie politique. « Les mesures juridiques et politiques voulues par le processus » et les lois « nécessaires à la participation à la vie politique démocratique doivent être mises en place sans délai », a souligné le PKK dans sa déclaration. « Nous voulons des lois spécifiques à ce processus (de paix), pas simplement une amnistie » pour les membres du PKK, a déclaré sur place à des journalistes Sabri Ok, en soulignant l’importance que ces mesures garantissent la « liberté ».

    Le parti pro-kurde DEM, troisième force au Parlement turc, a joué un rôle clé pour ce processus, en servant notamment d’intermédiaire entre Ankara et le PKK. Selon des médias turcs, une délégation du DEM doit à nouveau rencontrer le président Erdogan dans les prochains jours avant de se rendre sur l’île-prison d’Imrali pour s’entretenir avec Abdullah. Öcalan.

    Un dirigeant du mouvement kurde, Devrim Palu, a affirmé aux journalistes que la libération du chef historique emprisonné depuis 1999 sur l’île-prison d’Imrali au large d’Istanbul, était une condition « cruciale pour que ce processus avance avec une plus grande efficacité ». Pour Sabri Ok, la commission parlementaire turque créée en août et chargée de préparer un cadre légal au processus de paix et devant, en autre, décider du sort d’Abdullah Öcalan, doit « se rendre immédiatement » à Imrali pour « écouter » le chef historique du PKK. « C’est la clé », a-t-il dit dimanche à des journalistes.

    Le dernier paragraphe du communiqué « s’adresse à nos peuples, en particulier aux femmes et aux jeunes : il ne s’agit pas d’attendre quoi que ce soit de quelqu’un, mais de créer et de conquérir une vie libre et démocratique par une lutte organisée. Ainsi, quiconque s’identifie à cette vie doit se mobiliser et mener une lutte pour la réussite du processus de « paix et de société démocratique ».

  • [Entretien] Daniel Durand : « Le risque de guerre mondiale est réel, mais il faut garder son sang-froid »

    [Entretien] Daniel Durand : « Le risque de guerre mondiale est réel, mais il faut garder son sang-froid »

    La Marseillaise : Ce 80e anniversaire est célébré dans un contexte inquiétant, de « menace existentielle pour l’Onu ». Faut-il craindre le pire ?

    Daniel Durand : Nous sommes dans une période difficile, inquiétante à de nombreux égards où le risque de guerre mondiale est réel. Mais il faut garder son sang-froid. Il y a déjà eu, ces quatre-vingts dernières années, des périodes extrêmes : les années 1960, avec les missiles russes à Cuba, les années 1980, avec les euromissiles et les risques d’affrontements en Europe, pour ne citer qu’eux. Il y a 80 ans on crée les Nations Unies, on établit une charte qui est censée régir les rapports des nations. Dès le départ, il y a deux conceptions qui vont s’affronter. Il y a l’espoir de la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’idée qu’on peut essayer de construire une humanité débarrassée de la violence, qui se traduit dans le texte fondateur par ce magnifique préambule « Nous, peuple des Nations Unies ». Et puis, il y a une autre conception qui traverse la charte de manière souterraine, c’est l’accord entre les deux vainqueurs de la guerre, l’Union Soviétique et les États-Unis, qui, pour régler leurs relations, privilégient le plan des rapports de force, et donc négocient entre eux le règlement au Conseil de Sécurité. Ce qu’on appelle le droit veto et la création de membres permanents. D’un côté, on a « nous, les peuples », et de l’autre, on a « nous, les États ». Cette opposition traverse l’histoire des 80 ans qui viennent de s’écouler.

    Dans votre livre vous saluez la place que tient désormais le droit international grâce à l’Onu. Comment cela a été rendu possible ?

    D.D. : Dans les dernières années, il y a eu des évolutions profondes notamment concernant le droit international qui est devenu une question politique de premier plan. En 2024, à deux reprises, la Cour internationale de justice (CIJ) s’est prononcée sur le risque de génocide à Gaza et sur la légalité ou non de l’occupation israélienne. Ça n’avait jamais été tranché de manière claire depuis 1967. La CIJ a statué que « non », il n’y a pas de doute, l’occupation israélienne des territoires occupés est illégale et Israël doit s’en retirer. Ces décisions ou ces avis sont rejetés, contestés par les États-Unis, par Israël, mais elles posent un problème politique et c’est un appui pour tous ceux qui veulent construire un monde où il y ait des véritables normes. Donc, on est vraiment dans un débat.

    C’est par ailleurs la pression des ONG qui a permis la création de la Cour pénale internationale (CPI). Celle-ci peut lancer des mandats d’arrêt contre quelqu’un comme Vladimir Poutine, le dirigeant d’une puissance membre permanent du conseil de sécurité.

    Depuis trois ans [et l’invasion russe en Ukraine, Ndlr], Poutine ne peut plus se déplacer comme il le veut. Cela concerne aussi le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu qui a été contraint de modifier son itinéraire de vol en se rendant à Washington pour ne pas survoler des pays comme l’Espagne ou autres, où il risquait d’être arrêté.

    Vous appelez à une réduction drastique des dépenses d’armement dans le monde. C’est bien le contraire qui se déroule actuellement…

    D.D. : Il faut être extrêmement inquiet et mobilisé sur ce qui est en train de se passer, notamment sur l’augmentation considérable des dépenses d’armement. On va sans doute approcher à la fin de cette année des 3 000 milliards de dollars de dépenses d’armement. À la fin de la Guerre froide, en 1989, on était à 900 milliards de dollars. On sait que des armes, un jour ou l’autre, sont faites pour servir. On assiste à deux phénomènes inquiétants : l’accumulation d’armes dans de nouvelles parties du globe, par exemple au Moyen-Orient, dans les pays du pétrole et en Europe avec la volonté des différents pays européens maintenant de dépasser les 3% du PIB et d’aller à 5%.

    La semaine dernière, le secrétaire général de l’Otan, a lui-même dit que l’augmentation des dépenses militaires se fait aux dépens des dépenses de développement, des dépenses sociales, etc. C’est le danger principal et immédiat auquel il faut faire face. Il ne faut pas lâcher sur le renforcement et l’élargissement des traités.

    Comment rester optimiste ?

    D.D. : Il faut avoir un regard intériorisé par rapport à ce que représentent les Nations Unies. Les problèmes qui sont en face de nous que ce soit le climat, l’eau, les migrations, sont globaux et on ne les réglera que si on les ressent comme des problèmes touchant l’ensemble de notre communauté.

  • L’ONU, une maison commune menacée

    L’ONU, une maison commune menacée

    « Nous, peuples des nations unies, résolus à préserver les générations futures du fléau de la guerre qui deux fois en l’espace d’une vie humaine a infligé à l’humanité d’indicibles souffrances. » Il y a quatre-vingts ans jour pour jour, la charte des Nations Unies était ratifiée par la Chine, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, l’URSS, les vainqueurs de la Seconde guerre mondiale aux côtés de 46 autres états. L’idée étant d’empêcher un nouveau conflit mondial dévastateur. Cette volonté d’une communauté internationale avait déjà émergé au lendemain de la Première Guerre mondiale, avec Société des nations (SDN) créée en 1919 et qui se solde par un échec après 25 ans d’engagement.

    L’Organisation des Nations Unies (ONU) est donc fondée sur quatre missions : maintenir la paix et la sécurité internationale, favoriser la coopération internationale, lutter contre la pauvreté et assurer le respect des droits de l’homme. Deux ans après la ratification de la charte, le drapeau est adopté, fond bleu et rameau d’olivier, symboles de la paix.

    Quatre-vingts ans plus tard, l’institution est critiquée, les attaques fusent. Dans son texte fondateur, il est notifié dès l’article 2 que « l’organisation est fondée sur le principe de l’égalité souveraine de tous ses membres ». Si ce principe s’applique pour l’Assemblée générale et ses 193 États membres, ce n’est pas le cas du Conseil de sécurité, organe exécutif de l’Onu, dont seuls les cinq membres permanents ont un droit de veto. Cette hiérarchie, issue de la guerre, pose question au fil des ans et des conflits qui éclatent. Ces lignes ne suffiront pas à tous les lister… Le génocide à Gaza en est un exemple criant. Les États-Unis, allié indéfectible d’Israël, ont, en deux ans seulement, opposé à six reprises leur veto sur des projets de résolutions exigeant la fin immédiate et permanente de la guerre sur le territoire palestinien. « La 10 000e réunion du Conseil de sécurité se solde par un veto, symbole de sa paralysie », se désolait le 18 septembre dernier le site d’information onusien. L’organisation reste, à ce jour, la seule garante du multilatéralisme. Et fait face à l’une de ses plus grandes menaces à ce jour en la personne de Donald Trump.

    C’est au siège new-yorkais de l’institution, à la tribune de la grande salle recouverte de marbre vert qu’ont été prononcés les discours parmi les plus marquants de notre histoire récente. De Harry Truman à Yasser Arafat, Thomas Sankara, Fidel Castro en passant par Nelson Mandela, Mouammar Kadhafi, Vladimir Poutine. Ces murs ont été le théâtre de la diplomatie mondiale. Pour le meilleur et parfois, le pire. « L’ONU ne règle pas les problèmes (…), elle en crée de nouveaux que nous devons résoudre », c’est ce qu’a avancé l’actuel président américain le 25 septembre dernier. Depuis le retour du milliardaire républicain au pouvoir en janvier, les États-Unis, premier contributeur de l’ONU, ont suspendu leur financement. C’est 1,5 milliard de dollars de cotisés qui n’avaient pas été payés au 30 septembre, dont 300 millions de dettes cumulées au fil des années selon un rapport de l’ONG Service international pour les droits de l’Homme (ISHR), publié ce mardi.

    À cela s’ajoutent les manœuvres de la Chine et de la Russie pour couper les financements de certains organismes qui déplaisent à ces deux puissances. « À l’heure où l’ONU est en pleine réforme et où la crise financière la frappe durement, ces efforts (…) constituent une menace existentielle pour le système des droits humains », note l’ONG suisse.

    Une catastrophe pour l’ONU qui prévoit d’ores et déjà une réduction de 15% de son budget ordinaire pour 2026, qui va nécessairement impacter les 38 000 personnes travaillant pour le Secrétariat et les 112 000 agents sur le terrain. Et des millions de personnes dans le monde.

    CHRONOLOGIE

    24 octobre 1945 : Ratification de la charte

    La charte de l’Organisation des Nations Unies est ratifiée et acte sa création officielle. Les cinq membres permanents, vainqueurs de la Seconde guerre mondiale sont signataires aux côtés de 46 autres États.

    10 décembre 1948 : Déclaration universelle des droits de l’Homme

    Les 58 États qui siègent alors au sein de l’Assemblée générale adoptent la Déclaration universelle des droits de l’homme à Paris.

    22 novembre 1967 : La résolution 242

    Après la guerre des Six Jours le Conseil de Sécurité adopte la résolution 242 censée servir de base à la paix au Moyen Orient. Le texte demande, déjà, le « retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés».

    13 novembre 1974 : Arafat, le rameau d’olivier et le fusil

    Le leader de l’Organisation de libération de la Palestine, Yasser Arafat, s’exprime pour la première fois devant l’Assemblée générale, dans ce qui était alors considéré comme un tournant.

    4 octobre 1984 : Sankara à la tribune

    Dans la célèbre salle de marbre vert, le président burkinabé lance un vibrant discours contre les grandes puissances impérialistes qui restera dans l’histoire.

    31 janvier 1992 : Première réunion du conseil de sécurité

    Le Conseil de sécurité tient la première réunion de son histoire au niveau des chefs d’État ou de gouvernement dans son siège new-yorkais. Ce rendez-vous posera les bases d’un rapport du Secrétaire général intitulé « Agenda pour la paix ».

    5 février 2003 : Colin Powell et la fiole

    Pour justifier d’une intervention militaire en Irak, le secrétaire d’État américain Colin Powell présente de fausses preuves d’armes de destruction massives retrouvées sur le sol irakien. Le discours du Français Dominique de Villepin restera aussi un moment fort de l’opposition à cette guerre basée sur ce mensonge.

    12 décembre 2015 : Accord de Paris

    Lors de la COP21 de Paris, 195 partis signent un accord et universel sur le climat.

    30 janvier 2020 : Épidémie mondiale

    Le directeur de l’Organisation mondiale de la santé déclare l’épidémie de Covid-19 urgence de santé publique de portée internationale.

  • Les réflexions de Pinar Selek sublimées par Ariane Ascaride

    Les réflexions de Pinar Selek sublimées par Ariane Ascaride

    Acquittée à quatre reprises, Pinar Selek est poursuivie depuis 1998, d’abord pour ses travaux universitaires sur les Kurdes, puis pour un attentat dont elle est innocente. Installée en France depuis 2011, elle est aujourd’hui enseignante-chercheuse à l’Université Côte d’Azur (Nice). Ce mardi, la sociologue franco-turque a poursuivi son combat pour la liberté d’expression à Marseille, entourée de ses soutiens. À l’occasion de la 6e audience de son 5e procès qui se déroule à Istanbul, une nouvelle journée de solidarité a été organisée dans la cité phocéenne. Elle s’est clôturée dans la bibliothèque de l’Alcazar (1er).

    L’actrice marseillaise Ariane Ascaride a proposé la lecture de trois textes de Pinar Selek – « Savoirs nomades », « Acrobatie pour les libertés » et « Aimer ou construire » – où se racontent l’absurdité des frontières, des réflexions sur l’exil, le rapport des humains au reste du vivant, le racisme anti-kurde, et bien d’autres réflexions. « C’est un très grand cadeau pour moi, je n’avais jamais lu mes textes à voix haute. Ariane leur a donné encore un autre sens, car elle a pu ajouter les silences qu’on ne peut pas voir à la lecture », s’est émue Pinar Selek après la performance de la comédienne.

    « Je voudrais insister sur le fait que cette fille-là est vraiment étrange. Je n’ai jamais vu quelqu’un comme elle. C’est une guerrière. Elle se bat pour sa vie et arrive à intellectualiser tout son rapport au monde. Elle le fait pour que d’autres puissent comprendre par quoi on passe sans être simplement submergé par l’émotion, s’est enthousiasmé Ariane Acaride, quelques instants après ses lectures. Et après, cette intellectuelle s’en va dans le pays des fées pour raconter des histoires magiques. Vous avez beaucoup de chance de la connaître ».

    Procès encore reporté

    Pour la 6e fois consécutive, le 5e procès de Pinar Selek a, mardi, été reporté par la justice turque. « Il semble que les juges avaient déjà pris leur décision avant même d’échanger avec les avocats », a déclaré Seyda Selek, mathématicienne devenue avocate pour défendre sa sœur, présente lors de l’audience de mardi à Istanbul, aux côtés de la délégation internationale sur place pour soutenir la sociologue. La date du prochain procès est fixée au 2 avril 2026.

    Poursuivie depuis 27 ans par Ankara, Pinar Selek ne peut plus se rendre en Turquie, où elle risque d’être arrêtée. « Ils veulent nous épuiser, mais ils n’y arrivent pas. Nous continuons de résister et ça les énerve, c’est pour cela qu’ils ne font que reporter l’audience et qu’ils envoient des lettres de menace à Ariane », a constaté Pinar Selek, mardi soir. Et de poursuivre : « Aujourd’hui, j’ai vu tant de solidarité autour de moi, tant d’expériences, d’analyses, de formes d’expressions qui convergent… Ça me donne la pêche. Je peux encore courir longtemps sans m’arrêter ». Définitivement indomptable.

  • Les soutiens de Pinar Selek réunis à l’Imera d’AMU

    Les soutiens de Pinar Selek réunis à l’Imera d’AMU

    « Transformer ce malheur en une action politique », déclarait, lundi, Pinar Selek dans nos colonnes, à propos de l’acharnement judiciaire que lui fait subir l’État turc depuis 27 ans. C’était l’ambition de la journée organisée, mardi, à l’institut d’études avancées d’Aix-Marseille, où la sociologue franco-turc et ses soutiens ont été reçus entre 9h et 16h, en parallèle de la 6e audience du 5e procès de la militante féministe. « Comme Pinar Selek n’assiste pas aux audiences à Istanbul, le comité de soutien organise des journées de sensibilisation et de mobilisation sur les journées d’audience, détaille Valérie Manteau, membre du comité de soutien à Pinar Selek de Marseille. Aujourd’hui, on a la chance d’être reçus par l’IMERA, un lieu qui accueille des chercheurs en exil. On a choisi de centrer la journée sur la question des libertés académiques parce que Pinar Selek est aussi poursuivie pour ses recherches universitaires ».

    Quatre chercheurs, dont Brian Sandberg, arrivée en France dans le cadre du programme Safe Place for science, imaginé pour accueillir les universitaires étasuniens qui ne pouvaient plus exercer librement avec l’arrivée de Donald Trump au pouvoir, se sont donc exprimés sur le sujet. L’après-midi a également été l’occasion d’une visio conférence avec la délégation internationale présente à Istanbul pour le procès. Pour la 6e fois consécutive, le procès de Pinar Selek a mardi été reporté à avril.

    M.M.
  • Les réflexions de Pinar Selek sublimées par Ariane Acaride

    Les réflexions de Pinar Selek sublimées par Ariane Acaride

    Acquittée à quatre reprises, Pinar Selek est poursuivie depuis 1998, d’abord pour ses travaux universitaires sur les Kurdes, puis pour un attentat dont elle est innocente. Installée en France depuis 2011, elle est aujourd’hui enseignante-chercheuse à l’Université Côte d’Azur (Nice). Ce mardi, la sociologue franco-turque a poursuivi son combat pour la liberté d’expression à Marseille, entourée de ses soutiens. À l’occasion de la 6e audience de son 5e procès qui se déroule à Istanbul, une nouvelle journée de solidarité a été organisée dans la cité phocéenne. Elle s’est clôturée dans la bibliothèque de l’Alcazar (1er).

    L’actrice marseillaise Ariane Ascaride a proposé la lecture de trois textes de Pinar Selek – « Savoirs nomades », « Acrobatie pour les libertés » et « Aimer ou construire » – où se racontent l’absurdité des frontières, des réflexions sur l’exil, le rapport des humains au reste du vivant, le racisme anti-kurde, et bien d’autres réflexions. « C’est un très grand cadeau pour moi, je n’avais jamais lu mes textes à voix haute. Ariane leur a donné encore un autre sens, car elle a pu ajouter les silences qu’on ne peut pas voir à la lecture », s’est émue Pinar Selek après la performance de la comédienne.

    « Je voudrais insister sur le fait que cette fille-là est vraiment étrange. Je n’ai jamais vu quelqu’un comme elle. C’est une guerrière. Elle se bat pour sa vie et arrive à intellectualiser tout son rapport au monde. Elle le fait pour que d’autres puissent comprendre par quoi on passe sans être simplement submergé par l’émotion, s’est enthousiasmé Ariane Acaride, quelques instants après ses lectures. Et après, cette intellectuelle s’en va dans le pays des fées pour raconter des histoires magiques. Vous avez beaucoup de chance de la connaître ».

    Pour la 6e fois consécutive, le 5e procès de Pinar Selek a, mardi, été reporté par la justice turque. « Il semble que les juges avaient déjà pris leur décision avant même d’échanger avec les avocats », a déclaré Seyda Selek, mathématicienne devenue avocate pour défendre sa sœur, présente lors de l’audience de mardi à Istanbul, aux côtés de la délégation internationale sur place pour soutenir la sociologue. La date du prochain procès est fixée au 2 avril 2026.

    Poursuivie depuis 27 ans par Ankara, Pinar Selek ne peut plus se rendre en Turquie, où elle risque d’être arrêtée. « Ils veulent nous épuiser, mais ils n’y arrivent pas. Nous continuons de résister et ça les énerve, c’est pour cela qu’ils ne font que reporter l’audience et qu’ils envoient des lettres de menace à Ariane », a constaté Pinar Selek, mardi soir. Et de poursuivre : « Aujourd’hui, j’ai vu tant de solidarité autour de moi, tant d’expériences, d’analyses, de formes d’expressions qui convergent… Ça me donne la pêche. Je peux encore courir longtemps sans m’arrêter ». Définitivement indomptable.

  • [Entretien] Pinar Selek : « Transformer ce malheur en une action politique »

    [Entretien] Pinar Selek : « Transformer ce malheur en une action politique »

    Pinar Selek sera ce mardi, à Marseille, où deux rendez-vous sont organisés en parallèle de son procès à Istanbul : l’un à l’Institut d’études avancées de l’Université d’Aix-Marseille, l’autre à l’Alcazar, où l’actrice Ariane Ascaride proposera une lecture de textes de la militante.

    La Marseillaise : Quel est votre état d’esprit à la veille de l’ouverture de ce énième procès ?

    Pinar Selek : Ce procès est symbolique en Turquie. Autour de lui s’articulent une lutte de justice, mais aussi de nombreuses luttes sociales. Il est question de mes investissements militants en Turquie, en France, en Italie, mais aussi en Belgique d’où je reviens tout juste. Il y a une convergence des luttes. Il faut aussi savoir que mon procès a lieu dans la foulée de celui d’Ekrem Imamoglu, maire d’Istanbul [Parti républicain du peuple, CHP] et principal opposant du président Recep Tayyip Erdogan [Parti de la justice et du développement, AKP] et à la veille de ceux d’avocats, journalistes ou responsables politiques qui défendent les droits démocratiques fondamentaux. En Turquie, les manifestations ne sont pas que dans les rues, la lutte se poursuit aussi dans les tribunaux. Plusieurs actions sont organisées en parallèle de mon procès, à Marseille, mais aussi sur place à Istanbul, où une délégation internationale sera présente. Nous transformons ce malheur en une action politique.

    Pensez-vous que le processus de paix qui s’initie entre Ankara et le PKK (Parti travailliste du Kurdistan) peut avoir une influence positive sur votre procès ?

    P.S. : Une bonne décision pourrait être le signe d’un espoir. Plus globalement sur le processus de paix, je pense que la Turquie est forcée d’y entrer au vu du contexte international. Les Kurdes veulent construire la politique avec des moyens démocratiques. C’est eux qui sont en train de construire la paix par le bas. Ils organisent des réunions, des congrès et des conférences, ils essaient de rendre possible une transformation. Il n’y a pas de paix pour l’instant, car elle se construit avec beaucoup de difficulté. Mais les Kurdes essaient de dépasser le conflit armé. Ils tentent de construire la paix avec beaucoup de force. Bien sûr, ce processus peut être utile à mon procès.

    Quel regard portez-vous sur les actions menées par les comités créés pour vous soutenir ?

    P.S. : Ces comités réunissent beaucoup de personnes différentes, toutes d’un milieu de gauche, progressiste, mais assez diversifié. J’ai connu des gens extraordinaires, très différents, que je n’aurais jamais pu connaître autrement. Ce sont généralement des gens engagés pour d’autres causes, féministes, anarchistes, antimilitaristes, communistes, écologistes… Ils deviennent amis, ce qui crée, je pense, un renforcement de l’espace des luttes sociales. Ils n’arrivent pas à nous épuiser. On leur répond avec nos créations. Nous ne sommes pas puissants comme eux, nous n’avons pas les mêmes pouvoirs, le même argent, les mêmes armes. Nous sommes non violents, mais nous sommes très très forts. J’attends tous les Marseillaises et Marseillais à mes côtés. Et surtout, je suis très contente qu’Ariane Ascaride lise un de mes textes, mardi soir, c’est une grande amie.

    * À L’Imera, de 9h à 16h, sur inscription. À l’Alcazar à 18h avec entrée libre dans la limite des places disponibles.

  • Les nouveaux dirigeants syriens reçus par Poutine

    Les nouveaux dirigeants syriens reçus par Poutine

    Les sourires cachent-ils de sourdes tensions ? Devant les caméras, Vladimir Poutine a accueilli chaleureusement Ahmad al-Chareh au Kremlin tandis qu’en coulisses un responsable syrien a affirmé à l’AFP que Damas allait demander à Moscou de livrer Bachar al-Assad, réfugié avec sa famille en Russie depuis sa fuite de Syrie en décembre 2024.

    « Au cours de toutes ces décennies, nous avons toujours été guidés par une seule chose : les intérêts du peuple syrien. Nous avons vraiment des liens très profonds avec le peuple syrien », a déclaré Vladimir Poutine, aux côtés du dirigeant syrien, lors de cet accueil filmé par la télévision d’État russe. Il a affirmé que plus de 4 000 jeunes Syriens étudiaient actuellement en Russie, disant espérer qu’ils renforceront à l’avenir « l’État syrien ». « Nous sommes très heureux de vous voir. Bienvenue en Russie », a conclu Vladimir Poutine.

    Pour sa part, Ahmad al-Chareh, accompagné d’une délégation de hauts responsables syriens, a dit vouloir « redéfinir » les relations Damas-Moscou, tout en saluant également « des liens historiques anciens » entre la Syrie et la Russie et les « intérêts communs » entre les deux pays. « Nous respectons tous les accords précédents et cette grande histoire et nous essayons de restaurer et de redéfinir d’une nouvelle manière la nature de ces relations afin que la Syrie puisse jouir de son indépendance, de sa souveraineté, ainsi que de son unité et de son intégrité territoriales (…) de sa sécurité et de sa stabilité », a-t-il ajouté. Moscou avait participé à la guerre que Bachar a menée contre son peuple. Mais pour le nouveau dirigeant syrien, son pays ne peut tourner le dos à la Russie. Il a ainsi précisé qu’une partie des besoins alimentaires de la Syrie dépendaient de « la production russe » et que « de nombreuses centrales » électriques syriennes ont besoin de « l’expertise russe ».

    Après la rencontre, qui a duré deux heures trente selon des médias russes, le vice-ministre russe Alexandre Novak a affirmé que les délégations avaient discuté de la livraison d’aide humanitaire à Damas, ainsi que de projets dans les domaines de l’énergie, des transports, du tourisme, de la santé et de la culture. Selon M. Novak, la Russie est prête à participer à la reconstruction de la Syrie, ravagée par près de 14 ans d’une guerre déclenchée en 2011 par la répression de manifestations prodémocratie. Moscou est aussi prêt à travailler dans le secteur pétrolier syrien : « Il y a des gisements qui nécessitent d’être développés, d’autres en sommeil, et de nouveaux gisements. Nous sommes prêts également à participer », a-t-il déclaré, cité par l’agence Ria Novosti.

    Quel avenir pour les bases militaires russes ?

    Plus tôt mercredi, un responsable gouvernemental syrien ayant requis l’anonymat a affirmé à l’AFP que Damas demanderait à Moscou lors de cette visite de livrer Bachar al-Assad et « tous ceux » ayant commis des « crimes de guerre » et se trouvant en Russie. En fin d’après-midi, aucun dirigeant russe ou syrien n’avait évoqué publiquement cette question. Lundi, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, avait réaffirmé que Moscou avait offert à Bachar al-Assad et sa famille l’asile pour « des raisons purement humanitaires ».

    Outre le sort de l’ex-dirigeant syrien, se pose celui des bases militaires russes de Tartous et de Hmeimim, situées sur la côte méditerranéenne, et qui constituent les seuls avant-postes militaires officiels de la Russie en dehors de l’ex-URSS.