Category: international

  • Forum économique Soft à Marseille : l’ambassadeur d’Ukraine veut la paix

    Forum économique Soft à Marseille : l’ambassadeur d’Ukraine veut la paix

    Invité spécial du Soft 2025, l’ambassadeur d’Ukraine en France Vadym Omelchenko a délivré un message ambivalent. Questionné sur les négociations autour du plan de paix pour son pays élaboré par les États-Unis, il a d’abord fait part de son avis favorable : « On croit dans ce plan de paix. On n’a pas beaucoup d’options et il y a un besoin fondamental de paix pour mon peuple. »

    Avant de faire part de plusieurs nuances : « On est prêt à avoir cette paix mais pas à n’importe quel prix. Notre délégation, pendant les négociations, a souligné nos lignes rouges sur notre souveraineté. » Et de développer : « Pourquoi l’armée ukrainienne quitterait les territoires ukrainiens de l’Est ? Pourquoi l’Ukraine renoncerait à l’adhésion à l’Otan ? Imaginez-vous que quelqu’un dise à la France qu’elle n’a pas le droit de rejoindre un organisme international. » Plus clairement, il assure que la diplomatie ukrainienne « ne peut pas accepter » que son pays ait « une souveraineté limitée » à l’issue des négociations. Et affirme aussi que « la société ukrainienne » ne l’acceptera pas non plus. Plus éloigné de son message en faveur de la paix, il appelle aussi au « réveil » des Européens face à « la menace russe » : « Je crois que les pays baltes et nordiques sont déjà menacés […] par une guerre hybride. »

  • [Entretien] « Écrire des articles ce n’est pas un crime »

    [Entretien] « Écrire des articles ce n’est pas un crime »

    La Marseillaise : Comment appréhendez-vous l’ouverture de ce procès en appel ?

    Maxime Gleizes : C’est un moment important mais on a toujours été véhiculés par beaucoup de choses positives, donc on a de l’espoir. Il y a des signaux positifs, mais on reste prudent parce que ça fait plus d’un an et demi qu’on dit qu’il n’y a rien, qu’il va rentrer demain. Au final, la seule réalité c’est qu’il risque une grosse peine de prison lors de ce procès en appel.

    Quels sont les chefs d’accusation le visant ?

    M.G. : Il lui est reproché d’être entré dans le territoire avec un visa touristique – normalement il devait avoir un visa journalistique – d’apologie du terrorisme et mise en danger de la sécurité de l’État.

    Vous avez pu lui rendre visite en octobre. Dans quel état était-il ? Quelles sont ses conditions de détention ?

    M.G. : On a pu se parler pendant une demi-heure, à peu près, derrière un plexiglas. Quand je l’ai vu en octobre, on n’avait pas encore la date de l’appel. On n’en a pas beaucoup parlé. Il était bien sûr un peu aminci mais très bronzé. Il a deux heures de sortie le matin, deux heures l’après-midi et comme ça fait depuis cinq mois qu’il est en Algérie… Il a aussi le corps très athlétique parce qu’il fait beaucoup de sport, il lit et écrit beaucoup. Il n’est pas content d’être en prison évidemment mais il est très bien traité par les gardes et par les autres prisonniers, tout le monde l’apprécie dans la prison. Globalement, il va bien. Il n’est pas malheureux. Il était très content de me retrouver, de me voir. En tout cas, il n’était pas miné et ça nous a aussi quand même beaucoup rassurés de savoir qu’il vit bien en attente de son procès. Il a un moral d’acier.

    Dans ce contexte de tensions entre Paris et Alger, la libération de Boualem Sansal est une source d’espoir ?

    M.G. : N’importe quelle personne y verrait plutôt un signe positif que négatif. C’étaient les deux personnalités, l’une franco-algérienne et l’autre française, incarcérées du moment. La libération de l’un, on se dit qu’elle favorisera aussi la libération de l’autre. Le cas de Boualem Sansal était aussi un cas épineux. J’ai l’impression que celui de mon frère l’est moins, donc c’est vrai que ça augure de bons espoirs. Même si les deux affaires sont très très différentes, il ne s’agit pas des mêmes canaux. L’Allemagne a été un acteur important à la libération de Sansal. Dans le cas de mon frère, ce ne sont pas les mêmes personnes qui tirent les ficelles de cette libération. Mais en tout cas, c’est plutôt une bonne nouvelle.

    Les deux cas ont été instrumentalisés ?

    M.G. : Je pense que ça n’a pas arrangé le schmilblick. S’il y avait eu une très bonne entente diplomatique du moins entre la France et l’Algérie, il n’y aurait pas eu ces scénarios. Ça me paraît évident. C’est être au mauvais endroit, au mauvais moment. Il y a des signes annonciateurs d’un apaisement entre la France et l’Algérie depuis, c’est pour ça qu’on a envie de surfer là-dessus et de s’imaginer finir les fêtes tranquillement, en famille.

    La mobilisation de la profession une source d’espoir ?

    M.G. : Lui, n’était au courant de rien, comme il n’a pas la télé française, il ne sait pas du tout ce qui se passe. En Algérie, on parle peu de l’affaire, ce qui est aussi plutôt bon signe, parce qu’il n’est pas repris par d’autres champs politiques. Quand je lui ai parlé des interviews, des articles sur lui, des gens mobilisés, des actions qui se font pour lui, il s’est dit mais pourquoi pour moi ? La mobilisation du monde du foot, des clubs de Ligue 1, des personnalités publiques et journalistiques, comme Denis Brognard, Hervé Matou et même Benjamin Biolay, toutes ces personnes, on les remercie.

    Le cas de votre frère rappelle que la liberté de la presse est menacée, partout, notamment en Algérie ?

    M.G. : On n’est pas obligé de prendre cause forcément pour mon frère et de l’affaire en elle-même. Mais ça raconte énormément sur ce qu’on peut dire parce que ça ne reste que des mots sur du papier. Ce n’est pas un crime d’essayer de faire des livres, d’écrire des articles, de faire son travail tout simplement. À moins de heurter la sensibilité de certains, ça ne reste que des mots sur du papier.

    Le 29 juin dernier, le journaliste Christophe Gleizes est condamné à sept années de prison pour être entré dans le pays avec un visa touristique, pour « apologie du terrorisme » et « possession de publications dans un but de propagande nuisant à l’intérêt national ». La justice lui reproche d’avoir été en contact, en 2015 et 2017, avec un dirigeant du club de foot de la Jeunesse Sportive de Kabylie (JSK), par ailleurs responsable du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), classé organisation terroriste par les autorités algériennes en 2021. Son procès en appel s’ouvre aujourd’hui.

  • [Passerelle interculturelle] Chine-France : une relation d’équilibre dans un monde en transition

    [Passerelle interculturelle] Chine-France : une relation d’équilibre dans un monde en transition

    Avec ce premier numéro de « Passerelle interculturelle », nous inaugurons un espace dédié aux échanges d’idées et de perspectives entre la France et la Chine. Chaque lundi, grâce à des entretiens avec des personnalités françaises et chinoises, notre ambition est de créer un pont entre deux traditions intellectuelles, deux sensibilités et deux visions du monde.

    Alors que le contexte international demeure marqué par l’instabilité, les relations sino-françaises continuent de progresser avec une constance remarquée. Pour Peng Shuyi, chercheuse à l’Institut d’études européennes de l’Académie chinoise des sciences sociales, cette dynamique s’inscrit dans une profondeur historique unique. « Les liens entre la Chine et la France demeurent parmi les relations bilatérales les plus structurantes entre grandes puissances », affirme-t-elle. Malgré les aléas géopolitiques, elle estime que ces relations se distinguent par leur capacité « à dépasser le simple cadre commercial » pour toucher aux questions de souveraineté et de gouvernance mondiale. Les deux pays, souligne-t-elle, « défendent l’indépendance stratégique, le multilatéralisme et s’opposent à l’unilatéralisme », tout en partageant des visions proches en matière de climat, de biodiversité ou de développement du Sud.

    Sur le plan économique, la coopération connaît une vitalité nouvelle, notamment dans la transition écologique, l’aéronautique et l’innovation technologique. Mais pour Peng Shuyi, un domaine s’impose désormais comme moteur majeur : l’intelligence artificielle. « La France dispose d’une recherche fondamentale solide », explique-t-elle, rappelant qu’elle abrite le plus grand nombre de laboratoires du continent. La Chine, à l’inverse, possède « des atouts en matière d’applications et de données ». Cette complémentarité, qu’elle résume par l’opposition entre « innovation théorique » et « innovation appliquée », ouvre selon elle un potentiel considérable pour bâtir un partenariat scientifique plus ambitieux. Les deux pays, ajoute-t-elle, partagent « des préoccupations communes quant à la gouvernance des risques liés à l’IA », un terrain propice à une coordination plus étroite.

    Au-delà des échanges d’État à État, la coopération régionale s’est imposée comme un pilier essentiel de la relation. Peng Shuyi cite les exemples de Jingdezhen et Limoges, unies par la porcelaine, de Zhuhai et Nice liées par leur identité maritime, ou encore de Zigong et Gaillac, rassemblées autour de l’art des lanternes. Cette mosaïque partenariale constitue selon elle un véritable « réseau capillaire », nourrissant en continu les interactions économiques, humaines et culturelles. Ces dynamiques locales contribuent à renforcer « les bases sociétales de l’amitié sino-française », consolidant la relation à long terme.

    Face aux défis globaux, la France et la Chine ont également la capacité, selon la chercheuse, de peser conjointement sur la gouvernance internationale. « Acteurs résolus du multilatéralisme », elles peuvent promouvoir des règles communes dans les enceintes onusiennes, mais aussi coopérer dans le nucléaire civil pour développer une énergie propre fiable. Peng Shuyi souligne également les opportunités offertes par l’Unesco, où les deux pays peuvent renforcer la protection du patrimoine culturel et accélérer le développement des musées numériques. Dans le domaine des énergies renouvelables, enfin, elle voit dans leurs compétences complémentaires un moyen d’accompagner efficacement la transition bas-carbone des pays en développement.

    Pour Peng Shuyi, cette relation ancienne demeure ainsi l’une des plus prometteuses pour répondre aux défis du siècle. « Dans une période agitée, les liens sino-français continuent d’avancer », rappelle-t-elle.

  • Rima raconte les frappes israéliennes à Bint Jbeil

    Rima raconte les frappes israéliennes à Bint Jbeil

    « Peu importe ce qu’il se passe, nous resterons ici », martèle Rima Charara. À 46 ans, cette employée d’un centre culturel francophone, chapeauté par le ministère de la Culture et l’agence de la francophonie du Sud-Liban, vit à Bint Jbeil. Cette ville de 30 000 habitants, à majorité chiite, est située dans le sud du Liban, à 5 km de la frontière avec la Palestine.

    En février dernier, l’armée israélienne cible une habitation voisine. Les dégâts de l’explosion détruisent une partie de l’arrière de son habitation, « Nous l’avons construite à nouveau, nous essayons d’aller de l’avant », souffle son époux, Nassim Bazzi. Avant de reprendre : « C’est la deuxième fois que notre maison est dégradée. En 2006, elle avait été complètement détruite. »

    Sous occupation israélienne de 1982 à 2000, Bint Jbeil a été, en 2006, le terrain d’une bataille sanglante entre l’État hébreu et le Hezbollah. Sa reconquête était l’un des objectifs de guerre de Tsahal, qui considère cette ville comme l’un des bastions de son ennemi au sud du pays. Cet échec israélien est présenté comme une lourde défaite par le mouvement islamiste pro iranien.

    « C’est une partie de notre vie quotidienne : les attaques, la guerre civile, les invasions. On s’y est habitué. On n’a pas d’autre option », souffle Nassim Bazzi, rappelant que depuis 1948, « l’armée n’a pas le pouvoir suffisant de protéger ses frontières ». Dès lors, « les petits pays comme le nôtre, partout dans le monde, n’ont pas vraiment l’indépendance », regrette-t-il.

    Israël frappe malgré le cessez-le-feu

    Le 27 novembre 2024, après deux mois d’une guerre ouverte meurtrière, un accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah entre en vigueur. Celui-ci prévoit notamment un retrait de l’armée israélienne du sud du Liban au 18 février 2025, qui n’a toujours pas été respecté à ce jour. Non seulement les militaires israéliens maintiennent leurs positions dans cette zone, mais poursuivent leurs frappes, officiellement dirigées contre le Hezbollah. Selon le Haut-commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme, les attaques israéliennes ont causé la mort d’au moins 127 civils au Liban, depuis le cessez-le-feu.

    Un an après l’accord, Israël est encore accusé de violer cette trêve, mais se défend, disant agir « conformément aux termes du cessez-le-feu en contrant les tentatives du Hezbollah de se reconstruire et de se réarmer, et en intervenant avec fermeté pour éliminer toute menace pesant sur les civils israéliens ».

    « Seul un État palestinien peut apporter la paix »

    Les États-Unis, alliés indéfectibles d’Israël, pressent le gouvernement libanais. Pour le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, son pays se trouve dans « une guerre d’usure unilatérale qui s’intensifie » et critique le Hezbollah, qui refuse le désarmement imposé par Tel Aviv et Washington. « Ces armes n’ont protégé ni les dirigeants du Hezbollah, ni le peuple libanais et ses biens », assure-t-il. Nassim Bazzi s’inquiète : « Le Hezbollah peut se désarmer, mais Israël doit donner des garanties, regardez ce qu’il se passe en Syrie ! »

    Pour lui, une seule solution peut apporter la paix dans cette région meurtrie. « L’instauration d’un État palestinien résoudra le problème du Moyen-Orient facilement. Mais les Israéliens n’en veulent pas », tempête le père de famille.

    Sous la menace des bombardements israéliens, Rima et Nassim tentent de survivre, mais redoutent le pire. « J’ai peur pour mes enfants, pour leur avenir, pour leur éducation. Mais que pouvons-nous faire ? Nous n’avons pas d’autre solution », soupire-t-elle.

    La famille n’entend pas pour autant quitter le pays. « Nous sommes un peuple qui aime sa terre, on ne l’abandonnera pas. Vous ne pouvez pas diviser le Liban », insiste Rima Charara.

    En solidarité avec le peuple palestinien

    Le rendez-vous est donné ce samedi, à Paris, place de la République. C’est là que des citoyens, dont certains partis du quartier marseillais de la Busserine (14e) la semaine dernière, sont attendus pour participer à la grande manifestation nationale, organisée en cette journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien, instaurée par les Nations unies, ce 29 novembre. Les membres de plus de 80 organisations, associations, syndicats et partis, venus de tout le pays, portant les couleurs du drapeau palestinien, se retrouveront dans la capitale à 14 heures. Ils réclament, entre autres « l’autodétermination » et « la fin de l’occupation, de la colonisation et de l’apartheid ».

  • La mémoire antifranquiste de Ramon Morales

    La mémoire antifranquiste de Ramon Morales

    « Nous avons été arrêtés le 8 février 1969 à Mataro pendant l’état d’urgence qui avait été décrété par le régime franquiste et par le tristement célèbre ministre de l’information Manuel Fraga Iribarne. Le régime voyait monter avec inquiétude la contestation notamment dans les universités. Cette arrestation eut lieu suite à une manifestation organisée par la Jeunesse communiste de Mataro et les Commissions ouvrières de la jeunesse (COJ) devant l’Institut de formation professionnelle (IFP) pour revendiquer l’éducation gratuite et la fin de l’état d’urgence. Une trentaine de jeunes venait de poser une banderole sur un mur de l’IFP quand le chef de la Phalange de la localité exigea que nous la retirions. L’effet de cette intervention fut immédiat, nous avons crié encore plus fort éducation gratuite oui ! État d’exception non ! » Ramon raconte alors que deux membres de la très redoutée brigade politico sociale (BPS) le commissaire José Maria Martin Carretero accompagné d’un nommé Aguilar tentent de les arrêter vainement c’est alors qu’ils sortent leurs armes. « Ils se sont agenouillés et ont commencé à nous tirer dessus, les balles sifflaient au-dessus de nos têtes sans nous atteindre, nous étions déjà loin. Quelques heures plus tard, nous étions finalement arrêtés par des membres de la BPS du poste de police de Mataro. Nous avons alors subi coups de poing, insultes et vexations. »

    Le groupe de jeunes militants antifranquistes fut transféré ensuite au quartier général de la police Via Laietania à Barcelone. Les treize jeunes hommes étaient attendus. « Nous avons subi la torture infligée par les frères Creix et d’autres spécialement formés par la Gestapo, ils faisaient partie des policiers les plus sanguinaires dont le régime fasciste disposait pour réprimer les combattants pour les libertés démocratiques, la justice et la paix. Après treize jours de torture, nous avons été transférés à la prison Modèle de Barcelone, où nous avons été détenus au secret pendant deux semaines dans des conditions inhumaines, sans pouvoir changer de vêtements ni prendre une douche… »

    Ramon sera condamné avec son frère par la suite à vingt ans de prison et réussira à se sauver et passer en France où il s’installera pendant quelques années à Béziers.

    Le livre « Surcos de mi Memoria », mémoires du militant antifranquiste Ramon Morales, est édité par Nous Horitzons et en souscription sur la plateforme Verkami.com

  • [Entretien] Emilio Silva : « Il y a besoin de véritables politiques de mémoire »

    [Entretien] Emilio Silva : « Il y a besoin de véritables politiques de mémoire »

    La Marseillaise : « Espagne en liberté, 50 ans » c’est le slogan du gouvernement cinq décennies après la mort de Franco. Que pensez-vous de cette affirmation ?

    Emilio Silva : Il ne s’agit pas de 50 ans de liberté, car le 21 novembre 1975 il y avait encore des prisonniers politiques et malgré deux grâces, en 1979 il y avait des homosexuels encore emprisonnés. C’est comme si l’Espagne s’était endormie le 19 novembre 1975 en noir et blanc et se serait réveillée le lendemain en couleur.

    Avec la loi sur la mémoire démocratique il y a tout
    de même eu des progrès ?

    E.S. : Pour l’Association pour la récupération de la mémoire historique, les choses n’ont pas vraiment changé. Non loin de la résidence de l’actuel chef du gouvernement et de tous les présidents qu’a eus l’Espagne depuis 1977, il y a un monument qui célèbre la victoire de Franco, d’Hitler et de Mussolini. Les trois armées qui défilèrent dans Madrid le 19 mai 1939.

    Qu’est-ce qui a changé ?

    E.S. : Ils ont créé ce qu’ils appellent des lieux de mémoire, mais si vous lisez les plaques qu’ils posent, elles n’expliquent rien. Cette loi est dans la ligne de la transition, c’est une loi qui prend un peu en compte les victimes mais qui laisse les bourreaux tranquilles. Il n’est pas fait référence une seule fois à l’Église catholique alors qu’elle était en symbiose avec Franco et la Phalange, elle a été partie prenante de la dictature.

    La droite et l’extrême droite veulent montrer une image positive

    de Franco, comment combattre
    ce révisionnisme ?

    E.S. : Ce que veut la droite c’est qu’on continue à ne pas toucher aux monuments, et que les manuels scolaires continuent à occulter les atteintes aux droits de l’Homme de la part de la dictature. Il y a besoin de beaucoup d’enseignement de l’histoire dans les écoles et de véritables politiques de mémoire.

  • Cinquante ans d’impunité du franquisme

    Cinquante ans d’impunité du franquisme

    Le 20 novembre 1975 mourrait Franco. Quelques semaines plus tôt, cinq antifranquistes étaient passés par les armes, cinq parmi les centaines de milliers exécutés depuis 1936. L’homme qui mena le soulèvement contre la République espagnole en juillet 1936, qui réussit à l’abattre le 31 mars 1939 après trois années de guerre bénéficia de l’aide du fascisme international. Hitler et Mussolini engagèrent hommes et armement dès le début de la guerre. De leurs côtés, la France et l’Angleterre décidaient d’un pacte de non-intervention qui contribua à la défaite de la République espagnole. Un demi-million d’Espagnols prit le chemin de l’exil, majoritairement vers la France.

    Cette France de la Troisième République enferma aussitôt les républicains espagnols dans les camps de concentration. L’engagement par la suite, de milliers d’entre eux dans les combats pour libérer le pays, qui les avaient si mal accueillis, du joug nazi fut total. Après la Libération, l’espoir de voir les alliés renverser Franco s’éloigna. La France, l’Angleterre et les États-Unis souhaitant préserver leurs relations avec Franco pour des intérêts économiques et géopolitiques. La dictature pouvait alors s’installer durablement.

    Le gouvernement espagnol a donc décidé de faire de 2025 une année de célébrations sur le thème « Espagne en liberté, 50 ans ». Les associations mémorielles estiment pour leur part, que la mort de Franco il y a cinquante ans n’a pas mis fin au franquisme automatiquement. Aujourd’hui, subsistent partout en Espagne, des symboles du franquisme sur de nombreux monuments, et des milliers de disparus gisent encore dans des fosses ou des fossés. On estime le nombre total de fosses à 6 000 réparties sur tout le territoire. Faisant référence aux initiatives annoncées par le gouvernement, l’Association de récupération de la mémoire historique dénonce « des paroles et peu d’actes concrets ». Elle déplore également le manque de moyens mis en place pour les recherches des disparus, notamment en matière de tests ADN et aussi l’absence de cette histoire dans les manuels scolaires.

    Dans ce contexte, la montée du parti d’extrême droite, VOX, s’accompagne d’un blanchiment du franquisme, au point qu’un récent sondage indique que 21,3% des Espagnols, dont beaucoup de jeunes, pensent que la dictature a fait de bonnes choses. L’historien Julian Casanova estime qu’aujourd’hui que « la propagande a remplacé l’analyse historique et fait sortir du silence dans lequel se trouvaient depuis la transition, ceux qui avaient eu des liens idéologiques et sociaux avec la dictature. Ceux-là commencent à répandre l’histoire révisée : Franco et la dictature ont été une bonne chose pour l’Espagne. »

    Ce 50e anniversaire de la mort de Franco va être ces jours-ci l’occasion pour tout ce que compte l’Espagne de groupes nostalgiques du franquisme et néonazis, d’organiser des hommages et des messes. Le journal en ligne Publico.es affirme qu’une vingtaine de manifestations auront lieu en hommage au dictateur malgré la loi de Mémoire Démocratique.

    Un demi-siècle après la mort de Franco, l’Espagne n’en a pas fini avec le franquisme. La politique en faveur de la mémoire historique et démocratique, en ne condamnant pas concrètement, ni jugeant et punissant les crimes du régime franquiste, maintient de fait leur impunité. Une faiblesse qui ne peut que contribuer à renforcer l’extrême droite.

    EN CHIFFRES

    35 000

    volontaires internationaux venus de 53 pays ont pris part aux combats aux côtés des républicains espagnols

    200 000

    exécutions sommaires perpétrées par le régime de Franco.

    6 000

    fosses sont réparties sur tout le territoire espagnol.

    8 941

    corps ont été exhumés depuis 2019, seuls 70 ont été identifiés par l’ADN faute de moyens.

    500 000

    Entre janvier et février 1939, un demi-million de réfugiés s’exilent en France. 15 000 participeront à la Résistance.

    250 000

    seront internés dans les camps de concentration. 15 000 vont y décéder.

    25 000

    réfugiés ont été accueillis au Mexique entre 1939 et 1942 et des milliers d’autres dans d’autres pays d’Amérique latine et en URSS.

    927

    réfugiés espagnols ont constitué le premier convoi de déportés vers Mauthausen le 20 août 1940.

  • [Entretien] Aram Karim : « Documenter le Kurdistan d’avant les accords Sykes-Picot »

    [Entretien] Aram Karim : « Documenter le Kurdistan d’avant les accords Sykes-Picot »

    La Marseillaise : Vous avez exhumé des documents du début du XXe siècle aux archives de La Courneuve à propos du Moyen-Orient. En quoi sont-ils précieux ?

    Aram Karim : La France est une grande maison pleine de patrimoine archivistique précieux. L’importance de posséder ces documents et écrits que nous avons numérisés réside dans le fait qu’ils racontent l’histoire de manière scientifique dont nous pouvons tirer des leçons, car certaines pièces sont antérieures aux accords Sykes-Picot qui découpent le Moyen-Orient selon des frontières qui ignorent le Kurdistan.

    Nous avons découvert que parmi ces document se trouvaient des cartes contenant les informations les plus précises et scientifiquement détaillées de la période, alors que la démographie de toute la région était en train de changer. Encore aujourd’hui nous ne connaissons pas bien, en termes d’informations géographiques, une nation comme le Kurdistan et nous ne savons pas comment étaient les données démographiques de cette nation ! J’ai donc approfondi mes recherches dans les documents et les écrits de La Courneuve. J’ai découvert des informations méconnues qui renvoient à un siècle en arrière.

    Pourtant, leurs auteurs tournent vers l’avenir tout en retraçant les frontières du Kurdistan et leurs transformations – de la région du Caucase jusqu’à Mossoul et Kermanshah – comme le montrent certaines cartes, dont quelques-unes n’avaient jamais été publiées auparavant. La fatigue que ce travail provoque devient finalement une source de plaisir, car elle permet d’attirer l’attention des historiens et des lecteurs.

    Alors qu’un processus de paix est engagé à l’initiative d’Abdullah Öcalan, pourquoi est-ce important d’éclairer le présent par le passé ?

    A.K. : Dans le cadre de l’appel lancé par le leader Abdullah Öcalan le 27 février et du 12e congrès du PKK tenu du 5 au 7 mars, une nouvelle déclaration historique a été publiée le 26 octobre, annonçant le retrait des forces armées du PKK vers les monts Qandil.

    Cette décision s’inscrit clairement dans la continuité de l’appel d’Öcalan. En réalité, cet appel s’enracine dans une histoire ancienne de la pensée d’Öcalan : depuis près de cinquante ans, il plaide pour une résolution pacifique et la construction d’une société démocratique. Dans ses écrits, notamment dans son Manifeste pour la libération démocratique ou dans l’ouvrage intitulé De l’État sumérien des prêtres à la société démocratique, Öcalan souligne depuis le début du mouvement révolutionnaire la nécessité de résoudre les problèmes par le dialogue, d’instaurer la paix et de faire progresser la démocratie sociale.

    Cependant, l’État turc a toujours répondu à ces appels par des accusations et des conflits internes. En 1991, sous la médiation de Jalal Talabani, une rencontre a eu lieu entre le gouvernement turc et Turgut Özal pour discuter d’une possible solution politique. Mais ce processus a rapidement échoué : Özal a été assassiné, la guerre interne au Kurdistan s’est intensifiée, jusqu’à la capture d’Öcalan et son transfert dans la prison d’Imrali. Durant les 26 années d’emprisonnement d’Öcalan, le projet de reconstruction nationale kurde s’est structuré à travers l’enseignement, la participation au Parlement turc et la figure de Selahattin Demirtas, lui aussi détenu depuis plusieurs années. En outre, la pensée d’Öcalan a donné naissance à de nombreuses organisations culturelles et à la révolution « femme-vie-liberté ». Il a sans cesse pris position pour les droits des femmes, la culture, l’émancipation, l’éducation et un journalisme éclairés et démocratiques, ainsi que pour des médias libres.

    Malheureusement, plusieurs de nos journalistes ont été assassinés et beaucoup d’autres sont en prison. L’État turc doit avancer sérieusement, ne pas nous laisser dans l’attente, et cesser d’imputer au PKK l’étiquette de « terrorisme ». La communauté internationale devrait, de la même manière, mettre fin à cette accusation de terrorisme.

    Envisagez-vous de poursuivre
    vos recherches sous la forme
    d’un documentaire
     ?

    A.K. : Ce serait un rêve qui deviendrait réalité. J’adorerais réaliser un film documentaire et j’aimerais beaucoup avoir de l’aide et du soutien pour y parvenir.

  • [Entretien] Sandrine Maljean-Dubois : « L’enjeu principal est le relèvement de l’ambition »

    [Entretien] Sandrine Maljean-Dubois : « L’enjeu principal est le relèvement de l’ambition »

    La Marseillaise : Dix ans après l’Accord de Paris, cette COP30 semble s’ouvrir sur un constat d’échec…

    Sandrine Maljean-Dubois : Elle s’ouvre dans un contexte difficile, entre conflits géopolitiques, crise du multilatéralisme et le départ des États-Unis pour la deuxième fois de l’Accord de Paris (qui sera effectif au mois de janvier). Après l’adoption de l’Accord, il y a 10 ans, l’enjeu des COP suivantes a été d’adopter ce qu’on appelait le « rulebook », soit une série de décisions qui ont précisé les détails d’application nécessaires pour la mise en œuvre de l’accord. Maintenant que cela est fait, l’objectif des COP est de favoriser cette mise en œuvre. De ce point de vue, 2025 est une année clé parce que l’année prochaine débute un nouveau cycle de cinq ans pour les contributions nationales. Les États devaient normalement envoyer au printemps leur nouvelle contribution nationale, révisée, toujours vers plus d’ambition. Seule une grosse soixantaine d’États l’avaient fait mi septembre, c’est très loin de l’ensemble des parties. L’Union européenne et la Chine viennent tout juste de le faire, et l’Inde, troisième émetteur mondial, toujours pas. L’enjeu principal de cette COP est encore une fois le relèvement de l’ambition.

    Depuis Belém, Emmanuel Macron
    a appelé à choisir le «
     multilatéralisme face au repli sur soi ». C’est la principale menace face au combat climatique ?

    S.M.-D. : C’est une menace. La principale, je ne sais pas. Mais ça participe de la difficulté à faire coïncider les objectifs de l’Accord avec la réalité des trajectoires, de la production, de la consommation de fossiles. On n’a même pas à l’ordre du jour l’idée de changer de mode de vie… Alors que sans ça on n’y arrivera pas. La question des fossiles et de comment on en sort est un sujet que le Brésil voudrait bien faire monter. C’est la même chose sur les financements. L’an dernier, les pays se sont mis d’accord sur un objectif annuel de 300 milliards de financements climatiques et non plus 100 milliards. C’est l’objectif posé pour 2035, qui est assez ambitieux. Mais quelle est la feuille de route pour y arriver et même aller au-delà car c’est bien loin des besoins ? C’est une demande forte des pays en développement. En juillet, la Cour internationale de justice (CIJ) a rendu un avis très ferme sur le sujet, en disant notamment que l’assistance financière, ce n’est pas une question de choix. La coopération en la matière est une obligation juridique. La difficulté, c’est qu’il n’y a pas inscrit dans l’accord de partage de l’effort entre les pays. Donc les 300 milliards, qui en prend sa part ? Ça, évidemment, on n’en discute pas, ce qui fait que ces objectifs collectifs, ambitieux, ne correspondent pas à la somme des contributions individuelles des États, et qu’ils sont durs à atteindre.

    Au regard du budget actuellement examiné à l’Assemblée nationale, l’écologie n’est toujours pas une priorité. Comment expliquez-vous cela ?

    S.M.-D. : On a vraiment sur ces sujets des régressions, beaucoup de tensions. Ça pourrait se gâter encore davantage dans le futur, selon comment les choses évoluent politiquement. On est dans le creux de la vague. L’argent est mis ailleurs, dans un contexte de tension budgétaire. Et puis politiquement, c’est peut-être moins porteur ou moins porté… On parlait tout à l’heure de désinformation, de mise en cause de la science, ces attaques se généralisent et ça fragilise tout. On l’a vu sur les pesticides, avec la loi Duplomb. La France n’est pas du tout la seule concernée. Cette période est ahurissante, je n’aurais pas pensé vivre ça. Bêtement et optimistement, j’ai imaginé qu’on allait toujours vers du mieux, mais non !

    Alors que les bilans de ces COP sont de plus en plus mitigés, l’avis
    de la CIJ peut contraindre les États à leurs obligations ?

    S.M.-D. : Il ne peut pas contraindre. Il dit simplement le droit. Mais c’est un argument supplémentaire au soutien des pays vulnérables, des pays du Sud, parce que c’est un avis qui revêt une grande autorité. Il a été demandé par l’Assemblée générale de l’ONU, par une résolution qui a été adoptée par consensus. Il a été rendu à l’unanimité des membres de la Cour, qui représentent les différents systèmes juridiques. C’est un avis qui pourrait nourrir des contentieux interétatiques à l’avenir, puisque la Cour dit clairement que si les États ne respectent pas leurs obligations -qui sont strictes- ils pourront voir leur responsabilité engagée par d’autres États. C’est aussi devant le juge national, que des requérants, par exemple des ONG qui voudraient saisir le juge contre leur État voire une entreprise peuvent utiliser l’avis pour consolider leur argumentation, parce qu’il est vraiment très progressiste.

  • [Entretien] He Youlin : « La Chine et les États-Unis doivent être partenaires et amis »

    [Entretien] He Youlin : « La Chine et les États-Unis doivent être partenaires et amis »

    La Marseillaise : Dans un monde secoué par les conflits, que retenez-vous de la rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping ?

    He Youlin : La rencontre du Président Xi Jinping avec le Président américain Donald Trump à Busan en Corée du Sud, a attiré l’attention du monde entier, leur dernière rencontre remonte à 6 ans. Ce premier tête-à-tête des deux chefs d’État depuis l’entrée en fonction du nouveau gouvernement américain marque le retour sur la voie du dialogue des dossiers économiques et commerciaux sino-américains. La Chine et les États-Unis doivent être partenaires et amis. C’est un enseignement de l’histoire et une nécessité réelle. Les deux chefs d’État sont convenus de poursuivre des interactions régulières. Le Président Trump a exprimé son souhait de visiter la Chine dans les premiers mois de l’année prochaine et invité le Président Xi Jinping à effectuer une visite aux États-Unis.

    Avant cette rencontre, le PCC a défini les contours du prochain plan quinquennal. Quels en sont les objectifs ?

    H.Y. : Le quatrième plénum du 20e comité central du Parti communiste chinois s’est tenu avec succès à Beijing. Le plénum a défini l’orientation historique du développement de la Chine pour les cinq ans à venir. Pendant la période du 14e plan quinquennal, la Chine a enregistré de nouveaux progrès pionniers, des réformes profondes et des réalisations historiques dans son développement économique et social. Au cours de ces cinq années, la puissance économique, la puissance technologique et la puissance globale de la Chine ont atteint de nouveaux paliers, avec une augmentation attendue du PIB d’environ 4 200 milliards d’euros par rapport à celui de cinq ans auparavant, le volume PIB de l’année 2025 est estimé à 17 000 milliards d’euros. Pour la période du 15e Plan quinquennal, l’économie chinoise, avec ses bases solides, ses nombreux atouts, sa grande résilience et son énorme potentiel, verra ses conditions de soutien et sa tendance fondamentale à long terme rester inchangées. La Chine transformera ses atouts en une efficacité réelle pour un développement de haute qualité.

    Quelles implications pour le reste du monde ?

    H.Y. : Le plénum a envoyé un signal positif selon lequel la Chine est prête à continuer à partager les opportunités et à promouvoir le développement avec tous les pays. Nous avons clairement indiqué qu’il fallait élargir régulièrement l’ouverture institutionnelle, sauvegarder le système commercial multilatéral et étendre la circulation internationale ; élargir activement l’ouverture autonome, promouvoir l’innovation et le développement du commerce, étendre l’espace de coopération en matière d’investissements dans les deux sens, et construire ensemble une initiative « la ceinture et la route » de qualité [les nouvelles routes de la soie, Ndlr]. Ces dispositions démontrent pleinement la ferme détermination et la confiance de la Chine à élargir son ouverture de haut niveau. Le développement de la Chine injectera inévitablement plus de certitude et d’énergie positive dans le monde.

    Elle fournira plus de sagesse et de solutions chinoises au monde, partagera les opportunités et se développera ensemble avec tous les pays du monde, y compris la France, promouvra une multipolarisation mondiale égalitaire et ordonnée et une mondialisation économique inclusive et bénéfique pour tous, et contribuera à la construction d’une communauté de destin pour l’humanité.

    Comment, dans ce contexte, envisagez-vous votre mission dans le Sud de la France ?

    H.Y. : Cette année marque le 40e anniversaire de l’établissement du Consulat général de Chine à Marseille. Notre Consulat s’est toujours engagé à développer les relations de coopération amicale entre le Sud de la France et la Chine. Nous continuerons à forger l’amitié, à promouvoir activement les coopérations gagnant-gagnant dans divers domaines tels que le commerce et l’investissement bilatéraux, les sciences et technologies, l’éducation, la culture, le tourisme, la connectivité et le développement durable, et à accorder une attention particulière au rôle de la finance dans le renforcement de la coopération bilatérale, afin d’accompagner le Sud de la France à mieux profiter des nouvelles opportunités offertes par le nouveau développement de la Chine et à apporter de nouvelles contributions à l’édification d’un partenariat global stratégique sino-français plus solide et plus dynamique.