Category: environnement

  • Pont du Gard : quand l’espace surveille la forêt

    Pont du Gard : quand l’espace surveille la forêt

    Le Pont du Gard n’est plus seulement un monument emblématique : depuis le 31 juillet, il est devenu le théâtre d’une expérimentation technologique inédite pour lutter contre les incendies de forêt. Kinéis, opérateur spatial français basé à Toulouse, et l’Entente Valabre, centre d’expertise des Sdis du Sud de la France, y déploient un dispositif de détection précoce des feux de végétation par satellite.

    Sur une zone de 313 hectares particulièrement exposée aux risques, 120 capteurs Silvanet ont été fixés aux arbres. Autonomes grâce à un petit panneau solaire, ces boîtiers d’une trentaine de centimètres mesurent en continu la température, la pression atmosphérique, l’humidité et surtout la qualité de l’air. Un excès de monoxyde ou de dioxyde de carbone ? Le signal est immédiatement transmis à la constellation de 25 nanosatellites Kinéis, qui relaient l’alerte en temps réel aux services de sécurité civile. « L’intérêt majeur, c’est de capter les premiers signes de combustion, même dans les zones blanches où aucun réseau mobile ne passe », souligne Florian Hoorelbeke, responsable Sécurité civile chez Kinéis. Pour les pompiers, la promesse est simple : intervenir plus vite, avant que l’incendie ne prenne de l’ampleur.

    Le Minority Report du feu

    Au-delà de la détection des départs, le dispositif permet aussi une surveillance des ressources : niveaux des cuves d’eau isolées, réservoirs de retardant sur les pélicandromes où s’approvisionnent les bombardiers d’eau. « C’est le Minority Report du feu de forêt », résume le lieutenant-colonel Philippe Meresse, directeur du pôle innovation de l’Entente Valabre. « On peut dire qu’il va y avoir un feu dans les 12 heures, et envoyer les moyens en conséquence. » Car 90% des incendies sont liés à l’activité humaine : parkings, voies ferrées, autoroutes… Autant de zones sensibles où les capteurs pourront être déployés. Leur connexion directe à l’espace permet une implantation « n’importe où », rappelle Éric Nicolas, de Kinéis. Un premier bilan est attendu à l’automne 2025. L’ambition est claire : équiper rapidement le territoire national de 10 000 capteurs d’ici l’année prochaine. « L’innovation prend tout son sens lorsqu’elle a un impact concret », insiste Laurence Delpy, PDG de Kinéis. « Ce projet montre comment la technologie spatiale peut devenir un véritable allié face aux grands défis. »

  • La sécheresse a coûté 2 milliards d’euros en Paca

    La sécheresse a coûté 2 milliards d’euros en Paca

    L’addition est vertigineuse. Les impacts conjugués de la sécheresse et des vagues de chaleur en Provence-Alpes-Côte d’Azur, entre les mois de juin et de septembre, représenteront cette année une perte de 2 milliards d’euros, estime une étude publiée ce dimanche dans la revue European Economic Review. De quoi en faire la quatrième région la plus touchée en Europe. Pour les seules Bouches-du-Rhône, ces pertes cumulées pèsent 966 millions d’euros, quand le Var a perdu 358 millions d’euros. Des conséquences encore sous-estimées : les dégâts des feux de forêts en particulier ne sont pas comptabilisés, à l’image de celui qui a ravagé 750 hectares aux portes de Marseille début juillet. « L’impact économique total va bien au-delà des dégâts physiques, écrit la principale autrice de l’étude, Sehrish Usman, chercheuse à l’université de Mannheim en Allemagne, accompagnée par deux économistes de la Banque centrale européenne. Les vagues de chaleur par exemple, causent par essence peu de dégâts physiques mais peuvent réduire de manière substantielle les heures de travail et la production. » Au total, la perte pour l’Union européenne est ainsi estimée à 43 milliards d’euros et à 10,1 milliards d’euros pour la France.

    Rail et agriculture doivent s’adapter

    Dans le dernier numéro de sa revue, SNCF Réseau Provence-Alpes-Côte d’Azur pointait déjà une nette hausse des incidents liés aux aléas climatiques dans la région, en particulier pour les fortes chaleurs et les tempêtes, le principal risque restant lié aux inondations. « Nous faisons évoluer nos organisations en termes de surveillance mais aussi nos processus de gestion de crise », indiquait le directeur régional Karim Touati, avec des tournées fortes chaleurs renforcées et des adaptations du réseau, comme des peintures « athermiques » pour les rails. Si de nombreux trains Intercités ont dû être annulés à Marseille cet été, du côté de la SNCF Réseau, les vagues de chaleur n’ont pas eu d’incidence sur les voies principales de la région. Côté voirie, si aucun impact n’est recensé, le schéma directeur adopté en décembre dernier a inscrit la résilience du réseau face au changement climatique dans ses cinq priorités, indique le Département.

    Pour le monde agricole, « la sécheresse a un impact économique énorme », pointe de son côté la présidente de la chambre d’agriculture régionale, Giorgia Lambertin. Si l’on reste loin de la catastrophe de 2022, « nous avons surtout souffert de la canicule de fin juin, suivie du froid en juillet », précise-t-elle, en pointant une faible productivité pour les cultures pérennes. Et d’alerter : « Nous avons de gros soucis sur la pérennité des exploitations qui ne sont pas irriguées », soit 20% de la surface agricole utile en région.

    Jusqu’à 5,2 milliards en 2029

    L’étude publiée ce dimanche vient contredire la dernière note de conjoncture de l’Insee parue le 11 septembre, qui jugeait que « les épisodes caniculaires de 2025 n’auraient pas d’impact immédiat significatif ». L’analyse mettait ainsi en avant une consommation en hausse, pour l’électricité comme pour certains produits rafraîchissants, et prévoyait une augmentation de la production agricole cette année. Le 4 juillet dernier, l’assureur Allianz estimait de son côté que la vague de chaleur du mois de juin coûterait à elle seule 9 milliards d’euros à la France. Mais pour les auteurs de l’étude, ce n’est qu’un début : les répercussions en série des vagues de chaleur de cet été feront grimper la facture au fil des années, jusqu’à atteindre 5,2 milliards d’euros au total en Provence-Alpes-Côte d’Azur d’ici 2029, et 2,5 milliards pour les Bouches-du-Rhône. « Avec la poursuite du changement climatique, ces conséquences vont probablement s’accroître les prochaines décennies », alertent-ils en conclusion.

    « Les conséquences vont probablement s’accroître »

  • Les gorges du Caramy mises en scène et protégées

    Les gorges du Caramy mises en scène et protégées

    « On voit le travail réalisé ! Ce n’est pas artificiel. On a l’impression que ces murs en branchages ont toujours été là… », commente une visiteuse, mardi, à la fin de la visite. Le lieu est idyllique. Le Caramy, à cet endroit, s’élargit. Ses eaux limpides frissonnent dans son lit clair. Un vent léger fait bruisser les feuilles. Il y a quelques minutes, Jean-Michel Constans, maire (SE) de Tourves et vice-président de l’agglo Provence Verte, a rappelé : « Les gorges du Caramy sont un des sites emblématiques du Parc naturel régional (PNR) Sainte-Baume et de la Provence verte. Il attire 15 000 à 20 000 visiteurs par an, surtout l’été. Ils doivent prendre la mesure de cet endroit exceptionnel. On n’est pas là que pour pique-niquer, se baigner et faire courir le chien. Avec le Parc et grâce au Parc, on a pu faire cet aménagement. C’est la fin d’une belle aventure et une seconde vie pour le Caramy. »

    Dix mois de travaux

    Président du PNR Sainte-Baume et ses 28 communes, Michel Gros souligne : « La Sainte-Baume est comme un château karstique et une des plus belles résurgences est le Caramy. » Protégées au titre de Natura 2000 du fait de leur ripisylve (forêt de bord de cours d’eau, avec des aulnes, des ormes…), de leur biodiversité (libellules, papillons, oiseaux, chauves-souris…), « les gorges étaient en mauvais état », dit-il avec sobriété. « Or une des missions du PNR consiste en la préservation des cours d’eau. » Un peu plus tard, il précise : « Les gens allaient partout. Il n’y avait pas de cheminement. Des motos et des quads traversaient le cours d’eau… »

    Il fallait agir. C’est chose faite. D’un coût de 400 000 euros, les travaux, financés pour moitié environ par la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur avec le fonds Site d’exception, le PNR Sainte-Baume, l’État, la Fondation du patrimoine, l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée, ont duré dix mois et se sont achevés en juillet.

    Gilles Martinod, architecte-paysagiste, a conçu, avec Mathilde Letterond, l’aménagement : « Il fallait respecter le site, son histoire et révéler le génie du lieu », évoque-t-il. À l’entrée, un parking a été repensé, le stationnement organisé, des arbres plantés. À proximité, des toilettes sèches ont été construites.

    Comme « il y avait avant beaucoup de sentes sauvages, les gens piétinaient partout », observe Gilles Martinod, « on a donc créé des mises en défens ». À partir « de branchages issus des élagages, nous avons fait des fagots compressés par couches et nous les avons ligaturés », détaille Mathilde Letterond. Ces sortes de barrières, qui auraient pu être faites par un Robinson, avec ce qu’il trouvait sur place, servent à guider les visiteurs et à protéger les sources et vasques de tufs calcaires, très fragiles. Les berges ont été restaurées. Le long de la rivière, un sentier de découverte, ponctué par « 8 pupitres pédagogiques », renseigne Tiphaine Fermi, responsable du pôle opérationnel du PNR Sainte-Baume, a été tracé. Il forme une boucle autour des deux rives, avec traversée sur des pas japonais en pierre. « On est très rassuré de voir que le site a été respecté cet été. C’est de très bon augure pour la suite », veut croire Tiphaine Fermi.

    « Avec et grâce au Parc,
    on a pu faire cet aménagement »

  • Durance : les poissons vont revivre comme il y a 50 ans

    Durance : les poissons vont revivre comme il y a 50 ans

    Rarement une centaine de plots en acier aura procuré tant d’émotions. Pourtant, ils devraient permettre la résurrection d’une faune mise à mal depuis un demi-siècle. « C’est le plus important boom de biodiversité piscicole des 50 dernières années », s’enthousiasme Christian Doddolli, directeur général du Syndicat mixte d’aménagement de la vallée de la Durance (SMAVD). Mardi matin, des dizaines de personnes étaient réunies sur les berges de la Durance, à Avignon, près du pont de Rognonas, pour inaugurer « la plus grande passe à poisson de la région », selon le directeur.

    « La concrétisation d’un projet de plus de 20 ans », rappelle Yves Wigt, maire de Charleval et président du SMAVD. « Des travaux titanesques pour réconcilier le développement des activités avec la pacification écologique », ajoute le préfet, Thierry Suquet. « Une immense fierté qui se mesure aux legs pour les générations futures », complète David Fournier, vice-président du SMAVD et adjoint (PS) avignonnais.

    Aider l’alose, saumon local

    Ce projet de 7,1 millions d’euros a été financé presque pour moitié par l’Agence de l’eau, ainsi que par l’Union européenne et les Départements de Vaucluse et des Bouches-du-Rhône. Cette enveloppe comprend également la réalisation d’une autre passe à poissons, située à 500 m en amont. Les travaux ont été menés dans un calendrier contraint (deux fois 8 semaines durant les étés 2024 et 2025), entre lâchers d’eau des barrages EDF et reproduction de la faune.

    Quelques minutes avant les discours, la foule a assisté à la mise en eau de cette passe à poissons de 1 600 m2. « On essaie de recréer les conditions d’une rivière avec une centaine de plots en acier et un fond en béton à la rugosité artificielle, le tout compatible à toutes les espèces de poissons », développe Christian Doddolli. Bref, reconstituer la biodiversité d’avant les « Trente glorieuses, où il fallut des matériaux pour construire des routes et bâtiments dont on prit les granulats dans le lit de la Durance », resitue le directeur. Pour éviter l’effondrement des nappes phréatiques, des seuils ont été construits pour stabiliser le lit de la rivière. Des sortes de barrages qui ont condamné les poissons. « À la confluence [croisement du Rhône et de la Durance], on dénombre, selon les années, entre 10 000 et 100 000 anguilles, ici il n’y en a plus qu’une centaine », détaille Pierre Campton, directeur technique de l’association MRM (migrateurs Rhône Méditerranée).

    Le SMAVD suivra de près l’impact du dispositif et espère que les anguilles pourront remonter jusqu’à 50 km en amont et bientôt jusqu’à 100 km, après la pose d’une nouvelle passe à Mallemort. Outre les anguilles, le dispositif vise aussi l’autre grand poisson migrateur, l’alose, sorte de saumon local qui remonte la rivière pour se reproduire.

  • Dans la Métropole de Toulon, coup d’envoi de la semaine de la mobilité du 16 au 22 septembre

    Dans la Métropole de Toulon, coup d’envoi de la semaine de la mobilité du 16 au 22 septembre

    16 septembre : visite d’un atelier de bus Mistral

    Pour le lancement de la semaine, une visite (sur inscription) des ateliers du réseau Mistral est proposée de 10h à 12h sur le site de Brégaillon, à La Seyne. L’occasion de découvrir les procédés de fabrication et de réhabilitation des véhicules, notamment des nouveaux bus électriques. En parallèle, deux randonnées pédestres sont organisées dès 9h, sur inscription, au départ du Pradet (parking Oursinières) et de La Garde (gare SNCF)*.

    17 septembre : initiation au longe-côte et village mobilité, à Hyères

    Un village mobilité s’installera à Hyères de 13h à 18h, avec de nombreuses animations : vélo smoothie, initiations et ateliers pour (re)découvrir les mobilités douces (trottinettes, voitures et vélos électriques, skate, roller…). Dès 9h, une initiation au longe-côte, sport consistant à marcher dans l’eau à la plage de la Capte*.

    19 septembre : randonnée au Pradet et roller nocturne à Toulon

    Une seconde randonnée pédestre est prévue vendredi au départ du Pradet*. Rendez-vous à 9h au parking de la plage de la Garonne, pour un parcours de 11 km. Le soir, à 20h30, une balade nocturne à roller aura lieu à Toulon, sans inscription, au départ du Palais des Sports.

    20 septembre : Rallye mobilité, marche nordique et village à Toulon

    Le Rallye mobilité, course d’orientation urbaine, se tiendra samedi de 10h à 17h au départ de la Maison de la mobilité TPM. Une trottinette électrique et d’autres lots sont en jeu. Un village mobilité animera le centre-ville avec des animations similaires à celles d’Hyères. Deux initiations à la marche nordique auront également lieu au départ du Mourillon (9h) et de la base nautique de Saint-Elme, à La Seyne (9h30). Une découverte du longe-côte est aussi proposée à Hyères à 10h*.

    21 septembre : village mobilité, La Seyne-sur-Mer

    Le troisième et dernier village mobilité prendra ses quartiers au Parc Braudel, à La Seyne, de 10h à 17h, ce dimanche.

    22 septembre : randonnée au Faron

    Pour conclure cette semaine, une randonnée (6 km) aura lieu au départ du Mémorial du Faron, lundi dès 9h.

    Défis au programme

    Plusieurs défis sont organisés par la Métropole : le défi mobilité, qui consiste, par équipes de trois au sein d’une même entreprise, à cumuler le maximum de points en utilisant des moyens de transport alternatifs à la voiture. Le challenge Géovélo, via l’application du même nom, permettra à la personne ayant parcouru le plus de kilomètres à vélo, en septembre, de remporter des prix. Enfin, vous pouvez participer à un « Mobi’quiz », via le site internet de la MTPM ou de la Maison de la mobilité, avec de nombreux lots à la clé.

    *Inscriptions et infos sur metropoletpm.fr

  • [Entretien] Jean-Marc Groul : « Les canicules marines sont plus fréquentes, plus longues et plus intenses »

    [Entretien] Jean-Marc Groul : « Les canicules marines sont plus fréquentes, plus longues et plus intenses »

    La Marseillaise : Dans quels cas parle-t-on de canicule marine ?

    Jean-Marc Groul : Il faut bien faire la différence entre le réchauffement climatique dû au réchauffement global de la planète, qui est quelque chose de lent et continu (0,4 degré en 10 ans environ) et les canicules marines, qui sont des phénomènes exceptionnels et ponctuels. On parle de canicule marine lorsque la température moyenne de la mer est dépassée d’environ 5 ou 6 degrés pendant une période d’au moins 5 à 6 jours. La canicule marine est le plus souvent liée à une canicule terrestre, les fameux dômes de chaleur comme on a eu cette année. La canicule qui a eu lieu fin juin-début juillet était de ce point de vue caractéristique : les nuages ne faisaient pas trop écran, il n’y avait pas de vent donc il y avait une énorme masse de chaleur au-dessus de la mer, qui a transmis, sur les 50 premiers mètres d’eau, une température très forte (l’eau était à 29,5°C).

    Fin juillet, c’est le phénomène inverse qui s’est produit : le thermomètre n’affichait plus que 17,5°C à la surface de la Méditerranée. Comment l’expliquer ?

    J.-M.G. : Ce qui arrête la canicule, c’est un mécanisme appelé « upwelling », dû au vent. Dans le golfe du Lion, la tramontane et le mistral ont une fonction très importante qui est de brasser les eaux. Sous l’effet de ces vents, les eaux de surface s’éloignent au large, celles de profondeur, plus fraîche, remontent. Ce mélange est essentiel à la vie de la Méditerranée. Lorsque la tramontane s’est levée, ce phénomène bien connu ici s’est produit et l’eau a plongé en température, ce qui a stoppé l’épisode de canicule. S’il n’y avait pas eu ce gros coup de tramontane, ça aurait été une catastrophe. Mais c’est propre au golfe du Lion. Au large de la Corse ou aux Baléares, la canicule marine peut s’installer et être beaucoup plus sévère.

    Globalement, les canicules marines sont plus fréquentes, plus longues et plus intenses. On sait, grâce à des études très poussées, que le réchauffement climatique de la planète est responsable de plus de 80% des canicules marines. Il y a 40 ans, il y avait une canicule par an sur une zone précise. Depuis quelques années, il y en a sur tout le bassin méditerranéen et c’est 2, 3 ou 4 fois par an. C’est très préoccupant.

    Quelles sont les conséquences de ces canicules sur la biodiversité marine ?

    J.-M.G. : C’est dans les cinquante premiers mètres d’eau depuis la surface que l’impact de la canicule se fait sentir. Lorsque le décalage de température entre la surface et les profondeurs devient trop important, une séparation complète se produit : les deux zones ne se mélangent plus, un peu comme de l’eau et de l’huile. L’eau chaude reste au-dessus, l’eau froide en dessous. Or le mélange de l’eau est vital, car les eaux de surface apportent l’oxygène en bas grâce au brassage et les eaux du bas apportent les éléments minéraux pour enrichir les eaux de surface pour le plancton.

    Les espèces impactées sont celles qui se trouvent dans les 50 premiers mètres et ne peuvent pas aller plus profond. La plupart des animaux marins sont des animaux à sang froid, ce qui signifie que leur température se calque sur celle du milieu, quand celle du corps humain, par exemple, se régule. Si bien que si la température idéale pour un animal est de 20°C et qu’il fait 30°C, à moins qu’il ne puisse plonger, il meurt. Les animaux les plus menacés sont donc tous les animaux fixés : éponges de mer, gorgones, bivalves (moules, etc.), herbiers, notamment de Posidonie. Mais aussi le plancton, qui évolue essentiellement dans ces fameux 50 premiers mètres. Il y a des études menées par des scientifiques qui suivent des zones bien délimitées. Deux mois après une canicule marine, ils vont constater les dégâts : certaines zones sont entièrement détruites, comme s’il y avait eu un incendie sous-marin.

    La Méditerranée recouvre 1 à 1,5% de la surface des océans et elle contient près de 10% de la biodiversité mondiale. C’est une mer extrêmement riche. Cette biodiversité va être mise à mal, on le sait. Car les espèces qui y vivent sont adaptées à des eaux tempérées, pas tropicales. Pour autant la vie ne va pas disparaître, ça va laisser la place à des espèces qui aiment les eaux plus chaudes. Ces espèces qu’on appelle invasives ou exogènes. Elles peuvent trouver des conditions de vie assez exceptionnelles car certaines n’ont pas de prédateurs, comme par exemple le poisson-lion. Elles peuvent alors envahir le milieu.

    Ce dérèglement imposé à la mer par le réchauffement climatique entraîne-t-il d’autres perturbations ?

    J.-M.G. : Outre la perte de biodiversité, il faut aussi s’attendre à une perte de production pour certaines régions au niveau de la pêche (le Giec dit qu’il va y avoir près de 30 % de diminution selon les endroits, d’ici 2050) ainsi qu’à la multiplication des tempêtes, typhons, épisodes cévenols… Car toute cette chaleur accumulée, à un moment, ressort. Tout ça parce qu’on ne respecte rien… Les accords de Paris n’ont pas été respectés du tout, le 1,5 degré de plus est déjà dépassé. Les jeunes qui se lancent aujourd’hui dans la biologie marine vont passer leur carrière à constater cet énorme changement. Ça dure depuis des millénaires et là, en quelques dizaines d’années, peut-être une centaine, il va y avoir un bouleversement comme on n’en a jamais connu, qui a déjà commencé.

    Comment faire pour le contenir ?

    J.-M.G. : La seule façon de limiter ça, car on ne peut plus l’empêcher, c’est d’enfin prendre au sérieux le réchauffement climatique et d’appliquer les solutions qui avaient été préconisées. On sait quoi faire, mais on ne l’applique pas. La seule chose qu’on peut recommander à notre échelle, nous biologistes, c’est la mise en place d’aires marines protégées. Là non plus les accords ne sont pas respectés. On s’était engagé à ce qu’il y ait 30% de ces aires à l’horizon 2030. On en sera très loin. Et la plupart de celles qu’on déclare protégées ne le sont pas (moins d’1% le sont vraiment). Or il est plus facile de subir un réchauffement et surtout une canicule marine au milieu d’herbiers, de gorgones, de tout un milieu que sur un rocher nu. Les aires marines protégées sont des endroits très riches et là-dedans, le même poisson, même s’il souffre de la température, sera beaucoup plus apte à lutter et être résilient que dans un endroit surexploité, surpêché, pollué.

  • « Les feux fréquents bloquent la régénération naturelle »

    « Les feux fréquents bloquent la régénération naturelle »

    La Marseillaise : Nous avons vu plusieurs feux de grande ampleur cet été, comme à Martigues et au nord de Marseille. Comment la nature reprend-elle ses droits après son passage ?

    Laurent Vélasco : Le feu fait partie de la vie des milieux naturels méditerranéens. La sécheresse et la météo ont conditionné les espèces végétales avant et après le feu. Certaines ont des mécanismes de résistance au feu, comme le chêne vert qui repart à la base car ces racines sont protégées. Un rejet de souche qu’on aide en coupant le tronc brûlé. D’autres espèces sont résilientes, comme le pin d’Alep qui a une écorce fine, qui résiste moins à la chaleur. Un coup de chaud et la plante s’assèche et dépérit même s’il reste du vert. En revanche son cône est sérotineux, il pègue en raison de la résine collante qui l’entoure, le protège du feu et les graines à l’intérieur restent vivantes. Le feu fait fondre la résine et fait du semis. Si les conditions sont favorables on obtient un arbre, comme on voit à Martigues et sur l’Arbois. Des espèces d’herbacées émergent rapidement après l’incendie, dès le printemps suivant on a des fleurs grâce aux graines ou aux parties souterraines, et des bourgeons sortent des rhizomes souterrains 8 à 10 jours après un incendie.

    On ne voit pourtant pas beaucoup d’arbres là où a sévi le feu par le passé.

    L.V. : Tout simplement car les feux répétés font qu’il n’y a plus assez d’arbres pour permettre cette régénération. Il faudra attendre beaucoup plus longtemps pour que les adultes au loin dispersent leurs graines et recolonisent les espaces vides. Mais si le feu passe plus d’une fois tous les 20 à 25 ans, la régénération est impossible, ça vaut pour toutes les espèces. Car le feu épuise les ressources naturelles et appauvrit le sol et la biodiversité. Sur le massif de la Nerthe, des zones ont brûlé plus de 5 fois en 60 ans. On observe beaucoup de roches affleurantes, la litière organique nécessaire aux plantes est très faible et la végétation est bloquée durablement au stade de garrigue, le cycle de régénération aussi, faute d’un réservoir de vie suffisant. C’est un cercle vicieux.

    Ne peut-on pas replanter en masse pour casser cette dynamique ?

    L.V. : Cela arrive ponctuellement sur un parc périurbain en interface avec les habitations, par exemple, avec les limites de coût et d’entretien induits. Car quand on plante il faut assurer l’arrosage derrière. Le dynamisme naturel est plus efficace que la main de l’homme, tant en nombre qu’en termes de survie bien meilleur au naturel tout en étant moins cher. Les plantations artificielles sont vouées à l’échec pour contrer ce cercle vicieux à plus grande échelle. La seule solution est le temps long par la reconstitution de l’humus, Ce qui prend plusieurs dizaines à milliers d’années. On ne sait pas le faire à échelle humaine, peu importent les perturbations, mécanique ou chimique. Le seul levier d’action est d’empêcher les feux, particulièrement dans le contexte de changement climatique où l’on s’attend à des saisons sèches et caniculaires à la fois plus fréquentes et longues. Dans cette perspective, on imagine bien que la sensibilité de la végétation au feu va également s’amplifier avec la sécheresse.

    Alors que peut-on faire pour lutter contre les incendies ?

    L.V. : À problème complexe réponse complexe. 90% des feux sont d’origine humaine, dont 60 à 70% sont involontaires, sachant que la pyromanie a régressé par rapport aux années 1980-1990. Du reste, cela signifie ne plus jeter son mégot et ne plus faire de disqueuse ou de barbecue quand on est proche du milieu naturel. C’est très simple, mais trop souvent la cause. Cela pose aussi la question de l’aménagement du territoire pour faciliter la circonscription d’un feu. Mieux vaut des lignes franches que des serpentins entre nature et habitations. L’accessibilité aussi, pour permettre aux pompiers d’avoir de l’eau et d’étouffer au plus vite le feu, car passé une certaine ampleur la lutte est beaucoup plus difficile. Le débroussaillement est primordial pour retarder la progression du feu et garantir la sécurité des pompiers. Les politiques publiques doivent communiquer sur la prévention et accompagner les populations, qui doivent aussi y mettre du leur. C’est une approche globale.

  • Une consultation pour réduire le bruit du réseau routier

    Une consultation pour réduire le bruit du réseau routier

    Au-delà du cas de la rocade d’Avignon, source de bruit et de pollution, dont un possible arrêté anti-poids lourds cristallise les tensions, le Département de Vaucluse planche sur son réseau routier. Et les nuisances sonores qui en découlent. Après avoir adopté, il y a 7 ans, son plan de prévention du bruit dans l’environnement, le conseil départemental mène sa révision. Jusqu’au 20 octobre *, une consultation est en cours sur ce document, qui « a pour objet d’informer le public sur la notion du bruit routier, ses caractéristiques et ses effets, et de présenter un diagnostic réalisé sur le réseau des routes départementales ».

    Ce plan concerne les routes dont le trafic est supérieur à 8 200 véhicules par jour, en moyenne. Soit 68 infrastructures routières départementales et 337 km, réparties en zones bruyantes et zones calmes. « À titre d’information, le réseau départemental, dans sa globalité, représente 2 340 km de linéaire, seuls 14% du réseau départemental sont donc concernés par la démarche », précise la collectivité. Selon le diagnostic, quelque 3 500 personnes sont exposées à un seuil de décibels supérieur aux normes. Dans le détail, il s’agit de 2 420 personnes touchées le jour (6h-22h) et 1 010 la nuit (22h-6h).

    Si la plupart des sons de la vie courante sont compris entre 30 et 90 décibels, le seuil diurne est de 68 db, l’équivalent d’une salle de classe bruyante. Quant au nocturne, il est de 62 db, soit le bruit d’un marché animé.

    Pour réduire les nuisances, le Département cible sept mesures à décliner pour les cinq prochaines années. Parmi elles, le renouvellement des chaussées avec « des enrobés spécifiques », l’intégration de la problématique du bruit sur tous les chantiers neufs ou la sensibilisation des divers concessionnaires intervenant sur le réseau routier. Le conseil départemental chiffre « à 500 environ » la diminution « du nombre de personnes exposées au bruit à l’issue de la mise en œuvre des mesures prévues ».

  • Parc des Cévennes : la fusion qui inquiète

    Parc des Cévennes : la fusion qui inquiète

    À Florac, siège du Parc national des Cévennes (PNC), la tension est palpable. Depuis que le Sénat a rendu public, début juillet, un rapport proposant la fusion des onze parcs nationaux français avec l’Office français de la biodiversité (OFB), le monde de la protection de la nature est en émoi. Officiellement, il s’agit de rationaliser les opérateurs de l’État et de participer à l’effort d’économie de 40 milliards d’euros annoncé par le gouvernement. Mais sur le terrain, la colère monte. « Ça serait vraiment une catastrophe », martèle Stéphan Maurin, président du PNC, qui s’indigne de n’avoir jamais été consulté. « Quand on fait un rapport, on va au contact des gens pour prendre la température, pour voir ce qui fonctionne, ce qui aurait le mérite d’être amélioré. Je n’ai pas vu un sénateur au kilomètre carré depuis que je suis président. »

    Les critiques s’appuient sur un point central : la gouvernance. Depuis la loi Giran de 2006, les parcs nationaux sont des établissements publics autonomes, ancrés dans leur territoire. Leurs conseils d’administration réunissent des élus, des associations, des agriculteurs, des chasseurs ou encore des habitants. Une diversité saluée pour sa capacité à prendre des décisions adaptées aux réalités locales. La perspective d’un rattachement à l’OFB, organisme national centralisé, signifierait la disparition de ce modèle participatif.

    « On perdrait toute notre liberté »

    Au conseil d’administration réuni le 26 juin à Florac, agents et administrateurs ont d’ailleurs adopté une motion unanime contre la fusion. « Nous refusons catégoriquement ce projet, pas seulement en raison des postes qui seraient supprimés, mais parce que cela nous couperait de notre ancrage territorial », a déclaré le représentant du personnel, Laurent Bernard. « Dans le projet proposé, on perdrait vraiment toute notre liberté dans la prise de décision. » Les opposants rappellent que des mutualisations existent déjà, notamment sur la formation ou la gestion administrative, et qu’elles pourraient être renforcées sans remettre en cause l’autonomie des parcs. « Ce n’est pas avec les 8 ou 9 millions d’euros de chaque parce qu’on comblera le déficit de l’État », dénonce Stéphan Maurin, pour qui l’argument budgétaire est un « très mauvais calcul ».

    Cette inquiétude dépasse largement les Cévennes. Le parc du Mercantour a déjà lancé une pétition qui a recueilli plus de 20 000 signatures, et les dix autres parcs nationaux préparent une mobilisation commune. Tous redoutent de voir s’effacer des décennies de travail de concertation locale. Au-delà des chiffres, c’est une certaine idée de la relation entre l’État et ses territoires qui est en jeu. « On échange, on dialogue, on écoute avec attention ce que le territoire nous dit », souligne le maire du Pont-de-Montvert. « Si nous ne sommes plus là, qui va le faire ? »

    Pour le Parc national des Cévennes, habité et vivant, l’enjeu dépasse la simple protection de la biodiversité : il s’agit aussi de défendre un mode de gestion de l’environnement qui associe les habitants, loin des décisions prises à Paris. Le combat s’annonce animé à la rentrée, alors que le gouvernement doit présenter son budget à l’automne.

    « Je n’ai pas vu un sénateur depuis que je suis président »

  • Bidonvilles : « Montpellier se distingue positivement, mais il reste des freins »

    Bidonvilles : « Montpellier se distingue positivement, mais il reste des freins »

    Sur le modèle du bidonville de Celleneuve -l’un des plus gros de France-, dont les 165 habitants ont été accueillis, durant deux ans, au village de transition de la Rauze avant que 105 d’entre eux ne soient relogés en mai 2024, le bidonville dit de la Jasse de Maurin, situé avenue de Maurin à Montpellier, a été expulsé le 28 août. Cette nouvelle résorption est la première à se dérouler dans le cadre de la stratégie partenariale scellée par une convention signée en mai dernier entre l’État, la Ville de Montpellier et la Fondation pour le logement des défavorisés (ex-Fondation Abbé Pierre) visant à mettre à l’abri, dans les 10 prochaines années, 163 ménages, soit 511 personnes, occupant 13 bidonvilles sur le territoire de la Métropole.

    Installé à l’automne 2022, le bidonville de la Jasse de Maurin était situé sur un terrain
    inondable appartenant à la Métropole. Laquelle, face aux risques encourus, a enclenché en septembre 2023 une procédure d’expulsion. Les 91 personnes recensées se sont vues proposer des solutions de relogement : « 5 personnes en accès logement, 27 personnes hébergées sur l’ancienne auberge de jeunesse [mise à disposition de l’Association quatorze par la Ville pour un projet d’hébergement temporaire, Ndlr],
    42
     personnes hébergées par l’État, 3 par le conseil départemental, 14 ont trouvé d’autres solutions », énumèrent Ville et préfecture.

    « Ce qu’il se passe à Montpellier se distingue positivement de ce qui se fait ailleurs en France, où ont surtout lieu des expulsions sèches », souligne José Lagorce, directeur de l’association Area, chargée de l’accompagnement des résidents sur le site de la Jasse de Maurin. « On note les efforts qui ont été faits ainsi que la difficulté, pour les différentes institutions, de trouver des solutions adaptées. » Pour autant, estime-t-il, « il reste de nombreux freins » au succès réel de ces processus de résorption.

    13 personnes à la rue

    À commencer par « le principe de la liste : comme à Celleneuve, toutes les personnes arrivées après une date donnée -le 28 février pour le bidonville de Maurin- n’ont pas été recensées et donc prises en compte dans le cadre de la résorption. Si bien que 5 ménages, soit 13 personnes, se retrouvent aujourd’hui à la rue », explique José Lagorce.

    « Imposer une date butoir, pour peu que les personnes ne soient pas là dans les bonnes périodes, c’est les contraindre ensuite à davantage de précarisation », dénonce-t-il. « Cette idée d’une date fixe qui vient sanctionner ceux qui sont légitimes et les autres est quelque chose qui ne rentre pas dans l’éthique et la conception du travail social. Quand on se retrouve le jour de l’expulsion avec des familles sans solution, pour certaines avec des enfants, c’est complexe à gérer. On nous a dit : ils relèveront du droit commun, sauf que le droit commun est embouteillé. Le 115, les nuitées hôtelières : il n’y en a plus », dénonce le directeur d’Area.

    Cette pénurie dans le logement et l’hébergement -d’urgence ou d’insertion- « induit des conditionnalités d’accueil sur des dispositifs normalement inconditionnels. Tout ça ferme des portes et accroît les risques d’inadaptation de la proposition à la situation des personnes », estime José Lagorce. « On a un grand nombre de familles qui, quand elles rentrent sur des dispositifs non adaptés, finissent par en ressortir et recréer des bidonvilles. Une partie des habitants de l’avenue de Maurin avaient par exemple déjà connu des processus d’expulsion, y compris celui de Celleneuve. Le discours induit, c’est : ça ne sert à rien de créer des dispositifs particuliers car ils n’en veulent pas. Mais non, c’est juste qu’il y a une inadaptation de l’offre à la situation que vivent les personnes. Il faut penser les dispositifs de façon plus souple, plus globale », insiste-t-il.

    « Le besoin, ce n’est pas simplement un toit. Un bidonville est un espace de vie mais c’est aussi un espace de travail. On y travaille la ferraille, les voitures, l’écoreyclage, il y a des biffins. C’est un espace qui permet aux habitants, avant qu’ils ne puissent accéder à de l’emploi, de subvenir à leurs besoins sans tomber dans de l’assistance. Il faut donc mettre en place des espaces où ils pourront pratiquer cette économie populaire, laquelle va leur permettre, petit à petit, d’aller vers l’insertion socio-professionnelle grâce à l’accompagnement social qui va être mis en place. Ce projet d’un terrain de travail est quelque chose qu’Area a porté dès le départ sur le travail de résorption du bidonville de Maurin. Le maire de Montpellier a finalement donné son accord de principe quelques semaines avant l’expulsion. Ce sera donc sûrement pour les prochaines résorptions », espère José Lagorce.

    Selon le préfet de l’Hérault, il reste actuellement « 441 personnes dans 12 bidonvilles à Montpellier ». La prochaine résorption pourrait concerner le bidonville de Bonnier de la Mosson. Le terrain évacué avenue de Maurin sera, quant à lui, dans un premier temps « nettoyé et enroché afin d’éviter toute nouvelle occupation irrégulière », font savoir la Ville et la préfecture, avant que n’y soient aménagés, à terme, « un bassin d’écrêtement des crues et un parc ».