Category: environnement

  • [Biodiversité] Ces forêts marines qui restent à cartographier

    [Biodiversité] Ces forêts marines qui restent à cartographier

    La zone mésophotique étant toute la partie sous-marine qui se trouve entre la surface directement touchée par la lumière du soleil et donc souffrant du réchauffement climatique et les grands fonds marins. « C’est une zone qui va de 30 à 150 mètres de profondeur mal connue, peu protégée et documentée où se trouve un monde marin exceptionnel dont le fonctionnement est semblable aux canopées des forêts terrestres. C’est un monde sous pression de par une mortalité importante des espèces notamment en 2022 à cause du réchauffement climatique sur la partie supérieure mais aussi avec un gros impact de l’homme à cause de la pêche professionnelle et de loisir mais aussi le mouillage qui n’est pas toujours respecté », poursuit-il.

    Un projet à 2 millions d’euros

    À travers ce projet qui durera 3 ans et grâce aux dotations, l’association et ses partenaires ambitionnent de cartographier la zone mésophotique et ses habitats, évaluer l’état de conservation de ces forêts animales marines (corail, gorgones, population de poissons etc.) mais aussi réaliser des analyses génétiques, rendre accessible au plus grand nombre ce monde marin avec des plongées en live, la réalisation de courts-métrages ou encore mettre en place des événements à destination du public pour le sensibiliser dans les villes étapes où se feront les plongées. « La zone mésophotique représente 5% de la surface des océans dont 99% se situent à l’intérieur des zones économiques exclusives (ZEE) et 10% sont incluses dans des aires marines protégées. D’ailleurs, en Méditerranée française, nous avons 60% d’aires marines protégées mais seulement 0,1% l’est réellement. C’est un point sur lequel nous souhaitons travailler également car ces zones ont un rôle crucial », ajoute le porteur de projet.

    En plus des 900 000 euros provenant de la Fondation Crédit Mutuel, l’association a reçu un soutien financier de 100 000 euros de l’Office français de la biodiversité pour un budget total estimé à plus de 2 millions d’euros.

  • Le chantier de réhabilitation de la Mobil à Frontignan touche à sa fin

    Le chantier de réhabilitation de la Mobil à Frontignan touche à sa fin

    Après des années de lutte et de négociations avec l’industriel, la réhabilitation environnementale du site de l’ancienne raffinerie Exxon-Mobil de Frontignan, exploitée par la société pétrolière et gazière américaine pendant plus de 80 ans jusqu’à son démantèlement en 1986, a débuté en 2022. Pris en charge par Esso, devenu il y a quelques mois North Atlantic, cet énorme chantier de dépollution à plus de 60 millions d’euros – un des plus gros d’Europe – a consisté à excaver 11 hectares de terres impactées par des hydrocarbures et des métaux lourds. Il touche aujourd’hui à sa fin.

    170 000 m3 de terres excavées

    Après avoir été déplacée pour la 16e fois le 28 octobre dernier, l’immense tente gonflable de 120 m de long par 50 m de large et 16 m de haut, « dispositif unique au monde destiné à limiter les émanations d’odeurs d’hydrocarbures », a été déplacée pour la dernière fois le 7 janvier afin d’accueillir la dernière ligne droite d’un chantier qui s’achèvera début mars. « 170 000 m3 de terres auront ainsi été excavées de 1 à 4 m de profondeur, dont 85 000 m3 auront été évacués hors site » vers des centres agréés, indique la Ville de Frontignan dans un communiqué. Suivront trois mois de démantèlement (démontage de la tente gonflable, de la tente conventionnelle utilisée pour le criblage et le stockage des terres, de l’unité de traitement des eaux, de la base-vie, nivellement final et repli des engins de chantier… )

    « L’achèvement prochain de ce chantier hors-norme marque une étape majeure pour Frontignan-la Peyrade », déclare le maire de la commune, Michel Arrouy (PS). « Après des décennies d’attente, ce site emblématique de notre histoire industrielle va enfin être dépollué, dans des conditions exemplaires et intégralement prises en charge par l’industriel responsable. C’est un soulagement pour les habitants et une réussite collective. Nous pouvons désormais nous projeter vers l’avenir », se réjouit l’édile. Une fois les terrains restitués à la commune, l’heure sera en effet à la reconversion du site, qui « ouvrira la voie à un projet structurant pour le territoire, avec le déplacement de la gare, la création d’un pôle d’échanges multimodal et l’accueil d’activités économiques tournées vers la transition écologique », précise Michel Arrouy.

  • Pour tout savoir sur les papillons de Marseille

    Pour tout savoir sur les papillons de Marseille

    Porté par trois auteures passionnées de lépidoptères et de leur conservation dans les espaces urbains, Magali Deschamps-Cottin, Chloé Duque et Louise Seguinel ont créé l’association du Parc urbain des papillons (PUP) afin de sensibiliser et former tous les publics à la relation entre les papillons et leur environnement. Une association qui a donné naissance à un parc physique qui a vu le jour en 2012 dans le 14e arrondissement de Marseille, sur le domaine de la Tour des Pins. Fermé au public, le dispositif permet de suivre les communautés de Lépidoptères Rhopalocères en accueillant des plantes nectarifères et hôtes avec une gestion raisonnée. S’ensuit donc tout naturellement l’ouvrage Papillons de Marseille, un guide consacré aux papillons de jour que l’on peut observer dans la ville.

    Un livre qui s’adresse
    à tous les publics

    S’adressant à un large public allant des étudiants en écologie aux agents techniques des espaces verts en passant par les passionnés ou les curieux, Papillons de Marseille est présenté comme un outil d’identification pratique et précis puisque pour chacune des espèces, des informations détaillées sur les différents stades de développement y sont inscrites, accompagnées de photographies.

    L’objectif étant d’observer, d’identifier mais aussi de comprendre et de s’émerveiller devant tant de douceur et de raffinement où chacun, bien que faisant partie d’une espèce commune, a des caractéristiques bien spécifiques. Et, apprendre à les reconnaître c’est déjà leur accorder une attention particulière.

    Les fiches des 71 espèces recensées sont conçues comme des cartes d’identité vous indiquant où, quand et comment les observer. Pour faire exister tout cela, des recherches ont été conduites au sein du Laboratoire Population-Environnement Développement de l’université d’Aix-Marseille ainsi que des suivis de communautés de papillons menés pendant plus de dix ans sur plusieurs dizaines de parcs et de friches de la ville. Sans oublier 35 espèces supplémentaires qui elles, ont été observées dans les espaces naturels périphériques dont le Parc national des Calanques.

    Plus qu’un guide, l’ouvrage est aussi une invitation à agir pour la restauration et la conservation de la biodiversité urbaine qui est fortement menacée et questionnée. Un guide qui raconte aussi une histoire, celle de l’interdépendance de l’homme avec la nature. Redonner toute leur place aux papillons d’une manière très simple c’est un moyen de restaurer et protéger la biodiversité urbaine.

    Paru aux éditions
    Le Naturographe en décembre
     2025. 22 euros

  • Hérault : le Minervois entre dans la cour des Grands Sites

    Hérault : le Minervois entre dans la cour des Grands Sites

    Le label a été attribué au territoire « Cité de Minerve, gorges de la Cesse et du Brian », rassemblant sept communes : Cesseras, Azillanet, La Livinière, Minerve, Siran, La Caunette et Vélieux. C’est l’aboutissement d’un travail de 16 ans, mené sous la houlette du Syndicat mixte du Pays Haut-Languedoc et Vignobles, précise Jean Arcas, son président. L’objectif n’est pas d’attirer toujours plus de visiteurs, mais de mieux les répartir, explique Jean-Pierre Barthès, vice-président de la Communauté de communes. « Il s’agit de montrer que le territoire ne se résume pas à une carte postale figée, mais à une mosaïque de lieux et d’usages. »

    Un label structurant pour le territoire

    Le label Grand Site de France, attribué par l’État, distingue des territoires d’exception engagés dans une gestion durable conciliant préservation, accueil du public et développement local. Le Minervois rejoint ainsi la vingtaine de territoires labellisés Grand Site de France. Pour l’obtenir, le territoire doit protéger un paysage remarquable classé, impliquer les habitants et garantir un accueil de qualité sans dénaturer le site. L’intercommunalité a permis de mutualiser les moyens, de renforcer l’office de tourisme et de structurer l’action publique. Elle valorise surtout la diversité du territoire : de l’altitude du Caroux aux paysages méditerranéens vers Narbonne. La randonnée, l’escalade, le canoë : chaque commune devient la porte d’entrée des autres.

    Pour les élus, le label est une opportunité, à condition d’assumer des investissements conséquents. Pour Didier Vordy, maire de Minerve, « cela signifie des routes entretenues, une téléphonie fiable, demain la fibre. Autrement dit : maintenir le lien social et enrayer l’érosion économique, sociale et démographique qui touche ces villages depuis des décennies. » La communauté de communes mobilise déjà 42 000 euros par an pour cofinancer le poste de chargé de mission dédié à la gestion du site. Dans un territoire marqué par l’exode rural, l’intercommunalité devient un outil de survie collective, bien plus qu’un simple échelon administratif.

  • Le hérisson d’Europe crucial mais en déclin

    Le hérisson d’Europe crucial mais en déclin

    Le hérisson d’Europe (Erinaceus europaeus), petite boule de pics bien connue dans les paysages ruraux comme dans les jardins, joue un rôle important dans les milieux naturels. Malgré cette fonction écologique majeure, l’espèce est confrontée à de nombreuses menaces qui compromettent sa survie.

    En région Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca), le hérisson d’Europe fréquente des milieux variés : zones boisées, haies, jardins privés… C’est un allié précieux des jardiniers, car il se nourrit d’insectes, de limaces et d’autres invertébrés parfois considérés comme nuisibles lorsqu’ils pullulent. Sa présence témoigne de la bonne qualité des espaces naturels.

    Les populations d’Europe diminuent

    Malgré son rôle essentiel, ce mammifère nocturne connaît une forte régression. L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a récemment révisé son statut, le faisant passer de « préoccupation mineure » à « quasi menacé » dans sa liste rouge. Cette liste permet d’évaluer l’ampleur des efforts nécessaires pour préserver la biodiversité à différentes échelles.

    Les populations de hérissons d’Europe diminuent dans plus de la moitié des pays où l’espèce est présente : Royaume-Uni, Norvège, Suède, Danemark, Allemagne, Autriche. En France, leur nombre a baissé de 16% à 33%, selon les régions au cours de la dernière décennie.

    Plusieurs facteurs expliquent cette régression. L’urbanisation croissante réduit les zones de refuge et expose davantage les animaux aux dangers de la route. Selon la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), « chaque année, 700 000 hérissons meurent écrasés ».

    Des centres de sauvegarde essentiels

    Par ailleurs, l’intensification agricole et l’usage de pesticides constituent une autre menace majeure : ces substances diminuent leurs ressources alimentaires et peuvent entraîner des intoxications. Enfin, le changement climatique perturbe leur hibernation et accroît leur mortalité.

    La protection du hérisson d’Europe repose aussi sur la mobilisation citoyenne : protéger cet animal, c’est protéger l’environnement. Des centres de sauvegarde de la faune sauvage existent dans la région, comme celui de Buoux, qui prend en charge les hérissons blessés ou malades afin de les soigner et de les réhabiliter dans leur milieu naturel. À l’échelle individuelle, préserver cette espèce menacée passe par l’abandon des pesticides au profit d’un jardinage plus respectueux de l’environnement, ou encore par le soutien financier aux centres de sauvegarde, comme Buoux.

    Le 23 janvier, la LPO Paca lancera une opération de financement participatif destinée à soutenir le Centre de sauvegarde de Buoux.

  • Thau : l’interdiction des huîtres, un scandale d’assainissement

    Thau : l’interdiction des huîtres, un scandale d’assainissement

    On a beaucoup parlé d’huîtres « contaminées ». Pas assez de ce qui les contamine. Fin décembre 2025, la préfecture de l’Hérault suspend la récolte et la commercialisation des huîtres, moules et palourdes de l’étang de Thau, après des cas d’infection et un lien épidémiologique avec des norovirus. Pour les conchyliculteurs, c’est un coup de massue à la veille du Nouvel An. Pour les habitants, c’est un rappel brutal : cette crise n’est pas seulement économique. Elle est d’abord sanitaire.

    C’est l’angle que martèle Henri Loison, président du Comité des usagers du bassin de Thau du cycle de l’eau. « On inverse tout. On présente les ostréiculteurs comme responsables, alors qu’ils sont au milieu. La base, c’est une crise sanitaire : mise en danger de la vie d’autrui. » Selon lui, le norovirus n’est pas un « mystère naturel » : il renvoie à une réalité très concrète, celle des rejets d’eaux usées. Son comité avait d’ailleurs adressé une lettre ouverte le 27 décembre, avant même l’arrêté d’interdiction du 30 décembre, à l’ensemble des autorités et élus du territoire, pour alerter sur la répétition des pollutions et demander une enquête publique.

    « L’huître a bon dos »

    Au cœur du dossier, une question obsédante : comment une pluie « banale » peut-elle suffire à faire déborder le système  ? Fabrice Grillon, directeur du Comité régional de conchyliculture de Méditerranée, racontait déjà sa « stupéfaction  » : « Comment des réseaux, avec une pluie faible, vingt millimètres, ont débordé et entraîné des contaminations du milieu ? » Il pointe une inquiétude de fond : les investissements passés n’ont pas « blindé » le bassin contre le risque virologique.

    Henri Loison va plus loin et vise des choix structurels. Il rappelle que la nouvelle station d’épuration des Eaux-Blanches à Sète, mise en service en septembre 2022, a coûté 72 millions d’euros environ, sans empêcher une crise sanitaire en décembre 2022, en 2023 et en 2025. Dans la lettre, un autre chiffre revient comme un symbole : la concession du service d’assainissement attribuée à Suez/Thau Maritima pour 20 ans et 277 millions d’euros, avec des résultats jugés « peu probants » au regard des pollutions répétées. Les usagers et professionnels pointent notamment les 40 km de réseaux unitaires à Sète, les postes de relevage fragiles, et même un émissaire en mer décrit comme défaillant sur une portion significative, limitant les efforts consentis. Le constat partagé par les acteurs du bassin, qui documentent la situation depuis des années, est criant : la bétonisation aggrave les ruissellements, fragilise l’assainissement et finit par entamer la confiance sanitaire. « Mais l’huître a meilleur dos », plaisante Loison.

    Face à l’urgence sociale, l’État et les collectivités annoncent des mesures : exonération de la redevance portuaire envisagée par le Département (environ 120 000 euros), année blanche sur la redevance de traitement des déchets conchylicoles proposée par Sète Agglopôle (environ 1 M), possibilités d’étalements fiscaux et sociaux, recours à la médiation du crédit, aménagements bancaires, ainsi que l’ouverture d’un guichet d’indemnisation lié à la malaïgue. Des pansements nécessaires. Mais insuffisants si l’on ne traite pas la plaie : l’origine des rejets.

    « Car tant que les responsabilités resteront diluées entre les pluies, la lagune ou la fatalité, la crise recommencera », explique Loison. Interdire la vente était indispensable pour protéger la population. Mais le risque demeure : une nouvelle analyse défavorable pourrait prolonger l’interdiction de plusieurs semaines et aggraver encore la situation. « Et ça peut durer comme cela jusqu’à avril-mai », s’inquiète le président. Protéger durablement suppose désormais autre chose : transparence, enquête publique et plan massif sur les réseaux, pas seulement sur les vitrines technologiques. À Thau, l’huître n’a pas à porter seule le poids d’un système qui déborde.

    * Sauf nouvelle alerte d’ici là, les coquillages de l’étang de Thau devraient être de retour sur les étals à partir du 21 janvier, selon le Comité régional de conchyliculture de Méditerranée (CRCM).

  • Les anti-projet de Vinci vont mettre les candidats sur le gril à Montpellier

    Les anti-projet de Vinci vont mettre les candidats sur le gril à Montpellier

    En attendant le grand oral des Shifters sur le climat le 12 février, ils vont devoir se positionner sur le projet de Contournement ouest de Montpellier (COM). À Montpellier, Saint-Jean-de-Védas ou Juvignac, les trois communes traversées par le projet décrié de Vinci, les candidats aux Municipales vont être questionnés par le collectif Autre COM.

    Lequel ne digère pas que le projet initial (un boulevard urbain en 2×2 voies censé réduire les bouchons) soit devenu un bras autoroutier de 6,2 km en 2×3 voies élargies avec bandes d’arrêt d’urgence dimensionné pour du 110 km/h et visant à relier l’A709 à Saint-Jean-de-Védas à l’A750 à Juvignac. « Si les gens connaissaient vraiment le projet de Vinci, on ne serait pas minoritaire dans le sondage sur le COM », assure Céline Scornavacca, qui déplore une « communication agressive » trompeuse de Vinci et une opacité entretenue par les autorités favorables au projet. « Sans parler du trafic induit et de la pollution, je ne suis pas sûre que le projet va résoudre les problèmes des embouteillages à l’ouest ». Du côté de Vélocité, Christine Rouot fait un vœu. « On demande au moins de ne pas toucher à l’échangeur de Juvignac. » Sans quoi « on va ramener les camions du nord vers l’A709 ! », abonde Philippe Hippert, de Saint-Jean Environnement.

    Des arbres déracinés

    En attendant que ne soit jugé leur recours en appel contre la déclaration d’utilité publique, les opposants au projet de Vinci ont déposé le 7 janvier 2026 un recours contre l’autorisation environnementale préfectorale du 30 novembre 2025. D’une part ce document atteste qu’« il s’agit bien d’une autoroute » alors qu’une « réserve avait été émise sur l’absence d’alternative sobre au tracé », rappelle Jean-Michel Hélary de SOS Lez Environnement. D’autre part, l’arrêté préfectoral n’est censé permettre que des travaux préparatoires aux fouilles archéologiques. Or, depuis les fêtes, les opposants ont constaté des travaux de terrassement. « Des pins et des oliviers ont été abattus. L’habitat des petits mammifères et des chauves-souris a été détruit », s’indigne Gaspard Drillaud, du Groupe national de surveillance des arbres.

    Pour Françoise Hélary, il s’agit d’« atteintes environnementales évidentes ». La militante d’Alternatiba pense que « l’autorisation environnementale qui déroge à la protection d’espèces protégées (telle que la loutre d’Europe) est illégale ». Ce sera à la justice de trancher. Mais les véritables travaux du COM débutant début 2027, il sera peut-être trop tard.

  • [Entretien] Serge Zaka : « J’aimerais que la société civile considère mieux les agriculteurs »

    [Entretien] Serge Zaka : « J’aimerais que la société civile considère mieux les agriculteurs »

    La Marseillaise : Pour 2026, on peut souhaiter que le climat revienne sur le devant de la scène ?

    Serge Zaka : Oui c’est ça, en 2025, on a observé de très grosses régressions en termes de réflexions climatiques et environnementales. Et une politique mondiale – qui n’est pas que française – qui va vers d’autres préoccupations que celles du changement climatique et environnemental. On est vraiment dans une politique de confrontation entre les hommes alors qu’on devrait être dans une politique d’alliance entre humains pour pouvoir répondre à des problèmes climatiques mondiaux.

    Les aspects scientifiques du changement climatique sont niés. On se retrouve face à un discours climato-sceptique qui devient très présent en Amérique, et qui fait que le message de lutte contre le changement climatique est volontairement brouillé par un discours politique. Parce que les enjeux économiques qui en découlent sont trop importants pour certains pays. Donc, on a une dégradation globale – que ce soit politique ou scientifique – de la qualité des informations qu’on a sur le climat. Cela se voit dans les entreprises et les politiques, mais il ne faut pas que ça impacte le citoyen, qui lui, continue dans cette réflexion sur le climat. Ce qui serait inquiétant en 2026, c’est de voir les citoyens embarqués dans cette politique nauséabonde au niveau climatique.

    Comment expliquer cette dichotomie entre société civile et politiques ?

    S.Z. : Si l’on prend les États-Unis en exemple, Donald Trump a pris sa population en otage. Il impose sa vision qui n’est pas scientifique. C’est un discours basé sur l’émotion et l’opinion personnelle, et il fait comme si la population avait la même réflexion que lui. On a une politisation des discours scientifiques. C’est de là que vient cette différence avec la société civile. La société civile, elle, continue à suivre les chercheurs et à les relayer. L’opinion personnelle des politiques ne correspond pas à au consensus scientifique.

    Beaucoup opposent du coup l’agriculture et le climat. Or, il est quand même possible de lier les deux. Est-il encore nécessaire de le souhaiter pour 2026 ?

    S.Z. : Oui. Et dans l’autre sens, j’aimerais que la société civile aussi considère mieux ces agriculteurs. Parce qu’il faut savoir que déjà, l’agriculteur, on le voit comme une personne qui est là pour produire à manger. D’ailleurs, les populations sont de plus en plus urbaines, et elles sont complètement déconnectées de la réalité agricole. Ma génération est la première à ne pas avoir d’aïeul dans l’agriculture. Ça se voit à ce qu’on mange, de plus en plus de plats ultra transformés, certains ne savent même plus cuisiner. La place de la cuisine dans les appartements devient de plus en plus restreinte et ça ne devient plus un élément convivial de partage. Et au final, même si en France, on s’en sort mieux que certains pays – parce qu’on a quand même notre notion de terroir, de fromage, de vin, qu’on ne retrouve pas dans les autres pays du monde – notre pays reste quand même déconnecté du monde agricole. Ce que j’aimerais, en 2026, c’est d’arriver à faire comprendre que l’agriculteur n’est pas là juste pour nous faire à manger.

    Pour s’adapter au changement climatique, on a besoin des agriculteurs. Ce sont eux qui permettent de gérer aux mieux nos campagnes. L’agriculteur a un rôle dans la gestion des sols et des arbres – deux de nos alliés pour faire face au changement climatique – mais aussi dans la gestion de l’écoulement de l’eau, etc. J’aimerais bien qu’on comprenne qu’il est aussi là pour entretenir les paysages. Et en parallèle, en politique, j’aimerais bien qu’on comprenne que l’aide à la production agricole n’a plus à être pointée vers le tonnage de production, mais soit aussi orientée aussi vers la gestion des microclimats de la campagne et des écosystèmes, pour que ces discours aient un impact positif auprès des agriculteurs.

    Et j’aimerais bien en 2026 qu’on arrête d’opposer le consommateur et l’agriculteur. On a une espèce de vision médiatique qui oppose les gens, alors qu’en réalité, il faudrait réussir à travailler ensemble pour pouvoir avancer. Le fait d’opposer les gens, ça met des barrières aux constructions importantes pour faire face au changement climatique. Donc encore une fois, il faut s’unir pour faire face aux problèmes.

    Vous qui êtes chasseur d’orage, espérez-vous en voir des jolis dans l’Hérault pour les photographier ?

    S.Z. : Bien sûr. Comme tous les ans, j’espère que la saison orageuse sera esthétique, c’est-à-dire qu’elle permette de faire de belles photos, et généralement, esthétiques et violents ne vont pas ensemble. Parce que plus c’est violent, plus il y a de pluie, et moins il y a de situations intéressantes à prendre en photo. Généralement, les orages les plus secs et les moins violents sont les plus esthétiques. Et donc souhaiter avoir des orages esthétiques, ça ne veut pas forcément dire souhaiter voir les écosystèmes détruits par la grêle, je tiens à le préciser. Donc si on pouvait avoir des orages esthétiques sans qu’ils soient violents, ça peut être intéressant parce que j’ai encore pas mal de monuments et de paysages à mettre en valeur, un peu comme le Pic Saint-Loup. Dans mes photos, je veux mettre en avant nos terroirs dans des situations orageuses qu’on n’a pas l’habitude de voir sur les cartes postales.

    Une version enrichie de cet entretien
    est à retrouver sur le site internet
    de La Marseillaise.

  • Procès à Marseille sur un trafic de pesticides interdits

    Procès à Marseille sur un trafic de pesticides interdits

    L’affaire est « indigeste ». Et si, depuis 6 ans, certains des fruits et légumes vendus dans son supermarché en bas de la rue étaient nocifs pour la santé de tous ? C’est l’enjeu d’un procès d’ampleur consacré à un trafic de pesticides, importés d’Espagne et utilisés dans les Bouches-du-Rhône ainsi que dans la Drôme.

    Les gérants de sept sociétés agricoles, ainsi que le fournisseur présumé des produits, sont poursuivis pour « détention et utilisation de pesticides interdits, non-élimination de produits interdits, distribution, vente et importation de produits phytopharmaceutiques falsifiés, faux et usage de faux en écriture ». Ils sont présumés innocents.

    Des parties civiles révoltées

    Cette affaire soulève à la fois des enjeux environnementaux, touchant à la faune et à la flore locales et des questions de santé publique. Au-delà, elle révèle une crise de confiance persistante entre les consommateurs et le monde agricole. Chaque volet dispose de sa propre partie civile : France nature environnement (FNE) pour les atteintes à l’environnement, la Confédération paysanne pour les enjeux liés à la profession et l’association Que Choisir Ensemble, anciennement UFC-Que Choisir, pour la défense des consommateurs.

    Judith Sebert, la juriste qui représente FNE Paca, fédération française des associations de protection de la nature et de l’environnement, pointe du doigt des « professionnels qui connaissent très bien la réglementation » et dénonce « une utilisation de ces produits phytopharmaceutiques interdits pour réaliser des économies importantes et non pas pour faire survivre une petite exploitation ».

    Des exploitations

    de 500 à 1 000 hectares

    Elle parle d’exploitations pouvant aller jusqu’à 500, voire 1 000 hectares. Selon elle, le procès remet les pesticides au centre du débat, « à un moment où les politiques publiques semblent parfois aller à rebours » de la protection environnementale. Enfin, elle insiste en rappelant la « persistance » de ces produits utilisés en cocktail (plus de 54 produits retrouvés et mélangés) qui, en plus d’être présents sur les fruits et légumes que les consommateurs achètent, polluent les eaux qu’ils boivent.

    Malgré ce procès, les préjudices sur l’environnement et sur la santé publique ne sont pas quantifiables et donc non
    condamnables. « Ce n’est pas acceptable », lance Candice Tchoumjeu, membre de l’association pour les consommateurs Que Choisir Ensemble. Cette dernière soutient : « On se porte partie civile car ces produits affectent grandement la qualité des produits alimentaires mis sur le marché et donc la santé des consommateurs ». Les conséquences sur la santé sont sans appel : perturbateurs endocriniens, reprotoxiques, cancers…

    « Crise de confiance »

    « Les pesticides ne règlent pas les problèmes, ils les déplacent et les aggravent. Ils nous entraînent dans le mur », témoigne Jean-Luc Juthier qui en a fait l’expérience en tant qu’arboriculteur retraité ayant utilisé des pesticides. Aujourd’hui membre du syndicat la Confédération paysanne, il est militant anti-OGM et ancien membre des Faucheurs volontaires. Il représentera la Confédération au procès. « On produit de la merde et on le cache aux consommateurs », déplore-t-il. « Et ça crée une crise de confiance des consommateurs envers les agriculteurs. » Il soutient que la présence de la Confédération paysanne à ce procès a pour vocation de promouvoir de nouvelles manières de faire de l’agriculture (biologique notamment), de faire valoir le droit des ouvriers agricoles directement en contact avec ces produits nocifs, mais surtout de regagner la confiance des citoyens.

  • Un défi lancé aux élèves pour les sensibiliser aux usages des textiles

    Un défi lancé aux élèves pour les sensibiliser aux usages des textiles

    Dans la classe de CM2 de l’école Alphonse Daudet, à Vedène, les mâchoires des élèves touchaient presque le sol lorsque Alexis Louat, membre de l’association EnJeux Durables, qui sensibilise aux enjeux du textile et de sa consommation, explique qu’il faut presque 8 000 litres d’eau pour produire le jean que certains d’entre eux portent. Un effet recherché, qui illustre le but de la toute juste lancée Textile Race dans 10 écoles du Grand Avignon.

    Pendant un peu moins d’une heure, l’intervenant a ainsi évoqué les conditions de travail dans des ateliers de fabrication de vêtements ou encore le coût écologique du transport. À chaque fois, avec des phrases marquantes qui n’ont pas manqué de faire effet auprès des jeunes. En quelques jours, dix établissements scolaires de Vedène donc, mais aussi de la Cité des Papes, de Morières-lès-Avignon et de Velleron, sont ainsi sensibilisés autour de la question des impacts environnementaux de l’industrie textile.

    Collecte sur place

    L’opération a également un côté plus pratique. En effet, dans chacune des écoles qui participent, un bac de récolte de vêtements est déposé. Pendant quatre semaines, jusqu’au lundi 9 février, chacun des 2 000 élèves pourra collecter, peser et déposer un sac de textiles qui doit être sec et non taché. Ces derniers seront récupérés par Le Relais. À la fin, un classement déterminera l’école qui aura récupéré le plus gros tonnage de textiles, laquelle remportera le défi et se verra offrir une sortie scolaire éducative. Et l’intercommunalité assure « que de belles surprises attendent les élèves les plus engagés ».

    « C’est vous qui allez donner une deuxième vie à la planète », lance ainsi aux écoliers David Fillon, responsable du site du Relais Provence. « L’objectif, c’est de consommer différemment. Mais c’est aussi un geste social. Cela crée de l’emploi, car il faut du monde pour trier tout cela, et c’est revendu à petit prix pour ceux qui n’ont pas les moyens », poursuit le responsable. « Les petits gestes de chacun vont permettre d’avoir un avenir avec moins de déchets », poursuit de son côté Laura, membre de l’éco-organisme Refashion, juste après avoir confié que chaque année, 890 000 tonnes de textiles usagés partent dans le circuit de traitement des déchets.

    Détails sur textilerace.fr