Category: culture

  • Des clichés de Mauthausen présentés à « La Marseillaise »

    Des clichés de Mauthausen présentés à « La Marseillaise »

    Présenter, à l’appui des images, la mémoire de l’horreur. C’est ce que propose l’exposition « La part visible des camps », composée de photographies du camp de concentration nazi de Mauthausen (1938-1945) et installée de lundi 4 au vendredi 8 mai dans les salles des rotatives de La Marseillaise (1er). L’exposition s’intéresse à « l’ensemble des fonds d’images existants » sur Mauthausen, où furent conduits plus de 200 000 hommes, et quelques milliers de femmes. On y retrouve des photos prises par des détenus libérés, par des libérateurs américains, mais aussi par les SS eux-mêmes. Car si les forces nazies ont détruit une grande partie de leurs archives durant les derniers mois de leur domination, certains originaux de Mauthausen ont été conservés. Des détenus espagnols, dans les rouages de l’administration du camp et au laboratoire photographique, les ont à l’époque dérobés, camouflés, sortis du camp puis confiés à une habitante du village. L’exposition, portée par les Amicales française et espagnole d’anciens déportés de Mauthausen, auxquelles se sont associées les autorités fédérales autrichiennes, compte quelque 500 clichés et circule en Europe depuis 2005.

    Les concepteurs de l’exposition insistent : « L’image n’est pas réalité objective. » « Il va de soi que l’œil du SS ne voit pas tout, que l’image qu’il fixe masque plus qu’elle ne montre, qu’elle est d’essence négationniste, lit-on dans le dossier de présentation. Le parcours de l’exposition est un travail, et l’appareil textuel accompagnant les photographies ne saurait être éludé. »

    17, cours d’Estienne d’Orves, entrée libre de lundi à vendredi, entre 10 et 18 heures.

  • En prévision des travaux d’extension, le musée Fabre sera fermé du 4 au 22 mai

    En prévision des travaux d’extension, le musée Fabre sera fermé du 4 au 22 mai

    En préambule de ces travaux d’extension, qui se tiendront à partir de 2028, une courte phase préparatoire de sondages géotechniques va être réalisée à partir du 4 mai. Ils seront réalisés à l’entrée du musée, au niveau de la bibliothèque et de la librairie-boutique, où se tiendra le futur escalier menant aux nouveaux espaces d’exposition créés sous le musée.

    Afin de limiter les nuisances pour les visiteurs, et avant la mise en place d’une entrée secondaire temporaire en 2028, le musée fermera donc ses portes du 4 au 22 mai, le temps de cette phase préparatoire. La réouverture aura lieu le 23 mai pour la Nuit des musées.

    Un nouvel écrin

    C’est l’Atelier d’architecture Emmanuel Nebout, déjà lauréat du premier projet d’extension du musée réalisé en 2007, qui mènera à bien cet ambitieux projet d’agrandissement et de rénovation,
    avec l’agence bordelaise BLP.

    Sous la cour Soulages, sera creusée la grande salle d’exposition. Elle présentera une surface de 940 m², composée d’une nef centrale sous un tamis de lumière. Ce vaste espace sera complété par une allée latérale pour les espaces d’interprétation indispensables aux expositions temporaires. Enfoui sous le sol de la ville, il sera relié par un vaste escalier de deux volées. Situé en continuité directe avec le hall, il se déploiera à l’emplacement de la bibliothèque actuelle et amorcera le parcours vers la salle des expositions temporaires. De son côté, le parvis sera repris pour redonner sa splendeur à la porte Buren et intégrer, dans le prolongement de l’esplanade récemment repensée, un jardin des sculptures.

    LM

  • [Lecture] Victor Hugo disait que le Diable était la nuit de Dieu

    [Lecture] Victor Hugo disait que le Diable était la nuit de Dieu

    Il y a cent ans, le Diable naissait sous le soleil noir (oxymore nervalien), surgi de la plume de Georges Bernanos, qu’obsède la lutte d’un saint contre l’esprit du Mal. Bernanos, en lequel l’un de ses contemporains voyait, suite aux convulsions de la guerre, un romancier capable de faire résonner, tel un coup frappé sur l’airain, la déchirante angoisse d’un abbé aux prises avec le Malin. C’est ce dernier qui fait son grand retour dans les nouvelles que nous vous présentons aujourd’hui, mais pour parvenir à ses fins, il a choisi d’apparaître, là où on ne l’attend pas. Son qualificatif de « Malin » n’est-il pas synonyme de rusé, d’habile, d’ingénieux ? Il peut donc se trouver dans une boîte apparemment vide, et piéger les plus méfiants des mortels.

    N’oublions pas que Jésus de Nazareth, en personne, a failli se laisser tenter, avant de demander à Satan de se retirer. Ne vous croyez surtout pas protégés, quel que soit le pays que vous habitez, car, réfugié apatride depuis que Dieu l’a déchu de sa nationalité céleste, le Diable possède le don d’ubiquité, l’art du « trans », et colonise, à lui seul, les esprits, même ceux qui se croyaient à l’abri de l’Enfer… Nous ne pouvons pas, à notre grand regret, donner à chacun des neuf auteurs la part d’éloges qu’ils méritent, mais tous ont réussi le coup de force de ne jamais faire tomber les lecteurs dans l’ennui. À leur qualité d’écrivain, s’ajoute leur foisonnante imagination. Et à leur 20/20 s’ajoute la mention 666, nombre biblique de la Bête…

    Séguier, 20 euros

  • [Grand Entretien] Ernest Pignon-ernest : « L’amnésie,c’est la barbarie »

    [Grand Entretien] Ernest Pignon-ernest : « L’amnésie,c’est la barbarie »

    La Marseillaise : Vous avez laissé
    votre trace à Martigues plusieurs fois, notamment dans les années 1980. Quelles images en gardez-vous
     ?

    Ernest Pignon-Ernest : Martigues avait l’image d’une cité culturelle riche et cosmopolite, où se ressentait une dynamique exceptionnelle. C’est par exemple la seule cité où j’avais vu des animateurs culturels scientifiques. J’avais notamment travaillé avec un biologiste qui était originaire de Martigues et nous avions réalisé des sculptures avec des cellules végétales [pour la série Les Arbrorigènes, Ndlr]

    Parmi vos œuvres à Martigues, « Prométhée et la Martégale » vous avait été inspirée par la pétrochimie…

    E.P.-E. : J’avais constaté ce bouleversement, presque anthropologique, amené par l’arrivée de la pétrochimie. On venait ici avec l’image de la Venise provençale en tête, avant de se prendre ces cheminées et l’industrie pétrochimique dans la gueule. Une transformation que j’ai essayé d’exprimer à partir d’un portrait de Martégale du Musée Ziem. J’ai pris cette image comme l’archétype de la Méditerranéenne. À cette époque, on assistait à des relents racistes avec l’élection des premiers élus d’extrême droite dans la région. Il fallait donc que je travaille le portrait de cette femme qui symbolisait la Méditerranée et qui pouvait aussi bien venir d’une rive que de l’autre.

    La rétrospective que le Musée Ziem vous consacre remonte jusqu’à vos premiers dessins sur papier journal
    en Algérie en 1962, lorsque vous avez fait partie du contingent des appelés. Quels souvenirs gardez-vous
    du cessez-le-feu ?

    E.P.-E. : Je n’avais même pas 20 ans quand je suis arrivé en Kabylie. Moi, je suis originaire d’un village de l’arrière-pays de Nice. Enfant, je ramassais des olives et pois chiches sous les oliviers. En Algérie, j’avais donc l’impression que les gens étaient mes frères. J’étais évidemment contre cette guerre que je trouvais monstrueuse. Ma compréhension du monde vient d’ailleurs de la situation dans laquelle je me trouvais là-bas. J’étais persuadé qu’il allait de soi que le peuple algérien obtienne son indépendance.

    C’est cet épisode
    qui a forgé votre engagement antimilitariste
     ?

    E.P.-E. : Dans l’exposition au Musée Ziem, il y aura des images que j’ai collées à Alger et qui sont comme un hommage à Maurice Audin [mathématicien et militant communiste pour l’indépendance de l’Algérie incarcéré et assassiné par l’armée française en 1957]. Pour nous, c’était une référence, au même titre qu’Henri Alleg [auteur du livre La question en 1958]. Ce sont eux qui nous ont révélé que l’armée française pratiquait la torture.

    Le Musée Ziem fera aussi référence
    à vos interventions sur le plateau d’Albion en 1966, inscrites dans
    le mouvement contre l’arrivée de «
     la force de dissuasion nucléaire » dans la région. Que vous évoque le retour et l’affirmation des discours bellicistes ?

    E.P.-E. : A l’aune de tout ce que les gens de ma génération ont pu espérer, je suis consterné.

    Parleriez-vous de désillusion ?

    E.P.-E. : Oui. On assiste à un recul. Et pour revenir sur l’intervention du plateau d’Albion, c’est un tournant dans mon travail. Je suis allée m’installer dans la Vaucluse à l’époque car j’en avais une vision similaire à la Toscane, à cause de René Char et de la poésie. J’avais l’intention de faire de la peinture. Puis, à ce moment, il y a cet appel de René Char contre l’implantation de la force de frappe. Je pense faire des tableaux sur cette violence faite au territoire avec ces millions d’Hiroshima enkystés sous les oliviers. Et peu à peu, je me rends compte que moi, je ne peux pas représenter ça. L’idée s’impose alors qu’il faut intervenir directement sur les lieux au lieu de les figurer, de les stigmatiser. C’est l’histoire et la mémoire des lieux qui me guide.

    La mémoire des lieux mais aussi
    de ceux qui les habitent. Pionnière
    de l’art urbain en France, votre œuvre a entre autres été irriguée par la Commune de Paris ou ce qui touche
    à la condition ouvrière. Pour vous, c’était aussi un moyen de faire perdurer la trace de ceux qui ne possèdent rien mais ont pourtant fait l’histoire de ce pays
     ?

    E.P.-E. : Parfois, on peut se dire qu’on veut faire prendre conscience. Mais j’ai une plus grande humilité. Mes images apparaissent comme des interrogations. Elles font remonter des choses enfouies à la surface mais sont nourries de l’histoire des lieux. Or les villes sont faites de la vie des gens. Quand on intervient dans la ville, on partage de l’histoire, du symbolique. Et puisque vous parlez de l’image de la Commune, sachez que la première fois où je colle de grandes sérigraphies, elles sont entièrement faites avec du papier de La Marseillaise. Je suis allé le chercher à Marseille où on m’a donné des rouleaux des rotatives.

    Beaucoup de vos œuvres convoquent la mémoire comme « Les immigrés » ou « Les expulsés ». Quelles lueurs décelez-vous face à l’internationale réactionnaire qui ne cesse de gagner du terrain, y compris en France ?

    E.P.-E. : La culture, l’éducation, l’information. Le danger pour la démocratie, c’est la main mise sur l’information. Tous les journaux, à part deux ou trois, sont entre les mains de milliardaires. Et le danger, c’est aussi l’oubli. L’amnésie, c’est la barbarie. Au temps de Pinochet, j’ai travaillé avec des artistes chiliens. La vie y était impossible. C’est effrayant de voir que, 30 ans après, les gens revotent pour leurs héritiers. L’absence de mémoire conduit au pire. Moi, je travaille essentiellement sur ça en fait. Dans l’exposition à Ziem, il y aura aussi des images par rapport à Pasolini qui parlait dans ses Écrits corsaires [1973-75] de la force révolutionnaire du passé et de la nécessité d’être nourri par l’histoire.

  • [Lecture] À quand la République de la Justice et du Travail ?

    [Lecture] À quand la République de la Justice et du Travail ?

    Question qui sert d’épigraphe au nouveau roman de Hélène Gestern, dont il est hors de doute qu’elle est l’une des plus prenantes et démonstratives plumes de la littérature française. Dès le titre : Atelier 4, le lecteur pressent que l’auteure va lui ouvrir la porte d’un local artisanal, ou celle d’un établissement industriel. Il ne lui faudra que quelques pages pour savoir qu’il est entré dans une usine de papier écocertifié, et qu’une jeune femme qui y travaille comme chimiste est trouvée morte, la nuit, dans une des zones les plus sécurisées. Décès accidentel ? Suicide ? Assassinat ?, s’interroge la sœur de la défunte, fermement décidée à « ébranler le mur du silence » d’une entreprise qui pourrait fuir ses responsabilités. Résolue aussi à enquêter sur la vie de sa jeune sœur, au risque d’y trouver des informations contradictoires.

    Un univers impitoyable

    Hélène Gestern n’en est pas à sa première énigme, élucidée non pas par un enquêteur professionnel, mais par un personnage fictif qu’il soit à la recherche d’un père biologique, d’un VRP, disparu sans laisser de trace, ou encore d’une mère dont ne reste qu’une photographie, retrouvée dans des papiers de famille. Mais ce roman ne va pas porter chance à l’auteure parce qu’il est son treizième, il va la conduire vers un brillant succès de librairie, parce qu’il est le plus socialement captivant, et qu’il nous conduit dans l’univers, parfois impitoyable, du travail, où la main-d’œuvre est trop souvent soumise à des conditions physiques et morales intolérables, et à la perte de la dignité humaine.

    Anne-Marie Mitchell

    Grasset, 21, 50 euros

  • [Entretien] « “L’Or du Rhin” est la vraie quintessence du génie wagnérien »

    [Entretien] « “L’Or du Rhin” est la vraie quintessence du génie wagnérien »

    Voilà 30 ans que L’Or du Rhin de Richard Wagner n’avait pas eu l’heur de passer la rampe de l’Opéra de Marseille. Ce sera chose faite pour quatre représentations dès le 5 mai. C’est la passion pour Wagner de Michele Spotti, directeur musical de la maison, qui vaut au public de redécouvrir le prologue de L’anneau du Nibelungen. Cette nouvelle production sera mise en scène par Charles Roubaud, un pilier de l’institution, à qui on doit une fameuse Walkyrie en 2007. Une distribution choisie d’une quinzaine de rôles qui réunit habitués, et nouveaux venus. Diriger Wagner en général, une volonté, « Das Rheingold » en particulier, un rêve qui prend forme. Le chef italien ne veut sans doute pas se voir confiné au seul répertoire péninsulaire. À l’instar d’un Toscanini qui vénérait le maître de Bayreuth, le maestro veut démontrer la largeur de sa palette. Entretien.

    La Marseillaise : Vous dirigerez dans
    la fosse de l’Opéra de Marseille
    votre tout premier Wagner. Avec
    quels sentiments l’abordez-vous ?

    Michele Spotti : Je suis très excité, dans le bon sens du terme. J’ai une telle hâte d’approcher ce type de répertoire. Et j’ai surtout la sécurité de le faire avec l’Orchestre de l’Opéra. Je le vois comme l’occasion d’un aboutissement de mon parcours artistique. En tant qu’italien, avec ma culture latine, je pense que c’est, ici, à Marseille, un excellent point de départ pour confirmer ma carrière de chef. Il y a dans la vie d’un chef un avant et un après le Ring.

    Pourquoi avoir choisi en particulier L’Or du Rhin ?

    M.S. : Symboliquement L’Or du Rhin est un début (celui de la Tétralogie) et aussi pour moi c’est le début d’une nouvelle étape. C’est Maurice Xiberras qui me l’a proposé quand je lui ai parlé de mon désir de diriger Wagner. Je vois l’œuvre comme la vraie quintessence du génie wagnérien. J’ai beaucoup lu et digéré Lohengrin, Tannhäuser, Le Vaisseau fantôme… tout aussi passionnant. Mais je devais commencer par le cœur de l’œuvre de Wagner. L’Or du Rhin me restera toujours très spécial.

    Que représente Wagner
    pour vous en tant que chef ?

    M.S. : C’est un compositeur que j’aime à la folie. J’y suis venu très naturellement. J’ai eu l’occasion à la Scala de Milan d’entendre Daniel Baremboïm le diriger. Il y a pour moi, chez Wagner, un énorme côté spirituel. Et une intelligence théâtrale hors du commun. L’Or du Rhin est un chef-d’œuvre total. C’est pour moi une chance de pouvoir le diriger à Marseille.

    Et « L’Or du Rhin »
    plus spécifiquement
     ?

    M.S. : L’Or du Rhin est une œuvre extrêmement fouillée d’un point de vue orchestral. À la première lecture la partition paraît opaque. Mais là, au milieu des répétitions, on peut entendre le génie du compositeur. Le défi est surtout de rendre sensible la puissance orchestrale pendant les interludes. C’est sans doute l’opéra le plus symphonique de Wagner. D’autant que c’est deux heures trente sans interruption. Ça exige pour moi à la fois une grande forme mentale mais aussi physique. Il faut que j’évite de boire avant, si vous voyez ce que je veux dire. Je dois rester dans un bon un état spirituel et physique, trouver la sérénité pour affronter un tel chef-d’œuvre.

    Comment avez-vous travaillé
    avec l’orchestre ?

    M.S. : Ça été génial ! La disposition dans la fosse est très intéressante. Côté jardin, les cordes et cour, les bois et les cuivres. Les percussions dans les loges d’avant-scène. Sans compter les six harpes qu’il a fallu dissimuler au public et obtenir un effet stéréophonique. On va remplir le théâtre de son. On a pensé à placer dans le minimum d’espace le maximum de musique. Les musiciens sont heureux de pouvoir se confronter à une telle partition. C’est le prolongement de notre travail symphonique ; la 2e de Mahler, Un Requiem allemand de Brahms… Ce travail nous a été utile pour atteindre la profondeur

  • « 1 + 1 = 11 », une exposition-atelier à hauteur d’enfants

    « 1 + 1 = 11 », une exposition-atelier à hauteur d’enfants

    Triste hasard, l’artiste, qui devait être présent à Montpellier le 18 avril pour l’inauguration, est décédé brutalement le 9 avril à l’âge de 50 ans, à la veille d’être fait chevalier des Arts et des Lettres. En concertation avec sa famille, le directeur du musée Parcelles 473, Laurent Rigail, galeriste et ami de longue date de Fabien Verschaere, a décidé de maintenir l’exposition prévue
    à Montpellier, qui revêt une dimension d’hommage à cet artiste aussi doué qu’atypique.

    Atteint d’une maladie génétique rare entravant sa croissance qui l’a contraint, enfant, à de longs séjours hospitaliers, Fabien Verschaere avait trouvé dans le dessin une échappatoire, un langage.

    « Un monde à la fois ludique et profondément poétique »

    Formé à l’École des Beaux-Arts de Paris, dont il sort diplômé en 2000, puis à celle de Nantes en 2001, il s’impose rapidement sur la scène contemporaine avec son esthétique faussement enfantine, si reconnaissable. « Un univers visuel foisonnant où se mêlent références médiévales, culture populaire, bande dessinée et univers de l’enfance », décrit Laurent Rigail. « Peuplant ses œuvres de créatures étranges et colorées, il explore les frontières entre rêve et cauchemar, humour et inquiétude, construisant un monde à la fois ludique et profondément poétique ».

    Pensée comme une véritable aventure immersive, cette exposition-atelier invite donc les enfants (à partir de 4 ans) et leurs familles à plonger dans l’univers singulier de Fabien Verschaere à travers un jeu-parcours évoquant une forêt enchantée peuplée de personnages mystérieux issus de l’imaginaire de l’artiste. « Tout au long de la visite, les jeunes participants sont invités à relever des défis, manipuler, expérimenter et faire des choix qui dessineront leur propre parcours jusqu’à un château miroitant », détaille Laurent Rigail. « Chaque visite devient ainsi une expérience unique où l’enfant n’est plus seulement spectateur mais acteur de l’œuvre ». Une belle idée de sortie culturelle pour les vacances !

    A.G.

    * 425 avenue des frères Bühler. Du mercredi au samedi 11h-18h ; le mardi et le dimanche : 14h-18h

  • L’art aborigène dévoile la grammaire secrète de sa culture millénaire

    L’art aborigène dévoile la grammaire secrète de sa culture millénaire

    C’est une immersion dans une autre culture que propose le musée de Lodève, qui accueille jusqu’au 30 août une centaine d’œuvres, peintures et sculptures, issues des communautés aborigènes d’Australie, réalisées entre les années 1990 et 2000. Conçue en partenariat avec l’Institut pour les échanges culturels de Tübingen et la collection d’Alison et Peter W. Klein à Eberdingen (Allemagne), cette exposition est une rareté : « On a peu d’art aborigène en France, et il est surtout concentré dans deux grandes institutions : le musée des Confluences à Lyon et le Quai Branly à Paris. Ce n’est pas évident d’arriver à réunir une centaine d’œuvres, c’est une belle chance », souligne la directrice du musée de Lodève, Aurosi Moreno.

    Bien plus qu’une simple tradition picturale, l’art aborigène constitue un système de connaissance et de croyances, un modèle de vie qui a guidé les communautés depuis 65 000 ans. « Cette pratique artistique est liée à une culture millénaire qui a un lien très fort à son territoire. Un territoire qu’elle préserve, dont elle est le gardien. Pour nous c’est de l’art, mais pour eux cela revêt une dimension à la fois culturelle et spirituelle, c’est un cérémonial, des récits englobés sous un concept appelé “Le temps du rêve” », détaille Aurosi Moreno. « Ce “temps du rêve”, c’est l’histoire mythologique des grands ancêtres totémiques australiens qui ont parcouru le pays, façonné le paysage mais aussi créé des lois, inscrites dans des rites, des chants, des danses. C’est tout ça que contiennent ces œuvres. Cette peinture si belle, si graphique, parle de leur terre car c’est un peuple nomade et la connaissance de ce territoire est un moyen de survie », poursuit la directrice. La diffusion de l’art aborigène s’est en effet imposée comme un moyen de préserver et transmettre des savoirs culturels menacés. « La vente de leurs œuvres constitue l’une des principales ressources économiques » des Aborigènes, complète Aurosi Moreno. Lesquels qui ne représentent plus que 3% de la population australienne (selon un recensement de 2011).

    « Une cartographie sensible de leur territoire »

    La grande diversité de ces œuvres provenant de régions différentes rappelle que l’Australie n’a jamais constitué un pays unique. « On devrait parler “d’arts aborigènes” au pluriel, car avant la colonisation [à partir du XVIIIe siècle, Ndlr], il y avait 250 communautés distinctes, donc autant de langues, de rêves, de récits, de motifs différents », souligne la directrice. Les artistes de cette exposition appartiennent ainsi à des groupes linguistiques et des identités claniques spécifiques (Pintupi, Pitjantjatjara, Warlpiri, Gija ou Yolngu), chacun avec son héritage créatif et ses responsabilités envers sa Terre.

    « Les petits pointillés, c’est plutôt le centre de l’Australie, au niveau des déserts, du bush ; les motifs avec de fines rayures, c’est plutôt le nord : il y a aussi les traditions anciennes de peinture sur écorce de l’Arnhem Land », décrit la directrice. « C’est une véritable grammaire de symboles. Le cercle désigne un point d’eau, un ancrage, un lieu sacré. Les lignes sont des chemins codifiés. » Loin d’une représentation naturaliste et occidentale du monde, les artistes aborigènes « élaborent des cartes mêlant topographie et mythologie, espace et temps, dans une cartographie sensible et précise de leur territoire. (…) Cette exposition nous enseigne qu’une autre relation au territoire, à la Terre, est possible, où l’Homme ne possède pas la Terre, mais vit en symbiose avec elle. Une thématique qui vient faire écho au musée de Lodève, dont les collections témoignent d’un territoire, de son évolution et de l’impact de l’homme sur les paysages. »

    * Du mardi au dimanche 10h30-13h, 14h-18h.
    Fermé le lundi.

  • Le Festival de Marseille jette des ponts entre les cultures

    Le Festival de Marseille jette des ponts entre les cultures

    Dans cette époque de conflits, où les libertés sont remises en cause et le dialogue devient difficile, des moments de rencontres comme le Festival de Marseille sont indispensables », introduit Julie Chénot, présidente de son conseil d’administration, à l’heure de dévoiler la programmation de sa 31e édition. Le rendez-vous se déploie du 14 juin au 8 juillet sur « 14 sites de la ville, du plus au Sud avec le Théâtre des Calanques jusqu’au Nord avec le Théâtre de la Sucrière ».

    Fort « d’un taux de remplissage qui a approché les 100% » en 2025, notamment à travers ses actions de médiation et d’un tarif unique à 10 euros, le Festival de Marseille remet le couvert avec une soixantaine d’événements. Et ce, dans le cadre d’une « programmation principalement internationale », situe sa directrice, Marie Didier, dont un certain nombre de projets qui jettent des « ponts entre les cultures », comme pourra en attester Urban Gnawa project. Imaginée par le chorégraphe Khalid Benghrib et réunissant « 250 participants amateurs » à la Friche Belle de Mai, campe Julie Moreira-Miguel, responsable des relations avec les publics, une « fête électro-populaire » d’ouverture qui donnera le la d’un festival fertile en mélanges de disciplines et d’influences.

    Dans Border Dance, Taoufiq Izeddiou se jouera des « frontières entre les cultures flamenco, gnawa et danses contemporaines » au Théâtre Joliette. Klap, Maison pour la danse, accueillera quant à elle Fandango reloaded. Créée par la Valencienne Inka Romani, une plongée dans cette danse « qui a failli disparaître pendant la période franquiste et dont elle dit qu’elle a résisté à la censure et au fascisme car elle était cachée dans le corps de nos grands-mères », détaille Marie Didier. La Friche Belle de Mai sera aussi le théâtre de Nouba-ti, performance décloisonnant les disciplines et imaginée par dix artistes femmes du bassin méditerranéen, qui s’inscrivent « dans le sillage » du film La Nouba des femmes du mont Chenoua, réalisé par Assia Djebar en 1979. « Nous nous interrogeons sur la façon de faire de l’art dans un monde où la cruauté est partout, afin de construire d’autres imaginaires », explique l’une de ses trois conceptrices, la Palestinienne Samaa Wakim.

    « Affirmations »

    Si le 31e Festival de Marseille joue à fond la carte de l’art briseur de frontières, il n’en demeure pas moins lieu des échos de sociétés qui naviguent entre « soumission et soulèvements », plante Julie Moreira-Miguel. Illustration suprême avec Fucking future, de Marco da Silva Ferreira, qui, au son « des tambours et de la techno », déglingue « les codes de la virilité, de la violence, de la soif de pouvoir et de l’oppression ».

    De rébellion, il sera aussi question à la Cité radieuse du Corbusier, à l’Alcazar et au Mucem, avec un « temps fort autour du mahraganat, mouvement culturel apparu dans les rues du Caire dans les années 2000 » et qui se veut l’expression « d’une attitude contestataire vis-à-vis du pouvoir et de la religion ». De « l’intime au politique », autant de révoltes qui appellent aussi parfois à « l’affirmation de soi quand on ne se situe pas dans la norme », précise la directrice du Festival de Marseille. Preuve en sera notamment avec XXL de Sofiane Chalal qui convoque avec trois autres danseurs les préjugés liés à leur surpoids pour les transformer en puissance créatrice, Parc d’Eric Minh Cuong Castaing « qui réunit dans un même espace de jeu public, danseurs et enfants atteints de troubles moteurs, soignants et robots commandés à distance », ou encore Version(s) de Dorothée Munyaneza, « hommage au boxeur marseillais Christian Nka, marqué par la lutte et la violence avec et contre laquelle il s’est construit ».

  • La Vénus d’Arles, le passage d’une icône

    La Vénus d’Arles, le passage d’une icône

    Elle a l’aura des chefs-d’œuvre majeurs de la sculpture antique et cette séduction qu’exerce la Vénus de Milo ou la Victoire de Samothrace.

    La Vénus d’Arles est de retour chez elle, parmi les siens. La statue de marbre du Ier siècle avant J.-C., découverte en 1651 à deux mètres sous terre dans les ruines du théâtre antique, est arrivée par convoi exceptionnel en provenance du Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines du Musée du Louvre. La déesse trône depuis vendredi au Musée départemental Arles antique pour l’exposition « Le Passage de Vénus » et pourra être admirée du public jusqu’au 31 octobre.

    Les Arlésiens qui se consolaient avec une copie plâtre, avaient revu leur Vénus en 2013, en chair et en marbre du mont Hymette, pour l’exposition « Rodin la mémoire de l’antique » à l’occasion de Marseille, capitale de la culture.

    Du génie grec

    au classicisme français

    L’histoire de la Vénus d’Arles est exceptionnelle car ce trésor du Louvre, saisie révolutionnaire de 1798, est la rencontre de deux périodes : d’une part le génie grec du IVe siècle av. J.-C. puisqu’il s’agirait d’une réplique de l’« Aphrodite de Thespies », une œuvre disparue du grand sculpteur athénien Praxitèle, vers 360 av. J.-C., dont le déhanchement et le traitement fabuleux du drapé seraient la signature, d’autre part le classicisme français, puisque kidnappée par Louis XIV pour trôner à Versailles dans la Galerie des Glaces, la statue de 2,20 m a subi une douloureuse restauration entre 1683 et 1685. Le sculpteur François Girardon l’a « retravaillée » à sa façon, lui flanquant deux bras, une pomme et un miroir tout en lui rabotant les hanches afin d’entrer dans les standards de l’époque ! Cette restauration a nourri des débats et des polémiques sur cette œuvre si iconique. Est-on si sûr, d’ailleurs, qu’il s’agisse d’une Vénus ? N’est-ce pas plutôt sa réinterprétation par le sculpteur du roi Soleil avec ses bras, sa pomme qui vont en faire une Aphrodite ?

    Mais revenons à sa découverte, le 6 juin 1651, par des ouvriers qui percent une citerne dans le jardin de l’abbé Jean Brun. Le buste se trouve à l’emplacement de la scène du Théâtre antique, près des deux colonnes surnommées par les Arlésiens les deux veuves. Le buste est brisé en quatre fragments. Le bras droit, l’avant-bras gauche, la base du cou manquent. Le visage est quasi intact, sauf le bout du nez, un miracle après un millénaire sous terre. La Vénus sans bras est exposée pendant 30 ans à l’hôtel de ville, les consuls d’Arles l’ayant rachetée à l’abbé avant de devoir l’offrir à Louis XIV qui la réclame.

    Et si c’était une Diane ?

    L’archéologue et historien de l’art allemand, Adolf Furtwängler (1853-1907), l’a auscultée sous toutes ses coutures pour percer ses secrets sous les rajouts de Girardon qui a refait les bras, le nez, le cou, retravaillé le buste et les plis, complété les éclats à l’oreille gauche et sur l’épaule gauche. Après l’avoir comparée aux autres répliques romaines de statues de Praxitèle, le scientifique soutient, en 1895, qu’elle a les traits Artémis, ou Diane chasseresse, à défaut d’en avoir les attributs, l’arc et les flèches. Une petite entaille sur l’épaule droite suggère la trace d’un carquois.

    Le repositionnement des bras opéré par Girardon est un mensonge historique, selon le scientifique allemand, qui a identifié en outre un rabotage des hanches et dans le dos. La tête elle-même a été repositionnée pour donner à la statue un port plus royal et moins divin. L’helléniste Charles Picard propose que la statue semi-dénudée soit un premier élan de Praxitèle avant d’oser plus tard le nu intégral pour sa Vénus de Cnide. Diane ou Vénus, sa beauté subjugue toujours.