Category: culture

  • [Exposition] Genre, sexe et transgression chez Negpos

    [Exposition] Genre, sexe et transgression chez Negpos

    Patrice Loubon n’a pas oublié cette journée du 27 avril 2025 où il a découvert sa galerie vandalisée. Mais le président et fondateur de l’association NegPos, qui a toujours associé son travail culturel à la politique, loin d’être impressionné, a récidivé. D’abord en accueillant à nouveau l’exposition féministe de Kamille Lévêque, puis en proposant à partir du 8 mai, une exposition autour du genre, du sexe et de la transgression.

    « C’est une exposition que l’on a déjà montrée en Espagne mais je me suis dit qu’elle était une bonne réponse au saccage de l’année dernière. Ça permet d’en remettre une couche et de parler de questions qui nous préoccupent tous, à savoir le genre, la liberté sexuelle, la liberté d’expression et de création. Cette exposition concentre tout cela à travers une grande diversité d’expressions », précise Patrice Loubon.

    Six photographes

    La galerie a en effet rassemblé le travail de six photographes dont quatre internationaux. Parmi eux, le Cubain Yomer Montejo Harrys (Cuba), radiographe, propose une série de radios pour illustrer la violence sexuelle engendrée par le tourisme sur son île. « C’est un travail original qui évoque la soumission chimique, la prostitution et la prostitution des mineurs. C’est un travail très fin parce que la radiographie permet de mettre à distance ces questions. Avec la radiographie, on touche vraiment au corps parce qu’on est dans le squelette même », explique Patrice Loubon. Alejandro Perez Alvarez, également cubain, présente lui son reportage réalisé durant trois ans au sein d’un cabaret transformiste de La Havane.

    Carla Yovane propose de son côté un travail rare, réalisé avec les hommes prostitués de Santiago au Chili après qu’ils ont eu des relations sexuelles avec leurs clients dans des chambres d’hôtel. La sud-africaine Noncedo Gxekwa, elle, multiplie les clichés de femmes puissantes à la force physique déroutante, presque menaçante. Un travail qui évoque fortement l’exposition de Kamille Lévêque « Benzine cyprine ». Côté français, Pauline Sauveur suit une personne en transition de genre, entre traitements hormonaux et démarches administratives, alors que Fabien Dupoux propose un reportage en noir et blanc sur des hommes déguisés en femmes.

  • Neuf films soutenus par la Région sur le tapis rouge du festival

    Neuf films soutenus par la Région sur le tapis rouge du festival

    Moteur ! Action ! La région Paca est l’une des terres les plus propices pour le cinéma français, intimement liée au 7e art de par ses décors photogéniques et ses figures emblématiques, de Marcel Pagnol à Robert Guédiguian.

    Depuis, le territoire n’a cessé d’investir dans ce domaine. En effet, selon les données de la région, elle consacrerait un budget annuel de 10,8 millions d’euros en soutenant plus de mille films et 36 festivals. La région a le cinéma au cœur et s’affirme sur la scène nationale. Elle s’impose dans l’industrie puisqu’elle représente 5 000 à 6 000 jours de tournage par an.

    Pour Jordan Milesi, chargé de développement à Provence Studios, situé à Martigues, ce soutien est essentiel : « La région est une grosse alliée du cinéma, tant financièrement qu’en aide plus ponctuelle pour faciliter les rencontres, les débats, les tournages », indique-t-il.

    « C’est une opportunité extraordinaire (…) Les studios représentent des centaines d’emplois. On veut diversifier notre économie industrielle avec le cinéma et le tourisme », indiquait le maire (PCF) de Martigues, Gaby Charroux, en février dernier. Celui-ci est devenu depuis vice-président de la Métropole, délégué à l’industrie et au cinéma. Déjà le 9 janvier 2023, l’accord signé entre l’État et les collectivités territoriales concrétisait le plan « Marseille en Grand ». Cet investissement a progressivement fait de Marseille la deuxième ville de tournage de l’Hexagone et un leader dans le domaine des industries de l’image. Ce sont en tout 23 millions d’euros investis dans la région, selon la préfecture.

    Un pari payant puisque ce sont neuf métrages soutenus par la Région qui ont été sélectionnés cette année au festival de Cannes, dont 2 en compétition courts-métrages dans la sélection officielle et une en compétition immersive. Parmi eux : La Frappe de Julien Gaspar-Oliveri, Nouvel Hair d’Hadrien Bels et L’Objet du Délit d’Agnès Jaoui qui témoignent de l’importance qu’a prise la région dans le domaine.

    La région s’anime et anime

    Autre domaine pour se démarquer c’est l’univers de l’animation. Depuis 2010, la région Sud dispose d’un fonds de soutien dédié. Ce dispositif a connu une croissance pour atteindre aujourd’hui 1,4 million d’euros. La politique d’attractivité de la région paye puisqu’entre 2020 et 2025, huit studios de cinéma d’animation ont choisi la région pour s’implanter. Parmi eux : Circus et La Cachette Duetto à Avignon, Andarta et Chromatik à Marseille. Pour Olivier Marchetti, directeur de Provence Studios : « C’est un territoire incroyable, le cinéma prospère. Plein de films y sont tournés, on a même eu la Turquie à Martigues. Des espaces naturels, des décors variés, proche d’une grande ville sans contrainte. Toutes les conditions sont réunies pour développer le cinéma. C’est fertile. »

  • À Cannes, art et politique ne font qu’un

    À Cannes, art et politique ne font qu’un

    Le tapis rouge est en place, les marches ont été foulées : le plus grand festival de cinéma du monde est officiellement lancé ce mardi soir. Durant les deux prochaines semaines, ce sont plus de 100 films qui seront présentés pour la 79e édition de la grand-messe cannoise. Le jury est présidé cette année par le cinéaste sud-coréen Park Chan-wook qui, interrogé sur la place de la politique dans l’art, plante d’emblée le décor : « Je ne crois pas qu’on devrait séparer l’art de la politique », déclare-t-il en conférence de presse. « C’est étrange de penser que les deux sont en conflit l’un envers l’autre », poursuit le réalisateur de Old Boy, face aux journalistes. À ses côtés, le scénariste britannique Paul Laverty, poursuit : « La politique, c’est comme l’eau et l’air. C’est toujours là », martèle le bras droit de Ken Loach. « Nous vivons une époque sombre et comme l’a dit Shakespeare dans Le Roi Lear, “les fous guident les aveugles”. On voit tellement de violences systématiques, le génocide à Gaza et tous ces conflits horribles », renchérit le cinéaste qui a été arrêté en août dernier en marge d’une manifestation propalestienne en Écosse. Les paillettes et les flashs ne peuvent éclipser les guerres en cours et les populations décimées à travers le monde. « Le cinéma ne serait pas le cinéma s’il ne parlait pas des affaires du peuple », tranche l’acteur ivoirien Isaach de Bankolé, également membre du jury.

    Aussi, l’affiche déployée sur le Palais du festival met en avant un film féministe majeur : Thelma et Louise de Ridley Scott, incarnées par Geena Davis et Susan Sarandon. Tout un symbole. Et pourtant, sur les 22 films en compétition pour la Palme d’Or, seuls cinq sont réalisés par des femmes. Ce qui a valu au festival d’être accusé de « feminisme washing » par des associations féministes : « en aucun cas, il ne doit y avoir une politique de quota », justifie le délégué général du festival Thierry Frémaux.

    « Prise de contrôle fasciste sur l’imaginaire collectif »

    C’est dans son ADN, le festival de Cannes est politique, pensé dès 1938 comme un événement culturel antifasciste (lire ci-contre). Alors à un an d’une élection présidentielle qui voit l’extrême droite faire figure de grande favorite dans les sondages, des membres de l’industrie profitent de l’exposition médiatique de l’événement pour tirer la sonnette d’alarme. Dans une tribune publiée dans Libération ce mardi, 600 professionnels du cinéma alertent de la « concentration inédite de la chaîne de financement entre les mains de Vincent Bolloré [qui] lui donne toute liberté d’agir le moment venu. (…) Le démantèlement du CNC et de l’audiovisuel public fait partie du programme du RN. Voulons-nous prendre le risque que demain ne soient plus financés que des films de propagande au service d’une idéologie ? », interrogent-ils.

    Le « rapport Alloncle » du nom du député ciottiste et les six mois de commission d’enquête parlementaire l’ont démontré : l’extrême droite veut démanteler pour mieux privatiser l’audiovisuel public. Et ce, pour mener la « bataille culturelle », « le projet civilisationnel » du milliardaire ultraconservateur à la tête du groupe Canal+ qui devrait acquérir d’ici 2028 100% des parts d’UGC, le troisième plus grand réseau de salles de cinéma françaises. Sa mainmise sur le septième art ne cesse de s’étendre. « En laissant le cinéma français aux mains d’un patron d’extrême droite, nous ne risquons pas seulement une uniformisation des films, mais une prise de contrôle fasciste sur l’imaginaire collectif », poussent les signataires du texte parmi lesquels figurent les acteurs Swann Arlaud, Juliette Binoche, Adèle Haenel ou encore le réalisateur Arthur Harari.

    « Je ne crois pas qu’on devrait séparer l’art de la politique »

  • Julien Clerc en ouverture de l’été Marseillais

    Julien Clerc en ouverture de l’été Marseillais

    Depuis six étés maintenant, la Ville de Marseille organise son festival estival qui rassemble des centaines de milliers d’habitants et de touristes, fans de rap, électro et house ou simples curieux. Des artistes francophones et internationaux défileront sur le Vieux-Port du 3 juillet au 1er août. Une 7e édition qui confirme les ambitions de ce rendez-vous incontournable avec de belles têtes d’affiche invitées sur scène.

    Des artistes reconnus

    Dès l’ouverture ce 3 juillet, le festival débutera par un concert de Julien Clerc, icône de la chanson française, auteur de véritables tubes tels que Fais-moi une place ou Ma préférence. La chanteuse Blandine complétera le show d’ouverture. Le festival n’est pas seulement un spectacle musical, il célèbre le mois des fiertés avec une soirée Pride organisée le 4 juillet. Les célèbres Drag Queens Mami Watta et la Marseillaise Ruby on the Nail assureront le show, accompagnées par le groupe de pop, Yelle.

    La musique électronique sera mise à l’honneur au fil du mois avec des artistes reconnus comme Sébastien Tellier (10/07), Myd et Cassius (11/07), ou encore Folamour (17/07). La danse sera aussi représentée avec de nombreux spectacles, avec notamment, le 25 juillet, la représentation du spectacle 360, de Mehdi Kerkouche, qui mêle chorégraphie et énergie de concert, portée par Lucie Antunes, et une scénographie d’Emmanuelle Favre. Ce même 25 juillet les amateurs de musique urbaine pourront assister au show de l’étoile montante Jungeli qui sera présent au Vieux-Port pour enflammer la scène. Artiste qui a notamment participé à la célèbre émission Danse avec les stars et auteur du hit de l’été 2024 Petit Génie.

    La 7e édition de l’Été Marseillais se déroulera du 3 juillet au 1er août. Programmation disponible sur le site de la Ville et les réseaux sociaux de l’Été Marseillais.

  • Le cinéma de Gardanne retrouve enfin ses spectateurs

    Le cinéma de Gardanne retrouve enfin ses spectateurs

    Sa réouverture était devenue une véritable arlésienne. Après de longs mois de travaux, débutés en 2025, du retard, et de nombreux échanges houleux entre oppositions et majorité en conseil municipal, le Cinéma 3 Casino rouvre enfin ses portes. Ce mardi 12 mai, dans les trois salles obscures de ce lieu associatif défileront de nouveau les images du septième art, les fauteuils rouges seront de nouveau occupés par le public. « Il nous aura fallu plus de temps que prévu, et nous avons été amenés à dépasser l’enveloppe (budgétaire) initiale, déroule Antonio Mujica, premier adjoint en charge des travaux, rappelant les découvertes d’amiante, entre autres, problématique régulièrement relevée par la majorité. Mais pour ce mardi soir, les salles ont toutes été réservées », poursuit l’élu. Un fait confirmé par Laure Gonzales, présidente de l’association en charge du cinéma. Les bénévoles, passés de cinq à trois depuis la fermeture du lieu – l’un est parti à la retraite, l’autre a déménagé – a tenu tant bien que mal sa trésorerie et son activité. « Cela commençait à devenir compliqué pour tout le monde, notamment financièrement », concède Laure Gonzales. Déplacés dans une salle communale de la mairie après avoir vu les salles fermer, puis la partie bar, installée en rez-de-chaussée de l’ancien bâti, les bénévoles du Trois Casino ont tant bien que mal poursuivi les projections à destination des scolaires, dans des salles prêtées par la mairie. « Nous avions arrêté cela en février de cette année, puisque nous devions rouvrir en mars », précise Laure Gonzales. Après ces années de paralysie de l’activité, la gérante de l’association rapporte le soulagement des bénévoles, mais aussi l’engouement des Gardannais autour de cette première soirée de projection. La première, depuis des années. L’ouverture de la 79e édition du Festival de Cannes sera projetée dans l’une des trois salles, le film La Vénus électrique de Pierre Salvadori, dans une autre. Dans la troisième, ces deux séquences seront diffusées l’une après l’autre. La programmation classique reprendra dès ce mercredi 13 mai. « Samedi, jour des préventes pour les places de cinéma, une trentaine de personnes attendaient avant même l’ouverture des guichets, rapporte Laurence Gonzales. En deux heures, nous avons vendu 171 billets. Cette réouverture est une bonne nouvelle, surtout que tout affiche complet ! Il ne reste plus que six places de disponibles [sur la soirée, Ndlr]. » Toujours selon la présidente d’association, la rediffusion de films dans ce cinéma de proximité sera un nouveau souffle pour le centre-ville. « Il permettra de le redynamiser culturellement. C’est important, pour une ville de presque 22 000 habitants, souligne Laure Gonzales. De façon générale, on générait de l’activité aussi pour les commerces autour, on travaillait avec les autres commerces en cas d’événement… Les gens sont en demande d’un lieu culturel de proximité. »

  • Le théâtre s’exporte dans les villages isolés

    Le théâtre s’exporte dans les villages isolés

    La salle était pleine lundi soir pour la première de la tournée des Échappées du théâtre Durance, qui s’exporte dans les villages du département pour venir au contact des habitants des territoires ruraux les plus isolés. Nepo babies, MeToo, influenceuses, inceste… La pièce de cette semaine revisite avec humour et de manière très actuelle les contes du Petit chaperon rouge, de Barbe bleue et de Peau d’âne.

    L’objectif est de « travailler sur l’éloignement de nos habitants des lieux culturels, et, si les gens ne peuvent pas venir au théâtre, le théâtre viendra vers eux », explique Élodie Presles, directrice du théâtre Durance. « C’est un service public qui vous est dû », lance-t-elle aux spectateurs venus nombreux malgré le changement de lieu de dernière minute en raison de la météo. Les pièces sont prévues pour être jouées en plein air avec les beaux jours de ce mois de mai, mais la pluie a contraint les artistes à se rapatrier dans une salle polyvalente du village voisin.

    « On a signé une convention avec les communautés de communes de notre département, et, avec chacune d’elles, nous proposons une programmation dans les villages », précise Élodie Presles. « On s’est rendu compte qu’il y avait des territoires qui n’étaient pas du tout touchés par l’offre culturelle. Il faut faire en sorte d’aller rencontrer les gens sur leur lieu de vie, puisqu’ils ont du mal à venir chez nous, puisqu’en plus, nous, on n’a pas de transports en commun. C’est extrêmement compliqué de se rendre dans n’importe quel établissement culturel du département si on en est un peu éloigné », regrette la directrice du théâtre.

    Le théâtre Durance met par ailleurs en place des bus gratuits « pour que les habitants des vallées éloignées puissent venir au théâtre voir un bon gros spectacle avec beaucoup de décors, parce que ça aussi, ça n’a pas de prix », ajoute Élodie Presles.

    Cette semaine, c’est la compagnie de théâtre toulousaine Groupe Merci qui joue en itinérance, avant de se rendre à Grenoble, Lyon ou encore Échirolles dans les prochains jours.

    Ce mardi à Fontienne, mercredi à Volonne, jeudi à Laragne, vendredi aux Thuiles, puis du
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    er au 5 juin.

  • L’œuvre de Werner Herzog, aventurier de l’écran, à Aix

    L’œuvre de Werner Herzog, aventurier de l’écran, à Aix

    En pleine fièvre du caoutchouc, un fêlé d’art lyrique rêve de construire le plus grand opéra du monde en plein cœur de l’Amazonie. Fitzcarraldo (1982), la folie des grandeurs en personne auquel Klaus Kinski prête ses traits, finit par faire voguer son navire, théâtre incandescent au milieu de la forêt. Sûrement le film le plus fou et mémorable de Werner Herzog parmi la dizaine projetée jusqu’au 31 mai à l’École supérieure d’art d’Aix, dans le cadre d’un cycle proposé par l’Institut de l’image. L’intense Klaus Kinsky, un acteur fétiche d’Herzog que ce dernier rencontre à l’âge de 12 ans et apparaît dans sa filmographie dès 1972 avec Aguirre, la colère de dieu, métaphore bien réelle du pouvoir dans laquelle il joue le rôle d’un aventurier aux dents longues, au temps des conquistadors.

    Vampires et volcans

    De quoi placer Werner Herzog comme pionnier du nouveau cinéma allemand, au même titre que Fassbinder et Schlöndorff. « Depuis près de 60 ans, de Cœur de verre à Nosferatu, ses fictions ont marqué l’histoire du cinéma », indique l’Institut de l’image d’Aix, s’appuyant sur le premier nommé (1976), cauchemar extatique dans un village de Bavière, et le second, remake autour du vampire de Murnau dans lequel Kinski se métamorphose en un Dracula fidèle sous la direction d’Herzog. Un cinéaste qui s’est aussi distingué au cours de sa carrière avec des documentaires, tels que La grotte des rêves perdus (2010) « qui nous ramène aux origines de l’humanité et de l’histoire de l’art », ou encore le plus récent Au cœur des volcans, « qui résume à lui seul l’affection d’Herzog pour les aventuriers de l’extrême ».

    Programme détaillé sur www.institut-image.org

  • « Révoltes et dignités » se hissent sur scène à Marseille

    « Révoltes et dignités » se hissent sur scène à Marseille

    Nous entamons cette année un nouveau cycle en invitant une structure des Suds à s’immiscer dans notre programmation », amorce Fabienne Aulagnier, directrice des Rencontres à l’échelle. Pour sa 21e édition qui se déploie essentiellement à la Friche Belle de Mai du 2 au 13 juin, ce festival qui transmet la création contemporaine du Sud global, ensemble de pays non alignés sur l’hégémonie culturelle occidentale, convie la biennale d’art contemporain de Tunis, Dream City. Parmi les propositions communes de ces deux structures, Dignity, à voir du 5 au 7 juin. Imaginée par Chokri Ben Chikha, une enquête sur les traces « de l’impact des accords migratoires entre Tunisie et Europe pour mesure leurs impacts sur la société tunisienne », contextualise Fabienne Aulagnier. Nourri par des entretiens avec historiens, sociologues, militants et autres personnes issues de la société civile, un projet artistique qui prend pour point d’ancrage les expositions coloniales de Marseille en 1906 et 22, véritables « zoos humains » où figurait notamment « une famille de Tunisiens. Chokri Ben Chikha s’interroge sur la place de la dignité aujourd’hui. A-t-elle changé de place depuis l’époque des colonies ? », laisse planer la directrice des Rencontres à l’échelle à propos de cette pièce qui entend « remettre les droits humains au centre ».

    Afghanistan, Palestine…

    Tirant entre autres son origine du latin, langue dans laquelle l’échelle désignait le nom du bout de bois qui relie le bateau à la terre, le festival amarrera également à la terre marseillaise la dernière création d’Abdul Haq Haqjoo, artiste afghan forcé à l’exil par le retour des Talibans et débarqué à Marseille en 2021. Avec Wanderer, une larme échappée des fleuves afghans, cet homme de théâtre et marionnettiste tisse les 3 et 4 juin à la Friche un portrait autobiographique dans lequel il revient sur « son enfance dans son pays natal, son rapport à la religion ou encore au déplacement », situe Fabienne Aulagnier.

    Au total, une douzaine de spectacles, performances et autres lectures jalonnent Les rencontres à l’échelle, au cours d’une édition 2026 où « révoltes, dignités, travail sur les archives, collectes de témoignages et pluralité linguistique » sont les maîtres mots. Alors que guerres et crises traversent la Méditerranée, autant de marqueurs que le public pourra retrouver dans Language : no broblem de Marah Haj Hussein. Dans cette création qui passe de l’arabe à l’hébreu en passant par le néerlandais, le français ou encore l’anglais, cette comédienne et danseuse palestinienne y « raconte l’occupation israélienne à travers le langage. Car cette occupation annihile la langue arabe », rappelle la directrice des Rencontres à l’échelle, qui proposera d’autres spectacles et lectures en lutte contre l’effacement de la mémoire dans des pays tels que la Syrie ou le Liban.

    lesrencontresalechelle.com

  • Le grand rendez-vous cannois du cinéma mondial

    Le grand rendez-vous cannois du cinéma mondial

    C’est La Vénus électrique du réalisateur français Pierre Salvadori qui sera projeté dans les salles de cinéma en même temps qu’à Cannes afin d’offrir aux spectateurs comme aux festivaliers et professionnels une occasion de se rassembler autour de cette comédie romanesque burlesque.

    Chaque année, pendant les 12 jours, plus de 35 000 passionnés de cinéma célèbrent la plus grande fête du 7e art. 22 films ont été retenus en compétition, et parmi lesquels se trouvera peut-être la Palme d’or *.

    D’autres films s’ajoutent à la sélection officielle avec notamment des sections parallèles (Quinzaine des cinéastes, Semaine de la critique, Acid). Un savant équilibre pour que le cinéma mondial soit représenté dans toute sa diversité et son excellence. Autre moment très attendu, la Caméra d’or qui récompense le meilleur premier film**. Cannes fait ainsi le pari de la création.

    C’est le réalisateur Sud-Coréen qui succède à Juliette Binoche. Park Chan wook (Decision to leave, Aucun autre choix) présidera la 79e édition. La salle de cinéma est, dit-il, une « captivité volontaire qui rassemble et crée de la solidarité émouvante et universelle ».

    Un retour à l’Histoire

    L’actrice française, Leïla Bekhti sera la présidente du jury d’Un Certain Regard. Une section dédiée aux cinémas émergents et aux écritures singulières et qui récompense des réalisateurs peu ou pas connus. À l’instar du Chilien Diego Céspedes, auréolé en 2025 avec Le Mystérieux Regard du flamant rose.

    Cocorico, parmi les cinq réalisatrices qui concourent pour la Palme d’or, trois représentent le cinéma tricolore. La réalisatrice Jeanne Henry (Je verrai toujours vos visages) retrouve Adèle Exarchopoulos (avec Sara Giraudeau) dans Garance, une apprentie actrice qui doit affronter son addiction à l’alcool. Léa Mysius connue pour ses mélanges de genre (Ava, Les cinq diables) adapte le roman éponyme de Laurent Mauvignier (Prix Goncourt 2025 pour La Maison vide), Histoires de la nuit avec un casting de choix (Bastien Bouillon, Hafsia Herzi, Benoît Magimel et Monica Bellucci). La Française Charline Bourgeois-Tacquet (Les amours d’Anaïs) met en scène un duo de femmes dans La Vie d’une femme avec Léa Drucker, une chirurgienne confrontée à la maladie de sa mère et bouleversée par l’arrivée d’une écrivaine dans sa vie (Mélanie Thierry). Autre duo de femmes avec Gentle Monster de l’Autrichienne Marie Kreutzer (Corsage), avec Léa Seydoux et Catherine Deneuve, signe un drame intime sur deux femmes confrontées à des vérités troublantes. Enfin, l’Allemande Valeska Grisebach, avec L’Aventure rêvée, filme une héroïne vivant dans la région frontalière entre la Bulgarie, la Grèce et la Turquie.

    Soudain, réalisé par le Japonais Ryûsuke Hamaguchi (Drive My Car) met la lumière sur la rencontre entre deux cultures et deux femmes engagées. Avec Virginie Efira, une directrice française de maison de retraite et Tao Okamoto, une metteuse en scène japonaise.

    La présidente du festival, Iris Knobloch le rappelait lors de sa conférence de presse : « Le Festival est né en 1939, dans un autre moment d’incertitude, car dans ces moments-là, rassembler des films et des artistes, ce n’est pas un luxe, c’est une nécessité. » Un rappel historique quant à la création par le ministre du Front populaire Jean Zay d’un festival libre et antitotalitaire né en opposition à la Mostra de Venise aux relents fascistes.

    Plusieurs films marquent le retour à l’Histoire parmi lesquels Notre salut d’Emmanuel Marre (qui avait signé l’étonnant docu-fiction D’un château l’autre sur la campagne présidentielle de 2017 – opposant Emmanuel Macron à Marine Le Pen). Ce dernier revient sur les années sombres de la France de Vichy avec Swann Arlaud. Tandis que le réalisateur hongrois László Nemes (Le Fils de Saul, 2015) revient sur Vichy et la Gestapo avec l’arrestation de Jean Moulin (incarné par Gilles Lellouche).

    Le film espagnol, La bola Negra de Javier Ambrossi et Javier Calvo revient, lui, sur la guerre civile espagnole avec Penélope Cruz et Glenn Close.

    Le retour de grands cinéastes

    L’iranien Asghar Farhadi aux multiples films (À propos d’Elly, Une Séparation, Un héros…) rassemble un casting français de renom avec Isabelle Huppert, Vincent Cassel, Catherine Deneuve, Virginie Efira, Pierre Niney, India Hair, Adam Bessa pour Histoires parallèles. Un film tourné dans l’Hexagone.

    Le polar (une affaire liée à la mafia russe) Paper Tiger de l’Américain James Gray (Little Odessa) offre un casting impressionnant de stars (Adam Driver, Scarlett Johansson et Miles Teller). Autre casting de taille, celui du cinéaste espagnol Rodrigo Sorogoyen (As Bestas) et son film El ser querido, un drame intime et familial autour du cinéma avec Javier Bardem et Marina Fois.

    Avec Fjord du Roumain multi primé Cristian Mungiu, on retrouve son cinéma minimaliste et politique : une enquête qui touche une famille roumaine immigrée en Norvège soupçonnée de maltraitance, avec l’actrice norvégienne Renate Reinsve et l’acteur roumano-américain, Sebastian Stan (génial en Donald Trump dans The Apprentice).

    Deux ans après La Chambre d’à côté, Pedro Almodóvar revient avec Autofiction, un film sur le deuil. Va-t-il remporter, enfin, la Palme d’or ?

    Une Palme d’or d’honneur sera remise au réalisateur néo-zélandais (le Seigneur des Anneaux) Peter Jackson le 12 mai.

    Un festival qui s’annonce plein de surprises pour notre plus grand plaisir.

    * Décerné en 2025 à « Un simple accident » du réalisateur iranien Jafar Panahi

    ** Décerné en 2025 à « Le gâteau du président » du réalisateur irakien Hasan Hadi (PCA n°643) et présenté à la Quinzaine des cinéastes. Une mention spéciale était attribuée à « Un jour avec mon père » du britannico-nigérian Akinola Davies Jr
    (PCA n°650)

  • [Exposition] Le Musée Cantini de Marseille réinvente son parcours

    [Exposition] Le Musée Cantini de Marseille réinvente son parcours

    Pensé à partir de l’histoire portuaire et des diasporas de la ville, l’accrochage propose une relecture du XXe siècle à aujourd’hui, ouverte sur les échanges entre Méditerranée, Amériques et Asie. Fidèle à son territoire, le musée met en avant une histoire de l’art globale, marquée par les croisements culturels et les hybridations.

    Les œuvres dialoguent entre générations et horizons, de Wifredo Lam à Kader Attia. Peinture, photographie, sculpture et poésie composent un ensemble décloisonné, enrichi par de nouveaux prêts et acquisitions donnant plus de place aux artistes femmes et aux scènes du Sud.

    Ce nouveau parcours préfigure la prochaine exposition du musée Cantini, « Juste au-dessus du silence, femmes engagées pour l’indépendance de l’Algérie », du 1er octobre 2026 au 21 mars 2027.