Category: culture

  • Une traversée de l’histoire dans l’œil des Detaille

    Une traversée de l’histoire dans l’œil des Detaille

    Une reproduction historique d’un atelier photographique du XIXe siècle accueille le visiteur. La chambre photographique en impose, majestueuse. Gérard Detaille, qui représente la troisième génération de la célèbre dynastie de photographes, a raconté cette aventure sur trois générations, lancée avec son grand-père, lors de la présentation de l’exposition, jeudi. L’événement fait figure de petite révolution au Musée d’histoire de Marseille.

    Le ministère de la Culture l’a labellisée au titre du « Bicentenaire de la photographie », qui se tiendra de septembre 2026 à septembre 2027. L’exposition présente les clichés de la cité phocéenne pris par les membres de cette famille.Si Nicéphore Niépce réalisait le premier cliché de l’Histoire en 1824, c’est en 1860 que Fernand Detaille pose les premières fondations de l’œuvre familiale qui donne à voir Marseille à travers le temps, sous tant de visages.

    « Portraitistes »

    L’histoire débute lorsque Nadar, photographe, lègue son atelier situé sur la Canebière (numéro 77) à Fernand Detaille (1875-1954), tombé amoureux de la mer. Rien ne prédestinait ce « jeune garçon de famille modeste, au père tonnelier et sans un sou, à partir à Genève, chez le grand photographe Boissonnas, qui le guida vers Nadar », témoigne le dernier de la lignée. C’est le début de l’empire.Le fils Albert (1903-1996) prend la suite en 1950, apportant poésie et sensibilité. L’atelier devient un lieu de rencontres effervescent de personnalités et journalistes. Son objectif capturera ainsi Joséphine Baker, de Gaulle ou Marcel Pagnol… Gérard, né en 1948, raconte reprendre le studio en 1971. « À l’atelier, mon père quittait la table pour aller sortir les plaques du bain. En fait, les Detaille étaient ouvriers à la maison, hommes du monde dehors et artistes quand il fallait », confie celui qui sera le modernisateur et qui introduira une dimension panoramique et aérienne aux clichés.

    Mille Marseille défilent au fil des décennies : aménagement de la ville, transformations modernes, la guerre, les mariages, les métiers, les baptêmes… « Nous étions des portraitistes intimes de la ville », conclut Gérard Detaille. L’exposition présente 225 photographies, quatre grands appareils photos anciens et autres objets emblématiques qui font remonter le temps.

    Jusqu’au 30 octobre 2026, 2 rue Henri-Barbusse (1er). Gratuit

  • Apprécier et s’essayer au Lunel Flamenco festival

    Apprécier et s’essayer au Lunel Flamenco festival

    Les talons claquent et les robes volent au rythme des sonorités espagnoles. Cette année encore, dans le cadre de la cinquième édition du Lunel Flamenco festival Lunel réserve un programme chargé aux amateurs de danse et de culture andalouses, du jeudi 6 au dimanche 9 novembre. Les festivités débutent jeudi 6 dès 19h à l’espace Castel avec la chorale « El Coro Río Quema » de Marsillargues, suivie, à 19h30, du vernissage de l’exposition photo « Balada flamenca » de Jean-Louis Duzert, spécialisé dans la photographie en noir et blanc.

    Deux masterclass de Gema Moneo

    Ses œuvres, précédemment exposées à Jerez, Tokyo ou New York, seront visibles jusqu’au 5 décembre. La première journée du festival s’achèvera par le spectacle « Flamencos de Francia » à 21h avec treize danseurs et musiciens.Le lendemain à partir de 20h30, le spectacle « Embrujo Sevillano » réunira sur scène le couple de danseurs natifs de Séville Rocio Reyes et Rafael Campallo à l’espace Castel. Samedi 8 novembre, place au concours de Sévillanes à 14h organisé par l’association Terres du sud également à Castel.

    Entre deux bodegas, Gema Moneo et José Maya se produiront dans « El encuentro Jerez y Madrid » (20h30).Enfin, dimanche 9 novembre, le festival s’achèvera avec deux masterclass de Gema Moneo. Elles s’adressent aux danseurs justifiant d’au moins deux années de pratique.

  • Avec le festival « FEMMES ! », le cinéma s’accorde au féminin

    Avec le festival « FEMMES ! », le cinéma s’accorde au féminin

    Le rendez-vous a été fondé en 2001 suite à la rencontre de deux militants féministes, Luc Patentreger, médecin, dessinateur, et entrepreneur social, et Loutcha Dassa, ancienne déportée à Auschwitz décorée de la médaille de chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres en 2012 et de la Légion d’Honneur en 2021 pour sa lutte pour l’inclusion des femmes dans la société et le milieu artistique.

    Le festival Femmes ! revient pour une 24e édition, du 5 au 24 novembre. Six salles dans quatre villes s’en feront le relais : Théâtre Liberté et cinéma Le Royal à Toulon, cinéma Six n’étoiles à Six-Fours, Casino Joa et centre culturel Tisot à La Seyne-sur-Mer et cinéma Le Rocher à La Garde.

    44 films en compétition

    Ce festival se définit comme « œuvrant pour l’égalité entre femmes et hommes », avec « une conviction : l’art peut et doit être un levier d’émancipation, d’égalité et de liberté. Nous portons un féminisme universaliste qui réunit toutes les femmes, quels que soient leurs origines, leurs parcours ou leurs frontières, et qui invite les hommes à être pleinement partenaires de ce combat ». Cette année, la thématique « Duo », centrée sur la question « que raconte une femme quand elle parle d’elle à travers l’autre ? », invite à porter « ce féminisme du lien, de l’altérité, du respect, qui trouve dans ce thème une résonance naturelle qui refuse les cloisonnements et se nourrit du dialogue, car l’égalité se construit ensemble ».

    44 films de 16 pays seront en compétition pour le Prix du Public, parmi lesquels 8 avant-premières et 14 films en sortie nationale. Seront également remis le Prix du Jury et le Prix d’interprétation féminine avec sept films, en avant-première, en compétition. Autour de la compétition, le public pourra profiter, entre autres, d’une masterclass donnée par les acteurs de l’iconique série Plus belle la vie, d’un atelier cinéma pour apprendre à analyser les films, de soirées thématiques (dont la nuit des courts-métrages), d’expositions, ou encore de douze débats et conférences sur des thématiques féministes (santé mentale, violences sexuelles et sexistes…) et artistiques. De nombreux réalisateurs et acteurs seront également présents pendant ces trois semaines.

    Infos et tarifs sur femmesfestival.fr

  • [Chefs-d’œuvre des musées] Au musée Cantini, pénombres et vitrages, un diptyque de Leonardo Cremonini

    [Chefs-d’œuvre des musées] Au musée Cantini, pénombres et vitrages, un diptyque de Leonardo Cremonini

    Cremonini s’était établi à Paris en 1951, son atelier se situait en haut d’un immeuble de la rue de Buci. Dans la vie quotidienne, c’était un personnage de très fine culture, disputeur et généreux. Ses compatriotes Moravia, Calvino et Umberto Eco, en France Louis Althusser, Régis Debray et Gilbert Lascault ont accompagné son œuvre. Ses étudiants des Beaux-Arts de Paris l’appréciaient, visitaient ses expositions chez le proche galeriste Claude Bernard. L’acquisition de ce tableau de long format par le musée Cantini s’effectua en 1984 ; une fois de plus, un achat dû aux initiatives de Germain Viatte.

    Une franche séparation, des verticales dures régissent cette toile. En dépit de la richesse des couleurs et de l’irrationalité des situations, on n’échappe pas à l’empire de la géométrie. À gauche l’obscurité est tempérée par le tamis d’un lustre. Des silhouettes de gamins que le peintre a souvent clonées s’agitent. Des maillots de bain sans innocence, des trognes lourdement nourries et pas complètement éveillées trimbalent maladroitement de grands châssis : on pourrait imaginer l’inquiétude et la cruauté d’un rêve, l’atmosphère d’un cambriolage.

    À droite, en contraste avec la resserre où des tableaux sont suspendus, un arrière-fond de plage avec des cabines de douche se précise. Trois autres gamins fourgonnent un second déménagement, transportent chaises et fauteuils. Des coulures délibérément bâclées interviennent au niveau de la poignée d’entrée. La clarté de la mise en scène n’est pas parfaite puisqu’à cause des reflets et des traînes de buée de la porte-fenêtre, tout est perçu au travers d’un délavement et d’un retrait partiel de la lumière du soleil, Cependant, malgré ces conflits, ces griffures et ces corrosions du réalisme, rien n’est vraiment rebutant dans ce tableau. Un mystérieux renversement s’opère. Ce qui prévaut chez Leonardo, ce sont les énigmes, les joies et vivacités d’une peinture qui sait parfaitement ce qu’elle peut devoir aux fresques du Quattrocento, aux splendeurs de Velasquez ainsi qu’aux meilleurs moments de l’inventivité surréaliste, Balthus, Max Ernst et Chirico.

    Les chassis-barrages, Leonardi Cremonini

    format 152 x 200 cm

  • Des étoiles et des méduses, Pascaline Zicavo accueille Bernard Moninot

    Des étoiles et des méduses, Pascaline Zicavo accueille Bernard Moninot

    Ce sont des rythmes, une respiration, des dimensions ironiques ou bien des couleurs festives. C’est sensuel, fluide et imprescriptible. L’élégance et la fraîcheur du blanc des murs finement repeints évitent les écueils, le minimalisme ou bien l’abstraction rigides : une joyeuse cohérence s’impose clairement.

    Pascaline Zicavo est née en 1962 à Nice. Dans le commerce de l’art, elle est tardive. Plutôt nomades, ses parents lui ont donné la chance d’une double culture, elle a vécu à Barcelone jusqu’à l’âge de 17 ans. Franco-espagnole de cœur, elle parle volontiers avec autrui. À cause de leurs qualités graphiques, elle continue d’aimer acheter des livres d’enfant. Très jeune elle a passionnément fréquenté Vence et Saint-Paul de Vence, la galerie Chave et la Fondation Maeght. Elle estime que son défaut majeur serait d’être trop réfléchie, plutôt méticuleuse.

    Pour appréhender le monde, sa plus fidèle clef reste sa formation scientifique : elle a poussé loin ses études de biologie à Luminy, elle s’est durablement et volontiers vouée à son métier d’ingénieure. Jusqu’à ce que surviennent des ruptures dans sa vie. Un ancien atelier d’artiste s’étant libéré, elle a soudainement décidé en 2008 d’ouvrir une galerie. Son lieu craignit longtemps le qualificatif d’« invisible » qu’elle lui avait donné, à la fois par sincérité et par goût de la provocation.

    Foires et Salons, décentrements

    On a souvent pour axiome qu’une « vraie » galerie ressemble à sa galeriste. Pour elle et ses artistes, ce fut une chrysalide, un creuset. Son quartier s’est transformé : quand elle inaugure son espace, le Panier n’a pas la capacité d’attraction qu’il développe pour le meilleur et pour le pire, depuis 2013. Au fil des ans, la donne s’est éclaircie, Pascaline Zivaco a noué de solides complicités avec des collectionneurs privés, avec les Amis du Frac-Sud de Catherine Bollini, le Château de Servières de Martine Robin, la Chapelle des Pénitents Noirs d’Aubagne de Coralie Duponchelle ainsi qu’avec la galerie La Nave Va de Pierric Paulian. Avant qu’il ne quitte Marseille, le directeur du Frac, Pascal Neveux l’a convaincue d’accroître ses potentialités et de louer un stand à Paris pendant le Salon de Paris Drawing Room de mars 2024, avec une exposition solo d’Olivier Gruber, l’artiste-phare de sa galerie.

    Prendre le risque de montrer des artistes hors Marseille est une question de survie, le marché local est terriblement étroit. Le franc succès du premier essai l’a conduit à renouveler l’expérience dans d’autres cités européennes, Bruxelles en octobre 2024, ensuite Lisbonne et Santander en juillet 2025. Pour l’édition 2026 de Drawing Room, Invisible Galerie espère être sélectionnée : son projet regroupe des travaux d’Olivier Gruber, Joseph Dadoune et Guillermo Peñalver.

    L’exposition qu’elle présente actuellement autour de Bernard Moninot, artiste proche de Bernard Noël et de Jean-Christophe Bailly, exposé à la Fondation Maeght en 2022, s’est décidée en écho avec les manifestations programmées par le Cipm de la Vieille Charité autour de Liliane Giraudon, sa commissaire Cécile-Marie Castanet l’a aidée pour le choix des œuvres. « Ombre sonore » réunit une trentaine de petits formats à l’intérieur desquels on retiendra deux étonnantes merveilles. D’abord les très fines structures d’un objet multidirectionnel qui assemble des cordes de piano et d’énigmatiques formes étoilées de cinq millimètres de diamètre, des fossiles de pentacrine dont l’improbable survivance date de deux cent millions d’années ; pendant son enfance dans le Jura, leur assembleur aimait les collecter lorsqu’il les découvrait parmi les vignes après des heures de pluie,

    Ensuite, réalisée en avril 2025, une série de quatorze formats titrée Méduses. Quand bien même on aperçoit conformément à l’iconographie de la Renaissance des visages mortels et des têtes coupées en surimpression sur un fond noir, rien n’est exactement tragique dans l’apparition des fils lumineux de ces très singulières et très fascinantes bestioles : Bernard Moninot aime dire qu’une écoute, une perception aigüe des formes de l’univers sont beaucoup plus riches et inventives que notre imagination.

    Exposition Bernard Moninot, 2 rue du Petit Puits jusqu’au 29 novembre, ouvert du jeudi au samedi de 14 à 18h,
    tél : 06.18.17.27.82

  • Entre rap et camions de pizza, la Plaine à la sauce Escobar

    Entre rap et camions de pizza, la Plaine à la sauce Escobar

    Pascal Escobar n’écrit pas sur Marseille comme on rédige un post Insta. Il la traverse, la fouille, la raconte avec ses failles et ses fulgurances. Avec La Plaine, deuxième volet d’une trilogie entamée en 2023 avec Belle de Mai, l’auteur marseillais poursuit son exploration sociale et politique de la ville, à travers les yeux de Stanislas Carrera, un détective privé et ancien éducateur dans la protection de l’enfance. Son alter ego romanesque.

    « Condensé d’humanité »

    « Le moteur littéraire principal, c’est l’envie de parler de Marseille », confie « Pachuco ». Né à Saint-Henri (16e) où il a dans sa jeunesse usé ses crampons sur le front de l’attaque des équipes jeunes, ce « pure rocker de la Plaine » a vécu pendant des années rue de l’Olivier, au cœur d’un quartier qu’il a appris à connaître sur le bout des doigts. Et ce n’est pas pour rien si les mots de Pascal Escobar sont empreint d’une rugueuse tendresse : « La Plaine, c’est ce que Marseille a à offrir de mieux, la mixité, la vie nocturne, les clubs, les bars, les salles de concerts. C’est un endroit ou toutes les populations se croisent encore, et sans trop de friction. C’est un condensé d’humanité qui provoque chez moi une envie d’écrire. »

    Dans La Plaine, l’intrigue principale suit Esmeraldo Platinium, rappeur du coin propulsé au sommet du hip-hop français, menacé de mort à la veille d’un concert au Vélodrome affichant complet. Mandaté pour enquêter, Stanislas Carrera plonge au cœur du milieu du rap marseillais, entre banditisme, tensions sociales et motivations humaines obscures. En parallèle, une série d’attaques à la grenade lacrymogène vise des camions de pizza aux quatre coins de la ville, et derrière eux l’entente, le syndicat qui les fédère.

    Sur fond d’« autodérision », Pascal Escobar assume volontiers « le loufoque et le pagnolesque ». « Je suis obsédé par les pizzas et les camions de pizzas qui sont une belle spécialité marseillaise », glisse-t-il en riant. L’humour ici est un contrepoint. Son roman est traversé par une écriture sensible, parfois lyrique, porté par des personnages fantasques comme Fruits et Légumes, l’associé et cousin de Carrera, souvent source de répliques absurdes et décalées. Si l’auteur « assume complètement l’étiquette polar marseillais », il rejette toute filiation avec des auteurs de la trempe de Jean-Claude Izzo. « Je respecte sa carrière, le personnage, son envergure, il est incontournable mais je suis d’une autre écriture, d’une autre génération, j’ai d’autres influences », précise Pascal Escobar. Lui se revendique plus volontiers de la lignée de l’auteur barcelonais Manuel Vázquez Montalbán, le père du détective Pepe Carvalho…Le troisième tome de cette trilogie, Pointe Rouge, en cours d’écriture, abordera « les quartiers du pouvoir économique et politique ».

    La Plaine, de Pascal Escobar, édition Le Mot et le Reste (2025), 264 pages, 22 euros.

  • [Le coin du polar] « Vous qui entrez ici, laissez toute espérance… »

    [Le coin du polar] « Vous qui entrez ici, laissez toute espérance… »

    L’ex-inspecteur Sadorski, traqué par les autorités et les communistes, mais protégé par un de ses anciens commissaires et la sécurité relative et fragile d’un nom d’emprunt, vit dans la hantise d’être reconnu par d’anciens déportés échappés de l’enfer des camps qui ont été ses victimes. Désargenté, un coup de chance l’introduit dans l’entourage d’un juif polonais exilé aux États-Unis en 1937, revenu en France chargé par des organisations juives de la mission de récupérer, à tout prix, les chefs-d’œuvre spoliés de prestigieuses collections de peinture. L’occasion pour Sadorski, devenu « détective d’art », de se blanchir et de découvrir un milieu qui lui était totalement étranger, rencontrant ainsi Picasso et Paul Éluard, mais surtout de renouer avec ses méthodes effroyables, sa violence et son sadisme. Parallèlement, ses retrouvailles avec un ancien collègue aussi ignoble que lui le font participer à un coup audacieux et lucratif, où ils doublent un gang d’ex-collabos, qui rançonnent et assassinent certains de leurs semblables. Parmi eux, un certain Joseph Damiani, qui deviendra plus tard l’écrivain et réalisateur José Giovanni.

    Une exceptionnelle maîtrise

    Si, une fois encore, le récit est haletant, truffé de péripéties et de retournements de situations, en même temps que dépourvu des anachronismes, y compris de langue, de tant de romans historiques, si Slocombe déploie une érudition historique époustouflante, qui ne phagocyte cependant jamais l’intrigue, si sa documentation, immense, est parfaitement digérée, s’il jette une lumière crue sur les trafics honteux orchestrés par l’Allemagne nazie, avec la collaboration de l’État pétainiste et la complicité des marchands d’art « aryens », le mérite le plus éclatant de l’auteur c’est d’avoir conçu une fresque d’une complexité historique et narrative d’une telle ampleur. Pas d’ateliers de scénaristes ici, mais un écrivain d’une puissance de travail sidérante, capable d’élaborer un projet digne d’un Zola et, chaque année, d’ajouter une pierre à son édifice.

    « Les Revenants de l’inspecteur Sadorski » Romain Slocombe Robert Laffont 521 pages 21 euros 90

  • [Le Grand entretien] Barbara Hendricks : « J’ai choisi l’Europe pour défendre la paix »

    [Le Grand entretien] Barbara Hendricks : « J’ai choisi l’Europe pour défendre la paix »

    La Marseillaise : Chanteuse lyrique, vous explorez le jazz dans les années 90 et, depuis 10 ans, vous plongez dans les racines du blues. Est-ce un retour aux sources, quand vous chantiez dans l’église de l’Arkansas, où votre père officiait ?

    Barbara Hendricks : Quand j’ai commencé le jazz, ce n’était pas planifié. Je vivais à Montreux et j’étais amie avec le fondateur du festival. Mes enfants adoraient aller chez Claude Nobs car il y avait des tas d’appareils, comme les walkmans, avec lesquels ils pouvaient jouer. Et aussi des archives incroyables. En écoutant Duke Ellington, il m’a proposé de faire un hommage. J’ai tellement aimé l’expérience avec les musiciens que je ne voulais faire plus que ça. J’ai réalisé que je ne connaissais pas si bien mes racines que ça. Alors que les Negro spirituals étaient les chants des esclaves, pour mon père, le blues était la musique du diable. Il y a toute mon histoire dans le jazz et le blues. Le besoin de ce message de lutte pour les droits, contre l’apartheid, est devenu si fort que je reste sur ce chemin de la liberté. Aujourd’hui, plus que jamais, on a besoin de message d’amour.

    Cet hommage à Martin Luther King réaffirme votre engagement en faveur de la liberté. Que retenez-vous de votre expérience d’ambassadrice du Haut-Commissariat pour les réfugiés à l’ONU ?

    B.H. : Martin Luther King est inspirant parce qu’il y a eu beaucoup de femmes autour de lui. Et, sans elles, il n’aurait pas pu mener la lutte qu’il a menée pour l’égalité. Les femmes, même si elles ne sont pas sur le devant de la scène, jouent un rôle important dans les mouvements d’humanité. Sans elles, on ne serait pas là aujourd’hui. à mon tour, je veux aider cette grande famille qu’est l’humanité à grandir. à l’ONU, nous avons moins de la moitié des crédits nécessaires pour aider les réfugiés. Nous faisons notre possible pour réunir des fonds. Mais, ceux qui donnent le plus pensent qu’ils peuvent exiger certaines choses. Il faut résister à ça. Je ne peux pas sauver le monde, mais dès qu’on peut agir, il le faut sans jamais perdre espoir.

    Quel regard portez-vous sur le durcissement des politiques migratoires aux États-Unis et en Europe ?

    B.H. : Aujourd’hui, nous devons affronter des moments très très difficiles avec des guerres en Ukraine, à Gaza, et des gens forcés de fuir les conflits et les persécutions alors que des frontières se ferment partout. L’arrivée de Trump est le contrecoup de ceux qui ne voulaient pas d’un noir à Washington. Quand les gens ont peur, ils voient dans celui qui est en face un ennemi. Mais ils ne vont pas chercher à se retourner vers celui qui est vraiment la cause du malheur et qui désigne l’autre comme un ennemi. C’est facile d’utiliser la peur à des fins politiques. Il faut que cela change.

    Quel serait le rôle des médias pour un tel changement ?

    B.H. : Parfois, je ne peux plus regarder les horreurs diffusées, car pour aider, il faut prendre soin de soi. Les médias ne nous montrent pas assez les moments de solidarité. Or, tous les jours, il y a des gens qui aident un voisin, un enfant. Je crois en la force de ce chemin vers l’amour, la générosité. Quand je suis venue, en avril, au Salon du Livre à Paris, j’ai passé un long moment avec une association de femmes juristes qui faisaient un travail extraordinaire. Ce sont les gens qui font du bien qu’il faut montrer. Car, si nous voyons que nous ne sommes pas seuls, nous gagnerons en espoir et en force. La peur fait oublier cela. L’amour est illimité. Aujourd’hui, j’ai vécu assez longtemps pour pouvoir dire que la générosité est le moteur le plus important pour faire avancer le monde. Il faut oser aimer.

    Vous vivez entre la Suède et la Suisse. Pourquoi ce choix ?

    B.H. : Après l’élection de Bill Clinton, (1992), il m’était devenu compliqué de choisir pour qui voter. J’ai été invitée en France pour une émission avec François Mitterrand. J’ai réalisé que les intentions qui précédaient la mise en place de l’Union européenne étaient basées sur les valeurs de paix. Le climat politique des états Unis ne me correspondait plus. Mais, sur mon passeport, j’étais Américaine. Comme mon mari était Suédois et que je vivais le plus souvent en Europe, je me suis dit que ce bout de papier ne pouvait pas me définir. J’ai donc décidé de changer de nationalité. Je suis devenue Suédoise car je voulais me mêler de politique européenne, fondée sur la paix et les droits de l’homme. Bien sûr, ce n’est pas si simple en réalité. En 2016, quand j’ai été invitée à faire un discours pour l’anniversaire du Traité de Rome au Parlement européen, j’ai volontairement centré mes propos sur ces valeurs fondatrices. Mais mes enfants vivaient en Suisse et, dès que la double nationalité a été autorisée, je l’ai demandée.

    Il y a ce concert à Aix-en-Provence, mais aussi un passage à Orange ?

    B.H. : C’est à Aix, au festival d’art lyrique en 1978 avec Les Noces de Figaro de Mozart, que les Français m’ont découverte pour la première fois. Et c’est aussi sur ses marchés que j’ai vraiment appris à parler le français, car les gens y étaient plus chaleureux qu’à Paris. Il n’y a pas une année où je ne reviens pas dans le Sud. à Orange, je vais rencontrer les élèves d’un collège qui a pris mon nom en 1995. C’était sur une décision des collégiens, alors que la ville était passée aux mains du Front national. Je me suis dit que les enfants étaient bien plus sages que les adultes qui avaient voté.

    Barbara Hendricks et son Blues Bands, les 20 et 21 novembre au 6MIC d’aix. Détails sur 6mic-aix.fr

  • La culture mexicaine se célèbre pendant 3 jours

    La culture mexicaine se célèbre pendant 3 jours

    La rue Mignet, de la chapelle de la Visitation jusqu’à la place des Prêcheurs à Aix-en-Provence vibre dès ce vendredi et jusqu’à dimanche au rythme de la culture mexicaine. Le festival Día de los Muertos, inspiré directement de la fête mexicaine du même nom est à l’honneur pendant trois jours pour une quatrième édition.

    Faire découvrir la tradition

    Organisée par Maix’Art, une marque locale qui met en avant l’art et l’artisanat français et mexicain fondée par Daniela Campirano avec le soutien de la Maison de l’Espagne, de Panaca ou encore de la Mexithèque cette célébration à pour objectif de faire découvrir une tradition. « C’est une fête que j’aime beaucoup dans mon pays natal c’est pourquoi j’ai voulu la célébrer en France, où je vis depuis 5 ans », explique Daniela Campirano. « C’est un événement que nous avons mis en place en famille et qui, au fil des années à pris de l’ampleur dans la ville, tant au niveau de la taille que du nombre de participants et cette année nous espérons encore que ce sera un succès. » Fête joyeuse, colorée et bariolée, le Jour des morts au Mexique est bien loin de ce que l’on connaît de la Toussaint en France ou d’Halloween aux Etats-Unis qui se veut bien plus effrayant. « Je dois avouer que le dessin animé Coco nous aide aussi beaucoup pour popularisé l’événement. Avec toutes ses couleurs et son esthétisme, le dessin animé à marqué les esprits et c’est ce que viennent chercher les familles en participant à notre événement », souligne Daniela Campirano.

    Du côté de la programmation, initiations à la danse latine et folkloriques comme le cha-cha-cha ou le danzón, maquillages artistiques ou encore ateliers pour petits et grands sont prévus pour ces trois journées de fête. « Nous proposons également une exposition qui met à l’honneur Cezanne puisue nous sommes à Aix et Frida Kahlo qui est l’artiste la plus populaire et connue de la culture mexicaine », continue-t-elle. « Il n’y a pas meilleur mariage pour illustrer les deux cultures. Sans compter que la Catrina mexicaine, voulait au départ représenter l’élégance à la française. »

    Et de poursuivre : « Un hôtel des morts sera aussi installé sur les marches de l’église de la Visitation comme le veut la tradition mexicaine. »

    De vendredi à dimanche à partir de 10h et jusqu’à 22h.

  • Le losange Renault revisité à la Vasarely

    Le losange Renault revisité à la Vasarely

    Le losange métallique a traversé des générations. Cent ans après sa création, le logo Renault inspire l’exposition « Dialogues avec le losange », hébergée par la Fondation Vasarely jusqu’au 15 février. Modernisé au fil des générations, le logo Renault, floqué sur toutes les carrosseries de ses voitures, est devenu emblème de l’industrie française.

    C’est en 1972 que la marque adopte le dessin du plasticien et artiste Victor Vasarely. S’inspirant du travail du plasticien qui explore la géométrie et joue sur l’optique, trois artistes, Olivier Swiz, Arthur Dorval et Sébastien Preschoux proposent une exposition « en trio, développée autour d’un protocole commun ». Sur proposition du Fonds Renault pour l’art et la culture et la Fondation Vasarely, sous la production de David Bloch, les artistes ont travaillé à développer un « protocole commun », dont la béquille reste l’angle à 62,5 degrés, spécifique au losange dessiné par Vasarely.

    « On a dû trouver un terrain d’entente avec un ordre de commencement (…) C’est une déconstruction du losange, un travail mixte et riche. C’est un travail symétrique et géométrique par nature », résume Arthur Dorval. « Initialement, on devait seulement intervenir dans le bureau de Vasarely, qui n’a jamais été ouvert au public, retrace Olivier Swiz. C’était le point de départ de l’exposition, qui devait créer un nouvel accès à cet espace. » Ce lieu de développement de projets de Vasarely est désormais métamorphosé : travail géométrique sur les sols, les murs, mais aussi à travers l’espace occupent désormais la pièce. « Assez rapidement, poursuit Olivier Swiz, la salle 14H, immense salle d’exposition, a rapidement été investie par une œuvre commune. Pour faire écho au travail de Vasarely, on a développé un protocole commun de création. »

    Trois immenses œuvres de quatre mètres par deux mètres, travaillées à six mains, présentent 24 unités plastiques autour desquelles le processus de création a permis un « vrai dialogue pour concevoir une installation composée de toutes nos œuvres », rapportent les artistes.

    Ces créations seront ensuite remises au Fonds Renault. Une projection vidéo installée en parallèle des tableaux présente des milliers de combinaisons possibles autour de la forme des travaux et résume l’amplitude du travail de réflexion.