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  • À Aix, un premier « grand » meeting pour la gauche

    À Aix, un premier « grand » meeting pour la gauche

    Il y avait certes eu une réunion publique, une inauguration de la permanence de campagne. Mais c’est ce jeudi 5 février que l’union de la gauche, portée par le candidat et député (PS) de la 11e circonscription Marc Pena, a choisi de tenir son premier « grand » meeting de campagne. Le rendez-vous est donné au château de l’Horloge, un lieu qui « n’est pas un hasard, bien entendu, rapporte Marc Pena. Nous avions tracté là-bas, lorsque la liste Aix Avenir a déclaré son union (…) pour ce meeting, on voulait être dans un quartier populaire plutôt que vers le centre-ville. C’est une façon de dire qu’Aix est certes composée de son centre-ville vitrine mais aussi de nombreux villages et de quartiers dits populaires. Le Jas à tout ce qu’il faut pour lancer une campagne de gauche à Aix-en-Provence ».

    Sécurité, tranquillité

    Si le thème du logement avait imprégné le premier événement public du candidat, au tour des « grands thèmes de la campagne », d’être débattus. « J’insisterai, parmi les thèmes, sur la jeunesse, dont je fais un pilier de mon programme et les problèmes dits de sécurité. Ils sont prégnants sur le territoire. Je vois une municipalité qui est dans le déni total dans ce domaine, ça m’inquiète beaucoup, poursuit le candidat. À Aix, il faut être attentif à ce que le narcotrafic – que l’on voit dans de nombreuses villes – ne se mette pas à prospérer rapidement parce qu’on serait inertes. Je serais amené à développer des propositions concrètes sur la sécurité, la tranquillité publique, de manière générale. » Pour les noms de liste, il faudra encore attendre. « Ce n’est pas l’objet de jeudi. On a un peu de temps », estime Marc Pena. Des élus locaux et nationaux, dont les noms n’ont pas été communiqués, sont attendus sur la soirée. « Aix-en-Provence est un sujet national, estime-t-il. Si Aix venait à être à gauche, ce serait une bascule fondamentale pour le territoire. Si demain je suis maire, la donne de la Métropole change aussi, et chacun mesurera le chemin parcouru et la capacité de gagner dans un contexte peu évident », conclut le candidat.

  • À Marseille, la Société des écoles visée par une enquête

    À Marseille, la Société des écoles visée par une enquête

    Chantier symbole du plan écoles, la rénovation du groupe scolaire Saint-André – la Castellane (16e) se transforme en un caillou gênant dans la botte du Printemps marseillais. Ce chantier est en effet au cœur d’un signalement de l’ancien préfet de région Georges-François Leclerc, désormais directeur de cabinet à l’Élysée, auprès du parquet daté du 15 septembre dernier mais révélé ce lundi par le site d’information Blast.

    Au cœur de cet « article 40 », une « acquisition sans mise en concurrence comme l’exigent les règles des marchés publics », pointe le courrier de « dénonciation de faits susceptibles d’être constitutifs d’infractions à loi pénale et notamment de délit de favoritisme ». En ligne de mire, l’achat en catastrophe le 8 juillet 2025 des bâtiments modulaires de l’école Vayssière tout juste rénovée pour accueillir les enfants de Saint-André – la Castellane, face aux défaillances de l’entreprise en charge du chantier Impresa Percassi, dont le marché avait finalement été résilié le 19 décembre 2024 (notre édition du 03/04/2025), le tribunal administratif rejetant ses demandes d’indemnisations. Or, le directeur du service juridique de la Société des écoles avait averti son secrétaire général, avec l’ensemble de la direction en copie : « Tu fais fi du délit de favoritisme. » Une alerte ignorée, et un achat de 1,4 million d’euros validé dans l’été.

    « Permettre aux enfants d’avoir un réfectoire »

    « Cette décision unanime a permis aux enfants de l’école d’avoir accès à un réfectoire et des repas chauds dès la rentrée de septembre 2025 », se défend la municipalité. Tandis que le signalement pointe aussi le nombre élevé d’attributaires différents pour les rénovations, la Ville rappelle que la responsabilité est partagée avec l’État. « Le maire de Marseille s’étonne que son co-actionnaire, le préfet de l’époque, n’ait pas informé l’ensemble du conseil d’administration et des actionnaires du signalement », cingle-t-elle dans un communiqué. Indiquant saisir aussi le parquet. Interrogé, celui-ci n’a pas donné suite.

    Mais en pleine campagne, c’est du pain béni pour ses opposants. « Benoît Payan doit s’expliquer », exige Sébastien Delogu (LFI). « Le candidat Payan avait annoncé exclure de sa liste tous les colistiers faisant l’objet d’une enquête, va-t-il donc se retirer ? » interroge le porte-parole de Martine Vassal, Romain Simmarano.

  • Inscription sur les listes électorales : à Marseille, des quartiers aux urnes, remobiliser

    Inscription sur les listes électorales : à Marseille, des quartiers aux urnes, remobiliser

    « Élections municipales 2026, ce qu’il faut savoir. » Cité Bourrely, Kader Benayed, représentant syndical à l’hôpital psychiatrique Edouard-Toulouse et porte-parole du collectif KGBS (Kalliste, Granière, Bourrely, Solidarité) jette un œil sceptique sur l’affiche scotchée sur la porte vitrée du centre social : « C’est bien, mais les gens ne les lisent pas. » La salariée de l’accueil défend : « Nous faisons de la sensibilisation auprès de tous nos adhérents, tout en reconnaissant : on manque de moyens pour aller vers. »

    Dans ces quartiers où 44% de la population vit sous le seuil de pauvreté, où les abstentions sont records chez les jeunes et où le RN fait de gros scores, le collectif veut remobiliser. « Je le vois avec mes élèves, ils sont totalement éloignés de la politique, témoigne Salim Siouani, enseignant en lycée, nous voulons toucher tous les publics. » KGBS s’est lancé dans cette campagne avec le même état d’esprit qui a présidé à la création du collectif, il y a près d’un an : « Redonner aux habitants de ces quartiers le pouvoir de décider de ce qui est bon pour eux, d’être un interlocuteur des politiques, et inversement, faire que les politiques agissent pour la population », explique Zamir Nahouza, professeur en lycée pro.

    « Votez Pierrette, Paulette ou Jacquette, mais votez ! » Lancé avec le sourire, leur slogan fait mouche au porte-à-porte. Leur force, c’est d’avoir grandi dans ces cités du 15e arrondissement, d’y avoir des amis et des proches. Et leur bras de fer avec la Métropole pour la remise en service des bus jusqu’à la Savine a conforté cette confiance. Ils placardent les affichettes dans les halls, grimpent les étages, frappent aux portes. Qui s’ouvrent souvent. « Pour les maires ? Oui je vais voter… mais je n’ai jamais été inscrite », avoue Cynthia, 35 ans, locataire « depuis toujours. Mais je voudrais partir, pour l’avenir de mon fils. Il y a beaucoup de choses à changer ici ». Kader lui tend un A4 pour les démarches d’inscription sur les listes. « Je vote quel nom ? Je ne connais pas les candidats », interroge-t-elle. Habitué, il hausse les épaules : « C’est à toi de choisir, il y a des programmes. »

    Le « qui fait quoi ? »

    Plus bas dans l’escalier, Houaria, femme de ménage et mère de quatre enfants, 42 ans, rentre du travail. « Avec mon mari nous votons toujours. Jamais RN, affirme-t-elle à Zamir, la priorité ça reste des solutions pour les jeunes qui traînent, l’emploi, la formation. » Si elle se dit « heureuse des travaux sur l’école, plus sécurisée », elle ne savait pas que cette compétence relève du maire. Le « Qui fait quoi ? » de KGBS servira de guide. Alors que les trois hommes se dirigent vers un autre immeuble, Cynthia leur crie sa victoire par la fenêtre : « Kader, je l’ai fait ! Je suis inscrite ! ». Un locataire qui aimerait voir sur un programme « bien vivre ensemble et dans la dignité », s’étonne de n’avoir trouvé dans sa boîte « que Delogu ». Kader relève : « Il y a des quartiers où les partis ont du mal à entrer. Nous avons appris qu’un membre de notre collectif est engagé personnellement avec LFI sur les 15-16. Nous serons attentifs à ce que ce ne soit pas au nom de KGBS. » Salim appuie : « C’est parce que nous ne sommes pas partisans que nous bénéficions de ce degré de confiance. »

    D’autres portes s’entrebâillent. Une mère isolée qui a emménagé il y a six mois, après un hébergement en foyer, essuie des larmes. « Très inquiète » pour un de ses fils, de 11 ans, qui « a changé de comportement ici ». Noyée dans des urgences familiales, elle accepte pourtant la fiche informative. « Je vote avec ça ? ». Kader lui décrit le processus.

    10 000 inscrits de plus

    Certaines portes restent fermées. Une retraitée, auxiliaire de puériculture en réanimation, qui a « rempilé parce qu’on ne peut pas vivre avec 800 euros », laisse échapper sa colère en poussant avec difficulté une chaise roulante : « Et ces travaux ! Ma mère n’accède plus à rien… Non, j’irai pas voter, ils sont tous nuls ! ». Le collectif écoute, entend, et explique. « Ne laissez personne choisir à votre place. Il ne suffit pas de contester, de dénoncer, il faut agir, s’organiser pour peser. Votez ! », ont-ils plaidé depuis deux mois auprès de « plus d’un millier de personnes », à la Solidarité, aux Aygalades, à la Granière, à Kalliste et aux Bourrely.

    Aller vers. C’est aussi ce qu’a entrepris la Ville depuis 2020 avec la mairie mobile. Un bus équipé d’un bureau municipal sillonne les quartiers pour pallier la perte de service public de proximité. Et son équipe carbure contre l’abstention. « nous sommes très sollicités depuis janvier, indique un agent. Informations, inscriptions, faciliter les démarches administratives, tout commence par là ». À bord vendredi 29 janvier, adjointe au maire en charge de l’état civil, Sophie Roques annonce « 10 000 inscrits de plus sur les listes. Avec 551 000 inscrits, il faudra 55 000 voix aux candidats pour se maintenir au second tour ».

  • [Vidéo] À Marseille, Soprano parle santé mentale avec les minots

    [Vidéo] À Marseille, Soprano parle santé mentale avec les minots

    C’est pas tous les jours qu’on voit une star à l’école. » Les minots de l’école l’Estaque Gare ont reçu le rappeur Soprano comme il se doit : avec des étoiles plein les yeux et des sourires jusqu’aux oreilles. Et surtout de chauds applaudissements quand il rentre dans la salle. « J’ai vécu dans les quartiers Nord, juste à côté. Je venais ici souvent pour la plage, je connais par cœur le secteur : là où vous grandissez, c’est un peu l’endroit où j’ai grandi aussi », lance la rock star du jour de l’école.

    Sauf qu’il ne vient pas pour un showcase mais en tant qu’ambassadeur de l’Unicef. Une organisation qui lui tient à cœur et surtout pour une cause qui lui est chère : la santé mentale des enfants. « Les enfants sont l’avenir, ils ont le potentiel de faire mieux que nous. L’Unicef me donne l’occasion de leur dire directement », explique-t-il, rappelant ses voyages en Côte d’Ivoire et aux Comores avec l’organisme de l’ONU. Forcément les minots sont excités comme des puces, les questions fusent et toutes ne parlent évidemment pas de santé mentale. « Pourquoi as-tu voulu devenir chanteur ? », lance l’un. Quand une autre demande : « Quelle a été le clip le plus dur à réaliser ? ». Mais le fond est bien là et les questions des enfants sont plus que pertinentes : « Quelle est la différence entre les adultes et les enfants pour la santé mentale ? ».

    « Lutte contre la noirceur »

    « On peut rencontrer des difficultés différentes en fonction de l’âge », rassure Jeanne Royer, coordinatrice pour l’Unicef. « Qu’importe l’âge ou le sexe, il y a des hauts et des bas dans la vie. Même pour les stars, il y a des passages à vide », abonde Soprano. Avant de se confier : « J’ai eu plein de problèmes avec la santé mentale. À force de tout le temps sourire, de dire que tout va bien […], on garde tout et l’on devient fragile, on rentre dans une parano. » Référence à ses dépressions et « sa lutte contre la noirceur » largement évoquée dans certains de ses chansons comme Mes Pensées ou Fragile.

    Pas refroidis par le sujet, les minots parlent même directement de harcèlement au collège et demandent au rappeur s’il en a été victime. « Moi non, mais j’ai vu que les harceleurs n’étaient pas toujours conscients qu’ils font du mal. Et les harcelés ont du mal à le dire. J’étais l’épaule de mes amis harcelés et je grondais mes collègues qui harcelaient », répond le rappeur. In fine, lui et l’Unicef insistent sur « l’importance d’en parler, de partager, d’alerter ».

    Si la visite est un franc succès, elle se fait dans un cadre bien spécifique : la 7e édition de la consultation nationale de l’Unicef avec un questionnaire dédié pour les 6-18 ans. La précédente édition portait sur les « privations et le déficit de protection » et avait récolté 16 203 réponses dans 1 800 villes. Catherine, bénévole à l’Unicef explique la démarche, avant la venue de Soprano : « On a passé la matinée à faire des ateliers par deux avec les élèves, en présence de la maîtresse pour le cadre. On adapte le vocabulaire et on simplifie les idées comme le fait Soprano, pour répondre aux questions des enfants. »

    En tout cas, les minots en ressortent convaincus. « Soprano nous a appris ce que c’était la santé mentale », relate Thaliyam, 9 ans, avec un brin de fierté. Son ami Gabriel, rajoute : « C’était trop bien, il nous a dit qu’il fallait en parler aux adultes si on avait des problèmes. » Mina, bientôt 11 ans va dans le même sens : « On a compris qu’on doit partager nos besoins et nos émotions. » Et surtout : « C’était mieux de le voir en vrai qu’à la télé ! ».

    « L’important c’est d’en parler, de partager, d’alerter »

  • Le Printemps marseillais dévoile ses huit têtes de liste de secteur

    Le Printemps marseillais dévoile ses huit têtes de liste de secteur

    C’est à travers une vidéo sur les réseaux sociaux, ce lundi matin, que le Printemps marseillais a dévoilé ses têtes de listes dans les huit secteurs de Marseille. Une parité parfaite et quelques surprises, alors que pour la première fois depuis les Marseillais devront voter deux fois, pour le conseil municipal et pour les mairies d’arrondissements, chamboulant les habitudes de campagne.

    Les maires sortants sont logiquement reconduits, que ce soit dans les 1er et 7e arrondissements, avec Sophie Camard (GRS), dans les 2e et 3e, avec Anthony Krehmeier (PS), dans les 4e et 5e arrondissements avec Didier Jau (EELV) ou les 6e et 8e avec Olivia Fortin (MadMars). Seule exception, les 15-16, ou Samia Ghali prend la tête d’affiche comme en 2020, comme le révélait La Marseillaise le 13 janvier dernier.

    Petite surprise dans les 9-10, secteur traditionnellement acquis à la droite mais où celle-ci avait été absente du second tour des législatives anticipées : c’est le président (Génération.s) du groupe Printemps marseillais, l’adjoint à l’éducation Pierre Huguet, qui est désigné tête de liste. Dans les 11-12, le premier secrétaire du PS 13 Yannick Ohanessian mènera la liste, comme en 2020, préféré à la responsable de Place publique Pascaline Lécorché. Enfin, dans les 13-14, le Printemps marseillais joue pleinement le renouvellement en désignant Tina Biard-Sansonetti (DVG), aujourd’hui membre du cabinet du maire.

    « Le service public au cœur »

    «Notre ville est face à un tournant politique majeur, nous ne pouvons nous résigner à la livrer à ceux qui ne veulent que la division et la fracture, appuie le maire sortant Benoît Payan dans un communiqué de presse. Les candidats du Printemps Marseillais se dresseront partout, dans tous les secteurs, dans tous les quartiers, pour faire de Marseille une ville unie, pour se tenir aux côtés des habitants, pour les protéger, pour Marseille. »

    Il promet également que « les huit candidats portent le service public au cœur, comme notre conviction que tous les Marseillais méritent toute notre attention, tous nos efforts ». Et d’esquisser des programmes détaillés dans chaque secteur avec des propositions concrètes et de proximité. Quant au maire sortant lui-même, il avait annoncé dès sa déclaration de candidature qu’il ne serait présent sur aucune liste de secteur.

  • Capgemini, Société générale et Ubisoft : menace sur l’emploi dans l’Hérault

    Capgemini, Société générale et Ubisoft : menace sur l’emploi dans l’Hérault

    Capgemini, la Société générale, Ubisoft. En moins d’une semaine, ces grandes sociétés ont fait part de leur volonté de se séparer de milliers de salariés. Le premier coup est venu de Capgemini, le 20 janvier. Le géant français des services informatiques a annoncé vouloir supprimer 2 400 postes sur les 35 000 que compte l’Hexagone. L’Hérault, où l’entreprise compte deux sites, est concerné. Une décision justifiée, selon la direction, par une mauvaise conjoncture économique et un besoin de restructuration des métiers liés à l’IA. « Mais cette conjoncture n’empêche pas Capgemini de continuer à verser des dividendes, de réaliser près de deux milliards de dollars de bénéfices pour [1,6 milliard d’euros] un chiffre d’affaires à peu près constant autour de 20 milliards de dollars [16,7 MD d’euros] », précise Benjamin Girard, délégué syndical CGT chez Capgemini. Et même si l’activité marque le pas en France – le groupe a perdu 5% de son chiffre d’affaires au cours des neuf premiers mois de 2025 – « cette baisse a déjà compensé car l’an dernier, les effectifs ont été diminués de 5 % », reprend le syndicaliste. Ce plan social déguisé prendrait la forme d’une rupture conventionnelle collective. Sur la trentaine de sites en France, Montpellier ne devrait pas y échapper. « Sauf qu’aujourd’hui, on n’a aucune visibilité sur les postes concernés. Si jamais ils n’arrivent pas à trouver le nombre de volontaires suffisants, on ne sait pas ce qu’il va se passer. Ils nous parlent aussi de mobilité interne, ce qui induit des changements de situation personnelle importants. D’autant que si le salarié refuse, cela peut conduire à un licenciement », dénonce Benjamin Girard. Chez Capgemini, on attend l’ouverture des négociations le 5 février avant de se mobiliser. « Nos revendications sont claires : zéro suppression de postes », prévient Benjamin Girard. Le groupe semble préférer faire ses emplettes avec la milice ICE de Trump.

    10 février, grève chez Ubisoft

    Incertitude aussi pour les salariés d’Ubisoft, qui vient d’annoncer 200 licenciements ainsi qu’un plan d’économie de 200 millions d’euros d’ici les trois prochaines années. Si les 200 emplois concernent le siège social, domicilié au Val-de-Marne, « certaines personnes rattachées au siège travaillent dans d’autres studios, comme ici, à Montpellier. C’est pour eux une énorme inquiétude », se désole Clément Montigny, délégué syndical STJV chez Ubisoft Montpellier. Quant au plan d’économies – qui intervient après un premier plan de 300 millions d’euros depuis 2023- laisse également les salariés dans la panade. Six jeux vidéo ont d’ores et déjà été annulés et la direction veut revenir sur le télétravail, point de crispation qui avait déjà mené à une grève en 2024. « Avec le retour en présentiel, les gens vont payer pour venir travailler. Mais nos salaires n’augmentent pas, on risque de perdre encore plus de gens », craint Clément Montigny. Les syndicats appellent donc à un large mouvement de grève, du 10 au 12 février -un rassemblement est prévu le 10 à Montpellier. « Une grève internationale, des pays étrangers devraient se joindre au mouvement », indique Clément Montigny.

    La rue devrait donc devenir le théâtre de mouvements sociaux auxquels pourraient bien participer les salariés de la Société générale. Leur direction vient d’annoncer 1 800 licenciements d’ici 2027.

    2 204 défaillances d’entreprises dans l’Hérault et le Gard

    Selon la Banque de France, l’Hérault et le Gard connaissent de fortes défaillances d’entreprises [ne plus être en capacité de rembourser ses dettes, Ndlr]. Au 9 janvier, on dénombrait 1 515 défaillances de novembre 2024 à novembre 2025. Le Gard n’est guère mieux loti puisqu’entre octobre 2024 et octobre 2025, on dénombre 689 défaillances d’entreprises.

  • Occitanie : grandir sans perdre son âme, la recette Grabels

    Occitanie : grandir sans perdre son âme, la recette Grabels

    Une restauration solidaire bio avec trois tarifs en fonction de ses revenus (La Cantina). Une crèche avec une maison de la famille et de l’enfance. Une maternelle (Pierre-Soulages) et des logements sociaux arborés à taille humaine (Le Stradivarius). Au cœur du quartier moderne de la Valsière, l’ancien terrain vague devenu la place Pablo-Neruda est un condensé du projet de René Revol à Grabels. « Ça sent bon l’Amérique du Sud, ici ! », s’amuse l’élu Franck Fiandino face à la mairie de proximité Frida-Kahlo.

    Avant l’élection de René Revol en 2008, la Valsière comptait 2 400 habitants. Un « patchwork de propriétés privées sans même une boulangerie », se souvient l’ancien socialiste devenu Insoumis. Quatre mille Grabellois y vivent aujourd’hui avec services publics et commerces de proximité. Et ce n’est pas fini. Tout en stoppant l’étalement urbain – des terres de la plaine de l’Est ont été rachetées (dont une parcelle par la mairie) pour un projet agricole. La municipalité de gauche (si elle est reconduite) projette de transformer la place bétonnée du supermarché Lidl en une « esplanade marchande et conviviale » avec des « sols désimperméabilisés à 50% ». « On veut en finir avec le modèle de la ville SimCity qui cloisonnait le logement, l’emploi et les commerces », explique Franck Fiandino, adjoint aux finances et à la transition écologique.

    Continuer à grandir sans perdre son âme, ses valeurs, ses racines millénaires. C’est le challenge que s’est fixé René Revol dès son premier mandat. Ainsi dès 2015, à l’instar d’un cœur de village devenu trop étriqué, la mairie s’est déplacée près de la Poste. En ce lundi 26 janvier, le soleil illumine la place Jean-Jaurès accessible et qui n’attend que le printemps pour dévoiler son côté végétal. Sur le boulodrome aménagé, les pétanqueurs qui profitent de l’accalmie n’y prêtent plus attention mais tout est là. Le centre socio-culturel Gutenberg. Derrière le CCAS et une épicerie solidaire. Devant un parking gratuit (ça devient rare) et surtout le nouvel hôtel de Ville. Là encore, l’inscription « Maison commune » illustre la volonté de rendre service et d’accueillir tous les publics.

    Dans une société exaspérée qui parfois se radicalise, tolérance et solidarité ne vont pas de soi. Pas plus tard qu’en septembre 2025, le torrent d’insultes reçues par le maire – qui avait dressé le drapeau palestinien pour soutenir le peuple de Gaza massacré – rappelle que la fraternité et le vivre ensemble sont un enjeu quotidien pour les progressistes. En 2023 déjà, René Revol avait été pris à partie en marge d’une manifestation par un individu d’extrême droite.

    C’est par des réalisations concrètes que le maire LFI veut combattre la haine, le repli. La rénovation de l’école Delteil en est un bel exemple. Parvis réaménagé, récupération des eaux de pluie, bois, isolation phonique, thermique et assez de panneaux solaires pour rendre autonomes tous les bâtiments publics de la commune… Ce n’est pas un hasard si l’établissement qui accueille 400 élèves a obtenu la plus haute certification « bâtiment durable Occitanie or ». « L’été dernier, sans clim, la température est restée de 10 degrés inférieure à celle de dehors », insiste Franck Fiandino. Pour un total de 5 millions d’euros, l’école, dotée d’une cantine avec 100% de produits bio et en circuits courts, a été repensée pour valoriser le projet pédagogique. Dehors, des espaces de jeux conçus pour favoriser la mixité. Des lavabos extérieurs aux toilettes pour éviter le harcèlement entre enfants. Des nichoirs à oiseaux, des espaces verts aménagés pour tenir des cours en harmonie avec la nature et même un jardin pour apprendre à planter. « Cette école, c’est un bijou », lâche René Revol, fier du travail accompli.

    Les Granges rénovées

    À quelques pas de là dans le centre ancien, est en cours le vaste chantier de rénovation des Granges. À partir de ses arches de 1901, s’effectue la reconstruction de ce qui deviendra en octobre une salle de spectacles de 150 places labellisée jeune public. L’ancienne mairie attenante accueille déjà une bibliothèque pour tous, un gîte communal sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, la compagnie théâtrale internationale alligator (CIA). Et très bientôt, un café associatif poussé par la municipalité. Tisser du lien social, encore et toujours à l’instar du Calvaire religieux récupéré et devenu parc municipal.

    Depuis 18 ans Grabels poursuit sa mue en cherchant à rester à l’écoute de ses habitants. Devant les Granges, un membre de l’association La Dentellière croise René Revol. « Monsieur le maire, vous nous ferez un beau revêtement hein, qu’on puisse faire un loto sous les arbres ! ». Message reçu.

    Deux listes concurrentes divers droite se présentent. Elles sont conduites par Pascal Heymes
    et
    Régis Morvan.

  • Le navire de croisière MSC Orchestra bloqué par les marins dans le port de Marseille

    Le navire de croisière MSC Orchestra bloqué par les marins dans le port de Marseille

    Deux bateaux de sauvetage, avec à leur bord des équipages des deux compagnies maritimes Corsica Linea et la Méridionale, bloquent actuellement le navire de croisière MSC Orchestra, au niveau de la passe nord du GPMM, à la suite du préavis de grève déposé par la CGT Marins.

    Ils dénoncent la décision de la Méridionale de vendre le Kalliste, navire emblématique de la délégation de service public entre Marseille et la Corse, à une société turque pour y être démantelé.

    Les marins estiment que ce bateau pourrait servir dans une stratégie de développement face à la concurrence déloyale des compagnies sous pavillon italien (GNV et Corsica Ferries) sur les lignes du Maghreb, et s’inquiètent d’une mise en concurrence de Corsica Linea et la Méridionale sur la desserte corse.

  • L’OM, champion d’Europe du gaspillage de points

    L’OM, champion d’Europe du gaspillage de points

    Expulsés de la Ligue des champions après le fiasco de Bruges, les Marseillais sont néanmoins champions d’Europe.

    Champion d’Europe du gaspillage de points, un titre dont Roberto De Zerbi se serait bien passé. C’est pourtant ce que l’on peut retenir, après la nouvelle prestation des Olympiens face au Paris FC, samedi.

    En s’arrêtant de jouer à la 80e minute, alors qu’ils menaient 2-0, ils ont permis aux Parisiens de revenir. En concédant encore une fois deux buts dans les derniers instants du match, avec notamment un penalty concédé dans le temps additionnel, quelques secondes après qu’Amine Gouiri a raté la balle du 3-1.

    Depuis le début de la saison, toutes compétitions confondues, l’OM est l’équipe la plus perméable des cinq grands championnats européens à partir de la 80e minute, limite au-delà de laquelle les joueurs de Roberto De Zerbi ont ainsi encaissé 15 buts (10 en Ligue 1, 4 en Ligue des champions et 1 en Trophée en champions). Dans cette course peu enviable, les Phocéens devancent Stuttgart et Francfort (13 buts chacun).

    Que ses joueurs aient oublié un fondamental des règles du football agace sérieusement Roberto De Zerbi. « Les matches durent 100 minutes, pas 80. La lumière s’est éteinte ! Pour gagner et jouer, il faut en avoir envie. C’est la qualité principale qui est nécessaire », a-t-il confié en conférence de presse, samedi. Alors que l’OM avait la possibilité d’atténuer l’affront de la sortie de route à Bruges, les Olympiens ont de nouveau donné le bâton pour se faire battre. Alors qu’ils avaient le pain et le couteau pour revenir de Paris avec trois points supplémentaires.

    Un capital qui leur aurait permis de profiter du faux pas de Rennes à Monaco (0-4) et de la défaite de Lille à Lyon (0-1) pour creuser l’écart sur deux de leurs plus proches poursuivants. Et rester dans le sillage du tandem de tête. Mais, ne ramenant qu’un point, ils voient Lyon revenir à hauteur.

    Roberto De Zerbi va devoir à nouveau rappeler certaines choses à son vestiaire. Qu’un match de football n’est pas gagné tant que l’arbitre n’en siffle pas la fin. Que le soutien des supporters – et à Jean-Bouin samedi, le stade était majoritairement favorable à l’OM – il doit se mériter. Il compte d’ailleurs sur eux pour pousser face à Rennes, en Coupe de France, mardi au Vélodrome.

    Un huitième de finale dont il attend encore plus, après les pertes sèches de ces derniers jours. « Je pense que nous pouvons battre n’importe quelle équipe. Mais tant que nous ne comprendrons pas que ce que nous faisons ne suffit pas… il faudra en mettre plus », martèle-t-il.

    Alors que son équipe avait su répondre à la claque infligée par Liverpool au Vélodrome en Ligue des champions, en infligeant à Lens une lourde défaite (3-1), à Paris, face à un promu qui se cherche encore à domicile, l’OM a échoué dans sa quête de rédemption. « Je suis énervé par la situation et les résultats », a maugréé l’entraîneur marseillais. Avant de confier que « par respect, je ne vous dis pas tout ce que je pense, car la salle de conférence de presse n’est pas le lieu pour ça, mais je parlerai à mes joueurs ou en réunion interne ».

    Consciente que les derniers résultats les ont échaudés, la direction du club va organiser une rencontre avec les représentants des groupes de supporters, ce lundi, à la Commanderie. Afin que ces derniers puissent exposer leurs craintes et attentes pour la suite de la saison.

    Calendrier

    OM – Rennes 03/02 21h10

    PSG – OM 08/02 20h45

    OM – Strasbourg 14/02 17h00

    Brest – OM 20/02 20h45

    OM – Lyon 27/02 20h45

    Qu’attendre du dernier jour du mercato ?

    Le second marché des transferts fermera ses portes ce lundi soir.

    L’OM s’est essentiellement activé à trouver des points de chute pour certains éléments qui n’entrent plus dans les plans de jeu de Roberto De Zerbi. Pol Lirola, Ruben Blanco, Neal Maupay et Ulisses Garcia sont donc partis. Angel Gomes va être prêté à Wolwerhampton, alors que Brighton se renseigne pour récupérer Matt O’Riley.

    Deux espoirs du club ont également quitté la galère phocéenne. Robinio Vaz, qui après un début de saison tonitruant était rentré dans le rang, et Darryl Bakola, ont été transférés à la Roma pour le premier, et Sassuolo pour le second. Dans les deux cas, l’OM a réalisé une belle opération financière. Mais leur départ est aussi un échec.

    Côté arrivées, c’est le secteur offensif qui a été privilégié pour l’instant. Avec l’achat de Quinten Timber et le prêt sec d’Ethan Nwaneri. L’OM s’active également du côté d’Angers pour finaliser la venue de Himad Abdelli. Les trois parties, après de longues discussions, ont trouvé un accord pour que l’international algérien rejoigne le groupe de Roberto De Zerbi. Tout devrait se décanter rapidement.

  • [Entretien] Tulay Hatimogullari : « Le peuple du Rojava résistera avec force »

    [Entretien] Tulay Hatimogullari : « Le peuple du Rojava résistera avec force »

    Alors que la région kurde du nord-est de la Syrie est plongée dans une offensive généralisée depuis janvier, Kobané se retrouve au cœur d’un siège implacable : coupée d’électricité, d’eau et d’internet. La ville kurde est encerclée par les forces syriennes tandis que les températures sont glaciales. Les attaques répétées de milices islamistes, dont certaines soutenues par la Turquie, se multiplient autour de Kobané et dans diverses zones kurdes. C’est dans ce contexte que Damas et les Kurdes ont annoncé, vendredi, un accord sur l’intégration progressive des forces et de l’administration de la zone autonome kurde au sein de l’État syrien, salué par Washington et Paris (notre édition de ce week-end). Cet accord « global », selon le terme utilisé par les deux camps, porte un coup aux espoirs d’autonomie des Kurdes, le nouveau pouvoir islamiste étant déterminé à imposer son autorité sur l’ensemble du territoire syrien.

    La Marseillaise : Les autorités turques ont interdit tout rassemblement jusqu’à samedi soir dans la province de Mardin, à la frontière avec la Syrie, où le DEM avait appelé à manifester. Quel était le mot d’ordre de cette mobilisation ?

    Tulay Hatimogullari : En tant que parti DEM, nous avons décidé de tenir notre réunion parlementaire hebdomadaire dans le district de Nusaybin (sud-est de la Turquie), dans la province de Mardin. Nusaybin est limitrophe de la ville de Qamishli (nord-est de la Syrie), dont elle est séparée uniquement par une clôture métallique. Notre rassemblement avait pour but d’attirer l’attention sur les attaques inhumaines perpétrées contre le Rojava. En effet, l’État a répondu à ces marches et manifestations démocratiques par des interdictions et des agressions contre les personnes à la frontière.

    Un jeune homme nommé Diyar Koc, accusé d’avoir retiré un drapeau à la frontière, a été victime de graves tortures. Il a ensuite été arrêté et se trouve actuellement en soins intensifs dans un hôpital d’Ankara. Je tiens à souligner que l’endroit où nous avons fait notre déclaration était loin de la frontière et que l’incident du drapeau ne s’est pas produit ici. Le gouvernement ne peut rien accomplir en recourant à la violence et en interdisant des actions et des événements, au lieu de comprendre les réactions de la population et de soutenir les efforts de paix. J’appelle à renoncer à ce type d’approche.

    Vous demandez l’ouverture de couloirs humanitaires vers Kobané où vous vous êtes récemment rendue. Quelles sont vos craintes ?

    T.H. : Kobané est soumise à un siège intense. La ville est prise en étau entre les zones contrôlées par le gouvernement intérimaire syrien et celles contrôlées par la Turquie. Les conditions météorologiques y sont actuellement extrêmement froides et défavorables. De plus, l’accès aux services de base tels que l’électricité, l’eau et Internet est impossible à Kobané. Le barrage de Tichrine, l’un des trois principaux barrages construits sur l’Euphrate, situé au sud du district de Manbij, fournissait de l’énergie à tous, sans distinction d’identité ou de croyance, lorsqu’il était sous le contrôle des forces kurdes. Depuis que le gouvernement intérimaire de Damas s’est emparé du barrage, Kobané est privée d’électricité et d’eau, alors qu’elle subit les conditions hivernales les plus rigoureuses de ces dernières années. D’après les informations dont nous disposons à ce jour, cinq enfants sont morts de froid. C’est une tragédie et une honte que le monde portera à jamais sur ses épaules.

    Lors de nos visites, nous avons clairement constaté que le Rojava était soumis à un siège brutal, intensifié par des mesures dépassant toutes les limites humanitaires. Mais le peuple du Rojava a été privé d’identité pendant des décennies. Il a combattu Daech, il a lutté contre Assad, il s’est dressé contre les organisations salafistes. Dès lors, nous avons compris qu’il résistera avec force à toute intensification des attaques.

    Quel rôle joue l’État turc dans les attaques menées par Damas au Rojava ?

    T.H. : Lors de notre visite dans le nord-est de la Syrie, le 21 janvier dernier, les responsables de l’Administration autonome ont clairement exposé la situation dans les termes suivants : ces attaques ne sont pas seulement perpétrées par les forces de Hayat Tahrir al-Sham (HTS), mais aussi par des groupes armés directement soutenus par la Turquie. Ces milices, telles que la division al-Hamza, Sultan Mourad et Abou Amsha, sont responsables de ces graves violations des droits humains et de ces massacres. L’Administration autonome a déclaré que la Turquie fournissait un soutien en matière de renseignement à la fois au gouvernement provisoire de Damas et à ces groupes armés. Le rôle de la Turquie était clair dès le départ. Le jour même où les attaques contre Alep ont commencé, le ministère turc de la Défense nationale a déclaré : « Si la Syrie demande de l’aide, nous lui fournirons le soutien nécessaire. » Le ministre turc des Affaires étrangères consacre plus de temps à la question syrienne que l’administration intérimaire de Damas. Une grande partie de ce temps est consacrée à réfléchir à la manière de réduire davantage les acquis des Kurdes.

    L’exemple le plus frappant de ce double standard : le ministre des Affaires étrangères Hakan Fidan déclare que le Hamas est « un mouvement de résistance qui ne peut déposer les armes sans que ses droits soient garantis ». Ce même ministre, qui reconnaît le droit légitime du Hamas à se défendre, fait exactement le contraire s’agissant des Kurdes. Lorsque ces derniers se défendent, ils sont qualifiés de terroristes et lorsqu’ils revendiquent leurs droits, ils sont considérés comme une menace. Ce double standard n’est pas seulement constaté par les Kurdes, mais par le monde entier. Il est si flagrant que nul ne peut l’ignorer.

    Le régime d’Ahmed Al Charaa a-t-il pour objectif de « dékurdifier » le territoire ?

    T.H. : Le régime qu’Ahmed Al Charaa tente d’instaurer est un mélange d’autoritarisme baasiste et djihadiste. Il ne reconnaît ni peuple, ni démocratie. Tout en se forgeant une légitimité extérieure grâce à un discours sécuritaire aligné sur les États-Unis, l’Union européenne, le Royaume-Uni, Israël, la Russie, la Chine, la Turquie et les pays du Golfe, et grâce à des opportunités financières, il instrumentalise cette légitimité intérieurement en menant des opérations militaires brutales contre les Kurdes, les Alévis, les Druzes etc.

    Il s’agit donc d’un plan visant à éliminer non seulement les Kurdes, mais tous les peuples. Le principal obstacle à ce régime est actuellement constitué par les Kurdes eux-mêmes. Il poursuit un objectif non seulement militaire, mais aussi sociopolitique contre eux. En créant l’illusion d’une « guerre ethnique » entre Kurdes et Arabes, il cherche à déstabiliser la région de l’intérieur et à anéantir l’entité politique kurde qui jouit d’une légitimité internationale.

    Dans une interview au média « The Amargi », vous dîtes craindre une guerre arabo-kurde. Qui aurait intérêt à cela ?

    T.H. : Le 4 janvier, alors qu’un accord était sur le point d’être conclu entre les FDS et le gouvernement intérimaire, les pourparlers ont été brusquement interrompues. Le 5 janvier, un accord a été conclu entre Israël et la Syrie à Paris. Le 6 janvier, des attaques ont été menées contre les quartiers kurdes d’Alep et des crimes contre l’humanité ont été commis. À première vue, il semble qu’une attaque ait été perpétrée avec l’approbation des puissances internationales, l’assentiment de la Turquie, la participation des forces du gouvernement provisoire, des composantes du HTS et des groupes salafistes. Toutefois, il est nécessaire d’apporter des réponses précises à certaines questions, telles que les raisons pour lesquelles les puissances internationales ont approuvé cette attaque et pourquoi Israël a apporté son soutien tacite au HTS dans ces attaques.

    Il y a un siècle, lorsque le nouvel ordre au Moyen-Orient a été établi, les Kurdes ont été exclus. Depuis cent ans, ils ont combattu les Arabes, les Perses et les Turcs dans leur région divisée en quatre. Aujourd’hui, on tente d’instaurer un nouvel ordre. Une fois de plus, on veut exclure les Kurdes. On souhaite que la guerre entre Arabes et Kurdes soit sans fin. On veut que la guerre entre Kurdes et Turcs s’intensifie. Lors de notre visite au Rojava, l’Administration autonome a déclaré s’être retirée des villes de Raqqa et Tabqa afin d’empêcher une guerre arabo-kurde. Opposer les peuples les uns aux autres est l’une des stratégies de domination des puissances impériales internationales et sous-impériales régionales. Les peuples et les administrations de la région doivent prendre conscience de ce scénario dangereux dans lequel le Moyen-Orient connaîtrait à nouveau des siècles de souffrances, de mort, de décomposition sociale et d’effondrement institutionnel.

    Le Parti des travailleurs kurdes (PKK) estime que ces attaques contre les Kurdes, en Syrie, pourraient avoir un impact sur le processus de paix en Turquie. Où en sont les discussions ?

    T.H. : Les attaques qui ont commencé à Alep ont eu un impact négatif sur le processus de paix en Turquie. Le peuple kurde est en proie à un profond sentiment de désillusion et à une crise de confiance. D’un côté, des négociations de paix sont en cours, mais de l’autre, les attaques contre le Rojava ont provoqué une vive réaction de la part des Kurdes. Je tiens à le dire très clairement : le processus se poursuit et doit se poursuivre. La paix et la résolution du conflit sont les besoins les plus urgents dans cette région. Il n’y a pas d’autre voie pour résoudre la question kurde. La guerre, la mort et la destruction n’ont jamais apporté, et n’apporteront jamais, de solution à personne.

    Cependant, deux mesures fondamentales sont nécessaires pour faire avancer le processus : premièrement, des mesures concrètes et rassurantes doivent être prises dès maintenant concernant le processus de paix mené en Turquie. Il incombe au gouvernement de surmonter cette profonde crise de confiance au sein du peuple kurde. Il doit démontrer sa foi en la paix, non seulement par des mots, mais aussi par des mesures concrètes. Deuxièmement, la politique de la Turquie à l’égard du nord-est de la Syrie doit changer. Il faut abandonner l’idée que le Rojava constitue une menace. Elle doit reconnaître les droits fondamentaux et le statut des Kurdes du nord-est de la Syrie, et renforcer le dialogue et les négociations avec l’Administration autonome. La paix est un tout indivisible. Mener des pourparlers de paix d’un côté et considérer les Kurdes comme une menace de l’autre nuit à la recherche de la paix. Nous continuons à croire en la paix et en une solution. Car il n’y a pas d’autre voie, pas d’autre avenir.

    À Marseille, des manifestations de soutien au Rojava ont dégénéré. Les organisateurs ont condamné les violences et accusé des « éléments infiltrés ». Les médias turcs n’ont pas tardé à qualifier les manifestants de « partisans de groupes terroristes ». Ces mobilisations sont-elles instrumentalisées ?

    T.H. : Des actions de soutien au Rojava ont eu lieu partout dans le monde. Ces actions sont tout à fait légitimes et visent à attirer l’attention sur une guerre et une crise humanitaire. Tenter d’étouffer un modèle de vie démocratique tel que celui de Rojava heurte la conscience humaine. Les personnes qui se font entendre à Marseille savent que le fléau de Daech est à nos portes. Sa résurgence est un problème majeur pour tout le monde. Des structures armées, financées par des pays, sont envoyées contre un peuple qui prône la paix. Face à cette politique hypocrite, les peuples répondent par une solidarité internationale.

    Pour empêcher cela, des provocations sont organisées, des provocateurs interviennent dans les actions. La solution n’est pas de faire taire les Kurdes en interdisant leurs actions. Cela ne ferait qu’alimenter l’hostilité envers les Kurdes. Des responsables et des médias proches du gouvernement turc prennent des mesures qui attisent ouvertement cette hostilité. C’est un jeu très dangereux. Tout le monde y perd.