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  • [Entretien] Naïma Senanedj, PCF : « Une grande solidarité se manifeste pour Cuba »

    [Entretien] Naïma Senanedj, PCF : « Une grande solidarité se manifeste pour Cuba »

    La Marseillaise : Quel est l’objet de votre visite à Cuba ?

    Naïma Senanedj : Notre délégation [composée de Naïma Senanedj et de Leila Moussavian membre du secteur International du PCF, ndlr] a participé à la 24e Rencontre des partis communistes et ouvriers où le but était de renouer les liens entre la quarantaine d’organisations politiques présentes. Nous avons réaffirmé notre solidarité avec Cuba mais aussi avec des pays tels que la Palestine, et échangé sur les façons dont, ensemble, on pouvait œuvrer à porter haut et fort des revendications comme la levée du blocus, qui, aujourd’hui, étrangle Cuba et son peuple. Nos discussions ont également tenu sur l’exigence d’un cessez-le-feu immédiat en Palestine et à la reconnaissance de l’État palestinien, à côté de l’État d’Israël. Nous voulons faire respecter la charte des Nations Unies et le droit international dans ces pays-là, qui ne sont pas du tout respectés par les États-Unis en premier lieu, qui imposent leur loi surtout en Amérique latine. Nous travaillons tous ensemble à ces points-là, mais aussi sur un rapport qui vise à la construction de la paix dans le monde.

    Avez-vous ressenti sur place les effets du durcissement des sanctions américaines sur l’île ?

    N.S. : Il y a une réalité, on ne peut pas la nier, c’est que la situation est de plus en plus compliquée. J’ai eu l’occasion de participer au 1er mai à Cuba en 2024. En deux ans, j’ai vu que la situation devenait de plus en plus difficile. Le prix de l’essence a augmenté, il y a des pénuries, les stations sont fermées, on sent ces difficultés-là. Quand on va dans un restaurant, de nombreux produits sont barrés de la carte, parce qu’ils proviennent de l’importation. La notion alimentaire est centrale, quand les containers sont bloqués, quand il n’y a plus d’essence qui rentre dans le pays, la situation devient difficile et pour produire localement et pour toutes les importations qui pourraient se faire. En me promenant, j’ai constaté que dans des quartiers que j’avais traversés il y a deux ans, des commerces ont fermé, de même que l’intégralité de rues, autrefois, commerçantes. Mais pour autant, je ne vois pas le désarroi dans le regard des Cubains. Ils savent d’où vient le problème.

    Comment les Cubains vivent les menaces proférées par l’administration Trump ?

    N.S. : Ça reste quand même une menace réelle, on l’a senti dans les discours. Il y a toujours la crainte de voir ce qui s’est passé au Venezuela avec la capture de Maduro, se dérouler ici. Mais tout le monde continue à vivre.

    Face à cette situation, comment s’organise la solidarité internationale ?

    N.S. : Dans les Bouches-du-Rhône, on a lancé une campagne de solidarité avec Cuba, dans le cadre de la campagne nationale pour faire partir des containers de médicaments et de produits médicaux. Pour ma part, j’ai déjà vidé un carton à la Fédération pour le mettre dans ma valise pour l’amener à Cuba. Les Belges aussi sont arrivés avec des valises de médicaments. La délégation chinoise a apporté des panneaux photovoltaïques. Personne n’est venu les mains vides. Tout le monde s’est rendu à Cuba en amenant du matériel nécessaire aux Cubains. Il y a une grande solidarité qui se manifeste.

    Comment ces échanges vous inspirent en tant que militante communiste ?

    N.S. : Ces rencontres se tiennent à l’occasion des 100 ans de la naissance de Fidel Castro. Nous avons plusieurs journées d’atelier et de travail pour échanger à la fois sur l’héritage et sur l’avenir. Nous sommes inspirés par l’évolution de Cuba avec ses réflexions montantes sur la souveraineté des peuples, la paix, l’internationalisme, la solidarité entre les nations, la justice sociale, la construction d’un monde plus juste. Mais aussi sur la santé, l’éducation, la jeunesse et le féminisme. Être à Cuba aujourd’hui, être à La Havane, ce n’est pas seulement regarder l’histoire, c’est aussi participer au développement du monde que nous voulons construire. C’est fort de sens. Nous apportons des témoignages de solidarité avec le peuple cubain. Et, eux, nous montrent leur résistance et leur résilience aux attaques qu’ils peuvent subir depuis plus de 60 ans. Durant ces six décennies, ils ont quand même réussi à faire évoluer un système de santé que beaucoup de monde envie, que ce soit dans la recherche ou dans l’application des soins. Pour tous les peuples rassemblés, ça va être une force de participer ensemble à des débats pour construire un monde meilleur dans chacun de nos pays respectifs.

    La situation à Cuba est proche de la crise humanitaire. Mercredi, dans un communiqué, des experts des droits humains des Nations Unies ont alerté sur « les conséquences humanitaires [qui] sont déjà en train de prendre les proportions d’une crise majeure », estimant que « le gouvernement des États-Unis doit mettre un terme à toutes ses menaces et actions hostiles envers la souveraineté de Cuba ». Face à cela, les peuples solidaires s’organisent pour aider l’île. C’est ce qu’ils ont démontré lors de la 24e Rencontre internationale des partis communistes et ouvriers (RIPCO) à La Havane, cette semaine.

  • La Feria de Béziers va s’embraser

    La Feria de Béziers va s’embraser

    Depuis 1968, elle est devenue un tel rituel qu’on en oublierait presque que la Feria de Béziers est, avec sa voisine nîmoise, l’événement qui réunit chaque année le plus de monde en Occitanie.

    Cette année encore, du 12 au 16 août, les Biterrois et les touristes, qu’ils soient aficionados, fêtards ou simples curieux, seront près d’un million à s’immerger cinq jours durant dans la cité Paul Riquet entre traditions, cérémonies et festivités.

    Raison d’être de la Feria, la tradition tauromachique sera au cœur de l’événement. À commencer par les spectacles dans les arènes, qui semblent toutefois souffrir d’une lente et continue érosion des aficionados. Quatre corridas sont prévues du 13 au 16 août chaque jour à 18h. Celle d’El Parralejo lance les hostilités jeudi 13 avec Alejandro Talavante, David de Miranda et le local de l’étape, Sébastien Castella. Le lendemain, place à la corrida de Garcia Jimenez avec Emilio de Justo, Juan Ortega, Andrés Roca Rey. Samedi 15 août, Diego Ventura, Léa Vicens seront les acteurs de la corrida de rejon de Fermin Bohorquez. Enfin, dimanche 16, Juan Leal, Carlos Olsina, Christian Parejo affronteront les taureaux de Robert Margé.

    À noter que 3 novilladas sont également au programme du 14 au 16 août à 11h. Les deux premières (de Roland Durand) sans picadors avec les élèves de l’école taurine de Béziers. La troisième (4 novillos de Robert Margé et 2 de Julio de la Puerta) mettra aux prises Olga Casado, Victor et Clovis.

    Défilés, concerts et sport

    Hors des arènes où se déroulent aussi des spectacles de voltige et d’art équestre en soirée ainsi que des toros piscine, la tradition taurine inonde toute la ville. Les abrivados, ces lâchers de taureaux encadrés par des gardians à cheval sur les allées Paul Riquet, animeront la Feria au rythme du passage des fanfares (bandas y peñas). Outre le patio des pitchouns à l’école Casimir Péret (village occitan), les familles pourront apprécier chaque soir à 22h30 et 23h place de la Madelaine le spectacle sons et lumières.

    Un soir à la Feria, c’est aussi faire un choix de bodega et donc de musique. Du côté de la scène pop/DJ du parvis du théâtre municipal, on retrouvera DJ Cassou, Morgan Rotondo et Mathieu Bost (12 août), le grand concert RTS Live (13 août), une soirée années quatre-vingt avec concert des peñas et bandas et paquito géant (14 août) puis le Show DJ’s avec Le Kid et Maéva Carter (15 août). Au village occitan, après les bals traditionnels de 20h, de grands concerts sont prévus à partir de 22h avec Giramundo (mercredi), Fucking Freedi (vendredi), Christian Almerge / TEST (samedi) et Goulamas’K (dimanche). Enfin, au bas des allées, au village de la 3e mi-temps, le trublion Ricoune fera deux apparitions (les 12 et 15 août à 23h) après le concert festif du groupe auvergnat Wazoo mercredi 21h) et du Tribute Florent Pagny par Marc Amsellem (samedi 21h).

    Comme chaque année depuis l’arrivée de Robert Ménard en 2014, la 59e Feria s’ouvrira sur une série de cérémonies religieuses en présence du maire d’extrême droite qui s’assoit sur le principe de laïcité. Après la procession de la vierge (12 août à 19h), la grande messe (19h30) ouvrira la Feria dans les arènes avant la grande parade nocturne en ville (20h45) avec des chars géants. À noter que deux événements sportifs se tiendront en amont de cette inauguration officielle. D’abord le match de rugby entre l’ASBH et le Racing Club Narbonnais (11 août, 19h30 au stade Raoul Barrière). Le lendemain dès 9h, les plus courageux s’élanceront depuis les allées pour la course des 10 km de la Feria.

  • [Entretien] Eclipse partielle : « C’est un phénomène relativement rare »

    [Entretien] Eclipse partielle : « C’est un phénomène relativement rare »

    La Marseillaise : Pourquoi cette éclipse est-elle considérée comme un événement exceptionnel ?

    Jean Marie Lopez : Il s’agit d’une éclipse totale dont la bande de totalité traversera une partie de l’Europe, en touchant notamment l’ouest de l’Islande, puis le nord de l’Espagne, avant de se prolonger vers les Baléares. En revanche, la France restera en dehors de cette zone de totalité. Nous observerons une éclipse partielle, avec une occultation du soleil pouvant dépasser 95% dans plusieurs régions. C’est un phénomène relativement rare, puisque la dernière éclipse totale observable depuis la France remonte à 1999.

    Que se passe-t-il dans le ciel au moment d’une éclipse solaire ?

    J.M.L. : Une éclipse solaire correspond au passage de la lune devant le soleil. Selon l’endroit où l’on se trouve, si l’on n’est pas dans la zone de totalité, une partie du disque solaire reste visible. En France, nous assisterons à une éclipse partielle. Le soleil sera progressivement « mangé » par la Lune, mais un arc lumineux restera toujours apparent.

    Même si l’éclipse ne sera que partielle en Occitanie,
    pourra-t-on tout de même profiter du spectacle
     ? Où conseillez-vous de l’observer ?

    J.M.L. : À Montpellier, environ 96% du soleil seront occultés, ce qui reste un spectacle remarquable. Il faudra toutefois être prêt assez tôt, car le phénomène se déroulera en fin de journée, au moment du coucher du soleil. Les observateurs devront se positionner dès 20h environ, avec une phase particulièrement intéressante entre 20h15 et 20h30. Les quelques pourcents de soleil encore visibles imposeront le port de lunettes homologuées ou de filtres solaires adaptés.

    Le soleil étant très bas sur l’horizon au moment du phénomène, il faudra privilégier un point d’observation avec un horizon parfaitement dégagé vers le nord-ouest. Le moindre obstacle : une colline, des arbres ou des bâtiments, pourra masquer l’éclipse. Des secteurs en hauteur, comme les environs de Murviel-lès-Montpellier ou encore le sommet du mont Aigoual dans les Cévennes, offriront d’excellentes conditions d’observation, à condition que la météo soit favorable.

    Une éclipse solaire attire toujours beaucoup de curieux, mais elle comporte aussi des risques. Quelles sont les précautions à prendre pour observer le soleil sans danger ?

    J.M.L. : Pour observer une éclipse solaire en toute sécurité, il faut impérativement utiliser des lunettes homologuées norme ISO 12312-2 ou des filtres spécialement conçus pour l’observation du soleil. Les lunettes de soleil, les verres fumés, les radiographies ou tout autre système de fortune sont à proscrire. Ils ne filtrent pas les infrarouges, qui peuvent brûler la rétine sans provoquer de douleur. Il ne faut jamais observer le soleil avec des jumelles, une longue-vue ou un télescope dépourvus de filtres adaptés. Les brûlures de la rétine sont irréversibles. En France, où l’éclipse sera seulement partielle, il est interdit de retirer sa protection à quelque moment que ce soit. Seule la zone de totalité permet d’observer le phénomène à l’œil nu, et uniquement pendant la phase où le soleil est entièrement occulté.

    Pourquoi, selon vous, faut-il vivre une éclipse totale au moins une fois dans sa vie ?

    J.M.L. : C’est toute la magie des éclipses de soleil. On observe un soleil noir avec des protubérances et surtout la couronne solaire qui s’étend sur des milliers de kilomètres comme une chevelure autour de notre étoile. Lorsqu’on n’a jamais assisté à un tel spectacle, on a du mal à imaginer à quel point il est grandiose.

    Propos recueillis par Amélia Siapo

    * Début de l’éclipse partielle à Montpellier : 19h31. Maximum de l’éclipse : 20h25. Coucher du Soleil : 20h53.

  • Certaines chèvres ne produisent plus de lait plusieurs mois avant la période

    Certaines chèvres ne produisent plus de lait plusieurs mois avant la période

    Ici, le dérèglement climatique se voit dans les prés vides et les stocks de foin qui fondent avant l’heure, transformant en profondeur le quotidien des exploitations agricoles. Depuis plusieurs semaines, la chaleur dessèche les pâturages, l’herbe se raréfie et perd en qualité nutritive.

    Au GAEC La Fontaine de Lacan, à Saint-Pargoire, Odile Boutieres constate chaque jour les conséquences des canicules à répétition. « Aujourd’hui, il n’y a plus rien à manger dehors. Nous sommes obligés de nourrir les chèvres à l’intérieur avec le foin que nous venons juste de récolter. Nous avons déjà commencé à utiliser les stocks de cette année alors que l’été n’est pas terminé. »

    La sécheresse s’ajoute à des températures qui ne redescendent plus suffisamment la nuit. Les épisodes de canicule, où le mercure reste proche des 25 °C, empêchent les animaux de récupérer. Avec ce stress thermique continu les animaux récupèrent de moins en moins. Certains meurent, d’autres produisent beaucoup moins de lait.

    Le quotidien d’une éleveuse à bout de souffle

    Face à ces épisodes de chaleur qui s’installent, le métier d’éleveur change lui aussi. Les journées s’organisent désormais autour de la surveillance des troupeaux, de l’approvisionnement en eau et de l’alimentation des animaux. « Habituellement, nos chèvres sortent tous les jours. Aujourd’hui, elles restent à l’intérieur parce qu’il n’y a plus rien dehors », raconte l’éleveuse. Une situation qui bouleverse toute l’organisation de l’exploitation. À cette vigilance permanente s’ajoutent des journées particulièrement longues. « Je suis à la traite dès sept heures du matin. Toute la matinée, avec mon fils, nous faisons les fromages. Le soir, je fais les marchés et je rentre vers minuit et demi. Cette année est très, très dure », résume-t-elle. Derrière cette phrase se cachent des semaines d’incertitude, de fatigue physique et d’inquiétude. « On vit au jour le jour », souffle-t-elle, avant d’ajouter : « On se sent seuls. » Comme l’explique Odile Boutieres, la baisse de la production se répercute directement sur la transformation fromagère et sur les ventes. « Nous produisons 50% de lait en moins avec les mêmes chèvres », explique-t-elle. Pour cette exploitation familiale, récemment agrandie avec l’installation du fils, le choc est brutal.

    Les investissements réalisés pour gagner en autonomie alimentaire deviennent aujourd’hui difficiles à rentabiliser, tandis que les remboursements d’emprunts continuent de courir. Le mois dernier, les deux associés n’ont perçu que 320 euros chacun. Pourtant, malgré les difficultés, il n’est pas question de renoncer. Comme beaucoup d’éleveurs, elle cherche désormais d’autres sources de revenus, en relançant notamment la ferme-auberge familiale ou en développant de nouvelles activités. « On cherche toutes les solutions possibles pour continuer », affirme-t-elle. Une phrase qui résume, à elle seule, le défi auquel sont confrontés de nombreux éleveurs.

    Face à la multiplication des épisodes de chaleur, les pouvoirs publics ont lancé le Plan Agriculture Méditerranée, destiné à accompagner l’adaptation des exploitations de l’arc méditerranéen. En Occitanie, 28 territoires ont été labellisés « aires agricoles de résilience climatique » en 2024 et 2025. Dix-huit projets ont également été retenus, représentant 23,7 millions d’euros d’investissements, dont 9,5 millions d’euros d’aides de l’État. Reste à savoir si ces dispositifs bénéficient directement aux petites exploitations comme celle d’Odile Boutieres.

    Amélia Siapo

  • [C’est l’été] Monuments marseillais en modèles réduits

    [C’est l’été] Monuments marseillais en modèles réduits

    Sitôt le seuil des Archives municipales de Marseille franchi, une maquette de la Villa Palestine, ce « pastiche architectural » de style néo-mauresque édifié au début du XXe siècle à l’Estaque, s’offre à la vue des visiteurs. Au sein de l’exposition actuellement accueillie par le bâtiment de la rue Clovis Hugues, à la Belle de Mai, c’est l’un des 29 modèles réduits (sur 90) du service Monuments et patrimoine historiques réalisé par le maquettiste Eric Majan, par ailleurs commissaire du parcours. « La protection au titre des monuments historiques sanctuarise et met en valeur les édifices publics ou privés concernés. La ville en compte aujourd’hui plus d’une centaine, dont une quarantaine entre 2020 et 2026. C’est cette politique volontariste que la présente exposition entend valoriser », souligne un cartel. La mise en lumière d’une ville marquée par des gestes d’architectes de tous ressorts parmi lesquels Henri-Jacques Espérandieu en 1864 avec la Bonne mère, ou encore Jean-Charles Danjoy avec le Château Pastré construit deux ans plus tôt à « l’âge d’or des bastides marseillaises ».

    Maquettes et aquarelles

    De la Cité radieuse du Corbusier, dont le chantier est rappelé par des clichés de 1952, à la maison de Pierre Puget construite en 1681, angle rue de Rome – Rue de la Palud, Marseille recèle de pépites architecturales plus ou moins scrupuleusement entretenues. Dans la salle de lecture, au 1er étage, l’atelier-maison construit en 1924 par Gaston Castel au 2, rue Croix de Régnier (4e), trône discrètement avec sa « proue de bateau » parmi d’autres édifices remarquables. Outre les maquettes, « 16 des 300 aquarelles de Catherine d’Ortoli », auteur de Marseille monuments (2019, Parenthèses), témoignent avec minutie de la diversité de styles à l’œuvre sur les bâtiments de la ville.

    Philippe Amsellem

    Le lundi de 13h à 17h et du mardi au vendredi de 9h à 17h

  • [C’est l’été] Avec l’Insee, la statistique de l’emploi au contact du terrain

    [C’est l’été] Avec l’Insee, la statistique de l’emploi au contact du terrain

    En ce jeudi soir de juillet, Christicna Giorgetti a enfin réussi à organiser l’un des derniers rendez-vous de la « grappe » qu’elle doit interroger. « C’est un couple de soignants, disponibles seulement à partir de 20h, ils pensaient que c’était trop tard pour moi… » témoigne-t-elle. Au total, l’enquêtrice de l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) devait rencontrer, en trois semaines, quelque 26 ménages tirés au sort parmi les habitants de Gémenos dans le cadre de l’enquête sur l’emploi, le chômage et l’inactivité. « La plus grosse enquête de l’Insee, la plus connue », sourit-elle.

    Depuis 1950 en effet, les enquêteurs de l’institut viennent interroger une série de ménages pour mesurer les évolutions de l’emploi et du chômage à l’échelle nationale. « C’est une enquête que nous essayons de garder relativement stable, même si nous nous adaptons aussi aux évolutions du marché du travail, explique Laura Castell, la cheffe de la division emploi au siège de l’Insee à Montrouge (Hauts-de-Seine). Depuis cinq ans, nous avons des questions sur le télétravail, qui était marginal avant. » Encadrés par les directions régionales, ce sont des enquêteurs contractuels – 40 en région Provence-Alpes-Côte d’Azur – qui vont à la rencontre des familles tirées au sort dans des secteurs géographiques déterminés.

    Face aux défiances

    de la société

    « La première chose que je fais, c’est de vérifier si les personnes habitent toujours au même endroit », raconte Christina Giorgetti. Après cette tournée de quelques heures, elle va alors les contacter par courrier puis téléphone et organiser un premier rendez-vous, en face-à-face. Un véritable parcours d’obstacles parfois, quand bien même ces enquêtes sont obligatoires. « La principale difficulté c’est l’accès, témoigne Marjorie Martin, cheffe de la division enquêtes ménages dans la région. Dans le 9e arrondissement de Marseille avec les résidences sécurisées, il faut plusieurs allers-retours pour pouvoir entrer… » Mais il faut aussi faire avec la défiance et des contextes sociaux parfois difficiles. « Nous avons deux enquêtrices dans les quartiers Nord qui connaissent très bien le secteur, elles ont leurs astuces pour éviter les situations de danger dans les endroits les plus sensibles, poursuit la responsable. Elles y vont le matin quand c’est plus calme s’il y a un point de deal, ne disent pas qu’elles sont enquêtrices mais qu’elles réalisent une étude, certaines ne montrent pas leur carte, parce qu’il y a la Marianne… » Au moindre risque, un droit de retrait leur est accordé. « En règle générale je suis bien accueillie, même si on m’a déjà dit que ce n’est pas normal que ce soit obligatoire, raconte de son côté Christina Giorgetti. Mais quand j’explique l’intérêt de l’enquête, ces personnes s’excusent ! » D’autant plus que cette défiance ne connaît pas de frontières. « Depuis de nombreuses années, les taux de réponse dans de nombreux pays européens ont beaucoup baissé, mais c’est moins le cas en France », précise Laura Castell.

    L’enquêtrice peut alors dérouler le questionnaire sur sa tablette, du niveau d’études au nombre d’heures travaillées ou aux différentes démarches pour chercher un emploi, selon les situations. Un échange d’un quart d’heure, pour chaque personne du foyer. Puis dans les coulisses, les premiers questionnaires sont relus avant le travail global de vérification face aux potentielles incohérences pointées par le logiciel et, au niveau national, l’anonymisation complète, le redressement statistique. Chaque trimestre, pendant 18 mois, les ménages sélectionnés seront réinterrogés pour savoir si leur situation a évolué, cette fois en ligne ou par téléphone. Au total, 90 000 personnes sont questionnées à chaque fois. « Cela nous donne des possibilités d’analyse très importantes, sourit Laura Castell. Nous publions les indicateurs phares du marché du travail une fois par trimestre et par an, mais aussi des données sur le travail, la formation… » Ainsi ce lundi le Premier ministre Sébastien Lecornu a-t-il dû assurer ne pas être « dans le déni », après la publication des derniers chiffres de l’Insee : le chômage a atteint son plus haut niveau depuis le Covid, alertait vendredi l’institut. Ces chiffres s’invitent aussi dans les politiques publiques : « Depuis la réforme sur le “plein-emploi“, le niveau des indemnisations des allocations-chômage dépend du taux que nous mesurons », explique Laura Castell.

  • [C’est l’été] Une formation gratuite au court-métrage pour les jeunes à Marseille

    [C’est l’été] Une formation gratuite au court-métrage pour les jeunes à Marseille

    « On fait de l’impro, chacun reste dans son personnage ! » Dans les locaux d’Action Bomaye dans le 15e arrondissement, les apprentis comédiens répètent leurs scènes sous les conseils de l’acteur marseillais Mourad Tahar Boussatha.

    Jusqu’à ce mardi, douze jeunes de 15 à 25 ans, issus des quartiers populaires, suivent gratuitement cette formation au court-métrage organisée par l’association Action Bomaye. Ils découvrent l’écriture, le jeu d’acteur, le tournage ou encore le maquillage d’effets spéciaux. Le but : réaliser deux courts-métrages autour de la transition écologique.

    « On leur fait découvrir des métiers pour lesquels on ne leur donne pas souvent leur chance », explique Mouna, responsable de la formation. Pour elle, travailler sur l’écologie permet aux jeunes de « prendre conscience que les quartiers prioritaires sont les premiers concernés par ces questions ».

    Sortir des clichés

    Pour les accompagner, Action Bomaye mise sur des professionnels aux parcours proches des leurs. « L’idée, c’est qu’ils puissent voir en eux des modèles », souligne Ismaël Cousin, fondateur de l’association. Parmi eux, Mourad Tahar Boussatha. « C’était logique de tendre la main à ces jeunes qui sont laissés pour compte par le système parce que j’étais comme eux », confie-t-il. Originaire du 3e arrondissement de Marseille, Marwa participe à la formation avec l’envie de gagner un milieu encore fermé. « C’est une vraie opportunité parce que je suis passionnée par le cinéma, mais je n’ai ni les moyens ni les contacts pour y entrer », témoigne-t-elle.

    Son groupe a imaginé un scénario de débat entre une militante écologiste et le dirigeant d’une entreprise polluante. « Le message, c’est que tout le monde peut agir pour l’environnement à son échelle », assure-t-elle.

    Les deux courts-métrages seront projetés fin août lors de la 5e édition du festival Happy End. Une façon, pour l’association, de faire naître de nouveaux récits. « Les jeunes des quartiers ont les mêmes rôles clichés au cinéma. Là, ils racontent leurs histoires à leur manière », conclut Ismaël Cousin.

  • [Entretien] Rémi Valois, hydrogéologue : « Dans 20 ou 30 ans, l’été qu’on connaît sera un été normal »

    [Entretien] Rémi Valois, hydrogéologue : « Dans 20 ou 30 ans, l’été qu’on connaît sera un été normal »

    La Marseillaise : Quel est aujourd’hui l’état de sécheresse en région Provence-Alpes-Côte d’Azur ?

    Rémi Valois : Après une année 2025 marquée par de bonnes précipitations, notamment à l’automne, il avait aussi bien plu en début d’année 2026. Mais depuis juin et juillet, on assiste à un déficit de pluie significatif, ce qui entraîne une sécheresse importante des sols sur toute la région. Ce qui va surtout les assécher, c’est la chaleur. Avec les canicules répétées, les plantes transpirent davantage d’eau et les sols évaporent plus eux aussi. On a donc une sécheresse prononcée. L’avantage, en Paca, c’est qu’on s’appuie sur de nombreux canaux d’irrigation, ce qui nous rend moins dépendants de la pluie que d’autres régions. On est un territoire qui s’adapte plutôt bien à la sécheresse, même s’il faut veiller à ce que ces baisses de précipitations ne se répètent pas trop.

    Le niveau de sécheresse de cette année est-il plus avancé que les années précédentes ?

    R.V. : L’été n’est pas terminé donc il est difficile de dire si cette sécheresse est plus importante que les autres années. En revanche, dans le contexte de changement climatique, c’est typiquement le genre d’épisodes qu’on risque d’avoir de plus en plus. Les prévisions des climatologues annoncent davantage de sécheresse et de chaleur pour les étés futurs. Dans 20 ou 30 ans, l’été qu’on connaît sera un été normal. Ce qui, pour l’instant, reste un épisode exceptionnel pourrait, dans plusieurs années, devenir la norme. Si on cumule plusieurs années de déficit de précipitations, avec peu de neige dans les Alpes et des étés extrêmement chauds, on cumule les risques pour les nappes phréatiques où les conséquences se mesurent à long terme. Si elles sont bien rechargées, elles peuvent mettre du temps à baisser. Mais, à l’inverse, une fois qu’elles ont beaucoup baissé, il faut beaucoup de temps et de précipitations pour les recharger.

    Quels sont les effets de cette sécheresse sur les différents usages de l’eau ?

    R.V. : Il y a différents usages : l’eau potable, le tourisme avec la surpopulation estivale, et l’agriculture, puisque la région Paca est très agricole. Il y a beaucoup de besoins différents donc il peut y avoir des conflits. L’exemple le plus parlant reste celui de la guerre de l’eau qu’on voit dans les Pyrénées-Orientales depuis plusieurs années. Pour l’instant, je n’ai pas connaissance de tels problèmes en région Paca. Mais ce sont des conflits qui peuvent arriver si on connaît des sécheresses prolongées, qui se répètent année après année, avec des nappes phréatiques qui commencent à s’affaiblir.

    Parmi les solutions pour pallier la sécheresse, les retenues collinaires ou les mégabassines sont-elles, selon vous, une réponse pertinente ?

    R.V. : Les retenues collinaires peuvent avoir un impact positif lorsqu’il pleut et qu’on veut retenir ces pluies en amont du système. Ces retenues peuvent permettre de recharger les systèmes souterrains. Pour les mégabassines, c’est différent. Elles stockent l’eau du printemps jusqu’à l’été et le problème, c’est qu’elles évaporent beaucoup. C’est comme une mer ou un lac : le soleil tape directement dessus et il y a beaucoup d’évaporation. Je pense donc que les mégabassines ne sont pas une solution adaptée à notre territoire.

    Quelles peuvent être les solutions adaptées pour mieux anticiper
    ces épisodes de sécheresse ?

    R.V. : À l’Inrae et à l’université d’Avignon, nous travaillons en amont en cherchant à mieux comprendre les écoulements souterrains et à mieux modéliser les nappes phréatiques pour anticiper les changements et leur impact sur les réserves en eau. L’enjeu est de mieux comprendre la ressource pour pouvoir, derrière, construire des solutions en concertation notamment avec les agriculteurs. Parmi les réponses adaptées, il faut d’abord miser sur le stockage de l’eau dans le souterrain, par exemple en rechargeant artificiellement les nappes phréatiques. L’objectif serait de pouvoir utiliser cette réserve et son inertie lorsque les cours d’eau sont à sec. Il faut aussi repenser les modèles et les pratiques agricoles pour les adapter au changement climatique : privilégier des cultures qui consomment moins d’eau, mettre en place du goutte-à-goutte. Il y a toutefois un paradoxe : lorsqu’on irrigue en surface, une partie de l’eau peut contribuer à recharger les nappes. Avec le goutte-à-goutte, on consomme beaucoup moins d’eau, mais on recharge moins les nappes. Il faut donc trouver le bon équilibre.

  • Didier, retraité et irréductible soutien des grévistes Haribo

    Didier, retraité et irréductible soutien des grévistes Haribo

    « Avec tous les ronds qu’ils prennent, ils peuvent cracher un peu de monnaie ». Jeudi dernier, sur le piquet de grève des salariés d’Haribo, Didier Michel harangue ses anciens collègues au mégaphone.

    S’il est retraité de l’usine d’Haribo à Marseille, Didier est connu comme le loup blanc par les actuels salariés et grévistes du site. Et pour cause : il est présent plus que régulièrement sur leur piquet de grève et a une histoire singulière avec l’usine marseillaise. Avec ses 42 ans d’ancienneté au compteur, Haribo est un peu sa deuxième maison. Il a d’ailleurs eu moult casquettes syndicales puisque délégué syndical de 1996 jusqu’à son départ en janvier 2024. Il a également été élu au comité d’entreprise (instance représentative du personnel devenue le comité social et économique, CSE), mais aussi au CHSCT, puis délégué du personnel ou encore représentant syndical… « J’ai occupé pas mal de postes au syndicat et les dernières années j’étais délégué syndical central pour l’ensemble d’Haribo France », relate-t-il.

    En clair, il a été à la pointe du combat pour les droits des travailleurs du bonbon pendant de nombreuses années. D’où sa présence régulière sur le piquet de grève de ceux qui ont repris le flambeau. « À mon époque, la direction faisait des propositions plus raisonnables et les gens étaient, de fait, moins enclins à partir au conflit », raconte Didier. Avant de développer l’analyse : « On sait que la société n’est pas en faillite : le chiffre d’affaires n’arrête pas de monter. J’ai connu Haribo à 100 millions de chiffre d’affaires par an. Puis c’est passé à 200, 300… Et maintenant 370 millions ! Et les bénéfices, ça monte aussi ».

    « Ils ont du mérite »

    Son expérience lui permet de rappeler à tous, qu’à une époque, le dialogue social était un peu moins complexe. Rappelons que, pour l’heure, la direction renvoie de potentielles négociations au 28 septembre prochain. Et ce, après déjà plusieurs semaines de grève. « Que la direction propose un montant bas au début, que les syndicats demandent haut, c’est normal c’est le jeu des négociations… Mais là, avec l’inflation qu’il y a, l’essence qui flambe… Si on ne te donne que 18 euros d’augmentation, faut comprendre que les gens n’ont pas envie d’être pris pour des débiles ! », tempête-t-il avec vigueur. Il porte un regard bienveillant sur la lutte de ses anciens collègues : « Ils ont du mérite d’être aussi motivés. Durer autant de temps, ce n’est pas simple ». Celui qui travaillait « à la réglisse » avant son départ à la retraite en janvier 2024 note que le mouvement actuel est « historique ». « En 83, j’avais connu un gros mouvement de grève, de plusieurs semaines. Depuis, ils ne duraient que quelques jours », explique-t-il. La réglisse est d’ailleurs une des productions majeures du site marseillais : « J’ai passé une partie de ma carrière à la réglisse souple, avant j’étais à la réglisse fourrée. La souple, c’est les bouts de torsades et les mètres à rouler. J’étais en bout de ligne de production, j’emballais et je conditionnais la réglisse, dans les boîtes et cartons ».

    Son arrivée à Haribo raconte d’ailleurs une autre réalité du monde du travail, celle des années 80 : « Je sortais de l’école, je cherchais du boulot un peu n’importe où… La boîte d’intérim m’a envoyé ici et je ne suis jamais reparti. Je suis arrivé au mois de février et en juillet j’étais embauché ». Un temps où la politique économique était assurément moins libérale : « À l’époque, il y avait beaucoup d’intérimaires, mais c’étaient les premiers mois de Mitterrand et il y avait eu une loi pour limiter les abus du recours à l’intérim… Alors tous les intérimaires de l’atelier où je travaillais ont été embauchés, c’était 60 embauches quand même ». Avant de résumer : « J’étais au bon endroit au bon moment ! »

  • Dans les Alpes-de-Haute-Provence, le cinéma itinérant en ruralité baisse le rideau

    Dans les Alpes-de-Haute-Provence, le cinéma itinérant en ruralité baisse le rideau

    Problèmes de gouvernance, baisse des subventions, crise post-Covid… Après 30 ans d’exercice, l’association Cinéma de Pays a décidé de mettre fin à son activité à la rentrée.

    Les premières craintes concernant la pérennité, l’avenir et la capacité à perdurer de la structure sont nées au sortir du Covid, explique Stéphane Paillet, président du Cinéma de Pays.

    Un déséquilibre financier

    « C’est compliqué parce qu’on est vraiment en milieu rural, avec des villages éloignés, en montagne, et on avait des jauges, des fréquentations qui étaient bien trop en deçà de ce qu’il fallait faire pour être à l’équilibre financier », explique le président. Le cinéma itinérant touche des subventions, mais « elles ne couvrent pas le déficit de fréquentations, l’inflation sur l’énergie, les tarifs qui ont explosé », déplore Stéphane Paillet.

    Le départ du nouveau directeur de la structure a par ailleurs « précipité » sa fin. L’association a eu beaucoup de mal à trouver un directeur sur le long terme, et en a changé régulièrement.

    « On ne peut plus se permettre de faire du cinéma comme on le faisait il y a trente ans. Il y avait un certain nombre de réformes à lancer au sein de la structure, et on n’a pas réussi à les mettre en œuvre », regrette le président.

    « Il y a eu une baisse de subventions, mais on était en train de dépasser ce problème financier. Par contre, le problème de gouvernance, il n’y avait pas moyen de le résoudre. S’il n’y a pas de volonté d’aller dans la même direction tous ensemble, cela ne fonctionne tout simplement pas. S’il n’y a pas un projet commun partagé, c’est très compliqué. Il se trouve que ce projet, on n’a pas réussi à le mettre en musique », déplore Stéphane Paillet.