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  • Le comité de vigilance de Martigues inquiet de l’avenir du service postal

    Le comité de vigilance de Martigues inquiet de l’avenir du service postal

    Les rideaux métalliques du bureau de poste de Ferrières sont baissés vendredi 21 août. L’antenne n’accueille aucun usager depuis le début du mois, en raison de la pause estivale. C’est ce qu’explique l’affiche placardée sur la porte, qui indique néanmoins que l’espace pro reste ouvert de 8h30 à 17h en semaine, ainsi que le samedi de 8h30 à midi.

    En juin, le porte-parole du comité de vigilance postale de Martigues Francis Fournier s’agaçait : « Encore une fois, ce sont les zones populaires qui vont subir la dégradation du service postal ». Le bureau de poste de Ferrières dessert 10 000 usagers, pour la plupart issus de quartiers prioritaires de la ville : Notre-Dame des Marins, Canto-Perdrix ou Paradis Saint-Roch…

    Pour l’ancien postier, cette fermeture, bien que temporaire (l’antenne est rouverte ce lundi), est un échec. « C’est un mauvais signal », déplore-t-il. Si l’an dernier le collectif avait réussi a obtenir le maintien de l’antenne, menacée en raison d’une « baisse de fréquentation de 48% depuis 2019 », cette fois la mobilisation a eu plus de mal à prendre du côté des habitants.

    Du changement

    en septembre ?

    En interne aussi, le combat est compliqué. « À partir du moment où tu n’embauches plus des fonctionnaires, plus de CDI, que des CDD et des saisonniers, tu peux pas avoir des travailleurs et des travailleuses impliqués, dénonce Francis Fournier. Et puis la direction ne donne aucune informations aux organisations syndicales… »

    « La Poste va continuer à fermer », prévient le porte-parole du comité de vigilance postale. « Il y a quand même épisodiquement des fermetures sur Croix-Sainte, Jonquières a fermé tout l’été de midi à 14h, la Couronne n’est pas accessible le lundi… Dans le reste de la Côte Bleue, les bureaux de Carry-le-Rouet et de Sausset-les-Pins sont fermés un samedi sur deux, les autres ferment en tournant, la direction déplace le personnel parce qu’elle n’embauche plus et que les arrêts maladies pleuvent. Il y a une pénurie pas possible, le service publique se délite de l’intérieur ».

    Selon les informations du collectif, à partir de septembre, le bureau de Saint-Mitre-les-Remparts fermerait les après-midi, et celui de Croix-Sainte les mercredis. Contactée, La Poste n’a pas répondu à cette question.

    Une bonne nouvelle néanmoins : « Paul Sabatino, maire communiste du Rove siège désormais à la Commission départementale de présence postale territoriale, révèle Francis Fournier. On va travailler avec lui, je sais qu’il va monter au créneau ».

  • Alerte au risque industriel sur le site Fibre Excellence

    Alerte au risque industriel sur le site Fibre Excellence

    « On relève de la mise en danger ! Si des produits chimiques se déversent dans le Rhône, ça va être une catastrophe environnementale. » Les mots de Jean-Michel Bulinge, délégué syndical CGT de l’usine de pâte à papier tarasconnaise Fibre Excellence sont forts mais l’inquiétude est bien réelle. Si le site a été liquidé judiciairement à la fin juillet, les installations classées Seveso trônent toujours au-dessus du Rhône et ce sont les salariés qui assurent surveillance et sécurité de leur ex-outil de travail. Mais plus pour longtemps : « Une société spécialisée dans le traitement des déchets industriels doit arriver sur le site ce mercredi et les salariés doivent définitivement le quitter, vendredi ». Sur le papier, la nouvelle pourrait paraître rassurante, mais c’est tout le contraire pour ceux qui officiaient sur le site. « En trois jours, comment va-t-elle faire pour maintenir l’état des installations, garantir la sécurité du site et éviter des fuites de produits chimiques ? », questionne le délégué syndical. Il prend un exemple concret de danger potentiel : « On a une station de puisage d’eau dans le Rhône, notre station d’épuration en recrache dans le Rhône après traitement… S’il n’y a pas une surveillance de tous les instants, il y a un risque que des produits chimiques passent ». Avec des effets qui pourraient être dévastateurs sur la faune et la flore environnante.

    6 000 m3 de produits chimiques sur l’usine

    L’alerte est telle qu’elle est reprise par la CGT à un niveau confédéral. La centrale syndicale de Montreuil tire aussi « la sonnette d’alarme » dans une communication pour le moins inquiétante : « Gérer des déchets ne signifie pas savoir conduire et sécuriser une papeterie de plusieurs dizaines d’hectares ». Avant de développer : « Protection incendie, installations électriques, équipements contenant de l’amiante, milliers de mètres cubes de produits chimiques : la sécurité industrielle ne s’improvise pas et ne peut pas être transférée en quarante-huit heures ! ».

    Sur le terrain, Jean-Michel Bulinge confirme : « Il y a des postes de conduite qui nécessitent un an d’expérience pour savoir exercer correctement. Mais là, à moins d’une semaine du départ du site, rien n’est calé ni calculé ! ». Le syndicaliste s’appuie aussi sur la manière dont la transition post-liquidation s’est réalisée comme source d’inquiétude pour l’avenir : « Lors de la liquidation, on nous assurait que les salariés quitteraient le site le jour même, mais finalement ils nous ont demandé de prendre les postes de travail pour assurer la sécurité des installations ! ». Concrètement, il n’y aurait aucun contact entre le syndicat, pourtant cheville ouvrière de la sécurité sur le site, et ladite société de gestion de déchets. « Il n’y en a pas non plus avec la direction », assure Jean-Michel Bulinge.

    Une situation lunaire lorsqu’on sait que 6 000m3 de produits chimiques divers et variés sont toujours sur l’usine, de même que la bagatelle de 17 000 tonnes de bois. « Si demain les salariés n’assurent pas le pompage de l’eau, il n’y aura tout simplement plus d’eau sur site. Avec tout ce que ça implique pour une intervention des pompiers par exemple », prend pour autre exemple le syndicaliste. D’où l’appel de la CGT à une réaction des pouvoirs publics : « Le mandataire judiciaire et la Préfecture doivent prendre conscience de la situation ».

    Et surtout à ce qu’un chemin pour donner un avenir industriel à l’usine soit trouvé alors que les offres de reprise pour son usine sœur de Saint-Gaudens, rescapée de la liquidation, doivent être déposées devant le tribunal de commerce de Toulouse, ce lundi.

  • Les APL dans le viseur du gouvernement

    Les APL dans le viseur du gouvernement

    Un rapport rendu public, une polémique qui enfle et un démenti. En arrière-plan, un budget en préparation, plus austéritaire que jamais, et une campagne pour l’élection suprême.

    Afin de préparer son ultime projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), la macronie est prête à tout pour des économies. Loin de s’attaquer aux plus riches, elle vise, comme à l’accoutumée, les plus précaires. Ici, les étudiants. Commandé par le Premier ministre, l’Inspection générale des finances (IGF) et l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) remettent, en juin dernier, un rapport nommé « revue de dépenses relative à l’efficacité des politiques familiales » qui prévoit 2,5 milliards d’euros d’économies à court terme et 4,5 milliards à long terme. Les préconisations visent ainsi plusieurs mesures d’aide aux familles, parmi lesquelles l’aide personnalisée au logement (APL).

    Les deux grands corps de l’État proposent, dès lors, d’« améliorer le caractère redistributif des APL versées aux étudiants rattachés au foyer fiscal de leurs parents, en prenant en compte les ressources parentales ». Ce qui signifie intégrer les revenus des parents dans le calcul de l’allocation. « Près de 40% des étudiants bénéficiaires de cette aide sont associés à des revenus familiaux des deux déciles les plus élevés », justifie le texte rendu public le 14 août, qui chiffre les économies réalisées à 550 millions d’euros.

    Ce nouveau mode de calcul conduirait à la suppression directe de l’APL pour 200 000 étudiants et la baisse de l’allocation pour 150 000 étudiants supplémentaires. Rapidement, les syndicats concernés ont tiré la sonnette d’alarme. « En intégrant les revenus parentaux dans le calcul de l’aide, le gouvernement ferait donc le choix de considérer que les parents doivent financer les études et le logement de leurs enfants, y compris lorsque ceux-ci ne disposent pas concrètement de cette aide familiale. Nous refusons cette conception de l’autonomie étudiante », tempête Solidaires étudiants, qui appelle à la mobilisation le 15 septembre prochain. De même que l’Union étudiante, qui interpelle les députés « une attaque sans précédent se prépare », alerte le syndicat.

    Pour la CGT, « cette mesure est particulièrement injuste au regard de la précarisation croissante des étudiants, qui constituent l’une des catégories de population les plus fragilisées économiquement. Elle revient à faire peser sur les familles une charge supplémentaire, sans tenir compte de la réalité des situations familiales », dénonce la centrale syndicale de Montreuil dans un communiqué.

    Face à la bronca populaire, le Premier ministre s’empresse de démentir : « Suppression des APL pour les étudiants, gel du RSA ou du minimum vieillesse, remise en cause du crédit d’impôt pour les services à la personne, hausse de l’impôt sur le revenu… Tout cela est faux ! Le budget pour 2027 est encore en préparation ; les véritables décisions seront annoncées lorsqu’elles auront été prises, en transparence. Critiquer les décisions du Gouvernement est légitime. En inventer pour inquiéter les Français ne l’est pas », écrit Sébastien Lecornu dans un post sur X.

    Puis, dans la foulée, c’est la ministre de la Santé qui, dans un entretien au Figaro, annonce que le gouvernement a finalement renoncé à doubler les plafonds des franchises médicales. Mais pas à les augmenter…

    Dès lors, faut-il croire l’exécutif ? Depuis son arrivée au pouvoir, Emmanuel Macron et ses gouvernements successifs se sont attelés à réduire les APL de 5 euros, à réformer le mode de calcul, ne prenant en compte que les 12 derniers mois de revenus, et à exclure depuis le 1er juillet, les étudiants extra-européens non boursiers. Ils sont plus de 100 000 impactés qui se voient amputés de 150 à 250 euros par mois.

    La paupérisation des étudiants est loin d’émouvoir les néolibéraux. « La précarité n’est pas un accident de la politique gouvernementale, elle en est devenue le résultat assumé », s’insurge l’Unef dans une étude publiée le 17 août qui fait le « bilan des dix ans au pouvoir d’Emmanuel Macron ». Le constat est sans appel, le coût de la vie étudiante a augmenté de 1,66% sur un an, et de plus de 35% depuis l’élection d’Emmanuel Macron en 2017, selon l’enquête annuelle du syndicat étudiant.

    EN CHIFFRES

    4,2

    En milliards d’euros, c’est le montant global des coupes budgétaires à long terme que préconise le rapport de l’IGF et de l’Igas en s’attaquant aux politiques familiales de l’État.

    200 000

    C’est le nombre d’étudiants qui pourraient être impactés par le nouveau mode de calcul des APL qui entraînerait, pour 200 000 jeunes, la suppression pure et dure de cette allocation.

  • Une première fête du Modef réussie

    Une première fête du Modef réussie

    Je suis très contente de cette première édition. Les gens ont répondu présent », lâche joyeusement Lucie Illy, arboricultrice bio dans les Hautes-Alpes et vice-présidente du Modef (Mouvement de défense des exploitants familiaux). Installée sur 17 hectares, elle a su reprendre et réduire l’exploitation familiale pour la convertir au bio et à la biodynamie, « plus conforme à mon éthique » et diversifier un maximum sa distribution. « Je vends à la ferme directement, je livre dans les cantines scolaires en purée de fruits issue de mes pommes déclassées, je travaille avec des associations de consommateurs et enfin depuis 2 ans je fais un petit marché bio sur Grenoble », détaille l’exploitante.

    Point d’orgue de la journée, le débat intitulé « Face à la disparition de notre agriculture, que mangerons-nous demain ? » s’est révélé fédérateur et instructif pour tous. « La question du modèle agricole est essentielle. La société doit dire quel modèle, elle veut. Et l’État donner des moyens, avec une augmentation du pouvoir d’achat. Le nombre d’exploitation familiale ne cesse de décroître », explique Christian Reynaud, président du Modef 05 et co-animateur du débat. Et de conclure : « La malbouffe est quelque chose de subi, il faut éduquer les gens ».

  • [Entretien] « Pour la biodiversité, osons des scénarios ouvrant le champ des possibles »

    [Entretien] « Pour la biodiversité, osons des scénarios ouvrant le champ des possibles »

    La Marseillaise : Vous montrez que les mesures de conservation existantes en Europe ne seront pas suffisantes pour stopper la perte de biodiversité d’ici 2050. Comment y remédier ?

    Stanislas Rigal : Il faut changer de point de départ. Les scénarios que nous avons se contentent de traduire les mesures de conservation prises à l’échelle de l’Europe. Ils n’ont pas pour objectif premier d’inverser la tendance à la baisse de la biodiversité. Or, il faut partir de là et voir quelles mesures il faudrait prendre. C’est une approche différente qui impliquerait probablement d’accepter de revenir sur certains dogmes.

    Par exemple ?

    S.R. : Les scénarios existants font le choix de ne pas revenir sur l’augmentation de la demande pour certains biens et services, et donc l’augmentation de la production agricole ou de biomasse (pour le bois). Or, nous sommes dans un espace contraint. Donc tout ne pourra pas augmenter indéfiniment. Il faudra probablement jouer là-dessus : accepter que la demande puisse se stabiliser – voire baisser. Cela nécessite de repenser l’ensemble du fonctionnement de la société.

    Pas facile quand on sait que les mesures actuelles

    – pas assez ambitieuses selon votre étude – sont parfois difficilement acceptées…

    S.R. : C’est certain. Savoir si l’application de ces nouveaux objectifs est réaliste politiquement est un autre problème. Mais il faut oser et proposer des visions différentes pour le futur, même si elles sont jugées irréalistes aujourd’hui. Cela ouvre le champ des possibles et rend le débat public plus intéressant.

  • [Féria de Béziers] Le discours trumpiste de Robert Ménard indigne à gauche

    [Féria de Béziers] Le discours trumpiste de Robert Ménard indigne à gauche

    Ce soir, nous avons tout ! Une messe dans les arènes, un défilé de chars avec la Vierge Marie, notre saint patron, saint Aphrodise, et le comte de Trencavel qui nous a défendus jadis face au roi et au Pape. Nous avons même eu une éclipse solaire ! Un signe du Ciel. Et de quoi donner le tournis aux jobards de la laïcité. Nous prierons pour eux (…). Oui, ici, dans nos rues, Marie, la Vierge, la Sainte Vierge continuera d’être portée en procession (…). Ici, on marie les gens qui sont en situation régulière et les OQTF, on les renvoie chez eux. Oui, ici, nous continuerons à aimer les femmes, le corps et le regard des femmes, à notre façon, et tant pis aussi pour les féministes à deux balles. »

    Nous ne sommes pas sur FoxNews en direct d’un meeting de Donald Trump mais bien à la Feria de Béziers. Le 12 août, c’est le maire d’extrême droite Robert Ménard* qui a prononcé ces mots lors du pregón devant une foule réceptive. Face à l’indignation suscitée depuis et au cas où le message ne serait pas clair,
    R. Ménard a remis une pièce dans la machine réactionnaire en placardant plusieurs affiches dans la cité de Paul Riquet. Au-dessus d’une photo du maire de dos à la tribune face à la foule – telle une caution politique – venue festoyer, on peut lire tantôt : « On aime la messe, on aime les femmes, on aime les toros, on aime les flics. Et vous ? » Tantôt : « Ici, nous avons des traditions ! Et tant pis pour les bureaucrates parisiens. »

    Passons sur le coût de cette nouvelle provocation de bas étage doublée d’une publicité personnelle dans un contexte festif peu propice à la rébellion populaire. Ce qui choque, c’est l’impunité avec laquelle le maire de la seconde ville de l’Hérault peut se livrer à une telle saillie aux relents rances si éloignée des valeurs républicaines : liberté, égalité, fraternité. Si le RN avait organisé un Bingo à la Feria, nul doute que R. Ménard, qui recevra le Canon français en septembre, aurait coché la plupart des cases. En quelques mots, tout est dit ou suggéré : prosélytisme chrétien assumé, complotisme scientifique, rejet des étrangers au mépris de la loi, masculinisme pour ne pas dire misogynie.

    « 200 ans de lutte pour la République, la raison et la science noyés dans un tonneau de sangria ; et ceux qui ne sont pas d’accord avec les beauferies de l’élite, c’est qu’ils sont tristes et n’aiment pas la fête… », a aussitôt commenté la Libre Pensée de l’Hérault. Dans la foulée, plusieurs associations et partis de gauche biterrois (LP, LDH, AFPS, LFI, Génération.S, POI…) ont publié un communiqué commun d’indignation contre ces « propos inacceptables, orduriers, vulgaires et glauques », accusés de renvoyer au « régime de Vichy » durant lequel l’Église avait été réhabilitée en dépit de la loi de séparation de 1905.

    Le PCF combatif

    De son côté, le PCF biterrois condamne des « propos graves » qui ne relèvent « ni de l’humour ni d’une simple provocation festive ». Mais qui sont une attaque minutieuse orchestrée contre la laïcité ou les femmes qu’on pourrait regarder « à sa façon ». « La laïcité n’est pas une vieille lubie. Le féminisme n’est pas une insulte. Les droits des femmes ne sont pas négociables. Et l’extrême droite, même lorsqu’elle se cache derrière les traditions, la fête ou l’identité locale, doit être combattue. À Béziers comme ailleurs, nous refusons que l’on réécrive notre Histoire en glorifiant ce qui doit rester dans le passé : la domination, le patriarcat, la remise en cause des libertés et le mépris de celles et ceux qui les défendent ».

    Le PCF appelle à un vrai débat public sur ces sujets et demande au maire s’il assume ses propos, ce qui ne fait guère de doute. C’est moins le cas de la préfète de l’Hérault. Présente à la messe d’ouverture de la Feria, Chantal Mauchet estime que sa venue ne contrevient en rien au principe de laïcité mais se garde de tout commentaire sur les propos de Robert Ménard. Nous y reviendrons en détail…

    Les ficelles de R. Ménard sont grosses mais semblent fonctionner. À l’instar de la droite qui invoque souvent un prétendu « bon sens » pour justifier des régressions sociales, l’extrême droite joue sur la corde populiste en flattant les instincts les plus bas. Un moment de concorde – la fête – est instrumentalisé à des fins idéologiques. En bon communicant,
    Robert Ménard y ajoute un ressort que Georges Frêche savait lui aussi utiliser : l’opposition entre les élites bureaucratiques parisiennes et les gens du Midi, dont les traditions et l’art de vivre seraient menacés. Flatter les ego et stimuler le sentiment d’appartenance pour défendre des « valeurs » qui vont à l’encontre de la tolérance et du vivre ensemble. Sacrée pirouette.

  • [Tribune] Astérix au pays des discours identitaires

    [Tribune] Astérix au pays des discours identitaires

    Quels mots employer pour qualifier le discours d’ouverture de la Feria prononcé par Robert Ménard, le maire de Béziers : rétrograde ? Réactionnaire ? Masculiniste ? Prosélyte ? Grossier ? Xénophobe ? Beauf ? Ridicule ? Terrifiant serait sans doute plus approprié. On n’en finit pas en effet de s’étouffer en relisant cette entrée en matière de celui qui affiche une seule ambition : affirmer son pouvoir en flattant les obsessions de certains Français qu’il dit de souche.

    Ceci avec un ton de village gaulois assiégé. Assiégé par qui ? Ceux qui dénoncent le canon français et ses banquets aux relents racistes ? Sans doute, mais pas seulement. « On continuera à faire la fête », pourfend-il en Astérix méditerranéen. Comme si la Feria de Béziers était en quoi que ce soit menacée, comme s’il en était le gardien alors qu’elle a été créée par un socialiste, Jules Faigt, il y a 58 ans. Ses ennemis : ceux dont la vie est « grisâtre, réglementée ». Pour le coup, les réglementations ou plutôt les lois, il n’en a que faire. « la Vierge, la Sainte Vierge, continuera d’être portée en procession » psalmodie-t-il. « Ici je marie les gens qui sont en situation régulière et les OQTF on les renvoie chez eux », avance celui qui n’a aucun pouvoir en matière, si ce n’est celui de provoquer la Justice.

    Et pourquoi se gênerait-il, puisque préfète et sous-préfet ont assisté à la messe d’ouverture de la Feria aux côtés d’élus portant leur écharpe tricolore. La loi de 1905 fait évidemment partie des lois et des citoyens qu’il cible quand, élégamment, Robert Ménard assène : « Et tant pis si ça les emmerde », galvanisant ainsi la foule prête à partir au combat et les « jobards » de défenseurs de la laïcité. Comme il le fait depuis des années sur les chaînes Bolloré, Ménard lance ses flèches sans crainte d’être contredit contre les « sinistres animalistes », qui osent ne pas vouloir qu’on tue les toros, contre « les féministes à deux balles », particulièrement celles qui ont lancé MeToo : « On aime le corps des femmes, le regard des femmes, à notre façon… » Les dithyrambes publiées par « Boulevard Voltaire », feuille de chou proche de la droite identitaire créée notamment par les époux Ménard en 2012, en disent long sur l’idéologie déployée dans ce discours. « Devant une foule de festayres heureux d’être là, le maire de Béziers a tout assumé, tout revendiqué, tout mis sur la table. Les meilleurs moments de son discours, relayés par le Midi Libre – qui n’est pourtant pas un journal d’extrême droite – sont délicieux. » Et le plumitif de conclure : « Des édiles comme lui, dans le Sud, il y en a de plus en plus. Et il en faut de plus en plus. L’élection de 2027 portera aussi sur le mode de vie que nous voulons et les libertés que nous sommes prêts à défendre. » Ses idées rétrogrades, Robert Ménard en est tellement fier qu’elles s’affichent sur les murs de la ville, aux frais des contribuables. La palme revenant à celle-ci : « On aime la messe, on aime les femmes, on aime les toros, on aime les flics et vous ? » Fermez le ban ! Ménard a eu beau s’en défendre et donner des gages ici ou là à la droite, il est et reste un homme d’extrême droite qui se cache derrière un discours identitaire malheureusement pas toujours décelé par ceux qui l’entendent.

  • [Cinéma] Montpellier, temple de l’Odyssée de Nolan

    [Cinéma] Montpellier, temple de l’Odyssée de Nolan

    Si vous habitez à Montpellier ou dans les environs, ce serait dommage de passer à côté de cette expérience unique de cinéma. Depuis le 15 juillet, le Pathé Multiplexe Odysseum est l’unique cinéma de l’Hexagone à diffuser L’Odyssée, le dernier film de Christopher Nolan, dans son format d’origine : l’Imax 70 mm.

    Une exclusivité possible grâce à la présence d’un écran Imax gigantesque (22,39 mètres de large sur 16,76 mètres de haut, soit 432 m2) mais surtout grâce à l’acquisition d’un des rares projecteurs qui permet de diffuser le film avec sa bobine argentique de 110 à 140 kg et de 6 km à 18 km de long !
    Pour ce faire, le Multiplexe a même dû former 7 techniciens à cette technologie vintage que le numérique a remplacée.

    Pour le plaisir des cinéphiles, il en résulte une sensation de gigantisme sur les scènes d’extérieur notamment (pas de bandes noires qui coupent l’image), une résolution d’image inégalable (18k !), un grain si particulier à l’écran et un son assourdissant (un peu trop d’ailleurs). Un spectacle total puisque L’Odyssée est le premier film de l’histoire du 7e art dont toutes les scènes ont été tournées à l’aide de caméras Imax.

    Supplément de 12 euros

    Deux bémols toutefois à signaler. D’abord cette spécificité vous coûtera un billet en plus : un supplément non négligeable de 12 euros est facturé, y compris pour les abonnés au pass’ illimité. Ensuite mieux vaut programmer sa séance bien en amont. Le succès est tel que la salle Imax est prise d’assaut, des curieux débarquant à Montpellier des quatre coins du pays et même de l’étranger, l’autre salle la plus proche étant située à Londres. Certaines séances* en Imax 70 mm sont donc complètes plusieurs jours ou semaines en avance et il est essentiel de dégoter un fauteuil bien centré et en hauteur pour profiter au mieux du spectacle.

    Fresque colossale de près de trois heures, le film adapte le poème antique d’Homère. Porté par Matt Damon dans le rôle d’Ulysse, entouré de Tom Holland (Télémaque) et Anne Hathaway (Pénélope), le récit retrace son périlleux retour vers Ithaque après la guerre de Troie. Des face-à-face dantesques avec le Cyclope Polyphème aux chants envoûtants des Sirènes, Nolan livre un voyage introspectif et sensoriel. L’œuvre explore des thèmes profonds comme le nostos (le voyage de retour), la xenia (l’hospitalité sacrée), la culpabilité d’un soldat brisé par la guerre, ainsi que la place centrale et résiliente des femmes dans son destin.

    Après Inception (2010), Interstellar (2014) ou Oppenheimer (2023), le réalisateur britannique s’impose définitivement comme le gardien de l’expérience collective en salle.

    * Séances supplémentaires dispos du 23 au 29 septembre.

  • [Entretien] « On avance mais il manquait de la main-d’œuvre saisonnière dans l’Hérault cet été »

    [Entretien] « On avance mais il manquait de la main-d’œuvre saisonnière dans l’Hérault cet été »

    La Marseillaise : Qu’éprouvez-vous au moment de succéder à Jacques Mestre ?

    Yves Soria : Je ne pourrai pas le remplacer. C’était un personnage avec un tel charisme qui a présidé l’Umih durant 43 ans. Jacques Mestre m’a appris ce que je sais. On va continuer à travailler dans le bon sens, en discutant avec les autorités, pour améliorer les conditions de la profession.

    Quels seront vos principaux combats ?

    Y.S. : On va continuer notre travail sur les saisonniers pour leur trouver des points d’accueil à des prix raisonnables. On a travaillé avec le Crous pour la mise à disposition d’appartements pas trop chers. On est en discussion avec la mairie de Pérols. J’ai rendez-vous avec l’Agglo de l’Étang de l’Or (Mauguio). On leur demande s’ils ont des bâtiments disponibles pour loger les saisonniers. Logement et transports sont les deux problèmes des saisonniers. Avec la Grande Motte, Mauguio et Palavas, on a investi 5 000 euros pour avoir une navette jusqu’au tramway de Pérols jusqu’à 2h du matin pour juillet-août. On avance, mais il manquait de la main-d’œuvre saisonnière cet été.

    Comptez-vous vous attaquer à la concurrence déloyale des locations type AirBnB ?

    Y.S. : Nous sommes contre bien sûr mais il existe déjà une réglementation en vigueur qui limite le nombre de nuitées (plafond de 120 jours que les Villes peuvent baisser à 90 jours). Le sujet c’est qu’elle soit respectée. L’Umih vient d’ailleurs de recevoir une décision favorable de la Cour d’appel de Paris [qui reconnaît AirBnB comme un éditeur et non un hébergeur, ce qui rend la plateforme responsable du contenu posté, Ndlr.]. On dit que c’est une concurrence déloyale parce que ces plateformes ne sont pas soumises aux mêmes règles (sécurité, fiscalité…) que les professionnels de l’hôtellerie, qui accusent des pertes de chiffre d’affaires.

    À Montpellier, avez-vous
    des requêtes particulières
     ?

    Y.S. : On a pris rendez-vous, on doit bientôt être reçus par le maire Michaël Delafosse. On a un problème de prix de stationnement trop élevé. On va voir si on peut faire revenir du monde en ville avec des tarifs de parking plus attractifs, comme au Polygone. On a déjà vu les élus Jean-Louis Gély et Michel Aslanian. La mairie veut renouer le dialogue.

    Quel premier bilan touristique faites-vous ?

    Y.S. : Je dirais qu’on est entre -10 et -20% d’activité. À la Grande Motte, il y a des touristes étrangers, des Belges et des pays de l’Est mais sans euphorie, le chiffre d’affaires est en baisse. À Palavas, il n’y a pas grand monde. Au camping des Roquilles c’est catastrophique, personne au bar ni au restaurant. Il manque les Américains, Néerlandais… La clientèle française qui se déplace quelques jours sur le littoral a réduit ses vacances. Les touristes présents font attention : ils font les courses avec leur glacière et mangent à la maison plutôt qu’au restaurant ou ne prennent qu’un seul plat. C’est le résultat d’une baisse du pouvoir d’achat. Le prix de l’essence pèse lourd. La chaleur a pu aussi en décourager certains. On verra le bilan global en octobre avec la fin de saison, mais un chiffre d’affaires perdu ne se rattrape jamais.

  • [Occitanie] Le domaine des Trois Fontaines : un labo à ciel ouvert pour tester des cépages résistants

    [Occitanie] Le domaine des Trois Fontaines : un labo à ciel ouvert pour tester des cépages résistants

    Accompagner la profession viticole vers une agriculture durable et résiliente, dans un contexte de changement climatique » : c’est dans cette dynamique qu’est né, en 2019, le site expérimental des Trois Fontaines, implanté sur le Domaine départemental du même nom situé au Pouget. Une initiative portée par le Département aux côtés de deux partenaires : la Fédération des IGP de l’Hérault, coordinatrice, et la Chambre d’agriculture, en charge du suivi des expérimentations.

    Le projet des Trois Fontaines vise à évaluer, en conditions réelles de production, différentes pistes d’adaptation du vignoble méditerranéen. « L’idée est de réaliser des essais grandeur nature dans un laboratoire à ciel ouvert. À peu près 1,5 hectare ont été installés en vigne avec deux types de cépages nouveaux : résistants aux maladies [objectif : réduction des intrants phytosanitaires, Ndlr.] et résistants à la sécheresse [enjeu de l’accès à l’eau, Ndlr.] », explique Christophe Fournier, directeur de l’économie rurale et de l’agriculture au sein du Département.

    Des variétés de cépages étrangères et patrimoniales

    S’agissant plus spécifiquement des variétés susceptibles d’être mieux adaptées aux conditions de sécheresse, une parcelle de 40 ares a été plantée en février 2025 avec des cépages étrangers provenant de pays aux climats chauds. Sept cépages sont ainsi expérimentés sur différents porte-greffes : le terret et le rolle, utilisés comme témoins, ainsi que cinq cépages blancs étrangers déjà classés et autorisés par le cahier des charges de l’IGP : l’assyrtiko (Grèce), le fiano (Italie), le verdejo (Espagne) l’alvarinho et le verdelho (Portugal). « L’expérimentation porte également sur différentes densités de plantation afin d’évaluer leur comportement face à la sécheresse et de mieux identifier les combinaisons les plus adaptées », indique Christophe Fournier. En complément, un recensement des vignerons pionniers qui ont déjà fait le pari d’implanter ces variétés a été réalisé dans l’Hérault mais également dans le Gard, l’Aude et les Pyrénées-Orientales. « Certains vignerons se tournent également vers des cépages patrimoniaux et locaux, souvent oubliés ou délaissés, mais susceptibles de leur permettre de mieux résister aux climats difficiles. »

    Pour compléter le dispositif, des dégustations de vins élaborés à partir de ces cépages encore méconnus sont organisées à destination des professionnels. « Ces rencontres sont l’occasion de leur faire découvrir les principales qualités agronomiques et caractéristiques organoleptiques de ces cépages, ainsi que les méthodes de vinification qui leur sont propres. »