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  • La misère encore plus pénible au soleil

    La misère encore plus pénible au soleil

    Sabrina s’approche timidement des tables dressées par le Secours catholique place Félix-Baret à Marseille. « Est-ce que vous aidez à l’hébergement ? », s’enquiert la jeune femme au visage émacié. « Il n’y a pas de place au 115. Je dors dans ma voiture, ce n’est pas très tranquille pour une femme seule. En plus, avec la chaleur… Mais je ne peux pas la déplacer, je n’ai plus d’essence », justifie-t-elle. Sabrina accepte l’invitation d’une bénévole à rejoindre les autres convives. D’autant plus volontiers qu’elle est « à jeun depuis deux jours », privée « depuis le début du mois, sans savoir pourquoi » de l’allocation adulte handicapé.

    Ce 17 juin, l’association avait organisé une soupe fraternelle devant la préfecture pour interpeller les pouvoirs publics. « Nous avons franchi en 2025 le cap des 30 000 rencontres en une année, 15% de plus que l’année précédente, 50% de plus qu’il y a dix ans », explique Julien Moisan, chargé de plaidoyer de la délégation marseillaise. Les 2,7 millions d’euros par an dédiés par la préfecture des Bouches-du-Rhône aux 2 000 repas par jour pour les personnes mises à l’abri à l’hôtel ou dans la rue et les 400 000 euros alloués aux acteurs de la veille sociale ne suffisent pas à répondre aux besoins qui explosent.

    Au lendemain de son action coup de poing sur la table, le Secours catholique a repris ses maraudes. Mercredi 24 juin, le département est placé en vigilance orange. Françoise, Marc et Rémy ont fait le plein du camion : une centaine de bouteilles d’eau, presque autant de lait, 16 litres de soupe, une glacière de pâtes, des portions de fromage et des dizaines de baguettes de pain, café, thé et cacao. Après un appel au 115, la camionnette part sillonner les rues de Sainte-Anne à la préfecture, en passant par les hôpitaux Saint-Joseph et la Timone. Rémy ajoute la rue d’Aubagne. Où l’équipe de la veille, qui a rencontré 90 personnes, « en a signalé de nouvelles », précise le conducteur.

    Un premier arrêt pour s’enquérir de la santé d’une quinquagénaire qui s’est aménagé un abri discret derrière les lauriers au bout d’un parking, qu’elle tient propre. Elle ne réclame que de l’eau. Un homme, également habitué de la maraude, s’approche pour un café et un bol de soupe et demande un rasoir. Autre halte au pied de l’église de Saint-Giniez où quatre hommes sont assis sur les marches et deux adolescents sur un muret. Tous ont les traits tirés. Aucun d’eux n’a mangé depuis la veille. L’un d’eux loue « une chambre de 8m2, pour 400 euros, sans eau potable », précise-t-il. Épuisé par la chaleur, il a « dormi toute la journée ».

    Après 21h, c’est le rush

    Face à l’hôpital, une femme est assoupie dans une voiture. « Elle y attend la sortie de son mari hospitalisé, prévue pour le lendemain. L’hôtel c’est pas dans leurs moyens », rapporte Rémy qui lui a apporté une soupe. Plus on s’enfonce dans la nuit, plus les moments de rush s’enchaînent autour de la camionnette. Devant un garage du Prado, le véhicule est repéré avant même qu’il se gare. Une vingtaine de personnes afflue. Entre deux cafés et un chocolat distribués, Rémy informe et donne le plan des points d’accueil pour SDF. L’équipe est chaleureuse et la soupe réputée excellente. Mais « on aimerait qu’ils aient plus de temps pour taper un brin de causette », lâche Éliane, retraitée toute pomponnée qui s’est résignée à la rue du fait de sa « maigre pension » et parcourt « des km par jour » avec ses deux amis, « pour la lessive, la douche, la clim… » Près de la préfecture, une quinzaine de personnes attend autour de la fontaine. « J’ai un studio et l’APL, mais au milieu du mois il ne me reste plus rien pour manger », explique un jeune au RSA. Pas mieux pour Armelle et son fils : « Ça fait cinq ans que le Secours catholique nous nourrit, nous habille. Je paye le loyer en priorité pour ne pas me retrouver dehors. Parfois je trouve un ménage à faire, ça aide. » Tandis que Marc remplit les bols de soupe ou de pâtes à tour de bras, elle s’enquiert : « C’est vendredi votre fête de l’été ? » Françoise lui tend une invitation.

    Il est minuit passé et la camionnette s’est vidée, provoquant quelques déceptions. « C’est parfois compliqué à gérer, car il y a de plus en plus de monde et on n’a pas toujours assez à distribuer », regrette Françoise en faisant, un peu épuisée, le décompte des prénoms qu’elle a consignés toute la soirée sur la feuille de route, avec les besoins spécifiques exprimés au passage : « 96 personnes » au bas mot. C’est « beaucoup plus » que lorsqu’elle a démarré les tournées il y a une quinzaine d’années, « et ça ne laisse plus le temps du dialogue ». Cette surfréquentation met en tension les capacités logistiques et humaines des associatifs. « Elle nous écarte de notre mission première : créer du lien social », déplore Baptiste Jeansoulin, animateur des tournées de nuit, suspendues le 9 juin pour répondre à l’urgence et demander plus de moyens. Comme la création d’un restaurant social ouvert le soir, pour « permettre aux gens de la rue de dîner dignement ». La belle proposition du chef étoilé Sébastien Richard avec Le République en 2021, s’est éteinte fin 2025. Et le Noga, qui dresse depuis 2007 près de 500 couverts par semaine le midi sur le cours Julien, est en difficulté.

    « Malgré un contexte budgétaire contraint, l’objectif de l’État est de garantir une reconduction des crédits alloués », indique la préfecture des Bouches-du-Rhône. Une « notification des crédits tardive » fait que les demandes des associations « sont en cours d’instruction », précise-t-elle en annonçant la tenue d’un nouveau comité départemental de lutte contre la précarité alimentaire « dans les prochaines semaines ».

  • [Science] « La vérité, rien que la vérité » : quelle efficacité du serment ?

    [Science] « La vérité, rien que la vérité » : quelle efficacité du serment ?

    Le cheminement a été long. « Il y a eu quelques réticences au départ dans la communauté scientifique, se souvient Stéphane Luchini. Certains considéraient que le serment n’était pas un objet d’étude scientifique ». Après quinze ans de travail et des collaborations avec des collègues psychologues pour mettre au point et réaliser une expérience, les scientifiques sont aujourd’hui en mesure de l’affirmer : oui, les témoins mentent moins sous serment. « Ce n’est pas juste un cérémonial », résume le chercheur, coauteur d’un article paru dans Journal of Experimental Criminology. Et ce n’est pas anodin quand on connaît l’importance, lors d’un procès, d’un témoin oculaire qui a tout vu et quand on sait que « le faux témoignage est la première cause d’erreurs judiciaires », écrivent les auteurs.

    Gros menteurs

    L’expérience est à la croisée de la psychologie sociale et de l’économie. « C’est très original, souligne Stéphane Luchini. Cela n’avait jamais été fait. » Confrontés à la vidéo d’un vol avec agression dans un parking, les participants devaient ensuite répondre à des questions. Exemple : « Les assaillants arrivaient-ils de la gauche ou de la droite de la voiture ? » Seulement, certains étaient incités à mentir en se voyant retirer une petite somme d’argent à chaque bonne réponse, faisant fondre la rémunération qui leur revenait pour leur participation. La comparaison entre les individus ayant prêté un serment obligatoire et ceux qui en étaient exemptés montre une différence : « Le serment réduit le mensonge de 39% », résume Stéphane Luchini.

    Un autre groupe avait le choix de prêter serment ou pas. Dans ce cas, presque tous les participants acceptent. « C’était attendu », précise le chercheur. Plus étonnant en revanche : quand le serment est libre, les gros menteurs mentent moins. « Quand il est obligatoire, ils mentent pleinement, note Stéphane Luchini. Cela souligne l’importance de la liberté dans l’engagement ».

    L’efficacité prouvée du serment invite à l’étendre au-delà du procès, par exemple dès les premiers instants de l’enquête, quand les souvenirs sont frais, les pressions extérieures déjà présentes et le risque de mensonge élevé. Voire dans d’autres contextes, comme l’éthique professionnelle ou la protection de l’environnement, concluent les auteurs de l’article.

  • [Recette] Sashimi de sériole, cornichon frais, basilic thaï et piment Gorria

    [Recette] Sashimi de sériole, cornichon frais, basilic thaï et piment Gorria

    Pour 2 personnes,
    il vous faudra :

    – Un filet de sériole frais

    – Deux cornichons frais ou un concombre

    – Un piment basque Gorria et un bouquet de basilic thaï

    – De la crème épaisse d’Issigny, de la fleur de sel

    – Une bonne huile d’olive

    Un poisson au goût naturel

    Pour débuter la recette, il vous faudra couper de jolies tranches de sériole dans le filet, sur la largeur, celles-ci doivent faire environ 5 mm d’épaisseur pour avoir quelque chose de doux en bouche, mais garder tout de même de la mâche. La sériole est un poisson blanc de Méditerranée, vous pouvez le remplacer par n’importe quel autre poisson blanc et demander à votre poissonnier de lever les filets. Assaisonnez ensuite avec un peu de fleur de sel afin de préserver le goût naturel et frais du poisson.

    Coupez ensuite vos cornichons frais en deux dans le sens de la longueur. Les cornichons frais ne sont pas plongés dans le vinaigre, il peut être donc assez compliqué d’en trouver. Cependant, le goût du légume cru se rapproche beaucoup de celui du concombre, vous pouvez donc le remplacer par celui-ci. Brûlez la face interne du cornichon au chalumeau. Si vous n’en avez pas, faites chauffer une poêle sans matière grasse et déposez-les dessus une fois que celle-ci est très chaude, pas plus de quelques secondes. Cela viendra apporter de la gourmandise et un goût fumé dans votre recette.

    Des produits frais et bruts dans l’assiette

    Découpez chaque moitié de cornichon en trois morceaux en biais. Réalisez ensuite de fines lamelles de piment gorria et sélectionnez quelques belles feuilles de basilic sur votre bouquet.

    Vient maintenant le moment du dressage. Pour cela, déposez dans un fond d’assiette creuse une belle cuillère à soupe de crème épaisse et faites un petit puits, ajoutez un léger filet d’huile d’olive, disposez les morceaux de cornichon ou concombre dans le fond de l’assiette, sur la crème, quelques lamelles de piment, puis superposez légèrement deux tranches de sériole que vous roulez légèrement sur l’une des extrémités. Déposez au centre, puis déposez quelques feuilles de basilic thaï.

    Bon appétit.

  • À Nîmes, l’objectif affiché de la rénovation des Costières

    À Nîmes, l’objectif affiché de la rénovation des Costières

    Quarante millions d’euros ! Balancé à l’emporte-pièce durant la campagne municipale par la droite aux affaires, qui avait choisi l’option du stade des Antonins, le coût de la rénovation du stade des Costières pourrait finalement se révéler bien moins élevé. En attendant le vrai chiffre, qui sera donné par l’audit en cours, l’adjoint aux sports a, d’après les premières estimations, le sentiment que l’addition pourrait être deux fois moins salée. « Nous ferons un point avec l’audit à la rentrée », assure Bruno Ferrier sans s’avancer davantage.

    Quoi qu’il en soit, il semblerait que la volonté du maire Vincent Bouget (PCF) de remettre en état l’infrastructure qui fut l’enceinte du Nîmes Olympique de 1989 à 2022 n’a rien d’une lubie. L’option est d’autant plus suivie par sa majorité qu’elle a acquis la conviction que le stade provisoire des Antonins, érigé par l’ancien propriétaire Rani Assaf, n’est pas viable. « Il n’a pas de parking ni de salle de réception. Il n’a que 8 000 places et coûte 500 000 euros par an à la Ville », liste Bruno Ferrier. Qui prévient que la municipalité ne pourra pas injecter indéfiniment dans un club tombé en National 2 (4e division). « On va faire un effort cette année [1,2 million d’euros était injecté l’an passé, Ndlr] mais il va falloir ensuite réfléchir à un projet où la Ville ne soit pas le principal investisseur », anticipe l’adjoint aux sports. En disant cela, Bruno Ferrier pose les bases des échanges à venir avec l’actuel président Thierry Cenatiempo. Lequel se voyait bien rester aux Antonins…

    « Pas de défaut de structure »

    « L’avenir du Nîmes Olympique est aux Costières », lance Bruno Ferrier. S’il dit cela, c’est qu’il pense l’opération de réhabilitation faisable. « Le stade n’a pas de défaut de structure », précise-t-il. Dans son jus depuis trois ans et demi, la pelouse s’est transformée en terrain vague et des arbustes, à l’instar de figuiers, ont poussé dans certaines travées. Rien de rédhibitoire a priori. Côté bâtiments, l’ancienne municipalité s’était contentée d’injecter 700 000 euros pour rénover l’ancienne salle de gymnastique qui abritait le service des sports de la Ville de Nîmes. Lequel est d’ailleurs en train de réintégrer les lieux. La municipalité de gauche a l’intention de rénover toutes les salles qui en ont besoin. Elle vient par ailleurs d’injecter 250 000 euros dans le stade annexe. « Il fallait décaisser et refaire la pelouse. Ce sera prêt en novembre », indique Bruno Ferrier. Une première étape dans la reconquête de cette friche qui, on l’aura compris, en appelle vite d’autres.

    Si la volonté politique de redonner au Nîmes Olympique son écrin est présente, quelle sera l’ampleur du projet final ? Difficile à dire car il y aura nécessairement des arbitrages dans une Ville qui manque un peu de tout et qui ne roule pas sur l’or. « Il va falloir se mettre autour de la table et décider des priorités avec un plan pluriannuel d’investissements : est-ce qu’on privilégie le stade, les écoles, les piscines… ». Côté équipements sportifs, le nouvel adjoint a fait le tour et pris connaissance de l’état des besoins. « C’est une catastrophe. Il manque au moins 10 stades et 5 gymnases pour éviter une surutilisation des équipements qui les use plus vite. » Pour ce qui est des Costières, on devrait y voir plus clair avec les résultats de l’audit à la rentrée.

  • À Montpellier, le dossier du Serm finalisé et déposé

    À Montpellier, le dossier du Serm finalisé et déposé

    Une nouvelle étape a été franchie au sujet du Service express régional métropolitain (Serm) de Montpellier avec, ce 22 juin, le dépôt du dossier de demande au ministre des Transports, Philippe Tabarot. Un long travail de plusieurs mois effectué par tout un ensemble de collectivités (Région Occitanie, Département de l’Hérault, Métropole de Montpellier, Agglos de Nîmes, Lunel et Pays de l’Or, communautés de communes du Grand Pic Saint-Loup, de la Vallée de l’Hérault, du Clermontais, du Lodévois et Larzac, Pays Cœur d’Hérault) pour candidater en vue de l’obtention du statut de Serm et créer ce futur RER dans l’Hérault. « Nous avons marqué cette étape importante en montrant la cohésion de notre territoire. Ce dossier sera probablement le premier d’une série pour obtenir le statut. Car il est indispensable d’obtenir ce statut sinon le projet sera enterré », précise Jean-Luc Gibelin, vice-président PCF de la Région Occitanie.

    Cette première mouture prévoit donc un renforcement de l’offre sur l’axe Sète-Montpellier-Nîmes, avec en moyenne 4 trains par heure et par sens à l’horizon 2034. Côté bus, cinq lignes de cars express et 2 de bus-tram avec voies dédiées seront mises en service pour une fréquence de 10 à 15 minutes en heures de pointe et 20 à 30 minutes en heures creuses. L’intermodalité et l’accessibilité des gares seront renforcées grâce au réseau des 44 pôles d’échanges multimodaux (PEM) en train d’être mis en place par la SNCF. Enfin, pas moins de 300 km de réseau cyclable et 130 km d’itinéraires de rabattement autour des PEM viendront finaliser cette nouvelle offre de transport. « C’est une bonne nouvelle pour la transition écologique puisque nous poursuivons la décarbonation des transports avec le ferroviaire et cette nouvelle génération de cars avec des émissions faibles, voire nulles », reprend Jean-Luc Gibelin. Pour rappel, le secteur du transport est responsable en France de 31% des émissions de gaz à effet de serre, dont près de la moitié (16%) est due aux trajets des personnes dans leur voiture individuelle, en particulier les habitants des zones périurbaines.

    Un projet à 1,2 Md d’euros

    Un moyen également de répondre à la pression démographique que connaît la capitale héraultaise. « Chaque année, l’aire urbaine de Montpellier prend entre 10 000 et 12 000 habitants. Voilà plusieurs années que ça dure et cela va encore durer. Il fallait donc répondre à cette augmentation de la population en augmentant l’offre de transport », fait valoir le vice-président. Tout comme sa voisine sétoise, qui attire elle aussi de nouvelles têtes chaque année. Mais le projet du Serm ne s’adresse pas qu’aux grandes villes. Les communes plus rurales sont également visées, comme Lodève, Clermont-l’Hérault ou encore Saint-Mathieu-de-Tréviers. « On va très au-delà de la zone urbaine de Montpellier, les futures lignes de car vont dans la ruralité. Nous sommes bien sur une articulation entre les différentes populations. Quand on va à Lodève, on ne peut pas dire que l’on va dans les zones les plus urbaines de l’Hérault », note Jean-Luc Gibelin.

    Une première ébauche est estimée à 1,2 milliard d’euros, notamment pour l’acquisition du futur matériel à laquelle il convient d’ajouter 37,2 millions d’euros de surcoûts d’exploitation liés à l’augmentation de l’offre. Les études et réalisations à court terme pourront néanmoins être financées via le Contrat de plan État-Région. « Il est légitime que l’État prenne sa part dans ce financement dans ce projet du Serm car je rappelle que ces annonces ont été faites par le Président lui-même », note Jean-Luc Gibelin. En effet, Emmanuel Macron – malgré son amour inconditionnel pour « la bagnole » – avait annoncé le lancement des Serm en 2022. Depuis, pas moins de 26 territoires se sont lancés dans la course.

    La balle est désormais dans le camp du gouvernement qui, après l’étude de la feuille de route et du plan de financement, délivrera le fameux statut.

  • « On a une bataille politique et idéologique à mener »

    « On a une bataille politique et idéologique à mener »

    La Marseillaise : Quel est votre parcours professionnel et militant ?

    Jacques Chabalier : J’ai 62 ans et je suis né à Nîmes. J’ai fait l’essentiel de ma scolarité ici, puisque j’ai été élève au collège Romain Rolland puis au lycée Daudet où j’ai passé mon bac en 1981, belle année ! J’ai ensuite fait mes études de lettres à Montpellier où j’ai obtenu mon Capes de lettres classiques. Je suis ensuite parti en Indre-et-Loire où j’ai exercé mon métier d’enseignant. Au plan politique, je suis devenu secrétaire départemental de la Fédération d’Indre-et-Loire. À partir de 2008-2009, j’ai intégré l’exécutif national, puisque j’étais responsable de la vie du Parti entre 2009 et 2016. J’ai travaillé un peu avec Marie-George Buffet puis avec Pierre Laurent. J’ai d’ailleurs intégré le secrétariat de Pierre Laurent jusqu’à l’arrivée de Fabien Roussel en 2022. Comme les saumons qui remontent à la source, je suis revenu à Nîmes en 2022 et je suis devenu cette année secrétaire de la section de Nîmes.

    Pourquoi avez-vous voulu prendre la suite de Denis Lanoy ?

    J.C. : Je trouve que la victoire de Nîmes en commun, l’élection de Vincent (Bouget) comme maire et la pratique politique tout à fait inédite qui a permis cette écoute des citoyens, de construire avec eux, crée une situation complètement nouvelle dans la ville. Je pense que le Parti communiste doit en tirer toutes les leçons pour déployer sa propre activité. Il y a beaucoup à apprendre pour renforcer le Parti, pour le développer, pour identifier les atouts et voir où nous avons du mal à être présents. Je pense notamment aux cités et aux quartiers dits populaires. On constate aussi qu’il y a une nouvelle génération d’adhérents qui arrive et mon souhait, avec modestement l’expérience qui est la mienne, c’est d’aider ces nouveaux responsables, ces animateurs possibles de la vie du parti, à prendre toute leur place.

    Comment envisagez-vous le rôle de la section dans une ville gérée par un communiste?

    J.C. : Nous ne serons pas le porte-parole de la mairie car elle n’en a pas besoin. Nous aurons des rencontres régulières avec les élus de la Ville. Mais nous allons jouer notre rôle de parti politique en parlant de dossiers de la ville qui intéressent la population. Mais au-delà, on a une bataille politique et idéologique à mener, car il y a, ici comme ailleurs,
    l’inquiétante progression du Rassemblement national.

  • Le secteur du livre occitan toujours debout

    Le secteur du livre occitan toujours debout

    Les études le confirment d’année en année : les Français lisent moins. La dernière enquête du Centre national du livre (CNL), publiée en avril 2025, le confirme. 63% des Français ont lu cinq livres au cours de l’année, un chiffre en baisse de 6 points par rapport à 2023. Un indicateur que la filière est mal en point. Il semblerait toutefois qu’en Occitanie, le livre fasse de la résistance. En effet, selon les chiffres de 2025 publiés par l’Agence unique Occitanie culture – portée par le Conseil régional – on compte 1 294 auteurs et autrices dans la région, un chiffre en progression de 5,63% sur deux ans. L’Hérault et la Haute-Garonne caracolent en tête, avec respectivement 411 et 314 écrivains.

    Néanmoins, 44% d’entre eux déclarent avoir perçu moins de 500 euros issus de leurs œuvres, témoignant d’une fragilité du secteur. « Il y a une accélération de cette précarité car il y avait eu un appel d’air à un moment donné du côté des solutions d’auto-édition et d’auto-publication qui laissait suggérer qu’embrasser ces carrières-là était plus simple que ça ne l’est en réalité », observe Adeline Barré, directrice du pôle livre à l’Agence unique Occitanie culture. À cela s’ajoute une baisse des ventes en librairie. « On voit aussi que la typologie des ventes est en train de changer. Auparavant, le chiffre d’affaires global se fondait sur un nombre de références plus important, aujourd’hui, les ventes se concentrent sur des best-sellers. Il y a un phénomène de concentration dans les ventes », poursuit Adeline Barré.

    Bien que les ventes baissent, des librairies ouvrent. Six établissements héraultais se sont ainsi lancés dans l’aventure entre 2023 et 2025 et on ne dénombre pas moins de 278 librairies en Occitanie. « Lors du Covid, le métier de libraire a été vu comme une valeur refuge, il y a eu un grand cri d’amour de la population pour la filière. Cela a suscité des vocations, pas mal de réorientations professionnelles. C’était une période idyllique », fait valoir la directrice du pôle lecture. Le livre s’était même retrouvé quasiment en situation de monopole dans le secteur culturel. C’était le seul commerce considéré comme « essentiel » alors que les salles de spectacles et les cinémas étaient fermés.

    278 librairies en Occitanie

    Ainsi ont germé plusieurs établissements, notamment en zone rurale. « Nous avons une assez forte densité des librairies par rapport au nombre d’habitants dans la Région », fait valoir Adeline Barré. Si cette parenthèse enchantée semble se refermer, d’autres facteurs permettent aux librairies de se maintenir à flot. « Nous sommes une région accordéon, nous bénéficions chaque été de la fréquentation touristique et par endroits, cela peut apporter un chiffre d’affaires supplémentaire, ce qui permet de maintenir un maillage territorial. Nous avons également une politique volontariste à l’égard de ce réseau de librairies avec des budgets plus élevés que dans d’autres territoires », reprend Adeline Barré.

    Les libraires ne sont pas les seuls acteurs de la chaîne à bénéficier de ce coup de pouce. Entre 200 et 300 publications sont également aidées chaque année par la Région. « On a la chance d’avoir un écosystème du livre en Occitanie qui est dense et divers. Nous avons beaucoup d’acteurs et on couvre beaucoup de champs. Notre rôle est de préserver au maximum ces acteurs, de les faire coopérer, de les valoriser, de les porter à la connaissance du public », insiste la représentante de l’Agence unique Occitanie culture. Une aubaine pour plus d’un dans cette période où la culture est souvent sacrifiée sur l’autel de l’austérité.

    « Une forte densité des librairies
    par rapport
    au nombre d’habitants »

  • Des subventions européennes pour les projets solidaires à Digne-les-Bains

    Des subventions européennes pour les projets solidaires à Digne-les-Bains

    Dans le contexte actuel de baisse des financements publics, les subventions européennes peuvent être un levier de diversification du modèle économique, pour autant c’est des financements qui peuvent être complexes », explique Mathilde L’Hôte, directrice de la Chambre régionale de l’économie sociale et solidaire (Cress).

    C’est la raison pour laquelle la Chambre a organisé, vendredi, une matinée pour aider les entreprises, associations ou coopératives sociales et solidaires des Alpes du Sud à identifier et demander des subventions européennes adaptées à leur structure. Ces acteurs de l’économie sociale et solidaire ont des projets « d’utilité sociale, avec des modes de gouvernance démocratiques (un homme = une voix) et un principe de lucrativité limité », précise Mathilde L’Hôte.

    Thibault Dingreville, qui accompagne ces structures dans leur recherche de fonds européens, a expliqué que cela pouvait être pour certains « un enfer administratif ». Il a cependant appelé à « ne pas les essentialiser : ils ne sont pas tous complexes ».

    « Travailler ensemble pour trouver des solutions »

    Il existe deux catégories d’appels à projets européens : les projets de développement local, avec des gestionnaires provençaux ; et les projets de coopération internationale, qui incitent à travailler avec des homologues européens. « L’idée est de travailler ensemble pour trouver des solutions à des enjeux communs de part et d’autre de la frontière et échanger des pratiques », avance Thibault Dingreville.

    Certains fonds, comme le Fonds européen de développement régional (Feder), visent à réduire les écarts de développement entre les différentes zones de l’UE en fonction du PIB (produit intérieur brut) par habitant, a expliqué le chargé de mission Europe. D’autres soutiennent notamment les projets pour les quartiers prioritaires de la ville, les communes rurales, les familles monoparentales ou encore contre le décrochage scolaire et la pauvreté.

    Un autre projet européen appelle à revitaliser les territoires ruraux. « Les Français sont en retard par rapport à d’autres pays. L’Italie prend la moitié des enveloppes de l’UE », a lancé Thibault Dingreville. Le programme européen Citoyenneté, égalité, droits et valeurs (Cerv) permet lui de financer des projets luttant contre les violences faites aux femmes ou encore les discriminations homophobes. Un appel à projets en cours appelle à soutenir la charte des droits fondamentaux de l’UE.

  • Ces familles en or qui font vivre l’esprit Marseillaise

    Ces familles en or qui font vivre l’esprit Marseillaise

    Marseille, chaque premier dimanche de juillet, à 8h du matin une foule immense déferle sur le Parc Borély, à pied, en voiture. Ils viennent du monde entier, boules en main. Beaucoup traînent derrière eux la glacière. Ils sont là pour la fête, l’énorme fête de la pétanque. C’est comme une procession. Le rendez-vous de la famille. Frère, sœurs, enfants, cousins se retrouvent pour le grand rendez-vous de l’année. Pour beaucoup ce sera le seul.

    Voilà pourquoi le Mondial la Marseillaise à pétanque est unique. Il fait déplacer des foules simplement pour participer à une partie, sans pression, ni obligation de résultat. Le dimanche d’ouverture est un immense camping avec des airs de festival où les familles reviennent inlassablement pour goûter à l’allégresse d’une journée sans égale. Mais pourquoi cet amour pour La Marseillaise ?

    Anniversaire de mariage

    Car certains traversent la France pour se retrouver dans ce lieu mythique comme la famille Baradel qui fait le déplacement de Kaysersberg en Alsace afin de participer pour la première fois au Mondial la Marseillaise. Fanny, la fille aînée au nom prédestiné, a offert ce long voyage à ses parents pour leur anniversaire de mariage.

    « Ils rêvaient depuis longtemps de découvrir ce Mondial dont tout le monde parle. Enfin ils vont pouvoir y participer en toute modestie », glisse la jeune femme, heureuse d’offrir ce moment magique à Colette et Olivier, qui sont loin d’être des novices. « Ils pratiquent la pétanque dans un petit club », poursuit Fanny. « Maman originaire de Hyères a quelques prédispositions, et papa, pur Alsacien se défend pas mal. Mon petit-frère Alan sera le troisième larron de cette première aventure Marseillaise. » Elle pourrait en appeler d’autres.

    Plus au nord, les Mahieuw habitent Dunkerque et ne sont pas à leur coup d’essai. L’an dernier, Christophe, le papa, Mathias le fils aîné et Romain le cadet, ont fait le long déplacement de leur nord natal. Une expérience joyeuse, avec la découverte d’un lieu unique et une ambiance exceptionnelle.

    Ils reviennent en force cette fois, à six plus un enfant. « On remet le couvert », se réjouit Mathias, « en joignant l’utile à l’agréable puisque nous passerons dix jours au rythme de la pétanque. En espérant faire mieux que l’an dernier ».

    Plus près de chez nous, à la Bouilladisse à l’est de Marseille exactement, les Negro font le court déplacement. « Ça devient un rituel » confirme le papa Claude pour qui ce sera la troisième participation, « dont une où nous avons atteint le mardi matin avec les copains », sourit-il. « Cette année nous allons unir nos forces avec mes fistons Julien et Thomas pour cette aventure. La Marseillaise est un concours incontournable pour les passionnés. Il y a ce côté festif du dimanche unique. Je me souviens d’une époque où notre club affrétait un bus pour la circonstance avec les glacières bien remplies. Manger un sandwich. boire un petit coup, discuter avec les gens venus de tout horizon, ce sont des plaisirs simples mais de plus en plus rares dans le monde où nous vivons. »

    Ces exemples-là, on pourrait les multiplier par dix, par cent. Ce lien familial avec le Mondial La Marseillaise à la pétanque contribue grandement au succès de l’épreuve. Certaines sont là depuis la création de la Marseillaise. On pense aux Brocca qui se passent le flambeau génération après génération pour faire perdurer la tradition.

    Puis il y a les champions. Ceux qui veulent décrocher la lune. Et là c’est une autre paire de manches. En 2000 Louis et Étienne Lacroix associés à Jean Dubois y sont parvenus. En 2006 Jo et Antoine Dubois avec Benefissa avaient aussi réussi cette incroyable performance. Antoine Dubois, encore lui, l’avait emporté avec son neveu Tyson Molinas en 2022. D’autres ont échoué de peu. Les frères Kourgane, Zoé et Saïd, battus en finale avec Willielm (1976). Les Molinas, Louis, Mamour et Ben tombés deux fois en finale ensemble en 2001 puis en 2007.

  • [Portrait] Fournel ne « voulait pas avoir raison tout seul »

    [Portrait] Fournel ne « voulait pas avoir raison tout seul »

    Pour évoquer leurs manières d’être, à la fois singulières et filles de leur époque, on retracera leurs premières années de mutations et de réflexions. Ils se sont connus à Montpellier. Le Vauclusien entamait ses études de sciences physiques, la fille d’émigrants espagnols voulait devenir institutrice. Ils prirent l’habitude d’aller en auto-stop au Festival d’Avignon. Vendre des bijoux sur la place de l’Horloge, planter une tente dans les parages de l’Auberge de Jeunesse, fut leur solution. En 1966, ensuite jusqu’au début des années 1970, ils découvraient Jean Vilar, Bread and Puppet, Patrice Chéreau, Pina Bausch et Georges Lavaudant.

    En 1970, pour faire le service militaire en qualité de coopérant, en attendant de décrocher un poste à la Faculté de sciences de Saint Jérôme, ils s’établissent en Algérie -leur fils est né à Oran- et puis en Tunisie. André et Molly étaient sensibles à la culture et à la vie quotidienne du Maghreb. Ils n’étaient pas des touristes ou des voyageurs, l’Espagne est le seul pays d’Europe qu’ils connaissent vraiment. L’autre côté de la Méditerranée n’a pas cessé de les émouvoir et de les questionner. Pendant les années noires, à compter de 1990, ils ont pratiqué le devoir d’hospitalité, hébergé ou bien caché dans leur appartement des hommes et des femmes en danger.

    Des engagements tenaces

    Sans doute par crainte de ne pas être vraiment compris ou bien parce qu’il n’a jamais fait l’important, André Fournel parlait rarement de son métier d’enseignant-chercheur qu’il exerça avec rigueur et bienveillance. Sans relâche, dans tous les domaines que son inlassable curiosité rejoignait, il fut un questionnant, un apprenant. À côté de sa prédilection pour des poètes comme Neruda et Mandelstam, il avait une vive passion pour les livres et les articles consacrés à l’homme de Néandertal. À la fin des années 1990, Fournel sut se remettre en question et se reconvertir hors de sa zone de confort : il transféra du côté de la biologie ses grilles de lecture de chercheur dans le domaine des supra-conducteurs. Dans son laboratoire qui s’appelait le BIP, Bioénergétique et ingénierie des protéines, on garde souvenir d’un sachant de grande finesse qui ne cherchait pas la célébrité. Dans sa vie professionnelle, André était à la fois lumineux et décalé, tolérant et respectueux du travail d’autrui.

    La grande affaire de sa vie, ses observations et ses convictions furent axées sur la politique. Ici aussi il ne privilégiait pas ses doutes et ses interrogations les plus intimes. Quand bien même le désir de changer le monde ou bien la vie pourrait devenir une illusion, ses exigences de démocrate n’avaient pas faibli. Fournel ne baissait jamais la barre de la combativité, estimait que l’histoire devait toujours commencer par en bas, sans invectives ni brutalité, à partir d’une écoute et d’une implication des acteurs de terrain. Dans de nombreux espaces de lutte et de revendications comme le comité Ombres et lumières de Noailles, antérieur aux effondrements de la rue d’Aubagne, avec Centre ville pour tous, avec la Fédération des conseils de citoyens, sa parole, son écoute des délogés et ses connaissances en matière d’urbanisme étaient sollicitées et respectées.

    Au crématorium du cimetière Saint-Pierre, le 11 avril, une amie écrivaine, Reine Prat prit la parole pour mémoriser son style de vie lors d’un ultime séjour au Queyras : « Je garde cette image de lui, le pied fragile et la marche rapide, filant sur les chemins sous les mélèzes pendant que Molly examine chaque plante, chaque fleur. Il attend, puis il repart. Ces derniers temps, il s’éloignait. Et il nous laisse dans une infinie tristesse et un sourire, à garder au cœur. » `