Category: accueil-third

  • Agressé par l’extrême droite, Bilel témoigne

    Agressé par l’extrême droite, Bilel témoigne

    Septembre 2022, un soir rue de l’Annonciade. Bilel et quelques copains s’installent sur la terrasse d’un bar dans ce coin de centre-ville réputé pour sa nuit nocturne. C’est ce soir-là qu’il sera violemment pris à partie par des membres de l’Action française, groupuscule d’extrême droite et royaliste. Déjà examinée en mars 2023 au tribunal correctionnel d’Aix-en-Provence, seul l’un de ses agresseurs, Paul-Antoine Schmitt, comparait, repéré par l’épluchage de caméras de vidéosurveillance.

    Le journal Libération révélait que l’homme s’avère être au moment des faits responsable de Génération Zemmour, le mouvement de jeunesse de Reconquête. Ce lundi 4 mai, il sera de nouveau jugé à la Cour d’appel d’Aix-en-Provence, à sa demande. Il avait écopé, en première instance, d’une peine d’un an de prison avec sursis et de 3 000 euros d’amende pour violence volontaire en réunion. Le caractère raciste avait été retenu : c’est ce point que Paul Antoine Schmitt conteste. Pour Me Claudie Hubert, qui représente Bilel, « le caractère raciste est largement établi par le déroulé de l’agression, [mon client] étant le seul visé (…) ces faits s’inscrivent dans un climat de racisme qui est de plus en plus préoccupant ». Bilel doit donc revivre ces faits, qui sont ceux d’un « lynchage », et qu’il nous raconte quelques jours avant le procès, en terrasse.

    Trois ans après, il se souvient précisément d’avoir vu une vingtaine d’hommes débarquer dans la rue, et entonner des « chants coloniaux, en lien avec l’Algérie française. Les paroles ne laissaient aucun doute », relate Bilel, qui reconnaît les membres du groupuscule aux t-shirts et casquettes floqués des symboles de la monarchie, portés par ses agresseurs. En surfant sur internet après les faits, l’étudiant se rendra compte que les militants d’extrême droite « venaient de faire leur rentrée sur Aix ». « Au fur et à mesure, poursuit Bilel, je vois qu’ils me regardent de façon assez véhémente. Je suis le seul d’origine maghrébine de mon groupe d’amis à cette époque. Eux, étaient d’origine européenne. J’avais un gros afro, une barbe. J’imagine en me refaisant le scénario que ce doit être la raison. » Après les regards provocateurs s’ensuivent les insultes alors que Bilel propose à l’un d’entre eux de « débattre et de discuter » du sujet de l’Algérie française. « Je le lui dis sans aucune méchanceté. Mais dès la première phrase, il a été insultant », détaille Bilel. Parmi le florilège d’insultes, il se souvient de termes tels que : « Vous êtes des sauvages », « on vous a apporté la civilisation », « barrez-vous, c’est chez nous ici », cite Bilel. Mais aussi des allusions aux terroristes du Bataclan.

    Une bagarre éclate, entre lui et plusieurs membres de l’Action française, avant de dégénérer en « lynchage ». Coups de pied dans la tête et rouages de coups s’enchaînent, selon le jeune homme. Les coups auraient duré deux minutes, selon les rapports qu’il a pu consulter. « Ils arrêtent de me rouer de coups quand je suis par terre », se souvient Bilel. Le lendemain, il porte plainte, est reçu par un médecin, qui lui prescrit cinq jours d’ITT. Après cette violente agression, le jeune homme rapporte qu’il aura du mal à sortir de chez lui pendant plusieurs mois, à dormir, à poursuivre ses études. « Depuis, lorsque j’entends parler de violences similaires, je ne peux pas m’empêcher de faire un parallèle, glisse Bilel. Mais un acte d’une telle violence, en parler, c’est le minimum. Ce n’est pas tout le monde qui a la chance d’être là pour en parler ou avoir un procès. Je me réjouis aussi que la justice existe, qu’en France une action comme celle-ci ne reste pas impunie (…) ça me redonne de l’espoir. » De cet appel, Bilel espère aussi pouvoir « passer à autre chose ».

  • La Métropole place l’état face à « ses responsabilités »

    La Métropole place l’état face à « ses responsabilités »

    C’est avec trois quarts d’heures de retard que la très attendue séance du conseil métropolitain a démarré. Et elle a duré presque autant. Une séance express ponctuée de quelques délibérations consacrées à des nominations dans différents organismes, puis les élus d’Aix-Marseille Provence ont fait ce qu’ils avaient acté une semaine plus tôt en conférence des maires : ils n’ont pas voté le budget 2026. Les délibérations sur le budget principal et les budgets annexes ont été retirés de l’ordre du jour, avec l’accord des 92 maires, toutes tendances confondues. Le résultat d’un bras de fer engagé avec l’état face aux difficultés financières et au déficit de 123 millions pour 2026, sur un budget de 4,8 milliards en 2025.

    « Les choix faits à Paris »

    « Il a été décidé de transmettre ce budget insoutenable aux services de l’État, à la Chambre régionale des comptes (CRC) d’abord, au Préfet ensuite, pour qu’ils trouvent le moyen de l’équilibrer », explique le président Nicolas Isnard (LR), maire de Salon. Une décision « forte et inédite », « de responsabilité et de courage » souligne-t-il : « On ne peut pas couper constamment les aides allouées aux territoires sans qu’il y ait de la casse. Ça servira à l’ensemble des territoires, communes et intercommunalités du pays. L’État doit comprendre que dans les prochaines lois de finances, nos territoires devront être traités différemment. »

    Dans le viseur, la baisse des dotations à la collectivité chiffrée à 120 millions en deux ans, dont 70 millions actés le 19 février, et qui s’accompagne de la hausse des coûts de fonctionnement liés aux infrastructures de transports avec le Plan Marseille en grand. Avant d’entrer dans l’hémicycle, le maire (DVG) de Marseille, Benoît Payan, assumait de provoquer « un électrochoc ». « L’État ne nous a pas crus quand nous avons dit que nous ne présenterions pas de budget », réagissait ce dernier après la séance lors de laquelle seule la Dotation de solidarité communale (66 millions répartis entre les 92 communes) a été votée. C’est sur cette base que la CRC travaillera en lien avec les services métropolitains au projet de budget. Elle aura un mois pour rendre un avis au Préfet qui devrait arrêter sa décision courant juin. Deux pistes se dessinent : toucher aux attributions de compensation des communes et augmenter la fiscalité.

    « Je suis content et impatient de voir l’État faire l’exercice avec nous, qu’il se rende compte au local de la conséquence des choix faits à Paris. Les baisses de dotations mènent mécaniquement à des hausses d’impôts massives, un transfert d’impopularité fiscale qu’il va voir de ses propres yeux », assume David Ytier, vice-président délégué aux finances. « L’État va se rendre compte qu’équilibrer un budget avec les décisions prises à Paris n’est plus tenable. Sauf si on remet une carte dans le jeu qui s’appelle le versement mobilité. »

    « Choc fiscal » à venir

    Les élus métropolitains avaient lancé la semaine passée un appel solennel à l’État, réclamant notamment le déplafonnement de cette taxe payée par les entreprises. Son augmentation de 1% rapporterait 200 millions dans les caisses de la Métropole souligne le maire de Marseille. « On est là pour défendre nos habitants et nos communes, on n’est pas là pour combler les trous de l’État qui décide d’exonérer de taxes certaines grandes entreprises et des actionnaires qui gagnent de plus en plus… Il faut qu’ils puissent aussi contribuer au budget de l’État. Ce n’est pas simplement au contribuable de boucher les trous de l’État », insiste Benoît Payan.

    L’intercommunalité a de son côté élaboré un « plan d’économie d’urgence » d’un peu plus de 30 millions d’euros qui permettra d’atténuer le « choc fiscal » à venir en 2026 et 2027, a rappelé Nicolas Isnard. Plusieurs pistes d’économies évoquées sont loin de faire consensus, que ce soit la hausse de la fiscalité, la baisse des subventions aux associations ou l’augmentation des tarifs des transports. Le président a d’ailleurs annoncé des Assises sur le financement des mobilités métropolitaines à la rentrée, « pour faire émerger des pistes pour un financement équitable et pérenne du réseau de transports dans les années à venir ».

    Vice-présidents

    Pierre Huguet : Amélioration du cadre de vie (voirie, propreté); Sophie Joissains : Conférence des Maires, Concertation territoriale, Relations avec les institutions extérieures; Gaby Charroux : Industrie, réindustrialisation et industries créatives; Robin Pretot : Eau et Assainissement, Pluvial; Georges Cristiani : Proximité, maisons de la Métropole, Projet Métropolitain; Olivia Fortin : Emploi, Insertion, Économie Sociale et Solidaire; Pascal Montecot : Aménagement, Planification et Commande publique; Arnaud Drouot : Relations Internationales, Tourisme et Attractivité; Alexandre Doriol : Ressources Humaines et relations sociales; Capucine Edou : Transition écologique, Protection environnement, Lutte contre les pollutions et GEMAPI Marseille; David Ytier : Budget, Finances, Stratégie Fiscale, Maîtrise de la dépense publique et pilotage des satellites; Pascaline Lecorché : Enseignement supérieur, Formation professionnelle, Recherche et Fonds Européens; Frédéric Vigouroux : Mobilités, Mobilités durables, Transports et Projet « Quartier Gare Saint-Charles », LNPCA; Laurent Simon : Énergie et Transition énergétique; Serge Perottino : Relations usagers service public de gestion des déchets – Collecte des déchets; Eric Garcin : Agriculture, Viticulture – Alimentation et circuits courts; Anne Reybaud-Decroix : Traitement et Valorisation des déchets – Ruralité; Jean‑Pascal Gournes : Développement économique, relations entreprises et au monde économique, artisanat et Commerce; Martial Alvarez : logement, habitat et cohésion sociale; Maxime Marchand : Mer, Littoral, Ports.

    Conseillers délégués

    Lionel De Cala : Patrimoine et Politique immobilière, foncier économique; Joël Canicave : Stratégie financière et Contractualisation, Contrôle de gestion; Kayané Bianco Roatta : Jeunesse, Sports, CJM; Daniel Gagnon : Culture, équipements culturels; Michel Iillac : Gestion du trait de côte, Relations avec les usagers du nautisme, Activités nautiques; Audrey Garino : Logement insalubre et politique de la ville; Arnaud Mercier : Métropole numérique, politique publique de la donnée, Relations usagers des services numériques et téléservices mis à disposition des habitants; Hedi Ramdane : Propreté Marseille; Véronique Miquelly : Égalité Hommes/Femmes, Lutte contre les Discriminations et Inégalités; Loïc Gachon : Grand cycle de l’eau, GEMAPI hors Marseille, Étang de Berre; Philippe Ardhuin : Forêts et paysages, espaces naturels et biodiversité, archéologie.

    Lettres de mission

    Hervé Granier : Sécurité/Erp, Sidérurgie, pétrochimie, aéronautique; Pascal Chauvin : Infrastructures, parcs et aires de stationnement, pistes cyclables; Michel Boulan : Équipements Sportifs

    Philippe Charrin : Risques majeurs; Samia Ghali : Anru – Rénovation Urbaine; Michèle Rubirola : Handicap, Santé, Recherche Médicale, Économie de la Santé; Grégory Allione : Relations avec le Parlement européen.

  • Séquence budgétaire dans l’hémicycle Bargemon

    Séquence budgétaire dans l’hémicycle Bargemon

    Dans un contexte économique et institutionnel tendu, marqué par l’inflation persistante, les incertitudes sur les dotations de l’État, ce budget primitif 2026 entend affirmer une trajectoire de continuité et d’engagement. Il s’élève à près de 2,16 milliards d’euros, dont 1,58 en fonctionnement et 582 millions en investissement.

    Les recettes de fonctionnement progressent modérément (+2,7%), portées notamment par les produits des services municipaux et une fiscalité à taux constants. La Dotation globale de fonctionnement atteint 248,9 millions, en légère hausse, mais la Ville alerte sur un effet de ciseaux à moyen terme lié à l’évolution des critères de richesse.

    Côté dépenses, l’effort est assumé sur les priorités du mandat. Les charges de personnel (841 millions, +5,7%) traduisent la poursuite du rattrapage des effectifs, notamment pour la police municipale et les services de proximité. L’éducation reste la boussole municipale, avec des moyens renforcés pour les écoles, la restauration scolaire et la petite enfance. La Ville confirme aussi ses engagements en matière de sécurité, de logement et de lutte contre l’habitat indigne.

    Protéger, investir, préparer

    L’investissement demeure à un niveau élevé (473 millions), orienté en priorité vers les écoles et crèches (près de 59 millions), le logement et la rénovation urbaine (48 millions), la transition écologique, la sécurité et les équipements sportifs. La dette consolidée poursuit sa baisse par rapport à 2020, malgré un recours à l’emprunt d’équilibre de 277 millions.

    En dépit d’un cadre national contraint, la majorité municipale revendique un budget « qui protège, qui investit et qui prépare l’avenir », en maintenant les services publics et les politiques de justice sociale au cœur de l’action municipale.

    La séance abordera aussi le Plan Écoles, avec des acquisitions foncières et des ajustements financiers, ainsi que des mesures éducatives : dotations par élève, carte scolaire, aides à la Caisse des écoles. Côté cadre de vie, les élus sont appelés à se prononcer sur les taxes publicité et nettoiement et des travaux (stades, patrimoine municipal, immeubles communaux). La culture et la vie associative ne sont pas en reste, avec des conventions d’expositions, des restaurations d’œuvres et des subventions urgentes. Enfin, plusieurs délibérations concernent le logement social, la mer et le littoral.

  • Vague de soutien pour la CGT du port

    Vague de soutien pour la CGT du port

    Il n’est même pas huit heures du matin, ce mardi, que les fumigènes recouvrent déjà la place Monthyon qui fait face au palais de justice de Marseille, dans le 6e arrondissement de la ville. Des fumigènes qui dévoilent une marée de gilets rouges trépignant devant les grilles de l’institution.

    Ce sont plusieurs centaines de militants CGT du département et au-delà qui sont venus apporter un « soutien indéfectible » à Pascal Galéoté, le secrétaire général de la CGT du Grand port maritime de Marseille (GPMM). Ce dernier est convoqué pour une audience au tribunal correctionnel, aux côtés de Bernard Cristalli, ancien trésorier du Comité d’entreprise (CE, ancien nom du Comité social et économique) du port. Les deux sont accusés « d’abus de confiance » dans le cadre de la gestion des comptes du CSE du GPMM. Des comptes dans lesquels la cour des comptes a fourré son nez en 2021, avant que le Parquet de Marseille pointe, en 2025, « plusieurs anomalies constatées dans l’utilisation des moyens du comité d’entreprise ».

    De quoi provoquer une montée au créneau unanime d’une myriade d’organisations CGT de la région qui dénoncent une « répression judiciaire » qui s’abat sur une figure des luttes locales (lire notre article du 27/04). Rappelons que la CGT est historiquement majoritaire au port de Marseille, avec actuellement plus de 750 syndiqués, et logiquement largement majoritaire au CSE avec 17 des 24 sièges de titulaires et suppléants de l’instance représentative du personnel, dont Pascal Galéoté est secrétaire. Elle est surtout de tous les combats et régulièrement motrice des mobilisations dans le département. D’où les plusieurs dizaines d’appels à la mobilisation, de syndicats divers et variés, pour ce mardi. Même des agents portuaires du Havre, de Rouen ou de Dunkerque ont fait le déplacement.

    Entre liste à la Prévert

    et pêle-mêle

    Manque de pot, ou pas, l’audience est reportée à 13 heures. Le comité de soutien fait le pied de grue. Et à ladite heure, débute une audience fleuve qui ne prendra fin qu’à 20 heures passées. Le Port n’est pas partie civile, le CSE non plus. Seuls les syndicats minoritaires FO, sept agents, et le syndicat des cadres sont dans le coup. In fine, le débat porte aussi sur le fait que les élus des dits syndicats n’ont pas, ou peu, bénéficié d’une partie des dépenses. La Cour a ainsi décortiqué les comptes du CE de 2014 à 2018, questionnant « 264 000 euros de dépenses » reprochés aux deux prévenus. Parmi elles, la présidente pointe notamment 98 000 euros de frais de restauration ou encore plus de 50 000 euros de frais de déplacement.

    Elle s’attarde sur plusieurs cas largement repris par les avocats des syndicats concurrents : une facture de 75 euros dans un bar à cocktails à Paris à 1h20 du matin par-ci, une cinquantaine de billets de TGV pour un 1er mai à la capitale par-là… À la barre, Pascal Galéoté justifie point par point les faits : pour le premier cas, c’est une dépense dans le cadre d’une discussion qui s’est prolongée tardivement après une réunion, pour le deuxième un trajet pour une rencontre avec d’autres CE portuaires. Un stylo Montblanc supposément offert ? « Il est toujours dans le coffre du CE », assure le secrétaire général. En bref, il est fait « une liste à la Prévert », pendant laquelle Cour et partie civiles questionnent pêle-mêle la remise de colis à des agents, pratique somme toute classique d’un CE, jusqu’à des frais de bouche, dont des notes de restaurants de plusieurs milliers d’euros, supposément « sans justification ». Si les montants peuvent paraître élevés, Pascal Galéoté rappelle qu’on dénombrait plus de 80 délégués et élus dans les différentes commissions qui découlaient du CE. Forcément, ça monte vite dans les chiffres.

    « Pas d’enrichissement personnel »

    Malgré les explications des prévenus, il n’en faut pas plus pour que le procureur cible « un budget utilisé en dehors de l’intérêt et des activités du CE ». En clair, des dépenses qui outrepassent le cadre du fonctionnement de l’instance comme des « déplacements de nature syndicale ». Il requiert 18 mois de prison contre les deux, assorti d’un sursis, de 5 000 euros d’amende contre Pascal Galéoté et 3 000 pour Bernard Cristalli. Mais également d’une peine de 5 ans d’inéligibilité. « Rien n’est démontré dans cette affaire, la somme reprochée correspond à quasiment toutes les dépenses du CE », plaide Maître Tom Bonnifay. Il explique que la justice a « confondu rapport de la Cour des comptes et enquête pénale » et note que la présidente du port de l’époque n’a même pas été entendue. Ou que l’on reproche à des militants de ne plus savoir ce qu’ils faisaient tel jour telle heure, 11 ans après les faits. « Il n’y a pas une liste de dépenses qui est imputable à l’un ou à l’autre (…) il n’y a pas d’enrichissement personnel », appuie-t-il.

    À la sortie de l’audience, Pascal Galéoté sort sous les applaudissements de ses camarades. Il résume la problématique : « On est tous les deux accusés d’avoir dépensé la même somme, pas au même moment et pas avec les mêmes dépenses mais la même somme quand même. » Avant de développer : « Il y a peut-être des dépenses, à la marge, où l’on a commis quelques erreurs. Par exemple des cocktails un soir, même si l’on explique que ça peut arriver de débattre tardivement de sujets, c’est pour eux difficile à entendre. On a essayé de répondre à toutes les factures. » Et se désole du fond de l’affaire : « C’est pour les syndicats minoritaires une opportunité de nous voir condamner. On aurait détourné 264 000 euros mais ils ne demandent rien à part l’inéligibilité ! C’est bien une attaque contre la CGT. »

    La décision sera rendue le 1er juin prochain.

    ILS DÉFENDENT L’ACTION SYNDICALE

    Romane Massip Adjointe PCF à la mairie des 1-7

    « Le capital est en crise. La CGT déplore 500 plans de suppression de poste dans l’industrie. Et ils souhaitent mettre à terre les travailleurs. Ce procès en est un exemple de plus. C’est un dossier de longue date avec des ré-accusations en chaîne d’abord parce que Pascal Galéoté est secrétaire de la CGT du Port. »

    Didace Galéoté USR CGT 13

    « Les syndicalistes, ici présents, viennent du Havre, de Dunkerque, et de Calais. Toutes les professions portuaires se sont mobilisées pour le soutenir. Le patronat n’a jamais supporté que les travailleurs s’unissent. Il tente aujourd’hui de briser les derniers maillons qu’il reste pour défendre la classe ouvrière. C’est un procès politique qui vise à évincer ceux qui gênent. »

    Eddy Bartolini, CGT GPMM

    « Ce procès fait suite aux accusations d’une plainte déposée par Force ouvrière en 2017, un syndicat moins représenté, qui nourrit une certaine rancœur envers nous. Nous sommes majoritaires dans les institutions et les commissions, ce qui les dérange. Ils tentent, par conséquent, de déstabiliser notre syndicat à travers un procès, même symbolique, c’est un peu extrême. »

    Véronique Dolot, CGT Métropole

    « Nous possédons des outils puissants, nous sommes présents forts et déterminés. Ils tremblent, et c’est ce qui fait notre force. Plus ils avanceront, plus la colère montera. Nous sommes les derniers debout. Les derniers qui ne cesseront de se battre pour l’ensemble de la classe ouvrière, les précaires, et les retraités sans jamais se satisfaire d’un simple compromis. »

    Virginie Akliouat, FSU

    « Ce n’est pas la première fois que nous sommes attaqués pour notre rôle de contre-pouvoir. Ces pratiques se multiplient, on le constate aussi au niveau des mouvements lycéens et la répression récurrente des forces de l’ordre sur les jeunes militants. Le pouvoir en place étouffe les voix des salariés et affaiblit celles des plus jeunes, afin de fragiliser les consciences politiques. »

    Maoudj Bader, SAP-CGT

    « Ces accusations sont diffamatoires. Le port est notre emblème, les portuaires nous ont toujours accompagnés, notamment lors d’agressions et de meurtres dans notre branche.

    Ils nous ont permis d’acquérir davantage de droits, d’augmentations financières et parfois même pour certains de retrouver leur travail. »

    Marie-Jo Cermolacce, PCF

    « Les syndicalistes comme Pascal Galéoté, ont permis pendant 20 ans, de soutenir l’industrie, et les acteurs du grand port. Ensemble, nous avons défendu les salariés, et nous sommes battus contre les trafics illicites. La CGT est la seule organisation qui se bat contre le libéralisme à outrance sur le port. Ce n’est pas pour rien qu’elle est aujourd’hui attaquée par le patronat. »

    Rémy Hours, CGT Cheminots

    « L’action que la justice entreprend est une criminalisation de l’action syndicale. Ce n’est pas un acte isolé. On constate ces mêmes méthodes de partout sur le territoire. Il est le quatrième haut responsable de notre organisation traîné devant les tribunaux pour des motifs fallacieux. Leur objectif est de discréditer l’organisation syndicale dans les consciences collectives.»

    Nathalie Tessier, Adjointe PCF au maire de Marseille

    « Je suis venue en soutien de notre camarade qui est mis en accusation et soutenir la CGT. Ce procès est injuste, Pascal Galéoté subit cet acharnement car c’est un grand représentant d’un grand syndicat. La CGT du port est une organisation puissante qui défend le droit du travail et la classe ouvrière de Marseille. »

    Jean-Michel Roccasalva, CGT Centrale de Gardanne

    « Nous réclamons l’absence de condamnation, même symbolique, ainsi qu’une clôture définitive du dossier. Ces actes prouvent malgré tout que nos démarches dérangent, une motivation suffisante pour ne pas lâcher, redoubler d’efforts, notamment dans le département. »

    Marc Pietrosino, secrétaire général UD CGT 13

    « Le gouvernement tente d’éliminer la CGT du Port car c’est un lieu où les salariés ont des droits qu’ils ont acquis par la lutte. Aujourd’hui des accusations totalement fallacieuses sont prises à charge contre le premier dirigeant du syndicat du Port de Marseille. S’en prendre à nos camarades, c’est attenter à un bastion ouvrier, qui a toujours su résister. »

    Thierry Camusso, CGT Filpac La Provence

    « L’avenir s’annonce compliqué avec le RN aux portes du pouvoir. En tant que syndicat nous avons besoin de ces élans de solidarité. Certains canards dénoncent Pascal Galéoté pour des affaires qui n’ont pas encore été jugées, notamment sur des détournements de fonds du CSE, ces accusations ne respectent pas la présomption d’innocence. »

  • Marseille : toujours mobilisés contre un data center à Saint-André

    Marseille : toujours mobilisés contre un data center à Saint-André

    « Le tramway, la première chose positive depuis bien longtemps dans le quartier, va passer là. Et on veut ajouter des camions ? » Venus de l’Estaque gare, Riaux ou de Saint-André, des habitants se sont de nouveau mobilisés, ce mardi 28 avril, devant le 90, chemin de Ruisseau-Mirabeau (16e). C’est là, sur 6 hectares de la friche industrielle de TCSI, qu’un data center, d’une puissance de 33 mégawatts, et une plateforme logistique de 34 000 m2 sur trois étages, devraient être construits si le projet porté par le groupe britannique Segro est validé.

    Il a déjà franchi, le 27 mars, l’étape de l’enquête publique avec des avis favorables. « Un Coderst [Conseil de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques Ndlr.] doit se tenir demain matin. Nous demandons à ce qu’il soit repoussé jusqu’à ce que soit faite une étude sérieuse sur le plan de circulation », pose Patrick Robert, président du comité d’intérêt de quartier (CIQ) de l’Estaque Gare et vice-président de la fédération des CIQ du 16e arrondissement. Une centaine de poids lourds transitent déjà, chaque jour, pour desservir la quarantaine d’entreprises de logistique domiciliées à cette adresse.

    « Prédation foncière »

    En ajouter davantage paraît intenable pour les riverains. « On a proposé de changer la destination du plan local d’urbanisme et de faire des logements, on en manque. Au CIQ Saint-André, on réclame l’arrêt total de ce projet », insistent Denis et Élisabeth Pelliccio, vice-président et présidente du CIQ en question. De son côté, Stéphane Coppey, délégué au juridique, aux transports et à la mobilité au sein de l’association France nature environnement (FNE) Bouches-du-Rhône, sera présent au Coderst. « Nous porterons la voix des CIQ », promet-il.

    Pour Antoine Devillet, du collectif « Le nuage était sous nos pieds », la perspective de cet énième data center, quand Marseille en compte déjà cinq sur son port, et qu’outre celui de Saint-André, un autre bâtiment serait prévu sur le site de Saint-Louis Sucre, pose problème. Ces installations « prennent la place d’autres projets, pour pratiquement aucun emploi. C’est de la prédation foncière », estime-t-il, quand environ 400 postes, dont 129 pour le data center, sont évoqués. Il pointe une « empreinte écologique énorme ». Autant de raisons pour lesquelles les habitants seront aussi devant le conseil municipal, ce mercredi à 8h, pour alerter les élus. À noter que dans l’enquête publique, Samia Ghali (DVG), maire adjointe, indiquait être « en désaccord avec le projet (…) dans les conditions actuellement proposées ».

  • Le Festival de Marseille jette des ponts entre les cultures

    Le Festival de Marseille jette des ponts entre les cultures

    Dans cette époque de conflits, où les libertés sont remises en cause et le dialogue devient difficile, des moments de rencontres comme le Festival de Marseille sont indispensables », introduit Julie Chénot, présidente de son conseil d’administration, à l’heure de dévoiler la programmation de sa 31e édition. Le rendez-vous se déploie du 14 juin au 8 juillet sur « 14 sites de la ville, du plus au Sud avec le Théâtre des Calanques jusqu’au Nord avec le Théâtre de la Sucrière ».

    Fort « d’un taux de remplissage qui a approché les 100% » en 2025, notamment à travers ses actions de médiation et d’un tarif unique à 10 euros, le Festival de Marseille remet le couvert avec une soixantaine d’événements. Et ce, dans le cadre d’une « programmation principalement internationale », situe sa directrice, Marie Didier, dont un certain nombre de projets qui jettent des « ponts entre les cultures », comme pourra en attester Urban Gnawa project. Imaginée par le chorégraphe Khalid Benghrib et réunissant « 250 participants amateurs » à la Friche Belle de Mai, campe Julie Moreira-Miguel, responsable des relations avec les publics, une « fête électro-populaire » d’ouverture qui donnera le la d’un festival fertile en mélanges de disciplines et d’influences.

    Dans Border Dance, Taoufiq Izeddiou se jouera des « frontières entre les cultures flamenco, gnawa et danses contemporaines » au Théâtre Joliette. Klap, Maison pour la danse, accueillera quant à elle Fandango reloaded. Créée par la Valencienne Inka Romani, une plongée dans cette danse « qui a failli disparaître pendant la période franquiste et dont elle dit qu’elle a résisté à la censure et au fascisme car elle était cachée dans le corps de nos grands-mères », détaille Marie Didier. La Friche Belle de Mai sera aussi le théâtre de Nouba-ti, performance décloisonnant les disciplines et imaginée par dix artistes femmes du bassin méditerranéen, qui s’inscrivent « dans le sillage » du film La Nouba des femmes du mont Chenoua, réalisé par Assia Djebar en 1979. « Nous nous interrogeons sur la façon de faire de l’art dans un monde où la cruauté est partout, afin de construire d’autres imaginaires », explique l’une de ses trois conceptrices, la Palestinienne Samaa Wakim.

    « Affirmations »

    Si le 31e Festival de Marseille joue à fond la carte de l’art briseur de frontières, il n’en demeure pas moins lieu des échos de sociétés qui naviguent entre « soumission et soulèvements », plante Julie Moreira-Miguel. Illustration suprême avec Fucking future, de Marco da Silva Ferreira, qui, au son « des tambours et de la techno », déglingue « les codes de la virilité, de la violence, de la soif de pouvoir et de l’oppression ».

    De rébellion, il sera aussi question à la Cité radieuse du Corbusier, à l’Alcazar et au Mucem, avec un « temps fort autour du mahraganat, mouvement culturel apparu dans les rues du Caire dans les années 2000 » et qui se veut l’expression « d’une attitude contestataire vis-à-vis du pouvoir et de la religion ». De « l’intime au politique », autant de révoltes qui appellent aussi parfois à « l’affirmation de soi quand on ne se situe pas dans la norme », précise la directrice du Festival de Marseille. Preuve en sera notamment avec XXL de Sofiane Chalal qui convoque avec trois autres danseurs les préjugés liés à leur surpoids pour les transformer en puissance créatrice, Parc d’Eric Minh Cuong Castaing « qui réunit dans un même espace de jeu public, danseurs et enfants atteints de troubles moteurs, soignants et robots commandés à distance », ou encore Version(s) de Dorothée Munyaneza, « hommage au boxeur marseillais Christian Nka, marqué par la lutte et la violence avec et contre laquelle il s’est construit ».

  • La Vénus d’Arles, le passage d’une icône

    La Vénus d’Arles, le passage d’une icône

    Elle a l’aura des chefs-d’œuvre majeurs de la sculpture antique et cette séduction qu’exerce la Vénus de Milo ou la Victoire de Samothrace.

    La Vénus d’Arles est de retour chez elle, parmi les siens. La statue de marbre du Ier siècle avant J.-C., découverte en 1651 à deux mètres sous terre dans les ruines du théâtre antique, est arrivée par convoi exceptionnel en provenance du Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines du Musée du Louvre. La déesse trône depuis vendredi au Musée départemental Arles antique pour l’exposition « Le Passage de Vénus » et pourra être admirée du public jusqu’au 31 octobre.

    Les Arlésiens qui se consolaient avec une copie plâtre, avaient revu leur Vénus en 2013, en chair et en marbre du mont Hymette, pour l’exposition « Rodin la mémoire de l’antique » à l’occasion de Marseille, capitale de la culture.

    Du génie grec

    au classicisme français

    L’histoire de la Vénus d’Arles est exceptionnelle car ce trésor du Louvre, saisie révolutionnaire de 1798, est la rencontre de deux périodes : d’une part le génie grec du IVe siècle av. J.-C. puisqu’il s’agirait d’une réplique de l’« Aphrodite de Thespies », une œuvre disparue du grand sculpteur athénien Praxitèle, vers 360 av. J.-C., dont le déhanchement et le traitement fabuleux du drapé seraient la signature, d’autre part le classicisme français, puisque kidnappée par Louis XIV pour trôner à Versailles dans la Galerie des Glaces, la statue de 2,20 m a subi une douloureuse restauration entre 1683 et 1685. Le sculpteur François Girardon l’a « retravaillée » à sa façon, lui flanquant deux bras, une pomme et un miroir tout en lui rabotant les hanches afin d’entrer dans les standards de l’époque ! Cette restauration a nourri des débats et des polémiques sur cette œuvre si iconique. Est-on si sûr, d’ailleurs, qu’il s’agisse d’une Vénus ? N’est-ce pas plutôt sa réinterprétation par le sculpteur du roi Soleil avec ses bras, sa pomme qui vont en faire une Aphrodite ?

    Mais revenons à sa découverte, le 6 juin 1651, par des ouvriers qui percent une citerne dans le jardin de l’abbé Jean Brun. Le buste se trouve à l’emplacement de la scène du Théâtre antique, près des deux colonnes surnommées par les Arlésiens les deux veuves. Le buste est brisé en quatre fragments. Le bras droit, l’avant-bras gauche, la base du cou manquent. Le visage est quasi intact, sauf le bout du nez, un miracle après un millénaire sous terre. La Vénus sans bras est exposée pendant 30 ans à l’hôtel de ville, les consuls d’Arles l’ayant rachetée à l’abbé avant de devoir l’offrir à Louis XIV qui la réclame.

    Et si c’était une Diane ?

    L’archéologue et historien de l’art allemand, Adolf Furtwängler (1853-1907), l’a auscultée sous toutes ses coutures pour percer ses secrets sous les rajouts de Girardon qui a refait les bras, le nez, le cou, retravaillé le buste et les plis, complété les éclats à l’oreille gauche et sur l’épaule gauche. Après l’avoir comparée aux autres répliques romaines de statues de Praxitèle, le scientifique soutient, en 1895, qu’elle a les traits Artémis, ou Diane chasseresse, à défaut d’en avoir les attributs, l’arc et les flèches. Une petite entaille sur l’épaule droite suggère la trace d’un carquois.

    Le repositionnement des bras opéré par Girardon est un mensonge historique, selon le scientifique allemand, qui a identifié en outre un rabotage des hanches et dans le dos. La tête elle-même a été repositionnée pour donner à la statue un port plus royal et moins divin. L’helléniste Charles Picard propose que la statue semi-dénudée soit un premier élan de Praxitèle avant d’oser plus tard le nu intégral pour sa Vénus de Cnide. Diane ou Vénus, sa beauté subjugue toujours.

  • [Tourisme] Le nombre de réservations impacté par le prix de l’essence

    [Tourisme] Le nombre de réservations impacté par le prix de l’essence

    Alors que la hausse du coût du carburant impacte nombre de professions, en témoignent les diverses mobilisations qui ont essaimé dans l’Hexagone ces derniers jours, qu’en est-il pour les vacanciers ?

    Dans le secteur du tourisme, certains semblent avoir pris les devants, à l’instar du camping Maïana, à La Grande-Motte, où les gérants ont mis en place une ristourne sur le carburant. Pour une semaine de réservation complète cet été, les futurs touristes pouvaient recevoir un bon d’achat d’une valeur comprise entre 30 et 80 euros.

    À l’aune de la saison estivale, d’autres dispositifs émergent pour tenter d’attirer la clientèle. « Nous avons un rôle à jouer pour maintenir le pouvoir d’achat. Chacun fait son truc. Par exemple, j’ai décidé de ne pas augmenter le prix de la restauration et de baisser celui de certaines boissons. D’autres mettent en place des bons d’achat sur le gasoil mais cela reste marginal », développe Philippe Robert, président de la Fédération de l’hôtellerie de plein air d’Occitanie et gérant du camping 4 étoiles La Méditerranée, à Vias. Tous espèrent que la guerre et l’augmentation du prix du carburant seront de courte durée et qu’ils pourront faire le plein au cœur de l’été. « Sur le début de l’année, les réservations étaient bien engagées, à un niveau similaire à 2025, une très bonne saison pour le tourisme. Mais depuis un mois et demi, il y a un ralentissement dû à la guerre. Ce qui se traduit par une baisse des réservations et un changement de comportement : les gens séjournent plus près, des établissements ont eu des annulations justifiées par le fait qu’ils se trouvaient trop loin », observe Philippe Robert. D’autres encore préfèrent partir moins longtemps. Preuve que le porte-monnaie pèse sur le choix des vacances : « On observe un regain d’activité sur le camping avec emplacements nus, l’offre la plus accessible », note Philippe Robert.

    « Un effet ciseau »

    Des tendances qui semblent se restreindre à la France. « Nous travaillons beaucoup avec des Allemands, des Hollandais : eux sont au rendez-vous. Seuls les Français pêchent, c’est étonnant », précise Philippe Robert. Néanmoins, ces réticences impactent les professionnels. « Les réservations sont bonnes pour les mois de mai et juin, mais nous avons des difficultés sur la haute saison, alors que nous sommes déjà complets en temps normal », poursuit le président de la fédération. Au point d’avoir un impact sur l’emploi ? « On reste prudent et on regarde nos dépenses car on a bien compris que tout peut arriver à tout moment. On n’a aucune visibilité contrairement aux autres années. Il y a une part de risque et on est prudent sur les embauches. »

    Le gérant de camping veut croire en sa bonne étoile en tablant notamment sur le fait que des Français, partant initialement à l’étranger, se rabattent sur l’Hexagone. « Il y a aussi un effet ciseau. On voit qu’il est compliqué de partir du fait du problème de pouvoir d’achat mais, d’un autre côté, avec ce climat anxiogène, on a besoin de s’échapper, de partir », soutient Philippe Robert.

    Toutefois, ces changements de comportement sont à l’œuvre depuis la crise sanitaire, amplifiée avec la crise énergétique liée à la guerre en Ukraine. Les gens partent moins longtemps et plus près pour un tourisme plus vert. Cette nouvelle hausse à la pompe ne serait-elle pas l’accélération d’un changement inéluctable ?

  • Région Occitanie : « Changer la vie » et lutter contre les idées reçues

    Région Occitanie : « Changer la vie » et lutter contre les idées reçues

    Trente mille habitants rencontrés lors de 330 manifestations, 5 000 questionnaires remplis qui ont donné lieu à 1 500 propositions. Voilà en quelques chiffres le bilan 2025 de la première édition de l’opération « La Région à vos côtés ».

    Décriée par l’opposition (droite, RN) pour son coût (310 000 euros) et son côté communication, la seconde tournée vient de débuter. Jusqu’à mi-juillet, les élus d’Occitanie vont aller à la rencontre* des habitants sur les marchés, dans les gares, les parkings de supermarché, les universités, les salons ou dans des événements spéciaux tels que la fête de la transhumance. L’objectif est triple : leur expliquer ce que fait concrètement la Région Occitanie qui fête ses 10 ans, recueillir leurs doléances et tordre de cou à certaines idées reçues propagées notamment par l’extrême droite.

    « Nous reprenons le chemin du terrain », synthétise la présidente Carole Delga (PS). Une initiative « unique en France » d’autant plus « nécessaire » au vu du « désamour » qui grandit entre élus et citoyens. Paradoxalement, ces derniers seraient demandeurs de contact direct. « L’an passé, ils ne nous fuyaient pas et venaient nous questionner quel que soit leur âge », se souvient l’écologiste Zina Bourguet.

    20 spécialistes recrutés dans les hôpitaux

    Cet exercice de « démocratie participative » a permis de « conforter certaines de nos intuitions devenues des certitudes », résume Christian Assaf (PS). Par exemple le fait que les transports, le pouvoir d’achat ou la santé sont les priorités des habitants. Mieux sonder leurs attentes a permis d’ajouter 20 spécialistes dans 12 hôpitaux aux 150 médecins recrutés par la Région dans les maisons de santé. Plutôt agréablement surpris de la démarche, les sondés ont aussi fait part de leurs mécontentements. « Souvent les trains en retard et la paperasse administrative », observe Carole Delga. Cela a permis à la Région de développer l’application Fairtiq pour avoir tous les tarifs des trains ou d’instaurer le TER à un euro pour les clubs sportifs.

    Aller à la rencontre des citoyens permet aussi de « démonter les contrevérités de l’extrême droite qui réécrit l’Histoire », insiste Carole Delga, attachée à la décentralisation. Et de rappeler, ajoute Jérôme Monamy (PCF), que « le RN vote contre le TER à un euro » ou que la première mesure du nouveau maire RN de Carcassonne est un « arrêté anti-pauvres ».

    * Premières dates : marché de Lodève (25 avril), gare Saint-Roch à Montpellier (28 avril), marché de Méjannes-le-Clap (27 avril)
    et du Vigan (5 mai).

  • LGV : des forages autorisés, la source d’Issanka en danger ?

    LGV : des forages autorisés, la source d’Issanka en danger ?

    Le projet est toujours dans les cartons mais a déjà son lot de détracteurs. Le chantier de la future ligne nouvelle Montpellier-Perpignan (LNMP), dont la phase 1 doit débuter en 2029, est sous le feu des critiques depuis qu’un arrêté préfectoral de déclaration d’utilité publique autorise des forages et sondages pour recueillir des données destinées à étudier la faisabilité du projet.

    Concrètement, le texte autorise « la réalisation de trois sondages de reconnaissance destructifs avec tubage à l’avancement d’une profondeur maximale de 80 mètres à proximité du profil géophysique ; la réalisation de deux forages carottés de 20 mètres de profondeur ; la réalisation d’une quinzaine de sondages destructifs de 1 à 1,5 m de profondeur répartis sur la zone d’affleurement ou à défaut, des fosses d’infiltration ». Sauf que cette autorisation empiète sur le périmètre de protection de la source d’Issanka, seule ressource d’eau potable de Sète, elle-même protégée par un arrêté de déclaration d’utilité publique (DUP) de 1988. « Or dans ce périmètre de protection, des règles s’appliquent. Il y a une liste d’activités interdites avec les forages. Les mêmes que l’arrêté entend autoriser pour
    le chantier
     », observe Laura Seguin, conseillère d’opposition à Sète et à l’Agglo. Dans un contexte de raréfaction de la ressource en eau, l’arrêté a de quoi poser question. « Il est important avant tout de préserver notre ressource en eau. Selon l’arrêté, il s’agirait de bien connaître, comprendre, etc. Mais on sait bien qu’il y a des risques. Ce n’est pas pour rien que ces règles existent, il y a des risques de pollution », insiste Laura Seguin. Pour preuve, l’élue met en avant un rapport d’octobre 2025 de la Commission locale de l’eau (CLE) du Schéma d’aménagement et de gestion de l’eau (Sage) des bassins-versants de la lagune de Thau et de l’étang d’Ingril. Dans ce dernier, « la CLE identifie que les travaux inscrits dans le dossier sont incompatibles avec [la préservation des ressources locales en eau douce et la sécurisation de l’alimentation en eau du territoire, Ndlr]. La CLE du Sage Thau-Ingril émet donc un avis défavorable sur le dossier d’enquête préalable à l’autorisation environnementale des interventions préparatoires de la phase 1 de la LNMP », précisait à l’époque le président du CLE, Michel Garcia.

    Les élus sétois opposés

    Mais force est de constater que la préfecture ne l’entend pas de cette oreille. « L’économie générale du projet initial de la DUP du champ captant d’Issanka de 1988 n’est pas bouleversée par la réalisation des investigations à cette étape du projet. Celles-ci permettront d’améliorer la connaissance de la ressource en eau et d’assurer la préservation du captage […] Il n’y a pas lieu de modifier la délimitation du périmètre de protection rapprochée », fait valoir le service de l’État.

    Bien que la CLE n’ait qu’un avis consultatif, ce dernier est issu d’un compromis entre toutes les parties. « La CLE est chargée d’élaborer le Sage avec des orientations de gestion, notamment la protection de la ressource. Le schéma est élaboré par un parlement local de l’eau réunissant des élus, l’État, des représentants d’usagers. On voit que l’État choisit de passer outre cette orientation issue d’une démocratie locale, on le déplore », soupire Laura Seguin, qui milite pour un tracé alternatif de la LNMP.

    L’élue de Nouvelle page n’entend pas baisser les bras. Le 20 avril, en conseil municipal de Sète, elle a déposé une motion afin d’exiger le « strict respect de la déclaration d’utilité publique de 1988. » « L’enjeu de la protection de la ressource dépasse les sensibilités politiques. On peut tous s’accorder pour dire d’une seule et même voix qu’on veut préserver notre ressource », soutient-elle. Et de fait : le maire LR Hervé Marquès avait lui même formulé une motion similaire. D’un commun accord, les deux parties se sont donc entendues pour déposer une motion commune lors du conseil d’Agglo du 23 avril afin de constituer un groupe de travail sur les conséquences de la LNMP sur le périmètre de protection d’Issanka.