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  • [Immersion] Le « LSBB », un labo enfoui à l’écoute du silence

    [Immersion] Le « LSBB », un labo enfoui à l’écoute du silence

    Enfoui à cinq cents mètres sous le plateau d’Albion, le Laboratoire souterrain à bas bruit de Rustrel (Vaucluse) est l’exemple le plus abouti à ce jour d’une reconversion réussie d’un site militaire ultrasecret dédié au lancement de 18 missiles nucléaires en une unité scientifique copilotée par le CNRS et l’Université d’Avignon pour l’appui à des recherches de très haut niveau international.

    Perdu dans la pampa et enfoui sous un massif karstique, ce bastion imprenable jouit loin de l’effervescence acoustique des grands centres urbains et industriels d’un calme anthropique rare, et surtout d’un silence magnétique exceptionnel. Dans ce saint des saints, un objet fascine : une capsule blindée capable de résister au souffle d’une frappe nucléaire. Dans cette cage de Faraday qui repousse toute onde au dessus de 40hz, on peut faire des recherches aux frontières du silence absolu.

    « J’ai visité les galeries avec des mitraillettes dans le dos » s’était plu à nous raconter il y a vingt ans Georges Waysand, le père du LSBB (La Marseillaise, 10 décembre 2006). Ce physicien honoraire du CNRS était resté bouche bée en découvrant les qualités de cet « étrange sous-marin suspendu ». « Mon nanomètre de mesure du champ magnétique indiquait quasiment zéro. » Son lobbying pour que la science investisse les lieux au départ de l’armée a été déterminant.

    Gilles Micolau, professeur à l’université d’Avignon, a ouvert à La Marseillaise ce labo hors normes qu’il dirige. Au volant du même chariot Fenwick qui convoyait durant la guerre froide les officiers de tir qui se relayaient dans la capsule, il nous guide avec Daniel Boyer, son directeur adjoint technique rattaché lui à l’université Côte d’Azur dans le ventre de la montagne et le dédale de 4km de galeries qui depuis trente ans accueillent plusieurs centaines de missions d‘observation et d’expériences scientifiques de très haut vol.

    Une salle de métrologie d’une parfaite stabilité thermique est l’objet d’un partenariat scientifique avec le groupe Bertin-Technologies basé à Pertuis et Aix-en-Provence connu pour la qualité des instruments optiques qu’il produit pour l’aérospatiale, les accélérateurs de particules. Ses ingénieurs ont réalisé la caméra SuperCam du rover Perseverance de la Nasa qui a débarqué sur Mars en février 2021 après un voyage de 490 millions de kilomètres.

    Le long des galeries, des sismomètres, des capteurs d’infiltrations d’eau crachent des données précieuses. « D’ici et par la fibre optique qui remonte au sommet de la montagne, on fait des mesures d’une rare sensibilité sur la gravité », détaille Gilles Micolau. Dans une pièce, pas moins de six sismomètres, un micro-baromètre et un accéléromètre déversent H24 des données précieuses aux services nationaux d’observation, au centre d’étude atomique, à toute une communauté scientifique. « Vous avez ici un gravimètre d’un raffinement technologique extraordinaire. Et c’est le seul endroit au monde où il y en a deux séparés par 500 mètres de roche dans un labo. Ces appareils de mesure ont une sensibilité diabolique. Pour exploiter leurs données, il faut encore retirer l’influence exercée par l’ensemble des planètes du système solaire. » Grâce à eux, on mesure les remous du système karstique rattaché à la Fontaine-de-Vaucluse, un des plus grands réservoirs d’eau douce d’Europe. On étudie ici l’attraction gravitationnelle qui s’exerce sur l’eau qui traverse la montagne, les soulèvements de la nappe phréatique qui se recharge après un orage sur le plateau d’Albion, ses variations avec la pression atmosphérique. « Cela permet de réaliser un bilan hydrique de ce qui rentre dans la montagne et passe dans ses profondeurs, mais aussi en surface de l’évapotranspiration des plantes », souligne Daniel Boyer.

    Plus loin, dans ce qui était un œuf en béton baptisé « R10 », du nom d’un des récepteurs du code nucléaire qu’il abritait, une expérience est menée depuis plusieurs années : 60 accéléromètres détectent les vibrations de la roche pour intercepter les ondes sismiques et comprendre leur propagation dans le massif karstique. « Chaque capteur opère 10 000 mesures tridimensionnelles à la seconde. C’est une quantité phénoménale de données. »

    MIGA, futur gravimètre

    à atomes froids

    Après 1,7 km de route, une porte blindée de deux tonnes conçue pour résister à une pression de 20 bars et revêtue d’une cuirasse galvanique, donne accès à l’enceinte étanche au champ électromagnétique. Au fond apparait la fameuse capsule posée sur vérins et rotules hydrauliques. Elle est suspendue au plafond d’une cavité ovoïde en béton de 2 mètres d’épaisseur, recouverte d’un centimètre d’alliage d’aciers. Tout a été conçu pour résister au flash électromagnétique qui précède l’explosion atomique et permettre la riposte nucléaire. « Nous sommes à 520m de profondeur à l’endroit le plus profond et le plus stable. On a ici le plus haut niveau de protection pour les manipulations les plus fines pour mesurer les fluctuations du champ magnétique. » On peut écouter l’activité d’un cerveau en phase de sommeil profond. Ici, pour la première fois un magnétomètre SQUID refroidi à l’hélium a mis en évidence le couplage entre un important séisme à 6 000km et des irisations atmosphériques qui le précédaient à la vitesse de la lumière. « Le bruit de fond magnétique filtré au-dessus de 40 Hz fait du LSBB, un des rares endroits capables de détecter ces signaux précurseurs très faibles d’un tremblement de terre. »

    L’avenir du LSBB se dessine dans deux nouvelles galeries creusées en 2015-2019 on l’on découvre une antenne gravitationnelle en cours de montage. Le projet MIGA est porté par le Laboratoire temps espace de Paris et le LP2N de Bordeaux. C’est un tube ultravide en acier de 150 mètres de long. « C’est un instrument de métrologie de très haut vol basée sur la nouvelle technologie d’interférométrie quantique par atome froid. Ses miroirs sont d’une précision inouïe », explique Gilles Micolau.

    Tout est parti de la prédiction d’Albert Einstein en 1916 sur l’existence d’ondes gravitationnelles. Pour la première fois, le 11 septembre 2015 deux interféromètres optiques de Ligo (USA) et de Virgo (Italie) ont détecté cette onde qui provenait de la fusion à 1,3 milliard d’années-lumière de deux trous noirs. « Pour l’heure, c’est un prototype démonstrateur, mais on espère qu’à la fin il servira à de l’observation gravimétrique », ajoute Gilles Micolau à la tête d’un labo qui repousse les formidables contraintes d’humidité, d’exiguïté, d’inconfort sous terre pour accueillir des expériences vraiment hors normes dans un environnent proche de la science fiction.

    « Vous avez là des appareils de mesure d’une sensibilité diabolique »

  • [Travailleur de demain] Théo Moni, une « pépite » aux fourneaux

    [Travailleur de demain] Théo Moni, une « pépite » aux fourneaux

    En ce moment je prépare la finale du championnat de France des desserts. C’est dans une semaine », annonce Théo, visage souriant et détendu. En démarrant un CAP boulangerie-pâtisserie, le jeune apprenti ne savait pas encore qu’il sauterait pieds joints dans les grands plats de l’art culinaire avec autant de plaisir. Toqué du piano de cuisine, Théo l’est « depuis tout petit ». En témoignent des photos de lui à trois ans, tablier autour du ventre et mains dans la farine, pétrissant la pâte dans la cuisine familiale. Il en a gardé une prédilection pour les plats à l’italienne. Sa madeleine de Proust est à la fois sarde et toscane. Il y a puisé dans son enfance l’inspiration pour son premier concours, « le sujet était le trompe-l’œil, j’ai fait un bomboli, mais au risotto ». Si sa passion reste la pâtisserie, c’est en faisant un stage à la Maison M et R, dans le 9e arrondissement, qu’il prend goût au poisson, « à la cuisine en général », et décide de bifurquer en hôtelerie et restauration.

    Dès 2024, élève au CFA Greta Marseille Méditerranée, Théo est distingué du « Coup de cœur du jury » au concours « Les pépites des chefs » qu’il défend à Paris. Depuis, il a « comme attrapé un virus ». À chaque concours, il fait monter la sauce. « J’aime les défis, ça oblige à se surpasser, ça donne un supplément de sens à ce que l’on fait. Décrocher une médaille, c’est une fierté sur le coup mais c’est surtout un formidable moteur pour aller de l’avant, comme un bilan de compétences ». Des défis, Théo en met jusque dans l’assiette, « en travaillant des produits que je n’aime pas vraiment, comme le navet. Je l’ai accommodé en tarte tatin au piment d’espelette et c’était pas mauvais ».

    Viser la crême, avec lucidité

    Chez ce chef en herbe, dépasser ses limites est d’autant plus remarquable, qu’il est poussé par sa volonté de surmonter un handicap. « Je suis multi-dys, tout ce qui relève de la coordination, la tenue des couteaux c’est compliqué. Je suis plus lent que les autres à réaliser certaines choses, avoue-t-il simplement, ça demande un plus de travail et d’adaptation. Et savoir s’adapter, c’est la première des qualités. » Maîtrise et technique sont pour lui les maîtres-mots quand on vise l’excellence. Et pour les atteindre, il ne rechigne pas à remettre l’ouvrage sur le métier. Théo n’est pas de ceux que la difficulté impressionne. Mieux, il force la main au destin et à ses professeurs, décidé à viser haut. « J’ai toujours fait ce que je voulais sans me poser de freins. Mais préparer un élève à un concours, c’est beaucoup d’investissement pour un enseignant et ça a aussi un coût financier. Alors je m’inscrivais et je leur demandais ensuite », explique-t-il, en citant une longue liste de remerciements à tous ceux qui l’ont guidé sur ce parcours, au lycée, mais aussi parmi les professionnels chez qui il a évolué en alternance. Il ne compte pas les heures passées à s’entrainer, « au lycée, dans les cusines de ST Microéléctronics, de la Tour La Marseillaise », pour réussir une préparation culinaire en quelques minutes chrono. Comme les grands chefs qu’ils admirent, « ceux qui ont inventé des recettes, ceux qui ont inventé des méthodes pour faire évoluer le métier », son objectif : « Faire un beau parcours, être dans le leader ship…sans viser le MOF, l’élite des élites, il faut être réaliste. »

  • [Entretien] « Un journal qui porte une autre vision des choses »

    [Entretien] « Un journal qui porte une autre vision des choses »

    La Marseillaise : « La Marseillaise » arrive dans votre département ce samedi. Quelle est votre réaction ?

    Éliane Barreille : C’est toujours bon d’avoir des médias qui puissent porter une autre vision des choses. Cela fait plus de 10 ans que La Marseillaise s’était retirée des Alpes-de-Haute-Provence, ne nous laissant qu’un seul interlocuteur. C’était dommage. Apporter une vision différente et éventuellement une contradiction, ça a du sens. Je suis ravie que nous ayons ce retour de votre journal qui apporte un pluralisme supplémentaire.

    En tant que présidente de Département vous vous occupez des collèges. La propagation des fake news, notamment chez les jeunes, vous préoccupe-t-elle ?

    É. B. : Je crois qu’il y a un vrai clivage générationnel. Les gens de plus de 60 ans sont ceux qui se tournent le plus vers la presse quotidienne régionale et qui sont le moins pollués par les réseaux. Les plus jeunes, oui, il faut bien le reconnaître, ils sont toute la journée sur le smartphone avec les problèmes que cela comporte. Au Département, nous leur avons fourni une tablette dont ils ne peuvent se servir que comme de livre. Il faut une sensibilisation pour distinguer une information vérifiée d’une autre.

    Quels sujets sont, selon vous, prégnants dans les Alpes-de-Haute-Provence ?

    É. B. : J’ai un dada en ce moment : la décentralisation. Le Premier ministre en parle beaucoup, moi je réponds « ruralité ». On ne peut pas être traité de la même manière quand on est un département comme le nôtre avec peu de population et peu de budget que des départements très urbanisés. J’ai rencontré le président des départements de France, j’ai pris rendez-vous avec le ministre de la Ruralité même si pour cause de municipales j’ai cru comprendre qu’il risquait de changer, pour porter ce message. Par exemple, les grands départements de France se verraient bien confier la santé. Mais moi, ici, je n’ai pas les moyens de l’assumer en totalité même si on fait des efforts pour répondre aux besoins. On ne peut pas tous être traités sans distinction depuis Paris.

    Quid des transports, des services publics ?

    É. B. : Nous sommes un département de montagne avec des contraintes fortes d’entretien du fait d’éboulements fréquents. On ne peut pas être logé à la même enseigne qu’un département parisien. Les transports en commun sont gérés par la Région et donc d’assez loin. Les agglo ont des transports qui fonctionnent intramuros, mais dès qu’on en sort, c’est très difficile. Je veux m’y pencher pour le prochain mandat.

    Il n’y aura pas d’épreuves des JO dans le 04 mais des changements sont-ils à attendre ?

    É. B. : J’ai été désignée comme porte-parole des territoires non-hôte des JO. Je suis en train de travailler pour apporter des propositions d’héritage pérenne. Mais d’ores et déjà, la ligne des Alpes, c’est 100 km de voie ferrée dans le 04 avec cinq gares qui vont être refaites. Je ne veux pas me limiter à ça. A priori, il y aurait quelques possibilités de financements à destination des collégiens. J’aimerais bien les sensibiliser au sport à cette occasion. Ensuite nous réfléchissons, comme pour le passage de la flamme des Jeux de Paris, à des animations dans les communes qui le souhaiteront. J’avais eu 7 communes partenaires en 2024, ça avait drainé un monde fou. Je vais réfléchir avec les autres départements à ce qu’on peut porter autour des JO, par exemple en anticipant des formations sur le tourisme en amont.

  • [Entretien] « “La Marseillaise” dans les Hautes-Alpes, ça montre qu’on est attractif »

    [Entretien] « “La Marseillaise” dans les Hautes-Alpes, ça montre qu’on est attractif »

    La Marseillaise : Comment percevez-vous l’arrivée de « La Marseillaise » dans votre département à partir de ce samedi ?

    Jean-Marie Bernard : On ne peut que se féliciter de l’arrivée d’un nouveau journal dans le département des Hautes-Alpes. C’est un interlocuteur supplémentaire pour nous. Je pense que cela va renforcer la cohésion du territoire en apportant une vision ouverte sur toute la région. C’est bon signe pour vous mais aussi pour nous parce que ça montre que notre territoire est attractif !

    Quelles sont les thématiques qui marquent, d’après vous, ce territoire ?

    J.-M. B. : Pour ce qui est du conseil départemental, la compétence numéro 1 c’est la solidarité. On fait beaucoup sur l’insertion des personnes en difficulté qui sont allocataires du RSA. La question des déplacements est aussi très importante dans un département comme le nôtre. La Région va réaliser de nombreux chantiers pour l’amélioration de la ligne ferroviaire Marseille-Briançon.

    Ces travaux interviennent en vue des JO. Comment vont-ils transformer le territoire au-delà des transports ?

    J.-M. B. : Tout le monde connaît la partie sportive. Ce que je vois dans les Jeux, c’est l’implication de l’État et des Régions pour favoriser la mise en place d’améliorations accélérées. Par exemple sur le réseau routier, ce qui va se faire en 5 ans, j’aurais mis peut-être 15 ans à le financer seul. On va faire 350 millions d’euros de travaux sur la voie ferrée qu’on n’aurait jamais pu faire sans les JO, idem pour les 180 millions sur le réseau routier départemental et national. On va en profiter aussi pour enterrer des parkings dans les stations pour camoufler les voitures et améliorer la vue depuis ces très beaux sites. Et puis on espère beaucoup de la transformation du village olympique à Briançon en quartier de ville où on trouvera des logements de qualité, des logements sociaux, des lits hôteliers…

    Les JO sont aussi l’occasion de réfléchir à l’avenir en prenant en compte le changement climatique. Elle ressemblera à quoi la montagne de 2050 selon vous ?

    J.-M. B. : On va continuer à faire du ski. Peut-être qu’au lieu de faire des saisons de 120 jours, on en fera de 100 jours. Les Hautes-Alpes vont vivre encore longtemps avec les sports d’hiver mais il faudra diversifier, trouver des accroches pour un tourisme d’été et de demi-saison. On s’aperçoit que les vacances de Toussaint ou de printemps sont attractives aussi. On va démultiplier les accroches.

  • [Portrait] Christèle Gonçalves : allégresse et musicalité

    [Portrait] Christèle Gonçalves : allégresse et musicalité

    De tout temps, du plus loin qu’elle se souvienne, les joies, les regards et les besoins que procure la peinture étaient présents dans sa vie quotidienne. Très jeune à l’école, mélanger des couleurs et reproduire très vite les harmonies qu’elle souhaitait, faisaient partie de ses gestes familiers. Ce fut un réflexe, c’était incontournable : apprendre le dessin, choisir d’être étudiante aux Beaux-Arts relevaient de l’évidence.

    Parmi les peintres qui l’habitent depuis longtemps, il y a Turner et Joachim Sorolla, David Hockney et Peter Doig. Les couleurs, la figuration et des pointes de modernité ont leur nécessité, l’air du temps a ses potentiels et ses contradictions. Son compagnon, le père de ses deux filles est informaticien. À Luminy, elle avait bifurqué du côté de l’apprentissage de la communication. Le diplôme, les machines qu’elle avait dessinées à propos de « Londres à l’époque des Lumières », relèvent partiellement de la sociologie, c’est une sorte de décryptage.

    La vision de la Maison de la Cascade de Frank Lloyd Wright la captive. Entre1990 et 2015, elle pratique passionnément la musique ainsi que les arts de la cuisine. Ou bien, puisque tout n’est pas uniquement pictural, elle voyage. Elle visite le Moma, elle aime profondément les fjords et les embarcadères de la Norvège. Elle lit Charles Buckowski et Virginia Woolf.

    Comme une déferlante,
    la roue des saisons

    Pendant les récentes années, Bernard Plasse à la galerie du Tableau, Christiane Courbon à Châteauneuf-le-Rouge, Pierric Paulian de la Nave Va et Martine Robin pour la sélection du Prix Mourlot ont exposé sa peinture. Rétrospectivement, Chrystèle Gonçalves estime que « les Beaux-Arts furent une traversée un peu floue… tout cela a pris le temps de germer depuis, en attendant le bon moment… il faut apprendre à être patient ».

    Le salon de son appartement du cours Julien est devenu son atelier. Un processus de grande intensité, quelque chose d’irréversible s’est enclenché. Elle commence par peindre des natures mortes en petit format. Les réminiscences et les emportements de chaque tableau engendrent les éveils de nouvelles toiles. Aujourd’hui, comme le démontre le premier mur de son exposition de la rue Consolat, le souffle du métier qui vient, un très vif acharnement lui permettent de prendre le risque de réaliser promptement des grands formats comme les toiles exécutées pendant la première semaine de décembre, quelques jours avant l’inauguration. Des fluidités et des cohérences se sont immédiatement installées, quatre grands panneaux d’une hauteur maximale pour les dimensions de son atelier se sont juxtaposés.

    C’est à la fois réfléchi et intuitif. Ses peintures composent un mixte de formes, de couleurs et de lumières, une simultanéité et des convergences qui relèvent à la fois de la nature morte ou bien d’un fragment de paysage. En dépit de telle ou telle imperfection, malgré des surprises et d’inévitables baisses de régime, un chemin se fraye.

    Rien qui ne soit tragique ou bien mélancolique

    Au départ, elle mettait en place sur un coin de table des éléments minuscules : des pois chiches, des jonchées de feuilles mortes, des ombres et des chatoiements, des radis, des haricots, des cerises et des pop-corns. Une joyeuse translation, une allégresse advenaient. Dans ce travail, rien qui soit tragique ou bien mélancolique. Les temps, les lumières et les impressions se mélangent. Ce qui prévaut au fil des saisons, ce sont des échos et des fugues qui s’organisent, les résonances d’une vraie musicalité.

    En face de cette œuvre quelquefois un peu trop répétitive, on imagine des ressorts ingénus et instinctifs. C’est archaïque, inattendu et sans attaches particulières. Toutes proportions gardées, ses tableaux peuvent faire songer aux bonheurs d’expression de Séraphine de Senlis. C’est indiscipliné et quasiment interminable. Un tumulte fugitivement contenu, des virtualités et des effervescences trouvent leur espace. Chrystèle Gonçalves explique que cela part de presque rien : un parfum dont elle s’éprend, un souvenir olfactif. Une toile peut provenir d’une odeur de mousse dans les bois brusquement remémorée, ou bien de l’étonnement en face d’une famille de moineaux nichée sur son balcon.

    Ce qui guide ses intuitions, ce serait d’avoir doucement gardé à l’intérieur d’une main, pendant quelques instants, la chaleur des plumes, la petite boule de l’oiseau qui très vite reprend son envol. En face de tel ou tel événement à la fois ordinaire et inspirant, tout est clairement mystérieux. C’est inimitable et çà mérite citation. Pour sa part, Saint John Perse écrivait magnifiquement que « sinon l’enfance, qu’y avait-il alors qu’il n’y a plus ? »

  • [Chronique Corse] Continuité territoriale : quand les marins tirent la sonnette d’alarme

    [Chronique Corse] Continuité territoriale : quand les marins tirent la sonnette d’alarme

    Les marins CGT de La Méridionale et de Corsica Linea ont déposé un préavis de grève afin de dénoncer des choix stratégiques qui menacent près d’un millier d’emplois et fragilisent le principe même de la continuité territoriale maritime.

    Au cœur des inquiétudes exprimées par les salariés : la remise en cause d’un service public essentiel. Ces liaisons ne sont pas de simples lignes commerciales : elles constituent un lien vital pour les insulaires, pour les travailleurs, pour les familles, mais aussi pour les nombreux Corses vivant sur le continent. Derrière la concurrence accrue et les logiques de rentabilité imposées au transport maritime, ce sont des savoir-faire, des emplois qualifiés et un équilibre territorial fragile qui sont aujourd’hui menacés, notamment entre la Corse et Marseille.

    Une question politique centrale

    Parmi les symboles forts de cette mobilisation figure le navire « Kalliste », que la direction de La Méridionale envisage de retirer du service. Kallisté, « la plus belle », c’est aussi le nom de notre association. Un clin d’œil chargé de sens, qui rappelle que derrière un bateau, il y a bien plus qu’un outil de transport : il y a une histoire, une identité, et un attachement profond à la Corse et à celles et ceux qui la font vivre, sur l’île comme sur le continent.

    Ce mouvement social pose ainsi une question politique centrale : la continuité territoriale doit-elle être soumise aux seules règles du marché et de la concurrence, ou rester un service public protégé, garant de l’égalité d’accès, de l’emploi et de la cohésion territoriale ?

    À Kallisté, nous avons souvent rappelé combien ces liaisons maritimes sont essentielles au quotidien des Corses. L’actualité nous le confirme une nouvelle fois : défendre la continuité territoriale, c’est défendre l’emploi, la justice sociale et le lien indéfectible entre la Corse et Marseille.

  • Danton, était-il vertueux ou démon ?

    Danton, était-il vertueux ou démon ?

    Surnommé le Mirabeau de la Populace et des Sans-Culottes, Danton était, pour l’académicien Hippolyte Taine, un esprit sain, un génie, original et spontané, possédant l’aptitude politique. En un mot, il était bonhomme.

    Pour le tribunal révolutionnaire qui l’a jugé et envoyé à l’échafaud, il avait pour projet liberticide de détruire le gouvernement républicain et de rétablir la royauté. Donc un démon. À cette accusation, des plus inattendues, dont la lecture sera faite par Saint-Just le jour même à la Convention, Georges-Jacques répondit (on dirait du Socrate) : « Les lâches qui me calomnient oseraient-ils m’attaquer en face, qu’ils se montrent, et je les couvrirais eux-mêmes de l’ignominie, de l’opprobre qui les caractérise ? »

    Bonhomie
    ou malveillance

    Quatre-cent-soixante pages furent ainsi nécessaires à l’auteur pour nous faire comprendre pourquoi Robespierre tenait à l’œil celui qui n’avait pas attendu l’apparition d’un Hugo pour dire qu’après le pain, l’éducation était le premier besoin du peuple. Ni celle d’un Stendhal pour hurler que, pour vaincre, il nous faut de l’audace. Vous serez d’accord, lecteurs, pour découvrir par vous-mêmes si ce livre vous a convaincus de la Bonhomie de Danton ou de sa malveillance.

    Qui se hasarderait à nier qu’il y a en chaque être un je-ne-sais-quoi mi-ange mi-démon, et que cette double nature ne dépend pas de sa volonté, mais des circonstances ? Le souffle qui anime ces pages est tout à l’honneur de Jean-Paul Desprat et des idées qu’il défend.

    Le Rocher, 24 euros

  • Les piliers de verre qui portent la société

    Les piliers de verre qui portent la société

    Sa voix est un murmure, un « pardon » discret quand elle passe la serpillière entre deux chaises. Elle se déplace comme une ombre parmi les salariés pressés, absorbés par leurs mails, leurs réunions, des appels à passer. On la frôle sans la voir. On lui sourit parfois, par politesse plus que par reconnaissance. Personne ou presque ne la remarque.

    Elle connaît pourtant ces lieux mieux que quiconque. Les traces de doigts sur les vitres, les miettes sous les bureaux, les confidences oubliées sur un Post-it. Elle efface les signes du passage des autres, méthodiquement. Son travail consiste à faire disparaître. À rendre propre.

    La nuit, elle bosse encore. Dans de grands immeubles vides où le silence résonne plus fort que le jour. Les ascenseurs soupirent en ouvrant leurs gueules, les couloirs s’allongent. Infinis. Les lumières allumées, étage après étage, marquent sa progression comme une constellation urbaine. Vue de dehors, on pourrait croire à un veilleur tardif, à une vie secrète qui persiste quand tout le monde dort. À l’intérieur, il n’y a qu’elle, son chariot et le bruit régulier de ses gestes. La nuit, au moins, personne ne détourne le regard : il n’y a personne pour ne pas la voir. Sauf les caméras.

    Elle a l’âge qu’on ne demande jamais. Un corps fatigué, un dos qui tire, des horaires éclatés. Elle fait le ménage. Elle fait tenir debout des journées de travail qui ne sont pas les siennes. Elle s’appelle Nadia, mais elle pourrait s’appeler Irène ou Marie.

    Les invisibles sont comme des piliers de verre : ils portent tout, mais on ne les distingue qu’au moment où ils se brisent. Comme pendant la période du COVID, où les métiers essentiels sont apparus au monde entier. Pas de trader, encore moins de politicien. Ils sont le filigrane de la société, ce dessin discret qu’on ne voit qu’en transparence. Et quand la lumière change, on s’aperçoit qu’ils étaient là depuis le début. Surtout quand la période s’assombrit. .

  • [Étoile de Bessèges] 4e étape : le Belge Joppe Heremans (Van Rysel – Roubaix) s’impose, Kubis conforte sa place de leader

    [Étoile de Bessèges] 4e étape : le Belge Joppe Heremans (Van Rysel – Roubaix) s’impose, Kubis conforte sa place de leader

    Cette 4e et avant-dernière étape entre Saint-Christol-lez-Alès et Vauvert (154,84 km, 958 m de dénivelé positif), au profil plus roulant que les deux précédentes malgré de nombreuses petites côtes, a, sans surprise, offert un scénario assez similaire à celui de ses prédécesseuses.

    Un groupe de trois coureurs – Valentin Retailleau (Total Énergies), Tommaso Bessega (Polti) et Clément Davy (Nice Métropole Côte d’Azur) – a pris l’échappée au bout d’une dizaine de kilomètres, dans la première boucle autour de Saint-Christol. Celle-ci avait peu de chance d’aller au bout, eu égard au manque de relief de l’étape, mais aussi à la présence du coureur de Total Énergies, toujours dans le coup au général (31e à 29’’). Elle n’a ainsi compté au maximum qu’1’30 d’avance.

    Dans les 30 derniers kilomètres, le peloton a durci la course, reprenant d’abord Bassega, lâché par ses compagnons de fuite, à un peu moins de 13 km de l’arrivée. Ces derniers, eux, ont maximisé leur baroud d’honneur face à un peloton au sein duquel les équipes semblaient s’organiser pour le sprint, mais ont cédé dans les 2 derniers kilomètres.

    Et à l’arrivée, c’est le jeune puncheur belge Joppe Heremans (Van Rysel – Roubaix) qui s’est montré le plus prompt, offrant à l’équipe nordiste sa première victoire de la semaine. Le leader du classement général Lukas Kubis (Unibet Rose – Rockets), très bien placé dès le début du sprint, termine deuxième et conforte sa place de leader avec 13’’ d’avance sur Henri Uhlig (Alpecin-Premier Tech) et 16’’ sur Louis Hardouin (Van Rysel – Roubaix), avant le contre-la-montre de dimanche à Alès, qui sera le juge de paix de cette 56e édition de l’Étoile de Bessèges.

    Paul Lapeira (Décathlon – CMA CGM), auteur d’un geste de frustration à l’arrivée à l’égard du vainqueur, considérant avoir été tassé, prend la troisième place.

  • [Vidéo] Les tenders de poulet aux épices cajun pour les enfants

    [Vidéo] Les tenders de poulet aux épices cajun pour les enfants

    C’es avec un champion du monde de burgers que nous vous donnons rendez-vous pour cette recette ! Joannes Richard partage avec vous sa recette des tenders de poulet aux épices, spéciale enfants qui aura de quoi faire plaisir à toute la famille !

    Pour commencer, écrasez grossièrement les corn-flakes entre vos doigts. L’objectif étant de garder de la mâche et du volume. Réservez dans un plat et ajoutez la chapelure panko. Il est possible de réaliser cette recette avec une panure à la française mais celle-ci sera moins croustillante. Mélangez bien les deux panures à la main et réservez.

    Pour les filets, ôtez au couteau les parties grasses ou quelque peu disgracieuses puis coupez le filet au milieu dans le sens de la longueur, enfin réalisez des aiguillettes en coupant le filet en diagonale pour faire de petits morceaux d’environ 50g chacun. Déposez les tenders dans une assiette creuse ajoutez du poivre, du sel, des épices cajun ou des épices que vous affectionnez, enfin un peu d’huile d’olive et mélangez le tout. Réservez au frais.

    Dans un cul-de-poule versez la farine, de nouveaux des épices cajun, du sel et du poivre. L’idée ici est d’assaisonner en amont, au cours de la préparation pour ne pas avoir à saler les tenders une fois prêts. Versez un peu d’eau dans le mélange afin de préparer un appareil fluide, un peu comme une pâte à tempura qui ait l’aspect d’une pâte à crêpes mais un peu plus épaisse.

    Trempez vos morceaux de poulet dans l’appareil, ils doivent être entièrement nappés, avec une main et gardez l’autre main propre pour les tremper ensuite dans la panure. Petite astuce du chef pour éviter d’avoir des pertes de panure à la cuisson, pressez légèrement celle dernière à la main sur le poulet pour qu’elle accroche bien. Une fois les tenders panés, réservez dans une assiette. Faites chauffer votre huile à feu fort d’abord puis baissez un peu le feu pour éviter que la préparation noircisse. Vous pouvez le faire à la friteuse ou à la casserole en fonction de ce que vous avez sous la main. Faites cuire 4 minutes pour avoir une panure dorée et croquante. Égouttez les tenders sur un sopalin pour enlever le gras. Dégustez ! Bon appétit.

    Il vous faudra :

    – De la chapelure panko

    – Une grosse poignée de corn-flakes natures

    – De la farine et de l’eau

    – Des épices cajun

    – De l’huile d’olive,
    du sel et du poivre

    – Deux beaux filets de poulet