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  • [Lecture] L’évasion du tirailleur

    [Lecture] L’évasion du tirailleur

    Mille neuf cent seize. La Teste de Buch. Camp du Courneau. Des milliers de tirailleurs sénégalais sont entassés dans des baraquements avant de rejoindre le front. Dans la nuit, une silhouette se faufile, passe par-dessus les barbelés et par-dessous les wagons, sous la lune froide. Les images lui reviennent des siens et de son pays. Sa fuite est peuplée d’animaux qui se font témoins de son histoire. Il se souvient du paquebot, et des façades imposantes de Bordeaux, à l’arrivée. D’où provient tant de richesse ? Les récits sur la guerre qu’il a entendus terrifient ses cauchemars. Il faut fuir, dormir dans les bois, voler un morceau de pain dans une maison isolée et se faire prendre : « Ça commence par du pain et après ? » Être pris en chasse. Thibault Rougès livre ici un récit grave, haletant et poétique, servi par des encres profondes. On est saisi par les paysages, par les visages, par les corps, par les plumages et les pelages. Thibaut Rougès s’est attelé à « entrer dans la tête de cet homme », pour le comprendre, « créant un lien fraternel presque inexplicable ». Une force se dégage de cette bande dessinée inspirée de « l’histoire vraie de Beckadou, tirailleur sénégalais, seul et unique évadé du camp du Courneau ». Elle est le résultat de cinq années de travail, un travail soigné, et de décantation qui font un récit épuré. Pas de bavardage. Quelques dialogues pour illustrer et des images pour raconter : le récit est dans le dessin. Sa magie est de nous placer immédiatement en proximité avec le héros et de nous entraîner dans sa fuite, avec lui, de susciter ce lien fraternel en nous, sans avoir besoin d’en dire davantage. Ah oui : en 1917, les deux assassins de Beckadou ont été acquittés.

    Déraciné

    Un tirailleur en fuite

    par Thibault Rougès

    Familar éditions, 21 €.

  • Eudes, le talent au service de la carrosserie

    Eudes, le talent au service de la carrosserie

    Il l’avoue volontiers : la carrosserie n’était pas une vocation innée, ou un héritage familial. Mais Eudes Stenger, jeune carrossier peintre de 19 ans, a fini par en faire une vocation : « Je ne savais du tout quoi faire en sortant du collège. Comme je suis assez minutieux, je suis allé vers la carrosserie. C’était un peu un hasard, mais j’ai directement adoré, donc j’ai continué », explique-t-il humblement. Un métier qui lui permet cependant de travailler au plus près d’une de ses passions : le sport automobile.

    Originaire de Fréjus, il débute alors un bac professionnel Réparation des carrosseries au lycée les Eucalyptus, à Nice. Une formation exigeante, qui demande de l’engagement et du sérieux. « On était 30 dans ma classe au début, mais nous ne sommes que trois, aujourd’hui, à exercer le métier », précise le jeune homme. Son bac en poche en 2024, le garçon poursuit son petit bonhomme de chemin. Pour ajouter une corde à son arc, il s’inscrit alors en CAP peintre sur carrosserie. Une formation d’un an, « la suite logique après le bac », qu’il effectue en alternance. Et qui, là aussi, demande des compétences précises et un savoir-faire qui ne s’invente pas, notamment d’un point de vue scientifique : « On mélange beaucoup de produits différents. Il faut faire attention par rapport à l’humidité, la chaleur, à la pluie… Les matières qu’on utilise ne sont jamais les mêmes. Par exemple, je ne me sers pas des mêmes produits quand il pleut ou quand il y a du vent, car l’humidité dans l’air n’est pas la même. Tout cela, nous devons le calculer », détaille-t-il.

    Deux fois parmi les meilleurs apprentis de France

    Ce second diplôme en poche, Eudes est prêt à se lancer dans le grand bain du monde professionnel. Son maître d’apprentissage est très satisfait, mais ne peut malheureusement pas le garder dans ses effectifs. Mais il le dirige vers un de ses confrères, en besoin de main-d’œuvre, à Roquebrune-sur-Argens, qui lui fait directement confiance en lui offrant un CDI, en tant que peintre, lui permettant déjà, à peine entré dans l’âge adulte, de prospecter pour acheter un logement, lui qui habite encore chez ses parents.

    Et s’il aimerait, à l’avenir, travailler également sur la carrosserie « pour ne pas faire tout le temps la même chose », avant de monter « d’ici moins de dix ans » son propre garage, son épanouissement est (presque) total : « Ce qui me plaît, c’est le résultat final, et tous les enjeux et difficultés de la peinture. Par exemple, tout à l’heure [mardi, avant l’interview, Ndlr], je travaillais sur un capot de Range Rover. Le vernis a eu une réaction : il a micro-huilé, c’est-à-dire que de petites bulles sont apparues. Il faut donc trouver pourquoi ça arrive et faire en sorte que ça n’arrive plus. Il faut toujours satisfaire le client, il faut que tout soit nickel. »

    Cette minutie, essentielle à son métier, Eudes l’a déjà mesurée en compétition. Après une première participation -infructueuse- aux World Skills en 2023, il y a brillé en 2025 (lire ci-contre). Mais ce n’est pas tout, puisqu’il a été consacré parmi les meilleurs apprentis de France en carrosserie en 2024 et en peinture en 2025. Le talent au service de la carrosserie et de la peinture.

  • Nicolas Guillé : « Des objectifs très élevés sur les Grands Tours »

    Nicolas Guillé : « Des objectifs très élevés sur les Grands Tours »

    La Marseillaise : Quels sont vos grands objectifs en 2026 ?

    Nicolas Guillé : Déjà de gagner des courses. Après, il y a des passages obligés, des courses comme Paris-Nice, comme les classiques flamandes, Paris-Roubaix aussi, car nous avons notre partenaire mécanique basé dans la région. C’est un gros objectif de la saison. Ensuite, on va vite arriver sur le Tour de France. On va dire que nous avons des objectifs très élevés sur les Grands Tours. Il faut qu’on essaie de passer un cran, de pouvoir vraiment rivaliser, de s’approcher du podium sur ces courses-là.

    En regardant en détail votre effectif, on dirait que vous pouvez gagner sur tous les terrains. Qu’en pensez-vous ?

    N.G. : Oui, c’est vrai qu’on a des coureurs qui vont assez vite, qui passent bien les bosses. On a un collectif assez fort. Avec le recrutement de sprinteurs, nous allons devoir avoir une approche différente de la course. Ce sont des choses assez nouvelles pour nous, on n’a jamais eu trop de sprinteurs dans l’équipe. Et c’est vrai qu’avec le recrutement de Mark Renshaw, de coureurs aguerris autour d’Olav Kooij, on est plutôt confiant avant d’attaquer cette nouvelle année.

    2026 sera une année importante pour le grand espoir Paul Seixas. Est-il prêt à affronter le gros programme qui l’attend ?

    N.G. : Oui, bien sûr, mais c’est vrai que l’on souhaite le couver au maximum, avec que des experts autour de lui. On essaie qu’il ait la meilleure approche possible de sa saison, sachant qu’il est jeune et qu’il faut faire attention à tout avec lui. Il n’y a pas de pression particulière. On le laisse venir sur les courses. On sait que c’est un coureur qui est déjà mûr, il sait ce qu’il veut. Après, l’expérience va venir au fil des mois, des années. L’idée, c’est vraiment de ne pas lui mettre la pression. Il faut placer de bons coureurs à ses côtés pour l’amener à faire de bons résultats. Il faut juste lui laisser le temps et les performances viendront par elles-mêmes.

  • Provence Rugby bat Aurillac sous l’orage

    Provence Rugby bat Aurillac sous l’orage

    Un troisième match en 2026 pour le moins atypique. Provence Rugby s’est imposé, ce vendredi, face à Aurillac
    (26-10). Une rencontre où la pluie a été un facteur important et a rendu le jeu difficile. Les locaux ont finalement su creuser un écart au bon moment, avant que le cuir ne devienne trop glissant. Un match où même l’arbitre principal, M. Aiguebonne, est sorti sur blessure à deux minutes du terme.

    Les Provençaux ont bien fait de frapper d’entrée car la suite de la première période a été beaucoup moins flamboyante. Léo Drouet a inscrit un essai en coin dès la 3e minute avant que Tui ne score lui aussi après un peu plus d’un quart d’heure de jeu. Autour de ces moments-là, Provence a été plus absent, laissant Aurillac complètement dans la partie. Hadinegoro a transpercé la défense plein centre pour les premiers points des visiteurs. C’est ce brin de folie, cette vitesse qui a manqué aux locaux pour créer un écart à la mi-temps (14-10).

    Pluie, orage et victoire

    Les joueurs ont eu la mauvaise surprise d’être accueillis par une pluie battante au retour des vestiaires. Pas de quoi décontenancer Provence Rugby, qui s’est appliqué pour inscrire un 3e essai, au près et en force. Les entrées de période ont pu pêcher par le passé, mais il a bien été un point fort ce vendredi soir.

    Si les éléments se sont déchaînés dans le ciel aixois, les hommes de Philippe Saint-André se sont finalement mis à l’abri. Pour fêter sa prolongation de contrat jusqu’en 2029, Guillaume Piazzoli s’est offert cinq points. La fin de partie était beaucoup plus difficile pour tous. Le ballon ovale s’est transformé en savonnette géante et les réceptions de passes étaient hasardeuses. Le score n’a pas évolué après l’heure de jeu et Provence Rugby s’impose une troisième fois consécutivement et reste invaincu en 2026. « C’était parfois difficile de jouer mais on n’a pas lâché en défense et on ramène cinq points donc c’est cool », racontait Raphaël Portat après la partie.

    18e journée de Pro D2

    Stade Maurice-David

    Essais : Drouet (3e), Tui (20e), Suta (44e), Piazzoli (57e) pour Provence ; Hadinegoro (27e) pour Aurillac

    PROVENCE : Drouet – Lapegue, North, Colombet, Tui – Muntz, Coville – Suta, Portat, Piazzoli – Tuisue, Van Eerten – Vernet, Latterrade, Wegrzyn

    Entraîneur : Philippe Saint-André

    AURILLAC : Condamine – Van Rensburg, Pieters, Talalua, Coertzen – Abzhandadze, Hadinegoro – Tison, De Jong, Delort – Jongejan, Bloemen – Robertson, Khonelidze, Tapueluelu

    Entraîneur : Romeo Gontineac

  • Le PCF en première ligne contre l’extrême droite et ses idées

    Le PCF en première ligne contre l’extrême droite et ses idées

    Il aura fallu ouvrir les vœux communistes sur un constat : aux quatre coins du globe, révolutions, luttes pour l’indépendance et guerres éclatent, dessinant ainsi les combats à venir. Mais aussi rappeler que « cette année qui s’ouvre, est marquée par les élections municipales qui précèdent elles-mêmes l’année de l’élection présidentielle : on sait déjà qu’elles seront marquées par la croissance de l’extrême droite dans un contexte ou l’impérialisme se déchaîne, rappelle Arthur Patou, responsable départemental des Jeunes communistes. Nous baserons nos actions pour l’année 2026 sous le signe de la lutte et du rassemblement de toute la jeunesse. » De son côté, Sophie Rothon, secrétaire de section du PCF Pays d’Aix estime que les crises nationales et internationales ont une « racine commune. Le capitalisme en bout de course qui ne survit plus qu’à l’austérité, la guerre, la concurrence généralisée et la division des peuples ». Cette cérémonie de vœux, qui rassemble d’ailleurs toutes les forces de gauches et les militants de la CGT, aura été l’occasion d’annoncer qu’une large mobilisation est organisée samedi prochain, au départ de la Rotonde, à 15h sous le mot d’ordre « Pour la paix, dites non à la guerre ». « L’année 2026 commence avec plus de 60 pays en guerre », rappelle Sophie Rothon. Et de rappeler que le parti reste solidaire de la lutte du peuple Kurde du Rojava, du peuple cubain, du peuple soulevé en Iran, des Palestiniens.

    Combattre l’extrême droite

    Entre autres. Au niveau national « le terrain social » reste aussi à défendre. « Le pouvoir mène une politique de classe brutale imposée par la force. Le budget a été imposé deux fois par 49.3 par le gouvernement Lecornu, lui qui avait promis ne pas y avoir recours. C’est un grave déni démocratique, poursuit Sophie Rothon. D’un autre côté, les 211 milliards d’euros d’aide publique aux entreprises, révélées par la Commission d’enquête sénatoriale présidée par Fabien Gay [sénateur PCF, Ndlr.] ont mis le pouvoir en difficulté. On exige des sacrifices du monde du travail, de l’autre on arrose le capital à coups de milliards. C’est un choix de classe assumé que nous combattons. » Le panel de causes à défendre reste large : soutien d’une jeunesse « précarisée », mais aussi les causes féministes, antiracistes, contre l’antisémitisme, pour les personnes LGBTQIA+, aux côtés des agriculteurs dans leur combat contre les accords de libre-échange et pour la souveraineté alimentaire… Mais surtout, contre l’extrême droite et ses idées, à l’aube du scrutin municipal. « Nous continuerons de la combattre partout où elle tente d’imposer ses idées, ses réseaux, ses financements. Comme à Aix, où la Nuit du bien commun financée par Pierre Edouard Stérin a été annulée grâce à la mobilisation. Quand le monde du travail s’organise, l’extrême droite recule », poursuit la secrétaire de section. David Tessier, désigné chef de file du PCF en vue des élections municipales à Aix-en-Provence, a pris lui la parole pour rappeler « le sens de nos combats ». « Nous sommes le parti des travailleurs (…) nous sommes, à Aix, le parti de Prados [Ernest Prados, résistant communiste aixois, Ndlr.]. Nous sommes hier le parti qui défilait aux côtés de nos camarades Kurdes (…) le parti de la paix qui n’a jamais porté atteinte à la démocratie (…). Nous n’avons jamais, et ne jouerons jamais avec le danger du fascisme et de l’extrême droite, quelles que soient les circonstances », a longuement rappelé David Tessier. Le ton est donné.

  • Le maire de La Cadière René Jourdan tire sa révérence

    Le maire de La Cadière René Jourdan tire sa révérence

    Après une longue réflexion, parce que j’aime cette commune dans laquelle je suis né, en raison de mon âge, il me semble plus sage de ne pas solliciter à nouveau votre confiance jamais démentie depuis 55 ans. » C’est en ces termes que le maire de La Cadière, René Jourdan, longtemps adhérent du PCF, a annoncé aux citoyens de ce village de 5 600 habitants qu’il ne briguerait pas un autre mandat le 15 mars prochain. Il faut souligner qu’à 93 ans, le deuxième maire le plus âgé de France, peut être satisfait de son parcours. Il avait d’ailleurs été réélu en 2020 avec 64% des suffrages dès le premier tour. René Jourdan fut viticulteur de profession. En plus d’un demi-siècle de mandat il a su, avec son équipe, faire évoluer La Cadière tout en préservant son caractère rural et provençal.

    Une population diverse

    Aujourd’hui, résident dans cette commune 67 agriculteurs, 434 artisans, commerçants et chefs d’entreprise mais aussi 461 cadres et professions intellectuelles supérieures, 596 salariés de professions intermédiaires, 631 employés et 312 ouvriers. Si les retraités représentent 35,4% de la population avec 1 393 habitants, la commune est aussi forte de sa jeunesse avec quelque 1 850 enfants selon l’Insee. Elle est d’ailleurs « ville amie des enfants ». Un label mérité qui offre aux plus jeunes (comme à toute la diversité de la commune) des services publics de qualité.

  • Une nouvelle année de projets pour l’hôpital psychiatrique

    Une nouvelle année de projets pour l’hôpital psychiatrique

    La santé mentale, une cause nationale 2025. « Et pourtant, l’année qui s’achève a encore été exigeante pour l’hôpital public, particulièrement pour la psychiatrie. Par la tension persistante sur les ressources humaines, le départ de médecins, par l’augmentation et la complexité des besoins de soins, par les injonctions parfois contradictoires… Pourtant, malgré ces difficultés, vous avez continué à soigner », félicite le Docteur Isabelle Boudier, présidente de la Commission médicale d’établissement. Aux vœux de Montperrin, adressés ce vendredi au 3 Bis F, le bilan de l’année passée a été tiré. À noter que Montperrin « a été trois fois cité dans le classement des dix meilleurs hôpitaux de France », rappelle Marie-Pierre Sicard Desnuelle, présidente du Conseil de surveillance. Certifiée par la Haute autorité de santé en mars, signatures de diverses chartes et rencontres avec le grand public, nombreuses inaugurations, dont l’accueil de jour adolescents sur le site de Montperrin, le développement de la politique « allers vers » avec la création de deux équipes mobiles supplémentaires en psychiatrie adulte, incluent le palmarès… « Notre plateau technique à nous est exclusivement humain, ce sont nos 1 300 professionnels répartis sur ce site et dans nos 50 structures extra-hospitalières », rappelle Gaëlle Dufour, directrice de l’établissement, qui l’assure : 2026, s’ouvre sur de « belles perspectives ». À commencer par le déploiement du projet de prise en charge des adultes autistes, dès janvier.

  • [Chroniques méditerranéennes ] Le cliquetis des menottes : Voilà la « solution »

    [Chroniques méditerranéennes ] Le cliquetis des menottes : Voilà la « solution »

    Si le dissensus est le sel de la démocratie, la répression en est le poison. Depuis longtemps, l’Italie est anesthésiée par des slogans et des clichés qui alimentent une haine toujours plus grande. Le gouvernement recourt à un vieux sport national : la démonstration de force. La répression s’effectue par un recours au droit pénal qui bafoue les libertés constitutionnelles.

    Le décret sur la sécurité, entré en vigueur le 11 avril 2025, a transformé les actes de dissidence en infractions pénales. C’est ce qui est arrivé à Marco Rovelli, écrivain et musicien, et à 36 autres personnes, fichées comme suspects. Ils avaient participé à la grande manifestation de solidarité pour Gaza et la Flottille de la Liberté à Rome en octobre dernier.

    « Ces noms, m’explique Marco Rovelli, ne sont pas choisis au hasard, mais triés sur le volet. On leur reproche d’avoir bloqué les voies en gare, malgré des négociations entre le syndicat CGIL et la police. »

    Mais le clou du spectacle, c’est le « paquet sécurité », actuellement examiné par le Parlement, qui vise les pouvoirs répressifs de l’État. Il prévoit des « zones rouges », des quartiers urbains interdits d’accès aux personnes jugées dangereuses, même non condamnées, ayant commis des « délits » lors de manifestations.

    Les « indésirables » sont de nouveau sous les feux des projecteurs : exil administratif pour tout étranger jugé dangereux, même sans avoir commis de délit. Un ensemble de mesures qui permettra de bloquer les navires de migrants si le ministre de la Ligue du nord, Matteo Salvini, actuellement ministre des Transports, le juge nécessaire. Ce dernier avait été acquitté alors qu’il était poursuivi pour séquestration et manquement à ses obligations professionnelles lorsqu’en août 2019 il avait empêché le débarquement de 147 migrants secourus par le navire de l’ONG espagnole Open Arms, avec de nombreux mineurs non accompagnés à bord.

    Mais la persécution des mineurs ne se limite pas aux arrivées par bateau. La liste des délits pour lesquels des jeunes peuvent être arrêtés en flagrant délit et les amendes infligées aux familles, allant de 200 à 1 000 €, pour défaut de surveillance, s’allonge.

    Le gouvernement Meloni ne se contente pas de lois ; il va plus loin : il instrumentalise les médias.

    Il y a quelques jours, dans un lycée de La Spezia, un élève marocain, Zouhair Atif, a poignardé son camarade d’origine égyptienne, Abanoud Youssef, par « jalousie ». Une photo d’Abanoud avec son ex-petite amie, publiée sur les réseaux sociaux, serait à l’origine du meurtre. Ultime mesure répressive : l’installation de portiques de sécurité dans les établissements scolaires. Des mesures qui, au vu des faits, se sont révélées inefficaces. Ceux qui se définissent comme immigrés de deuxième génération, nés en Italie de parents non italiens ou arrivés enfants, représentent un quart des jeunes de 15 à 35 ans. Les premiers à être confrontés et à subir la discrimination. Des familles vivant dans la crainte de l’immigration clandestine, avec des emplois précaires et des logements insalubres. Des jeunes contraints d’ignorer leur culture au nom d’un semblant de lien social, ou prêts à la reconquérir par la force. C’est dans ce contexte que se cache la tragique histoire de Zouhair Atif et Abanoud Youssef.

    Mais poser des questions n’est pas de mise. La « solution » ? Le rapatriement, des mesures de sécurité renforcées, des détecteurs de métaux dans les écoles, des arrestations. Oubliant que Zouhair et Abanoud sont les enfants de cette Italie-là. Les contrôles dans les écoles ou le bruit des menottes témoignent de la fragilité d’une société décomposée. Comme le disait Piero Calamandrei : « Là où il n’y a pas de liberté, il ne peut y avoir de légalité. »

    Journaliste et romancière, Stefania Nardini vit entre Naples et Rome.

  • Les Marseillaises face à un énorme défi en Coupe

    Les Marseillaises face à un énorme défi en Coupe

    Marseillaises contre Lyonnes, l’affiche des huitièmes de finale de Coupe de France a de quoi faire saliver les amateurs de beau jeu.

    Néanmoins, ce duel entre des Fenottes hyper favorites et des Olympiennes qui rêvent d’un exploit pour signifier leur retour au plus haut niveau, aura été promené entre Martigues, lieu habituel où évoluent les Marseillaises cette saison, et l’OM Campus, où la rencontre avait, un temps été programmée.

    Mais pour des raisons de sécurité, c’est l’enceinte martégale qui a été finalement confirmée. Une décision qui provoque un changement de date, puisque la rencontre, programmée dans un premier temps le dimanche, se jouera finalement samedi. Avec un coup d’envoi à 16h.

    Revanche ou confirmation

    Les deux Olympiques se sont déjà affrontés cette saison. En début de championnat de Ligue 1 féminine, les Lyonnaises s’étaient imposées 3-1, déjà dans l’enceinte martégale. Cette fois, les Marseillaises tenteront de prendre leur revanche. Et arracher leur premier exploit de la saison du retour au plus haut niveau du football féminin.

    Les filles de Corinne Diacre continuent d’alterner les bons matches et les sorties ratées. Leur dernière prestation à Francis-Turcan, où elles recevaient Saint-Étienne, en est l’exemple. Avec une défaite
    (0-1) qui a permis aux Foréziennes, alors lanterne rouge, de se remonter le moral. Elles ont ensuite rectifié le tir, en allant prendre un point à Fleury, cinquième du classement.

    Pour ce retour à la maison, les Marseillaises devraient compter sur leur dernière recrue. Marie-Morgane Sieber qui a rejoint le groupe en milieu de semaine. Gardienne de but, cette Alsacienne de naissance évoluait à Guingamp. Forte de 53 matches disputés en Première Ligue, Marie-Morgane s’est imposée comme une gardienne fiable et régulière. Passée par toutes les catégories de jeunes de l’Équipe de France, elle a connu sa première convocation avec les Bleues en octobre 2024, à seulement 22 ans.

    Elle pourrait connaître son baptême du feu face à Lyon. De quoi entrer dans le vif du sujet. Ce tour de Coupe de France sera une mise en bouche, car en championnat, vendredi, les Marseillaises enchaîneront sur la réception du Paris FC.

    8e de finale de la Coupe de France

    Samedi, 16h stade Francis-Turcan.

    Arbitre : Romy Fournier.

    MARSEILLAISES : Sieber (ou Shore) – Laplacette, Carro, Khélami, Kbida – Bourgouin – Herrera-Monge, le Mouel, Perret, Brown – Bourdieu.

    Entraîneuse : C. Diacre.

    LYONNES : Endler – Tarciane, Engen, Renard, Bacha – Egurrola-Wienke, Dumornay, Heaps – Diani, Hegerberg, Chawinga.

    Entraîneur : J. Giraldez.

  • [Lecture] On achève bien les chevaux

    [Lecture] On achève bien les chevaux

    Disons-le tout net : L’Ivresse de la violence est un roman terrible qui éprouve cœur et conscience et ferait douter de l’humanité. Un livre néanmoins indispensable dans une période de réécriture de l’Histoire. Qui s’inscrit à contre-courant du révisionnisme qui sévit en Lituanie, en Roumanie ou en Hongrie, où l’on réhabilite les anciens dirigeants fascistes et les collaborateurs du nazisme. Qui s’inscrit en faux contre le blanchiment idéologique du Régent Horthy, le Pétain hongrois, qui aurait, comme le maréchal français, sauvé des juifs, alors que les lois antisémites sont votées en 1938 et, qu’entre mai et juillet 1944, 437 000 juifs hongrois sont expédiés à Auschwitz.

    Mais le roman éclaire d’une lumière crue plus précisément les quatre mois, du 15 octobre 1944 au 13 février 1945, où, avec la complicité des nazis, le pouvoir tombe entre les mains des Croix-Fléchées de Ferenc Szálasi. Quatre mois d’une haine aveugle, totale, où l’on traque juifs, tziganes, communistes, socialistes, anglophiles, avec une violence débridée, dans un espace restreint, Budapest, devenu quasiment un huis clos. Dieu, naturellement, est aux côtés des Croix-Fléchées, en la personne du prêtre András Kun, à la tête d’un escadron de la mort, torturant, violant, exterminant tous les occupants de l’hôpital juif de Buda, 140 personnes, malades et soignants, dans une orgie barbare inimaginable avant d’organiser les noyades collectives quotidiennes.

    Briser le mur du silence

    Sidéré des découvertes qu’il a pu faire, l’auteur a choisi la forme romanesque pour traduire le choc qu’il a subi. Et, c’est par le truchement de Renner, petit patron marié à une juive, qui ne doit son salut qu’au camion dont les Croix-Fléchées ont besoin, que nous allons vivre ces mois d’horreur absolue.

    Navigant entre espoir et désespoir, témoin de violences inouïes, où « frères et sœurs » fascistes rivalisent dans la perversion et le sadisme, Renner n’a de cesse de retrouver sa femme et sa maîtresse, juives toutes deux. Obligé, à son corps défendant, de participer à d’ignobles besognes, il ne perdra jamais cependant une certaine humanité. Celle qui permet au lecteur de supporter l’atroce chemin de croix que suivent, pendant ces quatre mois, des salles de torture au bord du fleuve gelé, plus de 12 000 victimes.

    « L’Ivresse de la violence » de Gábor Zoltán Belfond 362p. 23€