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  • Marine Le Pen en soutien de ses affidés dans le Var

    Marine Le Pen en soutien de ses affidés dans le Var

    Bains de foule et selfies. L’extrême droite se pare de son plus grand sourire pour cacher l’horreur de son projet. La cheffe du Rassemblement national s’est rendue samedi 28 février dans le Var pour soutenir les candidats de son parti. Le camp brun rêve de recouvrir la rade de son ombre. Pour commencer Marine Le Pen rejoint son « amie » Laure Lavalette, qui brigue la mairie de Toulon. Adhérente depuis 1997, membre du bureau national du parti à la flamme, députée et porte-parole, elle est à la tête d’une liste qui n’est pas estampillée RN mais « sans étiquette ». « Le principe des municipales, c’est d’être capable de rassembler au-delà d’une étiquette politique. Ça n’est pas un reniement de la part de Laure, sinon elle ne m’aurait pas invitée, parce que moi, je suis un peu une étiquette sur pattes », défend Marine Le Pen. Elle prend pour exemple les mairies dirigées par ses affidés, Perpignan et Hénin-Beaumont, toutes deux remportées sans l’étiquette RN et loue l’action des édiles.

    Le couperet de la justice attendu le 7 juillet

    Avec Louis Aliot, « à Perpignan, [où] l’insécurité a baissé », assure-t-elle. Des affirmations démenties par les faits, sur l’année passée, la délinquance est en hausse de 10% par rapport à 2024, selon le ministère de l’Intérieur. Tandis qu’à Hénin-Beaumont, Steeve Briois « a baissé sept fois les impôts locaux », pousse-t-elle encore. « Entre 2009 et 2014, les maires divers gauche Daniel Duquenne et Eugène Binaisse, ont rétabli les finances et Steeve Briois a eu le luxe de baisser les impôts et mettre des fleurs partout », expliquait dès 2024 auprès de l’AFP Marine Tondelier, élue d’opposition et secrétaire nationale des Écologistes. Le RN veut renforcer son ancrage local, 2027 dans le viseur. « Comme candidate à l’élection présidentielle, j’aurai besoin de m’appuyer sur des maires qui seront capables de mettre en œuvre les priorités qui sont les nôtres : pas d’augmentation d’impôts, et la fin du gaspillage de l’argent des Français ! », ose Marine Le Pen. La cour d’appel de Paris rendra le 7 juillet sa décision dans le dossier des assistants des eurodéputés RN. Marine Le Pen a été condamnée en première instance à deux ans de port de bracelet électronique et cinq ans d’inéligibilité avec exécution immédiate. Le préjudice est estimé à 4,6 millions d’euros au total.

  • À Aix, le front associatif veut peser dans le débat municipal

    À Aix, le front associatif veut peser dans le débat municipal

    Entre les stands du marché aux fleurs et les militants en pleine distribution de tracts politique, une vingtaine d’associations enfilent leurs dossards. La Cimade, le Secours populaire français, ATD Quart-Monde, la Ligue des droits de l’Homme… Elles sont vingt, engagées dans l’humanitaire et la défense des droits humains, à se mobiliser ce samedi pour demander aux candidats d’intégrer des mesures de solidarité à leur programme et les interpeller sur la place accordée à ce sujet dans leur campagne.

    L’action double un courrier déjà envoyé aux cinq candidats en lice pour les municipales des 15 et 22 mars à Aix-en-Provence. « On les invite à nous faire part de la place de la solidarité dans leur programme de façon concrète, sur un certain nombre de questions que l’on envisage de leur poser, par écrit, mais aussi au travers d’un débat qu’on les invite à organiser », précise Guy Laudren, en charge de l’antenne locale de la Cimade. Deux candidats auraient déjà répondu « favorablement » selon les associations : Mounir Ben Ammar (Rev) et Marc Pena (Aix Avenir). L’initiative part d’un constat : « Rapidement, sur des valeurs communes, on a trouvé une quinzaine de revendications partagées, basées sur ce que l’on considère comme insuffisant de la part de la municipalité en place. Que ce soit la question du logement, du travail collaboratif avec les associations, on a de grosses difficultés avec la dématérialisation et la municipalité à un rôle à tenir. Les associations de protection des femmes ont aussi besoin d’être aidées… », énumère Guy Laudren.

    « Beaucoup à faire »

    L’initiative est assez nouvelle pour ces associations mobilisées. « Je n’ai pas le souvenir qu’on se soit organisé comme cela pour les précédentes municipales, mais il se trouve qu’on travaille ensemble et qu’on a eu envie de faire quelque chose en commun », souligne Martine Herbomez pour ATD Quart-Monde. Pour cette militante, la priorité, pour le prochain mandat, est celle du logement : « Sur cette question, on ne fait pas suffisamment à Aix, alors qu’on a probablement les moyens (…) C’est un choix que font les municipalités, qui sont obligées de réaliser 20% de logement social, mais préfèrent, pour beaucoup, payer une amende. » Pour la militante d’ADT Quart Monde, « il y a beaucoup à faire sur la précarité ». Chaque association a sa requête. « Nous avons deux propositions : recréer la Maison des associations, et un rendez-vous annuel pour faire le point sur ces questions – là », propose Dominique Bruandet, pour le Collectif Agir.

    « On existe, on est là, nos besoins sont multiples. Une aide financière et matérielle est nécessaire pour exercer pleinement notre activité », insiste Didier Blachère, pour le Secours Populaire Aixois.

    « Si on considère qu’Aix-en-Provence est une ville riche et qui se gentrifie, la réalité est qu’il y a une grande précarité avec une population étudiante qui souffre », dépeint Chantal Soubias, bénévole dans la même association. À suivre, donc…

  • Aix-Marseille université veut inciter les étudiants à aller aux urnes

    Aix-Marseille université veut inciter les étudiants à aller aux urnes

    « La ville de demain ne peut pas être adaptée à la jeunesse si les politiques ne l’écoutent pas ! », lance Eric Berton, président de l’université d’Aix Marseille (AMU). Selon lui, la jeunesse et ses revendications sont oubliées dans la campagne pour les municipales.

    Face à ce constat alarmant, l’Université prend les devants : « Il s’agit d’une de nos missions fondamentales que la jeunesse soit écoutée et qu’elle soit ramenée au vote local », explique-t-il. Pour partager les résultats de l’enquête menée auprès des étudiants et dont les résultats ont été publiés début février, l’université lance une grande campagne d’affichage au style pop depuis le 25 février à proximité de trois campus universitaires marseillais, celui de Saint-Charles, Timone et Luminy. Pour inciter les étudiants à prendre la parole.

    Julie, étudiante en master de gestion des risques environnementaux confirme saluer l’initiative et ajoute : « Les politiques passent à côté de mes sujets ». Originaire de Lyon, elle ne souhaite pas voter aux municipales et affirme que « ce n’est pas ma priorité pour le moment de me renseigner sur les élections d’ici »… Elle favorise plutôt une action associative comme 46% des étudiants de l’université d’après l’enquête du 10 février. Questionnée sur ses priorités et intérêts, celle-ci répond : « Les politiques environnementales régressent, ce n’est plus un sujet politique mais une question de survie », se désole-t-elle.

    Une écoute des politiques pour remobiliser

    Grace, étudiante aixoise, elle non plus ne s’intéresse pas aux élections municipales, elle n’a pas le droit de vote n’étant ni française ni européenne. D’après elle, les étudiants ne sont pas assez écoutés, elle mentionne : « Les APL pour les étudiants étrangers ont aussi été supprimés » dans le budget 2026. Cela confirme son sentiment : « Je pense que les politiques sont éloignés de moi », détaille l’étudiante. Elle explique pourtant qu’elle s’est engagée dans une association qui lutte contre la précarité alimentaire : « La jeunesse a envie de changer les choses », ajoute-t-elle. Et de souligner, volontairement, que même si elle ne vote pas, elle « suit l’actualité, notamment ce qui se passe à Gaza ». En dehors de ça, les élections « ne m’intéressent pas… Sauf les élections étudiantes parce que des gens sont passés dans les amphis… », explique l’étudiante.

    L’université souhaite recréer le lien entre une jeunesse aujourd’hui engagée, voire politisée et les élus. En commençant par « informer les étudiants sur l’importance des élections municipales (…) et formé des citoyens entendus par leurs politiques », explique Eric Berton. Le président de l’université ne cache pas sa déception de ne pas avoir entendu parler de jeunesse lors du débat télévisé du 19 février, entre les candidats à Marseille, alors que l’enquête était publique : « Nous avons créé 50 pages de document, [sur la jeunesse] je n’ai pas le sentiment que les politiques s’en emparent vraiment, il reste sur leur électorat captif (…) les politiques font campagne pour des gens qui votent, la question de la jeunesse n’est jamais abordée », regrette le président de l’université.

    En placardant les revendications de la jeunesse dans l’espace publique, il souhaite que les candidats se positionnent sur les thématiques qui tiennent à cœur à la jeunesse : « Les différentes problématiques des étudiants sont liées à l’écologie, la santé… ». Les étudiants, sont loin de se désintéresser de la politique et semblent bien conscients des enjeux, Aix Marseille Université veut les incités à retourner aux urnes, en toute neutralité, pour avoir « un vote plutôt qu’un tweet ».

  • Le littoral rêvé du Printemps marseillais

    Le littoral rêvé du Printemps marseillais

    « Réconcilier Marseille et le littoral pour le siècle qui vient. » C’est l’objectif affiché de Benoît Payan, maire sortant (DVG) de Marseille et candidat à sa succession pour les élections municipales, avec son « projet littoral ». Projet dévoilé dans les pages de nos confrères de La Provence, ce samedi, puis développé avec moult visuels et images conceptuelles sur les réseaux sociaux dans la foulée.

    Et il faut dire que le Printemps marseillais ne manque pas d’idées pour le prochain mandat avec une déclinaison de plusieurs projets, du Nord au Sud de la ville. « Au Nord, la plage de Corbières sera totalement réaménagée, avec l’agrandissement considérable de la zone baignable et la refonte des accès piétons, ferroviaires et automobiles à la plage », expose l’union de la gauche et des écologistes.

    Sujet épineux sur lequel a travaillé la majorité sortante : celui de la Digue du large, véritable serpent de mer du littoral marseillais, fermée depuis 2001 et ouverte qu’en de rares occasions. « Après discussions avec le Grand Port maritime de Marseille, (GPMM), la Digue du large sera ouverte aux Marseillais. L’accès envisagé pourra se faire par deux points : le pont Pinède, après réaménagement, et via une barge mobile reliant le J4 et la Digue du large, et permettant de laisser passer les bateaux. Au même endroit pourra être installé un espace de natation sécurisé », développe le Printemps marseillais, rappelant que « le port de Marseille est un poumon économique, d’attractivité, de développement et d’emploi de notre ville ». De quoi provoquer une montée au créneau de Romain Simmarano, porte-parole de la liste de Martine Vassal (DVD) aux municipales : « Benoît Payan est obligé de mentir. Non le Port n’a donné aucun accord pour la réouverture de la digue du large. »

    Du verdissement à tout va

    Autre sujet de tension, Benoît Payan promet que la piscine du Mucem, projet abandonné de l’actuelle mandature, « sera faite dans le mandat ». Pour la plage des Catalans, « les travaux entrepris pour mener à bien la réhabilitation et la mise en sécurité de la plage seront achevés ». Le tout, complété « par un plan global de mise en accessibilité et des points de baignade de la Corniche » avec « des accès par escaliers, la création de plateformes et de plongeoirs sécurisés ».

    Concrètement, il envisage trois accès « des Catalans à Malmousque » afin de permettre au plus grand nombre de « profiter de la mer dans les meilleures conditions », et surtout de plonger « en toute sécurité ». Autre axe de développement sur lequel insiste l’édile : le verdissement des espaces longeant la mer. Il plaide pour une « corniche verte », qui « reliera le stade nautique Florence-Arthaud à Montredon ». Laquelle est en lien avec « une grande pinède, au niveau de Borély, avec des arbres et essences méditerranéennes qui constituera un nouveau poumon vert de notre ville, à quelques mètres de l’eau ». Plus globalement, il envisage « trois trames vertes qui partent des collines, depuis les massifs de la Nerthe et l’Étoile et les Aygalades », toujours dans La Provence du 28/02. « Le long du ruisseau des Aygalades et le long de l’Huveaune, nous allons faire pousser de grandes promenades vertes », conclut-il.

  • L’OM renverse Lyon et reprend espoir

    L’OM renverse Lyon et reprend espoir

    Quand l’OM et l’OL se retrouvent sur un terrain, l’ennui est rarement au rendez-vous.

    Ce duel, qui lançait le mois de mars 2026, n’a pas dérogé à la règle. Presque tous les ingrédients étaient réunis pour que le Vélodrome se régale. Des Marseillais en quête de rédemption. Des Lyonnais vexés après avoir perdu leur dernier match. Habib Beye qui étrennait son costume d’entraîneur phocéen à la maison. Un retour de conclave qui devait permettre à ses ouailles de mettre en pratique ce qu’ils avaient préparé à Marbella, tout au long de la semaine.

    À cela, est venu s’ajouter le but casquette en tout début de match. De ceux que l’OM offre généralement à ses adversaires dans le temps additionnel. Et qui viennent torpiller une soirée qui s’annonçait sereine. Cette fois, c’est donc après moins de trois minutes de jeu que les Marseillais se sont tiré une balle dans le pied.

    Cela laissait du temps pour réagir. Face à des Lyonnais qui ne semblaient pas en mesure de faute mieux que laisser venir les Marseillais. Et compter sur la main chaude de Dominik Gref pour garder l’avantage. En première période, le Slovaque gagnait tous ses duels. Aidé dans ses actes par des hésitations dans le dernier geste de la part de Pierre-Emerick Aubameyang ou Mason Greenwood.

    L’OM affichait de bonnes intentions. Mais n’arrivait pas à les concrétiser. Malgré le soutien toujours aussi intense du Vélodrome. Et quelques involontaires coups de pouces lyonnais, dont les Phocéens se montraient incapables de profiter.

    Il manquait un ingrédient pour que la recette réussisse. L’arrivée d’Igor Paixão, après la pause, apportait cette touche. Sur un de ses premiers ballons, le Brésilien arrachait la toile d’araignée de la lucarne gauche de Dominik Greif. Le Vélodrome pouvait souffler.

    L’éclaircie redevenait giboulée. Avec encore une fois une boulette de la défense payée cash, alors que l’on entrait dans le dernier quart d’heure. Le second but lyonnais faisait grincer le Vélodrome. Le coup de tonnerre de Pierre-Emerick Aubameyang ramenait le soleil. Laissant augurer d’une fin de match hitchcockienne.

    Le héros de ce final sera le Gabonais. Après une première période qui ne lui a pas souri, le dernier quart d’heure devait être celui de sa consécration. Il avait déjà renversé le stade en évitant que le doute ne s’ancre dans les têtes après le but de Rémi Himbert. En s’offrant le doublé, à l’amorce du temps additionnel, il déclenchait une intense bronca.

    L’OM était en train d’offrir à Habib Beye sa première victoire. Et apportait sur un plateau une offrande à leurs supporters. À savoir trois points qui permettent d’apaiser les tensions. Et redonnent de l’espoir dans la quête d’une place sur le podium.

    Les Marseillais ont su gagner, en renversant deux fois la situation, avant de prendre le contrôle. Ce qui doit rassurer alors qu’arrive le quart de finale de Coupe de France, mercredi, contre Toulouse.

    OM 3 (0)

    LYON 2 (1)

    24e journée de Ligue 1

    Stade Vélodrome (66 225 spectateurs)

    Arbitre : J. Brisard

    Buts : Paixão ( 53), Aubameyang (81, 90) pour l’OM, Tolisso (3), Himbert (77) pour Lyon.

    Avertissements : Kondogbia (72), Aguerd (84) à l’OM, Mata (30), Morton (45+2) à Lyon.

    OM : Rulli – Weah (Pavard, 85), Balerdi, Aguerd, Emerson – Kondogbia (Abdelli, 85), Höjbjerg (c), Timber (Paixão, 46) – Greenwood (Nnadi, 90+2), Aubameyang, Traoré (Nwaneri, 63).

    Entraîneur : H. Beye

    LYON : Greif – Maitland-Niles, Mata, Niakhaté, Tagliafico (Abner, 87) – Tessmann, Morton, Niartey – Tolisso (c) – Endrick, Yaremchuk (Himbert, 59). Entraîneur : P. Fonseca

    Les Marseillais ont enfin mis de l’intensité

    Intensité. Tel a été le déterminant d’une entame de match sur les chapeaux de roues. Avec deux équipes qui avaient visiblement envie de jouer.

    Il est juste dommageable que ce soit un cadeau de la défense marseillaise qui a permis de déclencher ce maelström. Dans un Vélodrome qui n’avait pas eu le temps de comprendre l’action amenant le but de Corentin Tolisso. Un Vélodrome qui, dans un premier temps, n’en a pas tenu rigueur aux Phocéens.

    Il leur restait suffisamment de temps pour refaire ce handicap. Et doubler les Lyonnais au tableau d’affichage. C’est après le repos, lorsqu’Igor Paixão a fait son entrée, que l’OM a eu plus de solutions. Le Brésilien n’hésitant pas à tenter sa chance de loin. Ce qui payait.

    Revenu à hauteur, l’OM se devait de terminer le travail. Aller au bout de ses bonnes intentions, afin de revenir dans la course au podium. Profiter de Lyonnais pas dans leur meilleur soir pour cela. Dans un final qui en a fait voir de toutes les couleurs aux supporters.

    Alban Juster pour l’intérim

    Pablo Longoria n’est plus président de l’OM. Le club a officialisé la nouvelle, en publiant un communiqué, samedi dans la soirée.

    Son successeur, Alban Juster, va assurer l’intérim « le temps d’engager les démarches nécessaires à la recherche et la désignation d’un nouveau Président du Directoire ».

    Ce dernier exerçait la fonction de directeur général des finances. Il sera assisté d’Alessandro Antonello et Benjamin Arnaud.

  • [Entretien] Bertrand Badie : « L’objectif n’est pas de démocratiser l’Iran mais de détruire un régime »

    [Entretien] Bertrand Badie : « L’objectif n’est pas de démocratiser l’Iran mais de détruire un régime »

    La Marseillaise : La mort de l’ayatollah Khamenei marque un tournant ?

    Bertrand Badie : Cet homme était au pouvoir depuis 1989, il incarnait la ligne dure, conservatrice et ultra-religieuse de la République islamique. Il détenait l’essentiel du pouvoir et le processus décisionnel en matière militaire, diplomatique, d’ordre intérieur. Le président de la République ne pouvait être élu sans son aval. C’est plus une rupture qu’un tournant. Le modèle est incontestablement cassé mais personne ne sait encore de manière sérieuse ce qui va en sortir.

    Ce n’est pas pour autant la fin du régime ?

    B.B. : C’est absolument impossible de dire ça. Si l’homme était la clé de voûte de l’édifice, le régime se caractérise par un socle extrêmement important bâti au fil des décennies, composé des pasdarans, des bassidjis, de la police et de l’armée. Ce nombre très important de personnes dispose de réseaux et se sont appropriés les biens économiques du pays. Un régime ne prend pas fin tant qu’un autre ne vient pas le remplacer et on est très loin de la mise en place d’une alternance.

    Reza Pahlavi incarne-t-il l’opposition ?

    B.B. : Il y a une opération médiatique autour de la personnalité du fils de l’ancien chah renforcée par le fait que nous avons affaire à un régime ultra-autoritaire et répressif qui n’a pas d’opposition organisée. Dès lors, le nom de Reza Pahlavi est le seul qui puisse apparaître spontanément comme contre-marque au régime islamique. Une façon de crier son hostilité au régime, c’est de se référer à la seule force visible ou incarnée qui lui fasse opposition. Le régime Pahlavi était comparable à l’actuel : épaisseur répressive, corruption et personnalisation du pouvoir. Il ne faut pas exagérer l’idée de désertification des oppositions dans la mesure où dans les prisons iraniennes figurent des personnalités non négligeables mais réduites au silence.

    Les « négociations » entre Washington et Téhéran n’étaient qu’un leurre ?

    B.B. : Il apparaît, pour le moment, que ces négociations n’étaient qu’un prétexte permettant de dissimuler ou d’ouvrir un temps de préparation de l’action militaire. On parle beaucoup de « régime change ». Je parlerais de « régime destruction », l’objectif n’est pas de démocratiser l’Iran ou de rendre le pouvoir au peuple mais de détruire un régime et on ne voit pas de plan visant à aller au-delà. En cela, la distinction est forte par rapport à ce qu’était la politique de George W. Bush en Irak en 2003 où il voulait véritablement mettre en place un régime « démocratique » affidé aux États-Unis. Là, on s’arrête à la destruction, derrière laquelle on retrouve non plus la ligne américaine mais israélienne qui est de considérer que la meilleure façon d’assurer sa sécurité et son hégémonie régionale, c’est de détruire toutes les résistances qu’il y a autour. Cela s’est fait à Gaza, en Syrie, en Irak, partiellement au Yémen et c’est en cours en Cisjordanie ainsi qu’au Sud-Liban. Le Moyen-Orient se transforme peu à peu en un champ de ruines qui soulève autant de questions et d’incertitudes qu’il ne répond aux attentes des populations. Si, véritablement, on assiste à un démantèlement de tous les systèmes politiques environnants, on risque à terme d’avoir affaire à une jungle où chaque individu se repliera sur sa petite communauté d’appartenance. Cela créera une situation évoquant davantage la Libye actuelle qu’un système véritablement reconstruit. Trump va faire valoir qu’il a marqué un point en neutralisant celui qu’il appelle « le pire des dictateurs que le monde n’ait jamais connu ». Il va être très vite pris à son propre piège car ses électeurs ne souhaitaient pas de troupes sur le sol et on a appris que trois soldats américains ont été tués.

    Une guerre régionale est en cours ?

    B.B. : C’est difficile de dire autre chose. Il y a des indicateurs qui ne trompent pas : le fait que l’espace aérien de la Turquie jusqu’à la mer d’Oman soit fermé de même que le détroit d’Ormuz comme le canal de Suez. Tout cela ressemble à une zone de guerre avec le risque réel pour les populations couvrant cette superficie du Moyen-Orient d’être exposées à n’importe quel moment à des frappes. On est très clairement dans une logique de guerre.

    Face à cela, que penser des réactions européennes ?

    B.B. : La pauvreté de la réaction européenne, qui encore une fois ne parvient pas à se situer et se faire le défenseur du droit international, dont elle prétend être le dépositaire, aux rares exceptions que constituent la Norvège et l’Espagne. Tout ça exprime une sorte d’embarras qui devient structurel dès que les pays européens ont à se situer par rapport à des conflits internationaux.

  • Les maîtres du chaos

    Les maîtres du chaos

    Les négociations entre les États-Unis et l’Iran se sont arrêtées net samedi matin alors qu’un accord sur le dossier du nucléaire était à portée de main selon le négociateur. Mais ces pourparlers avaient tout du leurre à la lumière des bombardements, préparés de longue date, lancés par le président étasunien Donald Trump et le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu sur plusieurs villes de l’ancienne Perse, dont la capitale Téhéran. Cette guerre plonge le Proche-Orient un peu plus dans l’abîme. Le dessein poursuivi par les deux dirigeants est peu lisible. Veulent-ils un changement de régime par la force ? Les exemples des guerres en Irak et en Afghanistan montrent que l’échec est toujours au bout du fusil. En attendant, les peuples de cette région du monde sont à la merci des bombes, missiles et autres armes de destruction.

    Calcul cynique

    Le but de la guerre est sans doute à chercher dans le bras de fer commercial que Trump mène avec la Chine. En instrumentalisant les futurs dirigeants iraniens (fussent-ils issus du régime actuel), les États-Unis de Trump espèrent mettre en difficulté leur véritable adversaire. Un calcul cynique qui ignore plus que jamais le droit international, piétiné. Comment sortir le Proche-Orient de cette spirale infernale, de cette guerre sans fin ? Seul un cadre diplomatique, international, respectueux des droits des peuples peut sortir de l’ornière cette région du monde. Le peuple iranien a droit à la liberté, a droit enfin à la démocratie. Mais ce n’est pas dans la fureur et la mort qu’il pourra l’arracher. Ni avec Trump et Netanyahu.

  • La guerre en Iran fait vaciller le monde

    La guerre en Iran fait vaciller le monde

    Sans être une énorme surprise tant les tensions étaient extrêmes, les bombardements sur l’Iran, lancés samedi matin par Israël et les États-Unis marquent un tournant dans la violence dans cette région du monde. La mort, samedi, du guide suprême iranien, Ali Khamenei, en poste depuis 37 ans, est le symbole le plus spectaculaire de ce tournant.

    Dimanche soir, le président américain Donald Trump a déclaré que 48 dirigeants iraniens avaient été tués et 9 navires iraniens coulés dans l’offensive déclenchée samedi, tout en se disant prêt au dialogue avec Téhéran. « Cela avance rapidement. Personne n’arrive à croire à notre réussite, 48 dirigeants ont été éliminés d’un coup », a dit le président américain, selon une journaliste de Fox News qui lui a parlé au téléphone et qui a retranscrit ses propos sur son compte X. « Je viens juste d’être informé que nous avons détruit et coulé 9 navires iraniens, pour certains relativement grands et importants. Nous traquons le reste », a-t-il écrit par ailleurs sur son réseau Truth Social. « Dans une attaque différente, nous avons en grande partie détruit leur quartier général maritime. » Le président américain, qui supervise les opérations depuis sa résidence de Mar-a-Lago en Floride, n’a pas jusqu’ici commenté la mort de trois militaires américains, premières pertes des États-Unis depuis le déclenchement du conflit. Donald Trump, qui n’est pas apparu en public depuis le début de la guerre, annoncée dans un message vidéo enregistré, a multiplié les conversations téléphoniques avec des journalistes. Des dirigeants iraniens « veulent parler, et j’ai accepté de parler, donc je vais leur parler », a-t-il ainsi dit à un journaliste de The Atlantic. « La plupart de ces gens sont morts. Certains de ceux avec qui nous étions en négociations sont morts », a ajouté le président américain, en jugeant que les dirigeants iraniens « avaient voulu la jouer trop finement ». Dans un entretien avec un journaliste de la chaîne d’informations financières CNBC, il a assuré que l’opération militaire contre l’Iran « progressait très bien » et « plus vite que prévu ».

    Que l’intervention militaire dans les airs des États-Unis et d’Israël sème un peu plus le chaos, importe peu au locataire de la Maison blanche. Dimanche, plusieurs navires ont été touchés dans le détroit d’Ormuz, route maritime stratégique où circule près d’un quart du pétrole mondial. Sans compter les victimes civiles dans une dizaine de pays dont Israël où le centre du pays a été bombardé faisant au moins 9 morts et 45 blessés. Outre les monarchies du Golfe qui ont aussi essuyé des tirs iraniens, de nouvelles explosions ont été entendues dimanche soir à Erbil, capitale de la région autonome du Kurdistan irakien (nord), qui abrite des bases américaines. La France va rehausser sa « posture » de défense au Moyen-Orient pour y protéger ses ressortissants et ses bases et soutenir les pays de la région visés par l’Iran en riposte à l’offensive israélo-américaine, a annoncé dimanche soir Emmanuel Macron. Il faut « adapter la posture à l’évolution des dernières heures que rien ne justifie et que nous ne laisserons pas passer », a-t-il martelé, suggérant une possible augmentation des moyens militaires français déployés dans la région. Tous les pays du Golfe ont été ciblés par des frappes iraniennes, notamment les Émirats arabes unis où un hangar d’une base française a aussi été « touché dans une attaque de drone » sur le port d’Abu Dhabi, sans faire de victime, a rappelé Emmanuel Macron.

    Réactions

    Emmanuel Macron, président de la République française

    « L’escalade en cours est dangereuse pour tous. Elle doit cesser. Le régime iranien doit comprendre qu’il n’a désormais plus d’autre option que d’engager une négociation de bonne foi pour mettre un terme à son programme nucléaire et balistique comme à ses actions de déstabilisation régionale. C’est absolument nécessaire à la sécurité de tous au Moyen-Orient. Le peuple iranien doit aussi pouvoir construire son avenir librement. Les massacres perpétrés par le régime islamique le disqualifient et nécessitent que la parole soit rendue au peuple. Le plus tôt sera le mieux. »

    Olivier Faure, Premier secrétaire du Parti socialiste

    « L’opinion publique internationale est logiquement partagée. D’un côté, la satisfaction de voir le régime des mollahs -qui ne respecte même pas les droits humains les plus élémentaires- vaciller. De l’autre, le rejet d’une intervention israélo-américaine conduite sans mandat clair (pas même celui du Congrès américain), en contravention avec les règles du droit international, au risque d’un embrasement régional. (…) Il est urgent que le processus de transition soit placé sous l’égide des Nations unies afin d’éviter que le chaos ne succède à la tyrannie. »

    Fabien Roussel, Secrétaire national du PCF

    « Soutien total au peuple iranien, en étau entre la dictature des mollahs, les provocations de Netanyahu et la politique guerrière de Trump. Comme le rappellent nos partenaires du Tudeh, l’avenir appartient aux forces démocratiques du pays, pas aux ingérences ni aux tyrannies. »

    Marine Tondelier, Secrétaire nationale des Écologistes

    « J’ai une pensée très émue pour les Iraniennes et les Iraniens qui subissent ce régime sanguinaire depuis 47 ans. Je leur souhaite vraiment de pouvoir s’en libérer. Mais des bombardements n’ont jamais démocratisé un pays. Et j’aurais préféré qu’Ali Khamenei soit jugé, que tué. »

    Jean-Luc Mélenchon, leader de LFI

    « La mort d’Ali Khamenei, bourreau du peuple iranien, ne justifie pas les moyens qui l’ont provoquée. Enlever ou assassiner les dirigeants dont on combat la politique reste la négation de tout droit international. La guerre des États-Unis et d’Israël a lieu sans autre mandat que la volonté suprémaciste de Trump et Netanyahu. Cette guerre ouvre un nouveau cycle de violences et d’escalades régionales et mondiales. C’est une guerre contre le droit international. »

    Bruno Retailleau, président de LR

    « À ce stade, ne nous leurrons pas sur les conséquences d’un recours unilatéral à la force, qui ne peut déboucher que si le peuple iranien parvient à reprendre en main son destin. Fidèle à ses principes, la France doit se tenir aux côtés du peuple iranien, qui subit depuis des décennies les massacres d’un régime criminel discrédité. L’avenir de l’Iran doit s’écrire par les Iraniens eux-mêmes. »

    Dominique de Villepin, ancien Premier ministre français

    « Cette nouvelle guerre déclenchée par Israël et les États-Unis contre l’Iran ne sert ni la paix, ni la démocratie, ni le droit. Elle est conduite en dehors de tout cadre collectif, et elle ouvre une spirale de représailles dont personne ne maîtrise ni l’issue, ni l’ampleur, ni le coût humain. Il y a du cynisme, et même une forme de lâcheté, à jeter, en l’appelant au soulèvement, un peuple sous les mitrailleuses du régime sans lui donner les moyens et les appuis d’y parvenir, comme il y a une irresponsabilité à exposer les pays du Golfe et du Moyen-Orient aux bombes et aux flammes sans pouvoir garantir leur sécurité, ni aujourd’hui ni demain. Je regrette aussi que les négociations n’aient jamais été menées à leur terme. »

    Gabriel Attal, secrétaire général de Renaissance

    « Je constate que l’ONU est devenue un guichet humanitaire et une ONG climatique. Elle ne permet plus de prévenir, d’éviter les conflits ni de les résoudre. Face à cette guerre mondiale par fragments, nous devons imaginer une nouvelle gouvernance, de nouveaux multilatéralismes pour apaiser le monde. »

  • La liste de Nicolas Koukas présentée aux Arlésiens

    La liste de Nicolas Koukas présentée aux Arlésiens

    Deux ans après l’élan du Nouveau front populaire qu’il conduisait contre l’extrême droite aux législatives, Nicolas Koukas veut transformer l’essai. « Le peuple de gauche est revenu » sur la place Voltaire ce samedi matin, a-t-il lancé au moment d’introduire ses colistiers de l’Union pour Arles. Un accord « historique depuis 1995 » clame la tête de liste, lorsque l’union de la gauche d’alors affrontait la droite. Rebelote trente ans plus tard, quand la gauche et les citoyens issus de l’Appel d’Arles challengent la droite incarnée par le maire (Horizons) Patrick de Carolis.

    Une large place a été accordée à l’Appel d’Arles. C’est le cas d’Isabelle Grémillet, professionnelle du livre retraitée et présidente de l’association Paroles Indigo, organisatrice d’un festival littéraire arabe et africain. « Une initiatrice de l’Appel d’Arles dont la présence est importante », souligne Nicolas Koukas. Même idée pour Dominique Sigaud, dont le candidat salue l’engagement au collectif de l’Appel d’Arles. Farid Ouramdane, agent de la Région dans les lycées est présenté comme « un atout » pour Nicolas Koukas au regard de « son parcours sportif en rugby à 13 ».

    Il y a aussi Bouzid Sabeg, ancien directeur du patrimoine de la Ville, Lucille Venet, professeure de SVT, de Julie Bonato-Dallet, sage-femme et militante féministe tout comme Sylvette Carlevan, directrice d’une structure d’insertion. C’est aussi le cas de Nadia Chebil, aide-soignante en unité protégée Alzheimer et initiatrice de la maison d’accueil « Les papillons de Marcelle », à Trinquetaille, dédiée aux patients et à leurs aidants.

    Un contrat d’engagement

    Les quartiers et villages sont également représentés, avec Michel Monnier pour Mas Thibert, Sandra Monteils de Monplaisir, Céline Montes de Raphèle, Katy Vrontos et Charly Scandagliari pour Salin-de-Giraud, Marie-Carmen Orta-Cesaridis de Moulès, Yvan Laville de Pont-de-Crau ou encore Estelle Espejo de Barriol.

    Tous les candidats ont signé, sur la scène installée place Voltaire, un contrat d’engagement pour leur liste et pour le futur mandat devant les participants. Nicolas Koukas l’affirme : « Notre équipe va s’engager pour six ans […] engagée pour être solide, loyale, et durer sur les prochaines années pour ne pas vivre les mêmes démissions » que dans la majorité de Carolis, le quorum au conseil municipal n’a été atteint « que grâce à l’opposition pendant ce mandat », tance le chef de file de l’Union pour Arles.

    Parmi les points signifiants de ce contrat mis à disposition de la presse figure l’engagement à « être présent à toutes les séances du conseil municipal, sauf empêchement grave et justifié », ainsi qu’aux commissions, réunions d’équipe et cérémonies officielles. Également, les colistiers promettent de « lutter contre la corruption et toutes formes de violences (sexuelles, sexistes, etc.) dans toutes les instances où ils interviendront ».

    Le compte rendu est de mise. « Nicolas Koukas et les membres de l’équipe municipale s’engagent à suivre, évaluer et rendre compte régulièrement de l’application de ce contrat au sein de réunions d’évaluation des actions entreprises. » Dans le cas d’un « manquement grave aux engagements stipulés dans le contrat », à l’image des conflits qui ont secoué la majorité de Carolis, l’exclusion est possible « après donné un droit de réponse dans le respect du contradictoire ».

    À noter que la 2e place sur la liste revient à la docteure Malika Lagneau, médecin angiologue libérale installée aux anciens ateliers SNCF. « Un choix politique » défend-elle : « Notre priorité est de refaire venir des médecins à Arles. Ça ne se fera pas d’un claquement de doigts, mais on va aller dans les facs et recréer des liens avec l’hôpital pour un parcours santé. » Reprenant, en quelque sorte, le flambeau transmis par le Dr Dominique Bonnet, en dernière position, non éligible.

    « Notre équipe s’engage à rester présente pour 6 ans »

  • [Rue de la République] Benoît Payan : « Tout est là pour que le RN puisse gagner la ville, mais je ne le laisserai pas faire  »

    [Rue de la République] Benoît Payan : « Tout est là pour que le RN puisse gagner la ville, mais je ne le laisserai pas faire  »

    la liste

    Didier Gesualdi : Vous avez attendu presque la limite pour déposer votre liste. Vous insistez sur le renouvellement, pourquoi ?

    C’est important pour nous, parce que c’est dans l’esprit du Printemps marseillais de provoquer une nouvelle adhésion, une nouvelle envie, un nouveau chemin. Il y a des gens d’expérience qui ont lancé le Printemps marseillais et qui sont toujours ici et puis il y a des nouvelles personnes qui sont entrées sur notre liste. Des jeunes, des gens qui arrivent de milieux différents, de tous les endroits de la ville. Pour nous, il était important d’avoir un conseil municipal à l’image de cette ville. Marseille, pendant très longtemps, a souffert d’une uniformité du conseil municipal. Or, c’est une ville très particulière qui mérite d’avoir une représentation municipale qui lui ressemble. Je crois qu’on a réussi un exercice démocratique merveilleux où tous les quartiers, toutes les sensibilités, sont représentés. Les candidats de cette liste, avec des différences, partagent cette envie d’une ville plus juste, plus belle, plus fraternelle, où on se sent bien.

    Didier Gesualdi : On entend aussi des déçus, des critiques sur la verticalité disant que le Printemps marseillais, c’est fini…

    Je ne vais pas m’arrêter à tous les cailloux que la droite sème sur la route de cette élection municipale. Je ne tire pas sur les ambulances. Ce qui m’intéresse, c’est à la fois ce qu’on a fait, le programme et le renouvellement. Qu’est-ce qu’il se passe quand on renouvelle une liste ? C’est l’histoire de la vie : il y a des gens qui entrent et des gens qui sortent. On n’est pas élu pour toute la vie. Moi-même, je ne le serai pas. C’est important pour nous d’amener de nouvelles personnes à siéger. Vous allez voir un conseil municipal avec quasiment 50% de nouveaux entrants, avec beaucoup de jeunes qui ont des parcours différents, mais un engagement profond pour cette ville. Moi, c’est ce qui m’a guidé, c’est cet engagement universel pour la justice sociale, l’écologie. Cette ville est à la croisée des chemins, cette liste ne pouvait être autre chose que le rassemblement de celles et ceux qui ne veulent pas la voir se diviser, se fracturer. Ce n’est pas une élection municipale comme une autre. Pour la première fois, elle peut tomber dans les mains du RN.

    Léo Purguette : Est-ce que l’ordre préfigure la répartition des rôles. Michèle Rubirola sera-t-elle, par exemple, première adjointe ?

    Ça ne fonctionne jamais comme ça. Il y a une liste puis l’élection par le conseil municipal du maire et des adjoints. Les grands équilibres ne sont pas bouleversés, mais il y aura de nouveaux adjoints et de nouvelles adjointes, de nouvelles délégations car en 2026, on n’est pas en 2020 et on prépare la ville pour 2033. Il faut se projeter.

    LE POSITIONNEMENT POLITIQUE

    Léo Purguette : Quel est le positionnement de votre liste ? Elle regroupe de nombreux partis de gauche, vous avez été critiqué par certains au PRG, mais selon les sondages, il semblerait qu’un électorat de centre-gauche vous rejoigne ?

    Ce n’est pas certains, c’est une personne, qui pensait que sa place lui était due. Je ne suis pas là pour commenter les ego des uns et des autres, je comprends qu’il puisse être déçu, mais je crois que ce qui intéresse les Marseillaises et les Marseillais, c’est « à quoi ressemble la liste ». Vous savez, j’ai traversé le Vieux-Port pour venir à La Marseillaise, il n’y a pas une seule personne qui m’a demandé qui était 31e ou 32e. Les gens veulent savoir si la ville sera propre, s’il y aura des tramways, de la sécurité, du social, des logements… Les gens sont très loin des histoires des journalistes et des politiques.

    Didier Gesualdi : Amine Kessaci est 3e sur votre liste. Quel message politique ? Renaud Muselier avait parlé ici de syndrome de Stockholm à propos de son engagement à vos côtés.

    Je ne prononcerai plus le nom du président de Région à partir du moment où il s’est comporté ainsi avec Amine Kessaci. Je ne sais pas s’il mesure la grande honte qui s’est abattue sur lui ce jour-là, en expliquant qu’Amine Kessaci avait le syndrome de Stockholm. D’abord, je pense que pour un médecin, c’est gravissime. C’est une faute déontologique. Et ensuite vis-à-vis de ce qu’ont vécu Amine et sa famille, c’est une faute morale majeure.

    LE NARCOTRAFIC

    Léo Purguette : Au-delà de la polémique, Amine Kessaci, c’est pour vous un signal d’intransigeance envoyé au narcotrafic ?

    Amine Kessaci a 22 ans. C’est un garçon d’un courage exemplaire. Sa vie ne tient qu’à un fil. Il est protégé jour et nuit par des policiers qui font un travail exceptionnel. Malgré les difficultés, les épreuves, les drames, il s’engage. Il a décidé de ne pas se taire devant ces criminels sanguinaires qui ont voulu le faire taire, qui veulent nous faire taire. Amine s’est relevé. Mener la guerre aux narcotrafiquants, c’est évidemment une question qui regarde l’État et j’ai été abasourdi, dans cette campagne, de voir mes adversaires se vautrer dans l’approximation, dans la démagogie, le mensonge… Pourquoi faire croire qu’un maire aurait les pouvoirs du ministre de l’Intérieur, de celui de la Justice… J’ai déjà eu l’occasion de dire sur le plateau de « Rue de la République » qu’il ne fallait pas couper les tentacules, mais la tête de la pieuvre. Pour cela, il faut des magistrats, de la police spécialisée, de la police aux frontières, il faut remonter les filières de blanchiment… Je me souviens de moments très difficiles dans mon mandat de maire. Annoncer à un grand-père, qui jouait tranquillement au rami, que son petit-fils venait de mourir. Il faut le retour de l’État, un continuum de sécurité, le retour des services publics dans les quartiers populaires. C’est là-dessus que nous, Ville de Marseille, avons mis le paquet.

    LES MOYENS

    Léo Purguette : Aurez-vous les moyens de faire face avec un État qui baisse les moyens des collectivités ?

    Nous sommes la seule collectivité capable de nous désendetter sans austérité. L’argent, ça se gère. On a renégocié avec les banquiers. Et au lieu de faire comme l’ancienne municipalité le « Red Bull Crashed Ice », deux jours de compétition pour des millions… Nous faisons des animations pour tous. Et puis on ira trouver les moyens. Je me souviens d’une question de vous M. Purguette, il y a six ans. J’étais candidat, j’avais dit que l’on allait mettre un milliard d’euros dans les écoles. Vous m’aviez demandé « comment allez-vous faire ? » En fait, nous avons mis 1,4 milliard dans les écoles. La volonté politique dépasse tout.

    Léo Purguette : Vous excluez le levier fiscal ?

    Il n’y a rien à exclure car je ne sais pas ce qu’il peut se passer en 2027 et que le pire peut arriver dans ce pays avec le RN. Franck Allisio fait des belles promesses, mais quand il est à Paris, il vote des baisses de moyens pour les communes qui équivaudraient à Marseille à l’intégralité la cantine et de la paie des policiers municipaux.

    LE POUVOIR D’ACHAT

    Léo Purguette : Quelles sont vos propositions pour le pouvoir d’achat ?

    La gratuité des petits-déjeuners pour les petites marseillaises et les petits marseillais. On a fait un test dans l’école Belsunce. On s’est rendu compte que tous les petits qui avaient ce petit-déjeuner gratuit avaient une attitude beaucoup plus éveillée, positive, et que leurs résultats étaient grandement améliorés. Passer d’une école à 15 000 enfants, ça va être un processus exceptionnel. Et c’est finançable, on y arrive, on est une ville capable de faire ça.

    Didier Gesualdi : Ce n’est pas démago de promettre le tunnel Prado-Carénage à 1 euro ?

    Ce qui serait démago, ce serait de dire « je vais envahir le tunnel » ou de dire « ce n’est pas faisable ». Ça signifierait que la politique ne sert à rien. Je crois le contraire. Des élus confrontés à la même problématique que nous, dans le tunnel du Mont Blanc, ont fait baisser de 80% le passage.

    L’EXTRÊME DROITE

    Léo Purguette : Le RN est donné à un niveau historiquement haut. À quoi attribuez-vous cela ? Si on vous suit, c’est la faute de l’État qui ne garantit pas la sécurité ?

    Il est hors de question pour moi de dire que c’est la responsabilité de l’État. Le RN joue sur les peurs des gens. Quand vous avez en continu des images improbables sur certaines chaînes de télévision, vous vivez dans un climat anxiogène. Il y a aussi de l’insécurité. Vous croyez que j’ai doublé la police municipale parce que ça pouvait me faire plaisir ? C’est parce qu’il fallait le faire. Vous pensez que je vais encore la doubler parce que je serais dans un délire sécuritaire ? C’est parce qu’on a besoin d’une police de sécurité.

    Léo Purguette : Alors qu’est-ce qui fait monter le RN ?

    Vous savez, quand vous n’avez plus de boussole, quand la droite républicaine reprend les mots du RN, quand elle dit « je suis l’original et le Front national est la copie », on fait le lit du RN. Quand Sébastien Delogu veut maintenir sa candidature quoi qu’il arrive, quitte à faire gagner le RN, qu’il part tout seul en ayant comme seul adversaire le rassemblement de la gauche, cela me pose question. J’aurais aimé l’entendre sur ce qu’il se passe au Département avec les mineurs non-accompagnés, avec l’Aide sociale à l’enfance. Nous nous retrouvons face à notre histoire, chacun devra prendre ses responsabilités. Tout est là pour que le RN puisse gagner la ville, mais je ne le laisserai pas faire.

    Didier Gesualdi : La droite vous accuse de surfer sur la peur du RN.

    Encore une fois : je ne tire pas sur les ambulances, mais comment devant des dizaines de milliers de Marseillais, des millions de Français, quelqu’un qui se dit gaulliste peut reprendre la devise pétainiste qui a tenté d’effacer notre devise républicaine : Liberté, Égalité, Fraternité. Il y a un sujet quand même ! J’ai, face à moi, un candidat directement issu du parti fondé par des nostalgiques de Pétain, un candidat qui ne sait pas qui est Pétain et une candidate qui reprend les mots de Pétain. Et la droite m’accuse de trop parler du RN ?! Moi, je le combats. Il faut poser des mots, des actes et un programme. Notre ville est l’inverse du RN. Notre âme est l’inverse de ce que prône le RN. Nous ne sommes pas un village gaulois, nous descendons tous de gens qui arrivent d’ailleurs et qui se sont faits ici à la force de leur travail et parce que certains leur ont tendu la main.

    Léo Purguette : Comment entendez-vous convaincre ? Certains se sont essayés jusqu’au plus haut sommet de l’État à être élu par simple rejet de l’adversaire.

    Ça ne marche pas, je suis d’accord avec vous. Sur la question de la sécurité, je veux rappeler qu’en un mandat, nous avons embauché autant de policiers municipaux qu’en 50 ans précédemment. Donc pas de leçons à recevoir sur la sécurité et on est fier d’avoir une police à l’image de la ville. Ma police a reçu des attaques racistes, des attaques ignobles de la droite, parce que certains policiers s’appellent Mohamed. Nous mettrons un commissariat de proximité dans chaque arrondissement. C’est une proposition chiffrée, finançable et, d’ici la fin du prochain mandat, il y aura 1 600 policiers municipaux à Marseille. Sur la solidarité, je veux dire que ce n’est pas une variable d’ajustement : le Département, la Métropole, la Région lâchent les subventions. On se retrouve un peu seul. J’ai honte de ce qui se dit sur SOS Méditerranée. À Marseille, nous sommes des gens de mer. L’honneur d’un marin, c’est de sauver quelqu’un qui se noie !

    LES AUTRES LISTES

    Léo Purguette : Comment réagissez-vous aux propos anti-musulmans d’Elisabeth Philippe, ex-RN, qui figure sur la liste de droite dans les 11-12 ?

    C’est un vrai sujet. Ils ont sur leur liste une personne qui déclare « je suis facho et fière de l’être ». Et ces gens-là osent dire que je fais monter le RN ?!

    Didier Gesualdi : Elle sera exclue a posteriori.

    Ça n’existe pas. Elle est sur la liste, elle est déposée, elle y reste.

    Léo Purguette : Manuel Bompard, le coordinateur national de LFI, sur la liste de M. Delogu, ça modifie votre opinion pour le second tour ?

    Ça ne change absolument rien. Qu’est-ce que vous voulez que ça me fasse ? Je redis la même chose : face au RN, je ne tergiverse pas. Je ne négocie pas ma place. C’est comme si on était allé voir le président de Région pour avoir des places sur sa liste plutôt que de se retirer. L’honneur ne se monnaye pas.

    Léo Purguette : Votre liste centrale et celles des secteurs seront donc identiques au second tour ?

    Je crois que j’ai été assez clair. Sébastien Delogu devra prendre ses responsabilités. S’il ne les prend pas, il aura à faire à l’histoire. Vous imaginez les dégâts dans une ville dirigée par le RN parce qu’on ne leur aurait pas donné des postes ? C’est ça les antifascistes ? C’est ça les antiracistes ? Il faut avoir un peu de dignité. Nous, on en a toujours eu.

    LA QUESTION DES LECTEURS

    Chaque semaine posez vos questions à nos invités sur lamarseillaise.fr l’une d’entre elles sera tirée au sort comme celle de Francis Sanchez :

    Je suis en couple, j’ai eu 75 ans en novembre 2025, est-ce que je dois payer la taxe foncière ? Cette année, j’ai un crédit pour régler la taxe foncière. Autre chose, est-ce que vous pourriez mettre en place une mutuelle gérée par la mairie, elles sont beaucoup trop chères. Merci de votre réponse.

    Pour la taxe foncière, il existe des exonérations spécifiques, mais c’est la direction régionale des finances publiques qui s’en occupe. Si vous entrez dans les critères, vous y avez droit. La question de la mutuelle municipale est très intéressante. Aujourd’hui, les gens n’arrivent plus à se soigner et à se payer une mutuelle. Elles sont extrêmement chères. Aujourd’hui la santé est devenue un marché comme un autre, un produit comme un autre. Nous allons mettre en place une mutuelle spécifique, où les Marseillaises et les Marseillais pourront souscrire tous ensemble et on sera beaucoup, pour que les gens qui n’arrivent pas à se soigner, qui ne peuvent pas en prendre ou qui subissent des tarifs trop chers, puissent avoir – à un prix défiant toute concurrence – une couverture médicale prise en charge par une mutuelle. Quand on est 10 000, 15 000 ou 20 000 à aller souscrire une mutuelle, forcément, on est plus fort. Et on va le faire aussi pour l’assurance-habitation. C’est quelque chose de très significatif. Et je vous fais une annonce : il y a beaucoup de personnes âgées ou qui n’ont pas d’argent et qui n’arrivent pas à prendre en charge les frais vétérinaires pour leur petit chien ou petit chat et c’est dramatique parce que ça coûte horriblement cher. Nous travaillons donc à une mutualisation communale avec le même mécanisme.