Category: accueil-merge

  • Comparutions immédiates : « une justice d’abattage » ?

    Comparutions immédiates : « une justice d’abattage » ?

    Chaque soir à 20h, du 11 au 14 mars, le théâtre Jean-Claude Carrière, situé au Domaine d’O, propose une représentation de la pièce de théâtre Léviathan, mise en scène par Lorraine de Sagazan. Fruit de nombreuses rencontres avec avocats, magistrats, victimes et détenus, ce spectacle s’intéresse aux lacunes de la justice institutionnelle, et en particulier aux comparutions immédiates. « Cette procédure simplifiée et expéditive, qui est une exception française, juge l’auteur présumé d’une infraction à sa sortie de garde à vue. Publique et durant en moyenne moins de trente minutes, elle est de plus en plus répandue et favorise largement l’incarcération puisque 70% des peines prononcées correspondent à des peines de prison ferme », indique Lorraine de Sagazan dans la note d’intention de son spectacle.

    Un spectacle auquel s’associe, dans le cadre d’un partenariat national, la Ligue des droits de l’Homme (LDH). En amont de la dernière représentation, samedi 14 mars, la section locale de Montpellier organise donc, de 16h à 18h au théâtre Jean-Claude Carrière, une table ronde sur le sujet.

    « Prime à l’accusation »

    Se succéderont un avocat, un magistrat ainsi que des représentants du Spip (Service pénitentiaire d’insertion et de probation) et d’une association, Wake Up Café, qui vient en aide à cette structure officielle. L’avocat montpelliérain membre de la LDH Jean-Jacques Gandini animera cet échange, en amont duquel il a assisté à quatre audiences de comparutions immédiates au tribunal correctionnel de Montpellier.

    Le caractère expéditif de cette procédure, désormais massivement appliquée dans le cadre des mobilisations sociales (Gilets jaunes, réforme des retraites, émeutes dans les quartiers populaires), réduit les droits de la défense. « C’est est un moyen pour évacuer les flux. C’est une justice d’abattage, un peu caricaturale, où la prime est donnée à l’accusation et où la défense a une part congrue », résume Jean-Jacques Gandini. Qui pointe également le côté discriminant de cette procédure : « Les gens qui passent en comparution immédiate sont pratiquement tous issus des classes sociales défavorisées, avec des revenus très faibles quand ce ne sont pas des SDF. Il y a aussi pas mal d’étrangers, car précaires eux aussi. »

  • À Carpentras, la gauche prête à discuter pour éviter l’extrême droite

    À Carpentras, la gauche prête à discuter pour éviter l’extrême droite

    Alors que l’extrême droite est aux portes de l’Hôtel de ville à l’issue du 1er tour, la stratégie des deux listes de gauche est scrutée de près. Pour rappel, le député RN Hervé de Lépinau est arrivé en tête (26,71%) et va compter sur l’appui de Bertrand de la Chesnais (div extrême droite, 14,33%) et de Christian Richaud-Simoni (9,51%), le 1er candidat RN désinvesti ensuite suite à la polémique sur ses tweets racistes. « Toutes les forces patriotes doivent se positionner derrière lui [de Lépinau] », intime ce dernier lundi.

    En face, le maire sortant DVG Serge Andrieu (25,17%) a devancé de peu son prédécesseur, Francis Adolphe (24,29%), qui avait du quitter son poste en 2018 après avoir été condamné pour violences conjugales. Dimanche, Serge Andrieu demandait le retrait de Francis Adolphe. Fin de non recevoir ce lundi de ce dernier qui, dans un communiqué, appelle à la fusion. « En se rassemblant nous pouvons convaincre encore plus, la conscience collective est plus forte que les égos », invite Francis Adolphe, appelant à la discussion.

    En réponse, Serge Andrieu entrouvre la porte : « Je suis prêt à discuter de nos propositions et à échanger pour trouver un consensus capable de rassembler tous les Carpentrassiens qui ne veulent pas voir notre ville tomber entre les mains de l’extrême droite», expose-t-il.

    En ce début d’après-midi, aucune heure de rencontre n’avait été fixée entre les deux hommes. Dans le détail cumulé du 1er tout, l’extrême droite a une mini avance de 100 voix sur les deux listes de gauche sur les 11 000 exprimées. Les 46 % abstentionnistes seront aussi à mobiliser pour faire pencher le scrutin.

  • La vague brune pour l’heure encore contenue à Toulon

    La vague brune pour l’heure encore contenue à Toulon

    Première satisfaction : le pire a été évité ce dimanche. Les prévisions les plus pessimistes il y a encore quelques mois donnaient en effet l’extrême droite gagnante dès le premier tour dans le Port du Levant. Les Toulonnais ont peut-être finalement pas la mémoire si courte que ça et se souviennent du désastre de 1995, à la fois économique et moral dans lequel la ville s’était effondrée. Pour autant vu le score obtenu par la candidate RN Laure Lavalette en remportant près de 40 % des suffrages exprimés, la menace est loin d’être écartée à ce jour. Loin s’en faut même.

    La maire sortante Josée Massi arrivée en deuxième position (30%) va devoir pour commencer faire le plein des voix de gauche. Magali Brunel pour Toulon en commun (qui a l’heure où nous mettons sous presse est à un peu moins de 10%) déclare dès la fermeture des bureaux : « Laure Lavalette et l’extrême droite peuvent conquérir Toulon. C’est un risque réel auquel nous ne pouvons nous résoudre. Face à ce danger pour les valeurs républicaines, pour le vivre-ensemble et pour l’image de Toulon, la responsabilité des forces démocratiques est claire : se rassembler. » Une main tendue à Josée Massi « pour ouvrir sans attendre un dialogue ».

    Michel Bonnus (16%) avait lui de son côté expliqué clairement depuis le début de la campagne, faisant plus qu’espérer pouvoir en bénéficier, que le candidat arrivé 3e devrait purement et simplement se retirer du jeu, se souvenant du scénario fatidique d’il y a 3 décennies avec une triangulaire qui avait installé le Front national à la mairie. Des engagements semble-t-il un peu oubliés dimanche soir. Enfin rien d’aussi tranché. Mais on est persuadé que l’ancien rugbyman sait sortir du stade la tête haute et avec panache même sans l’avoir emporté.

    Sauver l’honneur dimanche prochain

    Tout le monde doit jouer le jeu pour battre Laure Lavalette. pour permettre à Josée Massi de pouvoir dimanche prochain sauver l’honneur des Toulonnais en recueillant toutes les voix de ceux qui ne veulent pas que les valeurs rances de division et de repli du Rassemblement national viennent mettre à mal la concorde et l’avenir de la ville. On jugera sur pièce les révolutionnaires et soi-disant gaullistes… d’opérette.

    La maire sortante sans étiquette ne s’est départie dimanche soir ni de son calme ni de son humilité, et préciser : « Toulon mérite d’être gouvernée dans le rassemblement et dans la dignité et dans l’efficacité. »

    La plus grande prudence est en effet de mise, et ce même si l’arithmétique ce soir plaide en sa faveur, l’ancienne prof de maths est consciente que la semaine qui s’ouvre ne va pas être la plus facile de la campagne mais au contraire concentrer beaucoup de difficultés et être le théâtre d’attaques débridées du Rassemblement national. Comptons sur ses talents d’écoute et le respect de son opposition pour conduire dimanche prochain les Toulonnais à la victoire, ou du moins à sauver leur honneur, ce qui n’est pas rien.

    Rien d’infranchissable au regard de son parcours et de la fibre sociale qui l’a toujours animée. De quoi pour les plus rétifs au front républicain « Oser Josée » sans renier ses idées. À moins d’accepter de contempler sans broncher l’arrivée du parti à la flamme et le laisser dans le Port du Levant présider à nos destinées pendant six ans.

    Le choix est vite fait.

  • Un dimanche à deux urnes et des électeurs déboussolés

    Un dimanche à deux urnes et des électeurs déboussolés

    Deux électeurs piaffent à l’entrée de l’école Bernabo (15e), dont on peut rappeler que le flanc gauche conserve le vestige d’un bunker de l’occupant nazi qui verrouillait le chemin de la Madrague Ville en 1943. 83 ans plus tard, il est huit heures tapante quand le planton du bureau 1507 grimpe sur une chaise et hisse le drapeau tricolore. « Mais qu’est-ce qu’il fait, il dort le président ? » plaisante un électeur. « On ouvre dans cinq minutes dès que j’ai le feu vert ».

    497 bureaux de vote ont ouvert jusqu’à 20h pour accueillir 552 997 inscrits, 50 000 de plus qu’en 2020 avec un mode de scrutin qui a désarçonné, même en rabâchant aux électeurs les modalités du circuit à double urne. École élémentaire Arenc Bachas, (15e). 8h30. Une vingtaine de personnes ont déjà voté au bureau 1501. L’école en brique est particulièrement majestueuse. « Et vous n’avez pas vu la cour de l’école maternelle. Elle a été désimperméabilisée et végétalisée », glisse fièrement une ATSEM.

    À deux pas du Vieux-Port, le bureau 202 au centre d’animation, rue des Martégales, 2e, un préfabriqué posé sur les vestiges exceptionnels d’une villa gréco-romaine du Ve siècle avant notre ère. « 4% des 626 électeurs ont déjà voté à 9h », dit Gérard Azibi, le président du bureau, par ailleurs conseiller municipal en mairie de secteur qui s’attend à un dépouillement tardif. « La Marseillaise ? Vous avez l’air sympathique mais vous pouvez me montrez votre carte de presse ? » fronce une électrice avant de sourire : « On n’est pas du même bord mais presque. J’ai mis beaucoup d’énergie à m’inscrire et à venir voter. C’est plus direct pour voter pour le maire. Mais pourquoi ce n’est pas pareil pour la Métropole ? » interroge la sexagénaire.

    École élémentaire Grand Saint-Giniez, avenue de Mazargues : « Ah oui, bien sûr que c’est important de voter aujourd’hui même si on ne votait pas pareil qu’en 2020. Moi mon vote il est toujours le même et je ne vous dirai pas pour qui. Le scrutin pour Marseille est plus important pour mois car avec tous les problèmes qu’elle a, c’est une ville qui exige un bon maire », explique Delphine, quinquagénaire. Maison blanche, siège de la mairie de secteur des 9-10. Des assesseurs font comme partout œuvre de pédagogie pour répéter leurs explications sur le mode de scrutin. parfois il faut rattraper l’électeur dans le parc : « Eh Titi, reviens ! Tu n’as pas voté pour la mairie de secteur ! »

    « Je fais quoi ? Je le mets dans le PV et après ? »

    22% de participation à 11 heures au bureau 701 de l’école Madrague de Montredon, boulevard de la Verrerie, 8e, le plus au sud des bureaux de vote de Marseille. « Moi je le vois, tout part au vau-l’eau » grinche tout haut un électeur. « Mon dieu, ça fait une éternité que je suis pas revenu ici », sourit un nostalgique. « Ayé, A voté ! » s’écrit, jovial, un troisième. « Pour le résultat, ça sera peut-être une surprise. C’est ça la démocratie ! ». Midi, école Prado Plage, avenue du Commandant Rolland, 8e, sous la Cadenelle. Discrètement protégée par deux gardes du corps, la candidate Martine Vassal, visage fermé, fait une apparition en solitaire.

    Au bureau de vote 501, rue Chape (4e), petit moment de panique à 14h. Un électeur s’est trompé de file et a glissé dans l’urne de la mairie de secteur l’enveloppe destinée au vote pour la mairie centrale. Impossible de la récupérer. « Je fais quoi ? Je le mets dans le PV mais après ? » se demande un assesseur. « C’est compliqué pour nous aussi, c’est nouveau. » École élémentaire Bois Luzy, 12e : un écart notable de 35 électeurs à 16h sur les deux urnes du bureau de vote 1209. Certains, peut-être mal orientés, n’ont pas voté pour la mairie de secteur.

    Au Palais de la Bourse, c’est le grand calme au bureau 1399 dit dérogatoire car dédié essentiellement aux personnes détenues des cinq maisons d’arrêt des Bouches-du-Rhône et quelques Marseillais expatriés : 373 inscrits mais seulement 4 votants : 1,04% de participation à 18h quand les 140 Frioulais du bureau voisin étaient déjà 55% à avoir pris le bateau pour venir voter, l’urne par sécurité ne pouvant prendre la navette maritime.

    « Eh Titi, reviens ! Tu n’as pas voté pour la mairie de secteur ! »

  • Trois points pour remettre en route la machine OM

    Trois points pour remettre en route la machine OM

    Amine Gouiri décisif, deuxième match sans encaisser de but pour la défense. Et victoire au bout.

    En données brutes, la soirée de l’OM, vendredi contre Auxerre, a été parfaite. Les trois points ont permis aux hommes de Habib Beye de conserver leur troisième place. Le but d’Amine Gouiri montre le retour en forme de l’attaquant. Mais là s’arrête le positif de la soirée.

    Car face à une formation qui lutte pour sauver sa place en Ligue 1, le candidat marseillais à la prochaine Ligue des champions a encore montré des faiblesses. À commencer par la prestation collective de la première période.

    Une première période où l’OM a été au diapason du Vélodrome : amorphe. « C’était mou, nous n’avions pas les supporters avec nous » a noté Timothy Weah. Le latéral marseillais est lucide. « Les supporters font l’équipe, c’était dur en première mi-temps. Sans eux, nous ne sommes rien. »

    Un but à l’instinct

    Heureusement, durant les 45 premières minutes où il ne s’est strictement rien passé côté phocéen, Auxerre n’en a pas profité. Les Bourguignons sont restés dans leur moitié de terrain. Faisant preuve d’une timidité qui a aidé les hommes de Habib Beye à tenir bon. Comme si ces derniers attendaient l’acte II, et sa promesse de retour à la normale en matière d’encouragements du stade.

    « Ils ont le droit d’être en colère » a admis l’international États-uniens. Mais le désamour a été oublié au retour des vestiaires. Et quand le Vélodrome a retrouvé sa voix, l’OM a retrouvé son jeu. Du moins en partie. Suffisamment pour aller chercher une brèche dans la défense icaunaise.

    Habib Beye reconnaît la métamorphose de la seconde période. « Elle nous a permis, à l’image des supporters qui nous ont soutenus, d’emballer un peu plus le match mais en étant toujours conscients que nous pouvions être pris en transition. Le changement de système et les entrées nous ont fait du bien. » Tout en restant réaliste sur la manière dont son équipe s’est comportée. « Maintenant c’est un match que nous gagnons par la plus courte des marges mais qui est important pour nous aujourd’hui. »

    Un homme a permis à l’OM de sortir la tête de l’eau. Grâce à son but, Amine Gouiri a débloqué la situation et rendu le sourire à l’ensemble des coéquipiers. L’intéressé y est allé à l’instinct. « Je ne me dis rien du tout. Je me dis juste qu’il faut juste que j’enfonce. Le ballon arrive, il y a du monde dans la surface. En revoyant l’action, il passe entre des jambes. Il y a un peu de réussite, mais l’essentiel, c’est que ça finit au fond », a-t-il confessé en zone mixte.

    L’OM a gravi la première des neuf marches qui doivent le conduire à la prochaine Ligue des champions. Il en reste huit à négocier. Dont la prochaine encore une fois au Vélodrome, face à Lille. Un adversaire qui sera plus coriace. Mais qui sera un véritable test sur la capacité d’aller au bout du rêve de podium.

  • À Aubagne, la gauche appelle à une large union

    À Aubagne, la gauche appelle à une large union

    La gauche aubagnaise garde espoir après les résultats du premier tour des municipales. Le candidat Jean-Pierre Squillari, tête de liste d’Aubagne en commun (DVG), est arrivé troisième du scrutin, avec 23,35% des suffrages exprimés. Le trio de tête est serré, puisque la candidate RN, Joëlle Mélin, et sa liste Rassemblons-nous pour Aubagne est en tête, avec 24,9%, suivie à quelques voix près du maire sortant, Gérard Gazay, et sa liste Passion Aubagne, qui obtient 24,8%.

    Un résultat qui étonne chez la gauche, du fait d’une « dispersion inattendue des voix anti-Gazay et anti-RN », analyse David Chiousse, directeur de campagne de Jean-Pierre Squillari. Cette dispersion est allée vers trois autres listes : Giovanni Schipani, en tête de la liste Aubagne mérite mieux (DVC), a obtenu 16% des voix, ce qui le qualifie pour le second tour, s’il décide de se maintenir. Mohammed Salem, avec sa liste Aubagne ensemble vers l’avenir (DVC), a obtenu 6,5% des suffrages exprimés, ce qui l’exclut du second tour, mais lui permet de fusionner avec une liste pour dimanche prochain. Enfin, la liste Insoumise, menée par Élodie Malek, est arrivée avec 4% des voix, ne lui permettant ni de fusionner ni de se maintenir.

    Le maire sortant a perdu dix points par rapport aux dernières élections, où il avait atteint les 35,25% dès le 1er tour, contre 24,11% pour l’ancienne candidate Magali Giovannangeli, tête d’une liste d’union de la gauche sur laquelle apparaissait Jean-Pierre Squillari. L’écart s’est donc resserré. Mais la comparaison fait aussi observer une large hausse des votes pour le rassemblement national, qui n’obtenait que 10,45% des voix en 2020 et a donc plus que doublé son score. La participation, à 54,78%, est en hausse par rapport au premier tour de 2020, où elle était de 38,27%, mais est largement plus faible qu’en 2014, où elle atteignait les 63%.

    L’appel au rassemblement

    À la suite des résultats, l’ambition est claire pour Jean-Pierre Squillari : aller vers le rassemblement. Le candidat a fait le calcul : « Théoriquement, si tout le monde se rassemble derrière celui qui ne veut ni l’extrême droite, ni Gazay, on arrive à 50% des voix la semaine prochaine ». Pour ce faire, les colistiers sont entrés en huis-clos en milieu de soirée, pour débattre de la stratégie à adopter et ouvrir les discussions. La liste de Jean-Pierre Squillari appelle à une fusion avec les listes de Mohammed Salem et Giovani Schipani, et est « dans l’attente d’un appel à voter de la part de LFI, qui ne sont pas fusionnable », détaille David Chiousse. Le directeur de campagne imagine les scénarios de la semaine à venir, et affirme « que dans le cadre d’une triangulaire, et on est presque certains d’avoir une triangulaire, ça pourrait vraiment marcher ».

    Un espoir partagé avec la tête de liste, qui sous les applaudissements de ses soutiens, s’est exprimé avec confiance : « Ils savent ce qu’ils doivent faire et s’ils le font, je pense que dimanche prochain, à la même heure, nous aurons le sourire », insistant aussi sur la nécessité « de continuer à se mobiliser, jusqu’au bout ».

  • Un second tour très incertain dans les grandes villes

    Un second tour très incertain dans les grandes villes

    Face à la droite extrémisée, nous sommes le seul rempart. » La déclaration du candidat de la gauche unie à Paris, le socialiste Emmanuel Grégoire, résume la situation dans de nombreuses communes au lendemain du premier tour des élections municipales où le taux de participation national a été médiocre : 48,90% à 17h contre 38,77% en 2020, scrutin marqué par l’épidémie de Covid.

    La situation a Paris n’est pourtant pas la plus périlleuse pour la gauche unie hors LFI qui a choisi de présenter
    des listes autonomes dans la majorité des communes. Emmanuel Grégoire arrive largement en tête du premier tour avec 36,4% selon les premières estimations et relègue loin derrière la candidate de droite Rachida Dati qui pointe à 24,8% mais aussi l’insoumise Sophia Chikirou, créditée de 13,7%. Si Dati n’a pas ouvertement parlé de fusion avec Pierre-Yves Bournazel (Horizons), en capacité de se maintenir, elle estime que c’est « une nouvelle élection qui commence » appelant à un « rassemblement le plus large possible ». À l’heure où ses lignes sont écrites, on ne savait pas si la candidate d’extrême droite Sarah Knafo (Reconquête) atteignait les 10% des suffrages exprimés, barre obligatoire pour se maintenir au second tour. « Face à la droite extrémisée nous sommes le seul rempart », a déclaré dimanche soir Emmanuel Grégoire. Aucune fusion ne sera réalisée avec LFI dans la capitale. Mais ailleurs ? Les accords seront locaux car le Premier secrétaire du PS a répété qu’il n’y aurait « pas d’accord national entre le PS et LFI au second tour ». Plus ouverte à des alliances, l’écologiste Marine Tondelier a appelé à « éliminer la droite et l’extrême droite ».

    Danger à Marseille

    À Paris, comme à Marseille et à Lyon, les électeurs ont inauguré un nouveau mode de scrutin en votant cette fois directement pour l’équipe municipale et une seconde fois pour les conseillers d’arrondissements. Marseille, capitale du Sud, deuxième ville de France, est sous la menace de l’extrême droite. Son candidat Franck Allisio fait score égal avec le maire sortant Benoît Payan (DVG) avec quelque 35% des suffrages exprimés. La droite classique, représentée par Martine Vassal s’effondre à 12% et LFI et son candidat Sébastien Delogu obtient dans les 12%, en capacité donc de se maintenir. La fusion à gauche aura-t-elle lieu ? Le dépôt des listes est fixé à mardi, 18h. Sébastien Delogu (lire par ailleurs), a tendu la main au Printemps marseillais. C’est aussi le message délivré sur
    le réseau social X par Jean-Luc Mélenchon appelant les « coalitions de la gauche traditionnelle » à saisir « la main tendue », en vue du second tour.

    Quant à Lyon, le maire écologiste Grégory Doucet et Jean-Michel Aulas, soutenu par la droite, sont au coude à coude autour de 37% et Anaïs Belouassa-Cherifi en troisième position autour de 10%. La candidate mélenchoniste a proposé dès hier soir une « fusion ». « Nous sommes prêts à prendre nos responsabilités, nous sommes prêts à aller discuter et nous sommes prêts bien sûr à garder notre ville à gauche », a déclaré la députée insoumise sur BFM Lyon.

    De fusion, il n’en sera pas question à Montpellier où le maire sortant Michaël Delafosse, à la tête d’une liste de gauche unie, hors LFI, arrive très largement en tête avec 33% des suffrages exprimés, le double du score de la députée LFI, Nathalie Oziol, 16% et loin devant le troisième qualifié, le milliardaire Mohed Altrad 11%.

    Dans le Gard, la droite LR est en difficulté notamment à Nîmes, une des dernières grandes villes (150 000 habitants) qu’elle dirige. La cité romaine est en passe de vivre un tournant historique puisque la liste de gauche unie conduite par le communiste Vincent Bouget obtient 30,05%. Mais le candidat RN, le député européen Julien Sanchez, devance de très peu la gauche avec un score de 30,39% tandis que les deux candidats de droite, Franck Proust (19,55%) et Julien Plantier (15,55%) sont relégués comme le candidat insoumis avec seulement 4,46%. Rien n’est joué dans cette ville dirigée par la droite depuis un quart de siècle. Face au danger RN, Vincent Bouget a lancé dimanche soir un appel au rassemblement mercredi 18 mars.et avant tout dimanche 22 mars, dans les urnes.

    Car l’extrême droite a progressé et menace notamment de reprendre la ville de Toulon dans le Var où sa candidate est arrivée largement en tête (40%). Ses maires ont été réélus à Perpignan, Beaucaire, Fréjus, Hénin-Beaumont.

    Ces municipales sont-elles la répétition avant la présidentielle de 2027 ? Elles dessinent en tout cas les rapports de force politiques avec une droite en recul, vampirisée par l’extrême droite RN, une macronie, déjà peu implantée localement, en perdition et des gauches certes divisées mais en capacité de résister voire de gagner comme à Nîmes, ville symbole à bien des égards. Le maire de Montpellier Michaël Delafosse a décrit à sa manière ce clair-obscur : « Aujourd’hui, à travers les résultats nationaux, le bateau République française tangue et on voit comment les forces de défiance sont à l’œuvre ».

    « J’appelle au rassemblement de tous les Nîmois face
    à l’extrême droite »

    « Face
    à la droite extrémisée nous sommes le seul rempart »

  • À Gap, la gauche rassemblée peut renverser Roger Didier

    À Gap, la gauche rassemblée peut renverser Roger Didier

    À 21h30 à Gap, les résultats partiels (50%) donnaient un trio de tête clair : 40% Roger Didier, le maire sortant secondé par Elie Cordier (Union pour Gap) avec 26.8% des voix et Charlotte Kuentz (Ambitions pour Gap 2026) à 18.79%. Les trois listes ne sont pas les seules à avoir franchi le cap décisif des 10%, puisque le candidat Rassemblement national Raphaël Leroux était crédité de 11,4% des voix à ce stade de la soirée.

    La liste insoumise emmenée par Jacques Patron totalisait, elle, 3% des votes.

    Une victoire à gauche impossible sans alliance

    Le résultat vient confirmer une dynamique attendue : Roger Didier reste en tête et bénéficie d’un socle solide mais pourrait bien être renversé en cas d’union des listes de gauche au second tour. Il réalise son score le plus bas au premier tour depuis son élection en 2007. L’édile, élu dès le premier tour en 2014 (53%) et 2020 (54%), est donc mis pour la première fois en ballotage depuis 2008.

    La liste Union pour Gap, arrivée en deuxième position, se place en tête à gauche et parmi les forces d’opposition. Arrivée troisième, Charlotte Kuentz a néanmoins un poids important pour le second tour et les négociations vont être cruciales pour que la gauche reprenne le fauteuil municipal.

    Une grande part du second tour risque donc de se jouer dans les pourparlers entre les deux listes de gauche. Arrivé devant la liste citoyenne de Charlotte Kuentz, Elie Cordier a dit « ne pas souhaiter contraindre le mouvement à se renier en s’associant aux partis politiques », et a donc proposé la création d’un « conseil citoyen municipal doté de véritables moyens de fonctionnement et d’un pouvoir délibératif », plutôt qu’une fusion de liste.

    Une proposition à laquelle Charlotte Kuentz n’avait pas encore réagi ce dimanche à 22h. Dernier du scrutin, Jacques Patron s’est dit « bien évidemment déçu », mais dit « attendre de savoir ce qu’Elie Cordier va proposer pour que nous puissions mettre un terme à la gouvernance de Monsieur Roger Didier ».

  • Manosque reste à droite avec Galtier, réélu dès le 1er tour

    Manosque reste à droite avec Galtier, réélu dès le 1er tour

    On espérait une victoire, mais pas forcément au premier tour. » Même le maire DVD de Manosque, Camille Galtier, réélu dès le premier tour à 68%, ne s’attendait pas à une telle victoire. « On rêve toujours de gagner au premier tour, c’est le rêve de tout élu. » Des éclats de joie et des fumigènes rouges ont célébré la nouvelle à l’annonce des résultats à l’hôtel de ville de Manosque. Fabrice Durnerin, le candidat RN-UDR, affichait une mine dépitée au premier rang devant l’écran d’affichage, pendant que des dizaines de Manosquins se réjouissaient des résultats. Camille Galtier s’est félicité d’être « le maire le mieux réélu de l’histoire de Manosque ». Il a tout de même salué Patrick Rousset, la tête de la liste d’union de la gauche, le Regain Manosquin, pour qui il a « beaucoup de respect » et qui avait selon lui le meilleur programme parmi ses trois adversaires.

    « On avait parié sur une politique plus sociale, plus axée sur les services publics. C’est raté », a déploré Patrick Rousset, insistant plus particulièrement sur la santé. « J’ai été profondément affecté par plusieurs problèmes de santé de nos concitoyens », a-t-il expliqué, évoquant notamment les urgences régulièrement fermées et le centre de santé Oxance menacé de fermeture. « L’hôpital de Manosque n’est pas en capacité de répondre aux urgences primordiales », a-t-il regretté. Il est notamment très critique de la décision du maire réélu de Manosque Camille Galtier de démissionner du conseil d’administration de l’hôpital en juillet 2024.

    « On n’est pas résolus. Des luttes, on en a perdues », a affirmé Patrick Rousset, déterminé à continuer le combat. Il veut notamment plus de démocratie et de participation pour la ville de Manosque. « Le collectif décidera si on se représente en 2032 », a-t-il ajouté.

    Faire barrage

    Plus tôt dans la soirée, avant l’annonce des résultats définitifs, le Regain Manosquin se disait prêt à discuter avec l’autre candidat DVG Sébastien Aubert d’une potentielle fusion des deux listes pour un deuxième tour, qui ne se tiendra donc pas, pour faire barrage à la droite et à l’extrême droite. La liste d’union de la gauche était très inquiète d’une potentielle victoire du candidat RN-UDR.

    Le maire réélu de Manosque Camille Galtier avait quitté le parti Les Républicains en décembre 2022 suite à l’élection d’Éric Ciotti à la présidence du parti. « Une rouste, une humiliation », ont lancé ses colistiers à l’annonce des résultats. « On a rassemblé tous les Manosquins », a conclu Camille Galtier.

  • En Vaucluse, l’extrême droite confirme son implantation

    En Vaucluse, l’extrême droite confirme son implantation

    Dans le Vaucluse, l’extrême droite gère déjà 4 communes et en aura au moins tout autant dans une semaine à l’issue du second tour. Trois maires ont déjà été réélus au premier tour ce dimanche soir : ceux du Pontet, Morières et Camaret-sur-Aigues. À Orange, l’extrême droite restera aussi au pouvoir, cela se jouera entre Jacques Bompard (Ligue du sud) et Jean-Dominique Artaud (RN), tous deux étant largement devant face à trois autres candidats.

    Élu en 2014, Joris Hébrard est ainsi réélu encore au premier tour au Pontet avec 60,79% des voix. Il affrontait pourtant son ex-premier adjoint, Patrick Suisse (divers extrême droite), 3e avec 16,2% des voix. Intercalé, la liste de large rassemblement républicain du chef de file de l’opposition, Jean-Firmin Bardisa recueille 22,51%. Toujours dans le Grand Avignon à Morières, Grégoire Souque (RN) est réélu et obtient 66% face à Annick Dubois (PS), qui menait une liste d’union de la gauche. Autre premier magistrat RN réélu au 1er tour, Philippe de Beauregard qui rempile pour un 3e mandat à Camaret-sur-Aigues avec 73% des voix face à la liste DVG de Françoise Virlouvet. En 2020, il avait obtenu 70%. Enfin, à Orange, Jacques Bompard (Ligue du sud) a de bonnes chances de reprendre son fauteuil, laissé en 2021 à son fils Yann après avoir été rendu inéligible. À 83 ans, il brigue un 6e mandat et obtient 32,8% des voix, près de 5 points devant Jean-Dominique Artaud (RN, 28,15%). C’est moins que lors des précédents scrutins où Jacques Bompard était réélu au 1er tour ou presque… Derrière, l’éparpillement de candidatures divers centre ou DVG n’aura pas permis de stopper l’hégémonie de l’extrême droite.

    Mais si le RN et ses associés ont ou vont conserver leurs mairies, rien ne dit qu’ils pourront en conquérir d’autres. Monteux semble la cible la plus prenable. Alors que le sortant Christian Gros (DVG) ne se représentait pas et que 4 listes étaient en lice, Patrice de Camaret (RN) totalise 47%, très loin devant la seconde liste (DVC) à 21,62%. À Cavaillon aussi, la députée RN Bénédicte Auzanot est en mesure de faire vaciller Gérard Daudet (LR) qu’elle devance de 6 points (lire page suivante). Bédarrides pourrait aussi officiellement basculer RN, en tête de 3 points face à une liste DVD. À Carpentras, le député RN Hervé de Lépinau est devant de peu face aux deux listes de gauche.