Author: tecnavia

  • Sonia Bellina : l’enquête avance, la haine misogyne éclate

    Sonia Bellina : l’enquête avance, la haine misogyne éclate

    Le 21 août, l’enquête sur la mort de Sonia Bellina a franchi une étape décisive. Un homme de 32 ans, domicilié dans le Gard, a été mis en examen pour « assassinat » et placé en détention provisoire. Le suspect, présumé innocent, a reconnu avoir rencontré la jeune femme la veille et la nuit des faits dans le cadre d’une relation tarifée, mais n’a pas reconnu l’avoir tuée et a exercé son droit au silence. Selon le parquet, plusieurs éléments laissent penser qu’il aurait été son dernier contact.

    Déjà condamné pour violences conjugales en 2023, il portait un bracelet anti-rapprochement destiné à protéger son ex-compagne. Un second homme, placé en garde à vue, a été remis en liberté et mis hors de cause à ce stade. Pour rappel, le corps de Sonia Bellina, 29 ans, avait été découvert le 12 août partiellement carbonisé dans des vignes à Saint-Gilles. Son identité a été confirmée une semaine plus tard par ADN. L’information judiciaire doit désormais préciser le déroulement et le mobile du crime.

    La misogynie

    jusque dans la mort

    Si la justice retient à ce stade la qualification d’« assassinat  », plusieurs associations et responsables politiques parlent déjà de féminicide. Le mobile misogyne n’est pas établi par l’enquête. Mais la misogynie s’est manifestée avec violence après sa mort : commentaires sur son corps, sa vie privée ou encore son activité supposée d’escort-girl, jusqu’à des messages affirmant qu’elle aurait « mérité » son sort. Une mécanique bien connue des associations féministes : disséquer une vie et des choix pour chercher à expliquer, relativiser voire excuser la violence subie.

    Sa famille, par la voix de son avocat Me M. Battikha, a dénoncé une « double peine » et annoncé vouloir poursuivre les auteurs de ces publications. Au-delà de l’enquête, l’affaire Sonia Bellina met une nouvelle fois en lumière la persistance d’une culture de culpabilisation des femmes victimes de violences, jusque dans la mort.

    « Un féminicide supplémentaire »

    La section nîmoise du PCF indique dans un communiqué son « horreur » après l’assassinat de Sonia Bellina et adresse ses condoléances à sa famille. Pour son secrétaire Jacques Chabalier, ce crime constitue « un féminicide supplémentaire » et rappelle l’urgence de faire des violences faites aux femmes une priorité nationale. Le parti dénonce aussi les « logiques masculinistes » et les propos misogynes diffusés depuis la mort de la jeune femme sur les réseaux sociaux, appelant à des plaintes et des condamnations. A.J.

  • Le Scum pointe une « sélection sociale et raciste »

    Le Scum pointe une « sélection sociale et raciste »

    Soixante-douze. C’est le nombre d’étudiants diplômés (Bac ou licence) sans affectation en licence ou master qui s’étaient tournés vers le Scum l’an passé, après avoir épuisé tous les records. Avec le coup de main du Syndicat de combat universitaire de Montpellier, 29 avaient fini par obtenir gain de cause dont 14 dans la filière de leur choix.

    Cette année, Kaïs Ait Addi craint une rentrée encore plus difficile. « Depuis juin, on reçoit des mails toutes les semaines. On a déjà plusieurs dizaines de cas d’étudiants sans affectation », rapporte le porte-parole du Scum.

    Il n’est pas étonné car cette impasse découle d’une politique nationale qui « réduit les places en master et ferme des licences ». Si l’Université de Montpellier (UM) et surtout Paul Valéry sont moins touchés, des étudiants d’autres villes dont les filières n’existent plus se rabattent dans l’Hérault, ce qui crée des tensions.

    Diplôme dévalorisé

    Les cas portés à connaissance du Scum ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Car la plateforme MonMaster incite les étudiants sans affectation à s’inscrire en phase complémentaire. Une sorte de liste d’attente avec faible chance de succès (si désistement) qui les fait poiroter jusqu’en octobre voire novembre. « C’est une manière de couper nos actions de contestation, de nous empêcher de lancer des procédures. Ça pousse aussi les étudiants à rester dans la ville où ils espèrent étudier donc à garder leur logement », précise Kaïs Ait Addi. Ce qui n’est pas sans conséquence, une année perdue pouvant être synonyme de perte de bourses par exemple.

    Le porte-parole du Scum dénonce un système de sélection qui va à l’encontre du « droit d’étudier » et qualifié par ailleurs « d’anti-sociale et raciste ». « Une étude [de l’Observatoire national des discriminations et de l’égalité dans le supérieur, Ndlr] démontre qu’avec un patronyme à consonance maghrébine ou subsaharienne, un étudiant a 8% de chance de moins de se voir proposer un master. Parfois, il n’a même pas de réponse ».

    Kaïs Ait Addi déplore que ce système jugé discriminant, instauré en 2018 avec Parcoursup, soit devenu la norme. « Les étudiants se font de plus en plus à cette sélection illégale qui dévalorise le diplôme. » Pour leur rappeler leurs droits, le Scum organise deux réunions d’information à l’UM (jeudi 10 septembre à 18h salle 2.3.04 bâtiment 2) et à Paul Valéry (vendredi 11).

  • Trottinettes à Nîmes : la phase de prévention se poursuit

    Trottinettes à Nîmes : la phase de prévention se poursuit

    « Nous avons réalisé des centaines de sensibilisations », détaille Nicolas Nadal. L’adjoint à la sécurité à Nîmes se félicite également du lien créé, avec cette phase de prévention, entre les policiers municipaux et la population, loin du tout répressif parfois en vigueur dans d’autres métropoles. Si cette phase devait prendre fin début septembre, elle est finalement prolongée d’un mois, au moins jusqu’à la fin de la feria des Vendanges. « Les étudiants sont partis travailler durant l’été donc nous voulions leur rappeler aussi les règles pour qu’ils ne passent pas une partie de l’argent qu’ils ont gagné cet été dans des amendes », explique Nicolas Nadal.

    L’objectif reste aussi d’informer les utilisateurs de trottinettes qui n’ont jamais reçu de formation avant d’enfourcher leur véhicule électrique. D’autant que les règles ont été durcies à Nîmes : tous les utilisateurs doivent désormais porter un casque et une partie du centre-ville est interdite à la circulation des trottinettes. « Pour l’instant, les automatismes ne sont pas là. Le port du casque n’est pas systématique mais le fait de les sensibiliser est plutôt apprécié de la population. C’est une phase pédagogique où nous avons réalisé des opérations chaque semaine avec des policiers qui rappellent la philosophie autour du port du casque, qui rappellent qu’il faut assurer le véhicule et respecter les zones où ils peuvent circuler. On voit que les règles de conduite : le téléphone, les écouteurs, le sens interdit, sont plutôt méconnues donc le rappel effectué par les policiers est bien accueilli. Nous avons aussi saisi des véhicules qui avaient été débridés car c’est formellement interdit. Bien sûr ce n’est pas gagné, mais nous constatons déjà que de plus en plus de casques apparaissent dans la ville », s’enthousiasme l’élu, qui est également officier de sapeur-pompier.

    Une loi en préparation

    L’élu socialiste a également constaté que les règles étaient moins respectées lorsque la nuit commençait à tomber. Il a donc décidé d’engager en septembre des actions de prévention plus tard dans la journée. « Nous avons fait une très grosse campagne de communication en recouvrant notamment tous les panneaux de la ville. Ce n’est pas possible qu’un Nîmois ne l’ait pas vue. Sur toute la zone interdite aux trottinettes, nous avons aussi mis des panneaux à l’entrée de chaque rue », ajoute Nicolas Nadal. Les élus n’excluent pas non plus d’imposer le port du gilet à haute visibilité, comme c’est le cas à Paris.

    Nicolas Nadal annonce également qu’un projet de loi va être proposé aux parlementaires par la Ville de Nîmes et son maire Vincent Bouget (PCF) pour imposer à tous les utilisateurs de trottinettes électriques le port du casque : « Plusieurs villes imposent le port du casque mais c’est tout de même un vrai problème et c’est pour cela que nous aimerions porter ce projet de loi au niveau national ».

  • Handball : Le PSG reprend le Trophée des Champions à Montpellier

    Handball : Le PSG reprend le Trophée des Champions à Montpellier

    « Nous avons envie de conserver ce Trophée des Champions et de bien lancer notre saison. Affronter Paris est toujours un bon moyen de se jauger face à l’une des meilleures équipes du championnat. Avec l’arrivée des play-off, nous savons que les confrontations directes et les matches couperets auront encore plus d’importance cette saison », Valentin Porte, capitaine du MHB résumait l’enjeu du duel face au PSG, coup d’envoi de la saison officielle. Avec pour Montpellier, de jouer presque à la maison, le voisin aixois ayant mis son Arena à disposition de la Ligue nationale de handball pour l’accueil de ce duel prestigieux, mais qui délivrait le premier titre du nouvel exercice.

    Sous l’œil du retraité des terrains Nikola Karabatic, qui a porté les deux maillots, la tâche des Montpelliérains n’était pas de tout repos. Face à un PSG revanchard, qui restait sur deux échecs face à Nantes et aux Héraultais, lors des dernières éditions au Futuroscope.

    La première période a été un beau duel de gardiens. Dans le but héraultais, Rémi Desbonnet avait la main ferme. Notamment sur les tirs à sept mètres. Ses arrêts, et même son but, permettaient à Montpellier de virer en tête à la pause avec un avantage de quatre buts.

    Un avantage rapidement comblé par le retour tonitruant des Parisiens en début de seconde période. Avec une première égalisation symbolique, à 12 – 12, signée Luka Karabatic. Si les deux équipes se répondaient du tac au tac, Montpellier gardait l’initiative, obligeant le PSG à courir après le score. Jusqu’à ce but de Sebastian Karlsson, permettant au champion de France 2026 de repasser devant à la 43e minute (17 – 16). Malgré tout, le MHB restait dans le sillage, toujours grâce à quelques arrêts importants de Rémi Desbonnet.

    Ce qui n’empêchait pas le PSG d’entrer dans le « money time » avec un avantage d’un but (19 – 18). Que Ferran Solé doublait à la 56e minute, alors que Mikkel Lovkvist, dans le but parisien, avait enfin la main. Benjamin Richert inscrivait le but de l’espoir héraultais, à quelques secondes du gong. Pas suffisant pour éviter la défaite.

    PSG – Montpellier 21 – 20 (8 – 12)

    Trophée des Champions.

    Arena du Pays d’Aix.

    3852 spectateurs.

    Arbitres : K et R Gasni.

    En lever de rideau, le Pauc a disputé une rencontre amicale face aux Japonnais de Toyoda Goseï. Au terme de deux mi-temps de niveaux très différents, les Aixois s’imposent 41 – 27.

  • Ligue Europa : L’OM débutera à Besiktas

    Ligue Europa : L’OM débutera à Besiktas

    Les Marseillais vont pouvoir se préparer aux joutes européennes, avec un premier voyage à Istanbul, quatre jours avant la réception du PSG au Vélodrome.

    J1 : 17 septembre 2026, contre Besiktas (TUR), à l’extérieur (21 heures).

    J2 : 15 octobre 2026, contre Olympiakos (GRE), à domicile (21 heures).

    J3 : 22 octobre 2026, contre le Sturm Graz (AUT), à l’extérieur (18h45).

    J4 : 5 novembre 2026, contre le Bayer Leverkusen (ALL), à l’extérieur (21 heures).

    J5 : 26 novembre 2026, contre le Levski Sofia (BUL), à domicile (18h45).

    J6 : 10 décembre 2026, contre le Celta Vigo (ESP), à domicile (18h45).

    J7 : 2 janvier 2027, contre le Celtic (ECO), à l’extérieur (21 heures).

    J8 : 28 janvier 2027, contre Anderlecht (BEL), à domicile (21 heures).

  • [Le coin BD] Falstaff, le bouffon de Shakespeare, passe des planches aux cases

    [Le coin BD] Falstaff, le bouffon de Shakespeare, passe des planches aux cases

    Roi de la vantardise, prince des débauchés, voleur, menteur et magouilleur, le gros et gras personnage de Falstaff parviendra-t-il à corrompre l’héritier mal aimé de la couronne d’Angleterre. Hâbleur incorrigible, le chevalier John Falstaff brille pourtant d’avantage dans les auberges malfamées de Londres que sur les champs de bataille où il prétend pourtant contre toute évidence briller. Il prend sous son aile de voleur Hal, prince de Galles et héritier de la couronne d’Angleterre, mal aimé de son père Henri IV. Le prince est séduit par le bagout qui ne craint jamais le ridicule de ce roi des voleurs. Mais la guerre civile est de retour en Grande-Bretagne, le trône d’Henri IV est aussi chancelant que sa santé et le prince héritier ne pourra plus échapper à ses responsabilités. Quant à Falstaff, personnage plus que jamais actuel, manipulateur égoïste sans aucune vergogne, « parvenu prêt à marcher sur son prochain pour se frayer un chemin vers les sommets », selon le scénariste, « il ne déparerait pas dans une société trumpienne, mais lui le fait avec drôlerie ».

    Le personnage le plus populaire de Shakespeare, comique, ambigu, aussi excessif qu’attachant, est superbement mis en scène dans cette adaptation par Pierre Boisserie au scénario, Goho au dessin et Isabelle Merlet à la couleur, une tragi-comédie toujours aussi irrésistible.

    ET AUSSI…

    Dumas à Naples

    Quelle belle idée de Marcello Onzo et Fiamma Luzzati de plonger dans les ruelles de Naples en compagnie du truculent Alexandre Dumas. L’autrice en terrasse chez Gambrinus, le célèbre café napolitain, y lit le Voyage en Italie de Goethe avec pour projet de l’adapter. Mais l’auteur des Trois mousquetaires va l’entraîner dans le passé de la ville pour lui faire oublier l’ennuyeux allemand. Elle y croisera Rossini, le dey d’Alger et son harem, bourgeois et voleurs et le terrible Vésuve. Un must pour les amoureux de cette cité unique et éternelle.

    Chez Actes Sud BD, 18,90 €

    L’homme qui vendit la tour Eiffel

    « D’après une histoire presque vraie », cette trépidante comédie suit le personnage réel Léo Lustig, escroc qui en 1925 réussit à vendre rubis sur l’ongle la tour Eiffel à un ferrailleur crédule. Servi par le dessin élastique de Joseph Falzon, le scénario de Stéphane Marchetti nous rappelle que « plus c’est gros, plus ça passe ». Fiction et réalité se mêlent dans cette BD où l’on sourit et où l’on rit des bobards qui vont arnaquer le pigeon alors que les polices françaises et américaines sont sur les dents. Une réussite.

    Chez Dargaud, 19,95 €

    Saperlache

    Un très beau conte sur la folie et l’enfance signé du montpelliérain Sylvain Escalon autour du combat entre l’innocence et le mal chez un enfant délaissé par des parents que la conjoncture économique a ruinés. Pour fuir ce père autoritaire, il va errer à travers champs et se réfugier dans l’imaginaire pour fuir la violence des adultes. Mais il y découvrira une autre violence, celle des créatures qui lui parlent dans la forêt, l’accueillent et jouent avec lui. Avant de l’encourager à voler, à détruire et à faire du mal. Uns superbe BD totalement originale.

    Chez Sarbacane, 26,00 €

    llah n’est pas obligé

    Du chef-d’œuvre de l’ivoirien Ahmadou Kourouma, prix Renaudot et Goncourt des lycéens à sa sortie, Zaven Najjar et Karine Winczura tirent une percutante BD, en plus du film d’animation sorti en mars dernier. Comme dans le roman, le lecteur suit de destin de Birahima, jeune garçon insolent et attachent devenu enfant-soldat dans les guerres civiles qui ont déchiré entre 1991 et 2002 le Liberia et la Sierra Leone. L’histoire de cette dérive vue à hauteur et avec des mots d’enfant manipulé par des adultes ultra-violents est toujours aussi poignante.

    Chez Dupuis, 21,95 €

    La première guerre mondiale en BD

    Arnaud de la Croix et Vincente Cifuentes Martinez leur vision du premier conflit mondial. De manière très pédagogique, ils abordent les causes et personnages de cette guerre qui a impliqué plus de soldats, provoqué plus de morts, de blessés et de disparus, causé plus de destructions qu’aucune autre confrontation militaire jusqu’alors. Cette entrée hyperviolente dans un XXe siècle qui saura repousser encore plus loin les frontières de l’horreur causera la chute de quatre empires et lancera la puissance américaine tout autant que la révolution bolchevique.

    Chez Le Lombard, 29,90 €

    L’évasion de Colditz

    Les Espagnols Salva Rubio et Alejandro Gonzales évoquent dans ce premier tome d’un diptyque l’histoire vraie d’une évasion aussi légendaire qu’incroyable durant la Seconde Guerre mondiale. Officiers prisonniers français, anglais et venus de toute l’Europe se retrouvent dans la forteresse de Colditz, un château que les nazis ont transformé en prison inviolable. Mais le devoir d’un officier est de s’évader et tous les plans, des plus farfelus aux plus fous, vont être tentés, avec succès ou non. Car chaque tentative d’évasion est un acte de résistance et de guerre.

    Chez Glénat, 19,00 €

  • [Week-end] À Bédoin, la réserve de biosphère du Mont-Ventoux

    [Week-end] À Bédoin, la réserve de biosphère du Mont-Ventoux

    Unesco, les sites classés en région

    Cette réserve naturelle de biosphère couvre 90 000 hectares et rassemble 38 000 habitants sur 34 communes autour du massif. On y retrouve une végétation typique du climat méditerranéen avec une grande richesse floristique dont une soixantaine d’espèces rares, bien que ce soit une terre de contraste de par son altitude. Il est possible d’y faire de nombreuses balades.

  • [Week-end] L’esprit de 1936 : Une issue victorieuse

    [Week-end] L’esprit de 1936 : Une issue victorieuse

    Si la victoire électorale a lieu le 3 mai, le gouvernement Blum n’entrera en fonction qu’un mois plus tard. Ce temps de latence va être marqué par de grandes grèves qui vont déboucher sur les avancées mémorables des accords de Matignon dans la nuit du 7 au 8 juin.

    Rappelons tout d’abord que le Front populaire gagne les élections législatives le 3 mai 1936 et que le gouvernement Blum ne se mettra en place que le 4 juin. Il y a donc un mois entre les deux moments. C’est dans cet entre-deux que commence la grande vague de grèves. On cite souvent la grève du 11 mai chez Breguet au Havre comme point de départ. Le 13 mai, c’est Latécoère à Toulouse, puis l’usine Bloch à Courbevoie. Après le 25 mai, c’est toute la métallurgie de la région parisienne qui entre dans la grève. Début juin, d’autres corporations se joignent au mouvement (industrie, commerce, banques…). Au total, on comptera près de deux millions de grévistes, du privé essentiellement, les services publics étant restés à l’écart du mouvement. Dans une grande majorité des cas, les grévistes vont occuper leur entreprise, ce qui va peser lourdement dans le rapport de force avec le patronat. » Directeur de l’Institut CGT d’histoire sociale, David Chaurand résume l’importance de l’immense et historique mouvement de grève qui va toucher l’ensemble du pays en ce printemps 1936 et va déboucher sur des conquêtes sociales dont nous bénéficions tous encore aujourd’hui. Car ces grèves, souvent spontanées mais encadrées par la CGT réunifiée, vont jouer dans les négociations qui vont déboucher sur les fameux « Accords de Matignon » dans la nuit du 7 au 8 juin.

    « Au moment où les grèves battent leur plein, le gouvernement Blum décide de réunir à l’hôtel Matignon, le 7 juin, la Confédération générale de la production française (le patronat !) et la CGT. Au niveau national, une telle réunion est une première. Après plusieurs heures de négociation, un accord en sept points est signé qui comprend notamment l’augmentation des salaires, la généralisation des conventions collectives et l’élection de délégués ouvriers dans les établissements de plus de dix salariés », poursuit David Chaurand. « Plusieurs lois sociales interviennent dans la foulée de l’accord Matignon : deux semaines de congés payés (20 juin), semaine de quarante heures (21 juin) et conventions collectives (24 juin). »

    Dans nos régions, la mobilisation est elle aussi massive. « Dans les Bouches-du-Rhône, ce sont les ouvriers métallurgistes de l’usine Coder qui ouvrent le banc. Le 29 mai, ils se mettent en grève pour protester contre le licenciement de sept ouvriers ayant chômé le 1er mai, tous des militants chevronnés formant l’ossature du syndicat CGT de l’usine. Ils demandent, en outre, une augmentation de 2 francs par jour et l’application du contrat collectif. Non seulement la grève est suivie par la quasi-totalité des 950 ouvriers du site, mais il s’agit d’une grève sur le tas, la “grève des bras croisés” pour reprendre la formulation du Petit Provençal », rapporte l’historien Jean Domenichino. Comme dans la région parisienne, l’issue du conflit est rapide, la direction ayant accédé à toutes les revendications. Pour beaucoup, tout semble rentrer dans l’ordre. La suite des événements ne tarde pas à démontrer le contraire. À partir de juin, la chronologie des conflits méridionaux n’a plus d’autonomie. Comme partout ailleurs, la noria des grèves
    recommence : le 3 juin, aux Forges et Chantiers de la Méditerranée ; le lendemain, les chantiers de construction navale sont occupés par près de 2 000 ouvriers. Pour la première fois, les grèves sortent de Marseille. Le mouvement gagne aussi d’autres branches comme l’huilerie et la savonnerie avec les établissements Fournier-Ferrier, et le bâtiment avec la Société des bitumes d’asphaltes.

    Remerciements

    Ce magazine a reçu l’aide et le soutien sans faille et bienveillant de l’association Promémo et de son président Gérard Leidet. Ouverte à toutes les sensibilités associatives, syndicales et politiques liées au monde du travail, comptant dans ses rangs aussi bien des universitaires que des militants des mouvements sociaux et associatifs, l’association Provence, Mémoire et Monde ouvrier (Promémo), créée en 1999 a pour objet de contribuer à l’élaboration, la rédaction et la diffusion du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et du mouvement social, l’œuvre immense commencée en 1955 par Jean Maitron ; d’encourager et de développer les recherches scientifiques autour de l’histoire du monde et du mouvement ouvriers en Provence et de favoriser la conservation des documents et archives les concernant. Remerciements également à Yann Bertolone des archives de la fédération du PCF des Bouches-du-Rhône, à Frédéric Rosmini de la fédération Léo Lagrange et de Parcours, à l’Institut d’Histoire Sociale (IHS) au niveau national et dans tous les départements et à la Fondation Gabriel Peri.

    Lire la suite ainsi que de nombreuses interviews d’historiens prestigieux dans notre hors-série.

  • [Chroniques méditerranéennes] La « Diada » rassemble le peuple catalan

    [Chroniques méditerranéennes] La « Diada » rassemble le peuple catalan

    Par Eloy Martinez Monegal

    Ce 11 septembre, la Catalogne va se parer des couleurs sang et or de son drapeau « la senyera », les rues et les places des villes et villages vont s’emplir de monde, de sardanes, de castellers. La fête nationale de Catalogne, célébrée toujours à cette date, est appelée en catalan « la Diada ».

    La Generalitat de Catalogne, depuis 2024, dont le président est Salvador Illa, un proche du chef de gouvernement Pedro Sanchez, est dirigée par le Parti Socialiste Catalan, succédant au précédent exécutif indépendantiste, aura pour la deuxième année de sa gouvernance, la tâche d’organiser les activités institutionnelles de cette « Diada » 2026.

    Cette journée, à laquelle est fortement attaché le peuple catalan dans son ensemble, est depuis quelques années récupérée par les indépendantistes de droite et extrême droite, tels Carles Puigdemont de Junts, et Silvia Orriols la maire de Ripoll et leader du mouvement Alliança Catalana (AC) connu comme parti raciste et xénophobe, l’équivalent de Vox au niveau de la Catalogne.

    Il convient de rappeler l’origine historique de cette journée : c’est en 1886 qu’il est décidé de faire du 11 septembre, le jour de la commémoration de la chute de Barcelone en 1714, au terme de la guerre de succession d’Espagne. À l’époque Philippe V fut intronisé roi d’Espagne. Les Catalans s’étaient soulevés contre lui. Philippe V décide alors d’assiéger Barcelone. Les Catalans finiront par se rendre le 11 septembre 1714. Aussitôt Philippe V fera abolir les institutions et interdire la langue catalane.

    Cette journée de fête n’est pas la célébration d’une victoire, mais plutôt de la résistance du peuple catalan qui s’est battu pour défendre sa culture et ses valeurs. C’est aussi le jour, où s’expriment les revendications de plus d’autonomie et d’indépendance. Cette journée avait été interdite sous la dictature de Primo de Rivera, puis rétablie avec la République en 1931, en 1932 le Statut de Núria fut approuvé, accordant pour la première fois une autonomie à la Catalogne. En 1934, Lluís Companys proclama « l’État catalan de la République fédérale espagnole », ce qui entraîna son arrestation et la suspension de l’autonomie.

    Sous Franco, la journée fut de nouveau interdite. Rétablie après la mort du dictateur, en 1980 elle devient officiellement la « Diada » : la journée nationale de la Catalogne. Au vu de cette histoire on comprend, le fort attachement des Catalans à la « Diada ». Salvador Illa, le président socialiste de la Generalitat revendique à cette occasion « une nation catalane » et affirme que « cette fête appartient à tous les Catalans ».

    Les communistes du PSUC considèrent qu’il faut continuer « à poser à l’occasion de cette journée un discours de classe, clair et sans complexe, défendre les politiques sociales et les services publics, avec comme colonne vertébrale une Catalogne dans une Espagne fédérale, républicaine et solidaire ».

    Pour sa part, l’Assemblée nationale catalane (ANC) entité rassemblant les indépendantistes qui souhaitent créer un État catalan, ont prévu cette année de manifester avec des tee-shirts où il est inscrit « Hi soc », « Hi som Independencia ! » c’est-à-dire « j’y suis », « nous y sommes indépendance ! »

    Esquerra Republicana de Catalunya (ERC) participera aux différentes manifestations comme le feront tous les Catalans disent-ils « nous irons à la manifestation pour défendre le meilleur de la Catalogne qui est une nation qui défend la liberté, la démocratie et la convivialité… ».

    Le 11 septembre, le peuple catalan sera donc rassemblé pour célébrer sa culture, son identité et ses valeurs, malgré des visions souvent radicalement opposées sur l’avenir de la Catalogne.

    Journaliste, président de l’Association pour le souvenir de l’exil républicain espagnol (Aseref)

  • [Kallisté] Matisse, d’Ajaccio à la révolution de la couleur (1/3)

    [Kallisté] Matisse, d’Ajaccio à la révolution de la couleur (1/3)

    Le 5 février 1898, Henri Matisse arrive à Ajaccio avec son épouse Amélie pour leur voyage de noces. Le jeune couple s’installe à la Villa de la Rocca, à l’angle de l’actuel boulevard Sylvestre-Marcaggi et de la rue Gabriel-Péri, et y demeure jusqu’au mois de juillet. Pour le peintre, âgé de 28 ans, ce séjour de six mois constitue une véritable révélation.

    Matisse, qui jusque-là avait surtout connu les lumières plus grises du Nord, découvre en Corse l’éclat du monde méditerranéen. « Tout brille, tout est couleur, tout est lumière », écrira-t-il. Il dira également avoir senti croître en lui « une passion pour la couleur ». À Ajaccio, sa palette se transforme : les tons deviennent plus francs, plus lumineux et plus libres. Les 55 tableaux qu’il y réalise annoncent déjà les prémices du fauvisme, ce mouvement qui, quelques années plus tard, bouleversera la peinture par l’intensité de ses couleurs.

    Une forme de liberté

    Ce passage décisif de la vie de Matisse demeure encore trop peu connu. Il permet pourtant de comprendre que la Corse ne fut pas seulement pour lui un décor ou une destination de voyage. Elle représenta une étape fondatrice, celle d’un nouveau regard porté sur la lumière, les paysages et la couleur.

    Plus d’un siècle après, l’Association des amis de Matisse à Ajaccio entretient cette mémoire et poursuit son travail autour des liens entre l’artiste et la cité impériale. Elle s’est récemment entretenue avec Alix Agret au sujet de l’exposition « Matisse1941-1954 », présentée au Grand Palais à Paris du 24 mars au 26 juillet 2026.

    Cette exposition consacrée aux treize dernières années de l’artiste montre combien la passion née à Ajaccio a traversé toute son œuvre. De la lumière corse aux grandes gouaches découpées, Matisse n’aura cessé de chercher, par la couleur, une forme toujours nouvelle de liberté.

    À suivre…