Author: tecnavia

  • [Kallisté] Et des enfers surgirent les Diables rouges (3/3)

    [Kallisté] Et des enfers surgirent les Diables rouges (3/3)

    Trois ans plus tard, cette reconstruction commence à produire ses premiers effets visibles. Après son retour en National 3 au printemps 2025, le Gaz vient de disputer une saison complexe mais salvatrice. Longtemps installé dans le haut du classement après un début de saison particulièrement encourageant, le club a lutté pour assurer son maintien, objectif affiché depuis le départ, avec la volonté de stabiliser durablement son retour à ce niveau. Car personne, au club, ne souhaite verser dans la précipitation. Le discours est prudent. Le Gaz sait ce que coûte l’emballement.

    Ce qui frappe surtout, en parlant avec eux, c’est cette constance dans les mots qui reviennent : famille, travail, humilité, transmission. Des mots simples, des mots presque banals mais qui, ici, semblent encore avoir du sens.

    Jean-Philippe me disait, quelques jours plus tôt, que le football était presque secondaire. Que ce qu’il venait chercher au Gaz, même en Régional 2 ou en Régional 1, c’était d’abord un sentiment d’appartenance. En voyant ce soir-là ces quelques centaines de personnes venues pour un simple match amical de préparation, je comprends mieux ce qu’il voulait dire. Personne n’est là pour le prestige. Ils sont là parce que c’est leur club. Ils sont là parce que dans une époque où le football semble souvent se détacher de ses racines populaires, le Gaz continue de faire vivre quelque chose de plus ancien, de plus simple, de plus vrai.

    À Ajaccio, le Gazélec n’a jamais été le club le plus riche. Mais il reste, pour beaucoup, l’un des plus profondément enracinés dans la ville. Peut-être parce qu’il lui ressemble. Avec ses excès, ses blessures, ses fidélités.

    Il y a une âme ici

    En quittant le stade ce soir-là, je repense à cette phrase de Jean-Philippe : « Il y a une âme ici. » C’est peut-être cela, au fond, que le Gaz a réussi à sauver en 2023. Pas seulement une structure. Pas seulement une équipe. Mais une âme. Et dans le football moderne, c’est sans doute ce qu’il y a de plus rare.

  • [Grand entretien] Jean-Paul Ceccaldi : « Je suis attaché à Marseille et au port autonome »

    [Grand entretien] Jean-Paul Ceccaldi : « Je suis attaché à Marseille et au port autonome »

    La Marseillaise : Quelle est la genèse

    de votre nouvel ouvrage ? Pourquoi l’envie d’écrire sur le monde des dockers ?

    Jean-Paul Ceccaldi : Ce qui m’a donné l’envie, ce sont des documentaires qui ont été faits sur d’autres ports comme au Havre et en Belgique : des problèmes rencontrés par des dockers qui ont été agressés, menacés et même assassinés. Je me suis dit que, peut-être sur le port de Marseille, que je connais bien, on a le même genre de problèmes. Ceci dit, moi je travaillais à la Police judiciaire, à l’évêché, pas loin du port. Quand j’étais jeune, j’allais plonger à la Jetée, dans le port autonome. C’est un lieu qui m’est cher. En plus, je suis Corse, et le monde des dockers en compte quelques-uns. Au début du livre, qui se passe dans un bar de la caserne, vous avez un docker qui aime parler et qui raconte son histoire. C’est du vécu.

    Dans « La mafia des docks », pourquoi avez-vous tenu à adresser quelques clins d’œil au poète marseillais Louis Brauquier (1900-1976) ?

    J.-P.C. : C’est ma lecture de Jean-Claude Izzo qui m’a fait découvrir Louis Brauquier. J’ai notamment adoré son recueil Je connais des îles lointaines. Et il a même fait un poème qui s’intitule La mort du docker. L’œuvre de Brauquier, notamment celle qui concerne le port, m’a habité pendant l’écriture de mon polar. Je m’en suis imprégné. Quand vous lisez certains passages de Brauquier, c’est du polar mis en vers et en rimes. C’est pas courant.

    Votre polar illustre aussi une certaine sympathie que vous avez pour les dockers…

    J.-P.C. : Je suis très attaché à Marseille et au port autonome. J’ai aussi voulu montrer son côté cosmopolite avec des personnages arméniens, corses, maghrébins. Je parle aussi des jeux clandestins qui sont joués sur les docks. À une époque, ils jouaient carrément dans l’enceinte du port. Je dis la mafia des dockers, mais à mes yeux, ils sont plus victimes que mafieux. La mafia, elle est installée autour et profite du port en usant de la corruption. Il ne faut pas oublier que les dockers sont avant tout des travailleurs, qui ont pris des positions à travers l’histoire dans des conflits internationaux, par exemple en refusant de charger des armes. Tout cela, ça attire ma sympathie.

    Film réalisé dans les années 1950
    par Paul Carpita, «
     Le rendez-vous
    des quais
     » a-t-il aussi imprégné
    votre imaginaire
     ?

    J.-P.C. : Bien sûr. Il y a aussi un artiste qui a peint les dockers, Antoine Serra, pour en faire des tableaux magnifiques. À l’époque, écrivains, cinéastes, peintres ont beaucoup été inspirés par les docks.

    Si votre récit se déroule en 2023, il est quand même nourri de beaucoup de références historiques…

    J.-P.C. : Oui car un polar, qu’est-ce que c’est ? Et bien c’est un roman. Et un roman, vous avez une intrigue, des anecdotes et des thèmes.

    Jusqu’à quel point le flic du roman
    est inspiré par votre propre vie
     ?

    J.-P.C. : Moi, j’ai été flic. Même si je fais de la fiction, j’essaie de la rendre la plus réaliste possible.

    L’auteur de polar Maurice Gouiran déclarait il y a deux mois dans ces colonnes : « sous prétexte qu’ils connaissent le métier, des flics écrivent des romans. Mais ce sont des romans policiers et pas des polars car ils n’abordent pas la réalité sociale »

    J.-P.C. : Pour moi, le polar c’est une espèce de rubrique qui couvre plusieurs genres : le roman policier, le roman social, le roman historique… Mais certains, à qui cela n’a pas plu, ont préféré parler de néo-polar. Le premier d’entre eux était un Marseillais, Jean-Patrick Manchette. Dans le roman noir, le roman social, il n’y a pas forcément une enquête ni de policiers, mais où on trouve du social. Parfois, on me demande s’il faut avoir été policier pour écrire un polar, je réponds : non. Quand je lis un polar, même si l’auteur se trompe sur des points de procédure, ça ne me dérange pas s’il est bon. Moi, j’ai essayé justement de me détacher de la procédure. Je fais du policier mais avec des thèmes qui sont à caractère social. Je m’inspire aussi de l’affaire d’un journaliste hollandais qui s’est trop mêlé des affaires du port et qui a été assassiné. [Peter R. de Vries, en 2021]. Et à Marseille, on a quand même un juge qui a été assassiné [le juge Pierre Michel, tué en 1981] Une demi-heure avant qu’il se fasse tuer, j’étais dans son bureau pour une commission rogatoire pour une affaire d’escroquerie qui n’avait rien à voir avec le grand banditisme.

    Quels souvenirs gardez-vous du juge Michel ?

    J.-P.C. : En ce qui me concerne, il avait donné du temps et de sa présence pour une petite affaire. Il ne plaisait pas aux voyous. Après son assassinat, le milieu a fait courir tout un tas de fausses pistes pour noyer le poisson. Après, on a fait une espèce d’opération pour donner un coup de pied dans la fourmilière, on est allés perquisitionner dans tous les bistrots. À mon avis, le juge Michel était quelqu’un de bien. Magistrat, c’est un métier dangereux, surtout quand on fait trop bien son travail.

    « La police est comme le pendant d’un crime organisé, où des parrains établissent la règle du plus fort pour asseoir leur pouvoir dans une société ultralibérale qui laisse, malgré les prohibitions, libre cours à leurs trafics et à leurs fantasmes d’empereurs », écrivez-vous.
    Deux faces d’une même pièce
     ?

    J.-P.C. : Avec cette phrase, vous devez comprendre quelles sont mes idées politiques. Après, je n’aime pas trop commenter ce que j’écris. Mais je peux vous dire que je suis contre tout ce qui est pour et pour tout ce qui est contre.

    Propos recueillis par Philippe Amsellem

  • [Portrait] Christoph Wiesner, directeur des Rencontres Photographiques d’Arles

    [Portrait] Christoph Wiesner, directeur des Rencontres Photographiques d’Arles

    Pour fendre les conventions et l’armure d’une conversation, obtenir des détails un tant soit peu inédits, la tâche de l’intervieweur-portraitiste est quelquefois laborieuse. Les appartenances profondes de ce profil franco-allemand échappent aux définitions. Le personnage public de Christoph Weisner affiche la robustesse et la bonne humeur d’un cycliste d’autrefois, par exemple Rudi Altig ; il incarne tout aussi bien le retrait et l’élégance d’un cousin de Max Ernst. L’impeccable culture de cet ancien étudiant de l’École du Louvre qui cite dans ses éditoriaux Edouard Glissant, Didi-Hubermann ou Pasolini, n’est pas intimidante. Il ne reçoit pas dans son bureau de directeur, préfère retrouver ses interlocuteurs sous les platanes, rue du Docteur Fanton, dans la cour intérieure du bâtiment des Rencontres.

    À côté des thématiques des récentes années – écologie, minorités sexuelles, post-colonialisme – et des noms déjà connus, souvent féminins, mis à l’honneur pendant les Rencontres qu’il a dirigées
    – Berenice Abbott, Sophie Calle, Nan Goldin, Lee Miller, Sabine Weiss – quelques indices singuliers surviennent quand il évoque ses expériences arlésiennes les plus marquantes. En sus des joies qu’il vient d’éprouver en demandant à Harry Gruyaert de redistribuer autrement la magie de ses vues urbaines ou bien en convainquant, au terme de trois séjours à New York, une photographe de 93 ans, Martine Barrat pour qu’elle réalise ce qui risque d’être son ultime grande exposition, Christoph Wiesner pointe parmi ses plus vives émotions une soirée de juillet 2024 pendant laquelle la photographe japonaise Ishiuchi Miyako recevait le Prix Women in motion. 77 ans sobrement assumés, cette dame s’était habillée avec le kimono traditionnel d’une amie de sa mère, victime de l’explosion atomique d’Hiroshima. Tandis qu’en bande passante, on apercevait les lumineuses polychromies de ses photos qui remémorent les empreintes et les plis des vêtements déposés au Mémorial de la Paix, une interprète traduisait ses commentaires. Avec la force de ses images, Miyako faisait comprendre que le présent d’une photographie révèle souvent les deuils et l’irréversible distance qui nous séparent du passé. Simultanément l’infime tremblement ou bien la surface d’une photo rendent visible la remontée de traces et d’indices proches de l’invisible.

    Les charges de travail de cet homme-orchestre sont complexes. Avec un simple claquement de doigts, on ne peut pas demander à Christoph Wiesner d’avoir la capacité d’invention du beaucoup plus jeune Festival du Dessin d’Arles de Fréderic Pajak dont l’équipe vient d’enregistrer en avril-mai, loin des chaleurs de l’été, à l’occasion de sa quatrième édition, un merveilleux et fervent succès. Dans une institution comme les Rencontres d’Arles, les héritages sont contraignants, le comptage des billets d’entrée (175 000 visiteurs, l’an dernier) est déterminant. Les recettes du Festival équilibrent la moitié du budget: la seconde moitié, ce sont pour 20% les mécènes, et puis 30% de subventions. Depuis 2013, les voies tracées par l’ancien directeur François Hébel et son scénographe Olivier Etcheverry sont reconduites; la juxtaposition des 47 expositions d’une programmation polyphonique susceptible de cocher la plupart des cases de l’air du temps, n’est pas foncièrement cohérente.

    Des Rencontres qui n’oublient pas les urgences du présent

    La cible principale reste le maintien d’une plate-forme qui, depuis les miracles survenus dès 1970 grâce aux tenaces intuitions de Lucien Clergue, Jean-Maurice Rouquette et Michel Tournier, aura fait d’une sous-préfecture de 52 000 habitants la capitale mondiale de la photo. Le pôle d’attraction majeur, ce sont les Rencontres professionnelles de la première semaine qui dénombrent cette année grand public compris, les passages de 22 000 passionnés, artistes, collectionneurs ou bien éditeurs. Qu’ils reviennent et se renouvellent est l’espoir de l’équipe des Rencontres qui ne pourra pas offrir en 2027 à la curiosité d’un public averti uniquement quelques lucioles, des relectures ainsi que la restitution d’un incontournable Bicentenaire de la Photographie. La guerre en Ukraine et le génocide de Gaza pourraient révéler une nouvelle génération de photographes. Sans trop d’illusions on forme des vœux pour que surgissent des créateurs qu’Arles découvrirait: ils seraient les équivalents inattendus d’Edward Weston, de Duane Michaels ou bien de Martin Parr.

  • [Un été au camping] L’Hippocampe à Volonne, un camping à la gestion familiale

    [Un été au camping] L’Hippocampe à Volonne, un camping à la gestion familiale

    Si l’art de camper n’est pas apparu au XXe siècle, son développementen France débute en 1936 avec l’instauration des congés payés. Les destinations côtières deviennent accessibles à tous. Aujourd’hui, l’offre s’est considérablement diversifiée mais le camping familial reste le symbole de vacances simples, économiques et populaires.

    Il n’y a pas de barrière, on est tous pareils, tous logés à la même enseigne » : pour ses vacances d’été, Géraldine Bonnici a choisi le camping l’Hippocampe, à cheval entre les deux communes de Volonne et de Château-Arnoux-Saint-Auban. « L’ambiance camping et l’ambiance location, ça n’a rien à voir », constate celle qui a réservé un emplacement avec toute sa petite famille, habituée au camping.

    L’établissement de 17 hectares compte 100 employés en haute saison, et 500 emplacements : 300 hébergements locatifs (mobil-homes, chalets, hébergement toilé) et 200 emplacements de camping. Une extension a ouvert en 2024 avec uniquement des places de camping, de l’autre côté de la Durance, côté Château-Arnoux-Saint-Auban. « Ce n’est pas la même mentalité, la clientèle camping et la clientèle mobil-home. Les clients qui sont là-bas qu’en camping sont contents d’avoir un espace plus calme, plus naturel, plus zen », explique Alys Bravay, directrice de l’établissement. « Je préfère le calme. L’autre partie, c’est beaucoup plus festif », abonde Géraldine Bonnici. « On reviendra l’année prochaine ! C’est un cadre apaisant, relaxant, aux portes des Alpes », conclut-elle.

    Le camping a été créé en 1965, par le grand-père d’Alys Bravay, ancien travailleur à l’usine Arkema. Son père et son oncle l’ont ensuite repris dans les années 1980, et elle est arrivée en 2018. Elle gère encore l’établissement aux côtés de son père, de son oncle et de sa tante.

    Historiquement, le camping s’est construit autour de la discothèque, ouverte en 1966. « On a acheté les terrains au fur et à mesure », explique Alys Bravay. La discothèque propose désormais des soirées adaptées aux mineurs, sans débit de boisson, pour les adolescents de l’établissement qui peuvent en profiter jusqu’à 2h du matin.

    La création du camping a également été encouragée par la construction d’un barrage sur la Durance, qui créa à l’époque un lac artificiel de 110 hectares, et donna au grand-père d’Alys l’idée d’ouvrir une guinguette avec location de pédalos.

    Des vacances à petit budget

    « Dans les gorges du Verdon, tous les campings étaient déjà complets, et c’était beaucoup plus cher », témoigne Sabrina Lebrun, venue de l’Aisne avec sa fille adolescente et la meilleure amie de cette dernière, Lovely et Timélia. La petite famille a fait le choix de louer un emplacement où poser deux tentes, pour leur première expérience en camping. « Un emplacement mobil-home, ça fait super cher. Il a fallu s’équiper, c’est un périple ! C’est un investissement, j’ai tout acheté sur Leboncoin : la rallonge électrique, un réchaud, des cartouches de gaz, une petite armoire de camping… Mine de rien, ça va vite, pour une semaine, ça chiffre ! », lance Sabrina. Pour économiser, elle lave son linge à la main et évite de prendre l’autoroute. « De chez nous, c’est 100 euros le péage ! Avec l’essence, ça nous fait 400 euros l’aller-retour », déplore-t-elle.

    « On est attentifs à ce que le personnel fasse le maximum pour bien accueillir les clients qui ont économisé toute l’année pour partir en vacances, et donc on fait le maximum pour que ça se passe bien », avance Alys Bravay.

    Le camping accueille environ 60% de Français, majoritairement de la Région Paca et du Nord, et 40% d’étrangers, majoritairement hollandais et belges.

  • [Unesco, les sites classés en région] Avignon : un joyau de la Papauté en Vaucluse

    [Unesco, les sites classés en région] Avignon : un joyau de la Papauté en Vaucluse

    Son centre historique, qui réunit le Palais des papes, l’ensemble épiscopal et le Pont d’Avignon (ou pont Saint-Bénézet) est un exemple exceptionnel d’architecture médiévale. Fruit d’un épisode exceptionnel de l’Histoire qui a vu le siège de l’Église quitter Rome durant un siècle, Avignon fut le siège de la Papauté au XIVe siècle. Le Petit Palais et la cathédrale romane Notre-Dame-des-Doms achèvent de former cet ensemble monumental.

  • [Patrimoine] La citadelle de Sisteron, un témoin de l’histoire

    [Patrimoine] La citadelle de Sisteron, un témoin de l’histoire

    Libération de résistants emprisonnés, bombardements de Sisteron, travail forcé de prisonniers politiques… La citadelle de Sisteron témoigne de nombreuses pages de l’histoire de France, et en particulier celle de la Seconde guerre mondiale. Des résistants y avaient été emprisonnés par des Allemands, qui avaient investi la citadelle pendant la guerre. « Leurs collègues ont usé d’un stratagème à la manière d’un cheval de Troie. Ils se sont déguisés en gendarmes, et ils ont fait comme s’ils amenaient un prisonnier à la citadelle. Les Allemands leur ont ouvert grand les portes. D’autres résistants cachés dans les environs sont alors rentrés et ont délivré leurs amis », raconte Sylvie Normand, guide de pays depuis 23 ans. Quelques jours après, le 15 août 1944, la citadelle était accidentellement bombardée par les Alliés, en majeure partie détruite, au moment du débarquement de Provence. Leur objectif était de bombarder les ponts afin que les Allemands ne puissent pas s’enfuir. En larguant par erreur plusieurs bombes sur la ville et ses habitations, ils ont tué une centaine de civils. « Le bâtiment le plus important de la citadelle qui a été détruit, c’était l’église, qui datait du XVe siècle. Cela a été un massacre. Elle a été reconstruite à l’identique, dans le style gothique, sur le rocher, à partir de 1967, grâce à des dons et à des subventions », explique Sylvie Normand. À l’intérieur, le maître verrier Claude Courageux a réalisé les vitraux, dont l’un représente une vierge enveloppée dans la Durance et le Buëch, les deux rivières qui confluent au pied de la citadelle. Aux pieds de la vierge se trouve une perle, représentant Sisteron, surnommée « la perle de la Provence ». Dans la pierre murale de l’église, on trouve encore des fossiles, comme celui d’un oursin.

    « Les hommes ont toujours choisi ce rocher pour faire un camp fortifié parce qu’on y domine la Durance. On a une vue à 360 degrés, donc c’est fabuleux pour se protéger et voir les ennemis arriver. C’est aussi un lieu de passage intéressant, puisqu’il y avait la Via Domitia, à l’époque romaine, qui venait du nord de l’Italie et qui allait jusqu’en Espagne, qui était en rive droite de Durance. C’était une voie de passage avec des échanges commerciaux entre les Alpes et la Méditerranée », relate la guide.

    Un lieu de détention de prisonniers politiques

    La nouvelle muséographie de la citadelle a été inaugurée cette année, avec de nouveaux panneaux explicatifs et une maquette. « J’ai pour habitude d’utiliser la métaphore anatomique : les remparts, tout ce qui date du XVIe siècle, c’est le squelette de la citadelle, comme si c’était un dragon, une grosse bête. L’épine dorsale, c’est le chemin de ronde, construit sur la crête du rocher, où se trouvent également le donjon et l’église », lance Sylvie Normand. Un escalier souterrain de 258 marches relie la citadelle à la ville. « La citadelle était un lieu de détention au XIXe jusqu’au début du XXe. Les prisonniers, pour certains politiques, ont été contraints de creuser toutes les marches et le tunnel. Il y en a probablement pas mal qui sont morts en creusant », regrette la guide.

    Dans la poudrière de la citadelle, construite par Vauban, une exposition célèbre les 70 ans du festival des Nuits de la citadelle, avec les noms des différents artistes qui y ont participé, derrière un rideau rouge renvoyant au théâtre. « Vauban est passé à Sisteron au XVIIe, la citadelle était déjà construite. Il a estimé qu’il n’y avait pas grand-chose à y refaire, si ce n’est qu’il fallait rehausser les courtines, les petits chemins qui passent sous les remparts. Finalement, il a dit qu’il fallait juste construire une poudrière au nord, parce qu’il y en avait une au sud, et ça n’allait pas du tout en cas d’attaque. Elle n’était pas du tout protégée », explique Sylvie Normand.

    « Ce qui fait toute l’originalité de Sisteron et de la citadelle, c’est la clue. Cette formation géologique exceptionnelle s’appelle un millefeuille géologique. Ça résulte du fait qu’il y a des millions d’années, avant l’apparition de l’Homme, lorsque la mer recouvrait complètement le territoire, vous aviez des strates de sédiments calcaires. Les Pyrénées subissaient la poussée du continent africain, et donc, en sortant, elles ont exercé une poussée en direction de notre région. Les Alpes ont fait de même, et la convergence des deux poussées a fait que, dans cette région, les strates qui se trouvaient à l’horizontale se sont redressées à la verticale », relate la guide.

  • [Parcours] Marseille, capitale oubliée des secrets de la Résistance

    [Parcours] Marseille, capitale oubliée des secrets de la Résistance

    Dès son arrivée en zone libre, Jean Moulin avait entamé l’exploration des milieux clandestins sans succès au début semble-t-il. Ce n’est qu’après l’obtention de son visa américain et son installation à Marseille qu’il consacra tout son temps à une prospection systématique de l’activité clandestine », écrit Daniel Cordier (1920-2020), son secrétaire et biographe.

    1. Modern Hôtel, 5, la Canebière

    Jean Moulin séjourne souvent au Modern Hôtel, au 5, la Canebière, avec son amie, la résistante Antoinette Sachs et déjeune à l’angle, à la brasserie Florida, 15, quai des Belges, note l’historien Robert Mencherini. Marseille grouille de réfugiés, d’exilés en attente de visa que l’américain Varian Fry s’efforce de leur obtenir. De sa propre initiative, Jean Moulin s’efforce d’établir le contact avec les acteurs de ces premiers réseaux émergents.

    2. Le foyer des étudiants, 6, rue du Chevalier Roze

    C’est dans le bureau orné d’une croix du pasteur résistant Jules Belpeer (1910–2001) qui tient le « foyer des étudiants africains et asiatiques », au 6, rue du Chevalier-Roze, 2e, que Jean Moulin rencontre en juillet 1941 Maurice Chevance-Bertin, le bras droit d’Henri Frenay avec qui il organise les premiers noyaux de la résistance dans la région. Leur boîte aux lettres est un marchand de journaux des allées Léon Gambetta.

    3. Le cabinet médical du 67 rue Rome

    La première rencontre de Moulin avec le chef résistant Henri Frenay se fait à la mi-juillet 1941 par l’intermédiaire du pasteur américain Howard Brooks. Elle a lieu au deuxième étage du 67 rue de Rome, au cabinet médical des docteurs Maurice et Marcel Recordier. Elle pose les bases du rapprochement avec le premier Mouvement de Libération Nationale / Combat, créé à l’été 1940 par Frenay avec Berty Albrecht (1893-1943).

    4. La cuisine du 103 rue Kléber

    C’est deux ou trois jours après son parachutage du 2 janvier 1942 que Jean Moulin revoit Henri Frenay, son principal contact en zone sud. Rex circule désormais avec des lunettes fumées et une fausse moustache. La rencontre se fait 103, rue Kléber, 2e, chez Agnès Bidault, la sœur du journaliste résistant Georges Bidault, un des dirigeants du groupe Combat. Dans la cuisine, Rex extrait d’une boîte d’allumette l’ordre de mission microfilmé et signé De Gaulle qui l’investit pour unifier les forces clandestines et qu’Henri Frenay raconte avoir lu avec une loupe. Moulin lui remet 250 000 francs pour aider les mouvements résistants avec des consignes organisationnelles strictes.

    5. 32, rue Saint-Ferréol

    Le 12 janvier 1942, une réunion de travail se tient au 32, rue Saint-Ferréol chez mademoiselle Grisé, une inspectrice du travail qui est une amie de Berty Albrecht. Il y a Jean Moulin, son officier radio Hervé Montjaret, Henri Frenay, Henri Aubry et Maurice Chevance-Bertin.

    6. La villa de Gratte-Semelle

    La famille de Jérôme Monod, professeur au lycée Thiers, habitait une villa au milieu des pins sur les Hauts de Périer qui possède une longue galerie souterraine. L’entrée donnait boulevard Estrangin. Elle avait été mise à leur disposition par leur oncle, Gustave Monod, inspecteur de l’enseignement révoqué par Vichy pour avoir protesté contre les lois antisémites. Selon son épouse, Jean Moulin et plusieurs dirigeants de Combat sont passés dans la villa au printemps 1942 pour une réunion du mouvement.

  • Sur la Barthelasse à Avignon, la maison du Parc en quête d’un repreneur

    Sur la Barthelasse à Avignon, la maison du Parc en quête d’un repreneur

    En juin 2023, s’ouvrait la maison du Parc sur l’île de la Barthelasse. Une bâtisse entièrement réhabilitée pour plus de 500 000 euros, le long des berges du Rhône face au pont d’Avignon, et pensée comme une porte d’entrée sur les îles fluviales avignonnaises avec possibilité de s’y restaurer et de s’informer avec des équipes d’Avignon tourisme. Au printemps et à l’été, des soirées guinguettes étaient également organisées. Mais, dans la foulée des municipales, la nouvelle majorité (DVD) a décidé d’arrêter les frais (notre édition du 15 mai). La raison ? Un coût de fonctionnement jugé trop élevé.

    « Cet endroit n’était qu’une source de dépenses avec zéro recettes, il est illogique qu’il ne rapporte pas d’argent, insiste Corinne Chatriot, première adjointe, jointe ce vendredi. C’est un très bel endroit, la Ville ne peut pas se permettre de n’en payer que l’entretien, il faut un retour économique. » Selon la municipalité, le coût de fonctionnement dépassait les 100 000 euros annuels quand, par exemple, la venue d’un food-truck lors de soirées guinguettes était facturée 115 euros l’emplacement.

    Actuellement, la maison du Parc végète. Les portes sont closes et la seule trace d’activité récente est un panneau vantant les animations estivales qui se sont tenues à proximité. La Ville a mis sur la table une double issue pour ne pas laisser dépérir le lieu : l’une provisoire et immédiate, l’autre plus pérenne et à court terme. « On propose de l’ouvrir à des associations qui ont besoin d’espace pour des animations, activités ou réunions », présente Corinne Chatriot. Le 6 septembre prochain, la maison du Parc sera d’ailleurs le point central du forum des associations, qui se tient sur les allées Roig et au centre de loisirs. Elle servira aussi de point d’appui au marathon d’Avignon le 27 septembre, où sera donnée l’arrivée.

    « Pas un endroit

    où l’on fera la fête »

    Les associations devraient pouvoir investir ce lieu jusqu’à la fin de l’année a minima. Car en parallèle, la municipalité va lancer un appel à manifestation d’intérêt (AMI) pour un nouveau projet de « snacking et petite restauration », pose Corinne Chatriot. « Il y a une vue magnifique, ça se prête à avoir un endroit comme ça », justifie la première adjointe. Si les critères de l’AMI restent à être affinés, nul doute que beaucoup seront vigilants sur le fait de conserver un lieu accessible à tous, avec des tarifs et une configuration qui ne seraient pas réservés qu’à quelques happy few. « Une certitude, ce ne sera pas un endroit où on fait la fête, il y a des voisins, ce serait trop irrespectueux », assure Corinne Chatriot, entrouvrant tout de même la porte à une ouverture « nocturne, sans que ce soit bruyant ».

    Autre aspect, qui pourrait être un frein aux candidatures, la maison du Parc « ne peut être louée que d’avril à octobre en raison du risque inondation », prévient la première adjointe. Approuvé il y a trois ans, le plan de prévention des risques inondations (PPRI) du Rhône à Avignon classe la zone en aléa fort de crue. Un point « à faire évoluer dans le temps », estime toutefois la première adjointe, jugeant la topographie de la maison du Parc moins exposée.

  • [Entretien] « Aureille est replacée dans l’épopée de Jean Moulin »

    [Entretien] « Aureille est replacée dans l’épopée de Jean Moulin »

    La Marseillaise : comment êtes-vous parvenu à resituer le lieu où Jean Moulin avait atterri en janvier 1942 ?

    Benoit Senne : Dans mes recherches sur les parachutages en Provence, de matériel pour la résistance et d’agents depuis l’Angleterre et l’Algérie, je trouvais incroyable qu’on n’ait pas trouvé où Jean Moulin et ses deux compagnons Raymond Fassin et Hervé Monjaret avaient atterri le 2 janvier 1942. On parlait « des marais entre Mouriès et Fontvieille ». L’historien Jean-Marie Guillon avait trouvé un rapport des gendarmes d’Eyguières daté du 28 janvier 1942 qui signalait la découverte la veille à 16h d’un parachute complet et d’un casque cachés dans les roseaux d’un marais du quartier des Filioles à Aureille. Le PV évoque une première découverte : « Ces objets paraissent avoir séjourné assez longtemps dans l’eau. Ayant été trouvés à quelques centaines de mètres seulement du parachute découvert le 5 janvier par des chasseurs de Châteaurenard (…), tout fait présumer qu’ils ont été abandonnés en même temps ». Avec l’ancien maire Marcel Guillaumier, on s’est dit que c’était tout à fait incroyable et qu’il fallait vraiment que l’on reconstitue cette histoire qui replace Aureille dans l’épopée de Jean Moulin.

    Vous avancez comment dans
    ces recherches ?

    B.S. : En 2022, je vais aux Archives départementales des Bouches-du-Rhône et je consulte tous les rapports de gendarmerie de 1942. Et le 2 septembre 2022, je tombe sur le rapport du 6 janvier 1942 du commissaire de l’aéroport de Marignane qui parle spécifiquement de la découverte le 5 janvier vers 10h « d’un parachute en soie verte soigneusement enroulé qui paraît avoir été abandonné depuis quelques jours ». Ce qui est décisif, c’est la présence dans une poche du parachute d’une feuille sur laquelle est écrit « MAINMAST ». C’est ce bout de papier qui relie directement ce parachute à la mission Rex car les documents préparatoires des Anglais sur le parachutage identifient « MAINMAST » comme le nom de code d’Hervé Monjaret, l’officier radio de Jean Moulin. On a donc suffisamment d’éléments qui prouvent que la mission clandestine en France de Jean Moulin a commencé à Aureille au quartier « Les Filioles ».

    Hervé Monjaret, seul survivant de la mission Rex, avait relaté
    son saut
     ?

    B.S. : Oui, mais il n’évoquait pas précisément l’endroit. Il avait dit qu’il était retourné en bicyclette début février 1942 récupérer la radio qu’il avait enterrée. Il a dû la réparer pour l’utiliser dans le grenier du presbytère de l’abbé Miral à Caderousse et envoyer à Londres seulement le 7 mars les premiers messages de Jean Moulin. J’ai ensuite poursuivi les recherches sur ce qu’étaient devenus les parachutes récupérés dont celui de la valise radio. C’est passionnant.

    À la fin, l’énorme satisfaction, c’est d’avoir inauguré en mai 2024 une stèle devant le cimetière d’Aureille et le 1er janvier 2025 la borne du kilomètre 0 dans le quartier des Filioles. Maintenant la trace de Jean Moulin sur la commune d’Aureille est marquée à jamais.

  • Le Modef célèbre à Laragne- Montéglin ce week-end l’agriculture paysanne et familiale

    Le Modef célèbre à Laragne- Montéglin ce week-end l’agriculture paysanne et familiale

    Ce samedi après-midi, le syndicat organise pour la première fois une fête paysanne dans les Hautes-Alpes. L’évènement est organisé au 60 Île d’Oriane, à Laragne-Montéglin, sur l’exploitation de Lucie Illy, arboricultrice, productrice de pommes bio. Au programme, un marché paysan, une buvette puis à partir de 19h, des repas paysans sont proposés à la vente. Mais la principale animation sera surtout le débat ouvert au public autour de la question : « Face à la disparition de notre agriculture, que mangerons-nous demain ? » Un questionnement au cœur des revendications porté par le Modef, syndicat certes mineur derrière les grandes organisations agricoles françaises, mais qui cherche à faire connaître sa ligne de défense des petits exploitants et du monde paysan.

    Promouvoir une agriculture paysanne

    « Le but c’est d’échanger avec les gens. On se rend compte que la société civile a souvent une vision de l’agriculture qui ne correspond pas à ce que nous, on vit tous les jours, pose Christian Reynaud, président du Modef 05. On veut savoir ce que pensent les gens de l’agriculture et dans quel sens ils veulent l’emmener, s’ils sont plutôt pour une agriculture industrielle avec des aliments à bas coûts ou une agriculture comme celle que l’on défend, c’est-à-dire familiale, à taille humaine. On est ouverts, on peut tout entendre, on est là pour partager. »

    Le Modef, fondé en 1959 et héritier des idées politiques du Conseil National de la Résistance, défend historiquement les petites et moyennes exploitations familiales, face notamment à l’essor des grandes exploitations agro-industrielles dans le paysage rural français, où peu à peu s’effacent les familles paysannes. « On a de plus petits modèles, familiaux, mais comme je dis toujours, ce n’est pas parce qu’on est petits, qu’on a pas de grandes idées, déclare Christian Reynaud. On promeut un modèle à taille humaine parce qu’on considère qu’il est plus adapté à notre territoire. Et on pense que la société civile a aussi de plus en plus envie d’avoir affaire à une agriculture comme celle-là plutôt qu’une agriculture totalement industrielle. »