Author: tecnavia

  • [Passerelle interculturelle] « Dear You » : un film chinois sur la mémoire des familles d’outre-mer présenté en avant-première à Paris

    [Passerelle interculturelle] « Dear You » : un film chinois sur la mémoire des familles d’outre-mer présenté en avant-première à Paris

    Organisée conjointement par l’Amicale des Teochew de France et le distributeur Trinity CineAsia, cette projection a réuni près de 200 invités, dont des représentants de la communauté chinoise en France, des personnalités locales et de nombreux spectateurs venus découvrir une œuvre profondément ancrée dans la mémoire des Chinois d’outre-mer.

    Réalisé par Lan Hongchun, Dear You est un film familial tourné principalement en dialecte teochew. À travers l’histoire d’un jeune homme qui part en Thaïlande à la recherche de son grand-père disparu, le film fait remonter à la surface un passé longtemps enfoui : celui des familles originaires de Chaoshan, dans le sud de la Chine, séparées par l’émigration, le travail outre-mer et le silence des générations précédentes.

    Au cœur du récit se trouve le « qiaopi », une forme particulière de correspondance qui associait lettre familiale et envoi d’argent. Pendant des décennies, ces lettres ont relié les émigrés chinois installés en Asie du Sud-Est à leurs familles restées au pays. Dans le film, ces fragments de papier deviennent les témoins d’une histoire intime, mais aussi collective : celle de l’exil, de l’attente, du devoir familial et des sentiments rarement exprimés. Sans grands effets spectaculaires ni casting de vedettes, Dear You a rencontré un fort écho en Chine grâce à la sincérité de son récit, à l’usage du dialecte local et à la force émotionnelle de son sujet.

    Résonance particulière dans le 13e arrondissement de Paris

    La tenue de cette avant-première dans le 13e arrondissement de Paris revêt une signification particulière. Quartier emblématique de la présence asiatique dans la capitale française, il constitue un lieu de mémoire, de transmission et de rencontre entre les générations. Pour de nombreux spectateurs issus de la diaspora chinoise, le film ne raconte pas seulement une histoire venue de Chine : il fait écho à des trajectoires familiales, à des langues parfois transmises à voix basse, et à des souvenirs que le cinéma permet de rendre visibles. À travers cette projection, Dear You ouvre également une fenêtre sur la diversité du cinéma chinois contemporain. Il montre qu’une œuvre profondément locale, enracinée dans une langue régionale et une histoire familiale spécifique, peut toucher un public bien au-delà de son territoire d’origine. En France, où le film doit sortir en salles au début du mois de septembre 2026, cette première rencontre avec le public parisien marque une étape importante dans la circulation internationale d’un récit chinois à la fois intime, populaire et universel.

    Plus qu’un simple film familial, Dear You apparaît ainsi comme une lettre adressée aux générations passées, mais aussi aux descendants qui cherchent aujourd’hui à comprendre d’où ils viennent.

    « Passerelle interculturelle », est un espace dédié aux échanges d’idées et de perspectives entre la France et la Chine. Chaque lundi, grâce à des entretiens avec des personnalités françaises et chinoises ou des sujets sur les deux pays, notre ambition est de créer un pont entre deux traditions intellectuelles, deux sensibilités et deux visions du monde.

  • Avignon off : un grand souffle de vie

    Avignon off : un grand souffle de vie

    Comment Gérald Sibleyras a-t-il pu à 42 ans, créer des personnages âgés plus vrais que nature ? Le Vent des Peupliers a été créée en 2003. Sibleyras n’en était qu’à ses débuts d’auteur solo. Depuis il a enchaîné pièce sur pièce, succès après succès. Le vent des peupliers a été adaptée par Tom Stoppard en 2005.

    Le titre anglais Heroes en dépeint très justement cette comédie douce-amère où nos trois aînés, anciens militaires, sont des héros de la vie, des grands enfants dont le temps, ce destructeur sournois, n’a pas ridé les désirs, les pulsions ou les passions. Un chien en béton, surveille les trois complices : Gustave le râleur, René le gentil à la patte folle et Fernand sujet à de fréquents évanouissements. Ces trois mousquetaires chenus fomentent un plan d’excursion tels des ados scouts ivres de liberté et d’obstacles à abattre. Chaque détail est discuté, approuvé ou refusé : le temps passe plus vite lorsqu’on s’est fixé un but.

    Pour interpréter cette photographie vivante entre présent et passé, il fallait des comédiens chevronnés, rompus aux pièges du théâtre intimiste. Bernard Belin les a trouvés et les a dirigés avec une tendre affection. Dans un décor minimaliste, rassurant, il insuffle à la représentation une force (celle de ces retraités rêveurs) et une poésie qui respectent leur passé, leurs souvenirs même guerriers.

    Nous sommes en 1959 et la guerre n’a pas encore cicatrisé toutes les blessures. Bougon, râleur, Christophe Chêne-Caillet eau injecte dans le personnage de Gustave, une tendresse retenue, une peur inavouée sous une apparente fanfaronnerie. Patrice Chartier-Crouzet est un Ferdinand à l’optimisme indéboulonnable donc forcément sympathique. Quant à Alain Fabre, il restitue à merveille les incohérences, la paranoïa parfois d’un René que fragilise un morceau d’obus fiché dans son crâne. Tous trois, nourris d’une expérience riche de vie et de théâtre, embarquent le spectateur dans leur voyage immobile, l’imbriquent dans leurs rêves, leurs tentatives de se moquer des lourdeurs du temps sur leurs épaules.

    Avec eux on rit beaucoup, un rire bienveillant qui fait du bien. Comme eux nous aimerions bien regarder le balancement des peupliers, au loin. Ces peupliers qui, autrefois pour les druides, symbolisaient le vieil âge de l’homme en raison de leurs feuilles blanches. Mais le peuplier était surtout porteur d’espoir et de promesse de régénérescence. Comme cette pièce qui mériterait largement d’être à l’affiche d’un théâtre parisien.

    « Le vent des peupliers », tous les jours sauf le mercredi à 18h45 au Cadencia

  • [Entretien] Éric Navarro : « Le public est acteur du spectacle »

    [Entretien] Éric Navarro : « Le public est acteur du spectacle »

    La Marseillaise : Quelle est l’idée derrière le groupe Jukebox Connexion ?

    Éric Navarro : On a appelé le groupe ainsi en référence à cet appareil dans lequel on mettait une pièce pour choisir un morceau. Le jukebox, pour nous, c’est un QR code qu’on dispose partout sur le lieu où on joue, et les gens peuvent le scanner pour avoir accès à toutes les listes d’une trentaine de titres que le groupe peut jouer. En fonction des votes par chanson, on va rééquilibrer, réorganiser la soirée.

    Pourquoi avoir imaginé ce concept ?

    E.N. : La relation au public est essentielle, parce que la fête est là, parce que le public se ressemble. Donc ça a toujours été important pour moi, d’écouter quelles étaient les demandes du public et de faire en sorte qu’il soit aussi un acteur du spectacle.

    Quel est le style musical du groupe ?

    E.N. : On va plutôt se diriger vers les années 70, 80 et 90, avec beaucoup de chansons françaises. Le point commun entre toutes ces chansons, c’est qu’elles sont positives. Parce qu’on considère qu’aujourd’hui, la musique est fédératrice et que certaines chansons sont des symboles. Elles relient autant les jeunes que les plus âgés, mais aussi toutes les personnes socialement parlant. On a un public familial, et pourtant des jeunes qui, d’habitude, n’écoutent que du rap sont venus nous voir en disant : « On s’est éclaté. »

    Vous avez déjà participé à la Tournée d’été l’année dernière. Pourquoi être revenu ?

    E.N. : L’année dernière, c’était un vrai bonheur de faire la Tournée d’été. Ce que j’ai aimé, c’est justement qu’à travers La Marseillaise, il y a des valeurs de tolérance et de confiance qui sont portées, et c’est aussi ce que nous avons essayé de véhiculer dans notre prestation. Par exemple, dans toutes les communes où on s’est retrouvé, il y avait un public qui était très éclectique. Et pourtant, sur une chanson qui est Le Temps des fleurs de Dalida, tout le monde s’est pris la main et tout le monde a chanté ensemble.

    Y a-t-il des nouveautés dans le spectacle ?

    E.N. : Spécialement pour La Marseillaise, nous allons inaugurer à Rousset un écran géant. Pour toutes les chansons françaises, on va donc pouvoir diffuser les paroles au public et créer un karaoké géant en live avec le groupe.

  • Festival d’Aix : sublimes portes !

    Festival d’Aix : sublimes portes !

    Un prologue parlé interroge : « Il était une fois… Est-ce au-dehors ou au-dedans, la scène est-elle à l’intérieur ou à l’extérieur ? » Il enjoint le public à ouvrir les yeux comme on ouvre un rideau de scène et de les garder grands ouverts. S’il existe un opéra que la version concert sert au mieux c’est bien Le Château de Barbe-Bleue de Béla Bartók. Klaus Mäkelä, l’Orchestre de Paris et les deux solistes, le baryton canadien Gerald Finley et la mezzo-soprano américaine, Judith Irene Roberts, ont laissé samedi, au Grand Théâtre de Provence, le public du Festival d’Aix pantois.

    Bartók et son librettiste Béla Balázs concentrent l’action sur les deux protagonistes et maintiennent ainsi une tension dramatique de chaque instant. Klaus Mäkelä est le maître de cette palette orchestrale d’une richesse inouïe. Bis repetita, après le Triomphe de La Femme sans ombre, pour cette partition que Zoltan Kodaly, compatriote de Bartók, qualifia de « volcan musical », le jeune chef finlandais en déploie avec une science musicale d’une étonnante maturité, l’étoffe d’une incomparable diversité tonale, scintillante, iridescente avec un raffinement d’orchestre renversant. Les martèlements de la cinquième porte, les soupirs angoissés de la sixième emportent l’auditeur dans un flot d’émotions harassant. Gerald Finley et Judith Irene Roberts ont le mérite de passer cette rampe sonore puissante sans jamais perdre un iota du sens profond exprimé par le livret.

    Chef-d’œuvre concis

    Le château du conte n’est autre que Barbe-Bleue lui-même. Chaque porte que Judith veut ouvrir, avec une cruelle obstination, est une part secrète de l’âme de cet homme qui se livre tout entier à la femme qu’il aime. « Pourquoi veux-tu ouvrir ces portes ? Parce que je t’aime », répond-elle. Aimer c’est dévorer l’autre. La chambre des tortures suinte des souffrances de l’enfance.

    Suivent les chambres du pouvoir et des richesses accumulées, celle du jardin merveilleux, âme de l’artiste. La cinquième porte que Judith ouvre sur un cri d’admiration ou de terreur voit s’ouvrir à elle tout un empire. Le lac de la sixième porte est rempli des larmes de Barbe-Bleue. Et la septième chambre enfin, garde les femmes vivantes comme on garde en mémoire les amours passées sans vouloir totalement y renoncer. Judith les rejoint. Barbe-Bleue retourne à son obscurité et sa solitude, au moment même où il croit atteindre la félicité.

    Mais comme le souligne Georges Bataille, l’instant de la plénitude est aussi celui où apparaît la conscience de sa fin. La joie souveraine est liée à l’angoisse parce qu’elle ne peut durer. Eros et Thanatos se partagent le cœur de l’homme, celui, sans doute de Bartók, compositeur de l’angoisse, s’il en fut. C’est à juste titre que Piort Kaminki parle d’un chemin de croix vers la catastrophe finale. Le Château de Barbe-Bleue est un chef-d’œuvre concis (une heure de musique), une de ces œuvres qui ne peuvent laisser indifférent. Elle était servie à Aix par des interprètes hors pair. Un immense moment de musique !

  • [C’est l’été] « Musiques d’un monde en mouvement » à Arles

    [C’est l’été] « Musiques d’un monde en mouvement » à Arles

    « Depuis 30 ans, Les Suds à Arles invitent des artistes d’ici et d’ailleurs, tous porteurs de traditions qui nous éclairent autant sur le chemin des origines que sur ceux qui se dessinent devant nous », rappelle Stéphane Krasniewski, directeur de ce festival qui entend « accueillir les musiques d’un monde en mouvement » du lundi 13 au dimanche 19 juillet dans différents lieux de la ville. Rien donc de plus normal à ce que son programme fasse écho aux « peuples en lutte, plus particulièrement au courage des femmes », précise-t-il, pointant Pour l’Iran, création de Shadi Fathi, reine du setâr, ce luth persan à petit ventre et manche long, et de la chanteuse Mahsa Vahdat, à voir le 18 juillet aux Alyscamps.

    « Diversité »

    À l’occasion de l’exposition « Le passage de Vénus », le Musée départemental Arles antique accueillera, lui, lors de la soirée d’ouverture, Immortelles, où Clémence Gabrielidis conjugue les esprits de la poétesse antique Sappho et de la chanteuse de rebetiko, résistante grecque et féministe des années 1940 Sotiria Béllou. Dans le cadre de la « Saison Méditerranée », le Théâtre antique abritera mercredi une réinterprétation par Camélia Jordan et Sofiane Saidi des Medahates, tradition de chants sacrés de femmes de l’Ouest algérien. Les Suds à Arles, une « promesse de diversité » des musiques du monde, de Jordi Savall, « maître de la musique baroque » à la « rappeuse franco-camerounaise incandescente » Uzi Freyja, en passant par « le rock éthiopien » d’Eténèsh Wassié ou le hip-hop sans frontières de Gaël Faye.

    suds-arles.com

  • [C’est l’été] En balade au jardin à papillons de La Celle

    [C’est l’été] En balade au jardin à papillons de La Celle

    Plus de 110 espèces différentes de papillons peuplent le jardin qui leur est destiné au sein du domaine viticole de l’Escarelle et créé en 2016 en collaboration avec la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO). « Le propriétaire souhaitait faire un inventaire de la biodiversité sur son domaine pour pouvoir la préserver c’est comme ça que le lieu a vu le jour », explique Line Conforti, animatrice nature au sein de la LPO Paca. C’est elle qui sera votre guide pour cette balade à la découverte de ces insectes présents sur plus de 2 500 m². « Sur le jardin nous avons planté uniquement des espèces locales pour attirer des papillons locaux. Ici ils trouvent tout ce dont ils ont besoin selon les différents cycles de leur vie », poursuit-elle. « Pendant la visite on découvre les cycles de vie, on apprend à faire la différence entre les papillons de jour et de nuit mais aussi on rappelle l’importance de leurs ailes qui sont très fragiles. »

  • [C’est l’été] Sandrine Faucou, productrice de petit épeautre : « Je sais le poids de l’effort »

    [C’est l’été] Sandrine Faucou, productrice de petit épeautre : « Je sais le poids de l’effort »

    « Ma famille a vécu pendant la guerre parce qu’elle avait du petit épeautre, mon père n’avait que ça à manger parce que les Allemands prélevaient tout. Mais moi aujourd’hui, j’essaie de porter la voix du petit épeautre et des produits de qualités le plus loin possible » pose en préambule Sandrine Faucou, pétillante rousse qui avoue « ne pas s’être coiffée à la sortie de la douche ce matin » quand le moment de la photo est évoqué. Elle s’était tout d’abord tournée vers des études d’italien, avec pour objectif l’enseignement. De cette partie-là de sa vie, elle lance dans un éclat de rire : « Mangiare. »

    Si dans le cadre d’une agriculture vivrière, ses grands-parents cultivaient le petit épeautre, son père Aimé, dans les années 80 avec la mise en place de la politique agricole commune (PAC) marque un tournant avec un de ses collègues néo rural. Il décide de le protéger en enclenchant une démarche d’agriculture bio loin de l’agriculture productiviste des Trente glorieuses. « Au fil des années, il obtient l’indication géographique protégée, la fameuse IGP. C’était un pionnier », lance sa fille fiérote.

    Domiciliée dans le Luberon, côté Alpes-de-Haute-Provence, Sandrine précise : « C’est une zone où se croisent les quatre départements du Vaucluse, Hautes-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence et Drôme. » Comprendre à environ 700 m d’altitude une terre aride, qui fleure bon le ciste et la bruyère, vous y êtes ? « J’ai compris très vite en ayant grandi à la campagne, que j’avais besoin d’être libre, d’être à l’extérieur, j’ai alors réorienté mes études vers un monde où je pourrais être mon propre patron, tout en profitant des paysages », commente-t-elle. Délaissant la fac de lettres, elle bifurque vers des études agricoles avec une spécialisation agriculture biologique. Démarre alors une nouvelle vie de conseillère agricole pendant 8 ans avant de s’installer en 2009 à la prise de retraite de son père. « À sa grande surprise, d’ailleurs. Mais au fond, je pense qu’il est fier. On naît agriculteur, mon père était un passionné, toujours à mes côtés », ponctue la productrice. La réalité du métier nécessite d’être très polyvalent, des travaux des champs, du semi à la moisson, en passant par la mécanique. « Sans oublier le décorticage, la transformation en farine par exemple, et la commercialisation », complète-t-elle.

    Appelé espeouto en provençal, le Petit Épeautre, aussi connu sous le nom d’engrain est un blé très ancien vieux de près de 12 000 ans qui demande peu d’eau.

    Histoire et humilité

    Aujourd’hui il est redécouvert et apprécié pour sa grande digestibilité due à son faible taux de gluten. L’agricultrice détaille son métier : « Le petit épeautre se moissonne, mais reste dans une enveloppe protectrice. Il est stocké au fur et à mesure. Tous les mois, je décortique, je trie et j’ensache de sorte que mon produit soit au plus près du moment où il est mis sur le marché pour une fraîcheur optimale. La farine se fait aussi au dernier moment. » Avec une ferme de 50 hectares dont 7 ou 15 hectares sont dédiés au petit épeautre, c’est un métier passion qui nécessite beaucoup d’investissement. « Moi, ce que j’aime, c’est toucher mon produit, la relation charnelle avec lui. En bouche, il faut qu’il soit comme le chocolat ferme et fondant à la fois. J’essaie de faire du mieux que je peux avec la terre, pour donner le meilleur de moi-même au consommateur. C’est comme l’éducation des enfants, on les confie qu’à des gens avec qui on sait qu’ils sont en confiance. J’essaie de porter la voix du petit épeautre le plus loin possible. »

    La génération de Sandrine a créé et développé les magasins de producteurs, se regrouper a sécurisé les ventes. Mais le climat change. En Provence, on dit Eici l’aigo es d’or [ici, l’eau est d’or]. Les pluies se raréfient, et sont en même temps plus denses. « Je n’ai pas d’eau du tout. On doit rester vigilant mais aussi évoluer. Par exemple, je fais un peu de lentilles, mais si l’année s’annonce très sèche, je choisis autre chose car je sais qu’elles vont griller. On se pose des questions sur les variétés à implanter, la conduite à avoir. Il faut garder de l’humilité. »

    Et de conclure : « Je sais le poids de l’effort du producteur pour avoir un beau produit et le prix à payer pour atteindre l’excellence. C’est sans doute en ça que je rends à ma famille et au monde agricole ce que j’en retire d’un autre côté ».

    Filière indication géographique protégée (IGP)

    Ce signe officiel d’identification de la qualité et l’origine du produit est un signe Européen. Il garantit qu’au moins une étape clé de la production est réalisée d’une zone géographique délimitée. Le produit doit être ancré dans l’historique de son territoire et ses particularités sont liées à un savoir-faire traditionnel et local.

  • [Entretien] Mario Morisi : « La poésie fait partie du monde de Roberto Baggio »

    [Entretien] Mario Morisi : « La poésie fait partie du monde de Roberto Baggio »

    La Marseillaise : La figure de Roberto Baggio s’avère parfaite pour montrer que le foot est un objet culturel, non ?

    Mario Morisi : Venu en France pour fuir Mussolini en 1922, mon papa me racontait quand j’étais sur ses genoux aussi bien Rome et la Renaissance que les exploits de grands sportifs. Il me mimait les actions pour en faire un mélange de culture populaire et de divertissement. À l’époque il n’y avait pas de télé et peu de magazines. C’est de là que vient mon amour pour le sport, de Piantoni et Platini jusqu’à Baggio. Pour ce bouquin, démarré il y a 30 ans, j’ai commencé à faire le portrait du décor : une Italie des cités, des couleurs, coupée entre les clubs du Nord et du Sud, l’industrie contre la poésie, revenir sur l’histoire des principautés qui s’affrontent… J’ai voulu raconter tout le substrat culturel italien qui fait qu’en Italie, en Angleterre ou en Amérique du Sud, sport et culture peuvent se marier comme l’ont prouvé de grands écrivains et cinéastes. J’ai dû récupérer et traduire des milliers de documents pour montrer les angoisses et envies autour de Roberto Baggio. Il est tellement beau que, comme Marilyn Monroe ou Rita Hayworth, il déclenche des vagues d’amour comme de haine.

    Outre son génie foot, sa fragilité physique et émotionnelle en font un personnage romanesque…

    M.M. : À cause des réseaux sociaux, on est en train de vivisecter le destin des gens. Baggio a beau aimer la chasse ou la poésie, ne reste plus du coup dans les mémoires que son penalty raté [en finale de coupe du monde 1994 contre le Brésil, Ndlr] et sa queue-de-cheval. La coupe du monde actuelle est à ce titre un cauchemar. On transforme une légende en film, pub, slogan. Moi avec mon bouquin, c’est le contraire, je veux reconstituer l’histoire. Il faut se rappeler que Baggio joue un dernier match avec Vicenza quand il a 17 ans. Il est acheté 3 milliards de lires par la Fiorentina (en 1985), plus cher que Maradona. Pour ne pas trahir son club de Vicenza, il tient quand même à jouer le match de la montée et s’explose le genou. Il est blessé pendant deux ans. À Florence, il se promène dans les rues comme une âme en peine. Tous les habitants le considèrent alors comme un putto, ces chérubins qui ornent les toits de la ville, et le prend en affection. Après un an et demi de calvaire, il finit par rejouer contre le Naples de Maradona et marque un coup franc. Il a même fini par être nommé Monument de la ville de Florence, au même titre que le David. Tous les artistes et poètes le voient comme la représentation de la grâce. C’est le plus beau et émotionnel de tous les footballeurs. Il n’a jamais eu un palmarès extraordinaire, mais a sculpté dans l’émotion des gens des moments paranormaux.

    Son transfert chez l’ennemi juré de la Juventus Turin déclenche même une émeute à Florence…

    M.M. : Le propriétaire du club, Pontello, décide de vendre la Fiorentina au producteur Cecchi Gori, mais juste avant, de vendre aussi pour 25 milliards de lires Baggio, alors que ce dernier venait de jurer qu’il n’oublierait jamais la considération des Florentins quand il était juste un joueur avorté. Mais la magie capitaliste se met alors en route. Le patron de la coordination des supporters de la Fiorentina m’avait expliqué que Roberto a dit qu’il était prêt à signer à vie en divisant par deux son salaire à Florence. Mais Pontello ne lui aurait pas vendu le club du coup. Le public a cru qu’il était un Pinocchio. En plus, Baggio joue la finale de la coupe UEFA contre la Juve, son futur club. Il y avait une telle pression que ça a fini en émeutes. À la Juventus, son premier match se déroule contre la Fiorentina, à Florence. Il joue très mal, refuse de tirer un pénalty contre son ancien club. On lui jette une écharpe de la Fiorentina. Il se baisse, la met et le public l’applaudit ému.

    Quel est le plus beau chef-d’œuvre de Roberto Baggio à vos yeux ?

    M.M. : Avec Brescia, contre la Juventus, à la fin de sa carrière (en avril 2001). Andre Pirlo lui envoie une grande balle qui arrive par-derrière. Pendant trois secondes, le ballon est dans le ciel. Baggio se retourne et se place. Dans le même geste, il arrive à faire un amorti et un crochet qui prend à contre-pied le gardien à qui il a fracassé la colonne vertébrale. C’est le but le plus pur, dingue et conceptuel jamais mis. C’est comme le Rasoir d’Ockham, principe de ce philosophe préscientifique qui dit que la nature tire au plus court.

    Baggio fait partie de ces artistes du foot, une espèce quasi disparue…

    M.M. : J’ai l’impression que c’est une chimère. Il est passionné de chasse, est bouddhiste, aime la nature. Il imitait même pour ses coups francs le vol des colverts quand ils atterrissent sur l’eau. La poésie fait partie du monde de Baggio. J’ai essayé d’entrer dans son destin avec pudeur. Il est croyant, actif dans son école bouddhiste, antiraciste et humaniste. Je demande s’il va serrer la paluche de Trump pendant cette coupe du monde. Ce n’est pas possible. S’il le faisait, c’est comme si c’était moi qu’il trahissait.

    « Roberto Baggio, vingt ans de folie italienne et mondiale » aux éditions Culture Foot et Cie. 29,90 euros, 460 pages.

  • Balèti à Menpenti

    Balèti à Menpenti

    L’occasion de s’amuser avec de nombreuses animations et le repas de midi – un aïoli, sur réservation auprès d’Edmonde au 06.68.00.26.72 – et le bal à partir de 21h. Mais aussi de réfléchir et discuter. Durant le débat proposé sur les congés payés ou pendant l’apéro organisé à midi où chacun pourra rencontrer et discuter avec les élus. Le tout sur la place Pierre-Roux dans le 5e, à partir de 10h.

  • Mathys Zidée, du CCAS de Pertuis aux Champs-Élysées

    Mathys Zidée, du CCAS de Pertuis aux Champs-Élysées

    Rendre sa grand-mère fière. C’est pour cette raison que Mathys Zidée, 19 ans, défilera sur les Champs-Élysées le 14 juillet. À l’occasion de la Fête nationale, il fera partie des dix volontaires en service civique qui marcheront avec les forces armées lors du tableau final.

    Avant de s’engager, Mathys aspirait à un tout autre avenir. Après une enfance passée en région parisienne, il est diplômé d’un bac professionnel en informatique. Il déménage ensuite à Pertuis, où il crée son agence de communication. « Mais celle-ci ne fonctionnait pas trop, et je voulais faire quelque chose qui avait du sens », se remémore-t-il.

    L’expérience d’une vie

    Pour donner du sens à sa vie, le jeune homme pense à sa grand-mère. « Elle habitait toujours en région parisienne, j’étais loin d’elle et je n’avais plus trop de liens. » Il décide alors de réaliser un service civique de neuf mois dans le CCAS de Pertuis. « Je devais partager des moments de convivialité avec les seniors isolés à domicile. » Pour le volontaire, cette mission c’était « la meilleure expérience de ma vie ». Maturité, autonomie ou encore patience, sont des qualités qu’il a acquises lors de ces neuf mois.

    Mathys a pu recréer le lien intergénérationnel qu’il avait avec sa grand-mère. Notamment avec Monsieur Berçon, un senior qui vivait dans son garage. « Il était passionné de dessins. Alors j’ai organisé l’exposition de ses tableaux dans les jardins du CCAS. Depuis, on s’appelle tous les dimanches matin. »

    Après la fin de son service civique, Mathys est devenu volontaire ambassadeur, pour poursuivre son engagement. Et quand la directrice générale lui a proposé de faire le défilé, il a accepté « à la minute ». Le jeune homme se dit impatient de cette fête nationale. « Je penserai à ma grand-mère, je sais qu’elle sera fière de moi. »

    En attendant, Mathys retourne répéter sa marche au pas, place de la Concorde.