Avec 15 membres revendiqués dès dimanche soir après les élections sénatoriales, le parti lepéniste et ses alliés ciottistes de l’Union des droites pour la République (UDR) siégeront ensemble dans l’hémicycle. Même si elle quintuple son nombre d’élus, l’extrême droite restera très minoritaire à la chambre haute : les Républicains (LR) et leurs alliés centristes conservent une nette mainmise sur l’institution, avec respectivement environ 125 et 60 sénateurs (sur 348), en attendant les affiliations définitives au sein des groupes. Mais l’apparition de ce groupe parlementaire donnera au RN du temps de parole sanctuarisé sur chaque débat, des moyens financiers supplémentaires ou encore un espace réservé à ses textes. Le RN devrait également obtenir des postes clés au sein du bureau, la plus haute instance de la Haute assemblée, où la répartition dépend des rapports de force.
Le président du Sénat Gérard Larcher a semblé fermer la porte à l’hypothèse de priver les élus d’extrême droite de postes clés, promettant de « permettre à chaque groupe d’exercer pleinement ses droits ». « Nous avons une certaine forme de responsabilité, donc il n’y aura pas de complaisance », a pour sa part prévenu le patron des centristes Hervé Marseille. À gauche, ce fait politique fait réagir : le chef des sénateurs socialistes Patrick Kanner a promis d’entrer « en résistance idéologique et politique ». Probable future présidente du groupe écologiste, Mélanie Vogel a, elle, appelé à l’instauration d’un « cordon sanitaire » vis-à-vis de ce groupe. « C’est le dernier moment pour créer un sursaut démocratique », s’alarme l’élue, appelant à « ne pas collaborer avec eux, ne pas voter pour eux, ne rien signer avec eux ». Dans un communiqué, la présidente du groupe communiste et ultramarin promet : « nous combattrons politiquement leurs choix. Face aux colères, au sentiment d’abandon et aux fractures qui traversent notre pays, notre responsabilité est de faire vivre une autre réponse : celle de l’égalité de la solidarité, des services publics et de la démocratie », pousse Cécile Cukierman.
« Ma crainte, c’est que ce groupe tire la droite vers des positions d’extrême droite », s’inquiète l’écologiste Yannick Jadot. Patrick Kanner craint de voir LR « jouer la lepénisation des esprits ». Gérard Larcher a promis que le Sénat resterait « un contre-pouvoir indispensable en démocratie ». « Si Gérard Larcher prononce ce mot, c’est bien parce qu’une des hypothèses sera de devenir dans quelques mois un véritable contre-pouvoir » en cas d’élection de Marine Le Pen à l’Élysée, estime Claude Malhuret (Horizons).

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