Le renouveau du MHR est en marche

Peu d’équipes sont arrivées aussi vite que nous là où on est arrivés. Même Toulouse a mis quatre ans pour revenir au haut niveau. On est déjà en haut dès notre 2e année du projet, mais on doit y rester », mesure le manager Joan Caudullo après la défaite samedi 27 en finale du Top 14 face à Toulouse (28-20).

C’est une défaite, mais pas un échec. Une défaite qui charrie larmes, amertume, goût d’inachevé et porte en elle tout le sel d’une frustration à étancher au plus vite, d’un manque à combler pour tracer une ligne d’horizon. Le faible écart, la résistance et l’espoir jusqu’au bout recèlent un sentiment de revanche et balaient les maux de tête du Racing 92, après sa déculottée en demi-finale (71-17) ou de Bordeaux en 2024 (59-3).

Cette défaite devant Toulouse, qui règne sur le rugby français, ressemble à la première finale perdue (15-10) par Montpellier en 2011. Face à ce même champion. En 2011, le MHR amorçait un nouveau cycle entre les mains de Fabien Galthié. S’ensuivaient deux barrages et une qualification directe en demi-finale.

Porte-t-elle les mêmes germes d’une renaissance ? Ou est-ce une saison sans lendemain comme la conquête du titre en 2022 ? Est-ce un nouveau coup d’éclat après un long passage à vide et seulement deux participations à la phase finale en sept ans ?

« On a fait une saison presque historique. On veut montrer que ce n’était pas une saison anodine, que Montpellier évolue, grandit et peut devenir un grand club », espère le jeune capitaine Lenni Nouchi, qui a prolongé son contrat en début de saison pour jouer des phases finales.

Une victoire en Challenge européen face à l’Ulster (59-26), une série de 23 victoires en 26 matchs avant la finale : la quatrième finale de Montpellier s’appuie sur une base solide. Et le MHR revient de loin après avoir frôlé la chute en Pro D2 en juin 2024 à Grenoble.

Tout comme en 2011, un manager a la main sur le club. Hier Fabien Galthié, aujourd’hui Joan Caudullo. Aux yeux de tous, et en premier lieu de son président Mohed Altrad, cette saison lui donne un crédit rare. Et valide sa nomination il y a deux ans.

Néophyte dans l’élite, Joan Caudullo voit loin. Mise sur un investissement au long cours dans son club formateur. Le jeune manager (44 ans), entouré de techniciens de sa génération comme Benoît Paillaugue ou Geoffrey Doumayrou, « a envie de faire mieux ». Il en connaît néanmoins le prix à payer, mais aussi l’exigence requise. « Le championnat est très dense. Sur les deux ultimes saisons, onze équipes ont été parmi les six premiers. Il faut profiter de jouer une finale de Top 14 car cela ne va pas arriver souvent », prévenait-il avant la finale.

Le MHR s’expose, ses talents également. Geoffrey Doumayrou, entraîneur de la défense, suscite déjà la reconnaissance de tous, la convoitise du sélectionneur des Bleus Fabien Galthié, en quête d’un remplaçant à Shaun Edwards.

Le regard toujours porté vers le temps long, le manager du MHR, ancien responsable du centre de formation (2020-24) privilégie la stabilité au sein de son effectif. « On a fait un bon recrutement », estime-t-il. Avec six arrivées (Hastings, Wardi, Bézy, Delibes, Tabarot, Van Heerden) pour six départs (T.Vincent, Forletta, Coly, Darmon, Abuladze, Tauleigne), il va préserver les grandes lignes de son effectif et d’un style efficace.

Joan Caudullo a gagné une autre bataille, celle de l’image d’un club entachée par de nombreuses dérives judiciaires. « Quand on regardera cette saison, elle porte beaucoup sur notre ADN et l’image du club. Quand le président m’a confié le poste de manager, c’était mon objectif prioritaire. Quoi qu’il arrive samedi, c’est réalisé », savoure cet homme ouvert.

Si plusieurs joueurs : Haouas, Hounkpatin… font plus parler d’eux sur le terrain que dans les prétoires, le président Mohed Altrad et son directeur du rugby Bernard Laporte s’avancent vers le procès en appel pour corruption, reporté en mars 2027. Et une enquête du parquet financier pour fraude fiscale cible le président.

Le changement d’image se jaugera dans les gradins. Dans un rugby français qui attire de plus en plus de monde, Montpellier a besoin d’être attractif. De renouer le fil avec un public perdu en chemin. La route du renouveau est encore longue.

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