Question qui sert d’épigraphe au nouveau roman de Hélène Gestern, dont il est hors de doute qu’elle est l’une des plus prenantes et démonstratives plumes de la littérature française. Dès le titre : Atelier 4, le lecteur pressent que l’auteure va lui ouvrir la porte d’un local artisanal, ou celle d’un établissement industriel. Il ne lui faudra que quelques pages pour savoir qu’il est entré dans une usine de papier écocertifié, et qu’une jeune femme qui y travaille comme chimiste est trouvée morte, la nuit, dans une des zones les plus sécurisées. Décès accidentel ? Suicide ? Assassinat ?, s’interroge la sœur de la défunte, fermement décidée à « ébranler le mur du silence » d’une entreprise qui pourrait fuir ses responsabilités. Résolue aussi à enquêter sur la vie de sa jeune sœur, au risque d’y trouver des informations contradictoires.
Un univers impitoyable
Hélène Gestern n’en est pas à sa première énigme, élucidée non pas par un enquêteur professionnel, mais par un personnage fictif qu’il soit à la recherche d’un père biologique, d’un VRP, disparu sans laisser de trace, ou encore d’une mère dont ne reste qu’une photographie, retrouvée dans des papiers de famille. Mais ce roman ne va pas porter chance à l’auteure parce qu’il est son treizième, il va la conduire vers un brillant succès de librairie, parce qu’il est le plus socialement captivant, et qu’il nous conduit dans l’univers, parfois impitoyable, du travail, où la main-d’œuvre est trop souvent soumise à des conditions physiques et morales intolérables, et à la perte de la dignité humaine.
Anne-Marie Mitchell
Grasset, 21, 50 euros

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