Le Festival de Pâques réunissait jeudi, dans la remarquable acoustique de l’auditorium du Conservatoire Darius Milhaud d’Aix, le violoniste Pierre Fouchenneret et le pianiste Romain Descharmes. Duo circonstanciel car ce dernier remplaçait au pied levé Théo Fouchenneret, le frère, souffrant. Le programme ambitionnait de balayer la forme duo violon et piano sur près d’un siècle. Le Rondo pour violon et piano de Franz Schubert et les sonates n°3 de Robert Schumann et n°1 de Béla Bartók un ensemble de trois œuvres comme trois paysages sonores.
Enfant prodige, Pierre Fouchenneret obtient à 16 ans son premier prix de violon et de musique de chambre au CNSMD de Paris. Il fonde en 2013 le Quatuor Strada avec Sarah Nemtanu, Lise Berthaud et François Salque. Son violon mordant un rien métallique s’empare du Rondo (alternance de thèmes contrastants) avec une vigueur qui éloigne des interprétations plus viennoises attendues chez Schubert. Même constat pour la sonate de Schumann. Romain Descharmes, que le public de La Roque d’Anthéron connaît bien, joue part égale et le duo piano fonctionne à merveille. L’œuvre datée de 1853, précède de peu l’internement du compositeur pour aliénation mentale. Schumann encore en pleine possession de ses moyens créatifs, déploie son univers fiévreux et romantique. Les accents parfois rudes se font plus élégiaques dans le lent et retenu intermezzo central.
Avec Bartòk, le piano se fait plus intrusif
Avec Bartòk on pénètre aussi dans le territoire d’une âme inquiète. Le piano se fait plus percussif et le violon hésite entre violence rythmique et introspection méditative. La sonate, composée pour la violoniste hongroise Jelly d’Arányi, rappelle, dans l’allégro final, les paysages hongrois, avec des accents de czardas et des élans rhapsodiques.
Si la musique de Bartòk exige une attention constante, elle n’est d’autant plus passionnante, une des plus sincères que le siècle dernier, avec ses grandes catastrophes, nous ait donné de partager. Plus apaisant en bis, la Berceuse de Gabriel Fauré, musique qui paraît en contraste soudain plus anodine après les paysages tourmentés peints par Bartòk et les tourments de Schumann.

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