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  • [Le coin du roman] Il honnissait l’omniprésence de l’argent qui infectait le peuple dont il était issu

    [Le coin du roman] Il honnissait l’omniprésence de l’argent qui infectait le peuple dont il était issu

    Qui était Charles Péguy, ce fils issu d’une mère rempailleuse de chaises et d’un père menuisier, ce socialiste libertaire inséparable des hussards de la République laïque, qui lui enseignèrent à lire, à écrire, et à calculer ? Personnellement, la première fois que nous avons entendu parler de lui, c’est en lisant le Marseillais André Suarès, et le livre que lui consacra Félicien Challaye, son ami pacifiste et anticolonialiste. Le premier aimait le voir sourire dans sa barbe de philosophe antique, et de capucin en mission qui n’a pas besoin d’une chaire dans une cathédrale pour se faire entendre, mais d’un livre. Le second qui n’oublia jamais le gamin de la classe ouvrière, devenu normalien puis écrivain calligraphiant ses manuscrits, évitant les ratures, et faisant la chasse aux coquilles dans ses textes imprimés.

    C’est cet homme-là, qui mit le peuple en garde contre les illusions du capitalisme, qu’il faut lire pour comprendre les méfaits des progrès bourgeois (ceux qui n’ont pas conservé intactes les vertus ouvrières) et l’importance de donner aux classes laborieuses l’instruction qui leur est due. C’est cet homme-là qui rendit hommage à son instituteur, comme le fit Albert Camus lorsqu’il obtint le prix Nobel de littérature. Ces maîtres d’école, chargés de l’instruction et qui ont tendu la main aux enfants pauvres qu’ils étaient. Un livre indispensable en ce temps de l’argent roi, et des dérives responsables du nivellement par le bas.

    Allia, 7 euros

  • [Chefs-d’œuvre des musées] Musée Granet, « Trois crânes » pour une fin d’exposition

    [Chefs-d’œuvre des musées] Musée Granet, « Trois crânes » pour une fin d’exposition

    Leur présence est signalée dans le grand salon du Jas de Bouffan, dans l’appartement de la rue Boulegon ainsi qu’à l’atelier des Lauves. On les aperçoit dans cet ultime espace, Vincent Bioulès les a figurés dans des études préparatoires, des huiles sur toile sur lesquelles il s’exerça au moment d’achever en avril 2006 son grand format de l’Atelier Gris commandité par le musée Granet.

    Ce motif du Crâne apparaît chez Cezanne en 1866. Avec l’accompagnement et le vocabulaire qu’un artiste commençant utilise, pour méditer à propos d’une Vanité : un chandelier doté d’une bougie écrasée, les pages blanches d’un livre religieux, des roses et des pivoines, fragiles et desséchées complètent son propos. En revanche, pendant ses dernières années de création, Cezanne affrontait directement cette expérience. Sur toile ou bien en aquarelle, quand bien même il arrive qu’elles soient posées sur un drap ou bien sur un tapis d’Orient, les « pyramides de crânes » qu’il scrutait relevaient d’un total silence. Le peintre les rangeait sommairement sur un plan de table ; elles engagent une radicalité, jamais les conventions d’un discours de finitude.

    D’ordinaire visibles à l’Institute of Arts de Detroit, ces trois crânes sont datés des années 1898-1900. Ces « extinction studies » n’ont ni mâchoires ni dents. Les creusements de leurs arcades et de leurs orbites sont sauvagement neutres, sans échappatoire ni divertissement. La vérité et la beauté ne sont pas obligatoirement incompatibles, chaque cavité se distingue magistralement de l’autre, les volumes et les colorations de ces messagères sans voix ni regard sont magiquement nuancés.

    Cette chronique, la douzième et dernière consacrée à l’exposition du musée Granet comporte involontairement un élément dissuasif. Succès oblige, aucune réservation n’est à présent possible, les derniers jours de cet événement, 11 et 12 octobre, sont programmés à guichets fermés. L’office du tourisme d’Aix avance un total de fréquentation proche des 372 000 visiteurs de l’exposition Picasso-Cezanne de 2009. 77% des visiteurs sont français, les gens de Paca sont plus nombreux que ceux d’Ile de France. Les 23% restants sont des étrangers ; avec en tête les USA, 120 nationalités sont dénombrées.

  • Un air d’Angoulême à La Seyne-sur-Mer

    Un air d’Angoulême à La Seyne-sur-Mer

    Référence du genre en France, le festival de la bande dessinée d’Angoulême revendique quelques petits frères. Parmi eux, « Bulles en Seyne », qui fête sa 15e édition ces samedi et dimanche, pour la seconde année consécutive à la Bourse du Travail de La Seyne-sur-Mer, après s’être tenu pendant des années au Parc de la Naval. L’événement, porté par l’association Au Tour de la BD, organise par ailleurs chaque année le Prix des jeunes lecteurs, en lien avec les élèves des différentes écoles de La Seyne. Ceux-ci doivent élire un lauréat parmi une sélection de cinq auteurs, à qui le prix sera remis samedi matin, à 11h30.

    D’autres prix, comme celui du meilleur scénariste, seront remis par la même occasion. L’année dernière, c’est Jean-Luc Garrera qui l’avait emporté. C’est lui qui présidera le festival, avec une vingtaine d’artistes internationaux présents. Pierre Tranchand (plus connu sous le pseudonyme Pica), auteur de la célèbre série Les Profs, dont le 28e tome, intitulé Carnet de potes, sortira le 28 octobre, sera également de la partie avec Frank Margerin, auteur de la série Lucien, le traducteur de mangas Frédéric Antoine, ou encore les auteurs italiens Giovanni Rigano et Barbara Canepa. Enfin, Théa Rozjman fera également honneur de sa présence, avec l’association Maefe, qui travaille dans les quartiers de La Seyne-sur-Mer, et a réalisé une BD intitulée Elles en partenariat avec le Labo des Histoires. Cinq habitants des quartiers y racontent leurs expériences de vie, dans une œuvre dirigée par les conseils de l’autrice. Ils seront présents sur les deux jours et pourront dédicacer cet ouvrage en cours d’édition.

    Les visiteurs pourront aussi participer à différentes animations : ventes d’objets de collection et de livres, coin lecture, stands de fanzines et auto-éditeurs, ateliers jeux de société autour de la BD avec l’association Les yeux dans les jeux et une exposition sur L’univers de Jung et Marty, deux auteurs qui présenteront leur travail en grand format.

    À noter que chaque livre acheté durant le festival donne droit à un ticket de tombola, avec différents lots à gagner. Ça vaut le coup de soutenir les auteurs et le festival, d’autant plus que celui-ci est totalement gratuit.

    Samedi et dimanche (10h-18h), Bourse du Travail de La Seyne-sur-Mer. Entrée gratuite.

  • La Petite galerie Cezanne joue les prolongations

    La Petite galerie Cezanne joue les prolongations

    Accessible à partir de 3 ans, la petite galerie Cezanne est une exposition à hauteur d’enfants inaugurée en février et qui a déjà séduit plus de 35 000 visiteurs. Face à un tel succès, elle joue les prolongations jusqu’au 21 décembre, alors que celle-ci devait se clôturer à l’automne, à l’instar de l’exposition « Cezanne au Jas de Bouffan », qui ferme ses portes ce dimanche, au musée Granet.

    « Pour être honnête, nous avions déjà prévu le prolongement de la petite galerie avant même que l’exposition ouvre ses portes », sourit Jean-Sébastien Gaydon, en charge de la coordination de la programmation culturelle à la ville d’Aix-en-Provence. « Au départ, c’était pour permettre l’accueil de plus de groupes scolaires, mais avec l’engouement qu’elle a suscité, la poursuite de l’exposition est apparue comme une évidence. »

    La petite galerie Cezanne, installée depuis le mois de février à la Galerie de la Manufacture, fait découvrir aux plus jeunes l’univers du célèbre peintre. « Nous proposons deux parcours. Un pour les enfants entre 3 et 6 ans et l’autre de 7 à 12 ans », souligne Marie Debals, responsable des relations publiques à la culture de la Ville. « On y découvre les concepts cezaniens à hauteur d’enfants bien évidemment, avec des expériences à manipuler, de petites surprises, un espace de dessin libre, des reproductions etc. En somme, c’est une exposition où l’on passe d’une activité à une autre avec un côté très actif et ludique. »

    La culture pour tous

    De la découverte du cercle chromatique à la complexité de la perspective, cette exposition pédagogique vient compléter la pléthore d’animations proposée pendant l’Année Cezanne à Aix-en-Provence. « Nous voulions que les enfants fassent partie intégrante de cette année, avec un moment gratuit à destination des familles en permettant un accès à tous et pour tous à la culture, détaille Jean-Sébastien Gaydon. Sans compter que des expositions pédagogiques scientifiques existent en France autour de la science, mais très peu, voir pas du tout, autour des Beaux-Arts. »

  • Découvrez les chauves-souris à Bandol

    Découvrez les chauves-souris à Bandol

    La ligue de protection des oiseaux du Var vous donne rendez-vous ce samedi à partir de 18h30, au parc du Canet à Bandol, pour profiter d’une sortie nature à la rencontre des chiroptères, plus communément appelés les chauves-souris.

    « C’est un animal assez mystique autour duquel il y a beaucoup d’idées reçues, de légendes urbaines, donc on espère attiser la curiosité pour que tout un chacun puisse mieux connaître ces petites bêtes », continue-t-elle.

    Une trentaine d’espèces dans la région

    En France, on compte 35 espèces différentes de chauves-souris, dont une trentaine se trouvent dans la région Sud-Paca. D’ailleurs, le Murin de Capaccini est une espèce rare que l’on retrouve uniquement dans la région, mais qui préfère les zones reculées et plutôt rurales. « Beaucoup ont encore peur des chauves-souris, mais non, elles ne s’accrochent pas aux cheveux, elles ne sont pas porteuses de maladies en France et en ce qui concerne la rage, une veille sanitaire très précise est menée donc, nous n’avons jamais eu de cas chez nous. Au contraire, les chauves-souris sont très importantes pour notre écosystème », précise Thalie.

    Dans les zones urbanisées à Bandol, comme en centre-ville par exemple, on retrouve majoritairement la Pipistrelle commune, mais aussi la Noctule commune.

    « Ce sont deux espèces que l’on retrouve dans les fentes, les clochers des églises ou encore les greniers. En somme, de vieux bâtiments ou des endroits qui ne sont pas dérangés quotidiennement par l’homme », souligne-t-elle.

    Un indicateur de l’écosystème

    Il faut savoir que la présence des chauves-souris ou pas dans un lieu de vie est un bon indicateur de l’état de l’écosystème dans lequel on se trouve. « Elles sont le reflet de l’état des ressources alimentaires dans un milieu et indiquent ainsi le bon état de conservation d’un écosystème si elles y sont présentes, sachant que chez nous, elles sont majoritairement insectivores. »

    Cette sortie à donc pour objectif de sensibiliser à la biodiversité, de réduire les a priori autour des chyroptères, mais aussi de mieux les connaître sachant qu’elles ont un rôle important dans les écosystèmes. « Cette sortie est aussi une ballade acoustique, car nous aurons l’opportunité de les observer dans leur milieu naturel, mais aussi de les entendre grâce à des détecteurs d’ultra-sons car leurs cris ne sont en général pas audibles par l’oreille humaine », ajoute Thalie.

    Pour cette sortie, il vous est demandé de prendre votre pique-nique, une lampe torche et un vêtement chaud.

    Gratuit.
    Infos et réservation
     : paca.lpo.fr

  • Les échecs sont en fête sur la Canebière

    Les échecs sont en fête sur la Canebière

    Que vous soyez petit ou grand, joueur passionné ou débutant curieux, l’événement échecs en fête est fait pour vous. Organisée par la ville de Marseille ce samedi à partir de 14h et jusqu’à 18h, en face du Palais de la Bourse, sur une Canebière piétonne, cette cinquième édition est un rendez-vous festif, convivial et familial autour du plus célèbre des jeux de stratégie.

    Une idée venue de la rue

    Pour participer, pas besoin d’être un petit génie des échecs, au contraire. De la découverte du jeu aux tournois entre confirmés en passant par des initiations, il y en aura pour tous les âges et tous les goûts. Vous pourrez notamment vous initier aux règles du jeu simultanées, en défiant des champions ou en participant à des ateliers pour approfondir vos connaissances. Des parties grandeur nature, en déplaçant vos pièces sur des échiquiers géants, sont également au programme. « Beaucoup pensent que les échecs ne sont pas faits pour eux et sont plus adeptes du jeu de dames, mais avec échecs en fête, on prouve que oui, tout le monde peut jouer », poursuit l’adjoint.

    Créée par la municipalité actuelle, cette manifestation s’est imposée à l’adjoint comme une évidence. « Il y avait un monsieur sous l’Ombrière qui déroulait quotidiennement son tapis et son jeu d’échecs pour affronter les passants et ça cartonnait. Alors on a décidé d’en faire un événement à part entière », souligne Ahmed Heddadi.

    Un après-midi organisé comme un « prélude » à l’objectif de l’adjoint au maire. « Mon rêve, c’est de pouvoir réaliser un jour, avec la municipalité, un grand tournoi d’échecs de Marseille. échecs en fête s’inscrit dans cette optique. J’espère que ça pourra se réaliser un jour », sourit-il.

    Samedi de 14h à 18h. Gratuit.

  • Les échecs sont en fête sur la Canebière

    « C’est un événement qui fonctionne très bien avec un public qui est très largement au rendez-vous et c’est pour cela que nous en sommes déjà à la cinquième édition », explique Ahmed Heddadi, adjoint au maire en charge lien social, de la vie associative, des centres sociaux, du bel âge et de l’animation urbaine. « Quand on a commencé, nous n’étions pas sûrs que ça prenne et que cette proposition plaise aux gens, mais finalement, c’est un succès qui attire autant les passionnés que les novices. »

    Une idée venue de la rue

    Pour participer, pas besoin d’être un petit génie des échecs, au contraire. De la découverte du jeu aux tournois entre confirmés en passant par des initiations, il y en aura pour tous les âges et tous les goûts. Vous pourrez notamment vous initier aux règles du jeu simultanées, en défiant des champions ou en participant à des ateliers pour approfondir vos connaissances. Des parties grandeur nature, en déplaçant vos pièces sur des échiquiers géants, sont également au programme. « Beaucoup pensent que les échecs ne sont pas faits pour eux et sont plus adeptes du jeu de dames, mais avec échecs en fête, on prouve que oui, tout le monde peut jouer », poursuit l’adjoint.

    Créée par la municipalité actuelle, cette manifestation s’est imposée à l’adjoint comme une évidence. « Il y avait un monsieur sous l’Ombrière qui déroulait quotidiennement son tapis et son jeu d’échecs pour affronter les passants et ça cartonnait. Alors on a décidé d’en faire un événement à part entière », souligne Ahmed Heddadi.

    Un après-midi organisé comme un « prélude » à l’objectif de l’adjoint au maire. « Mon rêve, c’est de pouvoir réaliser un jour, avec la municipalité, un grand tournoi d’échecs de Marseille. échecs en fête s’inscrit dans cette optique. J’espère que ça pourra se réaliser un jour », sourit-il.

    Samedi de 14h à 18h. Gratuit.

  • Lucien Molino. La première caisse de la Sécu à Marseille

    Lucien Molino. La première caisse de la Sécu à Marseille

    De nombreuses initiatives avaient été prises auparavant pour ne citer que les assurances sociales mises en place en 1930. Ce fut le premier régime obligatoire mettant le patronat à contribution pour servir un minimum de prestations en cas de maladie, maternité, invalidité, vieillesse, décès.

    Enfin, il fallut attendre la libération de notre pays pour que, en accord avec le programme du Conseil national de la résistance soit reprise l’idée de la Sécurité sociale sous la responsabilité de notre camarade et ami communiste Ambroise Croizat avec l’investissement des dirigeants syndicaux CGT et le concours du directeur général, Pierre Laroque, qui s’exprimait encore, en 1993, en ces termes : « Lorsque s’ouvre l’année 1947, la mise en place de l’organisation Sécurité sociale arrive à son terme, les textes fondamentaux sont adoptés et publiés. Les institutions nouvelles fonctionnent, les problèmes essentiels de locaux, de personnel, de matériel sont résolus. La Sécurité sociale est devenue l’élément de la vie quotidienne des Français. »

    La Sécurité sociale dans les Bouches-du-Rhône

    L’appui de la CGT n’a jamais cessé, depuis 1945, lorsque Ambroise Croizat et Pierre Laroque sont venus à Marseille nous demander de les aider afin d’ouvrir la première caisse dans un délai prévu. Nous avions appliqué les trois huit, travaillant jour et nuit et nous avons réussi, avec enthousiasme, à édifier une œuvre qui nous plaçait en tête de toutes les nations capitalistes dans le domaine des lois sociales.

    Notre gestion des caisses de Sécurité sociale permettait d’envisager pour les assurés sociaux de meilleures prestations et de belles réalisations. La première caisse à Marseille fut édifiée au square Stalingrad où se trouve actuellement le bureau des PTT.

    Une leçon pour le présent

    C’est du passé, mais une leçon pour le présent. Le système de protection sociale français, garantissant de nouveaux droits et devoirs, fut créé après la Libération alors que le pays était exsangue ! Fondé sur la répartition et la solidarité, il a permis que le pays se relève parce que les hommes s’étaient investis et que l’État assumait ses fonctions au service de la société tout entière. Pourtant, depuis le début, de multiples tentatives d’atteintes à ce système ont été faites par les gouvernements qui se sont succédé, dirigés soit par la droite, le RPR et l’UDF, soit par le Parti socialiste.

    Aujourd’hui, des milliards peuvent être récupérés pour améliorer et développer la Sécurité sociale avec la participation des employeurs. Il faut instaurer pour les entreprises un mode de cotisation basé sur la plus-value réellement ajoutée au travail et non sur le nombre de salariés.

    Applications du programme du CNR

    Les comités d’entreprise (ordonnance du 22 février 1945 et loi du 16 mai 1946) et aussi les comités techniques paritaires de la fonction publique furent une traduction concrète des objectifs affichés dans le programme du CNR. Mais l’adoption de la loi de 1946 fut laborieuse. Nous avions affaire à un patronat qui, avec la complicité de relais à l’Assemblée nationale, était soucieux de préserver les fondements de l’économie capitaliste, la propriété privée et le pouvoir exclusif des dirigeants d’entreprises. Je me souviens que cet avant-projet d’ordonnance était fort limité, nous décevait sans pour autant empêcher les réserves patronales. Nous en avions discuté avec Ambroise Croizat et Albert Gazier, réformiste et responsable de la CGT.

    L’assemblée consultative déposa un amendement pour améliorer le texte initial mais il ne fut pas pris en compte dans l’ordonnance. Dès le 24 février, nous affichions notre volonté de faire modifier ce texte insuffisant. Il aura fallu la démission du général de Gaulle et la grande victoire des partis de gauche pour que notre proposition soit votée à l’unanimité et donne le texte qui allait devenir la loi du 16 mai 1946. C’est ce nouveau texte qui fonda véritablement les comités d’entreprise en rupture avec le passé. Mais la réaction tendait d’accréditer l’idée que les CE étaient le prolongement des comités sociaux de la Charte du travail de Vichy, pur mensonge dont le but était de démobiliser les CE.

    Avec l’ordonnance du 22 février 1945 complétée par la loi du 16 mai 1946 qui rendit obligatoire la création de comités d’entreprise dans toute entreprise ou établissement de plus de 50 salariés, élu pour 2 ans, le CE disposait d’attributions consultatives pour assurer l’expression collective des salariés. Il gérait les activités sociales et culturelles.

    Cette belle loi de progrès constituait une arme puissante entre les mains des travailleurs, pour agir sur la production, les prix de revient et les œuvres sociales.

    La loi institua aussi, pour les ouvriers du bâtiment, des indemnités couvrant une partie des risques dus aux intempéries, ce qui satisfaisait une très ancienne revendication des salariés de ce secteur, ce qu’ils doivent à Ambroise Croizat. Cette législation a été plusieurs fois remaniée. La loi de 1966, l’ordonnance du 17 avril 1947 et la loi du 28 octobre 1982 ont renforcé les attributions du comité d’entreprise : le chef d’entreprise a l’obligation de lui fournir l’information économique nécessaire et le champ de la consultation a été élargi à la formation et aux suppressions d’effectifs. Une autre loi de décembre 1993 permet aux entreprises comprenant de 50 à 200 salariés d’opter pour une délégation unique du CE et les délégués du personnel, ceux-ci disposant d’un mandat de deux ans. Malgré les attaques, la CGT demeure aujourd’hui la première organisation syndicale, comme le prouvent les élections. Mais la désindustrialisation et la montée de la crise ont contribué au déclin et la diminution du nombre de salariés par établissement a affaibli les syndicats. Plus de trois millions de chômeurs pèsent non seulement sur les recettes de la Sécurité sociale, mais facilitent une « dynamique répressive ». La diminution du nombre d’adhérents et de militants les rend moins présents sur les lieux du travail, ce qui pose le problème de la syndicalisation comme première tâche.

    à suivre la semaine prochaine…

  • [Chronique corse] Un nom illustre : Casabianca

    [Chronique corse] Un nom illustre : Casabianca

    On le trouve chez Vigny, qui, dans Servitude et grandeur militaire, fait dire à Napoléon : « Je n’aime pas qu’on emmène ses enfants [à la guerre] ; je ne l’ai permis qu’à Casabianca et j’ai eu tort. » Lamartine, quant à lui, a consacré une Ode à Luce et Giocante dans sa Vie des hommes illustres.

    Tout aussi remarquable, encore aujourd’hui, est le fait que le Commandant L’Herminier donna le nom de Casabianca pour titre à ses Mémoires.

    Car ce nom est aussi celui du sous-marin qui, le 27 novembre 1942, lors du sabordage de la flotte, réussit à s’échapper de Toulon. À l’heure où l’armée allemande est encore puissante en Méditerranée, le Casabianca mène plusieurs expéditions périlleuses entre Alger et la Corse occupée. Pendant dix mois, il débarque secrètement hommes, armes et munitions, et il contribue de manière décisive à la libération de l’île, le 4 octobre 1943.

    Considéré comme l’arme secrète de la Résistance corse, celui à qui les Allemands donnèrent même le surnom de « sous-marin fantôme » est, encore aujourd’hui, l’une des unités les plus décorées de la Marine nationale.

    Témoins d’un illustre passé

    Subsistent encore de nos jours, témoins de cet illustre passé, à Bastia, le nom de Giocante de Casabianca porté par le lycée polyvalent, situé dans la vallée du Fango ; ainsi que la tourelle du sous-marin située sur le port, et une rue du Commandant L’Herminier.

    Des traces de conflits passés certes différents mais qui témoignent tous deux d’un certain sens du devoir qui ne s’est jamais démenti.

  • Naissance de l’engagement

    Naissance de l’engagement

    Dans le couloir de la mort, l’homme attendait son heure avec la même indolence qui avait précipité sa condamnation. Mais lorsque la porte s’ouvrit, ce fut, contre toute attente, pour lui annoncer sa grâce. Une grâce empoisonnée, assortie d’une mission suicidaire dont on ne lui dit rien. Il devra suivre les consignes et, sous surveillance, paiera toute tentative d’échapper à son destin.

    Ainsi, Bernard Fauconnier repêche cet homme qui emprunte au Meursault de Camus pour lui imaginer la possibilité d’une rédemption. Le texte, pourtant, ne cite jamais son nom, préférant la puissance de l’évocation. Nous sommes en 1942, au plus noir de l’occupation nazie et les forces obscures qui exploitent sa situation, escomptant recruter un tueur à sang-froid et sans principes, lui demandent d’infiltrer un réseau de résistance pour organiser un vaste coup de filet. Dès lors, il comprend qu’il n’a obtenu qu’un sursis et que sa fin demeure inscrite au programme d’une manière ou d’une autre. L’homme se laisse faire, au début. Mais les rencontres vont réveiller sa sensibilité. Cet homme-là est-il encore capable d’aimer, de s’interroger, de s’engager ? On aimerait qu’il balaye ses hésitations et qu’il se révèle avec éclat, mais son chemin est laborieux.

    Bernard Fauconnier livre ici un roman de l’engagement aux résonances inscrites dans l’époque où se déroule l’action comme dans celle qui le voit écrire. Il n’entend pas présenter un héros mais un homme ordinaire aux prises avec les grands monstres de l’histoire, « pas différent des autres hommes », comme « un pion oublié dans le coin de l’échiquier ». Et cet homme ordinaire n’est pas voué à la médiocrité : de choix en choix, il devient peu à peu un autre, ou peut-être celui qu’il pouvait devenir. Le récit est énigmatique, et l’indolence du narrateur face à la gravité de la situation vient alimenter la tension qui le traverse. À son tour, comme Camus, Bernard Fauconnier s’en tient à une écriture économe, parlant à la première personne pour mieux faire épouser au lecteur et à la lectrice l’humanité fragile de son personnage. C’est ainsi que l’engagement apparaît, non pas comme une évidence mais comme un choix : « J’ai pensé furtivement au courage qu’il fallait pour accepter une telle vie. À quoi fallait-il croire ? Quelle révolte fallait-il éprouver ? »

    Le roman s’appuie sur l’un des grands textes du siècle passé comme un hommage et une manière de continuer à le faire résonner, avec ses interrogations salutaires.

    Héliopoles, 138 p., 17,90 euros.