Tag: week-end

  • [Memoire ouvrière] Lucien Molino. Le mouvement de grève s’élargit

    [Memoire ouvrière] Lucien Molino. Le mouvement de grève s’élargit

    Le moment était venu de passer à une action d’envergure et demandait que tous les travailleurs soient consultés sur cette action. Cette question souleva une déclaration solennelle de Léon Jouhaux : « Ce n’est pas sur le débat lui-même que je veux parler, déclara-t-il, je veux simplement souligner une déclaration consécutive à la décision que vous avez prise hier. » Il ajouta, soucieux de ne pas diviser le CCN : « Je refuse de souscrire à une décision qui en faisant dépendre l’activité syndicale d’autres assemblées que les assemblées régulières risque de briser l’unité ouvrière. »

    Benoît Frachon lui répondit que : « Dans la résolution et le manifeste votés, il a été indiqué que les ouvriers seraient appelés à connaître les propositions que nous faisons pour eux, qu’ils seraient appelés à donner leur avis sur ces propositions et que le prochain comité confédéral du 19 décembre, organisme régulier des organisations syndicales, prendraient des décisions ; par conséquent, je préférerais que Jouhaux me dise au lieu de parler de décision anti-statutaire : nous ne voulons pas que l’on occulte les ouvriers, cela serait plus clair et plus net. »

    Défendre l’unité

    Tout au long de ces débats, on sentait les efforts des scissionnistes pour préparer la scission en se servant du plan Marshall dans un objectif anticommuniste et anti-soviétique. À Marseille, Le Provençal n’était pas en reste. Dans son numéro du 14 novembre, un placard non signé proclamait « Travailleurs, prenez garde ! Attention aux grèves politiques ; avant toute décision, exigez : 1° le vote à bulletin secret / 2° le dépouillement et l’affichage du résultat. » Les socialistes marseillais affirmaient ainsi leur opposition au développement des grèves et aux revendications ouvrières. Pourtant, le 14 novembre, la grève s’élargissait après consultation des travailleurs.

    Ainsi, l’assemblée générale des marins qui avait décidé la reprise du travail reconsidérait sa décision et se joignait à la grève.

    Il est vrai que le syndicat des officiers observait à l’égard des marins en grève une neutralité bienveillante afin de ne pas porter préjudice à leurs actions. Cette prise de position leur valut une violente « Lettre ouverte » de Jean Fraissinet dans Le Méridional qui déclara : « En décidant d’adopter à l’égard d’un tel mouvement une “attitude bienveillante” les dirigeants des syndicats d’officiers, qu’il nous soit permis de l’observer, ne peut faire preuve que d’hypocrisie, de lâcheté et de candeur. » La continuation de la grève des marins paralysa totalement le trafic du port. Le conseil syndical des dockers élargi au comité de grève décida à bulletin secret, 64 voix contre une : qu’aucun débarquement de marchandises n’aurait lieu. La fédération algérienne des commerçants, alarmée par la prise de position des dockers, demanda par télégramme au préfet d’intervenir.

    à suivre la semaine prochaine…

  • Des CRS bien occupés assurent la sécurité sur la plage des Catalans

    Des CRS bien occupés assurent la sécurité sur la plage des Catalans

    Venue du Sud Ouest, la CRS 14 assure depuis le 14 juillet la surveillance d’une des plages les plus fréquentées de la ville, les Catalans. Les 5 policiers, maîtres-nageurs sauveteurs et Vttiste ont fort à faire, ont-ils expliqué ce mercredi 5 août à la préfète de police déléguée, Corinne Simon, venue leur rendre visite.

    Pas moins de 200 amendes forfaitaires spécifiques, des vols, des malaises et beaucoup d’incivilités, dont les enceintes à fond, le tout par 31 à 38 degrés, sept jours sur sept, de midi à 19h30, raconte le brigadier-chef Jean-François. Dans un seau, il a rassemblé un tas de matériel confisqué, destiné à la consommation de stup’, sur le mois. Quelques minutes auparavant, un homme complètement ivre et sous l’emprise de drogue a été arrêté.

    « Jusqu’à présent, il y avait deux plages surveillées par les CRS, Sormiou et La Ciotat », explique la préfète, « une demande a été faite auprès du cabinet du ministre de l’Intérieur pour avoir des effectifs supplémentaires parce qu’à chaque bilan que nous faisons en fin de saison, on s’aperçoit que la plage des Catalans est énormément fréquentée, il était important de mieux sécuriser ». Les CRS travaillent en partenariat avec la police municipale, précise Joël Canicave (PS), adjoint au maire en charge des finances. À l’ombre du mur du poste de secours, Simone, Albert, Pierrette, Corinne, Chantal, Lucie et Sabrine, qui « viennent là depuis 50 ans » sont ravis. « Cela fait du bien de les avoir, on va les regretter », déplore la bande de copines.

  • Nuits magiques à Fontaine-de-Vaucluse

    Nuits magiques à Fontaine-de-Vaucluse

    C’est sur l’un de ses sites emblématiques et plus précisément sur celui qui a donné son nom au département que le Département de Vaucluse vous propose de découvrir un spectacle son et lumière unique pour vivre une expérience nocturne comme vous n’en avez jamais vu.

    Célébrer les mythes et légendes

    Dès ce samedi et jusqu’au 16 août les bords de la Sorgue qui traversent la commune de Fontaine-de-Vaucluse deviennent le décor d’un show unique à la croisée des chemins entre l’art numérique, la nature et l’émotion avec « Fontaine-de-Vaucluse, source de légendes ».

    Ce temps fort proposé durant la première quinzaine d’août raconte les mystères du gouffre d’où jaillit la rivière si célèbre et les mythes qui entourent ce site fascinant, à l’image de la nymphe gardienne des eaux ou du combat mémorable entre la terrible coulobre et saint Véran. L’occasion également de vivre de belles échappées à travers le département, en évoquant plusieurs sites emblématiques allant du Ventoux à la cité des papes en passant par les ocres du Luberon.

    Et pour ce vidéo-mapping, ni écran de projection ni façade n’ont été installés car il a été conçu par l’artiste Marie Jumelin et la société et la société de production vauclusienne Artcom diffusion installée à Pernes-les-Fontaines, dont la particularité est d’utiliser les frondaisons comme écran de projection. Ainsi, les images seront projetées directement sur la végétation, transformant les arbres du vallon de la Sorgue en support pour cette découverte visuelle qui respecte le site classé.

    Pour le son, la magie sera tout autant au rendez-vous puisque les visiteurs auront la chance de profiter d’une création spécialement pensée pour le site. Cette dernière dialoguera avec les bruits naturels de la Sorgue afin de plonger les spectateurs dans une expérience sensorielle et visuelle totale.

    Première projection à 21h30 puis trois autres par soirée. Accès libre et gratuit.

  • Cezanne et Monet : palette en main, ils ne concevaient la vie que devant une toile

    Cezanne et Monet : palette en main, ils ne concevaient la vie que devant une toile

    Il y a cent ans, Monet s’éteignait dans sa maison-jardin de Giverny. L’ancien journaliste, Philippe Simon, lui rend un hommage, ô combien mérité, dans Le miroir des eaux. Il y a cent vingt ans, Cezanne s’éteignait à Aix-en-Provence, sa ville natale. L’essayiste et romancier, Thierry Maugenest, fait apparaître son fantôme durant la Seconde Guerre mondiale, au sein de sa sublime fiction : Dans l’ombre de Cezanne. Autant dire que notre plume déborde de joie, puisque nous avons toujours mis la peinture au sommet de tous les arts – du naïf à l’expressionniste, en passant par le figuratif, l’abstrait, l’impressionniste, le symboliste, le cubiste, et le surréaliste. Un proverbe chinois ne dit-il pas que le pinceau laisse des traces, alors que les paroles sont vides ?… Surtout lorsqu’il est tenu par deux génies.

    Le miroir des eaux

    Qui dit Claude Monet, dit Octave Mirbeau, l’un des plus grands écrivains et critique d’art du XIXe siècle, amoureux, comme l’était le peintre, des arbres et des fleurs ; mais aussi Georges Clemenceau, ministre de l’Intérieur qui créa les Brigades mobiles, ancêtres de l’actuelle Police judiciaire. C’est à ce dernier, auteur d’un article sur les Nymphéas, que Philippe Simon donne une place de choix pour la collection : « Le roman d’un chef-d’œuvre ». Pourquoi ? Parce qu’une amitié, qui durera par-delà la mort de Monet, naquit entre l’artiste qui vivait loin des hommes, et un Tigre politique, passionné de culture. C’était en un temps où l’on croyait encore en la liberté de l’esprit, et au sentiment du beau. Merci à Clemenceau d’avoir retiré le voile noir qui recouvrait le cercueil de son ami, en disant « Jamais de noir pour Monet ! »

    Dans l’ombre de Cezanne

    Nous sommes en Provence, la Seconde Guerre mondiale fait rage, et des peintres, décidés à entrer en résistance contre le régime de Vichy, se retrouvent dans une bastide (Château Noir) où Cezanne travailla durant les quinze dernières années de sa vie. Comment alors ne pas être hantés par le spectre qui habita ce domaine posé au pied de la montagne Sainte-Victoire, et dont le maître des rouges, des jaunes, et des bleutés, aimait le silence si profond qu’il en devenait harmonie ? Aussi, malgré les bombardements, la Gestapo, les miliciens, et les blindés, trouvons-nous agréable de retrouver en cet inattendu revenant, le timide, l’indépendant, le solitaire, jamais satisfait de lui-même, et qu’une pneumonie terrassa, alors qu’il peignait sur le motif, sans lui laisser le temps de comprendre qu’il deviendrait un mythe.

    En guise de conclusion

    Que l’on s’appelle Claude Monet ou Paul Cezanne, les peintres ont vécu, vivent, et vivront pour le plaisir de nos yeux. Même les Anciens se plaisaient à dire que leurs divinités étaient mieux servies par eux que par les poètes. Nous ne craignons pas de l’écrire hautement, et les lecteurs de bonne foi se rangeront à notre avis, ces deux livres sont parmi les meilleurs de l’année 2026. Nous finirons par des citations. La première est de Monet, la seconde de Cezanne : « J’ai mis du temps à comprendre mes nymphéas… Je les cultivais sans songer à les peindre… Puis, tout d’un coup, j’ai pris ma palette. Depuis, je n’ai guère eu d’autre modèle. »… « Le Louvre est le livre où nous apprenons à lire. Nous ne devons pas nous contenter de retenir les belles formules de nos illustres devanciers. Sortons-en pour étudier la belle nature, tâchons d’en dégager l’esprit, cherchons à nous exprimer suivant notre tempérament personnel. »

  • À Sanary, dernier jour pour la collecte pour les sinistrés des incendies

    À Sanary, dernier jour pour la collecte pour les sinistrés des incendies

    Après un week-end de permanence assuré par les élus de la commune, la collecte se poursuit pour une dernière journée ce lundi 3 août, à la salle 35 de l’Espace Vie Associative 99 avenue Desmazure, de 8h à 16h30. Les dons collectés seront ensuite acheminés dans le cadre d’une organisation mutualisée à l’échelle de l’Agglomération Sud Sainte Baume.

  • [Science] Que se passe-t-il dans le cerveau face à l’incertitude ?

    [Science] Que se passe-t-il dans le cerveau face à l’incertitude ?

    On savait que cette molécule était impliquée dans l’adaptation du comportement. « Lorsqu’on empêche sa production, les animaux ont tendance à reproduire toujours le même comportement », souligne Jérémie Naudé. Mais cela manquait de précision. Et surtout d’un modèle : des équations mathématiques qui décriraient le taux de noradrénaline en fonction des changements constatés.

    Erreurs à ignorer

    Les chercheurs montrent ici que la noradrénaline tempère le rôle de la dopamine – un autre neurotransmetteur. « Elle permet de faire la différence entre des erreurs à considérer ou à ignorer », résume Jérémie Naudé. Car la dopamine est libérée proportionnellement à l’erreur constatée. Et le changement de comportement sera d’autant plus grand que l’erreur est grande et la quantité de dopamine importante. « C’est connu et utilisé dans le modèle standard d’adaptation du comportement face au changement », précise-t-il. La noradrénaline agit à plus long terme. « Son taux varie en fonction des erreurs consécutives », poursuit le chercheur. Si les écarts par rapport à l’attendu sont positifs ou négatifs, il faut les ignorer car l’environnement est aléatoire : le taux de noradrénaline reste faible. Mais si les erreurs vont toujours dans le même sens, il faut adapter son comportement car l’environnement a changé : le taux de noradrénaline augmente.

    Ces résultats ont été constatés chez des rats pouvant actionner deux leviers : l’un offrait beaucoup de nourriture, l’autre non. Et cela changeait, parfois de manière durable, parfois aléatoirement. « Nos collègues de Bordeaux, sous la direction d’Étienne Coutureau, ont observé la quantité de noradrénaline libérée grâce à une molécule fluorescente », précise Jérémie Naudé. Puis a été étudié le comportement de rats chez qui la libération de noradrénaline dans le cortex était bloquée. « Ils mettent plus de temps à s’adapter après un changement durable », constate le chercheur. De quoi peut-être aider à comprendre certains troubles neuropsychiatriques… pourvu que ces résultats soient confirmés chez l’humain.

  • [C’est l’été] Le camping de Bottaï à Port-de-Bouc, le paradis c’est les autres

    [C’est l’été] Le camping de Bottaï à Port-de-Bouc, le paradis c’est les autres

    L’atout charme du lieu ? Selon les campeurs, pas de doute, c’est Georges. « C’est lui qui me plaît le plus dans le camping », lâche Davy, aussi rigolard que sincère, qui vient chaque année de Metz avec sa famille pour passer la saison estivale à Port-de-Bouc. Le Mosellan a beau apprécier son rythme de vie ici, entre la pêche au petit matin, les allers-retours dans l’eau pour se rafraîchir au cours de la journée, l’apéro et la pétanque en fin d’après-midi, « c’est Georges qui fait l’ambiance. S’il était pas là, je suis pas sûr que je viendrais ».

    La chaleur humaine

    Georges, c’est le gardien du camping qui donne des surnoms à chacun des vacanciers. Sa maison, qui se situe juste derrière le portail, en face de l’accueil, regorge de références à Johnny Halliday. Deux panneaux de bois indiquent les hôtels dans lesquels le Taulier séjournait lors de ses virées aux États-Unis. Une silhouette en carton du chanteur franco-belge trône sur la terrasse en bois. Pas étonnant que les vacanciers appellent Georges « Georges Hallyday ». « Tous les matins, je me lève et je chante du Johnny en me baladant dans le camping », confie le gardien.

    Trente ans qu’il travaille là, alors il connaît les habitués qui occupent la plupart des 75 emplacements comme s’ils faisaient partie de sa propre famille. À l’entrée, Josette et Serge ont monté leur campement au même endroit que chaque année. Les deux retraités se sont rencontrés à Bottaï dans leur jeunesse. Depuis 1978, les Gardannais quittent leur logement pour venir à Port-de-Bouc chaque été. « On est là de mai à septembre, révèlent-ils. C’est pas loin mais on se sent vraiment en vacances, c’est le vrai camping à l’ancienne, familial, à taille humaine. On se côtoie, on joue aux boules, on prend l’apéro… C’est pas comme les grands campings avec des toboggans immenses où vous croisez les gens sans les fréquenter, où on se dit à peine bonjour, où on se connaît pas. Ici on est tous amis et on aime être ensemble. » De nombreux habitués de Bottaï ont déjà « essayé les grandes structures », mais ils manquent vite de « chaleur humaine ». « Et de Georges », plaisante le gardien.

    Pour les Ferrero, dont la tente jouxte celle de Josette et de Serge, les vacances sont plus un état d’esprit qu’un changement d’environnement. Preuve en est : ils viennent tous de Port-de-Bouc. « Quand ils envoient une carte postale à leurs proches ils vont directement la poster à pied, ça va vite », sourit Georges. « Ça change de notre HLM, c’est notre deuxième maison ici, on a nos habitudes », glisse la mère de famille, surnommée Dolorès de la Frange par le gardien. « Comme Parisot de Camping Paradis. » Une référence locale, elle aussi !

  • [Grand entretien] Erik Truffaz : « Le flamenco, c’est une sorte de blues »

    [Grand entretien] Erik Truffaz : « Le flamenco, c’est une sorte de blues »

    Erik Truffaz : Je l’ai écouté pour la première fois lorsque j’étais adolescent. (l’album est sorti en 1960, année de naissance d’Erik Truffaz, Ndlr). Ce qui m’avait frappé, étonné et séduit, c’est que c’est la première fois que j’entendais une réunion entre la musique classique folklorique et le jazz. Et tout cela, avec le son de Miles Davis.

    Outre la beauté de la rencontre entre

    la musique folklorique espagnole et le jazz, est-ce que le principal mérite de cet album est qu’il plaise au-delà des amateurs du genre ?

    E.T. : Cet album, c’est des ponts entre

    les musiques, entre le classique et le jazz. Dans Sketches of Spain, le pont est créé par l’arrangeur, Gil Evans, et par l’interprétation de Miles Davis. Ils avaient d’ailleurs déjà travaillé avant sur un album du même style, Birth of the Cool.

    établir des ponts entre

    différents styles est-il une des caractéristiques du jazz selon vous ?

    E.T. : On peut le dire car c’est une musique qui est née d’un pont entre la polka, qui venait des blancs, et du blues, qui venait des noirs. Le jazz, c’est donc une musique hybride. Et au fil de son évolution, elle a pu ensuite se mélanger avec beaucoup d’autres musiques comme la musique cubaine, brésilienne et bien d’autres. Mais bon, après, si on regarde bien, Beethoven aussi. Quand il fait une symphonie, il peut par exemple reprendre des chants folkloriques.

    Et le « New Sketches of Spain » que vous présentez le 7 août à Toulon, il est né de votre rencontre avec le saxophoniste et chanteur flamenco Antonio Lizana ?

    E.T. : On s’est rencontré à Katmandou.

    Quand j’ai vu Antonio, j’ai adoré la façon dont il chantait et jouait du flamenco. J’adore faire des ponts entre les musiques, justement. Je l’ai déjà fait avec des musiques indiennes, avec un chanteur tunisien et certainement un chanteur égyptien dans mon prochain album. J’ai parlé à Antonio et je lui ai dit que je voulais qu’on travaille ensemble. Après, François Lacharme, qui dirige une salle à Paris, a dit : « si Truffaz rencontre Lisana, il devrait refaire Sketches of Spain ». Une formidable idée car on peut le refaire, mais pas comme Miles Davis. Mais plutôt dans une identité encore plus flamenco et plus espagnole.

    Une danseuse vous accompagne

    également sur scène…

    E.T. : Au début, ça me gênait un peu car je n’aime pas tellement quand on ajoute un élément esthétique à la musique, ça porte l’attention ailleurs. Mais dans ce cas, ça apporte énormément car cette danseuse est une percussionniste de fait. Quand elle danse, elle fait de sacrés rythmes avec les pieds, c’est ça le flamenco. Elle s’appelle Sarah Sanchez et c’est une sorte d’Elvin Jones du flamenco (parmi les batteurs de jazz les plus influents du XXe siècle).

    à l’origine, le flamenco est la plainte

    du peuple andalou. Qu’est-ce que ça symbolise à vos yeux ?

    E.T. : Je suis allé en 1986 à Grenade et j’avais adoré le quartier de l’Albaicin où les Gitans jouaient et chantaient le flamenco. Pour moi, le flamenco, c’est une sorte de blues. On y trouve même des accents blues.

    Le flamenco est une culture libre et

    indomptable. Rien d’étonnant à ce qu’il ait pu inspirer Miles Davis…

    E.T. : D’ailleurs, il n’y a pas que Miles Davis dans le jazz qui a été inspiré par le flamenco. Un disque fantastique de Charles Mingus, le premier que j’ai acheté, s’appelle Tijuana Moods, et il y a pas mal de flamenco.

    2026 marque le centenaire de la

    naissance de Miles Davis. En plus de son génie musical, est-ce que son côté politique vous a aussi séduit au moment de rencontrer son œuvre ? Il a fait partie des rares artistes à avoir refusé de jouer à Sun City pour montrer son opposition au régime d’Apartheid en Afrique du Sud. Du boycott culturel avant l’heure, non ?

    E.T. : Il fait partie d’un groupe de gens qui ont défendu des idées. Il est la continuité de la libération des noirs par rapport à l’emprise des blancs. Il a vécu le racisme aux États-Unis. De fait, il était secoué. Il était une star totale, mais il y a quand même des mecs qui lui ont cassé la gueule. Il existe un bouquin où on demande à des jazzmen de formuler un souhait. Il a répondu : « être blanc ». Ça m’interpelle car tout son art tient aussi d’où il provient. Miles Davis a exacerbé et mis en avant la fierté des noirs. Après, lui venait d’une famille riche, il n’a pas autant souffert que Billie Holiday par exemple. Mais bon, ce n’est pas un sujet qui me préoccupe plus que cela.

    Vous retenez uniquement sa musique ?

    E.T. : Ses idées politiques ne sont pas mises en avant tout au long de sa vie. Son fer de lance, c’est son parcours artistique. Je ne me compare pas du tout, mais moi, par exemple, mon fer de lance, ce n’est pas mes idées politiques, même si je participe à des soirées de soutien pour le peuple iranien ou que je suis engagé contre quelconque génocide.

    établir des ponts entre les cultures et musiques, c’est aussi un peu politique…

    E.T. : J’ai tendance à dire que mon identité politique passe au travers de mon identité artistique et des projets que je propose. C’est sûr que je ne suis pas un miroir du Front National en faisant deux albums avec un chanteur tunisien ou en collaborant avec le Cri du Caire, composé d’un Égyptien, d’un Allemand et d’un Anglais. De toute façon, le jazz est une musique plurielle, qui vient de peuples différents.

    Propos recueillis par Philippe Amsellem

  • Plongez dans l’héritage sacré des Incas à Draguignan

    Plongez dans l’héritage sacré des Incas à Draguignan

    À travers un parcours à la fois chronologique et thématique, découvrez une vision du monde où le Sacré joue un rôle primordial, loin des religions telles que nous les pensons en Occident. En effet, pour les Incas, tout dans l’univers avait un caractère sacré de la nature aux hommes en passant par les ancêtres, le vivant et les dieux qui cohabitaient en parfaite harmonie.

    Ateliers et visites ludiques pour les petits

    Plongez au cœur de cette cosmovision andine lorsqu’au XVIe siècle, lors de la conquête espagnole, l’Empire inca s’étendait sur un immense territoire, bien au-delà des frontières du Pérou actuel. Dans le cadre de cette exposition, petits et grands pourront profiter de visites guidées pour les adultes mais aussi pour les enfants avec des visites ludiques proposées les samedis et dimanches à 16h30. À travers différents jeux et accompagnés par un médiateur ce moment à la fois ludique et pédagogique invite à découvrir les objets fascinants de la collection.

    Pour les plus jeunes toujours, un espace ludique a été installé au 3e étage de l’Hôtel départemental et offre de nombreuses activités autour de l’exposition entre 14h et 16h les samedis et dimanche. Sans oublier une chasse aux trésors andins. Avec leurs équipements d’aventuriers, les enfants vont pouvoir se lancer sur les traces de ces civilisations et sur celles du dernier empereur inca, tous les week-ends d’août et de septembre à partir de 14h et toujours au 3e étage du bâtiment.

    Inca, héritage sacré des Andes, jusqu’au 27 septembre à l’hôtel départemental des expositions du Var à Draguignan.

  • [Patrimoine] L’Hôtel de Pesciolini et ses atlantes baroques

    [Patrimoine] L’Hôtel de Pesciolini et ses atlantes baroques

    L’hôtel de Pesciolini est classé au titre des monuments historiques depuis l’an dernier en tant que « rare témoignage de l’urbanisme, de l’architecture et de la sculpture baroques à Marseille, placé dans la scénographie urbaine exceptionnelle du Cours Belsunce issue de l’agrandissement urbain du dernier tiers du XVIIe siècle ». Sa porte a d’abord été inscrite au titre des monuments historiques en 1929. L’immeuble a subi il y a deux ans un incendie qui a heureusement vite été circonscrit.

    L’historien Georges Reynaud a retracé l’identité de cette demeure de la noblesse marchande qu’il qualifie de « pièce maîtresse du baroque marseillais ». En avril 1672, Amant de Venerosi-Pesciolini, issu d’une lignée de banquiers et de négociants toscans ayant fait souche à Marseille, achète à son beau-père un terrain à bâtir d’environ 180m2 près du couvent des Récollets qui alors fait face au cours à l’angle de la rue de Dauphine, actuel rue National. Ce beau-père, c’est Barthélemy Cousinéry, un conseiller du commerce élu second échevin de Marseille en 1668.

    Amant engage les entrepreneurs César Portal et Alexandre Casteau pour construire son hôtel particulier avec des boutiques au rez-de-chaussée au prix convenu de 10 200 livres. La pierre vient des carrières de la Couronne. Initialement, il demande aux bâtisseurs de prendre exemple sur les atlantes sculptés par Pierre Puget pour l’hôtel de ville de Toulon en 1657. En cours de projet, le commanditaire se ravise et veut des atlantes semblables au luxueux hôtel d’Espagnet bâti en 1651 au 38, cours Mirabeau à Aix-en-Provence. Les atlantes de l’hôtel de Pesciolini avaient leur pendant de l’autre côté de la rue d’Aix avec deux cariatides portant le balcon d’un hôtel disparu. Leur symétrie composait un fond de scène à l’extrémité montante de ce cours royal.

    On ne sait pas si Pesciolini y a vécu. Jean-Paul de Foresta, juge de paix, louait la demeure en 1692. L’hôtel est vendu en 1708 à Joseph Villet, un courtier royal qui le revend en 1714 à Gantel-Guitton, futur seigneur de Mazargues. Durant la Révolution, son fils qui fut maire de Marseille de 1779 à 1782, s’enfuit à Lyon après l’incendie de son château de Mazargues. L’hôtel particulier est alors vendu en 1794 aux enchères à Barthélémy Girard, un ancien charcutier, puis en 1806 à Jean-Sylvestre Reynard, raffineur de sucres et négociant en denrées coloniales. Endetté jusqu’au cou, il le revend quinze ans plus tard à Jean-Joseph Martin, le savonnier le plus riche de Marseille. L’historien Georges Reynaud identifie trois commerces en 1848 dont des bains publics coté rue d’Aix et un débit de tabac à l’angle. Une salle de billard est sans doute installée selon lui dans l’entresol.

    À présent, son propriétaire, l’important professionnel de l’immobilier Auguste Lafon, a prévu de restaurer l’édifice pour établir un commerce et un restaurant en pied d’immeuble, un local de stockage au premier étage, des bureaux associatifs au second, et des logements du 3e au 5e étage. Une autorisation de travaux a été délivrée par la conservation régionale des monuments historiques. Le permis prévoit de restituer les chapiteaux ioniques. Les pierres de parement et les modénatures seront restaurées en pierre de la Couronne. Les seuils des portes et commerces, et les soubassements, le seront en pierre de Cassis. Un protocole de restauration des sculptures doit être élaboré. Le Centre interdisciplinaire de conservation et de restauration du patrimoine sera associé aux protocoles de nettoyage des parties sculptées. Les menuiseries de fenêtres anciennes XVIIe et XVIIIe en façade et les impostes seront restaurés. Les vantaux de la porte d’entrée seront remplacés sur modèle du XVIIe. Un ferronnier d’art bichonnera le garde-corps de ce somptueux balcon.